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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 15:40
L’archevêque de Rouen, Dominique Lebrun répond aux journalistes le 2 octobre 2016 avant une cérémonie pour la réouverture de l'église Saint-Etienne-du-Rouvray © CHARLY TRIBALLEAU AFP/Archives

L’archevêque de Rouen, Dominique Lebrun répond aux journalistes le 2 octobre 2016 avant une cérémonie pour la réouverture de l'église Saint-Etienne-du-Rouvray © CHARLY TRIBALLEAU AFP/Archives

Il s'est affirmé aux avant-postes de l'Eglise de France quand est survenu "l'innommable". L'assassinat par deux jihadistes d'un de ses prêtres, le père Jacques Hamel, a transformé et révélé l'atypique Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen.

Jusqu'à l'attentat du 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray, cet homme au rire franc et au casque poivre et sel, perpétuellement chaussé de sandales, s'était surtout signalé hors de l'Eglise par son passé insolite d'arbitre de football.

Treize ans durant lesquels, alors qu'il était vicaire puis curé en Seine-Saint-Denis, l'ancien étudiant en droit a veillé au déroulement de matchs de niveaux régional et départemental.

Le rapport avec le sacerdoce ? "S'il y a une dimension spirituelle, c'est celle engendrée par l'esprit de service et par la joie de vivre de beaux moments de communion", analyse-t-il plus tard.

A bientôt 60 ans - il les fêtera le 10 janvier -, Dominique Lebrun dribble les commentaires qui l'enfermeraient dans une case. Nommé à la tête du diocèse de Saint-Etienne en 2006, ce fils d'une famille de huit enfants s'y avère très classique sur l'avortement - il est réputé être le premier évêque à avoir participé à une "Marche pour la vie", en 2010. Dans le même temps, il innove en lançant des Assises chrétiennes de l'écologie, convaincu de la nécessité d'un "dialogue avec la société".

Affecté en 2015 à Rouen - sa ville natale -, il ne se laisse pas tourner la tête par son "pallium" (ornement porté sur la chasuble) d'archevêque métropolitain, encore moins par son titre honorifique de "primat de Normandie". La sobriété lui sied mieux: pendant une pénurie de carburants, il est aperçu en train de pousser sa petite voiture jusqu'à la pompe, pour ne pas faire tourner le moteur inutilement.

La "tragédie innommable", souligne-t-il, qui a frappé le père Hamel l'a rappelé brutalement à ses hautes responsabilités. Mgr Lebrun avait eu le temps de rencontrer ce prêtre auxiliaire de la banlieue de Rouen, mort à 85 ans. "Je lui avais posé la question: +Père, quelle est la prochaine étape dans votre ministère?+ Il m'avait regardé comme si je lui posais la question qui n'était pas à poser", se souvient l'archevêque. "Cela dit bien la simplicité de cet homme, donné à Dieu".

Le jour de son "martyre", Mgr Lebrun trouve des mots d'apaisement qui seront remarqués jusqu'à l'Elysée, où l'archevêque est reçu le soir-même: "L'Eglise catholique ne peut prendre d'autres armes que la prière et la fraternité entre les hommes".

"C'est venu spontanément", raconte-t-il. "J'ai beaucoup voyagé au Moyen-Orient. J'étais dans la plaine de Ninive en 2014, j'avais été confronté à Daech (acronyme du groupe Etat islamique, NDLR) et frappé par le non-appel à la vengeance des chrétiens d'Orient. Je portais le même horizon".

Depuis, l'archevêque n'a guère quitté le devant de la scène médiatique, de l'hommage à Notre-Dame de Paris jusqu'au rituel de réouverture de l'église Saint-Etienne, en passant par les obsèques à la cathédrale de Rouen du père Hamel, dont il va désormais accompagner la cause en béatification. Des paroles et des homélies qui ont fait mouche, sans les détours que ce docteur en théologie aurait pu vouloir emprunter.

L'humble expérience de Mgr Lebrun est écoutée à Lourdes, où vient de s'achever l'assemblée des évêques: son initiative originale d'accueil des divorcés-remariés à la Toussaint y a été remarquée. L'archevêque "a pris de l'épaisseur", selon un connaisseur des arcanes épiscopaux. A tel point que citer son nom comme possible archevêque de Paris, quand le cardinal André Vingt-Trois aura atteint la limite d'âge - 75 ans, fin 2017 -, n'est pas perçu comme saugrenu.

