Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
  • Contact

Recherche

Articles Récents

9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 22:01
© Père Emmanuel Tois

© Père Emmanuel Tois

Depuis plus de 50 ans, l’Église invite les fidèles à prier pour les vocations de façon toute particulière le quatrième dimanche après Pâques. Chaque vocation est unique et chaque chemin est singulier. Aleteia vous propose de découvrir le chemin du père Emmanuel Tois, ordonné prêtre après avoir été magistrat durant 16 ans.

« Dieu passe par l’homme et j’ai croisé l’homme tout le temps dans ma vie de magistrat ». Aujourd’hui curé de la paroisse Notre-Dame du Rosaire, dans le XIVe arrondissement parisien, le père Emmanuel Tois, 53 ans, a un parcours singulier. Durant 16 ans, il a été tantôt juge d’instruction, tantôt juge pour enfants ou des tutelles… Une mission captivante qui le prépare discrètement à une autre mission, celle de pasteur. « J’ai vu beaucoup de gens en souffrance. Le juge est un homme au service de la paix. Il est soucieux de prendre une décision qui soit bonne pour les gens. Ce métier m’a appris que l’écoute est fondamentale », confie-t-il à Aleteia. « Un juge écoute beaucoup. Parfois, on est angoissé et on se demande : “Qu’est-ce que je vais pouvoir dire à cette personne pour l’apaiser ?”. On a envie de bien faire et on pense que le bien va passer par la parole. On a peur. C’est lorsqu’on l’écoute vraiment qu’on apaise la personne car elle peut alors déposer quelque chose. Or, pendant que l’on cherche ce que l’on va dire, on n’écoute plus. L’Esprit saint est là et c’est lui qui souffle les choses à dire ».

 

Issu d’une famille « très mélangée au niveau de la foi », il a néanmoins vécu les grandes étapes de la vie chrétienne. En 1977, le jour de sa confirmation, le petit Emmanuel reçoit l’appel au sacerdoce de façon très nette. « Ce jour-là, j’ai vraiment senti l’Esprit saint », se rappelle-t-il. À partir de là, il décide d’aller à la messe chaque dimanche et il y reste fidèle, devenant servant d’autel. « L’eucharistie m’a attiré et m’a façonné », poursuit le père Emmanuel Tois. La messe prend une place grandissante dans la vie du jeune adolescent qui n’hésite pas à profiter des retrouvailles familiales pour vivre à sa façon la vocation qu’il pressent. « Je me suis mis à jouer à la messe dans le grenier de ma grand-mère », ajoute-t-il avec une pointe d’amusement. Quelques vieilles fripes en guise d’aubes et d’ornements liturgiques et une poignée de bonbons pour les hosties font l’affaire. Et là, tout aussi calme qu’il est, le futur officiant qu’il est n’entend pas céder sa place. « Le prêtre, c’était moi ! ».

Un métier qui le prépare à sa future mission

Son bac en poche, il fait part à ses parents de son désir de rentrer immédiatement au séminaire. Sans désapprouver cette vocation, ces derniers l’invitent à commencer des études. Un premier obstacle qui lui fera pourtant le plus grand bien. « Je ne sais pas ce que je serais devenu aujourd’hui si j’étais rentré au séminaire à 18 ans », reconnaît-il. Il s’engage dans des études de droit « un peu par hasard » et à sa grande surprise, elles le passionnent au plus haut point. Mais après seize ans de métier, son désir de devenir prêtre n’a pas disparu.

Un choix qui lui donne la paix

Un nouvel obstacle apparaît alors : la question du célibat. « Si je faisais ce choix, je voulais pouvoir respecter ce célibat et le vivre de façon équilibrée. On n’est pas congelé quand on devient prêtre. Cela a pris du temps. À ce moment-là, je n’avais pas conscience de l’importance de la prière. Le Seigneur aide énormément. Cela me semblait un fardeau très difficile à porter. À présent, je reconnais que ce n’est pas si difficile que cela car je remets cela dans les mains du Seigneur et j’ai reçu la grâce du sacrement ». Enfin, dernier obstacle : l’argent. Le magistrat qu’il est mène une vie aisée et n’a pas à se soucier du lendemain. Démissionner ? Lâcher son appartement ? « Un prêtre gagne le SMIC. Je me suis mis à paniquer : “Comment ferai-je pour vivre avec si peu d’argent ? ” ». Mais à l’approche de la quarantaine, l’appel est plus fort et il doit trancher. Lorsqu’il choisit d’entrer au séminaire, la paix qu’il ressent lui indique qu’il a pris la bonne décision.

Plusieurs figures ont compté dans sa vocation, lui transmettant des valeurs essentielles : ses parents grâce auxquels il a découvert la beauté du métier de magistrat, un oncle prêtre auquel il a pu confier sa vocation, sa grand-mère athée à laquelle il était très lié et qui lui a lancé un jour : « Tu as de la chance d’avoir la foi ». Ordonné prêtre l’année de ses 47 ans, il voit un lien évident entre ses deux « métiers » : « Le point commun entre le magistrat et le prêtre, c’est leur contact profond avec l’humain ».

 

Domitille Farret d'Astiès

 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
21 mars 2019 4 21 /03 /mars /2019 08:44
Mgr Olivier Ribadeau Dumas, secrétaire général et porte-parole de la conférence des évêques de France (CEF), le 17 mars 2016.  / ERIC CABANIS/AFP

Mgr Olivier Ribadeau Dumas, secrétaire général et porte-parole de la conférence des évêques de France (CEF), le 17 mars 2016. / ERIC CABANIS/AFP

Le pape François n’a pas accepté la démission que lui avait présentée, lundi 18 mars, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon. L’annonce a suscité de nombreuses réactions.

Interrogé au micro de France Info, mercredi 20 mars, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France (CEF) a fait part de son « étonnement ». « Je m’attendais plutôt soit à une acceptation totale soit un refus d’accepter total, mais pas une solution entre les deux », a-t-il précisé.

Suspendu à l’appel du cardinal

Cherchant à expliquer la décision du pape François de refuser la démission du cardinal Philippe Barbarin, Mgr Pontier a pointé la tension entre « deux conflits », « celui de la procédure de la justice et celui de la procédure canonique ». « Le pape a choisi d’attendre la fin de l’appel qu’ont fait les avocats du cardinal Barbarin », assure le président de la CEF.


Ce dernier a également reconnu que le cardinal Barbarin est « dans une situation inconfortable qui n’est pas codifiée (…) On est dans une situation un peu floue. Se mettre en retrait n’est pas canoniquement un statut. » Mgr Pontier, qui a pu échanger avec l’archevêque de Lyon, assure qu’il « cherche le bien du diocèse ». « Lui-même a souffert, le diocèse a souffert, les victimes ont souffert pendant ces trois ans », a aussi expliqué Mgr Pontier qui a redit la volonté de l’Église de France de « poursuivre cette action contre cette pédocriminalité terrible ».

