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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 22:26

Les catholiques organisent ce soir à Joinville, en Haute-Marne, une rencontre publique sur l’enfouissement de déchets nucléaires sur le site voisin de Bure. Interview de Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes.

Mgr Stinger 

Labo Bure

Le laboratoire souterrain de l'Andra à Bure (Meuse) Pol Emile/SIPA

Sciences et Avenir: Que vient faire l’Église dans le débat sur les déchets nucléaires ?

              Mgr Stenger : Elle vient poser des questions d’éthique essentielles. La plus grave interrogation, à mes yeux, c’est celle de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures. Ces déchets gérés par l’Agence nationale des déchets radioactifs (Andra) vont rester dangereux pour des centaines de milliers d’années, bien au-delà de notre préhension du temps. Nous ne pouvons pas les enfouir sans poser de questions sur les conséquences de notre action. Pouvons-nous ainsi nous débarrasser de ces colis gênants sans nous interroger sur ce qu’ils pourraient provoquer dans quelques centaines d’années sur nos descendants ?

                Par ailleurs, nous risquons de léguer aux générations à venir non seulement des déchets mais aussi un mode de gestion et une organisation de la société où la technique asservit l’homme plutôt que de le servir. Nous devons demeurer conscients que les techniques dont nous avons hérité ou que nous avons créées peuvent aussi détruire les êtres et les valeurs humaines.

               Sciences et Avenir : Ce faisant, vous intervenez aussi sur la question de la transition énergétique...

               Mgr Stenger : Oui, et nous l’assumons. Depuis quelques années, la conférence des Évêques de France a créé une antenne « environnement et mode de vie » que j’anime. C’est le lieu où nous discutons d’écologie et d’énergie. C’est lié. La consommation actuelle d’électricité est en hausse continue. Notre actuelle boulimie d’énergie légitime-t-elle que nous compromettions l’avenir de nos enfants et traitions notre terre de façon irresponsable ? C’est une question d’éthique qui débouche sur des actes concrets d’économie d’énergie.

               Sciences et Avenir : L’Église est-elle antinucléaire ?

               Mgr Stenger : L’Eglise n’a pas à prendre position pour ou contre le nucléaire. Elle doit faire en sorte que toutes les questions éthiques sont bien posées et qu’on a bien cherché à y répondre de manière satisfaisante. Notre rôle est de rappeler les questions essentielles à se poser et faire en sorte que les individus qui vont se forger une opinion soient correctement informés et aient toutes les cartes en main pour comprendre les enjeux.

              Nous serons ainsi très vigilants sur la qualité des informations données par l’Andra. Sur un tel débat, il ne peut y avoir de mensonges, de dissimulations ou de demi-vérités. Ainsi, pour les risques induits par le stockage profond, il vaut mieux employer le mot de « fuite » que celui de « relâchement», nettement moins précis, comme on a pu le lire ici ou là.

               Nous allons aussi interroger tous les acteurs sur les énormes compensations financières qui sont versées par l’Andra aux communes qui accepteraient le centre de stockage. L’an dernier, les communes riveraines ont reçu 654 euros par habitant. Un élu doit s’interroger avant d’accepter cet argent. A quoi s’engage-t-il vraiment ? Garde-t-il sa liberté de penser et d’agir ? Et à quoi doit-il consacrer ces fonds?

              Sciences et Avenir: Quelle légitimité a l’Église sur ces questions environnementales ?

              Mgr Stenger : Pour nous, croyants, la nature est un cadeau fait à l’homme par Dieu. L’homme ne peut donc faire n’importe quoi avec elle. Il doit la préserver et la transmettre intacte aux générations suivantes. Ce qu’il ne fait pas aujourd’hui. L’Église est donc dans son rôle quand elle interroge les comportements, réfléchit aux conséquences des choix effectués aujourd’hui par la société. Elle a bien vocation à favoriser le débat sur les grandes questions environnementales.

              Propos recueillis par Loïc Chauveau

              Sciences et Avenir

              17/01/2013

 

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