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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 12:15
Le pape François lors d’une assemblée générale au Vatican, le 23 octobre. REMO CASILLI / REUTERS

Le pape François lors d’une assemblée générale au Vatican, le 23 octobre. REMO CASILLI / REUTERS

L’assemblée des évêques catholiques sur l’Amazonie a transmis, samedi, ses propositions au pape François, parmi lesquelles figure également le diaconat féminin.

 Il sera peut-être bientôt possible de rencontrer, dans le bassin amazonien, des prêtres catholiques mariés célébrant des messes selon un rite nouveau, qui intégrera des éléments de la tradition et même de la théologie des peuples autochtones. C’est en tout cas ce qu’ont demandé les évêques catholiques réunis à Rome, au dernier jour d’un synode (une assemblée convoquée par le pape) sur l’Amazonie, samedi 26 octobre.

En revanche, pour que des femmes puissent accéder au diaconat (qui est le premier degré du sacrement de l’ordre, le deuxième étant la prêtrise et le troisième l’épiscopat), comme l’ont réclamé de nombreux Amazoniens lors des consultations préparatoires, il faudra sans doute encore attendre longtemps : les évêques se sont limités à renvoyer aux travaux d’une commission ad hoc qui, jusqu’à présent, est restée paralysée par ses divisions.

En attendant, ils proposent de créer une fonction officielle – un « ministère » – de « la femme leader de la communauté », une reconnaissance institutionnelle du fait que plus de la moitié des communautés catholiques amazoniennes sont prises en charge par les femmes.

Les quelque 180 évêques et religieux, majoritairement issus des neufs pays d’Amérique du Sud concernés par l’Amazonie, qui avaient le droit de vote à ce synode (aucune des 35 femmes participantes ne l’avait) ont adopté, article par article, un document final qui comporte ces propositions, après trois semaines de délibérations à huis clos. Il revient maintenant au pape François de décider de leur faire droit, ou non, à l’occasion d’une exhortation apostolique que le pontife argentin espère publier d’ici à la fin de l’année.

L’Amazonie, un désert clérical

Si elles sont retenues par le chef de l’Eglise catholique, ces orientations ouvriront une brèche dans la tradition millénaire du célibat des prêtres, généralisé dans l’Eglise latine après la réforme grégorienne du XIe siècle.

Certains courants conservateurs redoutent qu’elles fassent tache d’huile. L’article de la résolution finale propose « d’ordonner prêtres des hommes mariés idoines et reconnus par la communauté, qui ont un diaconat permanent fécond et reçoivent une formation adéquate au presbytérat, pouvant avoir une famille légalement constituée et stable ».

Il ajoute que « certains », au cours du synode, « se sont prononcés en faveur d’une approche universelle du sujet ». Ce qui peut vouloir dire que la faculté d’ordonner des hommes mariés pourrait être utilisée par d’autres zones géographiques en carence de prêtres.

Du reste, le Vatican avait pris soin d’avertir, au début du synode, que même consacré à un territoire particulier, « chaque synode concerne toujours l’Eglise universelle ». Or on sait déjà qu’une partie de l’Eglise allemande, par exemple, réfléchit à la question. C’est sur cet article que le vote a été le plus serré.

A quels besoins répondait ce synode ? En Amazonie, les distances sont grandes entre les communautés autochtones et les moyens de circulation bien souvent réduits à la navigation en pirogue. Parallèlement, le nombre de prêtres autochtones est quasi nul et celui des prêtres itinérants est insuffisant. Les communautés les plus reculées ne reçoivent donc parfois la visite d’un prêtre que deux à trois fois par an, voire moins. C’est peu quand on considère que l’Eglise catholique réserve aux hommes ordonnés certains des actes essentiels de sa vie de foi, comme l’eucharistie et l’absolution des péchés. C’est peu aussi au regard de la concurrence des Eglises évangéliques qui, elles, établissent plus facilement des ministres du culte parmi les autochtones.

D’où l’idée, défendue par de nombreux prêtres et évêques qui exercent dans la zone, d’autoriser, au moins ponctuellement, l’ordination d’hommes mariés, à condition qu’ils soient déjà diacres. En réalité, il existe déjà des prêtres mariés dans l’Eglise catholique. C’est le cas, traditionnellement, des prêtres des Eglises de rite oriental (maronites, chaldéens, melkites…). Il y a aussi, dans l’Eglise latine, d’anciens ministres du culte anglicans qui ont rejoint Rome et ont obtenu une dispense, bien que mariés, pour être prêtres. Mais ordonner des hommes mariés hors de cette situation particulière serait une nouveauté.

Différence de traitement entre hommes et femmes

En revanche, la petite ouverture en direction des femmes décevra probablement celles qui, religieuses ou laïques, constituent les cadres de bien des communautés.

Une religieuse colombienne, sœur Alba Teresa Cediel Castillo, a ainsi témoigné de son activité : « Quand un prêtre ne peut être là, nous baptisons. S’il faut un mariage, nous sommes là. Et souvent nous avons dû écouter en confession un malade, parfois proche de la mort. Nous n’avons pas donné l’absolution [qui est un sacrement réservé aux prêtres] mais dans le fond de notre cœur, nous croyons que Dieu agit. »

L’organisation catholique attache tous les « pouvoirs » sacramentels à l’ordination, et donc aux hommes, et ne donne aux femmes aucun rôle en la matière. Rien ne changera donc substantiellement tant que la commission vaticane sur le diaconat est au point mort. Le document synodal demande en attendant plus d’équité dans la répartition des ministères entre hommes et femmes, afin que les femmes puissent participer aux instances de gouvernement de l’Eglise.

La portion congrue réservée aux femmes dans l’Eglise a d’ailleurs fait l’objet d’une initiative inhabituelle au synode, auquel participaient à titres divers (dont des expertes) trente-cinq femmes. Alors que les supérieurs d’ordre religieux masculins, bien que non-évêques, avaient le droit de vote, les dix supérieures d’ordres féminins ne l’avaient pas. Elles ont donc écrit au pape François pour se plaindre de cette différence de traitement et demander à pouvoir voter. En vain.

« Péché écologique »

Le texte affirme en outre « rejeter une évangélisation de type colonial », exprime son engagement aux côtés des communautés qui luttent pour que leurs « droits fondamentaux soient garantis », propose de « définir le péché écologique » et de créer un organisme épiscopal qui couvre la région.

L’ordination d’hommes mariés et l’institution d’un rite amazonien étaient redoutées par des courants conservateurs de l’Eglise, qui sonnent l’alarme contre elles depuis des semaines. Durant le synode, ils n’ont cessé de s’insurger contre la place faite à la culture indigène, certains accusant même le pape d’être tombé dans « l’idolâtrie ». Ils ont critiqué une cérémonie religieuse initiale qui a mêlé prières catholiques, rituels autochtones et objets traditionnels amazoniens.

Des statuettes en bois apportées d’Amérique du Sud, qui étaient exposées dans une église voisine du Vatican, ont même été dérobées en fin de semaine dernière et jetées dans le Tibre. Une vidéo diffusée en ligne a montré les pilleurs jetant à l’eau, du pont Saint-Ange, les cinq sculptures. L’une d’elles représente une femme enceinte, qui, avait précisé le Vatican, n’était en rien une référence à la vierge Marie, mais une représentation de la fécondité de la Terre Mère, la Pachamama. Vendredi, le pape François a « demandé pardon » pour ce vol, en tant qu’évêque de Rome. Les statuettes ont finalement été repêchées par les carabinieri.

