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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 14:56

pape-francois

Pour la première fois, le pape s’est exprimé contre « le fétichisme de l’argent », source de la « négation du primat de l’homme ». Il a réfuté la conception de « l’être humain comme bien de consommation qu’on peut utiliser, puis jeter ».

Certains s’inquiétaient, ces derniers temps, de ne pas entendre le pape François aborder les « sujets qui fâchent », notamment en matière d’éthique, privée ou publique. C’est désormais chose faite. Dimanche 12 mars, il a d’abord rappelé l’attachement intangible de l’Église à la défense de la vie, de sa conception à sa fin naturelle. Et puis, ce jeudi 16 mai, recevant les lettres de créances de quatre nouveaux ambassadeurs près le Saint-Siège (Kirghizstan, Antigua et Barbuda, le Grand-duché de Luxembourg et le Botswana), il s’est exprimé pour la première fois, en termes très forts et très personnels, sur la crise économique, dénonçant « la négation du primat de l’homme », « le fétichisme de l’argent », « la dictature de l’économie sans visage, ni but vraiment humain ».

C’est à dessein, a expliqué le P. Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, que le pape s’est livré à « cette première intervention, forte et explicite, en tant que pape » sur les questions économiques et sociales. Tout est résumé dans cette citation de saint Jean Chrysostome: « Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs » (Homélie sur Lazare, 1,6: PG 48, 992D).

« L’être humain est considéré aujourd’hui comme étant lui-même un bien de consommation qu’on peut utiliser, puis jeter »

Explicitant les termes traditionnels de la doctrine sociale de l’Église, notamment la destination universelle des biens et l’attention aux pauvres, le pape François souligne d’abord les « pathologies » contemporaines: « précarité », « peur », « désespérance », « amenuisement de la joie de vivre », croissance « des violences et des indécences. » Et il situe la source de tout cela dans « l’acceptation de l’empire de l’argent sur nos êtres et sur nos sociétés »: « On s’est créé des idoles nouvelles! » s’est-il exclamé.

Plus profondément, le pape François estime que les « difformités » de l’économie mettent en lumière « la grave déficience de son orientation anthropologique qui réduit l’homme à une seule de ses nécessités: la consommation. »: « L’être humain est considéré aujourd’hui comme étant lui-même un bien de consommation qu’on peut utiliser, puis jeter. » Il s’offusque que « la solidarité soit considérée comme contre-productive », alors qu’elle est « le trésor du pauvre ». Il dénonce « l’accroissement exponentiel du revenu d’une minorité, tandis que celui de la majorité s’affaiblit », conséquences d’« une nouvelle tyrannie invisible, parfois virtuelle, qui impose unilatéralement et sans recours possible, ses lois et ses règles. » Sans oublier « une corruption tentaculaire et une évasion fiscale égoïste ».

« L’éthique conduit vers Dieu, qui, lui, se situe en dehors des catégories du marché »

Allant plus loin, ne se contentant pas de dénoncer, le pape estime qu’il faut mettre en cause « le refus de l’éthique, qui dérange! », parce que considéré, comme la solidarité, comme « contre-productive ». Or, à ses yeux, « l’éthique conduit vers Dieu, qui, lui, se situe en dehors des catégories du marché: « Dieu est considéré par ces financiers, économistes et politiques, comme étant incontrôlable, dangereux même puisqu’il appelle l’homme à sa réalisation plénière et à l’indépendance des esclavages de tout genre. ».

Dans cette perspective, il est urgent, dit le pape, de mettre en œuvre « une réforme financière qui soit éthique et qui entraînerait à son tour une réforme économique salutaire pour tous. » Et il lance un appel aux dirigeants politiques, qui « doivent courageusement changer d’attitude »: « L’argent doit servir et non pas gouverner! »

En même temps, pas question pour le pape de stigmatiser les riches: « Le pape aime tout le monde: les riches comme les pauvres. ». Mais il a « le devoir, au nom du Christ, de rappeler au riche qu’il doit aider le pauvre, le respecter, le promouvoir », d’appeler « à la solidarité désintéressée, et à un retour de l’éthique pour l’humain dans la réalité financière et économique. »

Une feuille de route qui guidera la réforme envisagée par le pape de la « banque du Vatican »

En conclusion, rappelant l’attitude traditionnelle de l’Église, pour laquelle « le bien commun ne devrait pas être un simple ajout, un simple schéma conceptuel de qualité inférieure inséré dans les programmes politiques », le pape lance un appel aux « dirigeants des entités financières à prendre en compte l’éthique et la solidarité. »: « Et pourquoi ne se tourneraient-ils pas vers Dieu pour s’inspirer de ses desseins? Il se créera alors une nouvelle mentalité politique et économique qui contribuera à transformer l’absolue dichotomie entre les sphères économique et sociale en une saine cohabitation. »

À n’en pas douter, cette feuille de route guidera la réforme envisagée par le pape de la « banque du Vatican », l’Institut pour les Œuvres de Religion (IOR), dont il a beaucoup été question ces derniers temps à Rome. De même, recevant, quelques instants avant les ambassadeurs, le comité exécutif de Caritas Internationalis avec son président, le cardinal hondurien Oscar Maradiaga, lui-même coordinateur du « groupe des huit cardinaux » chargés de conseiller le pape dans la réforme de la Curie, le pape a improvisé dans la même veine. Il s’agit donc bien d’une orientation précise donnée au pontificat.