Des victimes désorientées

Invité sur les ondes de RTL, Mgr Olivier Ribadeau Dumas, secrétaire général et porte-parole de la conférence des évêques de France (CEF) a partagé l’étonnement de Mgr Pontier. Mgr Ribadeau Dumas a également assuré comprendre « ceux qui sont désorientés par cette décision » et particulièrement les victimes du père Bernard Preynat. Pour autant, il a cherché à expliquer la décision du pape François.
« Il y a une cohérence dans l’attitude du pape parce qu’il a déjà sanctionné des évêques, chiliens ou dans d’autres pays, lorsqu’il était avéré qu’ils avaient commis une faute, a-t-il indiqué. Le fait que le cardinal ait fait appel du jugement du tribunal correctionnel de Lyon rebat les cartes et, à nouveau, il est présumé innocent. Il faut donc attendre le verdict de la cour d’appel pour savoir ce qu’il en est. À ce moment-là, il prendra une décision définitive. »
Le porte-parole de la CEF a également défendu la cohérence du cardinal Barbarin. « C’est pour cela qu’il se met en retrait et qu’il ne gérera plus les affaires du diocèse de Lyon », a précisé Mgr Ribadeau Dumas sur RTL.


Perte de crédibilité

Parmi les autres réactions, Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, sur France Bleu Alsace, mercredi 20 mars, a « essayé de comprendre la logique du pape ». « En fait, il veut respecter la justice civile jusqu’au bout », a-t-il affirmé, comprenant toutefois le désarroi des victimes. Dans un contexte de crise profonde de l’Église catholique, Mgr Ravel a eu des mots forts assurant qu’elle « a perdu quasiment toute crédibilité au moins en tant qu’institution ».
Sur Europe 1, mardi 19 mars, Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, avait lui salué la décision « digne et juste » du cardinal Barbarin. « Je n’imagine pas que le cardinal Barbarin reprenne sa charge, mais peut-être que le pape lui demandera », a-t-il ajouté.
Commentant le refus du pape François d’accepter la démission du cardinal Barbarin, qui pourrait apparaître en contradiction avec la tolérance zéro affichée du Vatican, Mgr Rougé espère que l’Église « progresse en clarté et en lisibilité » quant à sa ligne de conduite sur ces situations délicates.

Arnaud Bevilacqua


Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 21:13
Le Père Christian Delorme répondant aux questions des journalistes en marge de l'audience du tribunal correctionnel de Lyon lors du procès Barbarin /  Maxime Jegat/Le Progrès/MaxPPP

Le Père Christian Delorme répondant aux questions des journalistes en marge de l'audience du tribunal correctionnel de Lyon lors du procès Barbarin / Maxime Jegat/Le Progrès/MaxPPP

On ne vous attendait pas au « procès Barbarin ». Est-ce à la demande du cardinal que vous avez suivi tous les débats ?
Père Christian Delorme : C’est vrai que cela a été une demande du conseil épiscopal, afin de montrer que l’Église de Lyon était bien présente, que le cardinal et ses co-cités à comparaître n’étaient pas seuls. J’avais pour mission de faciliter la discussion autour de cet événement, au cas où le climat aurait été tendu. Je redoutais que des personnes viennent manifester leur haine à l’encontre du cardinal, car il a soulevé ces dernières années beaucoup d’animosité. Heureusement, ces réactions ne se sont pas manifestées dans l’enceinte du tribunal. Au contraire, le climat était paisible, sans haine. Je suis admiratif des victimes, quelle dignité !
Qu’est-ce qui vous a marqué ?
P. Christian Delorme : La densité de l’événement. C’était une épreuve. Je rentrais chez moi les épaules lourdes des témoignages entendus. Ces témoignages des victimes étaient bouleversants, parce que tellement véridiques. Leur avocate, Me Loizzo, a dressé une sorte de martyrologe impressionnant. Je sentais leur souffrance, et j’avais envie d’aller leur serrer la main.
Vous l’avez fait ?
P. Christian Delorme : J’ai parlé avec Alexandre Hezez, j’ai aussi serré la main de François Devaux mais j’avais une certaine pudeur. Et puis c’est trop facile de serrer la main en disant”je vous admire’’. Savoir comment se positionner dans un procès est compliqué. Ça l’était encore plus pour les prévenus, car ils étaient animés à la fois d’un désir de justice - ils ont fait l’objet de poursuites injustes et sont très meurtris d’avoir été traînés dans la boue, depuis deux ans, assimilés à des pédophiles -, et en même temps, d’une compassion réelle pour les victimes. Or il est très compliqué de faire entendre une parole sincère, car très vite cela semble un langage convenu de curé. Comment être authentique ? Régine Maire a dit à un moment : « Mon rapport avec l’Église, c’est ’’je t’aime, moi non plus’’ », elle ne triche pas. Quand Xavier Grillon a pris la parole, il avait envie de pleurer, on l’a entendu, là aussi c’est authentique.
Procès Barbarin : parler ou se taire, l’hésitation des prévenus
Le choix du silence de la défense a été très mal perçu par les victimes...
P. Christian Delorme : Je crois que la plupart des prévenus avaient envie de parler mais, aujourd’hui, avec les médias, vos propos sont livrés instantanément hors du prétoire sur les réseaux sociaux, avec le risque d’être déformés. Les cités à comparaître voulaient éviter cela. Mais ce choix n’a pas été bien compris effectivement, d’autant que la présidente du tribunal n’a pas laissé l’avocat de Pierre Durieux (l’ancien directeur de cabinet du cardinal, NDLR.), le premier à s’exprimer, expliquer son choix. Aussi lorsqu’elle a vu que le silence était mal perçu, la défense a changé. Heureusement le cardinal a répondu. Et les autres aussi, quasiment à toutes les questions. C’était plus respectueux des victimes, venues pour parler mais aussi pour entendre.
Les avocats de la défense ont affirmé qu’il n’y avait pas de faute pénale, tout en reconnaissant des erreurs de gestion du cardinal. Est-ce que ça n’aurait pas été plus fort que l’archevêque le reconnaisse lui-même à l’audience ?
P. Christian Delorme : Le cardinal a reconnu déjà à plusieurs reprises des erreurs dans la gestion du diocèse, mais pas au procès car, pour la défense, ce procès devait être le lieu d’un jugement sur des arguments de droit et pas celui d’un mea culpa.
Au procès Barbarin, « ne pas réparer une injustice par une autre injustice »
Qu’attendez-vous du délibéré, qui sera rendu le 7 mars ?
P. Christian Delorme : Quel qu’il soit, j’espère qu’il y aura plus de parole partagée. S’il ne porte que sur des arguments procéduraux, ce ne sera pas satisfaisant. Il faut espérer que le tribunal, s’il va dans le sens de la relaxe, développera son argumentation.
Qu’avez-vous retiré de ce procès ?
P. Christian Delorme : Je suis ressorti pas tout à fait pareil, surtout à l’égard de la Parole libérée. Je ne comprenais pas très bien leur combat contre le cardinal que je connais. J’entendais sa souffrance, son désarroi. Je les ai vus dans leur vérité et ils m’ont beaucoup ému. On a toujours intérêt à faire circuler la parole. Et le fait que tous aient pu prendre la parole, les victimes, qui avaient choisi cet espace, comme les mis en cause, est déjà un acquis remarquable.
Ensuite, j’ai été frappé de voir le décalage entre le monde du cardinal et le monde des victimes et des journalistes, qui ne fréquentent pas l’Église et n’en ont pas les codes. Les incompréhensions que cela soulevait. Même la présidente du tribunal, qui ignorait ce qu’est une officialité (tribunal d’Église, NDLR.). L’Église s’enferme dans des codes qui deviennent incompréhensibles pour la société. Nous devons travailler à partager nos codes.
Et pour l’Église, quelles sont les leçons de ce procès selon vous ?
P. Christian Delorme : La question du cléricalisme soulevée par le pape François, c’est-à-dire ce sentiment de toute-puissance du prêtre, est un vrai chantier. Ce qui a permis ces crimes, c’est notamment le comportement de toute-puissance et d’impunité du prêtre.
On peut y répondre en augmentant le contrôle collectif entre prêtres, comme certains le suggèrent. Mais pour moi, c’est encore une forme de cléricalisme. Il s’agit plutôt de travailler avec les autres, avec la société, avec les laïcs sur un pied d’égalité. Acter que certes, les prêtres ont un ministère spécifique, mais tous les baptisés sont à égalité, ce qui signifie développer d’autres formes d’organisation dans nos diocèses. On se trompe lorsqu’on pense que toute responsabilité d’importance doit être coiffée par des prêtres.
Affaire Preynat, le procès du cardinal Barbarin