L'intéressé ne fait sans doute pas de tels calculs, lui qui pensait que Saint-Etienne, son premier siège d'évêque, aurait été "le dernier".

Il ne se pose guère plus de questions sur sa gestion de l'après-attentat: "Ce sont des choses qui me dépassent".

Mais il dit avoir été touché par "la question du pardon et de l'amour de tous. Y compris des membres de Daech": "Cela m'a transformé parce que je sais maintenant que je dois devenir chrétien, et que je ne le suis pas encore".

AFP 

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 18:26
En Albanie, un prêtre rescapé de la terreur créé cardinal par le pape François

Le 21 septembre, le pape François rencontre le P. Ernest Troshani Simoni durant sa visite apostolique à Tirana. / /AP

Le P. Ernest Simoni a passé en tout 18 ans entre la prison et les travaux forcés sous l’un des régimes communistes les plus féroces du vingtième siècle.

C’est le coup de cœur du pape François. Lors du prochain consistoire qui doit entériner la création de 17 nouveaux cardinaux, le franciscain albanais Ernest Simoni, âgé de bientôt 88 ans, sera l’un des rares prêtres à revêtir directement la pourpre sans passer par la case « évêque ». C’est que son parcours, marqué par dix-huit ans de prison et de travaux forcés sous l’un des régimes communistes les plus féroces de la planète, a bouleversé le pape, lors de sa visite dans ce petit pays des Balkans en 2014

Né en 1928 à Troshani, un village situé à quelques kilomètres de Scutari dans le nord de l’Albanie où se concentre la minorité catholique du pays (deux tiers des Albanais sont musulmans, 15 % orthodoxes, 11 % catholiques), le P. Simoni entre très tôt chez les franciscains. Mais leur couvent, dès 1948, est transformé en un lieu de torture par le régime communiste d’Enver Hoxha. La terreur bat alors son plein. Les religieux sont tous fusillés et les novices expulsés. Âgé d’à peine 20 ans, le futur prêtre est envoyé par le régime comme enseignant dans de petits villages isolés de la montagne, où il fait secrètement œuvre de mission et d’évangélisation.

Plus tard, malgré deux années de service militaire particulièrement difficiles, dans une dictature parmi les plus fermées de la planète, Ernest Simoni réussit à achever clandestinement ses études de théologie et est ordonné prêtre à Scutari en 1956. Par obéissance à son évêque, il se fait incardiner dans son diocèse tout en restant franciscain de cœur.

Dans les geôles de la terrible « Sigurimi »

Le 24 décembre 1963, veille de Noël, il est arrêté et jeté en cellule d’isolement à Scutari, où la répression communiste est des plus meurtrières. Dirigée contre des prêtres et des intellectuels, elle touche aussi des musulmans, comme en témoignent les inscriptions – des dessins d’églises et de mosquées – retrouvées dans les cellules de la terrible « Sigurimi », la police secrète, dont l’ancien siège abrite à présent un couvent de sœurs clarisses.

Condamné à mort, le jeune prêtre voit finalement sa peine commuée en 25 années de travaux forcés. En prison, il devient un père spirituel pour les détenus. De nouveau condamné à mort en 1973 comme instigateur présumé d’une révolte, il en réchappe cette fois grâce aux témoignages de prisonniers.

Finalement libéré en 1981, le P. Simoni n’en reste pas moins considéré comme un « ennemi du peuple » et il est contraint de travailler dans les égouts de Scutari. Il continue, malgré tout, d’exercer clandestinement son ministère jusqu’à la fin du régime, en 1990.

Depuis lors, il sert comme simple prêtre dans de nombreux villages, en s’employant notamment à réconcilier les familles prises dans l’engrenage infernal des vengeances (« vendetta »), phénomène répandu en Albanie.

Après la chute du régime communiste, c’est depuis la cathédrale de Scutari qu’en 1993, en présence de Jean-Paul II et de Mère Teresa, avait été donné le coup d’envoi du renouveau de l’Église en Albanie. Une Église qui, vingt ans après, continue de s’appuyer, pour l’essentiel, sur un clergé missionnaire à dominante italienne.

Samuel Lieven

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 21:47
Mgr Hippolyte Simon démissionne pour raisons de santé

Mgr Hippolyte SIMON, archevêque de Clermont, prononce l’homélie à l’ordination épiscopale de Mgr Luc Crépy à la cathédrale Notre Dame de l'Annonciation. Le Puy-en-Velay (43), le 12 avril 2015. / Luc OLIVIER/CIRIC/​

Le pape François a validé la demande de démission présentée par lettre du 22 février par l’archevêque de Clermont-Ferrand. Cette démission prend effet ce jeudi 17 mars à midi.

