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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 11:39

 

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Permettez-moi donc quelques réflexions d'un athée sur la fraternité humaine.

Ce site (Dialogue-Abraham) se place sous l'Egide d'Abraham père des croyants des trois religions du Livre. Un athée ne saurait sans discussion se placer sous une telle égide. Bien que les athées européens ne puissent ignorer les apports essentiels des religions du Livre dans la civilisation qui nourrit leur pensée, bon nombre d'entre eux veulent renier cet héritage et se situer dans une optique radicalement opposée. Je n'ai pour ma part, pas de mauvaise réticence à accepter une partie de cet héritage, parmi d’autres. Fils perdu, peut-être, mais fils d'Abraham quand même, j'assume et ne renie pas mon éducation : mes interventions sur ce forum peuvent en témoigner.

C'est cependant plus volontiers sous la lignée d'Adam que je me placerai ma réflexion. Dans tous ses débats d'idées et échanges religieux, qu’avons-nous de commun, vous croyants et moi athée ? Il est souvent question de l'amour de Dieu et de son corollaire, l'amour de ses créatures, nos frères. La source de l'amour entre les hommes, pour vous, se situe dans l'amour de Dieu et dans le respect de son commandement à cet égard. Pour moi cette source est inexistante: que reste-t-il dès lors ? […)

Une seule chose en moi a résisté à toutes les critiques, c'est le sentiment de la fraternité humaine. Sentiment qui en tant que tel pourrait sembler, et semble d'ailleurs à pas mal d'aigris et de blessés de la vie, illusoire. Certains osant même sortir en public une aberration, à savoir qu'ils aiment mieux les animaux que le genre humain !!! Ce n'est pourtant pas une illusion, c'est une prise de conscience. Une prise de conscience très profonde que rien de ce qui se trouve en moi, rien de ce qui fait le fonds de moi-même, le plus profond de ma personnalité (bonne ou mauvaise), n'est étranger à l'apport constant, direct ou indirect , passé ou présent, de mes frères humains (aimés ou non).

Déjà sur le plan génétique, c'est une évidence incontournable. Le lien très puissant qui me lie à mes parents, que sans lequel je ne serais rien, que cela me plaise ou non, me lie de ce même fait à toute la lignée humaine jusqu'à Adam, notre père à tous. Nous sommes faits de la même chair, nos réactions et nos sentiments sont semblables, seul des accidents historiques nous séparent. Les recherches scientifiques les plus récentes renforcent encore puissamment ce constat, qui n'a rien d'une émotion illusoire. On pourrait aussi étendre la réflexion sur les animaux, mais ce n'est pas mon propos ici.

Mais de façon encore plus significative notre fraternité éclate avec évidence sur le plan spirituel à travers notre langage, notre éducation, nos idées, notre culture, notre civilisation. Et là encore il ne s'agit pas d'une illusion sentimentale, mais d'un constat bien concret. Que serais-je sans mon langage ? J'utilise les mots de mes frères, j'utilise leur grammaire, ces paroles que je fais miennes sont les leurs. Ces sentiments de justice ou d'injustice ne se conçoivent même pas sans mes frères,. Je n'existe pas sans mes frères, je suis construit, entièrement, que cela me plaise ou non, par eux. La conscience même de ma différence de mon « moi » est impossible sans l'Autre. La révolte que d'aucun peuvent ressentir contre la société, sentiment auquel certains sont très attachés car ils s'identifient à elle, est impossible sans la société, et directement marque des autres en eux. L'autre, mon frère, mes frères, sont en moi, indissociablement liés en moi. Mépriser ou haïr l'humanité, c’est ce haïr soi-même.

J'en suis ainsi venu à la prise de conscience au plus intime de moi-même que mon identité est indissociable de la fraternité humaine et que porter atteinte à autrui, à ses biens, à sa dignité, c'est porter atteinte à moi-même. Cela n'implique pas des illusions cependant sur la fraternité; Caïn n'a-t-il pas tué Abel ? Mais la suite de la légende montre combien il s'est lui-même détruit par son geste.

Cette prise de conscience justifie sur un fondement rationnel, une vision plus « idéaliste » de la fraternité humaine, que d'aucuns appellent humanisme. Les idéologues athées en restent cependant souvent au niveau conceptuel. L'action d'amour est plus rare. Dès lors au mot humanisme, en lequel je flaire une certaine idéologie de la dignité humaine ( et des « droits de l'homme ») plus sujette à mes critiques, je préfère la notion de fraternité, bien plus proche à la fois de mon ressenti et de mes constats. Dans ce ressenti aussi, ce terme me rapproche des croyants les plus sincères, dont l'action essentielle tourne autour ce cette notion, par amour pour leur Dieu.

Je constate en moi maintes défaillances personnelles en ce chemin que je veux parcourir.
Donc même sans croire en Dieu, je reçois volontiers bien souvent de leur part des leçons en ce domaine, car ils m’aident à revenir au meilleur de moi-même (encore la fitra, diraient les musulmans).
C'est une des raisons de ma présence parmi vous, et des remerciements que j'ai à vous donner.

Yahia/Belgique

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