Céline Hoyeau

 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 08:25
Mgr Ginoux, un évêque avec les Gilets jaunes

Mgr Ginoux, un évêque avec les Gilets jaunes

À l’heure où nous écrivons, notre pays n’est pas encore sorti de la crise dite « des gilets jaunes » : crise révélatrice d’un malaise très profond et très ancien, qui engendre une grave défiance envers les responsables politiques.

Il serait à coup sûr très dommageable que cette situation délétère se prolonge. Mais chacun sent, plus ou moins confusément, que la sortie de crise sera difficile car les enjeux sont tout autres que conjoncturels : il en va de notre capacité collective d’espérer et de bâtir l’avenir. Comme nous l’écrivions il y a deux ans, « il faudrait être sourds ou aveugles pour ne pas nous rendre compte de la lassitude, des frustrations, parfois des peurs et même de la colère, intensifiées par les attentats et les agressions, qui habitent une part importante des habitants de notre pays, et qui expriment ainsi des attentes et de profonds désirs de changements. Il faudrait être indifférents et insensibles pour ne pas être touchés par les situations de précarité et d’exclusion que vivent beaucoup sur le territoire national » (1).

Nous constatons que notre démocratie manque de lieux d’échange et de réflexion qui pourraient permettre l’émergence à une large échelle de suggestions positives élaborées ensemble. L’affaiblissement de nombreux partis politiques et un recul significatif de l’engagement syndical contribuent à ce déficit. Où nos concitoyens trouveront-ils des lieux appropriés pour ce travail si urgent ?

L’Église catholique dispose d’un maillage de milliers de paroisses, réparties sur l’ensemble de notre territoire et riches de la présence de multiples mouvements, aumôneries et associations de fidèles. Lieu de prière, en particulier liturgique, la paroisse est aussi par nature et par vocation la « maison de famille fraternelle et accueillante » (2) pour tous et la « famille de Dieu, fraternité qui n’a qu’une âme » (3). À ce moment de notre histoire, nous pouvons le montrer et apporter notre contribution pour aider notre société tout entière à surmonter la crise qu’elle traverse. Sans se substituer aux politiques, l’Église offre un espace pour faire grandir la fraternité.

Notre proposition

Nous sommes à quelques jours de Noël, mais dès maintenant il est possible d’entreprendre une réflexion qui pourra se poursuivre tout le temps nécessaire, en lien avec tout ce qui se déroulera sur le territoire. C’est maintenant que nos concitoyens ont besoin de débattre entre eux et de disposer de lieux pour le faire.

C’est pourquoi nous vous proposons, dans les semaines à venir, de susciter partout où ce sera possible des groupes d’échanges et de propositions en invitant très largement d’autres personnes, partageant ou non notre foi, qui peuvent être intéressées d’y participer et d’y apporter leurs idées.

Pour ce travail, à titre de pistes de réflexion, nous vous suggérons les cinq questions suivantes :

1. Quelles sont selon vous, en essayant de les hiérarchiser, les causes principales du malaise actuel et des formes violentes qu’il a prises ?

2. Qu’est-ce qui pourrait permettre aux citoyens dans notre démocratie de se sentir davantage partie prenante des décisions politiques ?

3. Quels sont les lieux ou les corps intermédiaires qui favoriseraient cette participation ?

4. Quel « bien commun » recherché ensemble pourrait fédérer nos concitoyens et les tourner vers l’avenir ?

5. Quelles raisons d’espérer souhaitez-vous transmettre à vos enfants et petits-enfants ?

Nous vous suggérons de transmettre vos réponses à vos élus. Votre évêque lui aussi sera heureux d’en être informé.

 

(*) Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France : Mgr Georges PONTIER, archevêque de Marseille, président de la CEF ; Mgr Pierre-Marie CARRÉ, archevêque de Montpellier, vice-président de la CEF ; Mgr Pascal DELANNOY, évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF ; Mgr Michel AUPETIT, archevêque de Paris ; Mgr Jean-Pierre BATUT, évêque de Blois ; Mgr François FONLUPT, évêque de Rodez ; Mgr Stanislas LALANNE, évêque de Pontoise ; Mgr Philippe MOUSSET, évêque de Périgueux ; Mgr Benoît RIVIÈRE, évêque d’Autun ; Mgr Pascal WINTZER, archevêque de Poitiers.