« Chers diocésains, je tiens à vous informer moi-même que le Saint-Père, le pape François, a accepté la démission de charge d’archevêque de Clermont, que je lui avais présentée par lettre du 22 février, pour raisons de santé. Cette démission prend effet ce jeudi 17 mars à 12 heures », peut-on lire dans le communiqué de Mgr Hippolyte Simon rendu public jeudi 17 mars matin. Ce même communiqué annonce également que « dès vendredi, le collège des consulteurs se réunira afin d’élire un administrateur diocésain. »

De fait, Mgr Simon avait été opéré d’un cancer du rein en juin dernier et avait appris, peu après, que l’opération n’avait pas suffi. « En décembre, j’ai su qu’il n’y aurait pas d’autre opération et j’ai alors pris la décision de démissionner, sachant qu’il me serait difficile d’être évêque à plein-temps et de me soigner », confie-t-il à La Croix depuis Clermont-Ferrand où il poursuit ses traitements quotidiens.

Figure marquante de l’épiscopat français

Âgé de 72 ans et archevêque de Clermont-Ferrand depuis vingt ans, Mgr Hippolyte Simon est indéniablement une figure marquante de l’épiscopat français. Homme de débat, curieux et attentif au monde tel qu’il va, il a été choisi par ses confrères comme vice-président de la Conférence des évêques de France (CEF) de 2007 à 2013, au côté de Mgr Laurent Ulrich. Il a également représenté les évêques de France auprès de la Commission des épiscopats de l’Union européenne (COMECE) jusqu’en novembre 2007.

Mgr Simon fut l’un des rédacteurs du « rapport Dagens » (1996). Pour cet héritier déclaré du personnalisme d’Emmanuel Mounier, la question centrale reste celle de la pertinence et de la crédibilité d’une foi chrétienne librement vécue et tournée vers l’avenir.

Il s’est inquiété du retour du paganisme, de la crise des institutions et de la montée de l’extrême droite (et ce, bien avant le séisme électoral de 2002), du durcissement des relations État-Église et de la conception de la laïcité, mais aussi des vocations spécifiques au sacerdoce et au diaconat (1). Il avait aussi pris position pour défendre le dimanche comme jour de repos, le célibat sacerdotal, ou encore pour s’opposer au « mariage pour tous » tout en refusant d’aller manifester

Quelques jours d’été en Normandie

Dans son diocèse, où il avait ouvert une nouvelle maison diocésaine fin 2000, il a également lancé de nombreuses pistes de réflexion sur le redécoupage des territoires paroissiaux…

Natif de Saint-Georges-de-Rouelley (Manche) et formé au grand séminaire de Coutances puis au séminaire de Bayeux, Hippolyte Simon est resté attaché à sa Normandie familiale, où il aime retourner les étés. Il compte y revenir en juin pour la suite de son traitement. D’ici là, doit être organisé en avril à Clermont-Ferrand une célébration afin que ses diocésains puissent lui exprimer leurs remerciements.

Claire Lesegretain

(1) Mgr Simon est l’auteur notamment de « Vers une France païenne ? » (Cana, 1999) ; « La Liberté ou les idoles ? » (entretiens avec Frédéric Mounier, Cana/DDB, 2002) ; « Libres d’être prêtres » (Éd. de l’Atelier, 2002) ; « Vous qui cherchez Dieu, voici un GPS » (DDB, 2010).

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 07:08
Retour sur l’installation de Dominique Lebrun, Archevêque de Rouen

Evêque de Saint-Etienne depuis 2006, Mgr Dominique Lebrun a été nommé archevêque de Rouen le 10 juillet 2015. Après la prise de possession canonique, il a été installé dans son nouveau diocèse le 11 octobre, en présence d’une douzaine d’évêques.

Mgr Dominique Lebrun a été installé archevêque de Rouen en la cathédrale Notre-Dame de Rouen. Ordonné prêtre pour le diocèse de Saint-Denis en 1984, il avait été nommé évêque de Saint-Etienne le 9 septembre 2006.

A l’issue de la prise de possession canonique, le 9 octobre, Mgr Lebrun s’était adressé aux autorités civiles, militaires, judiciaires et religieuses, dans la salle des Etats de l’archevêché. Un passage de témoin en présence de son prédécesseur, Mgr Jean-Charles Descubes, désormais émérite.

