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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 19:47

Mgr Yves Patenotre   

Evêque de la Mission de France, Yves Patenôtre a été choisi avec trois autres évêques Français pour participer à Rome en octobre prochain au Synode sur la « Nouvelle Evangélisation ». Il nous propose ici ses premières réflexions :

   La nouveauté de l’évangile

Dans ce thème, il est donc question de « nouveauté » et « d’évangile ». Celui-ci ne peut être qualifié de nouveau. Voici plus de vingt siècles que les premiers témoins ont écrit leur expérience du Christ ressuscité vécue dans leurs communautés d’Eglise. Chacun selon leur grâce et la particularité de leur destinataire. Mais si l’évangile n’est pas nouveau, je me demande tout de même si nous n’en aurions pas perdu toute la fraîcheur. Il se propose comme une parole vivante et il se pourrait bien que nous l’ayons momifié. J’entends dire ici ou là que nous serions avec les autres religions monothéistes « les religions de Livre ». Tiens donc ! Tout a commencé par le Ressuscité, Jésus, Celui qui est la Parole de Vie, le Verbe fait chair. Et les premiers témoins de la rencontre avec le Ressuscité se sont donnés corps et âme au service de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Il y a d'abord eu des vivants. Ensuite il y a eu les écrits. Il y a d’abord eu le Verbe et les premières communautés d’où ont surgi les martyrs. Il y a d’abord eu les communautés d’Eglise, puis l’évangile. Et ces premières communautés manifestaient la présence de Quelqu’un, le Christ, Celui qui est avec nous jusqu’à la fin des temps. Les chrétiens sont témoins du Christ. C’est de lui qu’ils tirent leur nom. C’est une grâce en même temps qu’une mission.

[…]

Si bien que la nouvelle évangélisation va d’abord consister, pour les chrétiens, à devenir ce qu’ils sont. En cela il y aura sans doute une dynamique de nouveauté. Savoir que la lecture de l’évangile, dans la tradition de l’Eglise, ouvre à la connaissance de Jésus. Non pas une connaissance purement intellectuelle - même s’il faut une initiation de cet ordre - mais une connaissance qui vient de la rencontre personnelle avec le Christ. Elle va traverser tout notre être de chair et de sang. La Parole m’ouvre à la rencontre de Sa présence réelle au plus creux de tout mon être. Elle me révèle que nous sommes habités par Son Esprit d’Amour.

Plus rien n’est profane depuis qu’il est venu tout illuminer par sa présence. Tout homme - celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas - est une histoire sacrée. Il est ce Jésus qui marche avec nous sur tous nos chemins d’Emmaüs et que l’on reconnaît toujours au partage du pain. Tous les sacrements sont des rencontres personnelles avec Lui. Il est aussi celui qui se manifeste en vrai dans toutes nos rencontres si elles sont habitées par l’amour : « C’était moi ». (Mt 25)

Ainsi, il ne pourra y avoir de nouvelle évangélisation si l’on ne retrouve pas d’abord la nouveauté de l’évangile. Celle qui est apparue dès l’irruption du Christ en sa terre natale. Peu à peu, il a fallu quitter la synagogue qui était le lieu nourricier de la communauté juive. On ne pouvait garder le vin nouveau dans de vieilles outres. C’était une alliance nouvelle et éternelle qui était inaugurée dans le mystère de sa mort et de sa résurrection. Mais il y a eu et il y aura toujours des résistances inévitables. On regrette toujours « les oignons d’Egypte » quand il faut entrer dans l’aventure du « Viens et suis-moi ». Il est le chemin, vivant et vrai, mais c’est au terme seulement que l’on saura où nous serons. La seule certitude, c’est que tout ne sera qu’amour comme c’est toujours le ciel sur terre lorsqu’il y de l’amour.