 Cécile Chambraud envoyée spéciale du journal Le Monde à Rome

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 14:53
Mgr Emmanuel Lafont célèbre une messe en Guyane, lors d'une réunion de préparation au Synode pour l'Amazonie, en juillet 2019

Mgr Emmanuel Lafont célèbre une messe en Guyane, lors d'une réunion de préparation au Synode pour l'Amazonie, en juillet 2019

À l’occasion du Synode, l’Amazonie française s’est fait entendre via la conférence du Secours Catholique-Caritas France. Mgr Lafont, évêque de Cayenne, ainsi que les deux représentants élus par les communautés autochtones guyanaises, Aikumale Alemin du peuple Wayana et Rosalie Fonki du peuple Bushinengue, ont également porté la voix des Indigènes amazoniens et citoyens français de ce territoire d’Amérique latine.

Grande de presque 84 000 km2, la Guyane a sa part des 5,5 millions de km2 de l’Amazonie. Mais comme le fait remarquer l’évêque de Cayenne, Mgr Emmanuel Lafont, la situation est singulière pour la Guyane par rapport aux neuf autres pays, «dans la mesure où nous ne sommes pas un État indépendant mais nous dépendons de l’État français».

Des «nations» indigènes dans la nation française

«Respectez notre histoire, nos cultures»: le cri d’un auditeur amérindien au Synode

L’appartenance à la nation française n’est pas évidente pour les peuples indigènes. Pour Maryse Gauthier, présidente du Secours Catholique - Caritas France en Guyane, l’intervention française, par la diffusion de sa culture auprès des citoyens français amérindiens, reste la cause de difficultés que rencontrent encore aujourd’hui les peuples autochtones:  «On leur a imposé l’éducation sans tenir compte de l’organisation sociétale qui existait chez les Amérindiens. Ça a été un choc qui se répercute encore aujourd’hui, on assiste à la fuite de cette connaissance ancestrale de la société amérindienne, et en même temps, ils ne sont pas totalement intégrés dans ce modèle français qu’on leur propose.»

Les six peuples amérindiens de Guyane se considèrent comme des "nations" différentes par leur langue, leur mode de vie et coutumes. «Ces nations amérindiennes, rapporte Maryse Gauthier, qui cohabitent sur le territoire guyanais, sont solidaires entrent elles face à l’État français pour demander qu’elles soient reconnues, et qu’on leur redonne leur autonomie qu’elles avaient avant qu’on les intègre dans le département français.» Une de leur principale revendication est que l’État français reconnaisse la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail qui donne l’autonomie de gestion du territoire aux communautés.

Incompatibilité des mesures nationales et des modes de vie indigènes

Les manifestations d’avril 2017 en Guyane ont été l’occasion pour les peuples indigènes de mettre en lumière les problématiques qu’ils rencontrent. «Ils ont obtenu, mais uniquement sur le papier pour le moment, qu’on leur réattribue 400 000 hectares de terre pour qu’ils en fassent une autogestion comme ils le demandent», indique la présidente de Caritas en Guyane.

Mais Maryse Gauthier regrette que des mesures prises depuis la métropole soient appliquées dans le département guyanais sans connaissance des réalités amazoniennes. Bien souvent, cette législation extraterritoriale entrave le mode de vie des communautés indigènes, sans toutefois les protéger contre les menaces qui pèsent sur eux. Maryse Gauthier donne l’exemple de la restriction de la chasse décidée par l’Office National des Forêts et appliquée sur tout le territoire français, y compris la Guyane. «Les peuples amérindiens ont démontré leur capacité à préserver la nature, à permettre qu’elle se reproduise, parce qu’ils en vivent, et aujourd’hui ce sont des bureaucrates français qui veulent venir leur expliquer comment est ce qu’ils doivent chasser chez eux».

L’évangélisation pour et par les peuples indigènes

Mgr Lafont: envisager l'écologie dans sa dimension spirituelle

Les peuples indigènes ne souhaitent pas que l’Église les empêche de perpétuer leur tradition. «Ils savent bien que dans toute culture il y a des choses que l’Évangile affronte, indique Mgr Lafont, mais ils ne souhaitent pas que par principe on dise que dans l’Église, celui qui adhère au Christ abandonne sa culture, son mode de vie etc. Cela, ils ne l’acceptent pas. Et ils ont totalement raison». Pour l’évêque de Cayenne, le moyen le plus respectueux et efficace de transmettre la foi est de laisser les Indigènes la faire leur et la partager à leur communauté. Il donne l’exemple d’Aikumale Alemin, amérindien du peuple Wayana en Guyane, qui l’a accompagné au Synode: «Je l’ai baptisé il y a huit ans, raconte Mgr Lafont, et aujourd’hui il y a une communauté catholique d’une cinquantaine de membres». Aikumale Alemin a fondé une communauté catholique dans son village. Lui et sa femme sont en cours de traduction de l’ordinaire de la messe et de chants en wayana, la langue de leur ethnie. «C’est à lui d’inculturer, et il le fait admirablement», se réjouit le prélat.

Un Synode sur l’Amazonie, des bonnes nouvelles pour toute l’Église

Bien que le Synode porte sur les problématiques que rencontre l’Amazonie, il concerne toute l’Église et chacun de ses diocèses. Mgr Lafont expose trois bonnes nouvelles qu’il pourra partager à la Conférence des évêques et à toute l’Église de France. «La première c’est qu’il faut retrousser nos manches. La deuxième c’est qu’il faut prendre au sérieux Laudato Si et l’appliquer concrètement, nous pour commencer, l’Église doit montrer l’exemple d’un autre style de vie que le modèle technocratique actuel. Et la troisième bonne nouvelle, c’est que le chemin synodal qu’est le chemin de l’Église du XXIe siècle invite l’Église de France à se laisser enrichir par les autres Églises du monde. Car même pour résoudre nos problèmes français, nous avons besoin de l’éclairage des autres.»

Cécile Mérieux – Cité du Vatican

 

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 11:49
« Se manifester oui, aller manifester le 6 octobre, ce n’est pas à nous de le dire » explique Thierry Magnin. LP/Olivier Lejeune

« Se manifester oui, aller manifester le 6 octobre, ce n’est pas à nous de le dire » explique Thierry Magnin. LP/Olivier Lejeune

Thierry Magnin, porte-parole des évêques, martèle que l’Eglise n’a jamais appelé à descendre dans la rue contre le projet de loi Bioéthique, contrairement à ce qu’a pu laisser entendre l’archevêque de Reims.

A en perdre son latin ! Lundi soir, à l'issue d'une rencontre au collège des Bernardins à Paris durant laquelle l'Eglise exprimait ses craintes sur le projet de loi Bioéthique, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF), déclarait, face à la presse, que les citoyens « inquiets » avaient « le devoir » de manifester le 6 octobre.

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C'est à cette date qu'un collectif d'associations, dont la Manif pour tous, organise une journée de mobilisation contre le texte examiné par les députés à compter du 24 septembre et qui prévoit, entre autres, l'extension de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples de lesbiennes et aux femmes seules.

La sortie de l'archevêque de Reims a été logiquement entendue comme un appel aux catholiques à descendre dans la rue… sauf pour l'épiscopat, qui évoque une mauvaise interprétation.

Entretien avec le père Thierry Magnin, 66 ans, nouveau secrétaire général et porte-parole de la CEF qui est aussi docteur en sciences physiques et en théologie.

Les propos du président de la CEF sont-ils un appel solennel de l'Eglise de France à manifester le 6 octobre ?