Le nouveau Primat de Normandie a évoqué son enfance à Rouen, ville où il est né et où il apprit à lire, écrire et compter. Il a d’ailleurs relu ce triple apprentissage avec pour objectifs dorénavant de « lire la vie de nos contemporains » pour « déchiffrer les signes des temps ». Ecrire, a-t-il poursuivi, « c’est prendre le temps de poser les choses pour les exprimer avec plus de justesse, j’espère plus de délicatesse ». Il a ensuite cité « les laissés-pour-compte, ceux pour qui le compte n’y est pas, le compte de la nourriture, de la protection sociale, du toit tout simplement, du travail, le compte de la patrie, le compte de l’amour. Dans ce domaine, vous savez que vous pouvez compter sur les communautés catholiques, pas seulement pour s’indigner mais aussi ou d’abord pour retrousser leurs manches. Je serai à leur côté, sans compter ».

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 05:32
Jacques Gaillot a été reçu, à sa demande, par le pape François

L'évêque français a été reçu, ce mardi après-midi, pendant trois quart d'heure par le Souverain Pontife à la maison Sainte-Marthe au Vatican.

«En une carrière de journalisme politique je n'ai jamais vu une telle proximité, authenticité, simplicité», témoigne Daniel Duigou, aujourd'hui prêtre et curé de Saint-Merri à Paris (IVe) qui accompagnait Mgr Jacques Gaillot à la maison Sainte-Marthe du Vatican où réside le pape François qui les a reçu pendant «trois quart d'heure», ce mardi après midi.

«Nous sommes frères», a commencé le pape, selon Daniel Duigou, ajoutant: «Vous êtes évêque de Partenia?» «Oui, a répondu Jacques Gaillot, cela fait vingt ans, vingt ans que je suis exclu, ce qui est mon passeport parce que je suis avec les exclus et les exclus se reconnaissent en moi. En me recevant, ils se sentent reconnus par vous. Ce n'est pas pour moi que je suis là, c'est pour eux. Ils en sont très heureux. Merci.» «Très bien», lui a répondu le Pape qui a ajouté, selon Mgr Gaillot: «Le Christ frappe à la porte de l'Église mais pas de l'extérieur… de l'intérieur pour que l'on ouvre la porte sur le monde, sur l'humanité. Il veut sortir!»

Interrogeant directement Daniel Duigou sur l'accueil des «divorcés remariés» à Saint-Merri, le pape l'a aussi encouragé à continuer l'accueil des migrants. En français, langue de l'entretien, François a dit: «Les migrants, c'est la chair de l'Église.»

La conversation, qui n'a pas abordé les querelles passées de «l'affaire Gaillot», a évoqué un voyage en France, le pape confiant à ses interlocuteurs «préférer aller vers des petits pays qui ont besoin d'aide». En l'absence de photographe officiel cet entretien privé s'est conclu par une séance de selfie.

Jean-Marie GUENOIS

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 07:07
Lundi 29 juin fête des apôtres Pierre et Paul

Le pontife et le missionnaire, deux figures inséparables

Un grave conflit les a opposés et pourtant nous fêtons les apôtres Pierre et Paul le même jour. Une même passion de l'Évangile les a animés mais ils se sont affrontés dans la manière de le mettre en pratique. Pierre et Paul sont désormais réunis, paisiblement, dans le calendrier et dans la liturgie. Je lis quelques lignes de la Préface de la messe de ce jour : « Père très saint […], tu nous donnes de fêter en ce jour les deux apôtres Pierre et Paul : celui qui fut le premier à confesser la foi, et celui qui l'a mise en lumière ; Pierre qui constitua l'Église en s'adressant d'abord aux fils d'Israël, et Paul qui fit connaître aux Nations l'Évangile du salut ; l'un et l'autre ont travaillé, chacun selon sa grâce, à rassembler l'unique famille du Christ. » Voilà comment, aujourd'hui, nous faisons mémoire des apôtres Pierre et Paul.

L'enseignement d'une célébration commune

La même passion de l'Évangile les a conduits jusqu'au témoignage suprême, le martyre. On ne connaît pas la date précise de leur mort, ni même l'année avec certitude, mais peu importe. La primitive Église a choisi de célébrer ensemble ces deux grands apôtres. Ce choix contient un enseignement important pour nous aujourd'hui.

