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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 21:25
Assemblée générale nationale du Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne (MRJC) sur le thème : « La place des citoyens dans la démocratie ». Aubervilliers (93),le 19 novembre 2016. © Corinne Simon / CIRIC

Assemblée générale nationale du Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne (MRJC) sur le thème : « La place des citoyens dans la démocratie ». Aubervilliers (93),le 19 novembre 2016. © Corinne Simon / CIRIC

Depuis que le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) a publié un communiqué en faveur du « droit fondamental » à l’avortement, le 19 janvier, la polémique n'a cessé de prendre de l’ampleur. Une rencontre, prévue lundi 29 janvier au siège de la conférence épiscopale, sera l’occasion de s’expliquer.

 « Erreur de jeunesse », plaident certains. « Maladresse », conviennent les intéressés. « Grossière erreur », insistent les autres. Une chose est sûre : l’équipe nationale du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) n’avait pas prévu qu'un communiqué puisse provoquer un tel remue-ménage au sein de l’Église catholique de France.

Rappel des faits. Vendredi 19 janvier, le MRJC publie sur les réseaux sociaux un communiqué dans lequel il se « désolidarise » de la « Marche pour la Vie » qui doit se dérouler deux jours plus tard à Paris. Le ton est sans appel : « Nous dénonçons les messages de culpabilisation, d’intolérance et de haine portés lors de cette marche ». Mais c’est la suite du texte qui suscite le plus d’incompréhensions et de réactions : « Nous défendons le droit fondamental pour les femmes et les couples d’avoir recours à l’IVG. » La réponse de la Conférence des évêques de France (CEF) ne se fait pas attendre : Vincent Neymon, secrétaire général adjoint et directeur de la communication, assure que « le MRJC ne peut s’extraire ainsi de l’Église » et exige même le retrait du communiqué. Le mouvement publie alors une autre déclaration, sans mention d'un « droit fondamental » à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), et invitant au « dialogue ». Mais rien à faire : le « couac » a du mal à passer.

Pourquoi cela ? Tout d’abord parce que le MRJC est bel et bien un « mouvement d’Église ». Fondé en 1963, il est l’héritier de la Jeunesse agricole catholique (JAC), créée en 1929, dans la lignée de l’Action catholique de la jeunesse française encouragée par le pape Pie XI. Aujourd’hui, le MRJC dispose d’un aumônier national nommé par la CEF et reçoit des subventions des diocèses – à hauteur de 574.553€ (soit 18% de leur budget) en 2016. Ensuite, parce que l’un des trois jeunes choisis par la CEF pour représenter la France au pré-synode des jeunes qui aura lieu au mois de mars, Adrien Louandre, 22 ans, fait justement partie du MRJC. Enfin, parce que l’Église est particulièrement attentive aux questions liées au respect de la vie, surtout au moment où vient de s'ouvrir, au niveau national, une période d'« états généraux » et de débats citoyens en vue de la révision de la loi bioéthique, prévue en 2019.

La polémique repart de plus belle

Passées ces premiers échauffements du week-end dernier, la controverse reprend le 24 janvier. Et c'est cette fois une tribune rendue publique par Mgr Bernard Ginoux, qui met de l’huile sur le feu. Dans un ton particulièrement virulent, l'évêque de Montauban affirme ne plus reconnaître le MRJC comme un mouvement de l’Église catholique, et affirme refuser désormais de lui verser une aide financière. Deux jours plus tard, le père Arnaud Favard, vicaire général de la Mission de France, prend au contraire la défense du MRJC dans une lettre ouverte.

Pendant ce temps, en coulisse, les mouvements de l’Action catholique et la CEF s'animent. Objectif : apaiser le débat. Heureux hasard du calendrier, une rencontre est prévue de longue date, lundi 29 janvier, à la CEF, entre les évêques du Conseil pour les mouvements et associations de fidèles, et les présidents de ces mouvements. La thématique, justement, porte sur « la prise de parole en public » ! L’occasion idéale, donc, de revenir sur la polémique. Pourtant, malgré les bonnes volontés, la discussion risque de se révéler compliquée : de part et d’autre, on ne parle pas le même langage. Plusieurs visions se confrontent, que ce soit sur la question de l’avortement ou celle du statut d'un mouvement d’Église.

Du côté de l’équipe nationale du MRJC, si on reconnaît la « maladresse » dans la forme du premier communiqué, l’heure n’est pas vraiment aux regrets mais à la justification. « Nous souhaitions apporter une autre parole, peut-être un peu maladroite théologiquement, mais pour montrer qu’il y a des chrétiens qui aimeraient rouvrir le débat. Nous voulions montrer qu’il y a une pluralité dans l’Église, que des catholiques ont pu avoir recours à l’IVG et que la parole qu’amène l’Église sur ce sujet met des personnes en souffrance », assure ainsi à La Vie Hugues Boiteux, secrétaire national et responsable de la communication du mouvement. « L’avortement, on ne le souhaite à personne, insiste-t-il. Cet acte va à l’encontre de la dignité des personnes. Notre phrase a été maladroite et reçue à tort comme un encouragement. »

Soutien d’autres mouvements

Interrogé également par La Vie, l'aumônier national du mouvement, le père Jean-Paul Havard, prêtre de la Mission de France, plaide en leur faveur. Basé dans le diocèse de Grenoble, il s’est empressé, mercredi dernier, d’aller rencontrer l’équipe nationale au siège du MRJC, à Pantin. S’il assure ne pas avoir été mis au courant en amont du communiqué, il invite à comprendre leur démarche : « Souvent, dans les diocèses, l’évangélisation est un peu “retournée” (…). Il s’agit, pour le MRJC, d’aider les gens à revenir dans le giron de l’Église. On voit aussi comment la sécularisation y est à l’œuvre. Et parfois, c’est aussi l’Église qui participe de la sécularisation, quand des personnes ont le sentiment de ne pas se s’y retrouver. »

C’est aussi ce que plaide Adrien Louandre, joint par La Vie : « Aujourd’hui à Amiens, on est très bien vu. Mais au début, on nous disait : “C’est des chrétiens, donc c’est des fachos.” Nous n’avons absolument pas honte de notre héritage chrétien. Mais les gens viennent discuter avec nous car le MRJC c’est aussi un gage de modération. » Hugues Boiteux abonde : « On est dans la doctrine sociale de l’Église, mais on est dans un entre deux, on fait avec la réalité des personnes. »

Cette démarche du MRJC sur l’IVG révèle en réalité un problème plus profond : le sentiment pour ses membres de de ne pas être suffisamment être pris au sérieux par l’institution catholique et d’être relégués à l’ombre des projecteurs. « Ils peuvent avoir le sentiment que ce qu’ils ont à cœur de travailler sur cette Église “servante et pauvre” du concile Vatican II compte peu, qu’ils sont considérés comme un reliquat du passé, des restes de l’aile “gauchiste” de l’Église », confie le père Havard.

« Cela me fait mal que le MRJC se donne un mal fou pour porter de nombreux projets sur la paix, à travers des dizaines de services civiques, un grand festival international à Besançon appuyé par le Vatican l’été prochain... et, résultat, on n’en parle pas. On parle de deux phrases à l’intérieur du communiqué », regrette, amer, Adrien Louandre.

Lundi 29 janvier, le MRJC pourra pourtant compter sur le soutien d’autres mouvements qui lui sont proches, parmi lesquels la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et les Scouts et Guides de France (SGDF). Ces mouvements ont prévu de se retrouver en amont de la réunion à la CEF. « Lundi, on rappellera qu’on soutient le MRJC, même si la parole a été très mal prise, et que ce communiqué a fait passer des idées qu’ils n’avaient pas », confie à La Vie François Mandil, délégué national des SGDF. Rappelant que les Scouts et Guides de France avaient soutenu la loi Veil en 1965, il ajoute : « Personne, ni le MRJC ni nous, n’a dit que l’avortement était anodin. Si l’avortement est un drame, on ne pourra jamais l’empêcher. Ce qu’on peut empêcher, c’est qu’une femme sur neuf meure d’un avortement clandestin. S’il y a une vie à protéger c’est la vie de ces femmes-là. Si on défend la vie, cela doit aussi interpeler. »

Pluralité vs. critères d’ecclésialité

Du côté de l’épiscopat, un sentiment général d’incompréhension domine. « Ce communiqué ne s’imposait pas. Pourquoi cette sorte de plaidoyer pour l’IVG, alors qu’aujourd’hui il y a 200.000 avortement par an ? On ne voit pas en quoi le “droit à l’avortement” serait menacé », s’interroge Mgr Jacques Habert, joint par La Vie, qui cherche toutefois à rester dans « l’écoute et l’accompagnement ». Évêque de Séez, il est en charge du « monde rural » à la CEF, et suit donc l’activité du MRJC.