La nouvelle évangélisation commencera par la nécessité de quitter les images de Dieu qui ne nous font pas voir le visage du Christ. Quittons les grands-pères barbus perdus dans les nuages ou les triangles isocèles auréolés de gloire. N’ayons pas peur d’un Dieu « père fouettard » qui nous attendrait au tournant de tous nos pauvres péchés. Gardons bien sous nos yeux la croix de Notre Seigneur Jésus, le Christ, notre Sauveur. Elle nous exprime bien tout l’amour de ce Dieu qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils. Il n’est pas venu juger le monde mais le sauver dans toute la force de son pardon pour celui qui l’accueille.[…]

La nouveauté du monde

Après avoir appris à recueillir toute la nouveauté de l’évangile, il va nous falloir aussi accueillir toute la nouveauté du monde. C’est une démarche qui n’a pas de fin. Tant le monde bouge et à toute vitesse. Si l’on peut définir la culture comme l’expression d’un rapport au monde, nous nous apercevons bien de la diversité de toutes les cultures qui sont comme emportées dans un tourbillon qui tend à les unifier dans un autre rapport à l’espace et au temps. Si bien que pour proposer le message de l’évangile, il nous faut décidément entrer en cette nouvelle culture, unique et diversifiée, qui se transforme en se complexifiant. C’est un autre temps pour l’homme. Comment y proposer le visage de Celui qui est, qui était et qui vient, Maître des temps et de l’histoire ? Il nous faudra toujours reprendre le chemin vers la Source pour désaltérer tous les assoiffés d’amour, de justice et de paix. A temps nouveaux, langages et signes nouveaux.

Nous ne pouvons donner l’image d’une Eglise intemporelle. La forme de vie de l’Eglise a toujours été située et marquée par une histoire. « L’Eglise de toujours » n’existe pas. Ce qui est sûr, c’est que l’Eglise est par essence missionnaire. Au matin de l’Ascension, Jésus ressuscité a envoyé ses disciples porter la Bonne Nouvelle à toutes les nations. Comment proposer cette Bonne Nouvelle aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui intégrés dans des cultures nouvelles ? Comment être le signe de ce Dieu qui nous a créés pour vivre par Lui, avec Lui et en Lui le véritable bonheur ? Nous comprenons bien qu’il ne s’agit pas tellement d’être signe d’Eglise, que d’être signe de Lui, le Christ, et c’est en cela que nous serons l’Eglise. Nous constatons bien qu’il ne s’agit pas de reproduire des images du passé avec nostalgie ou peur de l’avenir. Il s’agit de garder toute la force, la ferveur et l’exigence de la foi de toujours pour quelle soit non seulement visible, mais lisible pour ceux et celles qui cherchent un sens à leur vie. C’est un chemin d’espérance, cette foi qui croit en l’amour.

Tous ceux et celles qui s’engagent en équipe dans la recherche commune de la Mission de France, passionnés du Christ, sont aussi passionnés par cette démarche missionnaire. Présents et acteurs dans leurs Eglises locales qu’ils ne désertent pas, ils désirent trouver les chemins d’annonce de la Bonne Nouvelle pour ces temps nouveaux, tourmentés qu'ils sont par la crainte que trop d’hommes et de femmes meurent de soif à côté de la Source. Je porte leur passion et leur réflexion au Synode.

   

 

Yves Patenôtre

Archevêque de Sens et d’Auxerre

Evêque de la Mission de France

Lettre aux Communautés n° 262

Juillet Août 2012 pages 61-66

 

  

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commentaires

claudine onfray 12/07/2012 11:41


très beau texte !


il y manque un point essentiel !


pourquoi seule la moitié de l'humanité va décider  de la manière d'évangéliser en 2012....????


vous me direz ....il y aura des femmes dans les commissions ??? peut-être


mais on est en 2012 !!


tant que l'Eglise donnera un visage uniquement masculin ,elle ne sera pas crédible!!


cela me fait penser à une actualité récente !


l'idée refusée avant d'être proposée chez les anglicans de désigner un tuteur mâle à un futur évêque femme !!


heureusemnt le ridicule ne tue pas!


claudine