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Mardi 4 juin 2013 2 04 /06 /Juin /2013 14:15

30-03-2011-Tous-laiques

Pendant des années, la droite nous a  affirmé que la loi de 1905 constituait sa règle d’or laïque, hommage hypocrite que le vice rendait à la vertu ! Le “ vice ” trouverait-il la situation mûre pour s’exposer sans fard ? Oui : une proposition de loi, déposée par plus de 100 députés UMP, vise à limiter drastiquement la liberté d’expression des convictions des salariés dans le secteur privé ; elle est débattue aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Non : l’hypocrisie ne disparaît pas tout à fait puisqu’il s’agirait d’« étendre, non pas le principe de laïcité, mais le principe de neutralité religieuse ».

Cette ultime pudeur, gageons-le, serait violée par les médias et les politiques eux-mêmes sitôt la loi votée. A qui fera-t-on croire que l’imposition de la « neutralité religieuse » n’a rien à voir avec la laïcité ? Faut-il le redire une nouvelle fois, au risque de lasser : non seulement la loi de 1905, mais l’ensemble des mesures qui ont établi la « laïcité républicaine » en France, ont estimé que la laïcité signifiait la neutralité de la puissance publique et de ses représentants, mais pas au-delà.

D’ailleurs, l’imposition de cette neutralité a été progressive, voire incomplète. Ainsi la loi de 1882, instaurant la laïcité de l’école publique, permet implicitement aux congréganistes de continuer à enseigner dans cette école publique laïcisée. C’est quatre ans plus tard, en 1886, qu’il est prévu que, progressivement, il faudra choisir entre être congréganiste et instituteur/institutrice de l’école laïque. Quant aux hôpitaux publics, ils continueront le plus souvent à comporter des « bonnes sœurs » en habit dans leur personnel, surtout en province. Le principe a donc connu certaines dérogations et accommodements.

Mais tenons-nous en au principe. L’idée centrale est claire : tout comme la séparation, la neutralité de la puissance publique et de ses représentants constitue un moyen d’assurer l’impartialité de l’Etat, de garantir la liberté de conscience des individus et leur égal respect, finalités premières de la laïcité. Aussi bien Jules Ferry qu’Aristide Briand ont fortement insisté sur ce point. Est-ce à dire que la liberté de conscience est absolue ? Non, comme toutes les libertés publiques, elle doit s’articuler avec les autres libertés et droits des personnes, ainsi que les nécessités de la vie commune. C’est pourquoi, le Code du Travail prévoit certaines limites à l’exercice de cette liberté de conscience. La proposition de loi déclare explicitement vouloir modifier le Code du Travail dans le sens d’une forte restriction de la liberté.

L’évolution de la laïcité, de la gauche à la droite (et dans cette politique de droite, on trouve des socialistes, en fait héritiers des trahisons à la Guy Mollet) s’effectue par une diminution de la séparation et une hypertrophie de la neutralité qui, de moyen, devient une fin en soi…. Ce qui est tout à fait étranger à l’esprit de la loi de 1905.  La neutralité, en effet, n’est plus reliée à l’impartialité de la puissance publique, elle s’étend de plus en plus à des secteurs de la société elle-même. L’entreprise est instrumentalisée en cette circonstance, et les DRH et autres managers ont fait très majoritairement savoir que non seulement ils n’étaient pas demandeurs mais qu’ils étaient réservés. On peut lire, à ce sujet, la double page de Libération du 28 mai, avec notamment les résultats de l’enquête de l'Offre (Observatoire du fait religieux en entreprise, Sciences Po, Rennes) : Laïcité : les entreprises ne tablent pas sur la loi.

Dans cet engrenage politicien, qui peut devenir le champion de cette « nouvelle laïcité » ? La Croix (29 mai 2013) nous donne la réponse : le député du « Front National Gilbert Collard ne souhaite rien d’autre qu’une “ neutralité totale ” avec “ l’interdiction de tous les signes religieux ” » (lire l'article). Au jeu d’un « plus laïque que moi tu meurs », l’extrême droite est et sera toujours gagnante. Certains, au centre droit, en sont d’ailleurs conscients et ont exprimés des réverses. Espérons qu’ils ne vont pas se faire doubler sur leur droite par  certains députés PS et que, comme l’a fait la Commission des lois il y a quelques jours, la proposition sera rejetée par l’assemblée.

