Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
  • Contact

Recherche

Articles Récents

28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 06:35
Le jeûne eucharistique en période de confinement

L’eucharistie étant l’acte d’une assemblée, les prêtres de Saint Eustache à Paris ont décidé de ne pas célébrer de messe en période de confinement : ils jeûnent avec les fidèles. Jacques Mérienne, prêtre de cette paroisse, écrit : « Ne pas célébrer la messe peut être aussi important que de la célébrer et aussi « nourrissant » pour la vie chrétienne. »

Le coup de génie de ces prêtres est d'être restés dans le partage, jusqu'au partage du "rien", le partage d'un vide surabondant d'amour, c'est le tombeau vide et c'est l'eucharistie ! C'était tellement simple mais il fallait le trouver et ils l'ont fait. Il faudrait faire connaître cette manière de "célébrer" ensemble l'eucharistie !

Il n’y a pas de messe « privée »

La sécurité et la santé de tous passent aujourd’hui par un fraternel « rester chez vous » ou un amical « jamais en groupe » qui séparent plus qu’ils ne rassemblent. Chacun comprend l’urgence vitale de ces injonctions, mais chacun réagit à sa manière pour les mettre en pratique avec zèle ou à reculons. Au cours d’une réflexion sereine les responsables de la paroisse saint-Eustache ont pris ces mesures au sérieux et décidé de maintenir la fermeture complète de l’église tout le temps du confinement imposé par les autorités. Cela a pour conséquence l’arrêt des célébrations eucharistiques jusqu’à nouvel ordre. Une eucharistie ne pouvant exister sans l’assemblée qui en est le signe premier et fondamental il n’y a pas de « messe privée », donc les prêtres ne célèbrent pas seuls, ils « jeûnent » tout comme les autres fidèles et en communion avec eux. L’eucharistie est un sacrement du corps, le corps de l’assemblée devient le corps du Christ, et il ne semble pas qu’un écran puisse le remplacer. L’écran de l’ordinateur ou du téléphone offrent une image nourrissante et apaisante, mais ambiguë et sans mystère. S’il est légitime de retransmettre une messe comme le fait la télévision depuis des décennies au profit de ceux qui ne peuvent se déplacer ou participer à de grands rassemblements internationaux, l’Église n’a jamais cherché à faire croire que ces émissions pouvaient remplacer le contact et la présence qui sont la chair du sacrement. Un enseignement et une émotion sont transmises à travers des images de recueillement et de fête, des prédications et des chants, mais c’est dans le secret du cœur de l’auditeur, dans sa solitude et son absence que se révèle le mystère du geste sacramentel trouvant sa source dans la foi et l’espérance dont il est porteur.

« Nous priver de messe ne nous prive pas du Christ »

Ne pas célébrer la messe peut être aussi important que de la célébrer, et aussi « nourrissant » pour la vie chrétienne. Les Églises appellent cela le « jeûne eucharistique » par comparaison avec le jeûne comme pratique saine pour retrouver la santé et sainte pour faire pénitence, pratique que Jésus nous demande de vivre comme une fête : « Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage,… » (Mt 6/16). L’eucharistie instituée par Jésus au cours du dernier repas qu’il prit avec des disciples a été d’emblée reçue par les premières communautés chrétiennes comme le cœur vivant de leur rassemblement, elles nous en ont fait de multiples récits, elles en ont fait dès le début mémoire comme le demandait Jésus lui-même : « faites ceci en mémoire de moi ». Mais elles ne l’ont jamais considérée comme leur unique et exclusive raison d’être, au contraire elles manifestent la possibilité et l’importance de vivre aussi cette communion avec le Christ en dehors de ce geste. La communauté célèbre le rite mais c’est le Christ qui fait la communauté, et non le rite. Saint Jean est le premier à le marquer dans son évangile quand il ne transcrit pas l’institution de l’eucharistie comme le font les autres évangiles ou saint Paul, mais le lavement des pieds des disciples par Jésus, un autre geste qui implique tout autant le Seigneur et ses disciples dans une mémoire transmise encore aujourd’hui. Saint Luc lui aussi place ce jeûne dans son évangile avec les pèlerins d’Emmaüs qui reconnaissent Jésus rompant le pain alors qu’il a déjà disparu. Ils réalisent qu’ils sont seuls, mais avec le « cœur brûlé tandis qu’il leur parlait » (Lc 24.32). Ces évangélistes nous disent que si la communion eucharistique se trouve dans le rite faisant mémoire du geste de partage de son corps par le Christ, et que ce rite nous est donné pour vivre cette communion à notre initiative, cette communion eucharistique se trouve aussi et se reçoit dans d’autres circonstances, qui ne sont pas des rites mais des événements ou des rencontres, voire des silences ou des haltes qui surgissent dans la vie de chacun ou de la communauté, et qu’il faut saisir car elles nous purifient de nos routines et de nos facilités pour nous rendre à l’innocence de celui et de celle qui reçoivent un cadeau inattendu et en sont émerveillés. Dieu est fidèle et il nous accueille quand nous nous tournons vers lui, mais ce qui est décisif c’est de reconnaître que quel que soit le parti que l’on prend à son égard, contemplation ou nuit, la place de Dieu dans nos vies est un lieu secret, il se révèle, il se dévoile sans nous attendre, ce qui nous surprend, sans nous abandonner, ce qui nous rend confiants, sans nous enfermer, ce qui nous rend vraiment libres.