Lundi, la conversation à la CEF s'attardera donc probablement sur la question de la pluralité dans l’Église. Pour Mgr Jacques Habert, « il faut vraiment distinguer le fond et la forme. Sur la forme, Dieu merci, l’Église est plurielle : il y a des formes d’apostolat, de présence au monde et d’être chrétiens. Mais ensuite, il y a le fond : la Révélation, le magistère. Ce ne sont pas des questions accessoires. Si tout le monde pense ce qu’il veut et dit ce qu’il veut, sur tout et son contraire, il n’y a plus de communion. Or, un mouvement d’Église doit être en communion avec la pensée de l’Église. »

Cette notion de pluralité, pour les évêques, se heurte en effet à un autre principe fondamental : les « critères d’ecclésialité » auxquels doivent correspondre les mouvements d’Église, définis par Jean Paul II dans l’encyclique Christifideles Laici (1988). Parmi ces critères, figure celui de la communion avec le pape et les évêques. Interrogé par La Vie, Mgr Dominique Blanchet, évêque de Belfort-Montbéliard et président du Conseil pour les mouvements et associations de fidèles, précise : « Le problème, ce n’est pas d’être contraire à ce que prône la Marche pour la Vie – qui n’est pas, d’ailleurs, une initiative de l’Église catholique. Cela fait partie de la libre expression, nécessaire, de tous les mouvements de fidèles. Ils posent une vraie question au passage : comment fait-on pour promouvoir la vie ? Le problème, c’est que c’est contraire à ce à quoi rend attentif l’Église sur la défense de la vie et sur le questionnement face à l’IVG. »

En somme, le statut du MRJC, en tant que mouvement d’Église, exige d’eux une attention particulière dans la manière de s’exprimer publiquement. « Dès qu’on est dans un mouvement d’Église, il y a une forme de représentation de l’Église. La CEF met en place une aumônerie nationale, les subventionne, met des locaux à leur disposition dans leur diocèse, ce qui fait que bien des évêques ont été étonnés de ce qu’ils ont lu », souligne Mgr Blanchet, tout en fustigeant, dans une allusion assez transparente à son confrère de Montauban, les « réactions odieuses » de certains.

La libre expression des mouvements d’Église, insiste-t-il toutefois, est « très importante. Les mouvements d’Église n’ont pas à demander à la CEF la validation de leurs communiqués ! Mais il est entendu de façon implicite qu’on est d’accord sur les critères d’ecclésialité ».

Les évêques soulignent en outre avoir reçu des réactions négatives au sein même du MRJC : dans les permanences locales, certains ne se reconnaîtraient pas dans le communiqué publié par l’équipe nationale. La discussion de lundi serait donc « providentielle », se réjouit Mgr Blanchet, qui insiste : « Ce n’est pas une réunion de crise ! J’espère que cela ouvrira un lieu de débat et d’échange, pour comprendre que la dignité de la personne humaine depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle fait partie de l’enseignement de l’Église et que cela n’est pas optionnel. »

Les évêques se veulent confiant. François Mandil, des Scouts et Guides de France, l’est aussi : « Dans le cadre des projets nationaux de la loi bioéthique, je pense que les évêques ne veulent pas revivre la Manif pour tous, c’est-à-dire cette impression chez certains que la parole était monolithique. La CEF avait perçu ce malaise chez un certain nombre de catholiques. »
L’échange sur tous ces points, lundi 29 janvier, promet d’être franc, utile… mais également ardu.

Bénédicte Lutaud

 

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7 janvier 2018 7 07 /01 /janvier /2018 12:07
Mgr Michel Aupetit, un pasteur de ce temps, archevêque de Paris

Il se voyait et rêvait médecin de campagne. Le voilà, à 66 ans, archevêque de Paris. Facétie de la Providence ? Parcours atypique d’un homme, plutôt, Mgr Michel Aupetit, qui a accepté de laisser, avec joie, les rênes de sa vie entière au Seigneur. Certes, il ne le fait pas sans renoncement. Mais, à l’image de son prédécesseur, le cardinal André Vingt-Trois, administrateur apostolique du diocèse jusqu’au 6 janvier, il dit « oui ».

Enfant, d’abord. Alors que son père, cheminot dans les Yvelines, pousse très rarement les portes d’une église, Michel Aupetit ne lâche pas sa foi. Sa mère lui apprend à faire sa prière. Lui l’approfondit en lisant, en pratiquant, seul, sans aide. Adulte, poussé par l’envie de « soigner les gens », il devient médecin généraliste à Colombes (Hauts-de-Seine). Dix ans plus tard, à l’âge de 39 ans, il ressent l’appel au sacerdoce. Choix difficile : il fait une croix sur son plan de vie de père de famille et entre au séminaire. Là, sa joie interpelle. « Nous avons énormément ri, se rappelle ainsi le P. Maxime d’Arbaumont, passé à la Maison Saint-Augustin, au séminaire, puis ordonné prêtre en même temps que lui. Pas à des histoires potaches mais portés par ce bonheur d’avoir tout abandonné pour suivre le Christ. »

Aujourd’hui, Mgr Michel Aupetit avoue, dans une interview donnée à KTO le soir même de sa nomination, que l’annonce, par le nonce apostolique, de la décision du pape de le placer à la tête du diocèse de Paris avait été un réel « coup de massue ». Mais, fidèle à lui-même, il finit sa narration par une pointe d’humour : « Une personne était à mes côtés. Quand elle a vu ma tête, elle m’a demandé : “Vous venez de perdre quelqu’un ?” »

Pédagogue, il s’adapte à son auditoire

Mgr Aupetit est un homme affable, jovial. Son large sourire, ses yeux pétillants et sa voix, grave, de crooner – l’homme aime chanter – inspirent d’ailleurs cette image. Mais, « sa joie est profonde », tient à préciser Brigitte Guilhaume, une de ses paroissiennes de N.-D. de l’Arche d’Alliance (15e). « Mgr Aupetit est enraciné dans le Christ », abonde le P. d’Arbaumont. « Il a une grande capacité d’écoute, ajoute Brigitte Guilhaume. Malgré son emploi du temps chargé, il ne regarde pas sa montre. » Pour cette femme médecin de 70 ans, difficile de ne pas se laisser emporter par l’émotion. « Il m’a beaucoup soutenue lors de ma maladie, souffle-t-elle. Il savait décrocher le téléphone pour demander de mes nouvelles et priait pour moi. » Car, « c’est avant tout un homme de prière », souligne le P. d’Arbaumont. En témoigne sa volonté de réserver des plages horaires à la prière dans son emploi du temps d’évêque de Nanterre. Cet homme qui dort peu « se lève la nuit pour faire oraison, explique le P. d’Arbaumont. Il aime le silence, l’ambiance et l’entière disponibilité que ce temps de la journée offre ». Brigitte Guilhaume, elle, se rappelle de son recueillement avant de prononcer ses homélies durant la messe. « On sent qu’il invoque l’Esprit Saint avant de prendre la parole. » Histoire de trouver le mot juste, de ne pas blesser. « Il adopte un vocabulaire circonstancié à son interlocuteur, remarque le P. Bertrand Auville, curé de Vanves (Hauts-de-Seine). Il est capable, sans jamais dériver d’une réelle rectitude dogmatique, de s’adapter à son auditoire », poursuit-il. Acrobatie langagière, délicatesse sociale. Dans son ouvrage, L’homme, le sexe et Dieu (éd. Salvator), entre des citations de théologiens et de grands scientifiques, lui, guitariste qui connaît sur le bout des doigts les répertoires de Brassens et de Brel, glisse les paroles, crues, d’une chanson d’un slameur contemporain, Grand corps malade. « C’est un esprit libre », remarque le P. Auville. Un esprit qui ose une parole forte, comme lors de l’épisode du mariage pour tous. On l’interroge en tant que spécialiste de la bioéthique. Il répond sans ambages, voyant dans cette loi un « bouleversement de la filiation », « une remise en cause du Code civil » [1].

