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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 14:15
Jacques CASTEL, Prêtre du Diocèse d'Evreux, Pionnier de la présence de l'Eglise au monde Agricole

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29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 09:32
Jean Vanier, le poison de la mystique sexuelle

« Mystique sexuelle » : le diagnostic de l’Arche sur les abus sexuels de son fondateur Jean Vanier est sans appel. En cause, cette manière de justifier des agressions sexuelles sur des femmes par une sorte de salmigondis religieux et spirituel mêlant Jésus, Marie, la foi, dans un délire mystique et pervers. Sans entrer dans un jugement sur la personnalité sans doute totalement clivée de Jean Vanier, on est en droit d’éprouver sinon de la colère, au moins une grande consternation : comment, au XXIe siècle, peut-on encore relayer dans certaines sphères de l’Église catholique une telle vision perverse de la sexualité ? Comment des hommes et des femmes de notre époque ont-ils pu s’y fourvoyer ? De quoi donner raison à ceux qui, dans notre pays, ne voient dans le catholicisme qu’une sorte de secte obscurantiste et archaïque, obsédée par le sexe, avec des relations hommes-femmes datant du Moyen Âge.

« Dieu pervers »

Il faut de toute urgence relire Le Dieu pervers, du théologien Maurice Bellet, mort en 2018 (1). Dès 1978, il s’interrogeait pour savoir comment un Dieu qui est amour avait pu se transformer parfois en Dieu qui domine, écrase. Il faisait alors le lien entre « un système hanté par la nostalgie de la perfection », et la culpabilisation de la sexualité, avec toutes les dérives qui s’ensuivent. Tout y est…

Que l’Église ne soit pas au clair avec la sexualité, les récents scandales le montrent bien. Qu’elle n’ait jamais pris le temps de l’être est navrant, quand on sait le nombre de pages écrites par des responsables catholiques en matière de morale sexuelle. L’Église a pourtant su, grâce aux travaux d’exégètes, depuis le début du XXe siècle, réviser sa manière de lire les textes bibliques. Elle n’a pas fait le même effort pour la morale sexuelle, continuant trop souvent à raisonner en termes d’interdit et de permis. Une sorte de tabou a longtemps pesé sur le discours autour de la sexualité, comme si remettre en cause certains enseignements risquait de faire tomber tout l’édifice. On oscille entre une culpabilisation des relations sexuelles – la chasteté donnée en modèle – et une sacralisation souvent très naïve de la conjugalité, avec une idéalisation du couple, dans un modèle à vrai dire difficile à atteindre pour toute personne normalement constituée. Sans parler de l’égalité des sexes, et de toute une littérature sur Marie parfois assez mal ajustée…

Soupe mystico-gazeuse

Il ne suffit pas de réviser les programmes des séminaires en ajoutant quelques heures de cours sur la sexualité pour les futurs prêtres. Il faut de toute urgence revoir cette vision de la sexualité que l’Église transmet au quotidien ! Ne pas avoir peur de s’y confronter, ne pas préférer se taire sur ce que l’on devine comme failles, troubles, ombres, que ce soit dans le célibat, la chasteté, le rapport homme-femme. Ou l’homosexualité, qui, on le sait, concerne une partie du clergé et dont le rejet officiel amène à des contorsions hypocrites. C’est même d’autant plus nécessaire dans une société hypersexualisée comme la nôtre. La Bible pourtant, et notamment l’Ancien Testament, regorge d’histoires particulièrement terribles d’adultères, d’incestes, de vengeances. Assez pour montrer que la sexualité peut être à la fois le pire et le meilleur. Que le problème n’est pas la sexualité elle-même, mais ce que nous en faisons. Que nous sommes tous traversés par nos désirs, y compris dans notre vie spirituelle. Il est temps d’avoir un discours adulte et non une soupe mystico-gazeuse qui conduit aux pires dérives. Faute de quoi nous risquons de continuer à être envahis par les « affaires sexuelles », ce qui finit par jeter le discrédit sur toute l’institution.

 Isabelle de Gaulmyn

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 (1) Le Dieu pervers, de Maurice Bellet, DDB, 396 p., 9,90 €.

 

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 20:20
La cathédrale de Bari   (Berthold Werner)

La cathédrale de Bari (Berthold Werner)

Les évêques des pays du pourtour méditerranéen vont se réunir du 18 au 23 février 2020 à Bari dans le talon de la botte italienne (région des Pouilles) pour esquisser des solutions à la crise migratoire.

Le cardinal Gualtiero Bassetti, président de la conférence épiscopale italienne, l’a annoncé en marge du meeting de Rimini, lundi 19 août. « Les migrations sont un phénomène global qui dépasse les frontières de l’Europe. Le risque d’apporter des réponses partielles existe, nous devons aborder le problème à sa racine avec tous les pasteurs de la Méditerranée », a justifié l’archevêque de Pérouse (Ombrie).  

Méditerranée, frontière de paix

Le président de l’épiscopat italien qui poursuit : « Nous avons besoin de fixer notre regard sur les valeurs humaines et évangéliques qui composent notre société, besoin de revenir à nos racines, besoin d’affronter ensemble les problèmes, de parler moins et d’agir plus », a poursuivi le président de l’épiscopat italien. 

La rencontre intitulée « Méditerranée, frontière de paix » sera une sorte de « synode ». Le Pape François devrait conclure l’événement a déjà annoncé le cardinal italien. Cette information n’est toutefois pas confirmée par le Vatican.

Lors de l’Angélus du 28 juillet, le Pape François avait renouvelé, un « appel du cœur » afin que la communauté internationale garantisse «la sécurité et la dignité de tous ». Le Souverain pontife s’est exprimé alors que 115 migrants étaient portés disparus au large de la Libye après le naufrage de leur embarcation.

 

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9 février 2020 7 09 /02 /février /2020 10:20
Tunisie: un prêtre ordonné évêque, une première depuis 60 ans

Tunisie: un prêtre ordonné évêque, une première depuis 60 ans

Tunis — Des dizaines de dignitaires catholiques et des centaines de fidèles se sont rassemblés samedi dans la cathédrale de Tunis à l’occasion d’une cérémonie sans précédent depuis 60 ans en Tunisie, par laquelle un prêtre du diocèse a été ordonné évêque.

Le père Nicolas Lhernould, 44 ans, normalien parlant plusieurs langues, il doit s’installer dans les semaines à venir à Annaba, en Algérie. 500 fidèles, 80 prêtres dont 15 évêques participent à cet événement historique. La dernière ordination épiscopale à Tunis remonte à 1947., devient ainsi le plus jeune évêque français dans le monde. « Nous avons voulu fêter cela de façon familiale, et cela a été au-delà de nos espérances », a déclaré le père Lhernould à la fin de la cérémonie, se réjouissant de la présence de représentants du clergé d’Algérie et du Maroc.

Le père Nicolas Lhernould est un prélat catholique spécialiste de l’Afrique du Nord. Ordonné prêtre du diocèse de Tunis en mai 2004, il en devient le vicaire général en 2012. Le 9 décembre 2019, il est nommé évêque de Constantine et Hippone en Algérie ; il est ordonné le 8 février 2020 en la cathédrale de Tunis et sera installé dans son diocèse en la basilique Saint-Augustin d’Annaba le 29 février prochain.