FRÉDÉRIC MOUNIER, à Rome

 

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : économie - Communauté : Refaire le Monde
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Vendredi 3 mai 2013 5 03 /05 /Mai /2013 08:37

Les-paradis-fiscaux-CCFD-terre-solidaire1

Loin d’être paradisiaques, ces territoires constituent des espaces où les règles appliquées par la majorité des Etats n’ont plus lieu d’être : tu ne voleras point, tu paieras tes impôts, tu gagneras ton salaire à la sueur de ton front, tu joueras les règles de la concurrence, tu respecteras les législations sociales et environnementales… Les paradis fiscaux et judiciaires participent, selon le mot du magistrat Jean de Maillard, à la construction d’un « monde sans loi ». Or, dans un monde sans loi, c’est la loi du plus fort qui règne. Les conséquences sont redoutables.

Dans l’imaginaire collectif, l’expression « paradis fiscal » évoque une île lointaine et enchanteresse où quelques milliardaires s’enrichissent en dormant à l’ombre des palmiers : en un mot, rien qui semble nous concerner directement.

Cette image ne correspond absolument pas à la réalité. Elle est à la fois trompeuse et nocive. Aujour’hui, la majorité des capitaux qui se pressent vers les paradis fiscaux proviennent des entreprises multinationales. Et ce sont bien les budgets des États qui pâtissent de cette évasion fiscale massive. Et les contribuables sont appelés à compenser les pertes budgétaires dûes à la fraude et à l’évasion fiscale des multinationales par exemple par le développement de la TVA. Sans parler des PME qui souffrent de la concurrence des entreprises multinationales artificiellement avantagées par leur capacité à échapper à l’impôt...

La liste des territoires opaques que propose la société civile montre que, bien souvent, les paradis fiscaux et l’opacité financière se nichent au coeur des principales métropoles des économies riches comme la City de Londres. Grâce à une multitude d’intermédiaires financiers, des grandes banques internationales aux cabinets d’audit et de conseil, la moitié des flux commerciaux et financiers internationaux transite désormais par ces places.

Quelques chiffres :

·                Le nombre de paradis fiscaux a été multiplié par 3 en 30 ans et s’élève à environ 72 aujourd’hui.

·                150 000 sociétés offshores se créent chaque année

·                les paradis fiscaux abritent 2 fonds alternatifs sur 3 et hébergent 2 400 000 sociétés écran.

·                50 % du commerce mondial transite par les paradis fiscaux qui ne représentent pourtant que 3% du produit mondial brut.

·                50 % des prêts bancaires et 30% des investissements directs à l’étranger (IDE) internationaux sont enregistrés dans des paradis fiscaux.

·                11 000 milliards de dollars sont abrités des les paradis fiscaux, soit cinq fois le PNB de la France. 

Signer la Pétition du CCFD

 

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : économie - Communauté : Passeurs d'espoirs
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Jeudi 21 février 2013 4 21 /02 /Fév /2013 10:57

   Caritasinveritate

Le monde a besoin d’un nouveau modèle de développement humain. Durant tout son pontificat Benoît XVI a mis toutes ses forces à la réalisation d’un tel projet. En témoigne ses nombreux discours mais surtout sa dernière encyclique publiée en 2009, Caritas in Veritate. Dans ce texte le Pape expose de manière précise l’importance de son magistère social dans un monde en pleine mutation.

Une crise éthique à l’origine de la crise économique

« La crise nous oblige à reconcevoir notre chemin, à nous donner de nouvelles règles et à trouver une nouvelle forme d’engagement » : c’est un des passages clé de son encyclique Caritas in Veritate. Pour sortir de la crise le Pape en est convaincu, il y a besoin « d’un nouvelle culture de la solidarité et la participation responsable, conditions indispensables afin de construire ensemble » l’avenir de la planète. L’encyclique de Benoît XVI publiée en pleine crise mondiale devient rapidement un best seller qui attire même l’attention du monde de la finance. Le Pape plaide pour une économie au service de la personne et rappelle dans son texte que le développement des peuples doit être intégral.

