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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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11 décembre 2020 5 11 /12 /décembre /2020 18:53
Énergies fossiles : dépassement des accords climatiques / AFP

Énergies fossiles : dépassement des accords climatiques / AFP

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen (g), le président du Conseil européen Charles Michel (c) et la chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet de l'UE, l1 décembre 2020 à Bruxelles / POOL/AFP
Les Vingt-Sept se sont mis d'accord vendredi pour relever leur objectif de réduction de gaz à effet de serre d'ici 2030, à l'issue d'une nuit blanche de tractations avec la Pologne, après avoir sauvé la veille leur plan de relance massif post-Covid.
Le Brexit n'a fait qu'une courte incursion lors de ce sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, avec une évaluation pessimiste de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, qui a jugé «faibles» les espoirs d'un accord avec Londres, selon des sources européennes.
Les 27 ont par ailleurs décidé de sanctionner la Turquie pour ses activités «agressives» en Méditerranée contre la Grèce et Chypre, deux pays membres de l'UE. Une décision aussitôt qualifiée de «biaisée et illégitime» par Ankara.
«Cette réunion a été l'occasion de montrer la force tranquille de l'UE», a estimé le président du Conseil européen Charles Michel lors d'une conférence de presse finale, reconnaissant que les discussions avaient été «difficiles» sur la Turquie et le climat.
A la veille du cinquième anniversaire de l'Accord de Paris, les Européens ont donné leur feu vert à une baisse des émissions du continent d'«au moins 55%» d'ici 2030 par rapport au niveau de 1990, contre un objectif de 40% actuellement, afin d'arriver à la neutralité carbone en 2050.
Le sommet a adopté «une proposition ambitieuse pour un nouvel objectif climatique», s'est félicitée sur Twitter la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.
«Cela valait la peine de perdre une nuit de sommeil», a commenté la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays exerce la présidence de l'UE jusqu'à la fin de l'année.
- «Pas de plan B» pour le climat -
«Dix ans, c'est demain. Alors, mettons tout en œuvre pour réussir, maintenant, tous ensemble. Car il n'y a pas de plan B», a réagi le président français Emmanuel Macron.
Les ONG environnementales ont toutefois critiqué une «ambition en trompe l'oeil», jugeant l'objectif insuffisant pour concrétiser l'accord de Paris et déplorant l'inclusion du gaz dans «les énergies de transition».
Elles regrettent également que la réduction de 55% soit «nette», c'est-à-dire incluant le CO2 absorbé par les «puits» naturels de carbone comme les forêts, ce qui réduit mécaniquement la baisse réelle visée dans les secteurs polluants.
Les modalités et la répartition des efforts ont été au coeur des négociations: la Pologne, très dépendante du charbon, exigeait des garanties sur les aides financières qu'elle obtiendrait.
La Pologne avait déjà fait front commun avec la Hongrie pour paralyser le plan de relance et le budget européens. Un blocage dommageable pour les économies européennes frappées de plein fouet par la pandémie, qui a finalement été levé jeudi à la suite d'un compromis avec les deux frondeurs.
La voie est désormais dégagée pour permettre à l'Europe d'emprunter solidairement pour relancer son économie, sans sacrifier le nouveau mécanisme conditionnant l'octroi de ses fonds au respect de l'Etat de droit (justice indépendante, politique anticorruption...).
Hostiles à ce dispositif et accusées régulièrement de saper les valeurs démocratiques, la Hongrie et la Pologne bloquaient le budget européen pour la période 2021-2027 (1.074 milliards) et le plan de relance (750 milliards d'euros), adoptés en juillet.
Pour vaincre leurs réticences, la présidence allemande de l'UE a proposé que le mécanisme soit assorti d'une déclaration «explicative», précisant notamment la possibilité de saisir la Cour de justice européenne pour examiner sa légalité avant qu'il n'entre en application, quitte à la retarder.
Un tel recours prend 18-19 mois en moyenne, selon la Cour... soit jusqu'aux prochaines élections en Hongrie. Mais une fois validé, le dispositif s'appliquera rétrospectivement à partir de janvier 2021. La déclaration a été approuvée jeudi par les Vingt-Sept.
- «Fermeté» -
Les premiers versements du fonds de relance pourraient intervenir d'ici la fin du premier trimestre 2021, selon l'Elysée.
Les Européens avaient par ailleurs surmonté en fin de soirée leurs divisions pour sanctionner la Turquie en raison de ses travaux d'exploration gazière dans des zones maritimes disputées avec la Grèce et Chypre.
Le président français s'est félicité de cette «preuve de fermeté», Angela Merkel, dont le pays était réticent à l'adoption de sanctions, jugeant «le consensus» obtenu «très équilibré».
La décision porte sur des sanctions individuelles - une liste de noms va être établie -, et des mesures supplémentaires (ajout de nouveaux noms, d'entreprises) pourront être décidées en mars lors d'un nouveau point d'étape, si la Turquie poursuit ses actions.

