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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 06:34
Le Cardinal Roger Etchegaray en 1995, Président du Conseil Pontifical Cor Unum, en visite à Port au Prince, à Haïti, Caraïbes.GIANCARLO GIULIANI/CPP/CIRIC/GIANCARLO GIULIANI/CPP/CIRIC

Le Cardinal Roger Etchegaray en 1995, Président du Conseil Pontifical Cor Unum, en visite à Port au Prince, à Haïti, Caraïbes.GIANCARLO GIULIANI/CPP/CIRIC/GIANCARLO GIULIANI/CPP/CIRIC

Roger Etchegaray nous a quittés ? Je perds un frère et un ami… mais plus encore un compagnon sur les routes de ce monde. J’ai connu Roger lors du concile Vatican II. Il était jeune secrétaire adjoint de l’épiscopat et j’étais jeune secrétaire particulier auprès du futur archevêque de Paris, Mgr Pierre Veuillot. Nous avons vécu la dernière session du Concile œcuménique qui rassemblait, à Saint-Pierre de Rome, les 2 500 évêques catholiques venus de tous les pays du monde. Nous étions à l’automne 1965.
Jeunes prêtres français porteurs d’une expérience missionnaire sous l’impulsion vigoureuse du cardinal Emmanuel Suhard qui, dans les années quarante, avait secoué l’Église blessée par la guerre et l’effondrement de la société tout entière. Notamment par l’engagement de nombre de prêtres qui avaient un ministère dans le vaste monde du travail professionnel. Beaucoup à cette époque vivaient comme une nouvelle Pentecôte !

Poursuivre autrement l’épopée des missionnaires

Basque convaincu, le cardinal avait le génie du contact fraternel et de l’ouverture universelle. Pendant le Concile il fut un homme de liaison et d’unité. Il travailla aux études et à la rédaction de l’ultime déclaration sur la liberté religieuse… alors que plusieurs pays étaient sous des persécutions chrétiennes, notamment sous la tutelle de pouvoirs communistes.

Il incita fortement les catholiques français à vivre frontières ouvertes et à poursuivre autrement l’épopée des missionnaires des siècles passés.

Il avait un frère prêtre, membre de la Mission de France, qui fut prêtre-ouvrier engagé. C’est au Concile que fut reconnu ce ministère nouveau d’incarnation évangélique des prêtres par le travail professionnel.
Nous étions l’un et l’autre en novembre 1965 à Rome auprès des pères Liénart, Marty, Veuillot, etc., pour faire voter par le Concile l’engagement des prêtres missionnaires de l’Évangile en étant à part entière prêtres par le travail ouvrier. Il fut prélat de la Mission de France de 1975 à 1982. Je le fus moi-même en 1995. Aujourd’hui encore cette orientation heureuse demeure.

le « globe-­trotteur » du pape

Pendant le Concile, Roger Etchegaray, avec toujours le futur cardinal Pierre Veuillot, travailla à la mise en collaboration et travail commun la Conférence des évêques de France. Quelques années archevêque de Marseille, Jean-Paul II l’appela auprès de lui en 1984 à Rome. Il y resta jusqu’à sa retraite…
Il devint le missi dominici, disons le « globe-­trotteur » du pape. Souvent dans des situations politiques dramatiques comme au Rwanda. Il fut l’initiateur de la rencontre de toutes les « Religions » de par le monde auprès de saint François à Assise.
Je suis allé souvent le visiter à Rome. Je me souviens de ce repas chez lui… À un moment, il se leva et alla vers une armoire forte secrète qu’il ouvrit et me dit : « Tu vois ici, dans ces dossiers, il y a mes notes personnelles de tous les voyages que le pape m’a confiés. J’ai servi le monde entier et la paix. Je suis connu par beaucoup d’évêques et bien des personnalités qui gouvernent le bateau planétaire toujours autant secoué et qui frôle encore des guerres possibles. La Paix doit être notre devoir journalier. » Je garde ce message. Nous sommes encore des vétérans et portons le cri de Paul VI : « Plus jamais la guerre, plus jamais », lors de son premier séjour à l’ONU.
J’ai 90 ans. J’ai vécu cette longue période avec nombre de témoins admirables. J’ai la conviction que nous sommes encore à l’aurore d’un concile Vatican II qui n’a pas encore donné le meilleur de lui-même, qui attend encore la conversion de tous les chrétiens du monde entier. Etchegaray et moi et d’autres, nous prions pour rendre grâce et pour inviter les jeunes générations à recevoir le Concile comme vraiment une invitation au travail apostolique. Avec la jeunesse de l’ami basque ! Merci.

Georges GILSON

Evêque émérite de la Mission de France

Archevêque émérite de Sens et d’Auxerre

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 21:58
Décès du cardinal Roger Etchégaray

C’est à Combo les bains que le cardinal s’est éteint. Il était 17h30 mercredi 4 septembre. L’évêque de Bayonne, Mgr Mgr Marc Aillet invite tous les fidèles à prier pour le repos de son âme.

Le cardinal Roger Etchegaray, Président émérite du Conseil Pontifical Justice et Paix et du Conseil Pontifical "Cor Unum", est né au cœur du Pays Basque à Espelette, le 25 septembre 1922, juste à quelques kilomètres de Combo les bains où il a passé les derniers jours de sa vie.

Fils d’un mécanicien agricole. Roger Etchégaray s’est orienté tôt vers la vie religieuse. Après des études au petit séminaire d'Ustariz, il a poursuivi sa préparation spirituelle et scientifique au grand séminaire de Bayonne et à l'Université Pontificale Grégorienne de Rome, obtenant une licence en Théologie et un doctorat en Droit Canonique avec une thèse sur le baptême des enfants de parents catholiques non pratiquants.

Ordonné prêtre à 24 ans, le 13 juillet 1947, il commença son ministère pastoral dans son diocèse natal, Bayonne, avant de devenir, en 1961, directeur adjoint du Secrétariat de l'épiscopat français et de s'engager en même temps dans la création d'un secrétariat pour la pastorale.

De 1966 à 1970, il fut Secrétaire général de l'épiscopat français ; le 29 mars 1969, Paul VI le nomma évêque titulaire de Twins of Numidia et auxiliaire de l'archidiocèse de Paris. Le 22 décembre 1970, il est promu archevêque de Marseille (où il restera jusqu'en 1984) et, en 1975, il succède au cardinal Marty comme président de la Conférence épiscopale de France. Il a été reconfirmé à ce poste pour un second mandat de trois ans, le 27 octobre 1978. Du 25 novembre 1975 au 23 avril 1982, il fut également Prélat de la Mission de France.

Déjà avant d'être évêque et surtout après son ordination épiscopale - le 27 mai 1969 - il joua un rôle très important sur le plan ecclésial international. Depuis 1965, dernière année du Concile Œcuménique Vatican II, il est Secrétaire du Comité de liaison des Conférences épiscopales d'Europe et, en 1971, il devient le premier président du nouveau Conseil européen des Conférences épiscopales. Il a été réélu à ce poste en 1975. Il a été le créateur et l'animateur du Symposium de Noordwikeroot et de Coire et l'un des principaux architectes de la rencontre œcuménique européenne de Chantilly.