Nicolas Lhernould est membre de la Maîtrise des Petits Chanteurs de Sainte-Croix de Neuilly (The Paris Boys Choir) où il découvre la musique sacrée et le chant grégorien sous la direction de François Polgár. Par la suite il étudie au lycée Sainte-Marie de Neuilly, avec lequel il part découvrir la Tunisie avec un groupe de jeunes enseignants en 1994. Diplômé de sociologie et d’économétrie à Paris-10-Nanterre en 1995 et 1996, puis agrégé de sciences sociales à l’École normale supérieure de Cachan, il part en 1997 comme coopérant en Tunisie où il enseigne les mathématiques pendant deux ans.

Il entre en 1999 au séminaire français de Rome pour le diocèse de Tunis, où il est ordonné prêtre le 22 mai 2004. À son retour en Tunisie en 2005, il est nommé curé de Sousse, Monastir et Mahdia, puis en 2012 vicaire général et curé de la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc de Tunis. Lors de sa nomination en tant qu’évêque de Constantine par le pape François le 9 décembre 2019, il devient le plus jeune évêque français à l’âge de 44 ans.

La cérémonie menée en grande pompe par une quinzaine d’évêques et une soixantaine d’autres prêtres, a rassemblé sous haute surveillance des centaines de chrétiens endimanchés, dans la cathédrale, monument emblématique de l’avenue Bourguiba au cœur de la capitale.

La dernière ordination épiscopale en Tunisie remonte à 1962, six ans après l’indépendance, et avait eu lieu à la cathédrale de Carthage, qui a depuis été désacralisée et devenue un lieu culturel. En Algérie voisine, Jean-Paul Vesco avait été ordonné évêque le 25 janvier 2013 dans la cathédrale d’Oran.

L’Afrique du Nord fut un des hauts lieux de la chrétienté dans les premiers siècles après JC. Actuellement, la petite communauté catholique en Tunisie est composée essentiellement d’étrangers, venus d’Afrique subsaharienne pour leurs études ou à la recherche d’une vie meilleure, ou bien d’Europe pour leur travail.

La Constitution de 2014 a instauré la liberté de conscience et de culte en Tunisie, mais l’athéisme est mal vu et les conversions restent limitées et difficilement acceptées par la société tunisienne.

 

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 22:26
« Le jour où  J’ai revu Bernard Preynat »

La voix. Non pas le ton, tant l’homme de 74 ans qui se tient à la barre semble manquer de souffle. Mais l’accent, stéphanois mâtiné de Haute-Loire. Un accent que tous les petits scouts à Saint-Luc, qui comme moi ont connu enfants le « père Bernard », ont retrouvé, dès la première audience, dans leur mémoire. Car le procès de Bernard Preynat, jugé à Lyon du 14 au 17 janvier pour « agressions sexuelles sur mineurs », fut d’abord le procès de la mémoire. Une mémoire que l’on va fouiller, révéler et, au final, exorciser durant les quatre jours d’audience, en une véritable « catharsis », selon le terme utilisé par la mère d’une des victimes.

Mémoire d’abord des anciens enfants, agressés entre 8 et 12 ans, qui, des dizaines d’années après, ressentent encore les ravages de ces actes sur leurs relations avec leurs proches, leur vie affective… Mémoire aussi de Bernard Preynat, qui, grâce à la fermeté tout en douceur de la présidente du tribunal, Anne-Sophie Martinet, a sans doute pu enfin, pour la première fois de sa vie, faire ce travail-là. Mémoire enfin de toute une communauté catholique, nombreuse sur les bancs du public, qui espère remettre en ordre les morceaux d’un puzzle qui a fracassé tant de personnes.

Évidemment, c’est Preynat que nous attendions. Des victimes, grâce à l’incroyable travail de l’association La parole libérée, on avait pu entendre les souffrances. Mais le « père Bernard », lui, se terrait en silence, venant juste hanter les cauchemars de nos nuits depuis 2015 et la découverte des terribles crimes qu’abritaient aussi nos « années scoutes ». Et tous, nous étions si loin du compte. Je dois avouer que jamais je n’aurais pensé qu’il y avait eu tant d’agressions. Et d’agressés.

La vérité que le tribunal a mis à jour

Certains ont pu trouver décevante la confrontation entre les victimes et l’ancien prêtre, qui a semblé tellement loin d’une contrition, se contentant d’égrener mécaniquement un « Je m’excuse » peu convaincant. Mais la contrition, le pardon, ne peut venir sans un travail de vérité. C’est cette vérité que la présidente du tribunal, avec une extraordinaire humanité, s’est efforcée de mettre au jour. Avec son regard attentif sur le prévenu, sans que jamais ne perce un jugement. Parfois un soupir, un silence, encourageant, permettant doucement de conduire le criminel à préciser les aveux. « La main dans le slip, Monsieur Preynat ? », « Une masturbation, Monsieur Preynat ? ». Un « oui », soufflé par l’ancien prêtre, avant qu’il ne se reprenne dans un « Je reconnais » mécanique. Parfois, il nie, étrangement, tel détail, avec une précision qui glace : « Non, lui, juste un doigt entre le ceinturon et son short » ; « lui, un baiser sur la bouche, oui ». Tout semble planifié, prévu. Combien ? « Deux garçons par semaine, quatre durant chaque semaine de camp. » Pendant vingt ans… « Une petite commune de France, vous avez agressée, Monsieur Preynat », lui jette maître Yves Sauvayre, l’un des avocats.

Cette mécanique de la perversion en série va se dire, doucement, dans la dignité pour les victimes et aussi, oserais-je dire, la dignité du coupable. En quatre jours, la présidente du tribunal, une femme, parvient ainsi à ce qu’aucun des supérieurs hiérarchiques de l’ancien prêtre n’est arrivé à faire en soixante-dix ans. Se dessine progressivement le portrait d’un homme profondément pervers, narcissique, consommateur de « chair fraîche » – plusieurs centaines de victimes. Un homme, explique un psychiatre, pour qui « l’autre » n’existe pas. Et qui a inversé le plus élémentaire des commandements évangéliques.

Le procès d’un homme et non celui de l’Église

L’Évangile… Grâce à la très bonne tenue des débats, ces quatre jours ne furent pourtant jamais le procès de l’Église. Ce fut le procès d’un homme. Mais d’un homme d’Église. « Aviez-vous conscience d’être un prêtre, considéré au-dessus ? », lui demande la procureure, Dominique Sauves. Oui. D’ailleurs, Bernard Preynat se met une fois en colère pour évoquer la perte de son statut de prêtre, prononcée en juillet dernier par le tribunal ecclésiastique. Comme s’il avait perdu ce à quoi il tenait le plus. Preynat prêtre, nous y avons pourtant tous cru. Me vient alors le souvenir du « père Bernard », allongé par terre, devant l’autel, dans une attitude d’humilité, sans doute pendant une Semaine sainte. Cela avait impressionné la petite fille que j’étais. Je prends conscience que, comme beaucoup ici, il fut le premier prêtre que nous ayons vraiment connu.

Au fond, qu’était-ce un prêtre dans ces années-là ? Un organisateur ? On l’a beaucoup dit. Une personne dotée d’un charisme ? Je ne sais pas. Pour nous les filles, pour lesquelles il n’avait guère d’intérêt – et cela nous a sauvées –, pas vraiment. Il était normal, nous disait-on, qu’un prêtre s’intéresse plus aux garçons. Normal ?