Pourquoi le jeu du « plus laïque que moi tu meurs » conduit à renier la laïcité ? Pour une raison très simple : la laïcité implique un double refus, celui de toute officialité des religions et celui d’un athéisme d’Etat. Ce double refus engendre un équilibre. Si cet équilibre est rompu, la laïcité est menacée. C’est le cas aujourd’hui car l’hypertrophie actuelle de l’imposition de la neutralité, son extension à des secteurs où elle n’a pas lieu d’être, tire la laïcité vers une de ses négations, qui est in fine l’athéisme d’Etat. Sauf que, naturellement, ce n’est pas l’athéisme d’Etat que vise Gilbert Collard ! Faut-il vous faire un dessin ? Ce n’est sans doute pas nécessaire !

Il est cependant urgent de prendre conscience que, dans cette dérive, toutes les convictions peuvent se trouver menacées un jour ou l’autre. La liberté ne se partage pas. Bien naïfs sont ceux qui pensent qu’une atteinte aux libertés ne saurait les concerner. L’histoire est coutumière de retournements où certains sont devenus victimes de leurs mauvais coups. Le problème est qu’alors tout le monde (et non seulement eux) sera alors victime de leur stupidité.

Jean Baubérot

 

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : islam - Communauté : Les Gens du Livre
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Mercredi 1 mai 2013 3 01 /05 /Mai /2013 12:36

CCEE   

Le dialogue interreligieux et plus particulièrement celui avec l’Islam apparait comme un enjeu incontournable pour les épiscopats européens. Le Conseil des conférences épiscopales européennes (CCEE) organise en effet la 3e rencontre des évêques et des délégués pour les rapports avec les musulmans en Europe à Londres du 1er au 3 mai.

Selon un communiqué du CCEE, « l'expérience du continent européen dans le dialogue interreligieux, notamment avec les musulmans, jouit d'une longue tradition et, dans certaines parties du continent, il représente une réalité très ancienne dont les expériences et les résultats sont très positifs. La vitesse des changements qui caractérisent nos sociétés nous impose, cependant, d’adopter des termes pastoraux nouveaux et efficaces pour établir un véritable dialogue interreligieux, en particulier par rapport aux nouvelles générations qui ont du mal à se repérer entre les tendances relativistes et syncrétistes, entre le fondamentalisme ou les fermetures défensives. »

Le dialogue est un processus complexe

Pour Mgr Duarte da Cunha, secrétaire général du CCEE « c’est dans le contexte d'un rapport sincère et réel que réside la possibilité et, pour nous chrétiens, le mandat divin, de témoigner sa propre foi. Cependant, l'on entend souvent dire que les jeunes sont en quête de leur identité. C'est là que réside le défi pour l'Eglise d'aider les jeunes chrétiens à connaître avant tout eux-mêmes et les règles du véritable dialogue. »

« En effet, poursuite Mgr da Cunha, le dialogue est un processus complexe, qui requiert la disponibilité à l'écoute, à connaître profondément la religion de l'autre, mais également une claire identité religieuse. Seulement ainsi le dialogue consistera en une expérience enrichissante pour tous et ce sera également une occasion pour vivre ensemble et pour témoigner sa propre foi. » Le cardinal Ricard, archevêque de Bordeaux, guidera la conférence au nom de la CCEE. Le cardinal Tauran, président du Conseil pontifical pour la dialogue interreligieux, sera présent. (CCEE)

 

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : islam - Communauté : Praedicatho
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Dimanche 28 avril 2013 7 28 /04 /Avr /2013 07:49

Atef Boukra   

« On me percevait uniquement comme musulman, banlieusard et fils d'immigrés. »

Mettre un musulman à la tête de Coexister, il fallait oser! Que Samuel ait pensé à moi, malgré cela et malgré la différence de milieu social, ça m'a beaucoup touché», confie Atef Boukra. À l'automne, le mouvement de jeunes pour le dialogue interreligieux aura un nouveau président : lui, Atef, 24 ans, fils d'un père algérien et d'une mère tunisienne. La perspective le réjouit autant qu'elle le fait flipper. Sa première réaction : «Mais comment vont le prendre nos partenaires, quasiment tous chrétiens?» Réponse de Samuel Grzybowski, qui préside aujourd'hui l'association: «Ceux qui nous aiment vont adorer. Les autres vont détester. » «Finalement, conclut Atef. On pousse notre logique jusqu'au bout. » Au bout d'un chemin qui était loin d'être tracé pour cet ado qui a grandi au milieu des tours HLM de Le Mée-sur-Seine (77). «À 16 ans, j'étais antichrétien, antisémite, limite anti-blanc. » Avec le recul, le jeune homme plaide l'ignorance. «De la maternelle au lycée, vous ne quittez pas votre quartier, vous fréquentez toujours les mêmes personnes. C'est un monde cloisonné. » Un monde où faire des études vaut d'être cité en exemple dans le journal local, où «vivre-ensemble» sonne comme «bisounours», où «associatif» signifie «des gens qui veulent se donner bonne conscience en construisant des MJC pour qu'on puisse faire du rap».