(1) Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, Dans un monde qui change retrouver le sens du politique, coédition Bayard-Cerf-Mame 2016, p. 12 ; DC 2017, n. 2325, p. 5.

(2) Pape Jean-Paul II, Exhortation apostolique Christifideles laici, 1988, n. 26 ; DC 1989, n. 1978, p. 153.

(3) Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Église Lumen Gentium, n. 28.

 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 18:24
Interview de Anne-Marie Pelletier : « Jusqu’où peut-on débattre dans l’Eglise ? »

Questionner l’Église n’est pas forcément la remettre en question  ! Un entretien avec Anne-Marie Pelletier, théologienne, lauréate du prix Ratzinger 2014, autour des grandes questions qui agitent l’Église et dont il n’est pas toujours facile de débattre.

 

Débattre au sein de notre Église vous semble-t-il aujourd’hui facile ?

AMP : Avant de parler des difficultés du débat, il me semble qu’il faut commencer par poser la question de sa légitimité dans l’Église. L’idée est loin d’être acquise. Elle continue à se heurter plus ou moins dans la conscience commune à la distinction entre Eglise enseignante et Eglise enseignée, fortement affirmée par le concile de Trente. D’un côté, le magistère est détenteur du savoir et de la parole. De l’autre, le peuple des fidèles acquiesce dans l’obéissance aux vérités de la foi. Le dogme de l’infaillibilité pontificale a renchéri sur cette vision au 19e siècle, dans un contexte de repli défensif de l’Eglise sur des formulations intangibles. Le concile Vatican II nous a libéré de ces étroitesses. Il nous a rendus à une vision renouvelée, dynamique de la vie de l’Eglise, ouverte sur le dialogue, en son sein et avec le monde de ce temps. En 1964 déjà Paul VI conviait l’Eglise à se faire dialogue, parole, conversation. Et la nature synodale de l’Eglise a été fortement réaffirmée depuis. Il s’agit bien que tous marchent ensemble, laïcs, pasteurs, évêque de Rome, qu’ils affrontent ensemble les questions de la vie de l’Eglise. Mais il nous faut reconnaître qu’aujourd'hui même cette intelligence de l’identité et de la vie de l’Eglise reste un peu une idée neuve…

 

Débattre en Eglise serait pour certains faire obstacle à l'unité des chrétiens ?

AMP : Envisager le débat, c’est envisager qu’il puisse y avoir du pluriel dans la manière de recevoir l’Évangile, de comprendre la vie chrétienne, d’organiser l’institution. Or nous avons souvent une vision faussée du pluriel et de l’unité. Nous pensons le pluriel sous le signe de la division ou du relativisme. Simplification très dommageable ! Car le pluriel est d’abord le sceau de l’excès divin que la foi incorpore : il faut de la polyphonie pour faire émerger le visage du Dieu de la révélation. Et il faut aussi faire droit au pluriel, simplement parce que la vie est complexe, et que c’est dans cette complexité que Dieu se fraye un chemin et que l’Eglise est appelée à vivre. Ouvrons les Actes des apôtres. Dès la première génération chrétienne, il y eut du débat entre les uns et les autres, parfois des dissentiments sérieux qui ont obligé à se réunir, à se parler, à inventer le dépassement des conflits. De la même façon encore, l’histoire du concile Vatican II est celle d’une maturation théologique qui s’est faite à travers un débat intense entre les évêques du monde. Il faut que nous retrouvions confiance dans le dialogue et le débat, les uns avec les autres. Ce qui demande incontestablement du courage à un moment où la tendance lourde des sociétés est celle d’un repli sur des convictions et des identités rabattues sur elles-mêmes.

 

Quelles sont les questions sur lesquelles il serait urgent d’engager le débat ?

AMP : Elles sont évidemment nombreuses. Certaines peuvent être explosives. Il faut donc que nous commencions par admettre que questionner ensemble une réalité de la vie de l’Eglise n’est pas ipso facto la mettre en question. J’essaie de plaider, pour ma part, la cause d’une sagesse chrétienne qui privilégie la confiance et l’écoute de l’autre, le respect de la complexité de la vie, sous l’horizon d’une Parole de Dieu dont nul ne doit prétendre avoir fait le tour. Prenons l’exemple du célibat des prêtres, dont nous savons qu’il n’est pas sans rapport avec les drames de l’actualité. Serait-il impossible de réfléchir ensemble tout simplement déjà au signe qu’il veut porter, à l’accès à ce signe dans notre société, aux conditions qui permettent qu’il soit vécu, ou encore à ce que signifierait l’ordination d’hommes mariés comme dans la tradition orientale ? Sur un mode mineur, anecdotique, je pense aussi à la question des « servantes d’assemblées ». Du minuscule, mais qui peut déclencher des passions picrocholines, tant la liturgie est une réalité inflammable. Et qui, en fait, sous des dehors folkloriques, dissimule des questions de fond sur l’accès à l’autel, donc sur le féminin et le masculin dans l’Eglise, sur une conception sacralisante de la fonction presbytérale. Un vrai chantier, en réalité, pour s’expliquer ensemble sur des matières essentielles.

 

Y a-t-il une question qui vous tient particulièrement à cœur et pour laquelle vous regrettez le manque de débat ?

Ayant consacré une bonne partie de ma vie à travailler les Ecritures, je suis particulièrement sensible à la nécessité d’en faire pour la théologie, mais aussi pour la vie quotidienne des chrétiens, la source d’inspiration et de conversion. Le pape François invite tout un chacun à les prendre pour « compagne de voyage » dans Amoris laetitia. Superbe exhortation, mais comment la rendre réalisable ? Et encore, si la Parole de Dieu est censée irriguer ainsi toute la vie des croyants, qu’en résulte-t-il pour ce que l’on appelle la « diaconie de la Parole » ? Où et comment s’exerce-t-elle dans l’Eglise ? Qui en a la charge dans l’institution ecclésiale ? Pas sûr que l’on puisse s’en tenir à la considération de l’homélie dominicale. Celle-ci pose d’ailleurs des problèmes. Tout bas, les laïcs se le disent. Et le pape, tout haut, reconnaît qu’il y a un vrai sujet. De quelles manières plurielles la Parole de Dieu peut-elle être servie, éclairer les intelligences et les pratiques, aujourd’hui, dans l’Eglise ? Si l’on en parlait plus dans les communautés chrétiennes…

 

Et sur la question du cléricalisme dont le pape nous demande de sortir ?