Parce qu’il était prêtre, il pouvait être autoritaire, affirmait-on aussi. Un prêtre, c’est donc fait pour commander ? Un prêtre, « c’est un homme hors du commun », lance la procureure. Hors du commun, donc hors de tout contrôle et de toute contestation ? Cléricalisme, quand tu nous tiens…

Un prêtre mis dans une situation de surpuissance

Un homme aussi qui assure n’avoir pas utilisé les heures du catéchisme ni la sacristie comme champ de « chasse », « parce que là, j’étais dans le cadre de mon sacerdoce ». Drôle de vision chrétienne de l’unité de la personne. Peut-on être prêtre juste quand cela vous arrange ? Coupable tout le temps, « dans le péché », dira-t-il, sauf le temps d’une confession, qui vient tout laver d’un coup de baguette magique ? Ce fut donc aussi le procès d’un homme d’Église, un prêtre que son institution, sa hiérarchie, sa communauté n’a pas su former, contrôler, ni empêcher, ni enfin juger. Un prêtre mis dans une situation de surpuissance, dans un huis clos malsain avec son curé, sans jamais avoir des relations avec des personnes qui ne seraient pas « ses » ouailles ou « ses » scouts. En abus de pouvoir. Ce ne fut pas le procès de l’Église, mais l’Église doit relire ce procès, tant s’y sont reflétés ses faiblesses et travers.

Il aura fallu une autre justice que celle de l’Église, avec un procès public, pour que l’on entrevoie enfin la vérité de Bernard Preynat. À la fin du procès, l’ancien prêtre a lu quelques lignes émouvantes. Vrai repentir ou énième simulation ? Ce sera au juge de trancher. Il nous reste le vertige devant le gouffre creusé par cet homme entre ce qu’il était et ce qu’il devait être. Un gouffre où l’Église s’est en partie laissé entraîner. Il nous faut désormais reconstruire. Par-dessus le gouffre.

 Isabelle de Gaulmyn

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10 janvier 2020 5 10 /01 /janvier /2020 06:53
Famille Chrétienne N° 2191 du samedi 11 janvier 2020

Famille Chrétienne N° 2191 du samedi 11 janvier 2020

La fracture entre les élites et les Français des périphéries est devenue abyssale, comme l’a montré le mouvement des Gilets jaunes à ses débuts. Une réalité sociologique qui touche aussi l’Église et doit conduire à repenser l’évangélisation.

L’Église est traversée par la même fracture qui sépare la France périphérique et les élites des grandes métropoles. Ce n’est pas un gilet jaune, mais le vide par l’absence qui a signalé la quasi-disparition des croyants des campagnes et des classes populaires sur les bancs des paroisses. Où est passé le chrétien du dimanche, qui pratiquait à l’occasion et avait un crucifix à la maison ? Où sont les employés et les ouvriers, ceux qui vont encore déposer un pot de chrysanthèmes autour de la Toussaint sur la tombe du grand-père, mais qui n’entrent plus jamais à l’église ? Combien de fils d’artisans dans les séminaires ? Pas loin de zéro pour cent... Trop loin du prêtre aux trente clochers qui ne fait plus que passer, trop loin des foyers spirituels et culturels. Trop éloignés des radars de l’institution qui a parfois tendance à réduire la figure du pauvre à celle du migrant et à mettre les forces vives là où il y a du monde.

Peut-on se satisfaire d’une Église où seuls les milieux socioculturels les plus élevés ont réussi à rester fidèles au poste et trustent tous les lieux d’engagement ? Comment rester une Église universelle si on ne sait plus cultiver la biodiversité du peuple de Dieu ? Ces questions tenaillent les chrétiens inquiets de se voir réduits à une gangue sociologique, avec des codes culturels autocentrés qui deviennent hors-sol, un langage élitiste qui n’est pas compris, un apostolat en surplomb.

Le déclin de la piété populaire

Qu’est-ce qui fait s’éloigner ces croyants ? Les mêmes causes qui ont suscité les mêmes effets dans la société. L’éloignement géographique et culturel, la crise de la transmission que les classes les moins favorisées culturellement ont prise de plein fouet. Parmi les causes internes à l’Église, le Père Maximilien de La Martinière, prêtre du diocèse de Versailles qui a passé quatre ans en Amazonie brésilienne comme prêtre Fidei donum, pointe le déclin de la « piété populaire », trop souvent « considérée comme un sous-catholicisme teinté de superstition ». Dans un livre prophétique (1) paru en janvier 2019, au moment où les Gilets jaunes investissaient les ronds-points, il rappelle que pour beaucoup, cette piété populaire est une passerelle indispensable vers le cœur de la foi. « Les bougies, les statues, les processions, les pèlerinages, les bénédictions et autres prières de guérison pour les malades sont des dévotions faciles à pratiquer, adaptables, présentées comme efficaces. Elles rejoignent plus facilement nos contemporains qui ne savent plus à quel saint se vouer et deviennent des proies pour les fournisseurs de sens et la société de consommation », analyse-t-il.

Pour l’ancien missionnaire, l’Église a légitimement voulu purifier le rapport magique ou folklorique aux gestes et aux rites chrétiens, mais parfois au risque de vider la puissance effective d’un signe de croix, d’une bénédiction, d’une dévotion où Dieu se rend pourtant présent chaque fois. « Nous avons tellement intellectualisé la foi que le gros des troupes a décroché. Se recentrer sur le Christ et la Bible a redonné un grand souffle à la vie spirituelle, mais beaucoup de personnes ont besoin de passer par l’étape des médiateurs, le culte des saints qui sont “un peu comme nous” et de la Vierge, figure maternelle rassurante et consolatrice, pour arriver à Dieu. Tout le monde ne peut pas accéder aux sacrements tout de suite. Cette piété-là nous concerne tous. L’Église ne parle pas de “classes populaires” mais de “peuple de Dieu”, une expression qui nous unifie. »

Le conformisme guette les chrétiens

Comment retrouver ces brebis sans clocher ? Le défi est de taille mais, pour le Père de La Martinière, un paramètre peut nous aider : « Les populations qui arrivent des Antilles, d’Afrique, de l’Inde ou de l’Amérique du Sud ont de quoi décomplexer les croyants d’ici, coincés entre l’État qui crie laïcité, et l’Église qui se méfie de la superstition. »

« Qui sommes-nous pour juger que tel geste de dévotion est supérieur ou inférieur à un autre ? Que les désirs les plus simples ne seraient pas dignes d’être des désirs de Dieu ? », abonde l’abbé Paul Denizot, prêtre de la Communauté Saint-Martin, recteur du sanctuaire de Montligeon, qui accueille cette dévotion incarnée avec ses traditionnelles prières pour les défunts, mais aussi des pèlerinages comme celui des motards, qui reçoivent la bénédiction avec leur moto sur l’esplanade, après la messe. « Je pense que le phénomène des Gilets jaunes nous provoque contre une tentation d’embourgeoisement », dit-il, conscient du conformisme qui guette les chrétiens, des combats très ciblés, oubliant parfois la justice sociale. « Se mobiliser pour la vie ne se réduit pas à la bioéthique, même si cette question est cruciale. La vie, c’est aussi le travail, les retraites, l’éducation des enfants, les difficultés familiales... On attend les laïcs chrétiens engagés dans la cité, dans leur famille, leur travail, les syndicats, les comités d’entreprise. Nous pourrions parfois être tentés de devenir une Église gnostique de purs, ultra-spiritualiste, en multipliant les témoignages extraordinaires complètement déconnectés de la vie ordinaire. Quand l’Église parle, elle ne délivre pas un message hors-sol, elle s’adresse à quelqu’un ; elle parle à des gens dont le premier souci n’est pas d’être des champions de la vie spirituelle, mais de boucler leurs fins de mois, de trouver une solution pour faire garder leurs enfants, de supporter la solitude... »