Ses études de droit, son engagement dans Coexister, son investissement dans le label Lucidream du rappeur Disiz... À l'écouter, Atef aurait un parcours fait d'une succession de hasards. On a du mal à le croire, tant on le sent passionné. Il l'avoue d'ailleurs lui-même, avec humour: «Quand j'ai quelque chose en tête, je m'emballe facilement. » La question de l'intégration et du rapport à la France le travaille constamment. Ce n'est pour le coup pas un hasard s'il a choisi «Identité nationale et démocratie» comme sujet de mémoire de Master II en droit constitutionnel à la Sorbonne. Thème qu'il a voulu illustrer par le débat autour de la loi sur le port du voile intégral. Un sujet «casse-gueule» l'avait-on prévenu. Lui pensait justement, par le biais du droit, pouvoir évoquer la question sereinement. Mais la soutenance de son mémoire se passe mal. L'examinatrice se désintéresse totalement du caractère démocratique ou non du débat - sujet du mémoire - pour se focaliser sur la question du voile. «Elle n'avait plus en face d'elle un étudiant, mais un musulman», se souvient Atef. L'épisode le blesse profondément. «J'ai eu l'impression que de Sarkozy à l'universitaire intellectuelle de gauche, on me percevait uniquement comme musulman, banlieusard et fils d'immigrés. Que la France avait un problème avec moi. » Dans cette période de doute, la rencontre fortuite avec les membres de Coexister est un bol d'air: «Des juifs et des chrétiens convaincus qui me voyaient avec bienveillance!» Il s'investit à fond. «C'est devenu mon combat. » Parfois, lors d'interventions devant des auditoires majoritairement chrétiens, des questions le heurtent. L'image désastreuse des musulmans en France lui saute au visage. Mais il encaisse. L'expérience lui a fait prendre conscience d'une chose : « C'est dingue ce qu'on ne se connaît pas!»

BENJAMIN SÈZE

Témoignage Chrétien

Supplément au n°3537 du 25 avril 2013 Page 5

 

Par Denis CHAUTARD - Publié dans : islam - Communauté : Passeurs d'espoirs
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Jeudi 14 mars 2013 4 14 /03 /Mars /2013 09:10

Dalil Boubakeur, Recteur de la grande Mosquée de Paris : « Je l’accueille avec le même respect et la même affection que le Sultan d’Irak avait accueilli François d’Assise à l’époque ».

Dalil Boubakeur : « Nous voyons surtout la religion comme un fait de société, il y a un distinguo entre ce que l’est l’Islam ou l’Eglise et la vie, les mariages, les problèmes de nos sociétés. Mais le véritable message est un message de fraternité, d’ouverture, proche du message chrétien, c’est là que nous voulons retrouver l’authenticité des religions ».

Dalil Boubakeur : « Malraux disait que le XXIe siècle serait un siècle religieux. L’Eglise reprend sa mission d’être une grande spiritualité de ce siècle. Ce sera un resserrement, en terme de doctrine, de théologie, de message, à Rome, et dans l’ensemble de l’Eglise ».

 

 

Par Denis CHAUTARD - Publié dans : islam - Communauté : Les Gens du Livre
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Lundi 4 février 2013 1 04 /02 /Fév /2013 17:17

ImamDrancy

Après une visite en Israël en novembre, une délégation d'imams rend hommage lundi aux déportés juifs de France au Mémorial de la Shoah pour "montrer que l’islam n’a rien à voir avec la haine", selon l'imam de Drancy, à l'origine de l'initiative.

C’est un "symbole fort". Près de 140 imams sont attendus lundi 4 février en fin d’après midi au Mémorial de la Shoah à Drancy, en Seine-Saint-Denis. Dans ce lieu "d’éducation", construit en face du camp d’internement du même nom, la délégation doit rendre hommage aux 70 000 juifs déportés en Allemagne entre 1941 et 1944. "On veut montrer que l’islam n’a rien à voir avec la haine. Il faut dénoncer la violence, celle des nazis hier, celle des terroristes aujourd’hui", a affirmé au journal "Le Parisien" Hassen Chalghoumi, imam de Drancy , à l’origine de cette visite avec l’écrivain Marek Alter.