Une connaissance du terrain

Porté par un désir d’efficacité, Mgr Aupetit fonce. Il désire renouveler l’évangélisation dans le diocèse de Nanterre : il appelle le groupe lyonnais de pop chrétienne Hopen. « Quand il décide quelque chose, il met tout en route pour y parvenir », remarque Antoine Auclair, l’un des quatre frères musiciens.
Certains soulignent un caractère trempé ; Arielle Courty, responsable des Chantiers du Cardinal dont Mgr Aupetit a été évêque accompagnateur, voit en lui avant tout « un homme de son temps ». Elle explique : « Il a eu plusieurs vies, a été au contact de milieux sociaux très différents quand il était médecin à Colombes. Par cette expérience, il a acquis une vraie connaissance des soucis quotidiens de tout-un-chacun. ». Aujourd’hui, le P. d’Arbaumont en est certain : « Il fera passer, avec beaucoup d’humour et de joie, le message que le Christ veut adresser au peuple de Paris. » Sa nomination n’est peut-être pas une surprise. Mais son parcours et sa vie sont, pour l’Église catholique, assurément surprenants.

Par Isabelle Demangeat

 

Quelques dates-clés

  • 1951 : naissance à Versailles (Yvelines).
  • 1979-1990 : il exerce, comme médecin généraliste, à Colombes (Hauts-de-Seine).
  • 1995 : ordination sacerdotale. Il est alors nommé vicaire à St-Louis-en-l’Île (4e) puis à St-Paul-St-Louis (4e), tout en étant aumônier des lycées et collèges du Marais.
  • 2001-2006 : il est curé de N.-D. de l’Arche d’Alliance (15e).
  • 2006 : il est nommé vicaire général du diocèse de Paris puis, en 2013, évêque auxiliaire, référent notamment pour la bioéthique.
  • 2014 : il devient évêque de Nanterre.
  • Depuis le samedi 6 janvier 2018 il est installé comme archevêque de Paris

 

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16 décembre 2017 6 16 /12 /décembre /2017 20:28
Le père Denis Chautard, nouvel aumônier de la police

L'actualité chrétienne sur R.C.F.

Présentée par Pauline de Torsiac

 

jeudi 14 décembre à 6h08

Durée émission : 4 min

Accompagnement spirituel, réconfort auprès des forces de police. Voilà la nouvelle mission du père Denis Chautard.

La police, une profession qui souffre beaucoup

Ce prêtre de la Mission de France, en charge de la section Île-de-France de Police et Humanisme, prendra début janvier ses fonctions d’aumônier catholique de la préfecture de police de Paris. Une mission cruciale alors que le quotidien de la profession est de plus en plus dur. Cette année, 49 policiers ont mis fin à leurs jours.

"La police est une profession qui souffre beaucoup de la pression, d’un travail de plus en plus dur. Elle est confrontée à des milieux de plus en plus violents, dont le terrorisme. Et dans la vie sociale, tous les lieux de conflit, tous les lieux de déchéance humaine. Ils sont les premiers à être confrontés à cette réalité, à ces situations de drame. On voit bien qu’ils souffrent et qu’ils ont besoin d’un grand soutien de la population" explique-t-il au micro de Pauline de Torsiac.
 

Un soutien humain et spirituel

Un soutien qui se manifeste également par la présence de psychologues, et pour les policiers chrétiens du soutien de l’Eglise. "Cette année, 49 policiers ont mis fin à leurs jours dans des conditions souvent dramatiques" ajoute-t-il. Son rôle sera "de leur offrir un lieu de soutien, de partage, de réconfort, un lieu de fraternité. Une fois par mois, nous avons une messe à l’intérieur de la préfecture de police de Paris dans une chapelle de 150 ans, tenue par des religieuses dans le quartier femmes du dépôt" précise-t-il.

Au-delà de l’accompagnement spirituel, il y a également des échanges, dans le but de détecter cette détresse. "Au quotidien, c’est à leur demande. Nous avons une affiche déposée dans tous les commissariats de police de Paris avec le numéro de téléphone des aumôniers des différentes confessions religieuses, et les policiers peuvent les solliciter. Notre rôle est humain et spirituel à la fois" conclut-il.

 

Pour écouter l’émission cliquer sur le podcast ci-dessous

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7 décembre 2017 4 07 /12 /décembre /2017 16:23
L'évêque de Nanterre, Michel Aupetit, nommé archevêque de Paris

Le pape François a nommé Mgr Michel Aupetit, 66 ans, en remplacement du cardinal André Vingt-Trois, atteint par la limite d'âge. Cet ancien médecin généraliste a été ordonné prêtre catholique à l'âge de 44 ans.
Mgr Aupetit est ce que l'on appelle dans l'Église une «vocation tardive». Cet homme, qui a grandi à Chaville puis à Viroflay, en banlieue parisienne, a d'abord été médecin généraliste avant de choisir la voie religieuse et d'être ordonné prêtre catholique à l'âge de 44 ans.
C'est aussi un choix de continuité pour le diocèse de Paris. Il a été ordonné prêtre catholique par le cardinal Jean-Marie Lustiger, (archevêque de Paris de 1981 à 2005). Mais c'est Mgr André Vingt-Trois qui nommera en 2006 - très peu après son arrivée à l'archevêché de Paris - le père Aupetit comme vicaire général du diocèse de Paris, c'est-à-dire l'un des cadres chargés d'assister l'archevêque. C'est le même cardinal Vingt-Trois qui ordonnera le père Aupetit évêque auxiliaire de Paris en 2013.