AFP

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 08:36
Brexit: ce qui va changer au 1er février

Le Brexit interviendra vendredi à minuit, soit 1.317 jours après la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne. Qu'est-ce qui va changer au 1er février ?

Les échanges quotidiens entre le Royaume-Uni et l'UE vont continuer comme avant jusqu'à fin 2020. Pendant cette période de transition de 11 mois, Londres et Bruxelles vont négocier leur relation future. Quelques changements pratiques vont toutefois intervenir d'ici là.

66 millions d'habitants en moins

Vendredi à minuit (23h00 GMT), l'Union européenne va pour la première fois perdre un Etat membre, qui plus est l'un des plus grands et des plus riches pays du bloc.

Avec le départ de 66 millions d'habitants, l'UE verra sa population passer à quelque 446 millions. Son territoire diminuera de 5,5 %.

Si jamais le Royaume-Uni décidait un jour de revenir, il devrait se soumettre à la procédure d'adhésion habituelle.

Les institutions

A Bruxelles, le retrait de l'Union Jack devant le Parlement européen symbolisera un changement bien réel: le Royaume-Uni sort de l'UE et devient un "pays tiers".

Plus aucun des 73 eurodéputés britanniques élus en mai ne siègera. 46 des sièges seront réservés pour de futurs Etats membres et 27 seront redistribués.

Londres n'aura plus le droit de présenter un candidat à un poste de commissaire européen. Il n'y avait déjà plus de représentant britannique dans l'exécutif européen, Boris Johnson ayant refusé d'en proposer un dans la nouvelle Commission.

Le Premier ministre britannique ne sera plus invité aux sommets européens, pas plus que les membres du gouvernement n'assisteront aux réunions ministérielles.

En tant que citoyens d'un pays étranger, les Britanniques ne pourront plus prétendre à des postes de fonctionnaires à Bruxelles. Nombre d'entre eux ont toutefois acquis une double nationalité afin de pouvoir rester.

En revanche, le Royaume-Uni, deuxième contributeur net au budget de l'UE derrière l'Allemagne, continuera à payer jusqu'à la fin de la transition.

Droits des citoyens

Selon les Nations unies, environ 1,2 million de citoyens britanniques vivent dans un pays de l'UE, principalement en Espagne, Irlande, France, Allemagne et Italie.

Selon l'office britannique des statistiques, 2,9 millions de ressortissants des 27 pays de l'UE vivent au Royaume-Uni, soit quelque 4,6 % de la population.

En vertu de l'accord de retrait, les expatriés installés de part et d'autre de la Manche avant la fin de la période de transition conserveront leurs droits de résider et de travailler dans leur pays d'accueil.

Les citoyens européens résidant au Royaume-Uni doivent s'enregistrer pour bénéficier de ces droits. Pour les Britanniques vivant dans l'UE, les procédures diffèrent d'un pays à l'autre.

La liberté de circulation s'appliquera jusqu'à fin décembre 2020. Les détails des droits réciproques seront négociés après le Brexit.

Les négociations

Le Royaume-Uni a déjà passé plusieurs années à négocier les termes de son départ avec la task force de la Commission européenne dirigée par Michel Barnier.

Mais les négociations vont entrer dans une nouvelle phase après vendredi.

Le Royaume-Uni restera toutefois soumis au droit de l'UE et à la Cour de justice de l'UE jusqu'à la fin de la transition.

Michel Barnier est en discussions avec les Etats membres pour définir un mandat de négociation pour la relation future, en particulier au niveau commercial.