Surnommé "l’imam juif", Hassen Chalghoumi, également président de la Conférence des imams de France, n’a cessé de multiplier les initiatives en faveur du rapprochement entre les communautés musulmane et juive ces derniers mois.

Le 11 novembre 2012, une délégation de 17 imams avait effectué une visite officielle en Israël et dans les Territoires palestiniens toujours pour délivrer un message de paix. “Notre but est de dire que le conflit israélo-palestinien est politique et non religieux. Avec cette action, nous voulons couper court aux tensions qui fragilisent le 'vivre ensemble' ici en France, en refusant toute forme de transposition du conflit dans notre pays,” avait alors expliqué l’imam de la mosquée de Drancy.

 

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : islam - Communauté : Passeurs d'espoirs
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Jeudi 31 janvier 2013 4 31 /01 /Jan /2013 17:14

PierreMohamed 

Il y a quinze ans, le 1° août 1996, Mgr Pierre CLAVERIE, dominicain et évêque d’Oran, était assassiné avec Mohamed BOUCHIKHI, un jeune algérien qui le conduisait. La pièce « PIERRE ET MOHAMED  », créée pour le Festival d'Avignon 2011, interprétée par Jean-Baptiste GERMAIN et accompagnée par le musicien Francesco AGNELLO, rend hommage au message d’amitié, de respect et de volonté de dialogue interreligieux de Pierre CLAVERIE, à partir de ses textes.

« Découvrir l’autre, vivre avec l’autre, entendre l’autre, se laisser aussi façonner par l’autre, cela ne veut pas dire perdre son identité, rejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive. »

Un message qui n’a rien perdu de son actualité, alors que les différents intégrismes religieux se font de plus en plus violents dans le monde.

Paris Crypte de l'église Saint-Sulpice : Du 24 janvier 2013 au 29 juin 2013

Jeudi, Vendredi et Samedi à 12h30

Réservation et infos : aircac@free.fr / 06 64 64 01 51

 

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : islam - Communauté : Passeurs d'espoirs
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Vendredi 18 janvier 2013 5 18 /01 /Jan /2013 11:02

Islamologues

Les enseignants en islamologie des instituts catholiques constatent une progression simultanée de l’intérêt pour l’islam et de l’inquiétude que cette religion suscite.

 

Qu’ils enseignent à l’université catholique ou répondent à l’invitation d’une paroisse, d’un séminaire ou d’un centre de formation, tous font le même constat : l’islam « fait peur ». En témoignent ce prêtre de paroisse en colère après la conversion à l’islam de plusieurs de « ses » jeunes, ou cet étudiant assurant au milieu d’un cours que « si l’islam est aussi efficace, c’est parce qu’il utilise le glaive » et sous-entendant que le catholicisme ferait bien de l’imiter… En témoignent aussi ces conférences données dans des paroisses par des chrétiens d’Orient venus exposer la situation de leurs pays, et dont les fidèles français sortent convaincus que « ce n’est pas la peine d’aller parler à leur voisin musulman, parce que de toute façon ils vont se faire avoir ».

« Répondre aux chrétiens qui contestent la démarche de dialogue ».

Rassemblés vendredi 11 janvier à l’Université catholique de Lyon pour leur réunion annuelle, les spécialistes de l’islam et du dialogue interreligieux des cinq instituts catholiques – Paris, Lyon, Toulouse, Angers et Lille –, de l’Institut catholique de la Méditerranée à Marseille et du Centre théologique de Meylan (Isère), ont choisi d’aborder le sujet de front. Ils ont réfléchi au moyen de « répondre aux chrétiens qui contestent la démarche de dialogue ».

Plusieurs intervenants ont souligné la nécessité d’abord de « reconnaître les peurs », d’autant que certaines « sont fondées ». Sœur Colette Hamza, de l’Institut de sciences et de théologie des religions (ISTR) de Marseille, démarre ainsi chacune des sessions qu’elle anime en questionnant les participants sur les idées ou notions auxquelles ils associent l’islam. « Parfois, ce n’est pas triste, mais au moins, ils se sentent écoutés », précise-t-elle.