Enquête secrète
Dans l'Église catholique, la nomination à un tel poste ne fait pas l'objet de candidature. À Rome, la Congrégation pour les Évêques, le ministère du Vatican chargé de la nomination des évêques dans le monde, lance, à travers la nonciature apostolique (l'ambassade du Saint-Siège) du pays concerné, une enquête totalement secrète parmi les prêtres et personnalités du diocèse.
Il s'agit de faire remonter une liste de trois noms (la «terna») de prêtres ou d'évêques, susceptibles d'occuper la charge. Après de multiples recoupements, des enquêtes de moralité et de personnalité, cette liste finale est arrêtée. Elle est présentée au Pape, qui tranche. Mais le Pape sonde aussi ses propres réseaux pour les postes très importants que sont les grandes capitales.
Un choix de continuité donc - selon plusieurs sources fiables, les deux autres «finalistes» de la «terna» auraient été Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen et Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille - qui ne signifie pas, pour autant, une permanence de style.
«Mon père, cheminot, ne mettait jamais les pieds à l'église.»
Mgr Aupetit
Il apparaît, en effet, que Mgr Aupetit, spécialiste de bioéthique, d'une personnalité aussi joviale que déterminée, n'hésitera pas à monter au créneau du débat public quand il le jugera nécessaire. Ce que faisait le cardinal Vingt-Trois, mais Mgr Aupetit aura un style plus mordant. Il connaît de l'intérieur les nouvelles questions éthiques les plus délicates posées par la recherche scientifique.
Peu connu, parce que très distant des médias, il animait toutefois une chronique hebdomadaire sur Radio-Notre-Dame. Il n'aura donné, par exemple, que deux grandes interviews en trois ans d'épiscopat à Nanterre. La première fut pour Paris Match où il disait «j'ai toujours eu la foi. Mais puisque, en dehors de ma mère qui allait à la messe, le dimanche, personne chez moi n'était pratiquant. (…) mon père, cheminot, ne mettait jamais les pieds à l'église. D'ailleurs, je voulais me marier et j'attendais de trouver celle avec laquelle je fonderais une famille. Si, à 20 ans, la question de la vocation m'a effleuré, elle a mis douze années à mûrir (…).»
Un gestionnaire «pragmatique»
La seconde interview, il l'avait accordée à l'hebdomadaire Famille Chrétienne, en juin dernier, après l'avis du Conseil National Consultatif d'Ethique sur la PMA. Mgr Aupetit, qui a été élu à l'automne à la présidence du «Conseil Episcopal Famille et Société» (structure de l'épiscopat notamment chargée des questions bioéthiques et politiques), preuve de la confiance qu'il inspire à ses confrères, expliquait alors: «Il y a une anesthésie de la conscience dans notre pays. Mais cela ressortira d'une manière ou d'une autre. Les personnes nées des premières PMA ont actuellement la trentaine, et se posent des questions sur leur filiation, comme Arthur Kermalvezen, dans son livre «Né de spermatozoïde inconnu» (Presses de la Renaissance). Toutes ces mesures, comme le «mariage pour tous» et la PMA, passent aujourd'hui comme une lettre à la poste, mais auront plus tard des conséquences catastrophiques.»
« Il nous faut lancer les «start-up du Bon Dieu »
Mgr Aupetit
Ceux qui le connaissent bien préviennent pourtant qu'il ne faut «pas enfermer» cet évêque dans sa spécialité de bioéthique, matière qu'il a d'ailleurs enseignée au CHU de Créteil. Il est en effet décrit comme un gestionnaire des hommes et des choses, «pragmatique» car il aime atteindre des objectifs «avec efficacité». Et donc parfois «sans prendre de gants, ni se payer de mots quand il juge nécessaire d'avancer» confie l'un de ses collaborateurs.
Une fonction de représentation nationale
Ainsi à Nanterre, il aura fixé trois priorités pour son diocèse: «la solidarité, la famille, les jeunes». Dans une lettre pastorale très récente adressée à tous les catholiques de ce diocèse, située à l'ouest de Paris, Mgr Aupetit leur posait cette question comme un axe de travail: «comment sommes-nous allés à la rencontre de ceux qui ne viennent plus à nous et qui ne connaissent pas le Christ?» Et il lançait pour ce diocèse catholique cette formule: «Nous avons la chance d'être dans une région de créativité exceptionnelle. Il nous faut lancer les «start-up du Bon Dieu».
Le diocèse de Paris, le plus important de France, compte 525 prêtres. Outre la gestion de ce diocèse, fonction d'archevêque de Paris comporte aussi une part très importante de représentation nationale de l'Église catholique au plus haut niveau de l'État et de la société civile.
Plus personnellement, Mgr Aupetit excelle, paraît-il, à la guitare et au chant. On le dit aussi plein d'humour. C'est également un sculpteur à ses heures. Enfin, ses plus proches confient que c'est aussi un croyant «ardent à la prière». Malgré la suractivité des fonctions épiscopales, il ponctue son emploi du temps par des phases très régulières de silence et de retrait pour se consacrer à l'oraison intérieure.

Jean-Marie GUÉNOIS

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 07:49
«Je ne suis pas inquiet de voir des gens venir d'autres horizons en France. Ce qui m'inquiéterait serait de voir ceux qui sont ici devenir tellement indifférents que tous les discours pourraient s'imposer», explique Mgr Vingt-Trois (ici, à Paris, en 2013). Thomas Morel-Fort/PHOTOPQR/LE PARISIEN

«Je ne suis pas inquiet de voir des gens venir d'autres horizons en France. Ce qui m'inquiéterait serait de voir ceux qui sont ici devenir tellement indifférents que tous les discours pourraient s'imposer», explique Mgr Vingt-Trois (ici, à Paris, en 2013). Thomas Morel-Fort/PHOTOPQR/LE PARISIEN

L’archevêque de Paris, qui a remis cette semaine sa lettre de démission au Pape, revient sur ses douze ans à la tête du diocèse et fait part de ses inquiétudes sur la perte de vitalité des chrétiens.

À 75 ANS, le cardinal André VingtTrois, archevêque de Paris depuis 2005, vient de remettre, conformément au droit de l’Église, sa lettre de démission au Pape. Affaibli depuis qu’il a été frappé au printemps 2017 par un syndrome de Guillain-Barré, il attend désormais la nomination de son successeur. Une annonce dont la date n’est pas encore connue. Pour Le Figaro, le cardinal tire le bilan de son action.

LE FIGARO. – Avez-vous évoqué la question de votre succession avec le Pape ? Mgr André VINGT-TROIS. – Je suis allé spécialement le rencontrer en septembre dernier pour qu’il voie de ses yeux - que je n’étais pas capable de durer indéfiniment comme archevêque de Paris. Et pour qu’il réalise qu’il était urgent, pour le bien du diocèse, qu’il y ait un nouvel archevêque. Mais le Pape décidera de ce changement quand il voudra.

Cela ne doit pas être évident d’écrire sa lettre de démission au Pape, le jour de ses 75 ans, après un demi-siècle au service de l’Église, puisque vous êtes entré au séminaire en 1962 ? J’ai rédigé cette lettre sans difficulté et sans regret. C’est un grand progrès du concile Vatican II que de permettre aux évêques de se retirer et de ne pas mourir en poste avec les inconvénients d’une fin de vie dégradée.

Vous sentez-vous libéré d’un poids ? Pour sentir une libération, il aurait fallu que je me sente prisonnier! L’engagement de ma vie, ce n’est pas d’être archevêque de Paris mais de me mettre à la suite du Christ… Je vais juste être libéré de beaucoup de tâches liées à cette fonction, mais je continuerai à être disciple du Christ. Cette responsabilité d’archevêque de Paris est évidemment importante. Mais que cela soit moi ou un quelqu’un d’autre qui l’exerce, cela ne change pas grandchose à la charge. Je n’ai jamais imaginé que je donnais par moimême un sens à la responsabilité, c’est la responsabilité qui me donnait un sens.

Pourquoi insistez-vous tant sur votre fonction et si peu sur vous-même ? Êtes-vous gêné d’être au premier plan ? Je suis arrivé au premier plan sans avoir été fait pour être au premier plan. Je me suis adapté. J’ai dû vivre au premier plan alors que je n’avais jamais imaginé cela. Que signifie être archevêque de Paris ? Le noyau de la fonction est d’être convaincu – et je le suis – que le chef du diocèse de Paris, c’est Dieu ! Je ne suis donc qu’au service de la manière dont Dieu veut gouverner le diocèse de Paris. Je ne suis pas là pour mettre en oeuvre des idées personnelles, élaborer des tactiques subtiles… Je suis là pour écouter, pour discerner ce qui me paraît propre à dynamiser la vie de l’Église, à soutenir les chrétiens dans leur effort pour vivre l’Évangile. Paris, c’est aussi la capitale : il y a donc un volume considérable de questions, de situations, de rencontres qui dépasse les forces humaines et personnelles. Ce qui suppose une capacité à réfléchir pour ne pas se laisser emporter par le flux des informations successives. Cela implique de mettre de la distance dans le regard que l’on porte sur la société, de cultiver le sens de la durée et de la continuité. D’avoir enfin un regard bienveillant et positif vis-à-vis des gens qui acceptent de se dévouer pour le bien commun, les politiques. Je trouve malsain qu’on enferme les politiques dans l’image d’hommes et de femmes uniquement préoccupés par leur intérêt personnel. J’ai trop d’estime pour eux, et pour leur engagement, pour croire que c’est le seul moteur de leur activité.

Vous décrivez ici la feuille de route de votre successeur… Il faut être doué d’une certaine capacité d’endurance et ne pas se laisser complètement consumer par l’événement. Toujours tenir une réserve qui permette de réfléchir à l’événement, indépendamment des affects qu’il suscite en soi. Le responsable n’est pas là pour imposer ses réactions subjectives à tous mais pour aider les autres à surmonter leurs sentiments afin d’accéder à la compréhension des choses.

Vous parliez de « tactiques subtiles ». Vous avez la réputation d’être un redoutable tacticien. Cela fait-il partie du poste ? J’ai peut-être la capacité de penser spontanément à toutes les conséquences d’une décision ! Mais les bons tacticiens sont ceux dont on ne voit pas la tactique : si tout le monde déchiffre ce que vous voulez faire, il n’y a pas d’effet de surprise…

Dans les moments tellement difficiles et dans le secret de votre prière, vous ne vous êtes jamais révolté, indigné face à Dieu ? Ma relation à Dieu n’est pas dans ce genre… Par éducation et par mon histoire, je n’ai pas tendance à attribuer les événements à Dieu et encore moins les mauvais événements ! La volonté de Dieu sur l’humanité est une aventure dans laquelle il remet l’homme à sa sagesse. Dieu intervient parfois mais de manière qui reste mystérieuse. La foi, c’est précisément de croire que Dieu ne nous abandonne pas lorsqu’on ne sait pas comment il prend soin de nous.