Il a participé à plusieurs reprises aux travaux du Synode des évêques. Ses interventions théologiques et socioreligieuses rappellent l'engagement d'une Église vivante, toujours attentive aux problèmes de l'homme européen.

Créé cardinal lors du Consistoire du 30 juin 1979, le pape Jean Paul II l’appelle à ses côtés le 8 avril 1984 pour le nommer Président du Conseil Pontifical Justice et Paix (poste occupé jusqu'au 24 juin 1998) et Président du Conseil Pontifical Cor Unum (jusqu'au 2 décembre 1995). Pendant toutes ces années, le cardinal Roger Etchégaray a rendu un service inlassable en faveur de la paix, des droits de l'homme et des besoins des plus pauvres, apportant le message et la charité du Pape à de nombreux pays du monde.

Le 15 novembre 1994, il a été nommé Président du Comité central du Grand Jubilé de l'An 2000 et, à ce titre, il a dirigé la préparation et le développement de l'Année Sainte.

Le 30 avril 2005, le Saint-Père Benoît XVI a approuvé son élection à Vice-doyen du Collège des Cardinaux, et le 10 juin 2017, François a accepté sa demande d’être dispensé de la fonction.

«Nous mesurons toute l'émotion que la nouvelle de sa disparition ne va pas manquer de susciter dans notre diocèse, dans l'Eglise, en France et dans le monde entier», écrit Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron dans un communiqué en annonçant que le corps du défunt sera exposé à la maison de retraite Arditeya  de Combo les bains à partir de ce jeudi 5 septembre 2019 dans l'après-midi.

Les obsèques du cardinal auront lieu lundi 9 septembre 2019 à 10h30 en la cathédrale Sainte-Marie de Bayonne

 

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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 15:09
« Nous élevons la voix pour l’Amazonie »

L’Amazonie est en proie à de violents incendies. Le Conseil épiscopal latino-américain (Celam) a émis un communiqué jeudi 22 août 2019 rédigé par Monseigneur Miguel Cabrejos Vidarte, Archevêque de Trujillo (Pérou) ; le Cardinal Odilo Pedro Scherer, archevêque de Sao Paulo (Brésil) ; le Cardinal Leopoldo José Brenes Solorzano, Archevêque de Managua (Nicaragua) ; Monseigneur Rogelio Cabrera Lopez, Archevêque de Monterrey (Mexique) et Monseigneur Juan Carlos Cardenas Toro, évêque auxiliaire de Calli (Colombie). Ils lancent un cri d’alarme.

 

Face aux gigantesques incendies qui ravagent la faune et la flore en Alaska, au Groenland, en Sibérie, aux Iles Canaries et en particulier dans l’Amazonie, nous, Évêques d’Amérique Latine et des Caraïbes, voulons manifester notre préoccupation face à la gravité de cette tragédie qui a non seulement un impact local et régional mais aussi un impact planétaire.

 

L’espoir que donne le prochain Synode Amazonien, convoqué par le Pape François, est aujourd’hui entaché par la douleur de cette tragédie environnementale. Aux peuples frères indigènes qui vivent dans ce territoire que nous aimons tant, nous voulons leur exprimer notre proximité et unissons notre voix à leur voix pour crier au monde la solidarité et une aide urgente pour mettre fin à cette dévastation.

 

Le Document préparatoire du Synode met en garde de manière prophétique : « Dans la forêt amazonienne, d’une importance vitale pour la planète, une crise profonde a été déclenchée par une intervention humaine prolongée où prédomine une «culture du déchet» (LS 16) et une mentalité d’extraction. L’Amazonie est une région possédant une riche biodiversité ; elle est multiethnique, multiculturelle et multireligieuse, un miroir de toute l’humanité qui, pour défendre la vie, exige des changements structurels et personnels de tous les êtres humains, des États et de l’Église. Les réflexions du Synode Spécial vont bien au-delà du cadre strictement ecclésial amazonien, car elles s’étendent à l’Église universelle et même au futur de toute la planète. » (Instrumentum laboris pour le Synode pour l’Amazonie).

 

Nous demandons aux gouvernements des pays amazoniens, plus particulièrement du Brésil et de la Bolivie, aux Nations Unies et à la communauté internationale de prendre de sérieuses mesures d’urgence pour sauver le poumon du monde. Ce qui se passe en Amazonie n’a pas uniquement une dimension locale mais elle a, aussi et surtout, une dimension globale. Si l’Amazonie souffre, le monde souffre.

 

Nous rappelons les paroles du Pape François pour «  demander, s’il vous plaît, à tous ceux qui occupent des rôles de responsabilité dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté : (que) nous sommes « gardiens » de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde » (Homélie du Pape François, 19 mars 2013).

 

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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 14:55
Une Église mortifère ? par Daniel Bogner

L’ampleur des abus sexuels dans l’Église catholique est telle que la question se pose, et d’abord aux catholiques eux-mêmes : s’agit-il d’accidents malheureux dus à quelques prêtres pervers ou « en souffrance » passagère, ou faut-il incriminer un système devenu structurellement destructeur ? Pour Daniel Bogner, professeur de théologie morale à l’université de Fribourg (Suisse), le désastre résulte d’une « sacralisation » indue, au cours d’une longue histoire, de l’autorité, des institutions, des fonctions : elle a produit un corps sacral intouchable et un cléricalisme étouffant, pratiquant un entre-soi inaccessible à toute critique.

Le gouffre où les abus sexuels et spirituels ont plongé l’Église est très profond. À leur sujet, même des évêques parlent maintenant de « causes systémiques ». La sidération vient de ce que les révélations ne concernent pas les marges, mais le cœur du catholicisme européen, celui qu’on tenait pour spirituellement éclairé et sensible aux évolutions de la société. Or il n’y a pas eu, semble-t-il, de « ligne jaune » qui ne puisse être franchie : on voit ainsi un prêtre dominicain, auteur d’abus graves sur une longue période, se justifier en invoquant l’« amour d’amitié », qui permettrait des intrusions physiques et érotiques au titre de l’accompagnement spirituel ; des religieuses devenues enceintes après des relations sexuelles avec des prêtres sont invitées par leurs supérieures à se faire avorter… Les victimes d’abus sexuels et spirituels – garçons et filles, enfants et jeunes, religieuses sans défense et… non défendues – se comptent par milliers dans le monde. Comment en est-on arrivé là, à pareille « tolérance » devant les abus ?

Il faudrait évoquer tout un contexte favorable, ou une structure d’ensemble facilitant les occasions de passer à l’acte. C’est comme si l’on disait aux futurs auteurs d’abus : « Là, tu pourras le faire ! » C’est un réseau de comportements intériorisés, de pratiques et de doctrines, un habitus de l’institution qu’il importe de mettre en lumière, car ils jouent comme un poison ayant des effets mortifères. Évoquons quelques facettes imbriquées, qui se renforcent mutuellement, du « système » qui constitue le « cléricalisme ».

La couverture sacrale

La sacralité qui entoure les « ministères » (les charges ou les fonctions) et les structures qui les portent s’est déposée, au fil des siècles, comme une patine, qui fait que la figure et la forme extérieure de l’Église sont tenues pour sacro-saintes et objets de vénération. Ce sont moins les pratiques ­– ­l’activité concrète de l’Église – rendues possibles par cette configuration qui sont en cause que la figure de l’Église elle-même, qui devient la parole divine dans l’histoire. Le rituel liturgique porte une part de responsabilité dans l’affaire, car il renforce la symbolique autorisée par cette sacralisation des ministères.