Benoît XVI n’a cessé durant son pontificat de rappeler qu’à l’origine de la crise économique, il y a une crise éthique, anthropologique. Le Pape est allé même plus loin en analysant les causes d’une disparition de l’éthique en économie dans son discours à la Curie romaine en 2011 : « Même si des valeurs comme la solidarité, l'engagement pour les autres, la responsabilité à l'égard des pauvres et des personnes souffrantes sont en grande partie indiscutés, il manque souvent une force motivante, capable de stimuler l'individu et les grands groupes sociaux aux renoncements et aux sacrifices ».

Le Pape condamne les excès du libéralisme radical

« Il ne faut pas se résigner au spread du bien-être social, alors qu’on combat celui de la finance ». Cette phrase de Benoît XVI prononcée devant le corps diplomatique en janvier dernier restera très certainement gravée dans la mémoire collective. « Si l’indice différentiel entre les taux financiers constitue une préoccupation, les différences croissantes entre un petit nombre, toujours plus riche, et un grand nombre, toujours plus pauvre, devraient provoquer le désarroi » avait ajouté le Pape.

Trop souvent « les profits ont été absolutisés au préjudice du travail » et on « s’est aventuré sans retenue sur les voies de l’économie financière, plutôt que sur les voies de l’économie réelle ». Il convient donc de « revenir au sens véritable du travail », de résister « aux tentations des intérêts particuliers » pour « s’orienter en direction du bien commun ».

Dans son dernier message pour la journée mondiale pour la paix, le Pape a condamné les excès du libéralisme radical et de la technocratie, pour qui la croissance économique est à obtenir aussi au prix de l’érosion de la fonction sociale de l’Etat et des réseaux de solidarité de la société civile, ainsi que des droits et des devoirs sociaux. Parmi les plus menacés, le droit au travail. Construire la paix nécessite donc de penser un nouveau modèle de développement et d’économie. Une urgence pour Benoît XVI. Comme Jean-Paul II, le Pape espère une «globalisation de la solidarité » soulignant l’importance de l’unité de la famille humaine.  

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : économie - Communauté : Refaire le Monde
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Vendredi 7 septembre 2012 5 07 /09 /Sep /2012 11:44

eveques

POUR L’AVENIR DE L’ARTOIS ET DU HAINAUT-CAMBRESIS !

Comme évêques d’Arras et de Cambrai, nous vivons douloureusement une avalanche d‘épreuves pour les habitants de nos diocèses. La fermeture de la Base aérienne 103, sise sur nos deux départements, les craintes pour l’avenir de l’entreprise Doux et les incertitudes sur la réalisation du grand canal Seine-Nord font plus que nous inquiéter. Ce dernier chantier, en particulier, est l’espérance d’un travail pour un grand nombre de nos concitoyens, d’autant plus que plusieurs ministres et un président se sont publiquement engagés sur sa réalisation.

Notre pays et l’Europe traversent une crise sans précédent et nous n’ignorons pas les défis qu’elle pose aux responsables politiques actuels, mais nous ne pouvons rester silencieux lorsque des populations entières se laissent gagner par le découragement qui conduit au désœuvrement, source de tant de violences. Les catholiques prennent une part active dans de nombreux secteurs de la société, particulièrement auprès des plus démunis et des oubliés des mutations économiques. En leur nom, nous appelons tous les responsables de nos territoires et de notre pays à œuvrer ensemble pour sauver la réalisation d’un projet essentiel pour l’avenir de l’Artois et du Hainaut--Cambrésis.

Mardi 4 septembre 2012

Mgr François Garnier, archevêque de Cambrai

Mgr Jean-Paul Jaeger, évêque d’Arras.

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : économie - Communauté : Passeurs d'espoirs
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Mardi 12 juin 2012 2 12 /06 /Juin /2012 21:27

fontaine

Les mesures prises pour diminuer les rémunérations des dirigeants des grandes entreprises sont importantes. Mais il y a aussi les dirigeants des grandes banques, ceux qui sont à l’origine du processus qui a amené la crise financière, ceux qui, par exemple aux USA, n’ont pas été inculpés après les événements de 2008 et ...qu’on a retrouvés aux côtés de Barak Obama !

La financiarisation déconnectée de l’économie réelle est un cancer qui proli­fère depuis des années, qui fait éclater ses boursouflures sur la Grèce, comme depuis des décennies sur les pays pauvres.

Mais ce n’est pas un cancer ordinaire, qui tomberait sur l’humanité comme une maladie dont on n’est pas responsable. C’est une maladie qui a été inoculée par des hommes, qui ont sciemment pensé le projet. Ils ont entraîné dans leur cupidité bien des acteurs économiques jusqu’aux petits épargnants.

Comment nous-mêmes, les citoyens, avons-nous pu laisser les politiques obliger les Etats à financer leurs projets auprès du marché financier privé et non auprès de leurs banques centrales, et pour l’Union européenne auprès de la Banque Centrale européenne ?