De quoi seriez-vous le plus fier si l’on parlait de bilan ? Je suis assez fier du projet pastoral du diocèse de Paris. Ce n’est pas une intention vague et indéfinie mais un projet avec des objectifs annuels. Il repose sur une conviction: en ce temps, l’Église doit être missionnaire… Et la mission, c’est que chaque baptisé soit le plus directement possible impliqué. Lorsqu’il sort de l’église le dimanche, tout commence ! Autour de lui, là où il se trouve.

Avez-vous raté quelque chose ? Je n’ai pas suffisamment réussi à mettre en oeuvre la communion entre les communautés chrétiennes du diocèse, les paroisses. On a progressé sur le plan économique mais passer de la solidarité économique à une solidarité apostolique, c’est plus difficile.

Et quel bilan tirez-vous sur le plan politique et social ? Sur le plan politique, je n’ai ni réussite ni échec, car je n’étais pas là pour réformer la société française. Je n’ai pas une stratégie de manipulation du monde politique. Je ne suis pas un homme politique, mais j’ai conscience que je représente un corpus d’idées, de pratiques, de convictions qui ont un sens par rapport à la vie politique de la société. Je dois donc essayer de partager ce corpus évangélique. Je peux le faire par des contacts personnels avec des politiques – mais je n’ai pas alors à publier des communiqués – ou par des consultations institutionnelles. Ce que j’ai fait.

L’Église donne toutefois l’impression d’avoir vraiment décroché du débat public… Ce n’est pas si simple… Lisez Le Figaro de la fin du XIXe siècle! On faisait les inventaires des églises, on chassait les aumôniers des instituts publics. Le projet explicite était d’éliminer l’Église catholique de la vie publique. Il a été mené à bien ou presque. Ce qui fait la présence publique de l’Église, ce n’est pas une meilleure tactique politique mais que des chrétiens soient réellement des chrétiens et qu’ils empêchent le monde de dormir.

Depuis le mariage pour tous et l’échec de François Fillon à la présidentielle, les chrétiens comme force de propositions politiques en France ont tout de même pris un sérieux coup sur la tête… L’objectif des chrétiens n’est pas de prendre le pouvoir! Il y a toujours des péripéties, des bannières qu’il faudrait suivre. Mais au bout du compte, les bannières tombent et les catholiques restent. Il faut donc faire avec les chrétiens, à moins qu’ils ne veuillent plus se montrer. Car la tentation, aujourd’hui, est de se résigner à une différence qui serait insurmontable entre la culture commune de la société et une vision évangélique de l’existence. On ne pourrait plus être chrétien en étant comme tout le monde. Or nous vivons une période où les chrétiens doivent plutôt prendre conscience de leur originalité dans la société.

Mais l’Église, sa hiérarchie doivent aussi s’adapter… Il est vain d’imaginer que quelqu’un serait capable de mettre au point une tactique pour surmonter cette difficulté. Moi, je n’en ai pas été capable. En effet, l’Église du peuple n’est pas seulement composée de militants et on ne peut pas, non plus, se satisfaire d’une Église à deux vitesses ! L’Église doit donc accueillir tous les degrés et toutes les modalités d’appartenance. La personne qui est cachée derrière un pilier participe tout autant à la messe que le chef de choeur estampillé catholique pratiquant. Ce mystère d’intériorité, personne n’est capable de le rationaliser. Mais il nous revient de permettre à chacun, quel qu’il soit, d’accéder à Dieu, quel que soit le degré de sa participation. Mon espérance est donc que nous ayons une Église suffisamment vivante pour accueillir des gens qui ne sont pas nécessairement « conformes ».

Vous ne voyez pas une perte d’influence de l’Église en France ? L’Église n’a jamais eu d’influence! Vous croyez qu’un homme d’Église a infléchi la législation ces dernières décennies en demandant de suivre ce qu’il recommandait ? L’Église n’a pas empêché la loi sur le divorce ou d’autres lois encore. Elle a toujours dit qu’elle n’était pas d’accord, mais cela n’a pas empêché les choses d’arriver! La réalité de la société ne fonctionne pas comme cela, elle est traversée et travaillée par les poussées idéologiques et de moeurs. L’Église peut exprimer un désaccord, des réserves, elle peut tirer des signaux d’alarme, mais si les chrétiens ne sont pas investis, ce n’est pas l’archevêque de Paris qui va changer le cours des choses… Le mieux que l’archevêque de Paris puisse faire est d’énoncer des questions qui aideront ceux qui sont en responsabilité à comprendre qu’ils font une erreur.

C’est le cas actuel de la PMA pour toutes et de la GPA ? Oui. La question, ce n’est pas de savoir si la loi les autorisera ou non… mais de savoir s’il y a des chrétiens suffisamment motivés pour ne pas y avoir recours !

Certains s’inquiètent du déclin du catholicisme en France et de la croissance de l’islam… On ne peut pas parler d’un déclin du christianisme. Il y a en revanche un déclin d’une certaine image et d’une certaine réalité de l’Église, c’est évident… Cela ne veut pas dire que tout disparaît, loin de là! Ce qui m’inquiète, c’est qu’un vide suffisant se forme pour que les discours enflammés trouvent acquéreurs. Je ne suis pas inquiet de voir des gens venir d’autres horizons en France. Ce qui m’inquiéterait serait de voir ceux qui sont ici devenir tellement indifférents que tous les discours pourraient s’imposer.

À ce titre, beaucoup ne comprennent pas les propos du pape François sur l’immigration. Le Pape ne dit qu’une chose: il faut accueillir les gens qui sont en difficulté. Ce n’est pas la première fois qu’il y a des mouvements de population dans l’histoire de l’humanité. La question est de savoir si nous avons une vitalité suffisante pour les accueillir et leur proposer un mode de vie différent ou si nous sommes à ce point anesthésiés que l’on n’ait plus qu’à se cacher et leur laisser occuper le terrain…

Avez-vous le sentiment d’avoir accompli ce que vous deviez ? J’ai fait une partie de ce que le Seigneur attendait de moi… Dans le domaine de la sainteté, il me reste encore quelques tâches à accomplir…

Si vous aviez à résumer d’un mot votre action ? La constance…

Nous vivons une période où les chrétiens doivent prendre conscience de leur originalité.

Jean-Marie GUENOIS

Le Figaro

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 11:56
Mgr Pontier célèbre "l'esprit de solidarité" contre le "repli sur soi" © AFP/Archives / ERIC CABANIS

Mgr Pontier célèbre "l'esprit de solidarité" contre le "repli sur soi" © AFP/Archives / ERIC CABANIS

Accueil des migrants, souci des plus défavorisés: le président de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Georges Pontier, a célébré vendredi "l'esprit de solidarité" contre la tentation du "repli sur soi", en ouverture de l'assemblée des évêques à Lourdes.

"Bien sûr il appartient aux états de fixer les règles" des flux migratoires, mais "quand nous voyons ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces mineurs étrangers isolés dont le nombre ne cesse d'augmenter, (...) comment ne pas comprendre les gestes de ceux qui vivent un accueil risqué ?", s'est interrogé l'archevêque de Marseille, en se réjouissant que "l'esprit de solidarité (ne soit) pas mort dans notre pays".

"Ce n'est pas dans le repli sur soi ni la recherche des seuls intérêts nationaux ou catégoriels que l'on peut offrir un horizon de bonheur", a-t-il souligné dans son discours ouvrant l'assemblée plénière d'automne des évêques de France, qui se tient jusqu'au 8 novembre dans le sanctuaire marial pyrénéen.

A l'adresse de ceux qui "évoquent souvent les racines chrétiennes de l'Europe, les uns pour les protéger dans un espace étroit et tranquille, les autres pour s'en inspirer", Mgr Pontier a fait valoir que "le christianisme porte la vision d'une fraternité universelle de l'humanité", qui "permet de dépasser toutes les peurs".