L’éloge de la soumission

Des formes et des structures sacralisées suscitent la vénération déférente. Elles accentuent le comportement de déférence devant les fonctions et les détenteurs de fonctions. Les différences très réelles entre « les deux corps du roi » (Ernst Kantorowicz) s’effacent de plus en plus, et il en résulte une mentalité de sujets soumis à l’autorité de fonction, qui prétend agir « au nom du Christ » et profite du « pouvoir sacré » (la sacra potestas du droit canonique) qui appartient depuis toujours et exclusivement au Christ. Comment contesterait-on cela ? Qui oserait exiger un contrôle de ce pouvoir, voire y participer ? Et il y a aussi ceux qui occupent ces fonctions. Plus d’un parmi eux s’habitue vite et très volontiers à l’aura que lui confère le « bonus de ­l’ordination ». L’on peut toujours recourir à cette aura quand les moyens du bord de l’humaine condition ne semblent plus suffire ou devenir défaillants…

Une conception dangereuse du pouvoir

Des périodes de sacralisation ont servi à la mise en place d’une institution non seulement imperméable à la critique, mais soucieuse d’exclure pratiquement toute velléité de contrôle. De fait, critiquer une institution et corriger son action alors qu’elle brille des feux de sa sacralité, n’est-ce pas contradictoire ? On entend aussi l’objection inverse : « Pourquoi vouloir fragmenter la souveraineté d’une institution dont le pouvoir n’est que “délégué”, dont on ne dispose qu’en fidèle intendant et qui dépend d’une unique source (l’autorité du Christ) ? »

Si l’Église veut vraiment une conversion,
elle doit se mettre
à l’école de la liberté.

La pensée néoplatonicienne de l’Un et le cérémonial de cour de l’Antiquité tardive ont apporté leur concours au refus de mettre en place une authentique séparation des pouvoirs – dont même ceux des évêques disposés à la réforme parlent aujourd’hui. Si l’Église veut vraiment une conversion, elle doit se mettre à l’école non seulement des penseurs de la liberté (de conscience), mais aussi des philosophes de la liberté politique (et d’abord de ­Montesquieu, le penseur de la séparation des pouvoirs).

La connivence
dans le corps clérical

Une souveraineté indivise, protégée par l’aura du sacré et portée par une communauté qui n’a guère de réel statut participatif : c’est l’une des faces de la médaille. L’autre facette est constituée par les personnes concrètes et le corps du « personnel » qui porte ce système et doit « croire » en lui. La tradition de l’Église a fait en sorte qu’un filtre spécifique, selon le sexe, devienne le critère spécifique et principal de la sélection pour rejoindre ce groupe. Il en a résulté un clergé homogène par le sexe, qui a été souvent et simultanément, sans qu’on le remarque, un système de socialisation religieuse masculine, avec des rituels de reconnaissance et d’identification ainsi que des mécanismes de cloisonnement par rapport au monde extérieur. En tant que tel – une socialisation appuyée sur une connivence et disposant d’une aura religieuse assurant sa solidité –, l’état clérical signifie une promesse de protection et de réalisation de soi aussi pour des gens marqués par des déficiences psycho­sexuelles et affectives. Et il comporte aussi – explicitement et implicitement – une dépréciation constitutive de l’autre sexe, laquelle transparaît de multiple manière dans la doctrine et la pratique de l’Église.

La spirale de la légitimité sur la longue durée

Aux éléments qui précèdent s’ajoute un facteur qui n’est pas spécifique de l’Église, mais y prend un poids particulier. Partout où des réalités grandissent et s’établissent sur la longue durée, apparaît une logique d’auto-­confirmation par la « tradition » et la « longue durée ». Des types de comportements, des modèles de rôles à assumer et des arrangements institutionnels dans l’Église portent le poids de leur durée plus que millénaire. Mais ce poids du passé produit un état d’esprit qui se nourrit d’une apparence de légitimation. Discuter ouvertement de l’accès à l’ordination sacerdotale, de la constitution de l’Église (proche de celle d’une monarchie absolutiste) et de la pluralité des identités sexuelles apparaît, dans ce contexte, comme la rupture d’un tabou : ce qui, en réalité, est alors rompu, c’est le consensus silencieux qui veut que les choses sont bien comme elles sont. Le silence sur les propositions de renouvellement et l’ignorance de l’état des connaissances dans les sciences humaines sont ainsi devenus la première réaction naturelle de l’Église, et non pas la curiosité intéressée et la mise à l’épreuve créatrice.

Une logique qui ne cesse de faire des victimes

Les éléments rappelés ici à titre provisoire ne cessent de se compénétrer sans ordre fixé une fois pour toutes, et ils ont des effets bien au-delà de ceux qui viennent d’être rappelés. Ils représentent le cœur dangereux de la crise de l’Église – cette Église que beaucoup ressentent comme envahie par un poison, et dont la crise touche de multiples domaines. Quelque thème qu’on privilégie dans le débat interne sur les réformes de l’Église (rapports entre les sexes, participation des laïcs, regroupement de paroisses, burn-out de prêtres), tôt ou tard, on tombe sur ces questions. Les violences relèvent certes du domaine où les victimes sont les plus visibles et le plus profondément blessées. Mais tant qu’il ne pourra être mis fin aux réactions en chaîne que le poison actif ne cesse d’entretenir, l’Église ne cessera de produire de nouvelles victimes de toute sorte.

Aucun des éléments mis ici en avant ne mène directement, à lui seul, à des comportements de violence sexuelle. Mais, ensemble, ils ont créé une culture interne qu’on doit qualifier de « culture de l’occasion favorable » aux abus. Une existence surdéterminée par la « sainteté » mène à un surcroît d’exigences pour des acteurs mutuellement engagés par leur choix de vie : leurs défaillances, systématiquement non prévues, doivent être donc être tues. Mais des personnalités marquées par certaines dispositions psychiques sont vulnérables face aux « occasions » qui les sollicitent : ceux qui ont une tendance à la pédophilie, ou encore ceux qui ont naturellement du mal à garder les distances par rapport aux autres (aux enfants et aux jeunes en particulier) et sont tentés de passer outre les interdits quand le passage à l’acte est facilité par le système.

Ce faisant, ils sont simultanément eux-mêmes victimes du noyau toxique de l’Église. Ce terme de « victime » peut irriter ici. Il signifie simplement que la culture de l’Église favorise les délits et ne définit pas les bornes qui empêcheraient le passage à l’acte compte tenu de certaines dispositions, alors que dans l’État et la société existent des mécanismes de contrôle social, formels et informels, qui aident à ne pas passer à l’acte ou les empêchent. Sur ce point précisément, un organisme qui a un rapport contrarié à la transparence dans la communication, à la critique ouverte, au devoir démocratique de rendre des comptes et à la diversité des genres doit être considéré comme défaillant. Il ne s’agit pas d’excuser par là le comportement des auteurs de délits, mais de montrer à quel point les « facteurs systémiques » de l’Église ont des effets problématiques dans de multiples directions.