Comment nous-mêmes, citoyens, avons-nous pu laisser les politiques fer­mer les yeux sur les paradis fiscaux, y compris en Europe, qui privent nos pays, mais plus encore ceux d’Afrique ou d’Amérique latine, de ressources essentiel­les?

est temps pour les chrétiens, comme pour les autres citoyens, de mieux s’informer sur les processus financiers qui gouvernent notre monde et d’arrêter de dire : « on n’y peut rien. » Il est temps de revenir à des règles économiques saines.Il 

Dominique FONTAINE, Vicaire général de la Mission de France

Lettre d’information n°347 Juin 2012

 

Par Denis CHAUTARD - Publié dans : économie - Communauté : L'Evangile à Hauteur d'Homme
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Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 10:23

PierreRabhi

Agriculteur, écrivain et penseur français d'origine algérienne, Pierre Rabhi est un des pionniers de l'agroécologie. Inventeur du concept « Oasis en tous lieux » et initiateur du « Mouvement pour la Terre et l’Humanisme », il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages dont « Paroles de Terre » 1, du « Sahara aux Cévennes »2, « Conscience et Environnement » 3 ou « Graines de Possibles »4, co-signé avec Nicolas Hulot.

En quelques mots...

Depuis sa tendre enfance, Pierre Rabhi est indigné par la marche et l’état du monde. Cette indignation constructive, devenue une force, l’a incité à trouver de nouvelles voies pour démontrer que d’autres comportements et d’autres choix sont possibles. Après avoir expérimenté sur sa propre ferme en Ardèche une méthode agricole pouvant redonner l'autonomie alimentaire aux plus démunis tout en sauvegardant leur patrimoine nourricier, il transmet son savoir-faire agroécologique à travers le monde, notamment dans les pays arides d'Afrique, en France et en Europe.
Chevalier dans l’ordre national de la légion d’honneur, il est aujourd'hui reconnu expert international pour la sécurité alimentaire et a participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification.

1938

Fils d’un forgeron du sud algérien, Pierre est confié à l’âge de 5 ans, après le décès de sa mère, à un couple d’Européens. Il reçoit une éducation française tout en conservant l’héritage de sa culture d’origine.

1960

La guerre d’Algérie bat son plein. Pierre Rabhi est ouvrier dans une entreprise parisienne, et met en cause les valeurs de compétition de la modernité. Avec sa femme Michèle, une parisienne, il quitte la capitale pour s’installer en Ardèche. Ouvrier agricole, il récuse déjà fortement la logique productiviste appliquée à l’agriculture dont les conséquences dévastatrices révèlent aujourd’hui leur ampleur.

1972

Après avoir découvert les principes de l’agriculture biologique et écologique, il les applique avec succès sur la terre aride et rocailleuse de sa ferme, dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage.

1978

Pierre Rabhi est chargé de formation à l'agroécologie par le CEFRA (Centre d'études et de formation rurales appliquées).

1981

A partir de 1981, il commence à transmettre son expérience agroécologique. Il met en place plusieurs programmes de formation en France, en Europe et en Afrique. Invité au Burkina Faso où les paysans souffrent d'un marasme écologique (sécheresses répétitives) et économique (cherté des engrais et pesticides), Pierre Rabhi développe sa première action agroécologique.

1985

Création du premier Centre africain de Formation à l’Agroécologie de Gorom-Gorom, avec l'appui de l'association "Le Point-Mulhouse".

1988

Pierre Rabhi est reconnu comme expert international pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la désertification.

1989

Fondation du Carrefour International d’Echanges et de Pratiques Appliquées au Développement (CIEPAD) avec l'appui du Conseil Général de l'Hérault : mise en place d'un "module optimisé d'installation agricole", de programmes de sensibilisation et de formation, lancement de nombreuses actions de développement à l'étranger (Maroc, Palestine, Algérie, Tunisie, Sénégal, Togo, Bénin, Mauritanie, Pologne, Ukraine...).

1992

Lancement du programme de réhabilitation de l'oasis de Chenini-Gabès en Tunisie.
Accompagnement des moniales du Monastère de Solan - parmi les premiers religieux engagés dans l’écologie - dans leur volonté de restaurer l’harmonie et la fécondité de la terre de leur domaine agricole.

1995

Naissance du Mouvement pour des Oasis en Tous Lieux, lieux de vie visant à une autonomie fondée sur la Terre nourricière, la réduction de l’empreinte environnementale, la pluriactivité et les échanges favorables à la reconstitution du lien social.

1997-98

A la demande de l'ONU, Pierre Rabhi intervient dans le cadre de l'élaboration de la Convention de lutte contre la désertification (CCD) et est appelé à formuler des propositions concrètes pour son application.