AMP : Il est évident qu'il y a de l’abus de pouvoir dans l’institution ecclésiale, et d’autant plus redoutable quand ce pouvoir se revendique d'une autorité divine. En ce sens, je conteste un peu une manière de relativiser les scandales actuels en invoquant le fait qu’il y a du cléricalisme dans la manière dont certains laïcs peuvent exercer leurs responsabilités. Partout où il y a du pouvoir dans nos sociétés, il y a des dévoiements et des abus. Mais le problème est porté à un point extrême quand c’est de « droit divin » qu’un pouvoir s’exerce. Le remède ne peut être que de retrouver la juste identité du sacerdoce ministériel dans son rapport au sacerdoce baptismal. Ce qui implique déjà de renoncer à une sacralisation, d’ailleurs fort peu évangélique, de la fonction presbytérale. Ne nous nous dissimulons pas que le cléricalisme se joue déjà dans une certaine manière d’isoler le prêtre dans une excellence qui le place au-dessus de tous. Les laïcs ont une part certaine de responsabilité dans ce gauchissement de l’identité sacerdotale. Le remède est simultanément de reprendre la mesure de la dignité et de la mission qui vont avec le baptême. Gaudete et exsultate, qui décrit longuement ce qu’est la vocation de tous à la sainteté, est en l’occurrence une bonne lecture, à recommander.

 

Comment faire bouger les choses, après des siècles de sacralité derrière nous ?

AMP : Il y a chez les humains que nous sommes un goût atavique pour la sacralisation ! C’est d’ailleurs le propre du monde païen, selon les Ecritures bibliques, que de répondre largement à cette demande. La fréquentation des Ecritures est ici un excellent antidote. Un seul est saint, comme un seul est Prêtre. Cela étant, il faut que le peuple chrétien apprenne plus souvent de la bouche de ses prêtres à se connaître selon toute la grandeur de sa vocation baptismale. Ce qui implique évidemment que ces derniers soient entraînés au séminaire à penser et vivre une ecclésiologie de communion.

Mgr Aupetit, archevêque de Paris, demande que des femmes soient présentes dans les séminaires et participent au processus de discernement. Qu'en pensez-vous ?

AMP : C’est là évidemment une proposition majeure. Mais, malgré des évolutions positives - le fait même d’envisager la chose - il est clair que la réalisation à court terme d’un tel projet est problématique. Les séminaires en reviennent de plus en plus aujourd’hui à un entre-soi, où les prêtres sont formés exclusivement par des prêtres, sans ouverture sur cet extérieur qui sera pourtant le lieu de leur ministère et de leurs responsabilités. Comment remonter cette pente ? J’avoue pour l’heure mon pessimisme.

 

Vous-même, en tant que théologienne, êtes-vous invitée dans des séminaires ? Votre parole est-elle écoutée ?

AMP : Oui, et cela fait partie des nouveautés heureuses de la vie de l’Eglise. J’enseigne au séminaire depuis nombre d’années et je suis même sollicitée aujourd’hui pour donner des retraites à des prêtres, comme j’en donne depuis plus longtemps encore dans des communautés monastiques, y compris masculines. Mais, dans le même temps, je suis bien obligée de constater que le corps enseignant féminin diminue dans des séminaires qui lui furent naguère accueillants. À l’évidence certains séminaristes regimbent à apprendre la théologie de la bouche de femmes. Pourtant il serait essentiel que le cours d’ecclésiologie, tout particulièrement, fasse droit à une intelligence de l’Eglise ouverte à son amplitude totale, rappelant que le sacerdoce baptismal est l’englobant, comme le rappelle avec force le pape François.

 

Vous dites qu'il y a moins de femmes dans les séminaires aujourd'hui. Est-ce parce qu'on ne les invite pas, ou parce qu'il y a moins de femmes formées à l'enseignement de la théologie ?

AMP : Il existe tout un vivier de femmes formées, qui ont tous les diplômes canoniques nécessaires. Mais, comme on le rappelle mezza voce à celles qui expriment le désir de se former, les diplômes ne leur garantissent aucun droit à accéder à des responsabilités ecclésiales. Par ailleurs je constate un reflux de la présence des femmes dans des promotions de séminaire qui, naguère, incluaient un nombre significatif de femmes. Il y avait pourtant là une disposition très heureuse pour favoriser la connaissance et la reconnaissance mutuelles, pour expérimenter tous les gains qu’il y a à travailler ensemble - hommes et femmes - les Ecritures, à parler la foi au masculin et au féminin.

Et pourtant le débat sur la place de la femme dans l’Eglise n’est pas nouveau.

Disons que, depuis le pape Jean XXIII faisant de la promotion des femmes un « signe des temps », l’institution ecclésiale s’est ouverte à la présence et à l’expérience des femmes dans l’Eglise et dans les sociétés. Je refuse, pour ma part, de banaliser cette nouveauté. Mais, avec le recul du temps, nous mesurons aujourd’hui les difficultés qui restent à surmonter pour que l’Eglise existe, pense, agisse en associant véritablement hommes et femmes dans sa théologie et son gouvernement. Il nous faut bien reconnaître que certains discours de célébration de la femme font courir le risque de tenir les femmes à distance de la vie concrète de l’Eglise. Il reste encore beaucoup à faire pour que celle-ci intègre le féminin au pluriel, si j’ose dire. Pour que les femmes chrétiennes, dans la diversité de leurs états et de leurs conditions, soient reconnues partie prenante de la mission de l’Eglise.

Le pape François vous semble t - il être conscient de cela ?

Je suis convaincue que, de par sa longue expérience d’homme et de pasteur, le pape François a une claire vision du problème. Dans la mesure où il le peut - mais un pape n’est pas tout-puissant ! - il a le souci de favoriser une vraie promotion des femmes dans le gouvernement de l’Eglise. Dans le même temps, il réouvre concrètement notre ecclésiologie à l’amplitude de ce qu’il appelle « le saint peuple de Dieu ». Et encore il met en œuvre concrètement la synodalité, dont nous avons retrouvé le sens et l’urgence durant les décennies récentes, mais qui peine à entrer vraiment dans la culture des chrétiens. Comme on sait, il en appelle vigoureusement au peuple des baptisés auquel il rappelle avec insistance sa dignité et sa mission. L’appel est lancé. Il reste à y répondre.

 

Interview accordée à Sophie De Villeneuve en octobre 2018

 

Lien à la Source

 

 

Partager cet article

Repost0
5 octobre 2018 5 05 /10 /octobre /2018 20:13
Synode des jeunes : regard de frère Alois de Taizé sur les enjeux de cette rencontre

Frère Alois, prieur de la communauté œcuménique de Taizé sera l’invité spécial du Pape François lors du Synode sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. C’est la troisième fois qu’il assiste à un synode des évêques et participe aux débats. Son expérience, ses discussions et rencontres avec les milliers de jeunes qui viennent se ressourcer chaque année sur la colline de Taizé, en Bourgogne, lui permettent de livrer un témoignage réfléchi et avisé sur six des sujets qui seront débattus au cours de ce synode.