Jean-Jacques Rouchi, son collègue de la faculté de théologie et de l’ISTR de Toulouse, juge tout aussi utile de « dégonfler quelques baudruches », sur « la bonne santé de l’islam » notamment. « Son durcissement, la réduction de ses sources comme ses dérives terroristes sont des preuves qu’il va très mal au contraire », juge-t-il.

Ne pas laisser la discussion dériver sur l’islam lui-même

Plusieurs écueils ont été identifiés. « Ne pas laisser la discussion dériver sur l’islam lui-même, mais plutôt rappeler pourquoi l’exigence du dialogue est inconditionnelle, en renvoyant à la figure du Christ pour répondre à l’accusation de naïveté », affirme Anne-Sophie Vivier-Muresan, directrice adjointe de l’ISTR de Paris. Elle rappelle que « la peur n’est pas un sentiment chrétien ».

Il faut contextualiser les faits, ajoute le P. Marc Botzung, spiritain et lui aussi enseignant à l’Institut catholique de Paris. « La désaffection à l’égard de la foi catholique en France, les changements intervenus à l’intérieur de l’islam depuis la révolution iranienne de 1979, l’immigration… ce qui nous arrive aujourd’hui est lié aussi à des phénomènes historiques », a-t-il souligné.

Victime collatérale de cette inquiétude croissante, le dialogue interreligieux lui-même est contesté, au nom de « l’absence de résultats malgré cinquante ans d’efforts » ou de la supposée « naïveté » de ceux qui le pratiquent. « Il apparaît comme une position de faiblesse, le refus d’affirmer la foi chrétienne, le renoncement à l’évangélisation des musulmans », résume le P. Christophe Roucou, directeur du service des relations avec l’islam de la Conférence des évêques et enseignant à l’Institut catholique de Paris. D’où la nécessité pour ses spécialistes de rappeler sans relâche en quoi il consiste… et en quoi il ne consiste pas.

« L’objectif n’est pas de se mettre d’accord sur un minimum », a insisté Michel Younès, directeur du Centre d’études des cultures et des religions, à l’université catholique de Lyon. La discussion laisse parfois place au débat. Si pour le P. Roucou, citant Vatican II et le pape Paul VI, « le dialogue est, pour le christianisme, un lieu de la révélation de Dieu », pour Samir Arbache, son collègue à Lille, il est une « attitude encore neuve dans l’Église, à laquelle on peut adhérer ou pas ». Dans ses cours, ce Syrien d’origine développe d’ailleurs « les arguments pour et contre ».

Plus que tout, c’est l’ampleur du travail théologique encore nécessaire qui se révèle en filigrane. Car « après le temps de l’apprivoisement, durant lequel il ne fallait pas parler de ce qui fâche », tous sont désormais confrontés « au retour des questions dogmatiques : ‘‘avons-nous le même Dieu ?’’ ‘‘Avons-nous le même Abraham’’ ? etc. », égrène Jean-Jacques Rouchi. « La réponse est à la fois oui et non, et il nous faut dire en quoi c’est oui et non. La bonne façon de les traiter, c’est de présenter les choses en tension. »

 Le P. François Jourdan, qui vient d’arriver à la tête de l’ISTR de Toulouse, ne cache pas son regret que, « par affectivisme, on se contente parfois de dire ce qui nous rapproche ». « Mais il y a des questions taboues, sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord : un chrétien peut-il ou doit-il reconnaître Mohammed comme prophète, le Coran comme parole de Dieu et l’islam comme religion révélée ? Ce travail de clarification est nécessaire sous peine d’entretenir les peurs », affirme-t-il.

Ces interrogations rejoignent celle ressortie de tous les ateliers d’évêques organisés en novembre à Lourdes, alors qu’ils avaient choisi de placer à nouveau l’islam à l’ordre du jour de leur Assemblée plénière. « ‘‘Dites-nous quelque chose de l’islam dans le dessein de Dieu’’, voici ce qu’ils nous ont demandé », a rappelé le P. Henri de la Hougue, directeur de l’ISTR de Paris.

 

ANNE-BENEDICTE HOFFNER, La Croix, 17/0/2013

 

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : islam - Communauté : L'Evangile à Hauteur d'Homme
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 06:18

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Le Jury de la bande dessinée chrétienne d'Angoulême a primé « Jeanne la Pucelle - Tome 1 - Entre les bêtes et les anges » de Fabrice Hadjadj et Jean-François Cellier (E. du Soleil). Deux mentions spéciales - « jeunesse » et « événementiel » - ont été attribuées. Les prix seront remis le 31 janvier 2013 à l'église Saint-Martial d'Angoulême, pendant le Festival.