1999-2000

Création de Terre & Humanisme. Cette nouvelle structure doit permettre d’élargir l’action en faveur de pratiques écologiques autonomes et d’une solidarité internationale.

Lancement de nouvelles actions de développement au Niger (région d'Agadez), au Mali (région de Gao) et au Maroc (Kermet BenSalem, Dar Bouaza, Taroudant).

Création par sa fille, Sophie Rabhi, de la Ferme des enfants qui propose une pédagogie Montessori à la ferme pour la maternelle, le primaire et le collège.

2002

Encouragé par de nombreux amis, Pierre se lance dans une campagne électorale "non conventionnelle" en proposant de replacer l'Homme et la Nature au cœur de la logique. Sa campagne a, en très peu de temps, suscité une mobilisation exceptionnelle, récolté la signature de nombreux élus et donné naissance à plus de 80 comités départementaux de soutien : les colibris.

2003

Création du Mouvement « Appel pour une insurrection des consciences » suite à la précampagne de Pierre Rabhi à la présidentielle.

2004

Naissance du projet de création d'un centre agroécologique, Les Amanins, à la Roche-sur-Grâne, dans la Drôme. Ce lieu d'accueil, d'hébergement et de pédagogie voué à l'écologie est porteur des valeurs de Terre & Humanisme.

L’école à la ferme s’ouvre sur la société avec la création du Hameau des Buis, véritable oasis de vie et laboratoire d’expérimentations d’intérêt général.

2006

Lancement de Colibris, Mouvement pour la Terre et l’Humanisme afin d’aider chacun à construire, à son échelle, de nouveaux modèles de société fondés sur l’autonomie, l’écologie et l’humanisme.

Avril 2010

Création de la Fondation Pierre Rabhi, sous l’égide de la Fondation de France, pour continuer à soutenir l’autonomie, la sécurité et la salubrité alimentaires des populations.

http://www.fondationpierrerabhi.org/

 

Par Denis CHAUTARD - Publié dans : économie - Communauté : Passeurs d'espoirs
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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 11:54

  Grèce

En Grèce, le salaire mensuel le plus élevé de la fonction publique est passé de 2 700 € à 1 700 €. Le plus faible a été abaissé à 450 €. Plus de 200 000 personnes ont quitté Athènes à cause du coût de la vie. Un tiers des commerces y sont fermés. Pharmacies et hôpitaux ne sont plus alimentés en médicaments. Jenny Kremastinou, directrice du centre de prévention d’Athènes, tire la sonnette d’alarme : si le taux de VIH en Grèce a augmenté de 50 % en un an, ce serait aussi parce que des jeunes s’inoculent le VIH pour pouvoir bénéficier des allocations réservées aux séropositifs (600 €/mois), les seules qui n’aient pas encore été supprimées. Athènes renoue avec le désastre humanitaire des années 1940, et apprend, au prix d’une immense souffrance, le mode de survie d’un pays « en voie de développement » subsaharien.

Certes, il y a de la corruption dans l’administration grecque mais la moitié de la population active voit ses revenus imposés à la source, et ne peut donc pas frauder le fisc. Certes, les comptes publics ont été travestis lors de l’entrée de la Grèce dans la zone euro en 2001. Nul n’en avait conscience ? Il suffisait pourtant d’examiner les adjudications hebdomadaires du Trésor athénien pour s’en rendre compte.

Les ménages grecs ne sont pas endettés : leur ratio d’endettement par revenu disponible (40 % en 2009) est l’un des plus faibles de l’Union européenne. Et les dépenses publiques ne représentent que 48 % du PIB grec, contre plus de 52 % au Royaume-Uni ou en France. Quant à la « paresse » des Grecs, c’est une légende : ils ont travaillé en moyenne 40,9 heures par semaine en 2010, contre une moyenne de 36,6 dans la zone euro. Leur productivité a plusieurs fois dépassé celle de l’Allemagne au cours des dix dernières années.

Si l’État grec s’est considérablement endetté depuis son entrée dans l’euro, à qui la faute ? Le traité de Lisbonne dit explicitement que les dettes publiques des pays membres de l’euro ne sont plus garanties par la Banque centrale européenne. L’entrée dans l’euro de la Grèce aurait donc dû faire augmenter son taux d’emprunt sur les marchés financiers. Au contraire, les prêteurs privés ont accepté de prêter à l’État grec à un taux inférieur à celui qui prévalait avant l’entrée dans la zone ! Y ont-ils été contraints ? À présent, les plans d’austérité draconiens infligés à l’économie grecque ne sont d’aucune utilité pour stabiliser la dette publique athénienne, qui continuera d’augmenter du fait de la récession (-6 % du PIB)... Quant aux quelques milliards cédés par le FMI et l’Europe en échange de ces sacrifices inutiles, ils servent en majorité à renflouer les créanciers.