THIERRY MAGNIN. Non, pas du tout ! Notre posture est la suivante : il appartient à la CEF d'avoir une parole claire, nette et précise sur le projet de loi. Par contre, il ne nous appartient pas d'appeler à manifester ni de jeter l'opprobre sur ceux qui iront. Se manifester oui, aller manifester le 6 octobre, ce n'est pas à nous de le dire. Il n'y a pas que la rue pour s'exprimer.

Quels sont les autres moyens ?

Nous par exemple, nous allons discuter avec des députés, des sénateurs… Manifester le 6 octobre est une possibilité mais en tout cas, ce n'est pas celle qu'Eric de Moulins-Beaufort et moi-même nous prendrons. Mais chaque évêque est libre. Il y en a certainement qui iront défiler…

L'épiscopat paraît vouloir s'engager contre le projet de loi Bioéthique davantage encore que contre le mariage pour tous en 2012-2013…

La mobilisation est forte pour essayer maintenant d'exprimer une parole très claire avant que l'Assemblée nationale ne s'empare du texte. On s'engage davantage dans la prise de position sur le fond du projet mais pas sur l'engagement à aller manifester dans la rue. Sur ce point, c'est la même posture.

Pourquoi êtes-vous opposé à la PMA pour toutes ?

Ce projet de loi ne participe pas du bien commun. Cela introduit des perturbations de filiation. On peut tout à fait comprendre qu'un couple de femmes et une femme seule aient un désir d'enfant. Mais, à partir du moment où ce désir devient un droit, quelles sont les conséquences pour l'enfant? Pour nous, c'est fondamental, il a le droit d'avoir un papa et une maman. Dans le projet de loi, vous avez d'un côté une levée de l'anonymat du don de gamètes. On trouve que c'est une bonne chose, ceux qui la demandent expriment le besoin de connaître leur père biologique, leur géniteur. Mais d'un autre côté, avec la PMA sans père, on ferme cette opportunité-là.

Votre combat porte également sur le rejet de la GPA (Gestation pour autrui) alors qu'elle n'est pas à l'ordre du jour du projet de loi…

Ce n'est pas pour ce coup-là, mais le prochain… Si on autorise deux femmes à avoir un enfant, je ne vois pas pourquoi on refuserait à deux hommes d'en avoir, dans une irréfutable logique d'égalité. On a l'impression que le bulldozer va toujours dans le même sens. Et qu'à chaque fois, on repousse les limites éthiques.

Quelles leçons tirez-vous de la mobilisation des catholiques contre le mariage pour tous qui, bien que massive, a finalement échoué ?

On n'a pas su convaincre, dans ce sens-là, ça peut-être un échec. Mais est-ce que la société a gagné en mettant, sur le même plan, tous les modèles familiaux par rapport au mariage ? Peut-être qu'on n'a pas utilisé les bons moyens, peut-être qu'une manifestation ne suffit pas. Et en même temps, les gens disent : Si on ne descend pas dans la rue, on n'est pas entendus…

En intervenant dans le débat, n'y a-t-il pas un risque, pour l'épiscopat, de diviser la communauté catholique comme ce fut le cas lors du mariage pour tous ?

Elle était plus divisée sur le fait de savoir s'il fallait ou non défiler derrière la Manif pour tous que par rapport au mot mariage… Aujourd'hui, il nous semble beaucoup plus important de faire une recherche sur le fond que d'utiliser un moyen politique, la manifestation, qui peut diviser.

 

Vincent Mongaillard

 

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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 06:34
Le Cardinal Roger Etchegaray en 1995, Président du Conseil Pontifical Cor Unum, en visite à Port au Prince, à Haïti, Caraïbes.GIANCARLO GIULIANI/CPP/CIRIC/GIANCARLO GIULIANI/CPP/CIRIC

Le Cardinal Roger Etchegaray en 1995, Président du Conseil Pontifical Cor Unum, en visite à Port au Prince, à Haïti, Caraïbes.GIANCARLO GIULIANI/CPP/CIRIC/GIANCARLO GIULIANI/CPP/CIRIC

Roger Etchegaray nous a quittés ? Je perds un frère et un ami… mais plus encore un compagnon sur les routes de ce monde. J’ai connu Roger lors du concile Vatican II. Il était jeune secrétaire adjoint de l’épiscopat et j’étais jeune secrétaire particulier auprès du futur archevêque de Paris, Mgr Pierre Veuillot. Nous avons vécu la dernière session du Concile œcuménique qui rassemblait, à Saint-Pierre de Rome, les 2 500 évêques catholiques venus de tous les pays du monde. Nous étions à l’automne 1965.
Jeunes prêtres français porteurs d’une expérience missionnaire sous l’impulsion vigoureuse du cardinal Emmanuel Suhard qui, dans les années quarante, avait secoué l’Église blessée par la guerre et l’effondrement de la société tout entière. Notamment par l’engagement de nombre de prêtres qui avaient un ministère dans le vaste monde du travail professionnel. Beaucoup à cette époque vivaient comme une nouvelle Pentecôte !

Poursuivre autrement l’épopée des missionnaires

Basque convaincu, le cardinal avait le génie du contact fraternel et de l’ouverture universelle. Pendant le Concile il fut un homme de liaison et d’unité. Il travailla aux études et à la rédaction de l’ultime déclaration sur la liberté religieuse… alors que plusieurs pays étaient sous des persécutions chrétiennes, notamment sous la tutelle de pouvoirs communistes.

Il incita fortement les catholiques français à vivre frontières ouvertes et à poursuivre autrement l’épopée des missionnaires des siècles passés.

Il avait un frère prêtre, membre de la Mission de France, qui fut prêtre-ouvrier engagé. C’est au Concile que fut reconnu ce ministère nouveau d’incarnation évangélique des prêtres par le travail professionnel.
Nous étions l’un et l’autre en novembre 1965 à Rome auprès des pères Liénart, Marty, Veuillot, etc., pour faire voter par le Concile l’engagement des prêtres missionnaires de l’Évangile en étant à part entière prêtres par le travail ouvrier. Il fut prélat de la Mission de France de 1975 à 1982. Je le fus moi-même en 1995. Aujourd’hui encore cette orientation heureuse demeure.

le « globe-­trotteur » du pape

Pendant le Concile, Roger Etchegaray, avec toujours le futur cardinal Pierre Veuillot, travailla à la mise en collaboration et travail commun la Conférence des évêques de France. Quelques années archevêque de Marseille, Jean-Paul II l’appela auprès de lui en 1984 à Rome. Il y resta jusqu’à sa retraite…
Il devint le missi dominici, disons le « globe-­trotteur » du pape. Souvent dans des situations politiques dramatiques comme au Rwanda. Il fut l’initiateur de la rencontre de toutes les « Religions » de par le monde auprès de saint François à Assise.
Je suis allé souvent le visiter à Rome. Je me souviens de ce repas chez lui… À un moment, il se leva et alla vers une armoire forte secrète qu’il ouvrit et me dit : « Tu vois ici, dans ces dossiers, il y a mes notes personnelles de tous les voyages que le pape m’a confiés. J’ai servi le monde entier et la paix. Je suis connu par beaucoup d’évêques et bien des personnalités qui gouvernent le bateau planétaire toujours autant secoué et qui frôle encore des guerres possibles. La Paix doit être notre devoir journalier. » Je garde ce message. Nous sommes encore des vétérans et portons le cri de Paul VI : « Plus jamais la guerre, plus jamais », lors de son premier séjour à l’ONU.
J’ai 90 ans. J’ai vécu cette longue période avec nombre de témoins admirables. J’ai la conviction que nous sommes encore à l’aurore d’un concile Vatican II qui n’a pas encore donné le meilleur de lui-même, qui attend encore la conversion de tous les chrétiens du monde entier. Etchegaray et moi et d’autres, nous prions pour rendre grâce et pour inviter les jeunes générations à recevoir le Concile comme vraiment une invitation au travail apostolique. Avec la jeunesse de l’ami basque ! Merci.