« Quand l’Église parle, elle ne délivre pas un message hors-sol, elle parle à des gens dont le premier souci n’est pas d’être des champions de la vie spirituelle, mais de boucler leurs fins de mois. » L'abbé Paul Denizot

Quand on se met à critiquer les ratés de l’action catholique et des prêtres ouvriers, l’abbé Denizot rappelle que « les vieux prêtres ont beaucoup à nous apprendre. Ils sont aimés des gens parce qu’ils leur sont restés proches dans la sueur et les larmes. Quand il y a un problème, ce sont eux qu’on vient voir en premier. Ce sont eux les modèles de la fidélité, comme le Père Jacques Hamel. Ce n’est pas un hasard si le meurtre de ce très vieux prêtre a ému la France entière ». Le prêtre constate chaque jour que la France des Gilets jaunes a le respect du prêtre. « C’est quand même quelque chose d’incroyable alors que nous sommes paralysés par le scandale des abus. » Il reçoit cinq sur cinq l’appel du pape François à être un hôpital de campagne : « Le pape nous invite à nous salir les mains, à aller au contact, à avancer sans peur... C’est là où l’on trouve la joie. Un vieux prêtre, un sage, me disait : “Quand l’Église va mal, elle accepte moins facilement de vivre sa mission là où elle est.” »

Le b.a.-ba de l’annonce, c’est passer du temps avec les gens

Oui, mais en ces temps de catholicisme ultra-minoritaire, la peur de la dissolution, le repli communautaire et la hantise de brader les dogmes freinent bien des ardeurs... « Je ne crois pas d’abord en des dogmes mais en Jésus-Christ qui est une personne vivante, même si les dogmes sont essentiels puisqu’ils me disent qui est le Christ. Tant mieux si ma foi est un peu chahutée parfois. Si ce n’était jamais le cas, cela voudrait dire que cette foi n’est qu’une idée. C’est consolant de se dire que nous ne sommes pas d’abord là pour remplir les églises tous les dimanches, mais pour accueillir les personnes avec ce qu’elles ont dans le cœur et avec ce qu’elles sont dans le projet et le temps de Dieu. Il y a beaucoup d’aléas et de mystère dans une vie, des périodes de toute-puissance où l’on n’a pas besoin de Dieu et d’autres où le cœur s’ouvre, même à la toute fin. »

En ces temps d’effervescence évangélisatrice, l’abbé Denizot rappelle que le b.a.-ba de l’annonce, c’est d’abord passer du temps avec les gens. « C’est beaucoup plus fatigant que de dire : “Jésus t’aime”, et puis de s’en aller. En regardant les vieux prêtres, je comprends qu’il faut cette durée, cette proximité pour que les gens soient prêts à accueillir ce que nous avons à dire, sinon on passe pour des illuminés. Ce discernement se fait quand on est proche de l’autre, comme Dieu qui est dans la relation. » Avoir l’odeur de ses brebis, comme a dit le pape François.

 

Clotilde Hamon

 

Famille Chrétienne

 

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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 20:45
LA REFORME DES RETRAITES SOUS LA LOUPE DE LA PENSEE SOCIALE DE L’ÉGLISE

8 Décembre 2019

La Mission Ouvrière de Lille nous propose de regarder la réforme des retraites en cours à la lumière de la pensée sociale de l'Église.

Trois jours après la journée de mobilisation sociale du 5 décembre 2019 sur la réforme des retraites, les chrétiens engagés dans le milieu ouvrier et les quartiers populaires se questionnent sur la nécessité et la justice de la réforme préparée par le gouvernement.

Sur le fond comme sur la forme, cette question est loin d'être théorique pour les personnes des milieux populaires dont les salaires, puis les pensions, sont les plus bas et qui ont une espérance de vie bien plus courte que les personnes des milieux aisés. Pour les chrétiens, il apparait important d'éclairer cette réforme à la lumière de la pensée sociale de l'Église pour en faire apparaitre les chances et les dangers.

La Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous propose un regard ouvrier et chrétien sur cette question d'actualité. Un regard parmi tant d'autres qui vous aidera peut-être à forger votre opinion.

Ce que l'on sait de la réforme des retraites

La réforme des retraites en cours de préparation laisse beaucoup de zones floues mais elle s'appuiera principalement sur les préconisations du haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, présentées en juillet 2019. Ces préconisations laissent apparaitre les grandes lignes directrices du futur système :

  • Un système universel par répartition qui s'appliquera à tous et qui englobera les 42 régimes obligatoires qui coexistent aujourd'hui (base, complémentaire, fonctionnaires, privé, indépendants, régimes spéciaux…).
  • Un système par points où un euro cotisé vaudra les mêmes droits pour chaque Français. Ce qui mettra fin à la règle des vingt-cinq meilleures années dans le privé et des six derniers mois dans le public qui sert de base de calcul des droits à retraite aujourd'hui au risque de pensions plus basses.
  • Pour compenser cette baisse de revenus, le nouveau système intégrera les primes dans le calcul des droits à la retraite des fonctionnaires civils, militaires et salariés des régimes spéciaux.
  • L'âge minimum de départ à la retraite qui resterait à 62 ans mais l'âge réel de départ sera plus tardif pour la grande majorité des salariés qui devront travailler plus longtemps pour partir avec une retraite à taux plein.
  • La pénibilité devrait être prise en compte dans l'âge de départ à la retraite permettant de partir un ou deux ans plus tôt pour les travailleurs ayant effectué toute leur carrière dans des métiers pénibles.

Les syndicats de travailleurs apparaissent très inquiets devant cette nouvelle réforme. Ils y voient une tentative supplémentaire d'un gouvernement pour reculer l'âge de départ à la retraite et niveler par le bas les droits des travailleurs. Mais quel regard pouvons-nous porter sur ces grandes lignes à partir des grands principes de la pensée sociale de l'Église : dignité de la personne humaine, écologie intégrale, subsidiarité, solidarité ?

La retraite : un droit fondamental pour l'Église

Avant tout, il apparait important de dire que pour la pensée sociale de l'Église, le droit à la retraite n'est pas juste une option ou une possibilité. C'est un droit fondamental. Le Compendium de la doctrine sociale de l'Église publié par le Saint Siège en 2004 est clair : " Les droits des travailleurs, comme tous les autres droits, se basent sur la nature de la personne humaine et sur sa dignité transcendante. Le Magistère social de l'Église a voulu en mentionner quelques-uns, en souhaitant leur reconnaissance dans les ordonnancements juridiques : le droit à une juste rémunération; le droit au repos; (…) le droit à la retraite ainsi qu'à l'assurance vieillesse, l'assurance maladie et l'assurance en cas d'accidents du travail "

Une égale dignité qui interpelle sur les différents régimes de retraite

La pensée sociale de l’Église pose le principe de l’égale dignité de toutes les personnes humaines. Chacun est un enfant de Dieu qui bénéficie de la même dignité. À ce titre, la proposition d'un régime de retraite unique pour tous apparait comme une avancée majeure. On ne peut qu'être interpellé de voir la très grande diversité des régimes de retraites actuels. Ainsi une personne qui effectue le même travail se verra appliquer des conditions d'accès à la retraite bien différentes s'il travaille dans telle ou dans telle entreprise en fonction du régime de retraite qui s'y applique. Ces différents régimes spéciaux sont le fruit de l'histoire et des luttes sociales et se basent très souvent sur des raisons valables (pénibilité, risque…). Mais cette différence de traitement à de quoi interpeller.