Ceux-ci ignoraient-ils, entre 2001 et 2007, que la Grèce ne pourrait pas rembourser ses emprunts ? Est-ce aujourd’hui qu’ils découvrent que ses seules ressources sont le tourisme et le commerce maritime ? Certains avouent avoir fait le pari que l’économie grecque connaîtrait un « miracle ». Ce pari, qui promettait de rapporter gros, était facile à prendre : l’argent, durant cette période coulait à flot dans les banques. Est-ce aux chômeurs grecs de faire les frais de ces stratégies de casino ?

D’autres prêteurs reconnaissent qu’ils escomptaient être remboursés, au besoin, par les autres contribuables européens. Ce que confirme le blocage des négociations sur la restructuration de 25 % de la dette, pourtant décidée le 26 octobre dernier. Or la dette grecque (environ 300 milliards) est détenue pour près de 80 % par des non-résidents, très majoritairement des institutions financières – et pour 50 %, au moins, par des banques. On peut donc souhaiter que la décision du 26 octobre soit mise en œuvre, et ne soit pas la dernière du genre. Réduire la Grèce à l’état d’un pays subsaharien parce que les banques européennes rechignent à participer à l’effort de solidarité en vue d’éviter l’implosion de l’Euro, est-ce moralement acceptable ? Est-ce au contribuable français de payer à leur place ?

Certes, certaines banques sont elles-mêmes proches de la faillite. Mais la Banque centrale européenne leur accorde des crédits quasi illimités, dans des conditions inouïes. En outre, le plus grand danger provient de certains fonds spéculatifs qui spéculent sur la dette grecque tout en se couvrant via des CDS [1], avec le secret espoir qu’Athènes fera défaut. Cette stratégie, quoique légale, est inacceptable. Le cynisme de ces fonds, qui se sont développés avec l’aide des banques, pourrait induire l’implosion de la zone euro.

Espérons que les négociations franco-allemandes parviendront aux solutions de financement durables que le sommet du 9 décembre n’a pas permis d’atteindre. Si ce compromis devait tarder, seule la contribution des créanciers permettra de faire cesser le vain martyre de la Grèce et de sauver l’euro. Il n’est pas injuste d’obliger le secteur financier à assumer en partie la responsabilité de ses propres choix hasardeux. Cela provoquerait la faillite de certaines institutions financières ? C’est donc le secteur financier qu’il faut réformer d’urgence.

 

 Max de Chantérac

 

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : économie - Communauté : Passeurs d'espoirs
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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 10:16

grece

 

Un président de banque centrale voulait régler ses comptes avec ses débiteurs. Il commence en convoquant quelqu’un qui lui devait 60 milliards d’euros. Comme cet homme n’avait pas de quoi le rembourser, il ordonne de saisir tous ses biens et de le mettre en prison en remboursement de sa dette. Mais, tombant à ses pieds, l’homme lui dit : « Prends patience envers moi, je te rembourserai tout ». Saisi de pitié, le président de banque centrale le laisse partir. En rentrant, l’homme trouve un de ses débiteurs qui lui devait 60 000 euros. Il se jette sur lui pour l’étrangler en disant : « Rembourse ta dette ». Celui-ci le supplie : « Prends patience envers moi et je te rembourserai ». Mais l’autre refuse et le fait jeter en prison. Ses compagnons, voyant cela, sont profondément attristés et vont tout raconter au président de la banque centrale. Alors, celui-ci le fait appeler et lui dit : « Grossier personnage, je t’avais remis cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi j’avais pitié de toi ? » Dans sa colère, le président de la banque centrale le livra aux juges jusqu’à ce qu’il ait tout remboursé.

Il s’agit là, bien sûr, d’une transposition un peu maladroite de la parabole évangélique (Mt 18, 23-35). Mais Jésus lui-même ne se référait-il pas à la situation sociopolitique et économique de son époque pour évoquer le Royaume de Dieu ? Un Royaume qui concerne nos affaires humaines dans ce qu’elles ont de meilleur et de pire. La parabole rappelle ainsi le caractère choquant de nos prétentions à exiger le paiement de nos dettes envers et contre tout, même lorsque nous sommes dans notre droit.