Georges GILSON

Evêque émérite de la Mission de France

Archevêque émérite de Sens et d’Auxerre

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 21:58
Décès du cardinal Roger Etchégaray

C’est à Combo les bains que le cardinal s’est éteint. Il était 17h30 mercredi 4 septembre. L’évêque de Bayonne, Mgr Mgr Marc Aillet invite tous les fidèles à prier pour le repos de son âme.

Le cardinal Roger Etchegaray, Président émérite du Conseil Pontifical Justice et Paix et du Conseil Pontifical "Cor Unum", est né au cœur du Pays Basque à Espelette, le 25 septembre 1922, juste à quelques kilomètres de Combo les bains où il a passé les derniers jours de sa vie.

Fils d’un mécanicien agricole. Roger Etchégaray s’est orienté tôt vers la vie religieuse. Après des études au petit séminaire d'Ustariz, il a poursuivi sa préparation spirituelle et scientifique au grand séminaire de Bayonne et à l'Université Pontificale Grégorienne de Rome, obtenant une licence en Théologie et un doctorat en Droit Canonique avec une thèse sur le baptême des enfants de parents catholiques non pratiquants.

Ordonné prêtre à 24 ans, le 13 juillet 1947, il commença son ministère pastoral dans son diocèse natal, Bayonne, avant de devenir, en 1961, directeur adjoint du Secrétariat de l'épiscopat français et de s'engager en même temps dans la création d'un secrétariat pour la pastorale.

De 1966 à 1970, il fut Secrétaire général de l'épiscopat français ; le 29 mars 1969, Paul VI le nomma évêque titulaire de Twins of Numidia et auxiliaire de l'archidiocèse de Paris. Le 22 décembre 1970, il est promu archevêque de Marseille (où il restera jusqu'en 1984) et, en 1975, il succède au cardinal Marty comme président de la Conférence épiscopale de France. Il a été reconfirmé à ce poste pour un second mandat de trois ans, le 27 octobre 1978. Du 25 novembre 1975 au 23 avril 1982, il fut également Prélat de la Mission de France.

Déjà avant d'être évêque et surtout après son ordination épiscopale - le 27 mai 1969 - il joua un rôle très important sur le plan ecclésial international. Depuis 1965, dernière année du Concile Œcuménique Vatican II, il est Secrétaire du Comité de liaison des Conférences épiscopales d'Europe et, en 1971, il devient le premier président du nouveau Conseil européen des Conférences épiscopales. Il a été réélu à ce poste en 1975. Il a été le créateur et l'animateur du Symposium de Noordwikeroot et de Coire et l'un des principaux architectes de la rencontre œcuménique européenne de Chantilly.

Il a participé à plusieurs reprises aux travaux du Synode des évêques. Ses interventions théologiques et socioreligieuses rappellent l'engagement d'une Église vivante, toujours attentive aux problèmes de l'homme européen.

Créé cardinal lors du Consistoire du 30 juin 1979, le pape Jean Paul II l’appelle à ses côtés le 8 avril 1984 pour le nommer Président du Conseil Pontifical Justice et Paix (poste occupé jusqu'au 24 juin 1998) et Président du Conseil Pontifical Cor Unum (jusqu'au 2 décembre 1995). Pendant toutes ces années, le cardinal Roger Etchégaray a rendu un service inlassable en faveur de la paix, des droits de l'homme et des besoins des plus pauvres, apportant le message et la charité du Pape à de nombreux pays du monde.

Le 15 novembre 1994, il a été nommé Président du Comité central du Grand Jubilé de l'An 2000 et, à ce titre, il a dirigé la préparation et le développement de l'Année Sainte.

Le 30 avril 2005, le Saint-Père Benoît XVI a approuvé son élection à Vice-doyen du Collège des Cardinaux, et le 10 juin 2017, François a accepté sa demande d’être dispensé de la fonction.

«Nous mesurons toute l'émotion que la nouvelle de sa disparition ne va pas manquer de susciter dans notre diocèse, dans l'Eglise, en France et dans le monde entier», écrit Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron dans un communiqué en annonçant que le corps du défunt sera exposé à la maison de retraite Arditeya  de Combo les bains à partir de ce jeudi 5 septembre 2019 dans l'après-midi.

Les obsèques du cardinal auront lieu lundi 9 septembre 2019 à 10h30 en la cathédrale Sainte-Marie de Bayonne

 

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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 15:09
« Nous élevons la voix pour l’Amazonie »

L’Amazonie est en proie à de violents incendies. Le Conseil épiscopal latino-américain (Celam) a émis un communiqué jeudi 22 août 2019 rédigé par Monseigneur Miguel Cabrejos Vidarte, Archevêque de Trujillo (Pérou) ; le Cardinal Odilo Pedro Scherer, archevêque de Sao Paulo (Brésil) ; le Cardinal Leopoldo José Brenes Solorzano, Archevêque de Managua (Nicaragua) ; Monseigneur Rogelio Cabrera Lopez, Archevêque de Monterrey (Mexique) et Monseigneur Juan Carlos Cardenas Toro, évêque auxiliaire de Calli (Colombie). Ils lancent un cri d’alarme.

 

Face aux gigantesques incendies qui ravagent la faune et la flore en Alaska, au Groenland, en Sibérie, aux Iles Canaries et en particulier dans l’Amazonie, nous, Évêques d’Amérique Latine et des Caraïbes, voulons manifester notre préoccupation face à la gravité de cette tragédie qui a non seulement un impact local et régional mais aussi un impact planétaire.

 

L’espoir que donne le prochain Synode Amazonien, convoqué par le Pape François, est aujourd’hui entaché par la douleur de cette tragédie environnementale. Aux peuples frères indigènes qui vivent dans ce territoire que nous aimons tant, nous voulons leur exprimer notre proximité et unissons notre voix à leur voix pour crier au monde la solidarité et une aide urgente pour mettre fin à cette dévastation.

 

Le Document préparatoire du Synode met en garde de manière prophétique : « Dans la forêt amazonienne, d’une importance vitale pour la planète, une crise profonde a été déclenchée par une intervention humaine prolongée où prédomine une «culture du déchet» (LS 16) et une mentalité d’extraction. L’Amazonie est une région possédant une riche biodiversité ; elle est multiethnique, multiculturelle et multireligieuse, un miroir de toute l’humanité qui, pour défendre la vie, exige des changements structurels et personnels de tous les êtres humains, des États et de l’Église. Les réflexions du Synode Spécial vont bien au-delà du cadre strictement ecclésial amazonien, car elles s’étendent à l’Église universelle et même au futur de toute la planète. » (Instrumentum laboris pour le Synode pour l’Amazonie).

 

Nous demandons aux gouvernements des pays amazoniens, plus particulièrement du Brésil et de la Bolivie, aux Nations Unies et à la communauté internationale de prendre de sérieuses mesures d’urgence pour sauver le poumon du monde. Ce qui se passe en Amazonie n’a pas uniquement une dimension locale mais elle a, aussi et surtout, une dimension globale. Si l’Amazonie souffre, le monde souffre.

 

Nous rappelons les paroles du Pape François pour «  demander, s’il vous plaît, à tous ceux qui occupent des rôles de responsabilité dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté : (que) nous sommes « gardiens » de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde » (Homélie du Pape François, 19 mars 2013).