Le président de la CEF n'en a pas moins fait entendre la position de l'épiscopat sur les enjeux de bioéthique, notamment contre l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA).

"Nous comprenons l'épreuve de ceux qui sont confrontés à la réalité de la stérilité. Leur souffrance appelle un accompagnement compréhensif. Pour autant, a-t-il exposé, "personne ne peut souhaiter fragiliser une société en brouillant les repères de la filiation, en taisant les droits et le bien primordial de l'enfant et en déconstruisant les liens entre générations".

Toujours interpellé par l'association de victimes d'abus sexuels La Parole libérée, le responsable épiscopal a assuré que "le travail pour lutter contre la pédophilie s'amplifie", un an et demi après la mise en place de nouvelles mesures dans les diocèses.

"Pour ne parler que de l'Eglise, il est clair qu'il nous faut encore aller plus loin dans la compréhension de ce qui se joue dramatiquement dans ces crimes sexuels et dans l'existence de ceux et celles qui en ont été victimes", a-t-il cependant reconnu.

AFP

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 07:53
Le Pape pourrait ouvrir la prêtrise aux hommes mariés

François convoque à Rome un synode spécial pour l’Amazonie qui pourrait rompre l’obligation actuelle du célibat sacerdotal.

RELIGION Le pape François a annoncé dimanche qu’il convoquait à Rome, en octobre 2019, un synode spécial pour l’Amazonie. Un synode est une assemblée d’évêques réunis autour du Souverain Pontife pour résoudre une question particulière. Un autre est prévu, sur les jeunes et les vocations en octobre 2018. En 2015, c’est un synode sur la famille qui avait revu l’accueil des divorcés remariés dans l’Église catholique. Le Pape a précisé le but de cette rencontre : «trouver de nouvelles voies pour l’évangélisation de cette portion du Peuple de Dieu, spécialement chez les Indigènes, souvent oubliés et sans perspectives d’un avenir serein, en raison notamment de la crise de la forêt amazonienne, un poumon d’une importance capitale pour notre planète ».

Un dossier très sensible

Mais derrière la dimension évangélisatrice, sociale et écologique, un dossier très sensible pourrait être débattu, voté et tranché lors de ce synode : celui de l’ordination d’hommes mariés au sacerdoce catholique. Pour l’heure, l’Église catholique la permet dans les Églises catholiques orientales, mais pas dans l’Église latine. Le célibat sacerdotal n’étant pas une question de dogme, mais de discipline ecclésiastique.

François, dans son message de dimanche, n’évoque pas ce thème, mais le célibat sacerdotal ne pourra échapper aux discussions. Pour deux raisons au moins. La première est que François a autorisé, en novembre 2014, la conférence des évêques brésiliens - dont dépend l’Amazonie - à lancer une commission d’études pour examiner la possibilité d’ordonner prêtres des catholiques mariés, choisis parmi des hommes mûrs ayant fait leurs preuves dans la vie familiale et paroissiale. Une expérience qui serait limitée aux régions plus reculées, où les prêtres ne peuvent se rendre qu’une à deux fois par an. Deux hommes poussent depuis longtemps cette idée. Mgr Erwin Kräutler, un missionnaire autrichien qui vient de prendre sa retraite d’évêque de Xingu en Amazonie, et le cardinal Claudio Hummes, 83 ans, ancien archevêque de Sao Paolo et ancien préfet de la Congrégation pour le clergé au Vatican. Ils ont échangé plusieurs fois avec François à ce propos. Il les encourage à travailler en ce sens.

La seconde raison est que François est personnellement d’accord avec cette évolution. S’il refuse de rompre l’obligation actuelle du célibat sacerdotal pour les prêtres, parce qu’elle n’est pas selon lui « une solution au problème des vocations», il estime que l’ordination d’hommes mariés et d’âge mûr, chrétiens profonds et engagés – on les appelle « viri probati » dans l’Église -, doit être maintenant envisagée là où il n’y a pas de prêtres, car, «sans eucharistie, il n’y a pas d’Église ». Interrogé précisément sur cette question dans l’hebdomadaire Die Zeit daté du 9 mars 2017, François répondait : «Oui, nous devons réfléchir pour savoir si les viri probati sont une possibilité. Nous devons ensuite déterminer quel rôle ils peuvent jouer, notamment dans les communautés éloignées. »

Jean-Marie GUENOIS

Le Figaro 16 octobre 2017

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 07:23
Mgr Vingt-Trois à Paris le 19 septembre 2017. / Bruno LEVY/CIRIC pour La Croix

Mgr Vingt-Trois à Paris le 19 septembre 2017. / Bruno LEVY/CIRIC pour La Croix

Le cardinal André Vingt-Trois, qui aura 75 ans le 7 novembre, quittera ses fonctions d’archevêque de Paris dans quelques semaines. Dans un entretien exclusif à La Croix, il explique quel rôle doivent jouer les chrétiens dans une société française qui s’apprête notamment à débattre d’enjeux éthiques comme la PMA.

La Croix : Selon vous, qu’est-ce qui a le plus changé dans l’Église depuis vos premiers pas comme évêque auxiliaire de Paris, il y a près de trente ans ?

Cardinal André Vingt-Trois : Le bouleversement principal réside dans le fait que, dans la société française, les traces du christianisme se sont insensiblement réduites. De ce fait, le particularisme du christianisme, par rapport aux autres grands courants de pensée, apparaît de manière plus marquée. C’est ce que le cardinal Ratzinger appelait le passage d’un « christianisme sociologique » à un « christianisme de choix ». Il y avait autrefois une certaine transmission culturelle de convictions chrétiennes, dont on ne percevait plus toujours la racine, mais qui faisaient partie du socle commun de la culture occidentale. Désormais, on n’est plus simplement chrétien parce que l’on naît dans une culture chrétienne, mais parce que l’on choisit de l’être.

Cette évolution a une conséquence très forte, non pas pour la survie de l’Église qui n’est pas en question, mais pour la manière dont les catégories les moins armées culturellement peuvent accéder au christianisme. Ceux qui ont les moyens de comparer, peuvent exercer leur libre discernement. Mais les autres, non. D’où la perte d’une sorte de christianisme populaire, qui se rattachait à une forme de ritualité sociale. Dès lors que celle-ci se dissout, le christianisme populaire se trouve dévitalisé. Il faut donc retrouver des médiations culturelles pour rejoindre ceux qui ont le moins de facilités à entrer en contact avec l’Évangile.

Est-ce précisément le conseil que vous donneriez à l’Église de France ?

Card. A.V-T. : Oui, car cette évolution du catholicisme, conjuguée à la faiblesse des moyens dont dispose l’Église, comporte un risque : celui de consacrer l’essentiel des forces de l’Église à fortifier ceux qui ont choisi, d’autant qu’ils expriment de nombreux besoins. Tout ceci ne laisse guère de marge pour des initiatives en direction de ceux qui n’ont pas choisi le christianisme, non pas parce qu’ils le rejettent mais parce qu’ils n’ont pas eu les éléments du choix. Cela me paraît l’évolution la plus sensible, qui va d’ailleurs de pair avec une fracture culturelle et sociale dans la société elle-même.

À Paris, vous avez poursuivi l’élan de la nouvelle évangélisation, en compagnie d’autres capitales européennes. Quel peut-être le visage du christianisme dans les grandes métropoles ?

Card. A.V-T. : Le christianisme ne doit pas se réduire au patrimoine des églises. Il faut montrer de manière visible la vitalité des communautés chrétiennes. D’où l’idée de créer un événement manifestant que les grandes métropoles ont aussi quelque chose à échanger sur le christianisme. Au-delà de leurs différences, elles ont en commun une vie sociale dans laquelle le christianisme risque d’être enfoui et imperceptible. À mon arrivée à Paris en 2005, un an après Toussaint 2004, c’est cette intuition que j’ai développée. Si l’on dit que l’Église peut trouver une place dans la société du XXIe siècle, ce ne peut être que si les chrétiens trouvent leur mode d’intervention dans la vie de cette société, s’ils assument vraiment leur foi chrétienne.

