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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 21:43

Comment redécouvrir le plaisir de participer à la messe et la joie de célébrer ensemble, toutes générations confondues.

« Jeunes et vieux se réjouiront ensemble, les jeunes filles danseront de joie !… » Connaissez-vous ce merveilleux cantique inspiré de l’Ancien Testament ? Il dit la promesse d’un Dieu qui veut rassembler son peuple et lui donner le goût de vivre ensemble. Un appel auquel nous tentons de répondre chaque dimanche, lorsque nous nous réunissons autour de la table du Seigneur, pour célébrer le Christ mort et ressuscité. Eglise (Ecclésia en grec) ne signifie-t-il pas « assemblée », « rassemblement » ?

Mais peut-on parler d’assemblée, justement, lorsque dans certaines paroisses les plus jeunes sont poussés vers la sortie, fermement invités à rejoindre la garderie, quel que soit leur désir ou celui de leurs parents de participer à la prière commune ? Peut-on parler de communauté, lorsque certaines équipes liturgiques ne sont constituées que de personnes du troisième âge, certes très dévouées mais ne représentant pas la diversité paroissiale ? Peut-on parler de communion lorsque la plupart des jeunes d’une aumônerie ou d’un mouvement, prêts à participer au Frat ou aux JMJ, sont cruellement absents de nos rendez-vous dominicaux ? Et que dire de ces jeunes parents qui n’osent plus mettre les pieds à l’église de peur qu’on reproche à leur progéniture de troubler la tranquillité du lieu ? Non, il n’est pas facile de vivre (et de prier !) ensemble.

Certes, les attentes et les besoins spirituels des uns et des autres sont variés. Et il est important que chacun, dans une célébration, puisse y trouver son compte. L’Eglise doit rester attentive à proposer à tout baptisé un cheminement adapté aux besoins humains et spirituels de l’étape qu’il traverse. Et d’ailleurs, il existe des lieux et des moments pour cela : mouvements de spiritualité, écoles de la foi, temps forts, pèlerinages… Pour être incarnée (c’est-à-dire vraiment chrétienne), la messe dominicale doit, elle aussi, rejoindre ceux et celles qui sont là, rassemblés dans une église donnée, à un moment donné. « Hic et nunc », ici et maintenant. Heureusement, on ne célèbre pas de la même manière dans une cathédrale que dans une petite église romane de campagne...

Mais attention ! La messe n’est pas une juxtaposition de prières personnelles ou de piétés individuelles. Elle nous fait passer du « je » au « nous ». Très concrètement, comme dans un repas familial (puisqu’il s’agit bien d’un repas), cela demande que nous soyons attentifs les uns aux autres et que les relations avec le petit frère, la vieille tante ou le brave monsieur du cinquième rang soient également placés sous le signe du respect réciproque. Soyons-en convaincus : au-delà des clichés et des idées toutes faites (« les jeunes sont vraiment trop bruyants », « les vieux ne sont que d’affreux rabat-joie »), il est possible, et même souhaitable, de nous asseoir à la même table. La question épineuse des différences de générations n’est souvent qu’un symptôme qui masque d’autres problèmes. Ce n’est pas l’âge des participants qui compte, mais la vérité et la profondeur de leur démarche.

Lorsqu’ils disent qu’ils s’ennuient à la messe, comme c’est souvent le cas, les jeunes ne font pas qu’exprimer une opinion. Ils nous mettent en face de nos propres manques. Leur revendication pour des messes plus vivantes, plus vraies, plus profondes, n’a rien de catégorielle. Elle nous oblige à réfléchir sur le sens de notre engagement liturgique et sur la qualité de nos rassemblements. Contrairement à ce qui se pratique souvent, je ne pense pas qu’il faille absolument mettre en place des célébrations spéciales à l’intention des jeunes ou des enfants (ou alors de manière très transitoire), au risque de les ghettoïser. En revanche, nous devons revivifier nos pratiques de l’intérieur, en leur redonnant du sens et en étant exigeant sur les moyens mis en œuvre. Avec cette conviction : une célébration « réussie » touchera le cœur de tous les participants, quel que soit leur âge ou leur sensibilité.

Qu’est-ce qu’une célébration réussie ? Pour moi, c’est une célébration qui est à la fois festive, profonde et conviviale. Chaque dimanche, ne sommes-nous pas des « convives », invités à partager le repas du Seigneur ? Il nous faut retrouver le plaisir de se rassembler, le plaisir de chanter et de prier. Avec tout notre être. La liturgie est une prière sensuelle par excellence : voir (la lumière, la croix, l’autel, une belle procession), entendre (la Parole de Dieu, les chants), sentir (l’encens, les fleurs), goûter (le pain et le vin) et toucher (le signe de croix, le geste de paix). C’est une prière « intégrale » qui devrait nous prendre des pieds jusqu’à la tête… si la beauté est au rendez-vous. Beauté du lieu, beauté des gestes, beauté des chants, beauté d'une mise en œuvre... Dans ce domaine, beaucoup de formes esthétiques sont possibles, pourvu qu’elles soient au service de la prière du peuple rassemblé, ici et maintenant. Il ne faut en sacraliser ni en exclure aucune.