Égalité ou moins disant social ?

Si la recherche d'égalité est bien légitime, pourquoi le régime choisi pour être appliqué à tous est-il le plus défavorable aux salariés ? Dans les propositions qui sont formulées, on ne voit pas la volonté de choisir une voie médiane et équilibrée entre les différents régimes de retraites existants. Le gouvernement semble s'aligner systématiquement sur le régime le moins favorable. La recherche d'égalité serait-elle une simple excuse pour niveler le niveau des pensions et l'âge de départ à la retraite vers le bas ?

La pensée sociale de l'Église nous invite aussi à replacer la notion d'égale dignité dans le contexte de vie des personnes. Ainsi, appliquer un seul et même régime à des personnes dont les vies professionnelles sont complètement différentes est-il vraiment juste ? C'est une vraie question pour les personnes du milieu ouvrier qui ont une espérance de vie sept ans inférieure à celle des cadres et qui sont exposés à des conditions de vie et de travail bien plus usantes. Ainsi, le gouvernement utilise régulièrement l'argument mathématique de l'allongement de l'espérance de vie pour justifier un départ à la retraite plus tardif mais il se refuse à appliquer le même argument à la pénibilité du travail sinon la réforme proposerait que les ouvriers partent en retraite 7 ans avant les cadres, ce qui n'est pas le cas. On avait déjà pu le constater lors de la mise en place du dispositif pénibilité il y a quelques années. Au lieu d'un système simple permettant un départ anticipé à la retraite pour les salariés ayant exercé un métier pénible, les partenaires sociaux et le gouvernement ont monté un système complexe avec de nombreux critères de pénibilité à remplir qu'ils accusent aujourd'hui d'être une usine à gaz. Il est facile de techniciser un problème pour mieux le décrédibiliser. On peut donc s'interroger sur la réelle volonté du gouvernement de permettre une véritable égalité dans l'accès à la retraite en tenant compte de la pénibilité à sa juste proportion.

Une option préférentielle pour les pauvres qui interpelle

La pensée sociale de l'Église pose fortement le principe d'une option préférentielle pour les pauvres. Ce principe affirme que les pauvres doivent être prioritaires dans la vie de l’Église et dans celle de nos sociétés. Ils doivent être prioritaires dans chaque politique publique et initiative privée. Cela apparait comme une nécessité en matière de retraite quand on voit le nombre important de personnes âgées vivant sous le seuil de pauvreté. Or, les premières simulations de calcul de pension laissent apparaître une baisse générale du niveau des pensions, ce qui a de quoi inquiéter sur le niveau de vie des retraités et en particulier des plus pauvres.

Au-delà de ses effets, la philosophie générale de la retraite par points interroge car le principe de "un euro cotisé ouvre les mêmes droits pour tous" est un principe de justice proportionnel
dont on sait bien qu'il favorise les plus aisés par rapport au principe de justice progressif qui répartit mieux les richesses. La philosophie sous-jacente de ce régime tend à laisser croire qu’on ne récolte à la retraite que le fruit de son travail. Ainsi, ceux qui arrivent en retraite avec de faibles pensions sont eux-mêmes coupables de leur sort. N'auraient-ils pas dû travailler plus et mieux pour obtenir un meilleur salaire et donc une meilleure pension ? Ainsi réapparait le spectre de la méritocratie contre lequel le pape François s'est bien souvent dressé. En 2015, le pape prenait la parole pour rappeler que : « La méritocratie est en train de devenir une légitimation éthique de l’inégalité qui culpabilise les pauvres ». C’est pourquoi le Compendium de la doctrine sociale de l'Église affirme : « Une répartition équitable du revenu doit être poursuivie sur la base de critères non seulement de justice commutative, mais aussi de justice sociale, c'est-à-dire en considérant, au-delà de la valeur objective des prestations de travail, la dignité humaine des sujets qui l'accomplissent. Un bien-être économique authentique se poursuit également à travers des politiques sociales de redistribution du revenu ». Un effort notable en direction des plus pauvres est donc nécessaire pour un régime de retraite vraiment juste.

La retraite par répartition : un exemple de subsidiarité

« Il est impossible de promouvoir la dignité de la personne si ce n’est en prenant soin de la famille, des groupes, des associations, des réalités territoriales locales, bref de toutes les expressions associatives de type économique, social, culturel, sportif, récréatif, professionnel, politique, auxquelles les personnes donnent spontanément vie et qui rendent possible leur croissance sociale effective ». Cette phrase tirée du Compendium de la doctrine sociale de l’Église pose le principe de subsidiarité qui rappelle que c’est l’existence des corps intermédiaires organisés qui permet à chacun d’être représenté au sein de la société. C’est une forme de décentralisation organisée qui permet à chacun de participer démocratiquement à la société en mettant de côté les intérêts particuliers.

Ainsi, le système de retraite par répartition apparait comme un exemple de subsidiarité car il implique fortement les partenaires sociaux dans sa gestion et sa négociation. Pourtant, depuis quelques années, ce principe de subsidiarité est bien malmené. Les partenaires sociaux sont de moins en moins écoutés et l'État n'hésite pas à taper dans la caisse de la protection sociale pour financer son propre budget. Autre point d'inquiétude, la nouvelle réforme est bien plus inspirée d'une promesse de campagne du président Emmanuel Macron que du dialogue social.

Les fractures de la société française rejaillissent sur les retraites

Or, la réalité de vie et la vision du monde du travail du président de la République sont profondément différentes de celle des personnes de milieux populaires. Récemment, le président a déclaré, en parlant du travail : "Moi je n’adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible". Si on peut comprendre cette parole dans le sens où le travail est, pour les chrétiens, une source fondamentale d’épanouissement, elle montre le décalage de vision du travail avec la grande majorité des personnes de milieux populaires qui souffrent au quotidien de la précarité et des maladies physiques et psychiques provoquées par le travail. Ainsi, il y a une véritable crainte de voir cette vision orientée du monde du travail forger un système de retraite qui soit en décalage avec la réalité des travailleurs modestes. En effet, quel sens un système de retraite par points a-t-il pour des personnes qui ont vécu toute leur vie professionnelle en passant d'un emploi précaire à un autre et d'une période de chômage à une formation… ? Ne seront-t-elles pas fondamentalement désavantagées par rapport à quelqu'un qui bénéficie des moyens pour être compétitif sur le marché du travail ?