 

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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 14:55
Une Église mortifère ? par Daniel Bogner

L’ampleur des abus sexuels dans l’Église catholique est telle que la question se pose, et d’abord aux catholiques eux-mêmes : s’agit-il d’accidents malheureux dus à quelques prêtres pervers ou « en souffrance » passagère, ou faut-il incriminer un système devenu structurellement destructeur ? Pour Daniel Bogner, professeur de théologie morale à l’université de Fribourg (Suisse), le désastre résulte d’une « sacralisation » indue, au cours d’une longue histoire, de l’autorité, des institutions, des fonctions : elle a produit un corps sacral intouchable et un cléricalisme étouffant, pratiquant un entre-soi inaccessible à toute critique.

Le gouffre où les abus sexuels et spirituels ont plongé l’Église est très profond. À leur sujet, même des évêques parlent maintenant de « causes systémiques ». La sidération vient de ce que les révélations ne concernent pas les marges, mais le cœur du catholicisme européen, celui qu’on tenait pour spirituellement éclairé et sensible aux évolutions de la société. Or il n’y a pas eu, semble-t-il, de « ligne jaune » qui ne puisse être franchie : on voit ainsi un prêtre dominicain, auteur d’abus graves sur une longue période, se justifier en invoquant l’« amour d’amitié », qui permettrait des intrusions physiques et érotiques au titre de l’accompagnement spirituel ; des religieuses devenues enceintes après des relations sexuelles avec des prêtres sont invitées par leurs supérieures à se faire avorter… Les victimes d’abus sexuels et spirituels – garçons et filles, enfants et jeunes, religieuses sans défense et… non défendues – se comptent par milliers dans le monde. Comment en est-on arrivé là, à pareille « tolérance » devant les abus ?

Il faudrait évoquer tout un contexte favorable, ou une structure d’ensemble facilitant les occasions de passer à l’acte. C’est comme si l’on disait aux futurs auteurs d’abus : « Là, tu pourras le faire ! » C’est un réseau de comportements intériorisés, de pratiques et de doctrines, un habitus de l’institution qu’il importe de mettre en lumière, car ils jouent comme un poison ayant des effets mortifères. Évoquons quelques facettes imbriquées, qui se renforcent mutuellement, du « système » qui constitue le « cléricalisme ».

La couverture sacrale

La sacralité qui entoure les « ministères » (les charges ou les fonctions) et les structures qui les portent s’est déposée, au fil des siècles, comme une patine, qui fait que la figure et la forme extérieure de l’Église sont tenues pour sacro-saintes et objets de vénération. Ce sont moins les pratiques ­– ­l’activité concrète de l’Église – rendues possibles par cette configuration qui sont en cause que la figure de l’Église elle-même, qui devient la parole divine dans l’histoire. Le rituel liturgique porte une part de responsabilité dans l’affaire, car il renforce la symbolique autorisée par cette sacralisation des ministères.

L’éloge de la soumission

Des formes et des structures sacralisées suscitent la vénération déférente. Elles accentuent le comportement de déférence devant les fonctions et les détenteurs de fonctions. Les différences très réelles entre « les deux corps du roi » (Ernst Kantorowicz) s’effacent de plus en plus, et il en résulte une mentalité de sujets soumis à l’autorité de fonction, qui prétend agir « au nom du Christ » et profite du « pouvoir sacré » (la sacra potestas du droit canonique) qui appartient depuis toujours et exclusivement au Christ. Comment contesterait-on cela ? Qui oserait exiger un contrôle de ce pouvoir, voire y participer ? Et il y a aussi ceux qui occupent ces fonctions. Plus d’un parmi eux s’habitue vite et très volontiers à l’aura que lui confère le « bonus de ­l’ordination ». L’on peut toujours recourir à cette aura quand les moyens du bord de l’humaine condition ne semblent plus suffire ou devenir défaillants…

Une conception dangereuse du pouvoir

Des périodes de sacralisation ont servi à la mise en place d’une institution non seulement imperméable à la critique, mais soucieuse d’exclure pratiquement toute velléité de contrôle. De fait, critiquer une institution et corriger son action alors qu’elle brille des feux de sa sacralité, n’est-ce pas contradictoire ? On entend aussi l’objection inverse : « Pourquoi vouloir fragmenter la souveraineté d’une institution dont le pouvoir n’est que “délégué”, dont on ne dispose qu’en fidèle intendant et qui dépend d’une unique source (l’autorité du Christ) ? »

Si l’Église veut vraiment une conversion,
elle doit se mettre
à l’école de la liberté.

La pensée néoplatonicienne de l’Un et le cérémonial de cour de l’Antiquité tardive ont apporté leur concours au refus de mettre en place une authentique séparation des pouvoirs – dont même ceux des évêques disposés à la réforme parlent aujourd’hui. Si l’Église veut vraiment une conversion, elle doit se mettre à l’école non seulement des penseurs de la liberté (de conscience), mais aussi des philosophes de la liberté politique (et d’abord de ­Montesquieu, le penseur de la séparation des pouvoirs).

La connivence
dans le corps clérical

Une souveraineté indivise, protégée par l’aura du sacré et portée par une communauté qui n’a guère de réel statut participatif : c’est l’une des faces de la médaille. L’autre facette est constituée par les personnes concrètes et le corps du « personnel » qui porte ce système et doit « croire » en lui. La tradition de l’Église a fait en sorte qu’un filtre spécifique, selon le sexe, devienne le critère spécifique et principal de la sélection pour rejoindre ce groupe. Il en a résulté un clergé homogène par le sexe, qui a été souvent et simultanément, sans qu’on le remarque, un système de socialisation religieuse masculine, avec des rituels de reconnaissance et d’identification ainsi que des mécanismes de cloisonnement par rapport au monde extérieur. En tant que tel – une socialisation appuyée sur une connivence et disposant d’une aura religieuse assurant sa solidité –, l’état clérical signifie une promesse de protection et de réalisation de soi aussi pour des gens marqués par des déficiences psycho­sexuelles et affectives. Et il comporte aussi – explicitement et implicitement – une dépréciation constitutive de l’autre sexe, laquelle transparaît de multiple manière dans la doctrine et la pratique de l’Église.

La spirale de la légitimité sur la longue durée

Aux éléments qui précèdent s’ajoute un facteur qui n’est pas spécifique de l’Église, mais y prend un poids particulier. Partout où des réalités grandissent et s’établissent sur la longue durée, apparaît une logique d’auto-­confirmation par la « tradition » et la « longue durée ». Des types de comportements, des modèles de rôles à assumer et des arrangements institutionnels dans l’Église portent le poids de leur durée plus que millénaire. Mais ce poids du passé produit un état d’esprit qui se nourrit d’une apparence de légitimation. Discuter ouvertement de l’accès à l’ordination sacerdotale, de la constitution de l’Église (proche de celle d’une monarchie absolutiste) et de la pluralité des identités sexuelles apparaît, dans ce contexte, comme la rupture d’un tabou : ce qui, en réalité, est alors rompu, c’est le consensus silencieux qui veut que les choses sont bien comme elles sont. Le silence sur les propositions de renouvellement et l’ignorance de l’état des connaissances dans les sciences humaines sont ainsi devenus la première réaction naturelle de l’Église, et non pas la curiosité intéressée et la mise à l’épreuve créatrice.