Pour tenter d’y remédier, il faudrait approfondir tous les sujets évoqués. Par exemple, que signifie la séparation des pouvoirs dans une foi qui part de l’idée qu’on peut présenter le règne de Dieu ouvert par la venue de Christ, et le salut par la foi en lui, grâce au modèle du rôle sacramentel du prêtre ? Ne serait-il pas nécessaire aussi d’exprimer visiblement et sans équivoque l’écart fondamental entre le « représentant » (les fonctions dans l’Église, les procédures et les structures) et le représenté (Dieu) – non seulement dans le discours spirituel et le langage religieux, mais dans toutes les formes d’organisation de l’Église ? Comment parvenir à la « dépossession ontologique » de la fonction sacerdotale, comment la traduire socialement, sans perdre ce faisant l’expression spécifiquement catholique de la foi ?

La crise ouverte par les abus sexuels et spirituels n’est ni périphérique ni marginale. Elle ne concerne pas seulement quelques centaines, voire quelques milliers, d’individus « malades » et quelques évêques maladroits, qui ont mal traité les problèmes. Elle relève d’un « système » qui l’a permise et la permettra encore si l’Église ne va jusqu’aux racines d’un mal qui détruit d’avance ce qu’elle prétend dire aux hommes. 

 

Daniel Bogner

 

Traduit de l’allemand
par Jean-Louis Schlegel

 

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28 juillet 2019 7 28 /07 /juillet /2019 15:49
Interview d'Albert ROUET, évêque émérite de Poitiers

« Pour une Eglise plus humaine »

Ancienne figure atypique de l’épiscopat, Albert Rouet n’a pas renoncé à faire résonner sa petite musique. À 83 ans, l’archevêque émérite de Poitiers, conférencier et animateur de retraite demandé, ne risque pas l’oisiveté.

Une bourgeoisie catholique va tenir les rênes et veiller au grain. Elle rêve d’une restauration, comme celle que ses aïeux ont réussie au XIXe siècle

« J’ai appris récemment qu’une communauté de religieuses épatantes, à une heure de la capitale, n’arrivait pas à trouver de confesseur. Désormais, c’est moi ! » Et il les visite à chaque fois qu’il arrive à Paris après un long périple en train depuis Périgueux, où il s’est installé en quittant le Poitou. La liste de ses publications s’allonge sans cesse. Après des études sur les ministères, il vient d’écrire sur la foi dans une société sécularisée. Déjà, dans La Chance d’un christianisme fragile*, il avait montré que l’Église ne devait pas redouter la modernité. Dans son dernier opus**, il explique à quelles conditions la vieille institution peut continuer à parler. Son maître-mot : la proximité. Avec les communautés paroissiales animées par un trio de laïcs instituées dans son diocèse, Albert Rouet fut avant-gardiste. Des dizaines de confrères évêques avaient alors visité dans le Poitou ce laboratoire pastoral unique. Sans lendemain. « Ils ont vu un modèle qui marchait, ils n’ont pas osé. Et aujourd’hui, on importe des prêtres », déplore le pionnier incompris, qui continue à défendre son modèle, martelant que « les grosses paroisses sont une erreur ». Ces structures épuisent les prêtres « qui passent leur temps en voiture ou à faire du culte. Ils n’ont plus le temps de préparer leurs homélies et de lire ». Albert Rouet appelle à renverser la perspective : ne plus penser en fonction du nombre de prêtres, mais des baptisés. « Comment veulent-ils vivre leur foi ? », voilà pour lui la question.
Observateur de ses successeurs évêques, il pourfend les sempiternelles visites pastorales. « C’est trop formel, tout est prévu, balaye-t-il. Les gens causent dans le cadre que d’autres ont fixé pour eux. » Lui préférait ses promenades impromptues, quand il chaussait ses bottes et traînait dans les fermes poitevines, histoire d’entendre une parole plus authentique. Et son visage s’illumine quand il cite le plus beau compliment entendu de la part d’une de ses ouailles : « Le Père Rouet, il n’est pas fier. » Pas du genre à arborer le col romain ou même la croix discrète au revers du veston. « Je mettrai ma croix quand les gens porteront leur feuille d’impôts. Doivent-ils préjuger ce que je suis avant que je le leur dise ? » assène-t-il, avant d’avouer, dans un soupir, qu’il est le dernier, avec son ami Claude Dagens, ancien évêque d’Angoulême, à ne pas porter d’attribut épiscopal visible. À ses yeux, on doit cette évolution funeste aux mouvements charismatiques, apôtres de « ces signes classiques ». Voilà bien un adjectif qui ne sonne pas comme un compliment dans la bouche de ce personnage qui avoue « ne pas être du sérail » et être aujourd’hui « le seul catholique de sa famille ».
Sa vision de l’Église future, sévère, ne manque pas de pertinence : « Une bourgeoisie catholique va tenir les rênes et veiller au grain. Elle rêve d’une restauration, comme celle que ses aïeux ont réussie au XIXe siècle. » À l’époque, l’Église pouvait s’appuyer sur une réalité sociale : le sens du sacré, intouchable. « Mais, aujourd’hui, tout le monde s’en contrefiche. Et sans assise intellectuelle et mentale, cette restauration ne peut faire naître qu’une Église rétrécie. »Souffrant d’un tel contexte, nombre de fidèles viennent lui avouer leur malaise dans l’Église d’aujourd’hui. Le vieux sage leur propose une alternative. « Trouvez trois ou quatre amis et essayez de vivre des relations évangéliques. Demandez-vous comment être signifiant dans le monde et quel est l’essentiel de votre foi. Je rencontre de tels groupes informels, en lien par Internet, se réunissant de temps en temps. » Un appel à l’invention, pour vivre une quête spirituelle en liberté.
Interrogé par Le Monde le 3 avril 2010, l’archevêque de Poitiers déclarait : « Ce n’est pas en accusant la société de tous les maux qu’on éclaire les gens. C’est à nous d’apprivoiser le monde et c’est à nous de nous rendre aimables. »Neuf ans plus tard, il reprend l’idée avec une métaphore gastronomique : « Le problème n’est pas de savoir si l’on est mangé, mais de savoir si l’on est comestible. »
En regardant du côté de Rome, Mgr Rouet ne désespère pas de l’avenir. « Le pape François prend le bon chemin. Mais il n’aura pas le temps de tout faire, on a le même âge ! » Les nominations épiscopales l’irritent. « Pourquoi le Vatican nomme-t-il des prêtres à qui personne n’avait pensé ? Avant, les évêques régionaux avaient leur mot à dire. » Lucide, il sait que sa voix porte peu auprès de ses pairs de la nouvelle génération. « J’essaie de penser. Si c’est à contre-courant, tant pis. »
Patrick Nathan


* Entretiens avec Yves de Gentil-Baichis, Bayard, 2001.
** Croire, mais en quoi ? Quand Dieu ne dit plus rien, Éditions de l’Atelier, 2019, 304 p., 20 €

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 06:17
Un large consensus se dégage sur les risques du cléricalisme pour l’Église

Un large consensus se dégage sur les risques du cléricalisme pour l’Église

La Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) a dévoilé mercredi 19 juin les résultats d’une enquête qu’elle a menée, à la suite de la Lettre au peuple de Dieu du pape François, sur les catholiques et le cléricalisme.