Les politiques publiques menées par le gouvernement depuis la dernière élection présidentielle participent à cette inquiétude. En effet, le président de la République semble croire en un partage des richesses sous forme d'un ruissellement qui partirait du haut, à partir des premiers de cordée, des plus riches. Or, pour la pensée sociale de l’Église, ce ruissellement ne peut partir que du bas, des plus pauvres. La suppression de l'ISF, les aides massives distribuées aux entreprises alors que les services publics et les travailleurs modestes sont invités à se serrer la ceinture… ce type de politique publique qui favorise les plus aisés fait forcément planer des inquiétudes sur la capacité du gouvernement à prendre en compte les besoins des plus modestes dans la construction du futur régime de retraite.

Ainsi, on peut s’interroger sur la manière dont cette réforme est mise en place. Alors que le gouvernement a lancé un grand travail démocratique sur la question de la transition écologique au travers d’une convention tirée au sort, la question des retraites mérite aussi d'être débattue plus en profondeur et d'intégrer d'autres regards.

L'écologie intégrale questionne le temps de la retraite

En publiant l'encyclique "Laudato Si" en 2015, le pape François a placé le respect de la nature au coeur de la doctrine sociale de l'Église. Il y insiste sur la nécessité d’une simplicité volontaire afin de préserver notre planète et faire grandir la justice sociale. Ainsi, on peut s'interroger : quel sens cela a-t-il de travailler toujours plus longtemps alors que notre planète souffre de surexploitation et qu'une part croissante de sa population est privée d'emploi ou sous-employée ? Ne sommes-nous pas appelés à un meilleur partage des richesses mais également du temps de travail ?

La retraite a changé. Avant, on partait à la retraite brisé par une vie de travail et dépendant des soins des autres. Aujourd'hui, ce sont les retraités qui sont les premiers acteurs du soin et du lien social. C'est eux qui gardent les enfants et petits-enfants, qui font vivre les associations, qui animent activités culturelles, sportives, sociales et spirituelles de la cité. Bref les retraités sont les premiers acteurs de l’économie non-marchande. L’augmentation du nombre de retraités a, en partie, sauvé la vie associative de nombreux lieux de vie. La présence de jeunes retraités notamment, qui ne sont pas encore touchés par des maladies et des incapacités, sont un véritable plus pour nos communautés.

Ainsi, nous sommes interrogés sur le temps de la retraite. Est-il l'antichambre de la mort ou un temps que nous donne la société pour nous mettre gratuitement au service des autres ? Dans une société de plus en plus fracturée où les travailleurs disposent de moins en moins de temps pour s'engager socialement, le temps de la retraite est bien plus qu'un temps de repos après une vie de travail. C'est le choix social d'un temps de gratuité au service du lien social, du soin et du bien commun.

Choisir de donner du temps pour le bien commun

Il y a là un véritable choix de société qui nous interroge sur le sens même du travail. Aujourd’hui, on compte dans la retraite uniquement le travail que les employeurs décident de rémunérer mais tout le travail gratuit qui a bien souvent une utilité sociale plus forte que le travail rémunéré (s’occuper de ses proches, participer à la vie locale et citoyenne…) est presque complètement ignoré de ce calcul. Saint Paul affirme avec force " Celui qui ne travaille pas, qu’il ne mange pas non plus " mais dans la même phrase il affirme aussi que le service de la communauté est pleinement du travail.

La réforme de notre système de retraite nous conduit vers des enjeux de société bien plus importants que des questions d'équilibre budgétaire. C'est bien le partage des richesses, le partage du travail, la préservation de la planète et du lien social qui sont en jeu. Des questions de fond à garder à l'esprit de tous ceux qui ont manifestés le 5 décembre et qui le feront dans les jours à venir et de tous ceux qui ne le feront pas pour forger leur opinion sur la future réforme.

 

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 12:15
Le pape François lors d’une assemblée générale au Vatican, le 23 octobre. REMO CASILLI / REUTERS

Le pape François lors d’une assemblée générale au Vatican, le 23 octobre. REMO CASILLI / REUTERS

L’assemblée des évêques catholiques sur l’Amazonie a transmis, samedi, ses propositions au pape François, parmi lesquelles figure également le diaconat féminin.

 Il sera peut-être bientôt possible de rencontrer, dans le bassin amazonien, des prêtres catholiques mariés célébrant des messes selon un rite nouveau, qui intégrera des éléments de la tradition et même de la théologie des peuples autochtones. C’est en tout cas ce qu’ont demandé les évêques catholiques réunis à Rome, au dernier jour d’un synode (une assemblée convoquée par le pape) sur l’Amazonie, samedi 26 octobre.

En revanche, pour que des femmes puissent accéder au diaconat (qui est le premier degré du sacrement de l’ordre, le deuxième étant la prêtrise et le troisième l’épiscopat), comme l’ont réclamé de nombreux Amazoniens lors des consultations préparatoires, il faudra sans doute encore attendre longtemps : les évêques se sont limités à renvoyer aux travaux d’une commission ad hoc qui, jusqu’à présent, est restée paralysée par ses divisions.

En attendant, ils proposent de créer une fonction officielle – un « ministère » – de « la femme leader de la communauté », une reconnaissance institutionnelle du fait que plus de la moitié des communautés catholiques amazoniennes sont prises en charge par les femmes.

Les quelque 180 évêques et religieux, majoritairement issus des neufs pays d’Amérique du Sud concernés par l’Amazonie, qui avaient le droit de vote à ce synode (aucune des 35 femmes participantes ne l’avait) ont adopté, article par article, un document final qui comporte ces propositions, après trois semaines de délibérations à huis clos. Il revient maintenant au pape François de décider de leur faire droit, ou non, à l’occasion d’une exhortation apostolique que le pontife argentin espère publier d’ici à la fin de l’année.

L’Amazonie, un désert clérical

Si elles sont retenues par le chef de l’Eglise catholique, ces orientations ouvriront une brèche dans la tradition millénaire du célibat des prêtres, généralisé dans l’Eglise latine après la réforme grégorienne du XIe siècle.

Certains courants conservateurs redoutent qu’elles fassent tache d’huile. L’article de la résolution finale propose « d’ordonner prêtres des hommes mariés idoines et reconnus par la communauté, qui ont un diaconat permanent fécond et reçoivent une formation adéquate au presbytérat, pouvant avoir une famille légalement constituée et stable ».

Il ajoute que « certains », au cours du synode, « se sont prononcés en faveur d’une approche universelle du sujet ». Ce qui peut vouloir dire que la faculté d’ordonner des hommes mariés pourrait être utilisée par d’autres zones géographiques en carence de prêtres.

Du reste, le Vatican avait pris soin d’avertir, au début du synode, que même consacré à un territoire particulier, « chaque synode concerne toujours l’Eglise universelle ». Or on sait déjà qu’une partie de l’Eglise allemande, par exemple, réfléchit à la question. C’est sur cet article que le vote a été le plus serré.

A quels besoins répondait ce synode ? En Amazonie, les distances sont grandes entre les communautés autochtones et les moyens de circulation bien souvent réduits à la navigation en pirogue. Parallèlement, le nombre de prêtres autochtones est quasi nul et celui des prêtres itinérants est insuffisant. Les communautés les plus reculées ne reçoivent donc parfois la visite d’un prêtre que deux à trois fois par an, voire moins. C’est peu quand on considère que l’Eglise catholique réserve aux hommes ordonnés certains des actes essentiels de sa vie de foi, comme l’eucharistie et l’absolution des péchés. C’est peu aussi au regard de la concurrence des Eglises évangéliques qui, elles, établissent plus facilement des ministres du culte parmi les autochtones.