Une logique qui ne cesse de faire des victimes

Les éléments rappelés ici à titre provisoire ne cessent de se compénétrer sans ordre fixé une fois pour toutes, et ils ont des effets bien au-delà de ceux qui viennent d’être rappelés. Ils représentent le cœur dangereux de la crise de l’Église – cette Église que beaucoup ressentent comme envahie par un poison, et dont la crise touche de multiples domaines. Quelque thème qu’on privilégie dans le débat interne sur les réformes de l’Église (rapports entre les sexes, participation des laïcs, regroupement de paroisses, burn-out de prêtres), tôt ou tard, on tombe sur ces questions. Les violences relèvent certes du domaine où les victimes sont les plus visibles et le plus profondément blessées. Mais tant qu’il ne pourra être mis fin aux réactions en chaîne que le poison actif ne cesse d’entretenir, l’Église ne cessera de produire de nouvelles victimes de toute sorte.

Aucun des éléments mis ici en avant ne mène directement, à lui seul, à des comportements de violence sexuelle. Mais, ensemble, ils ont créé une culture interne qu’on doit qualifier de « culture de l’occasion favorable » aux abus. Une existence surdéterminée par la « sainteté » mène à un surcroît d’exigences pour des acteurs mutuellement engagés par leur choix de vie : leurs défaillances, systématiquement non prévues, doivent être donc être tues. Mais des personnalités marquées par certaines dispositions psychiques sont vulnérables face aux « occasions » qui les sollicitent : ceux qui ont une tendance à la pédophilie, ou encore ceux qui ont naturellement du mal à garder les distances par rapport aux autres (aux enfants et aux jeunes en particulier) et sont tentés de passer outre les interdits quand le passage à l’acte est facilité par le système.

Ce faisant, ils sont simultanément eux-mêmes victimes du noyau toxique de l’Église. Ce terme de « victime » peut irriter ici. Il signifie simplement que la culture de l’Église favorise les délits et ne définit pas les bornes qui empêcheraient le passage à l’acte compte tenu de certaines dispositions, alors que dans l’État et la société existent des mécanismes de contrôle social, formels et informels, qui aident à ne pas passer à l’acte ou les empêchent. Sur ce point précisément, un organisme qui a un rapport contrarié à la transparence dans la communication, à la critique ouverte, au devoir démocratique de rendre des comptes et à la diversité des genres doit être considéré comme défaillant. Il ne s’agit pas d’excuser par là le comportement des auteurs de délits, mais de montrer à quel point les « facteurs systémiques » de l’Église ont des effets problématiques dans de multiples directions.

Pour tenter d’y remédier, il faudrait approfondir tous les sujets évoqués. Par exemple, que signifie la séparation des pouvoirs dans une foi qui part de l’idée qu’on peut présenter le règne de Dieu ouvert par la venue de Christ, et le salut par la foi en lui, grâce au modèle du rôle sacramentel du prêtre ? Ne serait-il pas nécessaire aussi d’exprimer visiblement et sans équivoque l’écart fondamental entre le « représentant » (les fonctions dans l’Église, les procédures et les structures) et le représenté (Dieu) – non seulement dans le discours spirituel et le langage religieux, mais dans toutes les formes d’organisation de l’Église ? Comment parvenir à la « dépossession ontologique » de la fonction sacerdotale, comment la traduire socialement, sans perdre ce faisant l’expression spécifiquement catholique de la foi ?

La crise ouverte par les abus sexuels et spirituels n’est ni périphérique ni marginale. Elle ne concerne pas seulement quelques centaines, voire quelques milliers, d’individus « malades » et quelques évêques maladroits, qui ont mal traité les problèmes. Elle relève d’un « système » qui l’a permise et la permettra encore si l’Église ne va jusqu’aux racines d’un mal qui détruit d’avance ce qu’elle prétend dire aux hommes. 

 

Daniel Bogner

 

Traduit de l’allemand
par Jean-Louis Schlegel

 

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28 juillet 2019 7 28 /07 /juillet /2019 15:49
Interview d'Albert ROUET, évêque émérite de Poitiers

« Pour une Eglise plus humaine »

Ancienne figure atypique de l’épiscopat, Albert Rouet n’a pas renoncé à faire résonner sa petite musique. À 83 ans, l’archevêque émérite de Poitiers, conférencier et animateur de retraite demandé, ne risque pas l’oisiveté.

Une bourgeoisie catholique va tenir les rênes et veiller au grain. Elle rêve d’une restauration, comme celle que ses aïeux ont réussie au XIXe siècle

« J’ai appris récemment qu’une communauté de religieuses épatantes, à une heure de la capitale, n’arrivait pas à trouver de confesseur. Désormais, c’est moi ! » Et il les visite à chaque fois qu’il arrive à Paris après un long périple en train depuis Périgueux, où il s’est installé en quittant le Poitou. La liste de ses publications s’allonge sans cesse. Après des études sur les ministères, il vient d’écrire sur la foi dans une société sécularisée. Déjà, dans La Chance d’un christianisme fragile*, il avait montré que l’Église ne devait pas redouter la modernité. Dans son dernier opus**, il explique à quelles conditions la vieille institution peut continuer à parler. Son maître-mot : la proximité. Avec les communautés paroissiales animées par un trio de laïcs instituées dans son diocèse, Albert Rouet fut avant-gardiste. Des dizaines de confrères évêques avaient alors visité dans le Poitou ce laboratoire pastoral unique. Sans lendemain. « Ils ont vu un modèle qui marchait, ils n’ont pas osé. Et aujourd’hui, on importe des prêtres », déplore le pionnier incompris, qui continue à défendre son modèle, martelant que « les grosses paroisses sont une erreur ». Ces structures épuisent les prêtres « qui passent leur temps en voiture ou à faire du culte. Ils n’ont plus le temps de préparer leurs homélies et de lire ». Albert Rouet appelle à renverser la perspective : ne plus penser en fonction du nombre de prêtres, mais des baptisés. « Comment veulent-ils vivre leur foi ? », voilà pour lui la question.
Observateur de ses successeurs évêques, il pourfend les sempiternelles visites pastorales. « C’est trop formel, tout est prévu, balaye-t-il. Les gens causent dans le cadre que d’autres ont fixé pour eux. » Lui préférait ses promenades impromptues, quand il chaussait ses bottes et traînait dans les fermes poitevines, histoire d’entendre une parole plus authentique. Et son visage s’illumine quand il cite le plus beau compliment entendu de la part d’une de ses ouailles : « Le Père Rouet, il n’est pas fier. » Pas du genre à arborer le col romain ou même la croix discrète au revers du veston. « Je mettrai ma croix quand les gens porteront leur feuille d’impôts. Doivent-ils préjuger ce que je suis avant que je le leur dise ? » assène-t-il, avant d’avouer, dans un soupir, qu’il est le dernier, avec son ami Claude Dagens, ancien évêque d’Angoulême, à ne pas porter d’attribut épiscopal visible. À ses yeux, on doit cette évolution funeste aux mouvements charismatiques, apôtres de « ces signes classiques ». Voilà bien un adjectif qui ne sonne pas comme un compliment dans la bouche de ce personnage qui avoue « ne pas être du sérail » et être aujourd’hui « le seul catholique de sa famille ».
Sa vision de l’Église future, sévère, ne manque pas de pertinence : « Une bourgeoisie catholique va tenir les rênes et veiller au grain. Elle rêve d’une restauration, comme celle que ses aïeux ont réussie au XIXe siècle. » À l’époque, l’Église pouvait s’appuyer sur une réalité sociale : le sens du sacré, intouchable. « Mais, aujourd’hui, tout le monde s’en contrefiche. Et sans assise intellectuelle et mentale, cette restauration ne peut faire naître qu’une Église rétrécie. »Souffrant d’un tel contexte, nombre de fidèles viennent lui avouer leur malaise dans l’Église d’aujourd’hui. Le vieux sage leur propose une alternative. « Trouvez trois ou quatre amis et essayez de vivre des relations évangéliques. Demandez-vous comment être signifiant dans le monde et quel est l’essentiel de votre foi. Je rencontre de tels groupes informels, en lien par Internet, se réunissant de temps en temps. » Un appel à l’invention, pour vivre une quête spirituelle en liberté.
Interrogé par Le Monde le 3 avril 2010, l’archevêque de Poitiers déclarait : « Ce n’est pas en accusant la société de tous les maux qu’on éclaire les gens. C’est à nous d’apprivoiser le monde et c’est à nous de nous rendre aimables. »Neuf ans plus tard, il reprend l’idée avec une métaphore gastronomique : « Le problème n’est pas de savoir si l’on est mangé, mais de savoir si l’on est comestible. »
En regardant du côté de Rome, Mgr Rouet ne désespère pas de l’avenir. « Le pape François prend le bon chemin. Mais il n’aura pas le temps de tout faire, on a le même âge ! » Les nominations épiscopales l’irritent. « Pourquoi le Vatican nomme-t-il des prêtres à qui personne n’avait pensé ? Avant, les évêques régionaux avaient leur mot à dire. » Lucide, il sait que sa voix porte peu auprès de ses pairs de la nouvelle génération. « J’essaie de penser. Si c’est à contre-courant, tant pis. »
Patrick Nathan