Tout d'abord, la richesse du mystère du Christ conduit à une diversité de témoignages. Nous pensons déjà aux quatre Évangiles : quatre présentations des paroles et des actions de Jésus. Quatre points de vue différents sur la personne de Jésus-Christ. Chacun apporte quelque chose d'original et aucun ne prétend tout dire de la personne du Fils de Dieu. Il est celui qui échappe à une simple description. Au moment où l'on pense le saisir, saint Luc nous dit : « et lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin » (Lc 4, 30). Les apôtres Pierre et Paul n'ont pas écrit d'Évangile mais ils l'ont vécu, traduit en actes et transmis avec une intensité exceptionnelle. Pierre, attentif à la constitution d'une Église fidèle au commandement du Christ, et Paul, missionnaire intrépide reculant toujours plus loin des frontières du christianisme. Leurs témoignages, ô combien différents l'un de l'autre, sont éclairants et stimulants pour nous. Même le plus grand des apôtres ne peut suffire à rendre témoignage au Christ.

Venons-en à une autre remarque sur la fête commune aux deux grands apôtres. Spontanément, nous sommes portés à placer saint Pierre au sommet de l'Église. Or, aujourd'hui, il partage les honneurs de notre célébration avec saint Paul. Un grand théologien de notre temps (le cardinal Hans Urs VON BALTHASAR) précise que seul le Christ peut occuper cette position de sommet. Le ministère de Pierre n'est pas celui d'un chef suprême qui aurait sous ses ordres des ministres de rang inférieur. Pierre a besoin de Paul et Paul a besoin de Pierre. Pierre a besoin de Paul pour que l'Évangile soit accueilli parmi les païens et ne reste pas à l'étroit dans certaines habitudes. Paul a besoin de Pierre pour être confirmé dans la foi et pour que ses communautés nouvelles ne conduisent pas à un émiettement de l'Église.

Une tension vitale pour être vraiment catholiques

Pierre et Paul ont exercé un ministère de fondation, chacun selon sa grâce particulière. Pierre, par son attention à l'unité et aux articulations du Corps du Christ et Paul, par son attention aux peuples les plus éloignés. L'un et l'autre sont indispensables pour que l'Église soit vraiment catholique, au sens étymologique du mot. Catholique veut dire « en direction du tout, en vue de la totalité, en accord avec l'ensemble ». Pierre veille à ce que chaque communauté soit en accord avec le fondement, qui est le Christ, et ainsi en accord avec les autres communautés. Paul rappelle constamment que l'Évangile est pour tous et doit rejoindre la totalité des peuples et des cultures. La fidélité à l'enseignement du Christ ne va pas sans l'adaptation, l'inculturation et le dialogue. Entre ces deux pôles, les tensions sont inévitables, mais elles sont vitales et fécondes lorsqu'elles sont vécues dans l'intelligence du cœur, c'est-à-dire dans l'amour.

L'unité dans l'Église ne ressemble jamais à un calme plat. Il s'agit plutôt d'un équilibre toujours recherché, souvent mouvementé, jamais définitivement possédé. L'équilibre se trouve non pas dans un calcul compliqué mais dans un simple élan, celui que Jésus est venu apporter, l'élan de la mission. « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21).

Au service de la communion avec Dieu et de la transfiguration du monde

La mission est comme un pont jeté entre Dieu et notre humanité. Pierre est précisément le premier d'entre nous, les humains, à reconnaître en cet homme Jésus, la plénitude de la divinité : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Par sa profession de foi, il est le premier à reconnaître, dans le Christ, l'irruption du monde nouveau. Pierre est capable d'une profession de foi hors du commun parce que, en cet instant, il se laisse enseigner par le Père : « Heureux es-tu Simon, fils de Yonas, ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Pierre est encore fragile, la suite de l'histoire le montrera. Mais la grâce reçue en cet instant le marquera pour toujours : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Malgré ses défaillances et son reniement au temps de la Passion, la promesse du Christ le sauvera du naufrage : « la puissance de la mort ne l'emportera pas ». Pierre a fait l'expérience de la puissance de Dieu dans la faiblesse.