Écoute et accueil

 

Les jeunes, consultés sur leurs attentes en amont de ce synode, ont pointé de façon unanime la nécessité de se sentir écoutés et accueillis par l’Église. Les différentes conférences épiscopales qui ont participé aux réflexions pré-synodales affirment que les jeunes désirent une Église « moins institutionnelle et plus relationnelle », capable d’« accueillir sans juger à l’avance », une Église « amie et proche », une communauté ecclésiale qui soit « une famille où l’on se sent accueilli, écouté, protégé et intégré ». Frère Alois souligne que cette dimension fraternelle ne doit pas être une option chez les chrétiens. Les frères de la communauté ont à cœur de vivre concrètement ces valeurs avec les milliers de jeunes qui leur rendent visite chaque année : « A Taizé, les jeunes découvrent un espace où la bienveillance et la confiance sont possibles ! Une société sans pardon ne peut pas survivre : sans pardon, il n’y a pas d’avenir car seuls règnent le soupçon et la méfiance… »

Témoignage et transmission

Un des sujets majeurs qui sera abordé à Rome en octobre porte sur la dimension missionnaire du christianisme. Pour frère Alois, « le dire ne suffit plus. La mission se fait par contagion, et plus seulement par les mots. Il faut encourager le contact personnel qui permet l’écoute. » Cette recommandation fait écho à ce que recherchent les jeunes dans leur quête de sens et leur recherche spirituelle. Trois-cents jeunes du monde entier étaient réunis à Rome en mars dans le cadre d’un « pré-synode des jeunes ». Il a été mentionné à ce moment-là que « les jeunes veulent des témoins authentiques, des hommes et des femmes qui donnent une image vivante et dynamique de leur foi et de leur relation avec Jésus, des personnes qui encouragent les autres à approcher, rencontrer et tomber amoureux de Jésus ».

Vocation

Mariage, vie religieuse… Aujourd’hui la majorité des jeunes ne se reconnaissent pas dans ces propositions qui sont souvent considérées comme les seules pistes que l’Église propose aux jeunes pour s’accomplir dans leur vocation. Le document préparatoire au Synode réaffirme que le concept de vocation a trait à l’appel au bonheur que le Christ adresse à chacun. Frère Alois partage cette vision « On sent toujours chez les jeunes un grand désir : la soif d’un amour pour toujours » qui dépasse « les nombreuses séparations auxquelles les jeunes assistent, dans les familles mais aussi dans l’Église », explique-t-il. Frère Alois rappelle que la réponse à l’appel vocationnel de chaque jeune s’ancre dans le choix renouvelé de suivre le Christ, quelle que soit la forme que prend cet engagement. « A nous de leur montrer que le oui est possible, même dans nos propres fragilités, s’ils s’appuient constamment sur le Oui de Dieu afin qu’ils osent garder le goût de cet engagement à vie. La possibilité de revenir au Oui de Dieu, même après nos échecs, nos fautes, peut faire tomber les peurs de l’Appel. »

Accompagnement et discernement

Aider chaque jeune à trouver une réponse individuelle à la question de sa vocation demande un investissement particulier de l’Église pour accompagner les jeunes et leur servir de guide dans leur cheminement. Comme le rappelle l’Instrumentum Laboris, « l’accompagnement des jeunes générations n’est donc pas un choix optionnel dans l’éducation et l’évangélisation des jeunes, mais un devoir pour l’Église et un droit pour chaque jeune ». Frère Alois souligne également la nécessité que « tout  « Oui au Christ » soit accompagné ! L’Église doit donc trouver des formes nouvelles d’accompagnement de toutes les étapes de la vie qui ne se résument pas au séminaire ou à la préparation au mariage. Finalement, comment faire fructifier le oui à la grâce baptismale ? »

Une question qui ne manquera pas d’être abordée lors de ce synode : « Nous sommes frappés par les demandes d’accompagnement, notamment lors des retraites en silence qui requièrent de la part des frères une écoute très profonde ! », confie frère Alois.

 

Nouvelles technologies

Les travaux préparatoires du synode ont accordé une grande place aux nouvelles technologies. Elles font partie intégrante de la vie des jeunes et sont un lieu de nouvelle évangélisation (vidéos de témoignages, homélies en ligne etc). Toutefois, les nouvelles technologies sont également des lieux de grande détresse pour les jeunes comme le souligne l’Instrumentum Laboris : « La « toile » représente aussi un territoire de solitude, de manipulation, d’exploitation et de violence ».

A Taizé, on ne trouve pas d’écran ni de système perfectionné de sonorisation. Les nouvelles technologies semblent être une réalité lointaine dans ce village qui fourmille pourtant de jeunes modernes et connectés. Frère Alois souligne que « l’absence d’écrans permet aux jeunes de se rendre compte assez naturellement de la beauté de la relation aux autres, leur donne le goût de la rencontre. Cela passe notamment à travers les services que les jeunes sont amenés à rendre quand ils viennent à Taizé : distribution du repas, vaisselle… »

Comment réussir à éloigner ces jeunes parfois hyper-connectés des réseaux sociaux et autres outils numériques qui sont au cœur de leurs vies ? Frère Alois l’explique avant tout par un désir de simplifier le mode de vie et par des moyens financiers limités : « Si les nouvelles technologies sont peu présentes, c’est parce que nous proposons aux pèlerins de vivre le plus simplement possible pour que leur contribution financière soit la plus modeste ». Simplicité et pauvreté forment le quotidien de la communauté et permettent aux frères de remettre le contact fraternel au cœur de leurs vies. C’est donc tout naturellement que les jeunes en visite sur la colline adoptent cette philosophie, profondément chrétienne.

 

Œcuménisme et unité des chrétiens

 

A l’heure où les jeunes ont accès par leurs lectures, leurs voyages, leurs rencontres à une découverte des pluralités religieuses, la majorité des 18-29 ans en recherche spirituelle ne se tournent pas vers l’Eglise catholique. La communauté de Taizé est œcuménique et les jeunes qui viennent se ressourcer dans la beauté des prières proviennent d’horizons très variés.