A la différence de l'accord entre le Royaume-Uni et la Commission, ratifié par les Etats membres et le Parlement européen, l'accord commercial pourrait devoir être avalisé par plus de 30 parlements nationaux et régionaux.

 AFP

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25 mai 2019 6 25 /05 /mai /2019 08:11
Reconstruire la communauté européenne

Pour les élections européennes 2019, les évêques de la COMECE ont signé une déclaration : « Reconstruire la communauté en Europe ». Dans cette déclaration, les évêques appellent tous les citoyens de l’UE à s’engager dans le processus politique, à exercer leur discernement et à voter lors des élections européennes de 2019, afin de poursuivre la construction du projet européen.

Du 23 au 26 mai 2019 tous les citoyens européens du continent européen auront la responsabilité d’élire de nouveaux membres au Parlement Européen. Le résultat des élections qui conditionneront les décisions politiques, vont avoir une incidence sur notre vie quotidienne au cours des cinq prochaines années. L’Église catholique a fait partie de la construction européenne pendant plus de deux millénaires, de ses racines à nos jours, contribuant à sa doctrine sociale.

Il y a dix ans, le Traité de Lisbonne ouvrit un réseau de nouvelles possibilités. Confrontés à de nombreuses incertitudes, l’ambiance actuelle semble moins optimiste. Les élections de 2019 arrivent au bon moment pour faire des choix politiques qui favoriseront une fraternité renouvelée entre les pays, véritable relance du projet européen.

Dans ce contexte, les évêques de la COMECE appellent les croyants et toutes les personnes de bonne volonté à voter. Ils invitent leurs concitoyens européens à ne pas tomber dans la tentation du repli sur soi mais à utiliser leurs droits en faveur de la construction de l’Europe. En faisant connaître leurs opinions politiques personnelles, ils auraient la possibilité de diriger l’Union Européenne dans la direction qu’ils souhaitent.

L’Union Européenne n’est pas parfaite et probablement a besoin d’une nouvelle impulsion impliquant la participation de ses citoyens dans les projets perçus comme plus inclusifs, pour un meilleur service du bien commun. Toutes les opinions comptent quand il s’agit de choisir des personnes qui représenteront donc nos opinions politiques. Les élections sont seulement le premier pas d’un engagement qui appelle les citoyens à suivre et à accompagner démocratiquement le processus politique. Dans un esprit de responsabilité, les citoyens et les institutions qui les représentent, doivent travailler ensemble au destin commun, en dépassant les divisions, la désinformation et l’instrumentalisation politique.

Pour réussir, le débat électoral devrait se concentrer sur les politiques de l’Union Européenne, ainsi que sur la capacité des candidats à les élaborer et à les appliquer. Intégrité, compétence, leadership et engagement au bien commun sont des qualités nécessaires aux personnes désirant remplir un mandat  au niveau européen. Le débat électoral est le bon moment pour affirmer et faire naître différentes opinions, au-delà de confrontations stériles.

C’est aussi une bonne opportunité pour les croyants d’interroger les candidats sur leur engagement personnel pendant leur mandat : protéger la dignité humaine de tous, promouvoir des options reflétant un nouvel humanisme chrétien, favoriser des politiques qui servent et façonnent les droits fondamentaux.

Être européen, qu’est-ce que cela signifie ? l’Europe est souvent perçue comme distante et égocentrique. En tant que citoyens européens, nous devons faire un pas supplémentaire pour assumer notre responsabilité commune, en donnant un sens concret à «l’Unité dans la diversité ». L’Unité dans la diversité suppose des règles communes, qui tiennent compte des protections et promotions légitimes des libertés et des privilèges, qui donnent un exemple de responsabilité, de transparence et une juste application de la Primauté du Droit. Les autorités publiques européennes ne devraient pas être perçues seulement comme imposant des décisions unilatérales de l’extérieur, mais plutôt de favoriser l’engagement personnel et collectif de tous les citoyens dans un dialogue vrai, créatif, et respectueux.

Pour faire face à ces défis, l’Union Européenne a besoin de redécouvrir son identité commune et de renforcer sa solidarité pour renouveler les liens sociaux qui existent entre les pays et les peuples. Nous avons besoin d’une Union Européenne qui protège les familles les plus vulnérables et les différentes cultures. Le respect du principe de subsidiarité devrait être un pilier fondamental d’une Union où tous se sentent chez soi, artisans égaux, osons le dire « pilotes » du projet. Ceci signifie aussi de prendre soin et de respecter les objectifs de l’Union Européenne et de nous montrer assez ambitieux pour en créer de nouveaux.