La raréfaction du nombre de prêtres ne nuit-elle pas à cette visibilité ?

Card. A.V-T. : Si les prêtres faisaient la visibilité de l’Église, cela se saurait ! Évidemment, il n’y a pas de communauté chrétienne sans pasteur. Mais si je prends une référence personnelle, lorsque j’ai commencé mon ministère dans une paroisse parisienne, nous étions une dizaine de prêtres. Aujourd’hui, ils ne sont plus que deux ou trois. La paroisse n’est pas moins missionnaire qu’elle ne l’était il y a quarante ans ! La mise en œuvre des conseils pastoraux, que j’ai soutenue, permet précisément de faire reposer les décisions autrement que sur la seule initiative du prêtre.

Sauf à les mener à l’usure complète, on ne peut pas compter uniquement sur un nombre restreint de prêtres. La fécondité et la visibilité de l’Église ne peuvent être réduites à leur seule activité, sinon on va droit dans le mur ! Ce qui compte, c’est la capacité du prêtre à coordonner, stimuler, entraîner, apporter une nourriture spirituelle qui va permettre aux chrétiens de prendre des initiatives et de les mener à bien.

Comme archevêque de Paris et président des évêques de France, vous avez souvent exprimé les positions de l’Église. Dans une société déchristianisée, comment peut-elle se faire entendre ?

Card A.V-T. : Le principal n’est pas de parler ! Certes, dans une situation de pluralisme, comme la nôtre, il est important que nos références, nos convictions soient énoncées publiquement. Ce peut être la mission d’un évêque, de l’archevêque de Paris, ou de la conférence épiscopale. Le propos doit être exprimé clairement, non pas dans l’illusion que tout le monde va faire ce que l’on a dit, mais avec la conviction que les chrétiens, eux aussi, ont besoin de l’entendre dire. Car la communauté chrétienne forme un ensemble très diversifié : entre les convaincus, profondément attachés à la mise en œuvre de la parole de Dieu, et les sympathisants plutôt bienveillants, il existe une grande marge.

Mais cette expression claire et forte de nos convictions ne résout aucun problème ! Elle plante seulement un étendard signifiant « attention, terrain miné ou fragile ». L’essentiel, ce n’est pas l’étendard, mais la manière dont se comportent les chrétiens, la cohérence entre leurs discours et leurs choix. Ce qui va changer la société, ce ne sont pas les déclarations de l’archevêque de Paris, mais la manière dont les chrétiens vivent de l’Évangile dans leurs choix et en témoignent.

Concernant la PMA, on a cependant le sentiment que le combat est perdu d’avance pour les chrétiens…

Card A.V-T. : D’abord, reconnaissons que la médiatisation de la question n’est pas honnête. Toute la complexité de l’avis du Conseil national d’éthique (CCNE) sur le sujet est passée à la trappe dans le compte rendu qu’en ont fait la plupart des journalistes, qui se sont contentés de dire que le CCNE avait donné son accord. C’est malhonnête, on traite une question dont les enjeux humains sont considérables comme s’il n’existait pas d’enjeux.

Pour moi, le plus important, c’est de savoir quel regard porter sur l’enfant. Est-il un objet qui doit satisfaire un désir ou un besoin ? Ou bien une personne qui a ses propres droits ? On crée des procédures qui sont objectivement des procédures de chosification de l’enfant. Il ne s’agit pas de porter un jugement sur le fait que des personnes prises individuellement soient capables d’élever un enfant. Ce n’est pas le problème ! La loi n’a pas à gérer des cas particuliers, elle doit dire quelque chose pour l’ensemble de la société. Dans le cas présent, on affirme qu’un enfant peut vivre sans avoir de référence paternelle même symbolique, sans connaître ses racines et savoir d’où il vient.

Ensuite, si on prend en considération l’argument de l’égalité pour justifier l’accès des couples de femmes à la PMA, on aboutit logiquement à la possibilité de la gestation pour autrui (GPA). Lorsque les femmes en couple auront le droit d’avoir des enfants, les hommes vont le revendiquer pour eux, sans que l’on ne se pose la question des moyens mis en œuvre pour satisfaire ce désir.

Il faut sensibiliser les responsables politiques au travail qui avait été fait lors de la première révision des lois de bioéthique en 2009. Si la révision de 2018 veut changer quelque chose, il faut qu’elle prenne des moyens correspondants. Et en particulier que les positions divergentes ne soient pas caricaturées sur l’échiquier du modernisme et du conservatisme.

Le pape François a entrepris une profonde réforme de l’Église, notamment avec Amoris laetitia pour la morale familiale. Mais certains craignent une forme de relativisme, conduisant à accepter toutes les situations dans lesquelles vivent les chrétiens, sans tenir compte de la morale chrétienne…

Card A.V-T. : Le pape nous dit simplement l’importance de prendre en compte les situations qui existent. Il ne faut pas oublier qu’il est jésuite, et donc qu’il aborde la réalité dans le dynamisme de la conversion spirituelle des exercices de saint Ignace. Il commence par écouter ce que disent les gens, ce qu’ils font. Puis il exerce un discernement spirituel, pour peser tout cela devant le Seigneur.

Si on interprète les décisions du pape François uniquement dans le registre organisationnel, on n’y comprend rien. Pour comprendre le pape, il faut se placer sur le terrain du discernement spirituel. L’enjeu, pour lui, est que le plus grand nombre progresse dans la suite du Christ, chacun devant faire un choix. Personne ne pourra éviter à personne la question de sa conversion personnelle : on peut avoir des dispositifs canoniques, des règlements, mais la liberté des hommes se joue dans leur conversion.

Concernant l’Église universelle, comment comprenez-vous les résistances de certains catholiques au pape François ?

Card A.V-T. : Pour une part, face à sa volonté de réformes structurelles, les résistances sont institutionnelles, phénomène assez classique lorsqu’on veut changer les pratiques d’une organisation. Par ailleurs, pour nous, Occidentaux, elles s’expliquent aussi par notre culture « technicienne », où l’action est toujours conditionnée par la théorie. « Jésus nous ayant donné la théorie, nous saurions ce qu’il faut faire », pensent certains. « Puisque la théologie, vue comme une théorie, a dit ça, la pastorale, vue comme une application pratique, doit le faire ». C’est très réducteur pour la théologie et aussi pour la pastorale. Nous avons besoin de nous réapproprier des critères de discernements pastoraux qui ne soient pas seulement théologiques.

Une question plus personnelle, pour finir. Comment avez-vous assumé cette lourde charge durant tant d’années ?

Card A.V-T. : J’ai la conviction que ce n’est pas moi qui décide, et surtout que ce n’est pas moi qui conduis les âmes et les cœurs. Je ne change pas les gens et la réalité tout seul, il faut accepter d’être l’instrument de quelqu’un d’autre. Je ne suis pas capable de mesurer ce qui vient de moi dans ce que j’apporte, et ce qui vient de Dieu. De plus, dans une société anxiogène, mon rôle d’évêque, c’est d’apporter la sérénité et la paix. Les diocésains n’ont pas besoin d’un excitateur de plus, mais d’un père qui résiste aux événements, qui manifeste qu’il y a une stabilité qui nous dépasse.

La maladie, dont vous avez souffert en début d’année, vous a-t-elle changé  ?

Card A.V-T. : Elle m’a fatigué et rendu moins capable de faire face à certaines exigences. Je me suis trouvé dans la situation de partager la dépendance d’un certain nombre de personnes, en raison de l’âge, de la maladie, et d’éprouver dans ma vie la limitation humaine. Je suis plus attentif à ne pas trop compliquer la tâche des autres, à ne pas être une charge excessive pour mon entourage.

Le cardinal André Vingt-Trois en quelques dates

• 7 novembre 1942. Naissance à Paris.

• 28 juin 1969. Ordonné prêtre pour le diocèse de Paris.

• 1969-1974. Vicaire à la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal à Paris.

• 1974-1981. Professeur au séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).

• 1981-1999. Vicaire général pour le diocèse de Paris.

• 1988-1999. Évêque auxiliaire de Paris.

• 1999-2005. Archevêque de Tours.

• 2005-2017. Archevêque de Paris.