Frère Alois en fait l’expérience chaque jour : « Les jeunes ne nous posent pas d’abord des questions confessionnelles : leurs interrogations sont beaucoup plus fondamentales, et touchent à la possibilité de croire aujourd’hui. Nous rendons grâce pour la possibilité qui nous est donnée à Taizé de prier quotidiennement ensemble et de vivre régulièrement l’hospitalité eucharistique. »

Ce sujet de la spiritualité ne manquera pas d’être abordé lors du synode des évêques à la lumière de ce que qu’écrit le Pape François dans sa dernière exhortation apostolique, GAUDETE ET EXSULTATE : « Dans son histoire concrète, le peuple de Dieu est un peuple aux multiples visages, puisqu’il « s’incarne dans les peuples de la terre, chacun de ses membres [ayant] sa propre culture » (EG 115). En son sein, l’Esprit Saint « suscite une grande richesse diversifiée de dons et en même temps construit une unité qui n’est jamais uniformité mais une harmonie multiforme qui attire » (EG 117).

Anne Thibout, Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations

 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
24 septembre 2018 1 24 /09 /septembre /2018 07:39
Au terme de son stage et de ses études, Guy Pelletier a été ordonné diacre, en juin dernier. Son ordination presbytérale, qui fera de lui un prêtre, aura lieu le 18 novembre prochain.

Au terme de son stage et de ses études, Guy Pelletier a été ordonné diacre, en juin dernier. Son ordination presbytérale, qui fera de lui un prêtre, aura lieu le 18 novembre prochain.

Guy Pelletier, 60 ans, sera bientôt prêtre. En plus de l’aboutissement d’une démarche s’échelonnant sur de nombreuses années, cette ordination correspond au début d’un nouveau chapitre pour le Granbyen d’adoption.

«Il y a quelques années, les candidats qui entraient au Petit Séminaire étaient beaucoup plus jeunes. À l’époque, si tu y entrais à 25 ans, tu étais en vocation tardive! lance-t-il. Maintenant, ça s’est ouvert aux autres.»

S’il concède qu’il entrera tardivement dans la prêtrise, M. Pelletier n’a pas ressenti l’appel du jour au lendemain. Son intérêt pour la réflexion et sur la quête d’un sens à la vie remonte à ses jeunes années. «Je suis manuel. J’ai toujours travaillé de mes mains, mais j’ai aussi toujours eu un intérêt très marqué pour la réflexion. La philosophie m’intéressait beaucoup au cégep et j’ai toujours été à la recherche de la vérité», explique l’homme de foi rencontré au presbytère de la paroisse Saint-Eugène de Granby.

Un jour, une dame l’a approché et lui a parlé du Christ. Une révélation pour M. Pelletier, alors âgé de 17 ans et qui venait de trouver «le chemin vers la vérité et la vie» qu’il avait tant cherché.

«Ça a été l’élément déclencheur, la découverte de ma foi», raconte-t-il.

La réflexion, l’enseignement et le contact avec l’autre étant au coeur de sa personne, il avait alors envisagé de devenir pasteur. Entre temps, il a suivi une formation en sciences pures au cégep avant de s’inscrire en génie à l’université.

Pendant environ 35 ans, il a vécu en tant que laïc consacré au sein d’une communauté — qu’il a quittée en 2011.

Par là, il entend faire le bien dans son milieu en mettant ses compétences, son talent et son écoute à profit. C’est d’ailleurs cela qu’il considère le mieux incarner la notion de «vocation». «Être tourné vers l’autre est au coeur du christianisme. C’est de reconnaître l’humanité dans l’autre et d’en prendre soin, pendant qu’on prend soin de la nôtre», détaille M. Pelletier.

Virage

Un jour, il a senti que le moment était venu de partir ailleurs. «J’ai choisi de donner suite à ma vocation presbytérale», explique celui ayant commencé sa démarche de discernement en 2011, la cinquantaine bien entamée.

Ce processus, qui s’étire sur une période de sept ans et qui comprend quatre ans d’études et deux ans de stage, vise à préparer le candidat à la vie ecclésiastique, certes, mais aussi à s’assurer qu’il emprunte cette voie de son plein gré et qu’il s’y sente à l’aise. S’il y renonce en cours de route, c’est parce qu’il aura appris sur lui-même, qu’il aura trouvé son chemin qui mène ailleurs, explique M. Pelletier.

«Pour ma part, je me suis senti tout de suite à l’aise. Quand j’ai commencé, c’était tellement fort en moi...»

La formation que doivent suivre ceux qui aspirent à devenir prêtres comprend des études intensives de théologies, jumelées à des cours de philosophie, de psychologie, de liturgie et de prise de parole, entre autres. Le retour sur les bancs d’école n’a pas été facile au début pour M. Pelletier, mais il y a trouvé beaucoup à cogiter. «J’apprenais un peu moins rapidement que certains collègues de classe, plus jeunes, mais mon expérience de laïc consacré m’a aussi aidé», dit-il.

La reconnaissance de cette expérience antérieure lui a permis d’éviter une année de stage, un privilège rarissime.

Être là pour l’autre

Au terme de son stage et de ses études, M. Pelletier a été ordonné diacre, en juin dernier. Son ordination presbytérale, qui fera de lui un prêtre, aura lieu le 18 novembre prochain.

D’ici là, il se familiarise avec les diverses tâches qu’il devra accomplir une fois vêtu de sa tenue liturgique. Il officie des baptêmes, célèbre des liturgies de la Parole et des cérémonies d’adieu lors de funérailles et se familiarise avec les homélies. Il célébrera éventuellement des mariages, tout ça en accompagnant des personnes qui ont besoin d’une oreille attentive.

Un jour peut-être, l’évêque Christian Rodembourg, à la tête du Diocèse de Saint-Hyacinthe, l’appellera pour lui demander de prendre charge d’une paroisse. «Il y a plusieurs lieux de culte sans paroisse, constate M. Pelletier. Certains prêtres ont charge de plusieurs églises. On est comme des missionnaires, qui dans certains pays, visitent des dizaines de villages sur plusieurs mois pour rencontrer les croyants et célébrer la messe.»

S’il poursuit vers la prêtrise, c’est qu’il souhaite servir et guider les autres, mentionne M. Pelletier.

«Dans l’Église, il n’y a aucune contradiction entre la foi et la raison», explique le prêtre en devenir. «L’idée profonde de la foi, poursuit-il, est que Dieu a mis quelque chose d’une grande beauté en chacun de nous. C’est de se demander comment mettre ce quelque chose au service de nos frères et de nos soeurs.»

Marie-Ève Martel

La Voix de l'Est

 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 10:50
Pédophilie au Chili : les évêques réfléchissent aux racines du scandale

Les évêques chiliens se sont réunis lundi en assemblée extraordinaire pour "réfléchir en profondeur" aux raisons du scandale d'abus sexuels qui éclabousse l'Eglise catholique du pays, et tenter de "surmonter" la crise.

Cette église est en pleine tourmente après que 158 personnes - évêques, prêtres ou laïcs liés à celle-ci - sont ou ont été visées par une enquête pour abus sexuels sur des mineurs et des adultes depuis les années 1960.