* Entretiens avec Yves de Gentil-Baichis, Bayard, 2001.
** Croire, mais en quoi ? Quand Dieu ne dit plus rien, Éditions de l’Atelier, 2019, 304 p., 20 €

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 06:17
Un large consensus se dégage sur les risques du cléricalisme pour l’Église

Un large consensus se dégage sur les risques du cléricalisme pour l’Église

La Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) a dévoilé mercredi 19 juin les résultats d’une enquête qu’elle a menée, à la suite de la Lettre au peuple de Dieu du pape François, sur les catholiques et le cléricalisme.

Que pensent les catholiques du cléricalisme, dénoncé avec vigueur par le pape François ? C’est à cette question que la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) a tenté de répondre.

Pour y parvenir, le mouvement a lancé une vaste enquête, réalisée du 15 mars et le 15 avril. La CCBF a envoyé un questionnaire, conçu avec un sociologue, à son fichier d’adresses comptant environ 10 000 personnes. Plus de 4 000 réponses lui sont parvenues, soit un taux d’un peu plus de 40 %.

 « Ce taux d’un niveau exceptionnel atteste à la fois de l’actualité et de l’importance du sujet, de l’implication des catholiques concernés, et aussi de leur besoin d’écoute et de parole », souligne le communiqué, qui précise que l’échantillon n’est pas « représentatif de l’ensemble des catholiques français » mais « significatif » par sa taille.

Place des femmes

Un large consensus se dégage sur les risques du cléricalisme pour l’Église. Près de neuf répondants sur dix le considèrent comme un danger très (62 %) ou assez important (25 %). Par ailleurs, seuls 55 % des personnes qui ont répondu trouvent que les relations entre clercs et laïcs au sein de leur paroisse sont « équilibrées ».

Toutefois, 80 % des sondés assurent que les laïcs ont la possibilité d’exercer des responsabilités dans leur paroisse et 73 % (46 % tout à fait et 27 % assez) que les laïcs hommes et femmes sont traités à égalité.

L’enquête proposait une série de solutions, qui selon la CCBF, sont en mesure de mettre un terme au cléricalisme. Les répondants devaient choisir trois propositions. Un sur deux assure qu’il faudrait mettre en valeur le « sacerdoce des baptisés plutôt que le seul ministère des prêtres ». la même proportion pense que l’Église devrait « donner des postes de responsabilité aux femmes ». La troisième proposition plébiscitée (40 %) concerne la possibilité d’ordonner des hommes mariés.

« Faire entendre la voix de la base »

La fin du questionnaire laissait place à l’expression libre. Parmi les plus de 700 réponses, s’exprime d’abord une souffrance notamment face à ce qu’ils considèrent comme un « retour en arrière » qu’ils attribuent aux jeunes prêtres ou aux prêtres étrangers. Ils renâclent également à ce qu’ils considèrent comme un retour à la tradition ou au sacré. Certains se font aussi contestataires quant à l’organisation de l’Église, la formation des prêtres ou encore la légitimité de tout discours sur la morale sexuelle.

Cette enquête devrait être envoyée à l’ensemble des évêques de France et à toutes les associations et mouvements en lien avec la CCBF.

« Notre objectif est de faire entendre la voix de la base sur le cléricalisme et les abus de pouvoir, des sujets qui ne doivent pas tomber dans les oubliettes, explique Christine Tasset, responsable de la communication de la CCBF. Nous discuterons des suites à donner à cette enquête lors de nos assises du 5 et 6 octobre. Nous souhaitons que le message du Christ puisse rester audible dans notre société. »

Arnaud Bevilacqua

 

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20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 22:09
« Nous souhaitons, pour une meilleure gouvernance, que la formation permanente des « animateurs » (femmes et hommes), soit inspirée par un Esprit de fraternité »  (photo : liturgie de Pentecôte) P.RAZZO/CIRIC

« Nous souhaitons, pour une meilleure gouvernance, que la formation permanente des « animateurs » (femmes et hommes), soit inspirée par un Esprit de fraternité » (photo : liturgie de Pentecôte) P.RAZZO/CIRIC

Une tribune signée par Anne Marie AITKEN, Xavière ; Guy AURENCHE, avocat honoraire ; Laurent GRZYBOWSKI, journaliste  ; Monique HEBRARD, écrivaine ; Jean Pierre ROSA, ancien directeur général des SSF et Gérard TESTARD, responsable d’association.

 

Entre désolation, révolte, compassion et découragement, quelques ami.e.s se sont rencontrés à propos de la « crise » que traverse l’Église catholique en raison des actes de pédo-criminalité perpétrés par quelques-uns de ses membres, y compris haut placés dans la hiérarchie.

Réparer l’Église et ne pas la déserter, interroger notre foi en Christ crucifié et ressuscité, accueillir les victimes, mettre des mots sur des mécanismes destructeurs et reprendre en partie notre théologie, ne pas en rester au constat mais proposer un vrai Grand Débat dans l’Église, … les buts différent, mais tous nous nous sentons convoqués.

Nous poursuivons cet échange pour en rejoindre bien d’autres, avec un sentiment mêlé d’urgence et d’humilité créatrices, au service de l’annonce de l’Évangile !

 

§     ALTÉRITÉ. Le non-respect du principe d’altérité est à l’origine des comportements fautifs et de la passivité à leur égard. La non-possession de l’autre, la rencontre et le respect de chacun dans sa dignité originale sont des éléments centraux du message évangélique. Cette caractéristique principale du « style » de la proposition chrétienne doit s’incarner dans l’organisation de l’Église comme dans ses relations avec la société.

Au sein de la communauté, la reconnaissance de l’autre doit permettre d’ouvrir plus largement à tous et toutes le partage des diverses responsabilités nécessaires à la vie commune. Il ne s’agit pas d’un simple souci organisationnel, mais de l’expression de la féconde altérité, base de toute vie sociale et personnelle.

Dans sa relation avec le monde, l’Église, tout spécialement à la suite du Concile Vatican II, est invitée à apprendre à se mettre vraiment à l’écoute bienveillante de la société, plutôt que de donner l’impression qu’elle la juge. Est-il possible de rester sourds aux messages proposés par la sécularisation des sociétés, la quête du bonheur et de l’autonomie personnels, la vitalité des cultures ici et à travers le monde ? Cette priorité donnée à l’autre, aux autres est une condition pour la réception de la proposition d’une bonne nouvelle par nos contemporains. L’altérité ne conduit ni au relativisme réducteur ni à l’acceptation de toutes les évolutions de la société. Elle permet aux membres de l’Église d’entrer « en conversation » avec le monde et de contribuer ainsi à son humanisation.