Nous priver de messe ne nous prive pas du Christ, ne nous prive pas de l’amour de nos frères et sœurs, ne nous prive pas du tête-à-tête avec l’en-haut, ne nous prive pas d’une espérance qui devient puissante. Nous sommes dans un temps d’attente, de respirations courtes et de regards furtifs, un temps de crépuscule que le printemps naissant n’arrive pas à réveiller car la ville est vide et les rues abandonnées à l‘errance des sans-abris sans amis. L’urgence est de maintenir possible notre communion en la réinventant au besoin, pour poursuivre sûrement autrement ce que les gens les plus simples dont la foi est dite populaire, ce que les croyants les plus traditionnels, les mystiques et les prophètes visionnaires ont entrepris avant nous, ce que Paul a entrepris pour passer du Jésus qu’il n’a pas connu au mystère du Christ dans la communauté chrétienne, ces entreprises il nous appartient de mettre à profit en ce temps où nous sommes livrés à nous-mêmes, pour les actualiser, pour passer du Christ restreint à la communauté chrétienne au Christ universel qui s’élabore dans l’humanité entière, au-delà des frontières définies par nos lieux, nos agendas, nos institutions et nos autorités ou par ceux qui veulent s’en emparer, Christ aujourd’hui qui s’élabore au sein de notre humanité qui tente de rejoindre la demeure de Dieu parmi les hommes.

Jacques Mérienne, avril 2020
Prêtre résident à la Paroisse Saint Eustache (Paris)

 

Lien à la Source

 

Partager cet article

Repost0
15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 05:41
Un carême sans eucharistie…

Quelques heures avant l’annonce des mesures gouvernementales pour limiter la propagation du coronavirus, les évêques de Belgique ont décidé de suspendre les célébrations eucharistiques (entre autres) jusqu’au 3 avril, avant-veille du Dimanche des Rameaux. Les fidèles se voient ainsi contraints à un « jeûne eucharistique » inattendu en plein carême. Comment traverser spirituellement cette période particulière?

Il s’agit d’une mesure inédite: les célébrations liturgiques publiques, notamment les eucharisties, sont suspendues en pleine période de carême, en raison du risque de transmission du coronavirus. Cette décision a été communiquée ce jeudi 12 mars par les évêques de Belgique, quelques heures avant l’annonce, par la Première ministre Sophie Wilmès, de mesures renforcées pour limiter la propagation de la maladie: manifestations récréatives supprimées, cours suspendus dans les écoles, restaurants fermés…

La décision des évêques frappe, voire choque nombre de chrétiens. Les personnes déjà fragilisées, en raison de l’âge, de la maladie ou de la solitude se trouvent ainsi privées d’un soutien spirituel, et humain tout simplement, même si cette mesure est pleinement justifiée par ailleurs, et d’ailleurs devenue obligatoire au vu des décisions prises par les autorités publiques.

Comment réagir spirituellement à ce que l’on pourrait appeler un « jeûne eucharistique » imposé?