Au total, le parquet général a recensé 266 victimes, dont 178 étaient mineures.

"Nous voulons réfléchir en profondeur aux problèmes qui affectent l'Eglise, en particulier la crise récente, les causes, les racines (...) et examiner comment la surmonter", a déclaré à la presse le porte-parole de la Conférence épiscopale, Monseigneur Fernando Ramos, à Punta Tralca (centre), où se tient jusqu'à vendredi l'assemblée des évêques.

Ces derniers veulent également "une meilleure collaboration avec les procureurs" qui enquêtent sur les abus sexuels et les dissimulations de la hiérarchie de l'Eglise, selon Fernando Ramos.

"Nous voulons parvenir à un accord avec le parquet pour pouvoir transmettre les informations pertinentes", a souligné Fernando Ramos, qui s'est dit soucieux de "protéger les mineurs et de poursuivre ceux qui commettent des délits contre eux".

L'archevêque de Santiago, le cardinal Ricardo Ezzati, a été convoqué mardi par le procureur régional de Rancagua (centre) afin de répondre, le 21 août, aux accusations de dissimulation des abus sexuels perpétrés par le clergé chilien.

Le 18 mai, l'ensemble de la hiérarchie de l'Eglise chilienne avait présenté sa démission au pape François dans le cadre de ce scandale de pédophilie et d'omerta.

François - qui avait défendu l'évêque chilien Juan Barros, soupçonné d'avoir tu les crimes d'un vieux prêtre pédophile, avant de présenter des excuses, a jusqu'ici accepté la démission de cinq évêques chiliens.

Les autorités de l'Eglise catholique chilienne "auraient pu et auraient dû" éviter de nombreux abus contre des enfants, avait déploré pour sa part samedi le président chilien

Sebastián Piñera.

AFP

 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 16:47
Jérôme BEAU nommé Archevêque de Bourges

Le Pape François a nommé ce mercredi 25 juillet, Mgr Jérôme Beau, archevêque de l´archidiocèse de Bourges, il était jusqu´à présent évêque auxiliaire de Paris. Il avait présidé ce mercredi 16 mai 2018 la messe « d’action de grâce » pour les 153 ans de présence des religieuses à la chapelle du dépôt au cœur du Palais de Justice, Ile de la Cité, à Paris. Le dépôt a été transféré depuis dans le nouveau Palais de Justice aux Batignolles.

Monseigneur Jérôme BEAU sera installé le dimanche 23 septembre en la cathédrale de Bourges

Voici l’interview de Mgr Jérôme BEAU diffusée par KTO ce 25 juillet 2018

Cliquez sur la vidéo ci-dessous puis sur l’icône « plein écran »

Partager cet article

Repost0
24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 06:52
La gifle, le prêtre et la France

Ouverture des journaux de la radio de ce samedi matin, une page dans le Parisien, et évidemment, l’affaire reprise par tous les sites Internet y compris d’ailleurs celui de La Croix. Objet de ce scandale, une gifle. Mais pas n’importe quelle gifle. Une gifle d’un vieux bonhomme de prêtre de 89 ans à un petit bonhomme d’enfant de deux ans et des poussières… Une gifle, en lieu et place du baptême… Au fond, ce n’est pas la gifle, mais la vidéo qui a provoqué tout cela. Elle a été vue par des millions d’internautes, et a suscité une indignation d’ampleur nationale.

Voilà où nous en sommes : des centaines de migrants dérivent sans port dans la Méditerranée, des familles tentent de retrouver leurs enfants entre Mexique et États-Unis, une bombe explose en Éthiopie, les Turcs sont à la veille d’un scrutin important, et enfin, selon le ministère des affaires sociales, deux enfants meurent chaque jour sous les coups de leurs parents… Mais non, manifestement, pour nos médias et compatriotes, l’important est ailleurs : cette gifle d’un prêtre à un bambin, qui, à regarder cette fameuse vidéo, a dû d’ailleurs l’oublier dans les trois minutes qui ont suivi.

Attention, ne vous méprenez pas : il ne faut pas gifler les enfants. Et le geste de ce prêtre était pour le moins déplacé. Mais y a-t-il là matière à scandale ? Un vieux prêtre de 89 ans qui perd les pédales à la fin d’une célébration trop longue… Fallait-il pour autant faire, comme l’a fait le diocèse de Maux, dans une véritable « stratégie de crise » face à l’émotion suscitée, interdire ce prêtre de toute célébration de mariage et de baptême, lui imposer de ne plus intervenir sur la collégiale de Champeaux, près de Melun, et de ne célébrer des messes qu’à la demande expresse de son curé ? On a appris depuis que le prêtre s’était ensuite excusé, que le baptême avait pu avoir lieu. Bref, que l’incident était, a priori clôt, bien avant que la vidéo ne fasse son office de viralité.

Les attentes des Français

L’ampleur de l’émotion et de l’indignation nous apprend au moins deux choses. D’abord, que le prêtre reste considéré, dans une France par ailleurs déchristianisée, comme une référence. Et si un prêtre n’est pas à la hauteur, alors c’est toute la société qui semble touchée. Car dans les millions d’internautes indignés, combien ont encore recours à un prêtre, ou à une église ? Sans doute très peu. Mais qu’un prêtre refuse un baptême, un enterrement, et toute la France s’enflamme. Comme quoi, nos compatriotes continuent à beaucoup attendre de l’Église. À rebours, c’est une bonne nouvelle.

La honte des catholiques

Enfin, l’âge du prêtre devrait nous couvrir de honte, nous catholiques. Malgré nos paroles pleines de bienveillance et d’humanité, nous laissons des prêtres bien trop âgés en fonction. Voilà un homme qui a servi la communauté toute la vie, et que nous renvoyons sans ménagement pour tout remerciement. Nous refusons de voir ces prêtres bien trop vieux enchaînant les célébrations à tour de bras, faute de relève. Tout cela parce que nous avons peur de dire le vrai problème : le manque de prêtres, dans une Église où tout – ou presque, repose encore sur eux. Ce week-end est le week-end des ordinations, c’est-à-dire le moment ou des jeunes hommes s’engagent définitivement à la prêtrise. Cette année, une nouvelle fois, ils sont encore peu, très peu. Trop peu face aux besoins d’une population de baptisés encore loin d’être négligeable. Comme le souligne dans un texte lucide le Père Pierre-Hervé Grosjean ces chiffres ne révèlent pas une crise des vocations. C’est tout un système qui s’effondre, et qu’il faudra bien avoir un jour le courage de regarder en face…

Isabelle de Gaulmyn

 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0