              La mention spéciale "évènementiel" 2013 récompense « Une vie donnée à Dieu et aux autres » de Dominique Bar, Gaëtan Évrard et Géraldine Gilles (Ed. du Signe) qui raconte l'histoire des moines de Thibirine (Algérie). Les auteurs ont d'ailleurs collaboré avec le dernier survivant, Frère Jean-Pierre Schumacher. Derrière leur histoire, « nous retrouvons les valeurs prophétiques de l'Évangile : pardon, réconciliation, monde à construire » estime le Jury.

« Une vie donnée à Dieu et aux Hommes. »

              Au cœur de l’Atlas algérien, le monastère de Tibhirine va-t-il disparaître avec la fin de l’époque coloniale ? Conscient de l’importance de ce lieu de « priants parmi d’autres priants», l’Église d’Algérie va tout faire pour maintenir ce lieu de dialogue, d’échange et de paix au cœur de l’Islam. Loin de toutes considérations dogmatiques ou théologiques, ces quelques moines vivent des rapports amicaux et d’entraide avec leurs voisins. Et lorsque les attentats liés au terrorisme frappent toute l’Algérie dans les années 90, fidèles à leur vœu de stabilité et à leurs voisins, ils préfèrent demeurer, au risque de tout perdre. Après l’enlèvement et la mort de sept moines en 1996, leur témoignage se poursuit au Maroc dans la communauté monastique de Midelt qui accueille le dernier survivant de cette aventure spirituelle et humaine.

• Réalisé en collaboration avec le frère Jean-Pierre, dernier survivant du drame de Tibhirine

• Histoire réelle faisant suite au célèbre film « Des hommes et des dieux » récompensé par le Grand prix au Festival de Cannes en 2010

• En collaboration avec l’Association pour le Rayonnement de la Culture Cistercienne (ARCCIS)

                Auteur : Gaétan EVRARD

                Illustrations : Dominique BAR

                Couleurs : Géraldine GILLES

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Mardi 18 décembre 2012 2 18 /12 /Déc /2012 11:54

chinoise musulmane

La mosquée de Lulan à Lanzhou, la capitale de la province du Gansu, est réservée aux femmes. Elle n'est pas unique : Zhengzhou, la capitale provinciale du Henan, compte pas moins de 19 mosquées de ce type. D'après l'Association islamique chinoise (AIC), le nombre exact de ces mosquées n'est toutefois pas connu, car elles dépendent en général d'autres lieux de culte et ne sont donc pas répertoriées en tant que telles.

Des écoles coraniques pour femmes ont été créées en Chine sous la dynastie des Ming (1368-1644). Celles-ci se sont développées et transformées sous la dynastie suivante, celle des Qing (1644-1911), en mosquées pour femmes, dirigées par des femmes imames. Durant la Révolution culturelle (1966-1976), l'islam fut persécuté comme toutes les autres religions. Les institutions islamiques officielles - par exemple l'AIC - furent rétablies dans les années 1980, les mosquées furent restaurées et reconstruites, à tel point qu'il y en aurait désormais plus qu'avant l'arrivée du Parti communiste au pouvoir en 1949. 

23 millions de musulmans

La Chine compte quelque 23 millions de musulmans, les 11 millions de Hui étant la communauté la plus importante. Seule la religion distingue les Hui, sinophones, des Han, l'ethnie majoritaire qui représente 92 % de la population. Plusieurs autres des 56 ethnies reconnues officiellement par les autorités sont  de confession islamique, comme les Ouïgours (8,5 millions) du Xinjiang, turcophones.

D'après un chercheur de l'Académie des sciences sociales du Henan, le nombre des femmes imames a rapidement augmenté dans la communauté musulmane chinoise. Les mosquées pour femmes se situent essentiellement dans la grande plaine du nord (provinces du Henan, Hebei, Shandong et Anhui). Dans le nord-ouest du pays (provinces du Ningxia, Gansu, Qinghai, et Xinjiang), la participation des femmes aux rituels est plus limitée, aussi les mosquées pour femmes y sont-elles moins nombreuses. Ainsi, la mosquée de Lulan à Lanzhou a été construite en 1956 par des femmes musulmanes venues du Henan.