Que pensent les catholiques du cléricalisme, dénoncé avec vigueur par le pape François ? C’est à cette question que la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) a tenté de répondre.

Pour y parvenir, le mouvement a lancé une vaste enquête, réalisée du 15 mars et le 15 avril. La CCBF a envoyé un questionnaire, conçu avec un sociologue, à son fichier d’adresses comptant environ 10 000 personnes. Plus de 4 000 réponses lui sont parvenues, soit un taux d’un peu plus de 40 %.

 « Ce taux d’un niveau exceptionnel atteste à la fois de l’actualité et de l’importance du sujet, de l’implication des catholiques concernés, et aussi de leur besoin d’écoute et de parole », souligne le communiqué, qui précise que l’échantillon n’est pas « représentatif de l’ensemble des catholiques français » mais « significatif » par sa taille.

Place des femmes

Un large consensus se dégage sur les risques du cléricalisme pour l’Église. Près de neuf répondants sur dix le considèrent comme un danger très (62 %) ou assez important (25 %). Par ailleurs, seuls 55 % des personnes qui ont répondu trouvent que les relations entre clercs et laïcs au sein de leur paroisse sont « équilibrées ».

Toutefois, 80 % des sondés assurent que les laïcs ont la possibilité d’exercer des responsabilités dans leur paroisse et 73 % (46 % tout à fait et 27 % assez) que les laïcs hommes et femmes sont traités à égalité.

L’enquête proposait une série de solutions, qui selon la CCBF, sont en mesure de mettre un terme au cléricalisme. Les répondants devaient choisir trois propositions. Un sur deux assure qu’il faudrait mettre en valeur le « sacerdoce des baptisés plutôt que le seul ministère des prêtres ». la même proportion pense que l’Église devrait « donner des postes de responsabilité aux femmes ». La troisième proposition plébiscitée (40 %) concerne la possibilité d’ordonner des hommes mariés.

« Faire entendre la voix de la base »

La fin du questionnaire laissait place à l’expression libre. Parmi les plus de 700 réponses, s’exprime d’abord une souffrance notamment face à ce qu’ils considèrent comme un « retour en arrière » qu’ils attribuent aux jeunes prêtres ou aux prêtres étrangers. Ils renâclent également à ce qu’ils considèrent comme un retour à la tradition ou au sacré. Certains se font aussi contestataires quant à l’organisation de l’Église, la formation des prêtres ou encore la légitimité de tout discours sur la morale sexuelle.

Cette enquête devrait être envoyée à l’ensemble des évêques de France et à toutes les associations et mouvements en lien avec la CCBF.

« Notre objectif est de faire entendre la voix de la base sur le cléricalisme et les abus de pouvoir, des sujets qui ne doivent pas tomber dans les oubliettes, explique Christine Tasset, responsable de la communication de la CCBF. Nous discuterons des suites à donner à cette enquête lors de nos assises du 5 et 6 octobre. Nous souhaitons que le message du Christ puisse rester audible dans notre société. »

Arnaud Bevilacqua

 

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20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 22:09
« Nous souhaitons, pour une meilleure gouvernance, que la formation permanente des « animateurs » (femmes et hommes), soit inspirée par un Esprit de fraternité »  (photo : liturgie de Pentecôte) P.RAZZO/CIRIC

« Nous souhaitons, pour une meilleure gouvernance, que la formation permanente des « animateurs » (femmes et hommes), soit inspirée par un Esprit de fraternité » (photo : liturgie de Pentecôte) P.RAZZO/CIRIC

Une tribune signée par Anne Marie AITKEN, Xavière ; Guy AURENCHE, avocat honoraire ; Laurent GRZYBOWSKI, journaliste  ; Monique HEBRARD, écrivaine ; Jean Pierre ROSA, ancien directeur général des SSF et Gérard TESTARD, responsable d’association.

 

Entre désolation, révolte, compassion et découragement, quelques ami.e.s se sont rencontrés à propos de la « crise » que traverse l’Église catholique en raison des actes de pédo-criminalité perpétrés par quelques-uns de ses membres, y compris haut placés dans la hiérarchie.

Réparer l’Église et ne pas la déserter, interroger notre foi en Christ crucifié et ressuscité, accueillir les victimes, mettre des mots sur des mécanismes destructeurs et reprendre en partie notre théologie, ne pas en rester au constat mais proposer un vrai Grand Débat dans l’Église, … les buts différent, mais tous nous nous sentons convoqués.

Nous poursuivons cet échange pour en rejoindre bien d’autres, avec un sentiment mêlé d’urgence et d’humilité créatrices, au service de l’annonce de l’Évangile !

 

§     ALTÉRITÉ. Le non-respect du principe d’altérité est à l’origine des comportements fautifs et de la passivité à leur égard. La non-possession de l’autre, la rencontre et le respect de chacun dans sa dignité originale sont des éléments centraux du message évangélique. Cette caractéristique principale du « style » de la proposition chrétienne doit s’incarner dans l’organisation de l’Église comme dans ses relations avec la société.

Au sein de la communauté, la reconnaissance de l’autre doit permettre d’ouvrir plus largement à tous et toutes le partage des diverses responsabilités nécessaires à la vie commune. Il ne s’agit pas d’un simple souci organisationnel, mais de l’expression de la féconde altérité, base de toute vie sociale et personnelle.

Dans sa relation avec le monde, l’Église, tout spécialement à la suite du Concile Vatican II, est invitée à apprendre à se mettre vraiment à l’écoute bienveillante de la société, plutôt que de donner l’impression qu’elle la juge. Est-il possible de rester sourds aux messages proposés par la sécularisation des sociétés, la quête du bonheur et de l’autonomie personnels, la vitalité des cultures ici et à travers le monde ? Cette priorité donnée à l’autre, aux autres est une condition pour la réception de la proposition d’une bonne nouvelle par nos contemporains. L’altérité ne conduit ni au relativisme réducteur ni à l’acceptation de toutes les évolutions de la société. Elle permet aux membres de l’Église d’entrer « en conversation » avec le monde et de contribuer ainsi à son humanisation.

Que la dynamique d’altérité, condition de toute fraternité, si présente dans le message biblique et dans le comportement de Jésus, inspire la nécessaire réformation de l’Église dans ses modes de fonctionnements. Que la rencontre avec le monde « autre » soit perçu comme une source de joie et de responsabilité ; non comme une menace pour la foi.

 

§     GOUVERNANCE. Cette question est centrale, à condition de ne pas la traiter pour elle-même mais en référence avec la mission confiée à la communauté des disciples de Jésus. Un système institutionnel hiérarchique – dont les dirigeants s’estiment seuls et à vie en responsabilité -, semble s’opposer ou se déployer en ignorance avec un système « associatif » fonctionnant avec des mandats limités, (associations, groupes et mouvements de laïcs), – auquel est confié la relation de générosité avec la société. Au point de nier l’égale responsabilité des chrétiens dans la prise de décisions, en particulier pour tout ce qui les concerne directement.