Et le fait que le texte biblique ne précise pas l’identité du débiteur impitoyable n’est pas anodin. Ce pourrait être un banquier qui refuse de prolonger un crédit, la BCE qui hésite à racheter de la dette grecque, le FMI qui refuse un rééchelonnement à un pays du tiers-monde... Mais, puisque la parabole laisse l’indétermination, mieux vaut éviter une transposition trop précise…

Ce dont nous parle Jésus, c’est d’abord du Royaume offert à tous. Pour cela, la parabole met en scène l’étroite solidarité de tous les hommes par rapport aux biens de la terre qui leur sont confiés. La disproportion entre les sommes dues par les différents protagonistes signifie peut-être que les biens échangés dans l’économie réelle sont sans proportion avec l’immensité de la dette que chacun de nous contracte du seul fait d’exister en société. Nous sommes, de fait, tous solidaires pour le meilleur et pour le pire. Ce qu’oublient les marchés qui se montrent impitoyables envers la Grèce, alors même qu’ils bénéficient depuis le début de la crise de prêts qui se chiffrent en milliers de milliards. Ou encore les banquiers qui refusent de prolonger un crédit, oubliant que l’argent est un bien public avant d’être le leur.

La parabole racontée par Jésus, vint en réponse à une question posée par Pierre : « Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai-je ? Jusqu’à sept fois ? » (Mt 18, 21). Elle met en lumière le danger que nous faisons courir à la communauté chrétienne et à toute la société en nous montrant intraitables, en refusant de pardonner. La logique de Lamek, ce descendant de Caïn, qui voulait être vengé 77 fois 7 fois (Gn 4, 24), rend la propagation de la violence exponentielle. La dette de la Grèce représente moins de 4 % du Pib de la zone euro, mais les institutions qui spéculent sur un défaut de paiement nous conduisent à la faillite générale. La parabole évangélique souffle ainsi le chaud et le froid. Si elle met en scène le côté intraitable du roi, c’est pour mieux révéler la violence qui nous guette. Le roi se montre intraitable parce que le débiteur est intraitable. Mais cette mise en scène se veut cathartique. Elle parle du pire pour nous inviter à être patient ; elle suscite notre indignation pour nous inviter à faire miséricorde.

Dans leur travail de discernement des exigences sociales de l’Évangile, les papes ont tour à tour soufflé le chaud et le froid. Pie XI, dans Quadragesimo anno (1931), tout en relevant les « funestes conséquences » de « la dictature économique » qui a succédé au libre échange, souligne la responsabilité des « détenteurs et maîtres absolus de l’argent » qui gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent en quelque sorte le sang à l’organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que sans leur consentement nul ne peut plus respirer.

Plus près de nous, dans Caritas in veritate, Benoît XVI met en garde contre les dérives de la finance. Mais en rappelant aussi que « l’être humain est fait pour le don », il invite à faire en sorte que le principe de gratuité et la logique du don trouvent « leur place à l’intérieur de l’activité économique normale ». Et il est probable que nous ne sortirons pas de la crise sans que la gratuité et le don nous aient libérés du poids de la dette et de la violence qu’elle suscite.

 

Bertrand Hériard, jésuite, directeur du Ceras et de la revue Projet

  

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : économie - Communauté : Refaire le Monde
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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 14:48

 eveque

 

Il est annoncé la fermeture d’entreprises sur la Vallée de l’Andelle : MREAL et SEALINKS. D’autres entreprises du département sont également menacées : BRP anciennement Roger Gallet, à Bernay, et L’entreprise pharmaceutique MERK (anciennement Organon) près de Gisors.
Devant ces annonces de licenciements, Christian Nourrichard, évêque d’Evreux, lors d’une rencontre avec les chrétiens de la vallée de l’Andelle, a insisté sur la place fondamentale de l’homme face au profit. ; « Un travailleur vaut plus que tout l’or du monde car il est fils de Dieu » disait le cardinal Cardijn, fondateur de la JOC.
Pour la Mission Ouvrière et l’Evêque d’Evreux, il est urgent de redire notre attachement au monde du travail et à l’ensemble du monde ouvrier. Pour nous, c’est la place de l’Humain qui est en jeu et cela est au cœur de notre foi en Dieu.
Nous voulons dire fortement avec notre évêque notre soutien à tous ceux qui aujourd’hui, dans les entreprises, subissent les conditions inacceptables d’une course au profit illusoire.
La France est un pays qui travaille beaucoup et produit une forte richesse suffisante pour subvenir aux besoins de tous. Pour nous chrétiens, il est important de s’interroger sur la répartition des richesses.

 

Evreux, le 21 octobre 2011
Christian Nourrichard, évêque d’Evreux et la Mission Ouvrière de L’Eure.

Contacts:
Olivier LEMESLE, Délégué diocésain à la Mission ouvrière - 02 32 37 15 50
Geneviève MAGNAN, coordonnatrice de la Mission ouvrière de l’Eure - 02 32 28 19 08

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la Mission ouvrière assure la coordination et le soutien mutuel des mouvements d’Action catholique en monde ouvrier - ACE (Action catholique des enfants), JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), ACO (Action catholique ouvrière) et d'autres acteurs d'Église en monde ouvrier et populaire (Prêtres-ouvriers, religieuses et religieux en monde ouvrier, prêtres en pastorale ouvrière). Sa mission est d’être au plus près des réalités ouvrières dans les quartiers, le travail... Vivre au cœur du monde ouvrier et populaire avec les plus pauvres dans le partage, la solidarité avec eux.