Que la dynamique d’altérité, condition de toute fraternité, si présente dans le message biblique et dans le comportement de Jésus, inspire la nécessaire réformation de l’Église dans ses modes de fonctionnements. Que la rencontre avec le monde « autre » soit perçu comme une source de joie et de responsabilité ; non comme une menace pour la foi.

 

§     GOUVERNANCE. Cette question est centrale, à condition de ne pas la traiter pour elle-même mais en référence avec la mission confiée à la communauté des disciples de Jésus. Un système institutionnel hiérarchique – dont les dirigeants s’estiment seuls et à vie en responsabilité -, semble s’opposer ou se déployer en ignorance avec un système « associatif » fonctionnant avec des mandats limités, (associations, groupes et mouvements de laïcs), – auquel est confié la relation de générosité avec la société. Au point de nier l’égale responsabilité des chrétiens dans la prise de décisions, en particulier pour tout ce qui les concerne directement.

Au point de rendre difficilement « vivable » pour ceux et celles qui n’appartiennent pas au cercle « institutionnel », le projet de communion pourtant proclamé par les « responsables ». Au point de taire les scandales pour ne pas fragiliser l’édifice. Au point de ne penser la gouvernance qu’à travers la gestion calamiteuse de la pénurie de clercs, sans ouvrir de nouvelles pistes d’animation. Ce système -qui fait partie du cléricalisme- ne va pas jusqu’au bout de l’exigence de coresponsabilité, collégialité, synodalité présente dans l’histoire de l’Église.

Que se développent localement, en lien avec toute l’Église, des expériences différentes d’animation où le partage de l’autorité sera vécu comme un service. Que la coresponsabilité au sein de l’Église Peuple de Dieu ne soit pas ressentie comme une concurrence entre des systèmes hiérarchiquement qualifiés, mais dans le souci de la co-construction des décisions à prendre et de l’exigence d’une relecture des pratiques suivies par chacun ! Que soit créée, une Assemblée particulière de l’Église de France dont les membres seraient élus et parleraient à voix égale qu’ils soient clercs, religieux ou laïcs.

 

§     NON A LA SACRALISATION DE CERTAINES FONCTIONS. Dans la suite du souci d’une meilleure gouvernance il convient de mettre en cause, la « mise à part » qui vise certaines personnes, généralement masculines, auxquelles seules sont confiées des missions décisionnelles et sacramentelles. Ces personnes, souvent formées dans un esprit de séparation d’avec les autres -tout en prétendant être à leur service-, sont enfermées dans un sentiment « d’intouchabilité » qui peut être éprouvé tant par des clercs que par des laïcs. Les titres et les appellations qui leur sont réservés en sont souvent le signe.

C’est une autre expression du cléricalisme dénoncé par le pape François qui peut conduire à la passivité ou pire à la compromission par rapport à des pratiques non respectueuses de la dignité de la personne- tout spécialement des plus faibles-, et contraires au primat de la conscience libre qui inspire la vision chrétienne de la personne. Une telle sacralisation amène par ailleurs à enfermer l’image de Dieu dans une seule expression humaine, démarche d’idolâtrie que le message biblique dénonce fortement.

Que la formation permanente des « animateurs » (femmes et hommes) au service de la mission de la communauté soit inspirée par un Esprit de fraternité s’interdisant de faire de certains, des « représentants » de Dieu sur terre, coupés du reste de la population. Que le partage des tâches d’animation et des fonctions diverses, confiées à des hommes et à des femmes, évite de créer des castes de personnes « intouchables ».

 

§      SEXUALITÉ ET CONJUGALITÉ. La parole de Dieu et le discours de l’Église ont magnifié, la beauté de la capacité d’amour présente en chaque être humain. A certaines périodes, et encore aujourd’hui, ce discours a pris une tournure où le juridisme et l’interdiction l’emportent sur l’appel à la responsabilité. Une méfiance s’instaure, parfois inconsciemment, envers la sexualité, et le « péché de la chair » l’emporte en gravité sur tous les autres. La place faite à la femme dans ce domaine jette sur elle un discrédit contraire à la beauté du geste de la Création « Homme et Femme ».

Si nombre de textes de l’Église contredisent un tel discours, il faut bien reconnaître qu’il existe dans la communauté catholique. Une telle « obsession » négative de la sexualité ou pour le moins le manque de clarté à ce sujet, jette un discrédit sur l’ensemble des recommandations faites par l’Église dans ce domaine et augmente le fossé entre elle et la société. D’autant plus en ces temps où ceux qui tiennent les discours les plus exigeants sont parfois ceux dont le comportement est en contradiction avec les interdictions proclamées. Par ailleurs certaines des « règles » imposées par l’Église catholique dans le domaine de la conjugalité et de la procréation, apparaissent totalement décalées au regard du principe de la responsabilité reconnue à chaque personne ainsi qu’au message de confiance que propose la Bonne Nouvelle.

Que s’ouvre, à la lumière des textes relatifs à la Création qui soulignent la richesse de la relation, un vrai débat dans l’Église au sujet de ses « discours » relatifs aux pratiques de la sexualité, de la conjugalité et de la procréation. Que soit privilégié le principe de la responsabilité et de la dignité due à chaque personne. Que la sexualité soit perçue, comme un don de Dieu, un chemin vers l’épanouissement de la personne et du groupe familial.

 

- AJUSTEMENT ÉVANGÉLIQUE. Devant l’ampleur des réformes à réaliser, chacun est appelé à une conversion. Ce mot pourrait servir de fuite devant la réalité institutionnelle et structurelle qu’il convient de transformer s’il restait cantonné à une sphère intérieure et individuelle. Oui nous sommes conviés à nous laisser transformer par l’incarnation du message de Jésus. Oui nous sommes invités à devenir toujours plus « christien », adepte du Nazaréen mort et ressuscité, avant de nous rassurer dans la quiétude d’une structure de chrétienté. Oui il s’agit de re-susciter notre communauté dans la dynamique de la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur l’indifférence. Oui, suite à l’appel du Christ qui nous confie à tous et toutes la mission d’évangélisation, le « sensus fidei » donne à chacun de nous, non un pouvoir mais une responsabilité.

Parce qu’il y a urgence nous rebâtirons dans la durée et dans la diversité des approches. La patience et le débat ne sont pas démission. Ils peuvent même, et cela est sain, être affrontement. Parce tant d’êtres humains blessés par d’autres êtres humains appellent au secours, nous donnerons la priorité à leur accueil comme Jésus le fit sur les routes de Galilée. Parce que les fautes commises exigent justice nous veillerons à ce que l’évocation du pardon, si nécessaire devant tant de désespoir, ne soit pas un prétexte pour fuir les responsabilités mais l’occasion d’entendre le Christ dire « Lève-toi et marche ». Parce le fossé s’est agrandi parmi les membres de la communauté catholique nous n’utiliserons pas le légitime souci de communion pour taire les divergences ni les critiques, comme Jésus lui-même en fit l’expérience radicale.

Que dans nos réactions et propositions de réforme, dans nos comportements personnels et communautaires, nous prenions toujours le temps d’ajuster nos analyses et nos décisions à la Parole évangélique, sans nous en tenir à la seule référence à un dogme, un rite, ou à une habitude.

La Croix du 20 juin 2019 

 

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