Au point de rendre difficilement « vivable » pour ceux et celles qui n’appartiennent pas au cercle « institutionnel », le projet de communion pourtant proclamé par les « responsables ». Au point de taire les scandales pour ne pas fragiliser l’édifice. Au point de ne penser la gouvernance qu’à travers la gestion calamiteuse de la pénurie de clercs, sans ouvrir de nouvelles pistes d’animation. Ce système -qui fait partie du cléricalisme- ne va pas jusqu’au bout de l’exigence de coresponsabilité, collégialité, synodalité présente dans l’histoire de l’Église.

Que se développent localement, en lien avec toute l’Église, des expériences différentes d’animation où le partage de l’autorité sera vécu comme un service. Que la coresponsabilité au sein de l’Église Peuple de Dieu ne soit pas ressentie comme une concurrence entre des systèmes hiérarchiquement qualifiés, mais dans le souci de la co-construction des décisions à prendre et de l’exigence d’une relecture des pratiques suivies par chacun ! Que soit créée, une Assemblée particulière de l’Église de France dont les membres seraient élus et parleraient à voix égale qu’ils soient clercs, religieux ou laïcs.

 

§     NON A LA SACRALISATION DE CERTAINES FONCTIONS. Dans la suite du souci d’une meilleure gouvernance il convient de mettre en cause, la « mise à part » qui vise certaines personnes, généralement masculines, auxquelles seules sont confiées des missions décisionnelles et sacramentelles. Ces personnes, souvent formées dans un esprit de séparation d’avec les autres -tout en prétendant être à leur service-, sont enfermées dans un sentiment « d’intouchabilité » qui peut être éprouvé tant par des clercs que par des laïcs. Les titres et les appellations qui leur sont réservés en sont souvent le signe.

C’est une autre expression du cléricalisme dénoncé par le pape François qui peut conduire à la passivité ou pire à la compromission par rapport à des pratiques non respectueuses de la dignité de la personne- tout spécialement des plus faibles-, et contraires au primat de la conscience libre qui inspire la vision chrétienne de la personne. Une telle sacralisation amène par ailleurs à enfermer l’image de Dieu dans une seule expression humaine, démarche d’idolâtrie que le message biblique dénonce fortement.

Que la formation permanente des « animateurs » (femmes et hommes) au service de la mission de la communauté soit inspirée par un Esprit de fraternité s’interdisant de faire de certains, des « représentants » de Dieu sur terre, coupés du reste de la population. Que le partage des tâches d’animation et des fonctions diverses, confiées à des hommes et à des femmes, évite de créer des castes de personnes « intouchables ».

 

§      SEXUALITÉ ET CONJUGALITÉ. La parole de Dieu et le discours de l’Église ont magnifié, la beauté de la capacité d’amour présente en chaque être humain. A certaines périodes, et encore aujourd’hui, ce discours a pris une tournure où le juridisme et l’interdiction l’emportent sur l’appel à la responsabilité. Une méfiance s’instaure, parfois inconsciemment, envers la sexualité, et le « péché de la chair » l’emporte en gravité sur tous les autres. La place faite à la femme dans ce domaine jette sur elle un discrédit contraire à la beauté du geste de la Création « Homme et Femme ».

Si nombre de textes de l’Église contredisent un tel discours, il faut bien reconnaître qu’il existe dans la communauté catholique. Une telle « obsession » négative de la sexualité ou pour le moins le manque de clarté à ce sujet, jette un discrédit sur l’ensemble des recommandations faites par l’Église dans ce domaine et augmente le fossé entre elle et la société. D’autant plus en ces temps où ceux qui tiennent les discours les plus exigeants sont parfois ceux dont le comportement est en contradiction avec les interdictions proclamées. Par ailleurs certaines des « règles » imposées par l’Église catholique dans le domaine de la conjugalité et de la procréation, apparaissent totalement décalées au regard du principe de la responsabilité reconnue à chaque personne ainsi qu’au message de confiance que propose la Bonne Nouvelle.

Que s’ouvre, à la lumière des textes relatifs à la Création qui soulignent la richesse de la relation, un vrai débat dans l’Église au sujet de ses « discours » relatifs aux pratiques de la sexualité, de la conjugalité et de la procréation. Que soit privilégié le principe de la responsabilité et de la dignité due à chaque personne. Que la sexualité soit perçue, comme un don de Dieu, un chemin vers l’épanouissement de la personne et du groupe familial.

 

- AJUSTEMENT ÉVANGÉLIQUE. Devant l’ampleur des réformes à réaliser, chacun est appelé à une conversion. Ce mot pourrait servir de fuite devant la réalité institutionnelle et structurelle qu’il convient de transformer s’il restait cantonné à une sphère intérieure et individuelle. Oui nous sommes conviés à nous laisser transformer par l’incarnation du message de Jésus. Oui nous sommes invités à devenir toujours plus « christien », adepte du Nazaréen mort et ressuscité, avant de nous rassurer dans la quiétude d’une structure de chrétienté. Oui il s’agit de re-susciter notre communauté dans la dynamique de la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur l’indifférence. Oui, suite à l’appel du Christ qui nous confie à tous et toutes la mission d’évangélisation, le « sensus fidei » donne à chacun de nous, non un pouvoir mais une responsabilité.

Parce qu’il y a urgence nous rebâtirons dans la durée et dans la diversité des approches. La patience et le débat ne sont pas démission. Ils peuvent même, et cela est sain, être affrontement. Parce tant d’êtres humains blessés par d’autres êtres humains appellent au secours, nous donnerons la priorité à leur accueil comme Jésus le fit sur les routes de Galilée. Parce que les fautes commises exigent justice nous veillerons à ce que l’évocation du pardon, si nécessaire devant tant de désespoir, ne soit pas un prétexte pour fuir les responsabilités mais l’occasion d’entendre le Christ dire « Lève-toi et marche ». Parce le fossé s’est agrandi parmi les membres de la communauté catholique nous n’utiliserons pas le légitime souci de communion pour taire les divergences ni les critiques, comme Jésus lui-même en fit l’expérience radicale.

Que dans nos réactions et propositions de réforme, dans nos comportements personnels et communautaires, nous prenions toujours le temps d’ajuster nos analyses et nos décisions à la Parole évangélique, sans nous en tenir à la seule référence à un dogme, un rite, ou à une habitude.

La Croix du 20 juin 2019 

 

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 22:01
© Père Emmanuel Tois

© Père Emmanuel Tois

Depuis plus de 50 ans, l’Église invite les fidèles à prier pour les vocations de façon toute particulière le quatrième dimanche après Pâques. Chaque vocation est unique et chaque chemin est singulier. Aleteia vous propose de découvrir le chemin du père Emmanuel Tois, ordonné prêtre après avoir été magistrat durant 16 ans.

« Dieu passe par l’homme et j’ai croisé l’homme tout le temps dans ma vie de magistrat ». Aujourd’hui curé de la paroisse Notre-Dame du Rosaire, dans le XIVe arrondissement parisien, le père Emmanuel Tois, 53 ans, a un parcours singulier. Durant 16 ans, il a été tantôt juge d’instruction, tantôt juge pour enfants ou des tutelles… Une mission captivante qui le prépare discrètement à une autre mission, celle de pasteur. « J’ai vu beaucoup de gens en souffrance. Le juge est un homme au service de la paix. Il est soucieux de prendre une décision qui soit bonne pour les gens. Ce métier m’a appris que l’écoute est fondamentale », confie-t-il à Aleteia. « Un juge écoute beaucoup. Parfois, on est angoissé et on se demande : “Qu’est-ce que je vais pouvoir dire à cette personne pour l’apaiser ?”. On a envie de bien faire et on pense que le bien va passer par la parole. On a peur. C’est lorsqu’on l’écoute vraiment qu’on apaise la personne car elle peut alors déposer quelque chose. Or, pendant que l’on cherche ce que l’on va dire, on n’écoute plus. L’Esprit saint est là et c’est lui qui souffle les choses à dire ».