 

Par Denis CHAUTARD - Publié dans : économie - Communauté : Praedicatho
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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 16:25

pauvrete

 

En ces jours où la crise financière et la crise économique font de nouveaux ravages dont les plus démunis d’entre nous sont les premières victimes, j’ai trouvé bon de nous remettre en mémoire cette déclaration de plusieurs personnalités à Noël 2008, déclaration publiée à l’époque dans douze quotidiens Français :

Au moment où le monde entier se trouve engagé dans une crise économique qui frappera en priorité les plus démunis et dont personne ne peut mesurer la durée et la gravité, Noël demeure une espérance.

La naissance du Christ parmi les plus pauvres, dans une étable, autant dire presque dans la rue, mais aussi de nombreux textes bibliques et écrits sociaux des Églises chrétiennes, nous renvoient à des références éthiques essentielles pour affronter la crise.

La pensée sociale-chrétienne qui s'appuie sur ces références n'est pas une alternative à un quelconque système économique mais un socle de réflexion qui a vocation à inspirer tout mode d'organisation durable de la société.

Ce socle repose sur deux priorités : celle de l'homme sur l'économie, l'économie est au service de l'homme et non l'inverse, et celle des pauvres sur les privilégiés, l'équité condamne une trop grande inégalité entre les revenus.

Ces deux priorités définissent les six piliers fondateurs de la pensée sociale chrétienne : la destination universelle des biens (la propriété privée est légitime si son détenteur en communique aussi les bienfaits à ceux qui en ont besoin), l'option préférentielle pour les pauvres, le combat pour la justice et la dignité, le devoir de solidarité, le bien commun et le principe de subsidiarité (faire confiance à ceux qui se trouvent au plus près du terrain pour résoudre ensemble leurs difficultés).

Et, en leur temps, les Pères de l'Église n'y allaient pas par quatre chemins. Avec saint Ambroise par exemple, qui affirmait : "Quand tu fais l'aumône à un pauvre, tu ne fais que lui rendre ce à quoi il a droit, car voici que ce qui était destiné à l'usage de tous, tu te l'es arrogé pour toi tout seul."

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jaurès, ou Gorbatchev plus près de nous, prétendaient trouver, le premier dans les textes du pape Léon XIII sur la question ouvrière, le second dans ceux de Jean-Paul II, des références qui pouvaient fonder une société plus juste.

Dans leur session consacrée à "l'argent" en 2003, les Semaines sociales de France, lieu de réflexion des chrétiens sur les problèmes de société depuis plus d'un siècle, critiquaient certains aspects des rémunérations des dirigeants, dont les stock-options, dans la mesure où ils compromettent la question de l'économie sur le long terme.

Ce faisant, les chrétiens ne condamnent pas l'économie de marché sous toutes ses formes. Ils rappellent - et sur ce point, ils sont d'accord avec l'économiste Adam Smith - que ce type d'économie ne peut fonctionner que dans des sociétés basées sur les valeurs morales que sont le respect des autres et une certaine sobriété dans l'usage des biens matériels. Il ne s'agit donc pas de récuser ni le profit, ni les investisseurs qui prennent des risques dans l'entreprise, mais d'appeler à une indispensable régulation de leur fonctionnement par les autorités publiques et par l'action de corps intermédiaires tels que les organisations non gouvernementales et les syndicats, notamment.

Les chrétiens ont des valeurs à faire progresser avec d'autres qui ne partagent pas nécessairement leur foi. Et les plus privilégiés d'entre eux sont appelés à se comporter en citoyens vigilants par leurs choix politiques, à refuser "le toujours plus", à s'engager notamment au niveau local, à accepter un niveau d'impôts volontariste pour une solidarité active, à respecter un mode de consommation plus équitable et soutenu par une "sobriété heureuse". Dans leurs lieux de vie, ils auront toujours le souci d'y faire entendre la voix des plus exclus.

La célébration de Noël nous invite à réactualiser le sens que nous donnons à l'économie et à choisir la voie de la solidarité.

Cela devient plus qu'urgent. Impératif.

 

Guy Aurenche, Jean Boissonnat, Daniel Casanova, Jacques Delors, Xavier Emmanuelli, Jean-Baptiste de Foucauld, Sylvie Germain, Jean-Claude Guillebaud, Jean-Pierre Hourdin, François-Régis Hutin, Alain Juppé, Patrick Peugeot, Michel Rocard, Robert Rochefort, Éric-Emmanuel Schmitt, François Soulage, René Valette, Jerôme Vignon, François Villeroy de Galhau

 

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : économie - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
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