Le dialogue entre les Eglises et communautés religieuses devrait également se renforcer, (à partir de l’Article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne TFEU,) dans la créativité, l’engagement et le respect de la part des institutions de l’Union Européenne.

Les défis

L’Union Européenne rencontre de nombreux défis. La numérisation n’est pas seulement une crise, mais une mutation. Reprendre le contrôle de nos vies en face de la digitalisation a un impact sur les décisions à prendre par rapport à l’économie et aux finances de façon à être davantage au service des peuples, les plus vulnérables particulièrement. La digitalisation a un impact sur toutes nos connaissances (l’avenir du travail, la protection des données personnelles, les multiples usages de l’intelligence artificielle). Pour la COMECE,  il est fondamental de préserver le caractère central de la personne humaine et une méthode fondée sur de solides cadres éthiques.

Des règles et des pratiques favorables à la famille devraient être développées au niveau de l’Union Européenne, accompagnant le développement humain intégral des personnes, des familles et des communautés. La question de la démographie doit revenir au premier plan. Le sujet intéresse aussi bien la natalité que les personnes âgées. Le manque d’espérance et de perspectives conduit un grand nombre de pays à observer une forte réduction de leur population.  Les jeunes européens ont besoin de se sentir rassurés en vue de pouvoir créer une famille dans de bonnes conditions, et de retrouver confiance dans leur pays d’origine à cause de projets communs mutuellement profitables.

Le bien-être de la famille humaine est liée à une Union qui stimule l’économie sociale du marché. Les mesures qui réduisent la pauvreté devraient reposer sur l’idée que ceux qui travaillent pour les moins fortunés travaillent pour tous.

Des efforts renouvelés pour trouver des solutions concernant l’immigration, le droit d’asile et l’intégration sont attendus. L’Intégration ne concerne pas uniquement les personnes qui entrent dans l’Union Européenne, mais aussi les citoyens de l’Union Européenne qui vont dans d’autres pays que les leurs. Ceci nous conduit à la question : Comment faire pour mieux nous accueillir réciproquement en Europe ? De plus, immigration et asile ne sont pas indépendants l’un de l’autre, liés par la solidarité, les perspectives économiques et démographiques centrées sur l’être humain.

Voter à ces élections signifient aussi prendre la responsabilité du rôle unique de l’Europe au niveau international. Le bien commun est plus grand que l’Europe. Par exemple prendre soin de l’environnement et du développement durable ne peut se limiter aux frontières de l’Europe et les résultats électoraux auront un impact sur les décisions concernant l’humanité entière. Contribuer à une union forte au niveau international pour la promotion et la protection des droits de l’homme dans tous les domaines, est une contribution  solide de l’Union Européenne en tant qu’acteur multilatéral de paix et d’équité économique. L’Europe doit demeurer compétitive sans renoncer à ses principes et à ses normes propres.

En octobre 2017, repensant au dialogue européen, le Pape François a rappelé que « L’Union Européenne maintiendra la foi dans son engagement pour la paix dans la mesure où elle ne perdra pas l’espérance et saura se renouveler pour répondre aux besoins et aux attentes de ses citoyens. »

Voter ne serait-il pas que le premier pas ?  Il est certainement le plus nécessaire. Suivant l’exemple du Pape François, nous appelons tous les citoyens, jeunes ou séniors, à voter et à s’engager dans la période qui précède les élections européennes : c’est la meilleure façon de faire ce qu’ils estiment juste et bon pour l’Europe. Voter n’est pas seulement un droit et un devoir, c’est une façon concrète de participer à la construction de l’Europe.