En son Fils Jésus, le Père a décidé de franchir les distances et de rejoindre l'homme jusque dans sa fragilité. En son Fils Jésus, Dieu a établi un pont avec l'humanité. Pierre est le premier à en faire l'expérience. Jésus, selon la lettre aux Hébreux est le vrai Grand Prêtre, le pontifex selon la traduction latine de la Vulgate. Jésus est donc le Pontife par excellence, celui qui a établi le pont entre Dieu et l'humanité puisqu'il est pleinement Dieu et pleinement homme. Pierre et ses successeurs exerceront la charge de « pontife ». Le pape est appelé « souverain pontife ». Cela veut dire qu'il est chargé de veiller à « l'union avec Dieu et à l'unité du genre humain », selon la belle formule de Vatican II. La figure du « pontife » ne va pas sans la figure missionnaire de Paul. La présence de l'apôtre Paul nous rappelle combien la mission constitue la nature profonde de l'Église. À chaque génération, il convient de reprendre la route tracée par celui qui s'est laissé saisir par le Christ pour témoigner de son amour toujours plus loin. Des prêtres sont ordonnés ces jours-ci un peu partout dans le monde. Rendons grâce pour le cadeau que Dieu nous fait à travers eux. Prions pour ces jeunes qui marchent sur les traces des apôtres Pierre et Paul, prêtres soucieux de la communication entre Dieu et l'humanité, prêtres témoins audacieux de l'amour qui vient transfigurer le monde.

Jacky Marsaux

Prêtre du Diocèse d’Amiens

Docteur en Théologie

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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 21:02
Le pape François lors de l’audience de ce mercredi : « L'Eglise ne se réduit pas au clergé ni au Vatican »

Ce mercredi Place Saint-Pierre, à nouveau sous le soleil après plusieurs jours et nuits de pluies et d’orages, le Pape François, face à plusieurs dizaines de milliers de fidèles, a entamé un nouveau cycle de catéchèses, cette fois sur l’Eglise. Et pour ce, le Pape s’est comparé à un « fils qui parle de sa propre mère, de sa propre famille. L’Eglise en effet, a souligné François, n’est pas une institution qui a une fin en soi, ou une association privée, ou encore une ONG, et il ne faut surtout pas la réduire au clergé et au Vatican…L’Eglise est une réalité beaucoup plus vaste, qui s’ouvre à toute l’humanité et qui n’est pas née à l’improviste, de rien. Elle n'est pas née en laboratoire. Elle est fondée par Jésus mais elle est un peuple avec une longue histoire derrière elle, et une préparation qui commence bien avant Jésus lui-même ».

Le Pape a alors fait partir cette histoire ou « préhistoire » de l’Eglise, en partant des pages de l’Ancien Testament. «Selon le Livre de la Genèse, Dieu a choisi Abraham et il lui demande de partir vers une autre terre, lui promettant une descendance nombreuse. À partir de lui, Dieu forme un peuple pour porter sa bénédiction à toutes les familles de la terre. Et c’est Dieu lui-même qui prend l’initiative, car son amour précède tout. »
Et pour le Pape, c’est là une nouveauté : « Habituellement, c’était l’homme qui s’adressait à la divinité, en cherchant de combler la distance avec elle, et en invoquant soutien et protection. Dans ce cas, par contre, on assiste à quelque chose d’inouï : c’est Dieu lui-même qui prend l’initiative et adresse la parole à l’homme, en créant un lien et une relation nouvelle avec lui. Ainsi Dieu forme un peuple avec tous ceux qui écoutent sa Parole et qui se mettent en chemin, en se confiant à Lui. L’amour de Dieu précède tout. Il précède Abraham, il précède aussi Adam. »

Mais le Pape François souligne aussitôt que même si le peuple se met en marche, « il y a cependant dès le début des résistances ». « Des replis sur soi-même et ses propres intérêts, et la tentation de marchander avec Dieu et de résoudre les choses chacun à sa façon. Il y a les trahisons et les péchés qui marquent le cheminement du peuple tout au long de l’histoire du salut, qui est l’histoire de la fidélité de Dieu et de l’infidélité de son peuple. Mais Dieu est patient, et il continue à l’éduquer comme fait un père avec son fils. Et c’est la même attitude qu’il maintient face à l’Eglise. Nous aussi, dans notre volonté de suivre Jésus, nous faisons l’expérience chaque jour de l’égoïsme et de la dureté de notre cœur. Mais si nous nous reconnaissons pécheurs, Dieu nous remplit de sa miséricorde et de son amour. Et c’est cela justement qui nous fait grandir comme peuple de Dieu, comme Eglise : ce n’est pas notre bravoure, ni nos mérites, mais l’expérience quotidienne de ce que le Seigneur nous aime et prend soin de nous. Et cela nous fait grandir dans la communion avec Lui et entre nous. »

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