D’où l’idée, défendue par de nombreux prêtres et évêques qui exercent dans la zone, d’autoriser, au moins ponctuellement, l’ordination d’hommes mariés, à condition qu’ils soient déjà diacres. En réalité, il existe déjà des prêtres mariés dans l’Eglise catholique. C’est le cas, traditionnellement, des prêtres des Eglises de rite oriental (maronites, chaldéens, melkites…). Il y a aussi, dans l’Eglise latine, d’anciens ministres du culte anglicans qui ont rejoint Rome et ont obtenu une dispense, bien que mariés, pour être prêtres. Mais ordonner des hommes mariés hors de cette situation particulière serait une nouveauté.

Différence de traitement entre hommes et femmes

En revanche, la petite ouverture en direction des femmes décevra probablement celles qui, religieuses ou laïques, constituent les cadres de bien des communautés.

Une religieuse colombienne, sœur Alba Teresa Cediel Castillo, a ainsi témoigné de son activité : « Quand un prêtre ne peut être là, nous baptisons. S’il faut un mariage, nous sommes là. Et souvent nous avons dû écouter en confession un malade, parfois proche de la mort. Nous n’avons pas donné l’absolution [qui est un sacrement réservé aux prêtres] mais dans le fond de notre cœur, nous croyons que Dieu agit. »

L’organisation catholique attache tous les « pouvoirs » sacramentels à l’ordination, et donc aux hommes, et ne donne aux femmes aucun rôle en la matière. Rien ne changera donc substantiellement tant que la commission vaticane sur le diaconat est au point mort. Le document synodal demande en attendant plus d’équité dans la répartition des ministères entre hommes et femmes, afin que les femmes puissent participer aux instances de gouvernement de l’Eglise.

La portion congrue réservée aux femmes dans l’Eglise a d’ailleurs fait l’objet d’une initiative inhabituelle au synode, auquel participaient à titres divers (dont des expertes) trente-cinq femmes. Alors que les supérieurs d’ordre religieux masculins, bien que non-évêques, avaient le droit de vote, les dix supérieures d’ordres féminins ne l’avaient pas. Elles ont donc écrit au pape François pour se plaindre de cette différence de traitement et demander à pouvoir voter. En vain.

« Péché écologique »

Le texte affirme en outre « rejeter une évangélisation de type colonial », exprime son engagement aux côtés des communautés qui luttent pour que leurs « droits fondamentaux soient garantis », propose de « définir le péché écologique » et de créer un organisme épiscopal qui couvre la région.

L’ordination d’hommes mariés et l’institution d’un rite amazonien étaient redoutées par des courants conservateurs de l’Eglise, qui sonnent l’alarme contre elles depuis des semaines. Durant le synode, ils n’ont cessé de s’insurger contre la place faite à la culture indigène, certains accusant même le pape d’être tombé dans « l’idolâtrie ». Ils ont critiqué une cérémonie religieuse initiale qui a mêlé prières catholiques, rituels autochtones et objets traditionnels amazoniens.

Des statuettes en bois apportées d’Amérique du Sud, qui étaient exposées dans une église voisine du Vatican, ont même été dérobées en fin de semaine dernière et jetées dans le Tibre. Une vidéo diffusée en ligne a montré les pilleurs jetant à l’eau, du pont Saint-Ange, les cinq sculptures. L’une d’elles représente une femme enceinte, qui, avait précisé le Vatican, n’était en rien une référence à la vierge Marie, mais une représentation de la fécondité de la Terre Mère, la Pachamama. Vendredi, le pape François a « demandé pardon » pour ce vol, en tant qu’évêque de Rome. Les statuettes ont finalement été repêchées par les carabinieri.

 Cécile Chambraud envoyée spéciale du journal Le Monde à Rome

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 14:53
Mgr Emmanuel Lafont célèbre une messe en Guyane, lors d'une réunion de préparation au Synode pour l'Amazonie, en juillet 2019

Mgr Emmanuel Lafont célèbre une messe en Guyane, lors d'une réunion de préparation au Synode pour l'Amazonie, en juillet 2019

À l’occasion du Synode, l’Amazonie française s’est fait entendre via la conférence du Secours Catholique-Caritas France. Mgr Lafont, évêque de Cayenne, ainsi que les deux représentants élus par les communautés autochtones guyanaises, Aikumale Alemin du peuple Wayana et Rosalie Fonki du peuple Bushinengue, ont également porté la voix des Indigènes amazoniens et citoyens français de ce territoire d’Amérique latine.

Grande de presque 84 000 km2, la Guyane a sa part des 5,5 millions de km2 de l’Amazonie. Mais comme le fait remarquer l’évêque de Cayenne, Mgr Emmanuel Lafont, la situation est singulière pour la Guyane par rapport aux neuf autres pays, «dans la mesure où nous ne sommes pas un État indépendant mais nous dépendons de l’État français».

Des «nations» indigènes dans la nation française

«Respectez notre histoire, nos cultures»: le cri d’un auditeur amérindien au Synode

L’appartenance à la nation française n’est pas évidente pour les peuples indigènes. Pour Maryse Gauthier, présidente du Secours Catholique - Caritas France en Guyane, l’intervention française, par la diffusion de sa culture auprès des citoyens français amérindiens, reste la cause de difficultés que rencontrent encore aujourd’hui les peuples autochtones:  «On leur a imposé l’éducation sans tenir compte de l’organisation sociétale qui existait chez les Amérindiens. Ça a été un choc qui se répercute encore aujourd’hui, on assiste à la fuite de cette connaissance ancestrale de la société amérindienne, et en même temps, ils ne sont pas totalement intégrés dans ce modèle français qu’on leur propose.»

Les six peuples amérindiens de Guyane se considèrent comme des "nations" différentes par leur langue, leur mode de vie et coutumes. «Ces nations amérindiennes, rapporte Maryse Gauthier, qui cohabitent sur le territoire guyanais, sont solidaires entrent elles face à l’État français pour demander qu’elles soient reconnues, et qu’on leur redonne leur autonomie qu’elles avaient avant qu’on les intègre dans le département français.» Une de leur principale revendication est que l’État français reconnaisse la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail qui donne l’autonomie de gestion du territoire aux communautés.

Incompatibilité des mesures nationales et des modes de vie indigènes

Les manifestations d’avril 2017 en Guyane ont été l’occasion pour les peuples indigènes de mettre en lumière les problématiques qu’ils rencontrent. «Ils ont obtenu, mais uniquement sur le papier pour le moment, qu’on leur réattribue 400 000 hectares de terre pour qu’ils en fassent une autogestion comme ils le demandent», indique la présidente de Caritas en Guyane.

Mais Maryse Gauthier regrette que des mesures prises depuis la métropole soient appliquées dans le département guyanais sans connaissance des réalités amazoniennes. Bien souvent, cette législation extraterritoriale entrave le mode de vie des communautés indigènes, sans toutefois les protéger contre les menaces qui pèsent sur eux. Maryse Gauthier donne l’exemple de la restriction de la chasse décidée par l’Office National des Forêts et appliquée sur tout le territoire français, y compris la Guyane. «Les peuples amérindiens ont démontré leur capacité à préserver la nature, à permettre qu’elle se reproduise, parce qu’ils en vivent, et aujourd’hui ce sont des bureaucrates français qui veulent venir leur expliquer comment est ce qu’ils doivent chasser chez eux».