Les prérogatives des imames sont moindres que celles de leurs confrères masculins. Elles ne peuvent, par exemple, diriger les prières quotidiennes. Celles-ci sont quelquefois    retransmises d'une mosquée voisine « traditionnelle », où les prières sont dirigées par un homme. Ces restrictions illustrent, d'après Jin Rubin, le secrétaire général de l'AIC, le fait que si les mosquées de femmes existent, elles restent peu courantes, et elles sont considérées comme des annexes de lieux de culte masculins.

« L'AIC ne fait ni la promotion, ni ne condamne les mosquées de femmes, déclare Jin Rubin au quotidien China Daily, car certains pensent que cela représente l'opportunité d'une plus grande égalité entre hommes et femmes, mais d'autres plus conservateurs s'en tiennent à la ligne traditionnelle. Ce qui est sûr, c'est que ces mosquées permettent aux femmes d'avoir un meilleur niveau d'éducation ce que l'islam encourage » (photo AFP).

Patricia Zhou

 

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : islam - Communauté : Passeurs d'espoirs
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Mercredi 28 novembre 2012 3 28 /11 /Nov /2012 07:53

IslamAllemand

Cinq universités (dont deux en partenariat) expérimentent actuellement de nouveaux cursus de théologie islamique.

               L’objectif est à la fois de former des enseignants en religion musulmane pour les écoles, collèges et lycées publics, mais aussi des théologiens capables d’élaborer plus tard une théologie musulmane « allemande » ou « européenne ».

               Ils sont une vingtaine, ce matin-là, à déchiffrer au tableau leurs premiers mots de perse. Ils enchaîneront ensuite avec un cours sur le Coran, puis viendront des enseignements sur les hadiths (les paroles imputées au prophète Mohammed), le droit musulman…

                 Garçons ou filles, habillés à l’européenne ou de manière traditionnelle – voile et manteau long pour les filles, robe blanche courte et barbe pour les garçons –, ces étudiants de l’université Goethe de Francfort sont à l’image de la communauté musulmane allemande. Ils constituent la toute première promotion de l’Institut d’études de la culture et de la religion musulmanes, qui s’est ouvert – après d’âpres débats – au sein de cette prestigieuse et très laïque université, où enseignèrent Horkheimer ou Adorno…

               Tête nue et maquillée, Zohra a renoué avec la pratique religieuse à 16 ans. De père algérien et de mère allemande « chrétienne », elle avoue s’être inscrite avant tout pour des motifs personnels, « pour mieux connaître (s)a religion et ne pas se contenter des sites Internet salafistes ». « Les garçons se posent davantage la question du métier qu’ils exerceront après, certains veulent être imams », reconnaît-elle. Kübra, petit bout de femme volontaire d’origine turque, assume son choix : elle veut devenir « théologienne ».

LEUR EXISTENCE EST DÉJÀ UN SYMBOLE

               « Beaucoup de musulmans, ici en Allemagne, ne connaissent pas vraiment leur religion. À l’inverse, ceux qui parlent de l’islam dans les médias l’ont étudié uniquement sous l’angle de l’histoire ou de la sociologie. » Ses parents ont-ils soutenu son choix ? « Nous avons des idées différentes sur la religion, la manière de prier, le fait de savoir si une fille peut porter du vernis », indique-t-elle évasive, en montrant ses ongles colorés. « Ils acceptent ma décision mais ne la comprennent pas. »

                 Au total, cinq universités – Francfort-Giessen, Erlangen-Nuremberg, Tübingen, Osnabrück et Münster –, en partenariat, viennent d’ouvrir les premiers cursus de théologie islamique sur le modèle de ceux existant de longue date pour les théologies catholique et protestante. Non sans tâtonnements. D’un établissement à l’autre, leurs intitulés diffèrent, de même que le poids accordé aux différentes matières.

              Mais en soi, leur existence au sein de l’université, « plaçant l’islam comme faisant partie du paysage, est déjà un symbole pour les jeunes musulmans qui vivent et étudient en Allemagne », remarque Maha El Kaisy-Friemuth, qui vient d’être embauchée par l’université d’Erlangen-Nuremberg pour enseigner « la théologie islamique et ses liens avec le rituel ».

                 Surtout, toutes les quatre ont décidé de traduire dans les faits les recommandations du Conseil scientifique allemand, qui s’est prononcé en janvier 2010 pour le « développement de la théologie et des sciences liées aux religions à l’université ».