 

Issu d’une famille « très mélangée au niveau de la foi », il a néanmoins vécu les grandes étapes de la vie chrétienne. En 1977, le jour de sa confirmation, le petit Emmanuel reçoit l’appel au sacerdoce de façon très nette. « Ce jour-là, j’ai vraiment senti l’Esprit saint », se rappelle-t-il. À partir de là, il décide d’aller à la messe chaque dimanche et il y reste fidèle, devenant servant d’autel. « L’eucharistie m’a attiré et m’a façonné », poursuit le père Emmanuel Tois. La messe prend une place grandissante dans la vie du jeune adolescent qui n’hésite pas à profiter des retrouvailles familiales pour vivre à sa façon la vocation qu’il pressent. « Je me suis mis à jouer à la messe dans le grenier de ma grand-mère », ajoute-t-il avec une pointe d’amusement. Quelques vieilles fripes en guise d’aubes et d’ornements liturgiques et une poignée de bonbons pour les hosties font l’affaire. Et là, tout aussi calme qu’il est, le futur officiant qu’il est n’entend pas céder sa place. « Le prêtre, c’était moi ! ».

Un métier qui le prépare à sa future mission

Son bac en poche, il fait part à ses parents de son désir de rentrer immédiatement au séminaire. Sans désapprouver cette vocation, ces derniers l’invitent à commencer des études. Un premier obstacle qui lui fera pourtant le plus grand bien. « Je ne sais pas ce que je serais devenu aujourd’hui si j’étais rentré au séminaire à 18 ans », reconnaît-il. Il s’engage dans des études de droit « un peu par hasard » et à sa grande surprise, elles le passionnent au plus haut point. Mais après seize ans de métier, son désir de devenir prêtre n’a pas disparu.

Un choix qui lui donne la paix

Un nouvel obstacle apparaît alors : la question du célibat. « Si je faisais ce choix, je voulais pouvoir respecter ce célibat et le vivre de façon équilibrée. On n’est pas congelé quand on devient prêtre. Cela a pris du temps. À ce moment-là, je n’avais pas conscience de l’importance de la prière. Le Seigneur aide énormément. Cela me semblait un fardeau très difficile à porter. À présent, je reconnais que ce n’est pas si difficile que cela car je remets cela dans les mains du Seigneur et j’ai reçu la grâce du sacrement ». Enfin, dernier obstacle : l’argent. Le magistrat qu’il est mène une vie aisée et n’a pas à se soucier du lendemain. Démissionner ? Lâcher son appartement ? « Un prêtre gagne le SMIC. Je me suis mis à paniquer : “Comment ferai-je pour vivre avec si peu d’argent ? ” ». Mais à l’approche de la quarantaine, l’appel est plus fort et il doit trancher. Lorsqu’il choisit d’entrer au séminaire, la paix qu’il ressent lui indique qu’il a pris la bonne décision.

Plusieurs figures ont compté dans sa vocation, lui transmettant des valeurs essentielles : ses parents grâce auxquels il a découvert la beauté du métier de magistrat, un oncle prêtre auquel il a pu confier sa vocation, sa grand-mère athée à laquelle il était très lié et qui lui a lancé un jour : « Tu as de la chance d’avoir la foi ». Ordonné prêtre l’année de ses 47 ans, il voit un lien évident entre ses deux « métiers » : « Le point commun entre le magistrat et le prêtre, c’est leur contact profond avec l’humain ».

 

Domitille Farret d'Astiès

 

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21 mars 2019 4 21 /03 /mars /2019 08:44
Mgr Olivier Ribadeau Dumas, secrétaire général et porte-parole de la conférence des évêques de France (CEF), le 17 mars 2016.  / ERIC CABANIS/AFP

Mgr Olivier Ribadeau Dumas, secrétaire général et porte-parole de la conférence des évêques de France (CEF), le 17 mars 2016. / ERIC CABANIS/AFP

Le pape François n’a pas accepté la démission que lui avait présentée, lundi 18 mars, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon. L’annonce a suscité de nombreuses réactions.

Interrogé au micro de France Info, mercredi 20 mars, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France (CEF) a fait part de son « étonnement ». « Je m’attendais plutôt soit à une acceptation totale soit un refus d’accepter total, mais pas une solution entre les deux », a-t-il précisé.

Suspendu à l’appel du cardinal

Cherchant à expliquer la décision du pape François de refuser la démission du cardinal Philippe Barbarin, Mgr Pontier a pointé la tension entre « deux conflits », « celui de la procédure de la justice et celui de la procédure canonique ». « Le pape a choisi d’attendre la fin de l’appel qu’ont fait les avocats du cardinal Barbarin », assure le président de la CEF.


Ce dernier a également reconnu que le cardinal Barbarin est « dans une situation inconfortable qui n’est pas codifiée (…) On est dans une situation un peu floue. Se mettre en retrait n’est pas canoniquement un statut. » Mgr Pontier, qui a pu échanger avec l’archevêque de Lyon, assure qu’il « cherche le bien du diocèse ». « Lui-même a souffert, le diocèse a souffert, les victimes ont souffert pendant ces trois ans », a aussi expliqué Mgr Pontier qui a redit la volonté de l’Église de France de « poursuivre cette action contre cette pédocriminalité terrible ».

Des victimes désorientées

Invité sur les ondes de RTL, Mgr Olivier Ribadeau Dumas, secrétaire général et porte-parole de la conférence des évêques de France (CEF) a partagé l’étonnement de Mgr Pontier. Mgr Ribadeau Dumas a également assuré comprendre « ceux qui sont désorientés par cette décision » et particulièrement les victimes du père Bernard Preynat. Pour autant, il a cherché à expliquer la décision du pape François.
« Il y a une cohérence dans l’attitude du pape parce qu’il a déjà sanctionné des évêques, chiliens ou dans d’autres pays, lorsqu’il était avéré qu’ils avaient commis une faute, a-t-il indiqué. Le fait que le cardinal ait fait appel du jugement du tribunal correctionnel de Lyon rebat les cartes et, à nouveau, il est présumé innocent. Il faut donc attendre le verdict de la cour d’appel pour savoir ce qu’il en est. À ce moment-là, il prendra une décision définitive. »
Le porte-parole de la CEF a également défendu la cohérence du cardinal Barbarin. « C’est pour cela qu’il se met en retrait et qu’il ne gérera plus les affaires du diocèse de Lyon », a précisé Mgr Ribadeau Dumas sur RTL.