L’évangélisation pour et par les peuples indigènes

Mgr Lafont: envisager l'écologie dans sa dimension spirituelle

Les peuples indigènes ne souhaitent pas que l’Église les empêche de perpétuer leur tradition. «Ils savent bien que dans toute culture il y a des choses que l’Évangile affronte, indique Mgr Lafont, mais ils ne souhaitent pas que par principe on dise que dans l’Église, celui qui adhère au Christ abandonne sa culture, son mode de vie etc. Cela, ils ne l’acceptent pas. Et ils ont totalement raison». Pour l’évêque de Cayenne, le moyen le plus respectueux et efficace de transmettre la foi est de laisser les Indigènes la faire leur et la partager à leur communauté. Il donne l’exemple d’Aikumale Alemin, amérindien du peuple Wayana en Guyane, qui l’a accompagné au Synode: «Je l’ai baptisé il y a huit ans, raconte Mgr Lafont, et aujourd’hui il y a une communauté catholique d’une cinquantaine de membres». Aikumale Alemin a fondé une communauté catholique dans son village. Lui et sa femme sont en cours de traduction de l’ordinaire de la messe et de chants en wayana, la langue de leur ethnie. «C’est à lui d’inculturer, et il le fait admirablement», se réjouit le prélat.

Un Synode sur l’Amazonie, des bonnes nouvelles pour toute l’Église

Bien que le Synode porte sur les problématiques que rencontre l’Amazonie, il concerne toute l’Église et chacun de ses diocèses. Mgr Lafont expose trois bonnes nouvelles qu’il pourra partager à la Conférence des évêques et à toute l’Église de France. «La première c’est qu’il faut retrousser nos manches. La deuxième c’est qu’il faut prendre au sérieux Laudato Si et l’appliquer concrètement, nous pour commencer, l’Église doit montrer l’exemple d’un autre style de vie que le modèle technocratique actuel. Et la troisième bonne nouvelle, c’est que le chemin synodal qu’est le chemin de l’Église du XXIe siècle invite l’Église de France à se laisser enrichir par les autres Églises du monde. Car même pour résoudre nos problèmes français, nous avons besoin de l’éclairage des autres.»

Cécile Mérieux – Cité du Vatican

 

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 11:49
« Se manifester oui, aller manifester le 6 octobre, ce n’est pas à nous de le dire » explique Thierry Magnin. LP/Olivier Lejeune

« Se manifester oui, aller manifester le 6 octobre, ce n’est pas à nous de le dire » explique Thierry Magnin. LP/Olivier Lejeune

Thierry Magnin, porte-parole des évêques, martèle que l’Eglise n’a jamais appelé à descendre dans la rue contre le projet de loi Bioéthique, contrairement à ce qu’a pu laisser entendre l’archevêque de Reims.

A en perdre son latin ! Lundi soir, à l'issue d'une rencontre au collège des Bernardins à Paris durant laquelle l'Eglise exprimait ses craintes sur le projet de loi Bioéthique, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF), déclarait, face à la presse, que les citoyens « inquiets » avaient « le devoir » de manifester le 6 octobre.

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C'est à cette date qu'un collectif d'associations, dont la Manif pour tous, organise une journée de mobilisation contre le texte examiné par les députés à compter du 24 septembre et qui prévoit, entre autres, l'extension de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples de lesbiennes et aux femmes seules.

La sortie de l'archevêque de Reims a été logiquement entendue comme un appel aux catholiques à descendre dans la rue… sauf pour l'épiscopat, qui évoque une mauvaise interprétation.

Entretien avec le père Thierry Magnin, 66 ans, nouveau secrétaire général et porte-parole de la CEF qui est aussi docteur en sciences physiques et en théologie.

Les propos du président de la CEF sont-ils un appel solennel de l'Eglise de France à manifester le 6 octobre ?

THIERRY MAGNIN. Non, pas du tout ! Notre posture est la suivante : il appartient à la CEF d'avoir une parole claire, nette et précise sur le projet de loi. Par contre, il ne nous appartient pas d'appeler à manifester ni de jeter l'opprobre sur ceux qui iront. Se manifester oui, aller manifester le 6 octobre, ce n'est pas à nous de le dire. Il n'y a pas que la rue pour s'exprimer.

Quels sont les autres moyens ?

Nous par exemple, nous allons discuter avec des députés, des sénateurs… Manifester le 6 octobre est une possibilité mais en tout cas, ce n'est pas celle qu'Eric de Moulins-Beaufort et moi-même nous prendrons. Mais chaque évêque est libre. Il y en a certainement qui iront défiler…

L'épiscopat paraît vouloir s'engager contre le projet de loi Bioéthique davantage encore que contre le mariage pour tous en 2012-2013…

La mobilisation est forte pour essayer maintenant d'exprimer une parole très claire avant que l'Assemblée nationale ne s'empare du texte. On s'engage davantage dans la prise de position sur le fond du projet mais pas sur l'engagement à aller manifester dans la rue. Sur ce point, c'est la même posture.

Pourquoi êtes-vous opposé à la PMA pour toutes ?

Ce projet de loi ne participe pas du bien commun. Cela introduit des perturbations de filiation. On peut tout à fait comprendre qu'un couple de femmes et une femme seule aient un désir d'enfant. Mais, à partir du moment où ce désir devient un droit, quelles sont les conséquences pour l'enfant? Pour nous, c'est fondamental, il a le droit d'avoir un papa et une maman. Dans le projet de loi, vous avez d'un côté une levée de l'anonymat du don de gamètes. On trouve que c'est une bonne chose, ceux qui la demandent expriment le besoin de connaître leur père biologique, leur géniteur. Mais d'un autre côté, avec la PMA sans père, on ferme cette opportunité-là.

Votre combat porte également sur le rejet de la GPA (Gestation pour autrui) alors qu'elle n'est pas à l'ordre du jour du projet de loi…

Ce n'est pas pour ce coup-là, mais le prochain… Si on autorise deux femmes à avoir un enfant, je ne vois pas pourquoi on refuserait à deux hommes d'en avoir, dans une irréfutable logique d'égalité. On a l'impression que le bulldozer va toujours dans le même sens. Et qu'à chaque fois, on repousse les limites éthiques.

Quelles leçons tirez-vous de la mobilisation des catholiques contre le mariage pour tous qui, bien que massive, a finalement échoué ?

On n'a pas su convaincre, dans ce sens-là, ça peut-être un échec. Mais est-ce que la société a gagné en mettant, sur le même plan, tous les modèles familiaux par rapport au mariage ? Peut-être qu'on n'a pas utilisé les bons moyens, peut-être qu'une manifestation ne suffit pas. Et en même temps, les gens disent : Si on ne descend pas dans la rue, on n'est pas entendus…

En intervenant dans le débat, n'y a-t-il pas un risque, pour l'épiscopat, de diviser la communauté catholique comme ce fut le cas lors du mariage pour tous ?

Elle était plus divisée sur le fait de savoir s'il fallait ou non défiler derrière la Manif pour tous que par rapport au mot mariage… Aujourd'hui, il nous semble beaucoup plus important de faire une recherche sur le fond que d'utiliser un moyen politique, la manifestation, qui peut diviser.

 

Vincent Mongaillard

 

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