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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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3 septembre 2018 1 03 /09 /septembre /2018 15:25
Roland CHESNE le 15 juin 2018 à Saint Michel d'Evreux © Denis Chautard

Roland CHESNE le 15 juin 2018 à Saint Michel d'Evreux © Denis Chautard

Roland CHESNE est décédé dans la nuit du jeudi 30 août 2018 à l’hôpital d’Evreux.

Ses funérailles seront célébrées vendredi 7 septembre 2018 à 15h à l’église de Vernonnet, Place Julie Carpentier à Vernon (27200).

Il était né le 20 septembre 1926 à Meslay du Maine en Mayenne.

Prêtre du Diocèse d’Evreux, Psychothérapeute et Formateur

Directeur des établissements scolaires Saint Adjutor de 1963 à 1977

Roland, « notre frère bien aimé », tu étais le champion de « l’écoute », du « respect », de la « bienveillance », de « l’ouverture à l’autre »… le champion de l’humour et de l’humilité !

Tu connaissais la douceur, la patience, la tendresse, la tempérance, l’amitié profonde et fidèle…

Tu étais un amoureux de la vie, un passionné pour l’homme et pour l’humain, un « amoureux » alors que tu ne le laissais pas paraître !

Tu étais un « chercheur » toujours en chemin dont la foi te conduisait plus à des questions, à des « inquiétudes », qu’à des affirmations !

Tu as fait grandir tous ceux que tu as accompagnés et même seulement croisés !

Un immense MERCI !

Nous te disons A-DIEU !

Je garde en mémoire nombre de tes homélies toujours profondes et bien ancrées dans la vie… entre autres, celle du 14 juillet 2013 sur l’évangile du « Bon Samaritain », 4 mois après l’élection du pape François :

« Qui est mon prochain ? Qui sont mes prochains ? Ce ne sont pas mes proches, famille, amis, compatriotes, mais celui ou celle dont je m’approche, ceux dont je me fais proche, comme le pape François qui est allé à la rencontre des migrants sur l’île de Lampedusa. La proximité dépend de nous. Tout être humain concret dont nous nous approchons et au service duquel nous nous mettons par compassion et par amour devient notre prochain.

Les premiers chrétiens se sont reconnus dans cet être humain à moitié mort gisant sur le bas-côté du chemin ; ils y ont vu l’humanité blessée par tant de maux et de malheurs, succombant aux folies de la guerre, de la violence, des tortures des abus de confiance, bref de tout ce qu’a pu inventer  notre cœur encore empoisonné par ses racines animales.

Dans cet étranger,  ce Samaritain, ils ont aussi reconnu Dieu, qui en Jésus, se faisait proche, se dépensait pour nous ramener à la vie, nous remettre sur pied. Les deux premiers passants – le mot dit bien ce qu’il veut dire – ne se sont pas arrêtés car ils étaient bloqués par leur représentation de Dieu, leur conception de la religion faite surtout de l’observance de règles. Jésus nous ouvrait à la vie et à la liberté et aussi à une autre représentation de Dieu. Et ils ajoutaient que l’auberge mystérieuse, c’était l’Église à laquelle Dieu confiait l’humanité pour qu’elle la garde en vie. Certes nous savons tous que les communautés chrétiennes sont bien loin d’avoir été toujours fidèles à cette mission. Néanmoins cette mission demeure.

Une troisième interprétation de cette parabole est possible : c’est Jésus, c’est Dieu même  qui est dans le fossé. Jésus, parce que les récits de son procès et de sa mort disent qu’il a été dépouillé  de ses vêtements, roué de coups et mis à mort. Dieu parce que nos sociétés modernes l’ont jeté sur les bas-côtés de leur route quand elles ont été inhumaine en exterminant les Indiens d’Amérique latine, en faisant la traite des Noirs, en s’engouffrant dans les deux guerres mondiales, en exterminant les juifs à Auschwitz… ‘’Dieu est mort !’’. Pour certains, c’était une constatation, pour d’autres, ce fut un programme.

À côté de ce Dieu laissé pour mort dans les fossés de l’histoire, beaucoup passent sans s’arrêter. Eux aussi sont pressés, indifférents, occupés de ‘’leurs affaires’’. Ils voient les pays pauvres, les personnes déplacées dans des camps de réfugiés édifiés provisoirement et qui n’en finissent pas de durer, les foules analphabètes, les victimes du paludisme, des hépatites ou du sida. Ils voient ces parts entières d’humanité qui restent en rade,  qui sont la proie de dictateurs ou le jouet de manipulateurs en tout genre, religieux ou non. Ils passent outre et même quand il se disent ‘’religieux’’, ils sont incapables d’y reconnaître Dieu, défiguré, déshumanisé et à moitié mort. Ils vont chercher Dieu dans leurs temples, leurs églises ou leurs mosquées, mais ils l’ont raté là où Il était. Le pape a fustigé  à Lampedusia ‘’ la mondialisation de l’indifférence face à la souffrance de ceux qui cherchent refuge en Europe.’’

Et puis il y a celles et ceux qui s’arrêtent comme l’étranger de Samarie, toutes ces femmes et tous ces hommes qui ont donné leur vie pour les autres, tous ces ‘’Justes’’ qui nous permettent d’espérer encore de l’homme et qui, ainsi, soutiennent l’espérance de Dieu. ‘’Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance’’ écrivait dans son journal Ety Hilesum, jeune femme juive qui allait être déportée et assassinée à Auschwitz. Et elle poursuivait ‘’Une chose cependant me paraît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant, nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qui nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu’’. Aider Dieu, c’était pour Ety Hilesum, être présente aux autres, les assister, les aider autant qu’elle le pouvait. Mais c’était aussi recueillir en soi la beauté du monde, refuser que l’horreur anéantisse tout et prier.

Une grande foule de gens dont nous ne saurons jamais les noms ont aidé et continuent d’aider Dieu dans les autres et contribuent à le rendre visible à nos yeux parce qu’ils se sont arrêtés. Peu importe s’ils étaient, croyants ou non : pour qui a des yeux pour voir, ils donnaient vie à Dieu. Et je pense avec gratitude à cette phrase qui m’a été dite un jour par une jeune homme qui ne se serait sans doute pas défini comme chrétien mais qui avait tout compris : aimer, c’est faire vivre Dieu.

Témoins, nous le sommes à chaque fois qu’à travers nous l’Évangile devient vrai. Serons-nous aussi des témoins ?

Roland Chesne »

 

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