 

Les evêques de la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne

 

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18 mai 2019 6 18 /05 /mai /2019 07:31
« Enraciné dans le ciel », By Felix Mittermeier  (CC0 Domaine public)

« Enraciné dans le ciel », By Felix Mittermeier (CC0 Domaine public)

 « Unis dans la diversité » … La devise européenne peut apparaître pour beaucoup, aujourd’hui comme hier, comme un vœu pieux ou une formule creuse. C’est oublier que l’Europe s’est construite à travers les siècles dans une altérité fondamentale qui a pris tour à tour les visages de la guerre et de la paix :

·         L’Autre, source de tensions et de conflits, comme en témoignent les Guerres de religions ou la Shoah ;

·         L’Autre, source de richesses. Pensons à quelques grandes villes européennes aussi différentes que Marseille, Séville, Vienne ou Wrocław, des villes ouvertes sur le monde, véritables carrefours des cultures, villes foisonnantes dont la diversité culturelle et religieuse ont fait naître de grands esprits européens ;

·         L’Autre, source de paix par le dialogue. L’Europe porte aujourd’hui dans le monde l’esprit du dialogue des civilisations.

Cette union dans la diversité n’est donc pas tant une visée utopique qu’un succès, tout en contraste et durement acquis, qu’il convient de conserver. Encore faut-il en avoir aujourd’hui pleinement conscience !

 

Écrire une Histoire, un récit commun

La paix n’est jamais définitivement acquise. Nous, Européens, vivons dans le luxe de connaître une longue période sans conflit ouvert, ce qui a tendance à nous plonger dans une certaine torpeur. Le temps faisant son œuvre, l’oubli est chose bien naturelle. Mais nous avons le devoir et la responsabilité d’entretenir avec intelligence des mémoires croisées, et de rédiger ensemble une Histoire, un récit commun. Et cela, afin d’adopter un nouvel éthos (P. Ricoeur)[1]. Il s’agit d’un exercice d’autant plus difficile aujourd’hui que le terrorisme, la xénophobie et les racismes obscurcissent considérablement notre horizon commun.

Pour réveiller la conscience européenne, nous devons faire l’effort de se souvenir ensemble du passé dans ce qu’il a eu à la fois de tragique et de porteur d’espoir. Car c’est dans les cassures du passé que l’on peut lire et comprendre l’histoire des peuples. C’est au prix de cet effort de lecture, aussi exigent et douloureux soit-il, que nous pourrons regarder dans les yeux cette « petite fille espérance », « petite fille de rien du tout » (…) qui, seule, nous portera et « traversera les mondes révolus » (Ch. Péguy)[2].

Se souvenir, c’est aussi la condition pour que chacun demeure pleinement conscient de la nécessité constante de la réconciliation. Œuvrer pour la réconciliation n’implique pas de lisser nos différences nationales ou de rejeter nos particularismes culturels, mais de les transcender dans un récit commun qui participe de la recherche d’un « nous » inclusif. On pense bien-sûr à l’amitié franco-allemande et aux gestes posés par l’Allemagne en direction de la Pologne et de la République tchèque ou encore aux relations apaisées entre catholiques et protestants irlandais. Mais cette question du pardon vaut aussi pour la Méditerranée dans son ensemble : pour la France et l’Algérie ou encore pour la Palestine et Israël, dont les relations conflictuelles rejaillissent bien au-delà de leurs territoires.

 

À la recherche d’un « nous » inclusif

Nous faisons face aujourd’hui à une crise de la conscience européenne. L’Union européenne tend à être réduite (ou à se réduire elle-même) à une union financière, commerciale et monétaire. Ce « machin » bureaucrate, ce « monstre froid » ne fait plus rêver personne. Seule la conscience d’être – ensemble – et de partager un « nous » inclusif pourra contribuer à redonner à l’« Union » un sens véritable et à forger un nouveau projet fédérateur.

Cependant de nombreux obstacles se dressent devant nous, et parmi eux certains nous obligent à une sorte d’introspection collective. Cet exercice ô combien douloureux nous confronte à notre propre fragilité et, par-dessus tout, nous force à définir de nouveau ce à quoi nous tenons, et à réaffirmer ce qui était à nos yeux définitivement acquis. Tel est le cas, comme le décrit si bien Jean Birnbaum[3], des terroristes djihadistes. Ces derniers, proférant « nous aimons la mort comme vous chérissez la vie », nous lancent un « vous », et ainsi – dans une sorte d’effet miroir déstabilisant – nous imposent un « nous » qui nous est haïssable.