• 24 novembre 2007. Créé cardinal par le pape Benoît XVI.

• 2007-2013. Président de la conférence des évêques de France.

Recueilli par Bruno Bouvet et Isabelle de Gaulmyn

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 07:02
Le GFU donne la possibilité de vivre sa vocation tout en ayant une vie étudiante. / Crédit Frederic Maigrot/Rea

Le GFU donne la possibilité de vivre sa vocation tout en ayant une vie étudiante. / Crédit Frederic Maigrot/Rea

J’ai participé samedi 16 septembre à l’anniversaire des 50 ans des Groupes de Formation Universitaire au Séminaire Saint Sulpice à Issy les Moulineaux (grand moment de retrouvailles et d’émotion !) en présence d’une dizaine de GFU actuels, de leurs formateurs, de quatre vingt prêtres et de quelques pères de familles qui ont vécu la formation en GFU au cours des 50 dernières années et de 5 évêques dont deux ont été membres des GFU (Laurent ULRICH, archevêque de Lille et Pascal ROLLAND, évêque de Belley Ars). J’ai été moi-même « en GFU » d’octobre 1969 à août 1973 à Paris avant de rejoindre la Mission de France et d’être ordonné diacre au Carmel de Mazille le 3 juillet 1976 et prêtre au Centre Œcuménique Saint Marc à Grenoble le 4 février 1978.

Le groupe de formation universitaire (GFU), qui permet aux jeunes de mener de front les études et le séminaire, fête samedi 16 septembre ses 50 ans.

Quand Maxime Begyn, étudiant en master de philo à Lyon, a rencontré pour la première fois son évêque pour lui faire part de son envie de devenir prêtre, il n’avait que 17 ans. « L’évêque m’a écouté pendant deux heures… J’étais encore au lycée, j’avais ressenti un appel très jeune mais je voulais quand même entreprendre des études profanes. » Quinze jours plus tard, l’évêque le rappelle et lui propose de devenir « GFU ». Un nom de code bien connu dans l’Église de France, pour « Groupe de formation universitaire ».

Ce parcours sur mesure pour les étudiants désirant devenir prêtres sans pour autant abandonner leur cursus est né il y a tout juste cinquante ans, sous les auspices de la Mission de France et des mouvements d’action catholique. « À l’époque, en 1967, le nombre de séminaristes était en chute libre et les évêques avaient décidé de fermer les petits séminaires, raconte le père Emmanuel Goulard, supérieur du séminaire GFU. Le GFU a donc été pensé comme un lieu de discernement et de première formation tout en poursuivant des études universitaires. »

« Éprouver la vocation en partageant le quotidien des gens »

Une spécificité française qui, en un demi-siècle, a fait son petit bonhomme de chemin. S’ils représentaient une centaine de séminaristes quand le père Bruno Cazin, vicaire général du diocèse de Lille et médecin, a bénéficié de ce parcours au début des années 1980, on compte aujourd’hui 17 GFU dans tout le pays, pour quatre à cinq nouvelles entrées chaque année.

Un recrutement plutôt constant ces dernières années, dont la courbe épouse celle de l’ensemble des vocations. Mais pour le spécialiste en hématologie, ce parcours garde toute sa raison d’être. « C’est à l’hôpital que j’ai appris le Christ et l’Évangile et c’est pour ça que j’y suis resté, poursuit le père Cazin. Le parcours GFU permet aux étudiants ou aux jeunes professionnels d’éprouver leur vocation en partageant le quotidien des gens. »

« Faire entre deux vies, voire trois, en une »

Un séminaire hors les murs, en somme, où se conjuguent pleinement vie de séminariste et vie d’étudiant en attendant de rejoindre, diplôme d’ingénieur ou de philo en poche, le cursus classique de théologie conduisant à la prêtrise. « Tout l’enjeu est de faire entrer deux vies, voire trois, en une », résume Maxime Begyn.

L’étudiant en philo enchaîne dans une même journée les temps de prière dans son logement ou dans le train, les cours sur le campus, la participation à une messe quotidienne et l’animation de l’aumônerie des jeunes à la paroisse de Montluel (Ain). Sans compter les week-ends mensuels de formation et les diverses retraites pour GFU encadrées par des prêtres accompagnateurs. Pas toujours facile, dans ces conditions, de trouver du temps pour les soirées étudiantes.

« Grâce à cette formule, j’ai rencontré des gens, y compris des amitiés féminines, que je n’aurais jamais croisés dans un séminaire classique, poursuit Maxime. Mais cette plus grande liberté requiert une certaine cohérence : par exemple, je ne vais pas dans les soirées étudiantes pour emballer les filles… Cette unité entre plusieurs vies préfigure les situations réelles qui m’attendent si, un jour, je suis ordonné prêtre. »

 

Samuel Lieven

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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 09:28
La charge de l’évêque : Présider aux trois missions de l’Église

Pour le service du diocèse aux Armées Françaises, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, assisté de Monseigneur Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, et de Monseigneur Emmanuel Lafont, Évêque de Cayenne, en présence de Monseigneur Luigi Ventura, nonce apostolique en France, a conféré la consécration épiscopale à Monseigneur Antoine de Romanet de Beaune, prêtre du Diocèse de Paris, en la cathédrale Notre-Dame de Paris le dimanche 10 septembre 2017. A l’occasion de cette ordination, monseigneur Bernard-Nicolas AUBERTIN nous redit les trois missions de l’évêque :

Les Pères du Concile Vatican II ont présenté la triple mission des évêques : mission d’enseignement, mission de sanctification,  mission de gouvernement[1]. Cette triple mission doit être exercée à la manière du Pasteur suprême, le Christ  qui s’est présenté lui-même sous la figure du serviteur. C’est donc comme serviteur que l’évêque est appelé à  exercer sa mission.

Serviteur de la Parole

L’écoute de la parole de Dieu est l’attitude fondamentale de tout disciple du Christ. L’évêque, avant d’être ce docteur dont la cathèdre est le signe, doit donc se faire disciple. Il lui faut se mettre à l’écoute de cette Parole qu’il a pour mission de transmettre, partager, commenter, expliquer. L’évêque ne peut être le garant de la foi que s’il est profondément nourri de l’Évangile, que s’il est comme « informé » par l’Évangile. Lors de son ordination, l’évêque porte l’évangéliaire sur ses épaules. N’est-ce pas pour signifier que l’Évangile fait partie de sa vie et qu‘il doit vivre en porteur de cette Parole qui n’est pas seulement la sienne mais celle du Christ et de l’Église ?

Serviteur du Christ et de l’Église

L’évêque doit l’être dans la célébration des sacrements. À plusieurs reprises au cours de la célébration de l’ordination d’un évêque, celui-ci est appelé « intendant des mystères du Christ ». L’intendant n’est pas le propriétaire des biens mais leur gérant, leur dispensateur, à l’image du Christ  « dispensateur de tout bien ». L’évêque est au service de l’Église et en particulier de cette portion d’Église qui lui est confiée. Il lui appartient donc d’appeler, de former et d’ordonner des collaborateurs pour que l’Évangile soit annoncé, pour que la grâce du Christ soit largement et justement partagée dans les sacrements afin que chacun soit nourri et conforté dans sa marche vers le Royaume.

Serviteur du peuple

Serviteur, l’évêque l’est également dans l’exercice de sa charge de gouvernement. Serviteur du peuple qui lui est confié, l’évêque doit se faire proche de tous, à l’image du bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Ne nous y trompons pas cependant. Si l’autorité est un service elle demande à la fois  force, courage, fermeté, délicatesse et amour vrai. Je n’oublie jamais cette recommandation de saint Benoît de  ne pas donner « une fausse paix », c’est-à-dire faire comme s’il n’y avait pas de problème, comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes…. Gouverner c’est discerner, décider dans le respect de chacun mais toujours en vue du bien de tous.

Diacre, serviteur, l’évêque le demeure dans l’exercice de sa triple mission. Que le Christ serviteur et bon pasteur soit toujours sa force et son modèle.

Par Bernard-Nicolas Aubertin, Archevêque de Tours et président de la Commission épiscopale de liturgie

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[1] Constitution sur l’Église Lumen gentium  et le Décret Christus dominus sur la charge pastorale des évêques.

 

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