Je suis devenu croyant grâce à la liturgie. C'est elle qui m'a fait naître à la foi. Longtemps choriste puis animateur à l’église Saint-Ignace, à Paris, j'ai été l’élève de Joseph Gelineau, Didier Rimaud et Jacques Berthier, puis du grand compositeur de musique liturgique qu'est Jo Akepsimas. J'écris aujourd’hui de nombreux chants pour les célébrations dominicales, les rassemblements chrétiens (Frat, JMJ, Diaconia…), pour l'évangélisation ou pour la catéchèse. Cela fait 25 ans que je mets mes compétences liturgiques au service des assemblées chrétiennes, en France ou à l'étranger. Partout, quel que soit l’âge des participants, je constate le même désir de chants vivants et joyeux, le désir de poser des gestes vrais et signifiants. Pour ma part, j’éprouve autant de joie à prier dans l’église abbatiale d’un monastère qu’avec les dix mille jeunes du Frat réunis à Lourdes ou à Jambville. Et je suis aussi heureux d’animer une célébration à Notre-Dame de Paris que dans une petite église préfabriquée de banlieue. Certes, selon le lieu et selon l’assemblée qui l’habite, le langage est différent, mais la force de la prière peut être la même.

Dans tous les cas, nous sommes invités à nous décentrer de nous-mêmes pour nous tourner vers le Dieu vivant. Car la liturgie est bien plus qu’une simple manifestation : « On a bien chanté ! », « le thème est bien passé », « l’ambiance était super ! ». A cet égard, les acteurs liturgiques (lecteurs, animateurs, célébrants) jouent un rôle très important : dans leur manière d’être et de se « déposséder » de leur fonction, ils peuvent ou non aider l’assemblée à s’orienter dans la bonne direction. Pour éviter de tomber dans le piège du narcissisme, il nous faut aussi retrouver le goût du silence. Une bonne célébration comprend des moments d’extériorité, où la joie peut s’exprimer librement (par des chants, des danses ou des battements de main), et des moments d’intériorité, où tout peut descendre en profondeur.

Quel soin apportons-nous à la mise en œuvre de gestes, des rites et des symboles ? Trop souvent, lorsque nous préparons une célébration, nous nous contentons de choisir des chants ou d’ajouter des commentaires, généralement inutiles. Attention aux bavardages. Nous devons apprendre à nous taire pour laisser parler les signes. Au lieu de commenter un geste, cherchons plutôt à le rendre plus beau, plus visible, plus signifiant. Aider les jeunes à grandir dans la foi, c’est aussi les ouvrir à cet univers symbolique. Pas en leur donnant des tonnes d’explications, mais en leur permettant d’entrer dans une expérience concrète : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ». Et cette expérience-là, j’en suis convaincu (et à vrai dire, je ne cesse d’en faire l’expérience) conduit inexorablement à la joie.

Lorsque nous nous rassemblons le dimanche matin, pour célébrer le Christ mort et ressuscité, nous sommes tous des « célébrants ». Nous ne venons pas assister à un spectacle qui, selon les cas, nous plait ou nous déplait. Plutôt que d’arriver en consommateur, posons-nous la question : qu’avons-nous à offrir aujourd’hui ? Qu’avons-nous à donner à Dieu, aux autres ? Quelle part du monde, de notre monde, venons-nous déposer au pied de l’autel ? De quoi voulons-nous rendre grâce ? Si nous prenons le temps de répondre intérieurement à ces questions, alors nous saurons nous reconnaître comme des frères et des sœurs, quels que soient nos âges et nos générations. On parle beaucoup aujourd’hui de ces messes « où l’on prend son temps », qui rassemblent des milliers d’étudiants, le dimanche soir, dans la plupart des grandes villes de France. Formidable ! A quand la messe « pour tous et avec tous » ?

Lève-toi et marche ! Cet appel évangélique a inspiré une grande partie des chants contenus dans cet album. Des chants qui, dans l'esprit de Vatican II, voudraient promouvoir une liturgie participative, ouverte et priante, qui chante Dieu sur des rythmes de danse. Créés pour différentes manifestations de la vie de l'Eglise (JMJ de Madrid, Diaconia, Frat 2013, béatification du père Louis Brisson, rassemblement missionnaire des jeunes à Lisieux, fraternités franciscaines, Réseau jeunesse ignatien, tri-centenaire du calvaire de Pontchâteau...), ces nouvelles compositions ne sont pas seulement destinées aux lycéens ou aux étudiants, mais à tous ceux qui, jeunes ou adultes, ont envie de faire bouger leur foi et leur prière.

Cet album contient aussi un ordinaire de messe totalement inédit : la Messe du Serviteur. Après la Messe du Frat (écrite en 2000), la Messe d'Emmaüs (2006) et la Messe de La Réunion (2009), ce nouvel ordinaire a été composé dans le cadre de la démarche Diaconia qui, durant trois ans (de 2011 à 2013), a mobilisé tous les catholiques pour le service du frère et la promotion des plus pauvres. A la fois simple et joyeuse, cette messe polyphonique aurait pu s'intituler Messe de la diaconie. Comme à Lourdes, où elle a été mise en œuvre pour la première fois, les chorales et les assemblées dominicales prendront plaisir à la chanter... pour la plus grande gloire de Dieu !

Les deux derniers titres sont spécialement dédiés au pape François. Ce jésuite, proche des pauvres, a été donné à l'Eglise universelle comme une bénédiction. Dans ses premiers mots adressés à la foule massée place Saint Pierre, le 20 mars 2013 à Rome, il a souhaité que nous fassions tous "chemin ensemble". Un chemin d'humilité et de pauvreté. Avec lui, nous pourrons chanter "Avec François, sur le chemin de l'Evangile" (en communion avec les franciscains) et "Ad majorem Dei gloriam" (la devise des jésuites). 

              Laurent Grzybowski

Pour commander le CD "Lève-toi et marche"

 

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Published by Denis CHAUTARD - dans jeunes
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