Perte de crédibilité

Parmi les autres réactions, Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, sur France Bleu Alsace, mercredi 20 mars, a « essayé de comprendre la logique du pape ». « En fait, il veut respecter la justice civile jusqu’au bout », a-t-il affirmé, comprenant toutefois le désarroi des victimes. Dans un contexte de crise profonde de l’Église catholique, Mgr Ravel a eu des mots forts assurant qu’elle « a perdu quasiment toute crédibilité au moins en tant qu’institution ».
Sur Europe 1, mardi 19 mars, Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, avait lui salué la décision « digne et juste » du cardinal Barbarin. « Je n’imagine pas que le cardinal Barbarin reprenne sa charge, mais peut-être que le pape lui demandera », a-t-il ajouté.
Commentant le refus du pape François d’accepter la démission du cardinal Barbarin, qui pourrait apparaître en contradiction avec la tolérance zéro affichée du Vatican, Mgr Rougé espère que l’Église « progresse en clarté et en lisibilité » quant à sa ligne de conduite sur ces situations délicates.

Arnaud Bevilacqua


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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 21:13
Le Père Christian Delorme répondant aux questions des journalistes en marge de l'audience du tribunal correctionnel de Lyon lors du procès Barbarin /  Maxime Jegat/Le Progrès/MaxPPP

Le Père Christian Delorme répondant aux questions des journalistes en marge de l'audience du tribunal correctionnel de Lyon lors du procès Barbarin / Maxime Jegat/Le Progrès/MaxPPP

On ne vous attendait pas au « procès Barbarin ». Est-ce à la demande du cardinal que vous avez suivi tous les débats ?
Père Christian Delorme : C’est vrai que cela a été une demande du conseil épiscopal, afin de montrer que l’Église de Lyon était bien présente, que le cardinal et ses co-cités à comparaître n’étaient pas seuls. J’avais pour mission de faciliter la discussion autour de cet événement, au cas où le climat aurait été tendu. Je redoutais que des personnes viennent manifester leur haine à l’encontre du cardinal, car il a soulevé ces dernières années beaucoup d’animosité. Heureusement, ces réactions ne se sont pas manifestées dans l’enceinte du tribunal. Au contraire, le climat était paisible, sans haine. Je suis admiratif des victimes, quelle dignité !
Qu’est-ce qui vous a marqué ?
P. Christian Delorme : La densité de l’événement. C’était une épreuve. Je rentrais chez moi les épaules lourdes des témoignages entendus. Ces témoignages des victimes étaient bouleversants, parce que tellement véridiques. Leur avocate, Me Loizzo, a dressé une sorte de martyrologe impressionnant. Je sentais leur souffrance, et j’avais envie d’aller leur serrer la main.
Vous l’avez fait ?
P. Christian Delorme : J’ai parlé avec Alexandre Hezez, j’ai aussi serré la main de François Devaux mais j’avais une certaine pudeur. Et puis c’est trop facile de serrer la main en disant”je vous admire’’. Savoir comment se positionner dans un procès est compliqué. Ça l’était encore plus pour les prévenus, car ils étaient animés à la fois d’un désir de justice - ils ont fait l’objet de poursuites injustes et sont très meurtris d’avoir été traînés dans la boue, depuis deux ans, assimilés à des pédophiles -, et en même temps, d’une compassion réelle pour les victimes. Or il est très compliqué de faire entendre une parole sincère, car très vite cela semble un langage convenu de curé. Comment être authentique ? Régine Maire a dit à un moment : « Mon rapport avec l’Église, c’est ’’je t’aime, moi non plus’’ », elle ne triche pas. Quand Xavier Grillon a pris la parole, il avait envie de pleurer, on l’a entendu, là aussi c’est authentique.
Procès Barbarin : parler ou se taire, l’hésitation des prévenus
Le choix du silence de la défense a été très mal perçu par les victimes...
P. Christian Delorme : Je crois que la plupart des prévenus avaient envie de parler mais, aujourd’hui, avec les médias, vos propos sont livrés instantanément hors du prétoire sur les réseaux sociaux, avec le risque d’être déformés. Les cités à comparaître voulaient éviter cela. Mais ce choix n’a pas été bien compris effectivement, d’autant que la présidente du tribunal n’a pas laissé l’avocat de Pierre Durieux (l’ancien directeur de cabinet du cardinal, NDLR.), le premier à s’exprimer, expliquer son choix. Aussi lorsqu’elle a vu que le silence était mal perçu, la défense a changé. Heureusement le cardinal a répondu. Et les autres aussi, quasiment à toutes les questions. C’était plus respectueux des victimes, venues pour parler mais aussi pour entendre.
Les avocats de la défense ont affirmé qu’il n’y avait pas de faute pénale, tout en reconnaissant des erreurs de gestion du cardinal. Est-ce que ça n’aurait pas été plus fort que l’archevêque le reconnaisse lui-même à l’audience ?
P. Christian Delorme : Le cardinal a reconnu déjà à plusieurs reprises des erreurs dans la gestion du diocèse, mais pas au procès car, pour la défense, ce procès devait être le lieu d’un jugement sur des arguments de droit et pas celui d’un mea culpa.
Au procès Barbarin, « ne pas réparer une injustice par une autre injustice »
Qu’attendez-vous du délibéré, qui sera rendu le 7 mars ?
P. Christian Delorme : Quel qu’il soit, j’espère qu’il y aura plus de parole partagée. S’il ne porte que sur des arguments procéduraux, ce ne sera pas satisfaisant. Il faut espérer que le tribunal, s’il va dans le sens de la relaxe, développera son argumentation.
Qu’avez-vous retiré de ce procès ?
P. Christian Delorme : Je suis ressorti pas tout à fait pareil, surtout à l’égard de la Parole libérée. Je ne comprenais pas très bien leur combat contre le cardinal que je connais. J’entendais sa souffrance, son désarroi. Je les ai vus dans leur vérité et ils m’ont beaucoup ému. On a toujours intérêt à faire circuler la parole. Et le fait que tous aient pu prendre la parole, les victimes, qui avaient choisi cet espace, comme les mis en cause, est déjà un acquis remarquable.
Ensuite, j’ai été frappé de voir le décalage entre le monde du cardinal et le monde des victimes et des journalistes, qui ne fréquentent pas l’Église et n’en ont pas les codes. Les incompréhensions que cela soulevait. Même la présidente du tribunal, qui ignorait ce qu’est une officialité (tribunal d’Église, NDLR.). L’Église s’enferme dans des codes qui deviennent incompréhensibles pour la société. Nous devons travailler à partager nos codes.
Et pour l’Église, quelles sont les leçons de ce procès selon vous ?
P. Christian Delorme : La question du cléricalisme soulevée par le pape François, c’est-à-dire ce sentiment de toute-puissance du prêtre, est un vrai chantier. Ce qui a permis ces crimes, c’est notamment le comportement de toute-puissance et d’impunité du prêtre.
On peut y répondre en augmentant le contrôle collectif entre prêtres, comme certains le suggèrent. Mais pour moi, c’est encore une forme de cléricalisme. Il s’agit plutôt de travailler avec les autres, avec la société, avec les laïcs sur un pied d’égalité. Acter que certes, les prêtres ont un ministère spécifique, mais tous les baptisés sont à égalité, ce qui signifie développer d’autres formes d’organisation dans nos diocèses. On se trompe lorsqu’on pense que toute responsabilité d’importance doit être coiffée par des prêtres.
Affaire Preynat, le procès du cardinal Barbarin

Céline Hoyeau

 

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