En premier lieu, cette « privation » manifeste que les chrétiens sont solidaires de leurs concitoyens frappés par les restrictions – qui les concerne d’ailleurs également. « Avoir la foi » ne nous place pas au-dessus de nos frères et soeurs humains: nous partageons les mêmes joies, mais aussi les mêmes souffrances. Nous sommes tout autant démunis face à la maladie et à la mort. A ceci près : notre foi nous permet de traverser les périodes d’adversité, voire de détresse, … avec foi justement, avec une confiance, une sérénité et une espérance qui nous vient du Christ. Le Christ a partagé la souffrance humaine jusqu’au bout, et il l’a traversée. C’est le sens, précisément, de la « pâque » que nous nous préparons à vivre en ce temps de carême: le Christ a traversé la souffrance et la mort… et est ressuscité. Dans l’épreuve que nous vivons actuellement – certains davantage que d’autres -, la promesse de la résurrection peut nous aider à la traverser. Bien plus, Cette résurrection, la vie nouvelle, peut être vécue au coeur de notre vie présente.

La situation actuelle nous rend aussi, dans les faits, solidaires de toutes ces communautés chrétiennes d’Amazonie, d’Afrique et d’ailleurs encore, ou des chrétiens persécutés qui n’ont que très rarement – une fois tous les ans, ou tous les dix ans – ou pas du tout accès à l’eucharistie. Cette solidarité « de fait » doit nous ouvrir à une solidarité de coeur, une communion avec toutes celles et tous ceux qui sont privés de cette nourriture spirituelle qui nous fait vivre au sens le plus fort du terme.

Ce contexte très particulier nous rappelle que l’eucharistie n’est pas un dû, pas un droit, mais un don parfaitement gratuit de Dieu. Cette pensée peut nous amener à prendre conscience de la chance que nous avons , ou plus exactement de cette grâce que nous recevons chaque jour de pouvoir communier à la mort et à la résurrection du Christ à travers la communion eucharistique. Souvent, la routine eucharistique nous guette…

Nourrir autrement notre vie chrétienne

Le « jeûne eucharistique » qui nous est imposé peut aussi nous rappeler cette phrase entendue un jour d’une chrétienne: « Le meilleur jeûne, c’est celui qu’on ne choisit pas« … On peut comprendre ces mots dans le sens suivant: il y a beaucoup de choses dans la vie que je ne choisis pas, mais je peux choisir comment les vivre. Pourquoi, dès lors, ne pas vivre cette privation temporaire comme une préparation à recevoir à nouveau l’eucharistie (on ne sait pas actuellement quand ce sera possible…) avec un désir renouvelé de cette nourriture spirituelle? Autrement dit, cette période sans messe peut être une occasion paradoxale de grandir dans notre désir de de rencontrer, d’accueillir Dieu d’une façon renouvelée. Mais n’est-ce pas là, précisément, le sens du carême?

Paradoxalement donc, mais réellement, si nous le voulons, l’absence d’eucharistie peut nous mener à vivre notre carême de manière plus intense. Nous ne sommes, d’ailleurs, pas totalement privés de nourriture spirituelle: « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt. 4, 4), répond Jésus à Satan au désert… Que nous soyons ou non confinés chez nous, nous pouvons prendre davantage de temps pour nous nourrir de cette Parole de Dieu contenue dans les Ecritures. Nous pouvons, en particulier, méditer les lectures bibliques des différents dimanches de carême.

Même si la prière personnelle ne remplace pas la prière liturgique, nous sommes aussi invités, à travers les événements, à nous nourrir de la Présence intérieure de Dieu, qui ne nous abandonne jamais, qui ne demande qu’à être accueillie, et qui est source de joie profonde. Prenons le temps qui nous est donné pour nous laisser rencontrer et renouveler par le Vivant, au plus profond de nous-même.

Enfin, laissons-nous inspirer par l’Esprit pour trouver des moyens concrets de venir en aide à celles et ceux qui sont isolés en raison de la maladie. Nous pensons particulièrement aux personnes résidant en maison de repos. Si nous ne pouvons pas leur rendre visite actuellement, appelons-les plus souvent, manifestons-leur notre présence et notre soutien par d’autres moyens.

« Dieu, qui voit dans le secret, te le rendra ».

Christophe Herinckx

 Lien à la Source

Partager cet article

Repost0