« NOUS AVONS BESOIN EN ALLEMAGNE DE MUSULMANS FORMÉS »

                  L’objectif est double : fournir les 4 000 à 5 000 professeurs de religion musulmane dont vont avoir besoin dans les années qui viennent les établissements scolaires publics (1), mais aussi développer une théologie musulmane allemande, sur le modèle de ses « consœurs » catholique et protestante si renommées. « Nous avons besoin en Allemagne de musulmans formés qui connaissent les problèmes de la vie ici et qui soient capables d’en dire quelque chose à la lumière de la religion », argue ainsi Johanna, 22 ans, une jeune convertie qui a choisi d’étudier à l’université Goethe.

               Capables un jour de rivaliser avec les cheikhs qatariens, saoudiens ou égyptiens en vogue sur le Web musulman ? « Il est trop tôt pour le dire », répond le P. Tobias Specker, un jésuite auquel son provincial a demandé de se former sur l’islam et qui fait partie de la même promotion. Les étudiants savent que leur légitimité est loin d’être acquise au sein de la communauté musulmane, mais Tim, 21 ans, ne désespère pas qu’un jour sa voix « sera écoutée » : « Si nous étudions et interprétons les sources correctement, “ils” ne pourront rien dire. Au final, c’est la seule légitimité. »

TROUVER DES PROFESSEURS DÉTENTEURS D’UN DOCTORAT EST UNE GAGEURE

              Dans l’immédiat, ces initiatives butent surtout sur des difficultés pratiques, la première étant l’éclatement de la communauté musulmane et l’absence d’autorité religieuse en son sein. À l’université d’Erlangen, un « conseil consultatif musulman » a été créé de toutes pièces, qui délivre des recommandations (2), s’inspirant du nihil obstat romain. À Francfort, l’université Goethe s’y refuse absolument et préfère se loger à l’intérieur de la faculté de linguistique pour y échapper.

               Trouver des professeurs d’université détenteurs d’un doctorat est une autre gageure. « Nous avons beaucoup de candidats mais peu sont à la hauteur », reconnaît Mathias Rohe, professeur de droit, très impliqué dans la création de la faculté de théologie islamique à l’université d’Erlangen. Alors que la rentrée vient de démarrer, il lui manque toujours un professeur capable d’enseigner le Coran et les hadiths « dans une lecture contextualisée », non exclusivement littérale.

                 « SI NOUS ATTENDONS QUE LES MUSULMANS S’ORGANISENT, NOUS EN AURONS POUR DES ANNÉES »

                   Les cursus se mettent donc en place, dans un contexte de méfiance, parfois, entre associations musulmanes désireuses d’un droit de regard sur le contenu des enseignements, et surtout sur le choix de ceux qui les délivreront, et universités soucieuses de garder un haut niveau d’exigences académiques. « Dans la phase de transition actuelle, les universités recrutent des personnes insuffisamment qualifiées », regrette ainsi, un peu amer, Selçuk Dogruer, responsable du dialogue interreligieux au Ditib (association communautaire turque en lien étroit avec le ministère de la religion à Ankara) dans le Land de Hesse.

                   Pour certains, les choses sont allées trop vite. Mathias Rohe, lui, défend le choix d’une phase « d’expérimentation » : « Si nous attendons que les musulmans s’organisent, nous en aurons pour des années. Nous n’avons pas d’alternative : si nous n’interprétons pas la loi de manière dynamique, le temps d’inventer un modèle qui fonctionne, alors nous perdrons notre système. »

                 Un « système », rappelle Jörg Seiler, responsable des cours de religion catholique au sein du diocèse de Limburg, fondé sur « un partenariat entre Églises et État », chacun contribuant au bon fonctionnement de l’autre, mais qui ne reconnaît pour l’heure que les Églises catholique et protestante et le judaïsme.

                À leur manière, les universités allemandes jouent le rôle de « pilotes », estime Mathias Rohe : « Si nous montrons que nous n’éduquons pas des terroristes mais des théologiens musulmans, d’autres se diront : pourquoi pas nous ? »

                Anne-Bénédicte Hoffner, à Erlangen (Bavière) et Francfort (Hesse)

(1) En Allemagne, du primaire au bac en passant par l’enseignement professionnel, chaque élève – si le nombre des demandes est suffisant – a droit à un cours de religion (qui ne se substitue pas à la catéchèse délivrée par la paroisse) dans sa confession, donné par un enseignant de sa confession, habilité par son Église ou sa « communauté religieuse ».

              (2) En l’absence d’une organisation musulmane reconnue légalement, le modèle transitoire ne donne pas tous les droits acquis par les communautés religieuses reconnues.

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Par Denis CHAUTARD - Publié dans : islam - Communauté : Passeurs d'espoirs
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