« Comment pourrait-on recréer un nous qui serait porteur de conviction et qui ne serait pas un « nous » d’oppression, d’aliénation ou de domination, un « nous » mortifère ? ». Voilà la question que formule J. Birnbaum. Une question à laquelle il prend soin d’apporter un début de réponse. Pour cela, il convoque Jacques Derrida, philosophe de la déconstruction pourtant bien éloigné de cette problématique, qui à la fin de sa vie a esquissé un « nous » européen dans un esprit d’ouverture. Nous, Européens de diverses origines, toujours en mouvement, nous sommes les héritiers des philosophes grecs, d’une éthique biblique, de l’ironie des Lumières et des révolutions démocratiques. « L’Europe, poursuit Birnbaum, qui a comme particularité de ne s’être jamais laissé refermer sur elle-même doit faire valoir son droit à la différence face à l’islam en guerre avec elle-même. (…) Le nous auquel nous assignent les djihadistes est celui qui rassemble le vieil occident. » Valeurs, mémoire, vocabulaire, réflexes, « tout est enraciné dans cette aventure singulière ».

Au terrorisme s’ajoutent la radicalisation politique, les nationalismes, les fondamentalismes religieux, la violence des extrêmes, … Cet horizon n’est pas sans rappeler, par son obscurité, celui de l’Europe lors de la Grande Guerre. En novembre 1914, profondément meurtri par la guerre totale qui s’installait alors, Stefan Zweig écrivait à son ami Romain Rolland : « Qui me rendra mon sentiment européen et le sens de l’humanité ? (…) Le monde que j’aimais est de toute façon détruit, tout ce que nous avons semé est foulé aux pieds, à quoi bon recommencer une nouvelle fois ? ». Rolland lui répondit par ces mots porteurs d’une espérance aussi fragile que grande : « Que deviendra le monde après qu’auront passé ces cyclones de haine ? Que restera-t-il de l’Europe ? Je sais qu’il restera nous, et qu’il s’agit de sauver en nous l’esprit européen, ce n’est pas assez dire, l’esprit universel.[4] »

Ce « nous » renvoie à un esprit, à une conviction ; garantir son enracinement c’est le sauver.

 

Des racines vivantes enracinées dans le ciel

Réinsuffler une conscience sereine et apaisée est la condition première pour que s’épanouisse l’esprit européen, nourri par l’esprit du christianisme : un esprit d’ouverture et de dialogue. Il faut en effet être conscient de soi-même pour rencontrer l’autre. Il faut se sentir bien chez soi pour bien accueillir le monde ! De même que la justice sociale et le bien-être des peuples sont une condition sine qua non pour une démocratie vivante et inclusive !

L’ouverture au monde et à l’universel est possible si, et seulement si, l’exigence de l’enracinement – l’un des premiers besoins de la personne listés par Simone Weil[5] – est respectée. « Il me paraît impossible, dira Albert Camus, d’imaginer pour l’Europe une renaissance qui ne tienne pas compte des exigences que Simone Weil a défini dans L’Enracinement. » Cet enracinement s’opère à la fois par le passé[6], le milieu nourricier[7] et la participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité. Il ne faut pas voir dans ces racines une image fixe évoquant d’une manière douteuse et exclusive le « sang et le sol » (Blut und Boden) de l’idéologie völkish et nazie. Bien au contraire chez Simone Weil, les racines sont vivantes et en mouvement – l’enracinement –, doublement enracinées dans la terre et dans le ciel : « seule la lumière qui tombe continuellement du ciel fournit à un arbre l’énergie qui enfouit profondément dans la terre ses puissantes racines. L’arbre est en réalité enraciné dans le ciel[8] ». La profondeur et l’élévation sont saisis ici d’un même mouvement qui traduit d’une manière sensible la transcendance que Hegel percevait dans l’esprit européen nourri par l’esprit du christianisme : « en Europe ce qui compte, c’est cette marche de la vie vers plus loin qu’elle-même[9] ».

Être conscient de ses racines communes, en l’occurrence judéo-chrétiennes (peut-être davantage chrétiennes que juives[10]), ce n’est pas défendre une identité fixe et exclusive, c’est se replonger dans l’héritage de Rome, d’Athènes et de Jérusalem qui n’a cessé de nourrir l’Europe et d’insuffler sur elle un esprit de réforme. L’Europe s’est plusieurs fois retrouvée au bord du précipice, mais s’est toujours redressée car elle a su puiser dans la sève de ses racines vivantes et transformer les crises en opportunités salutaires.

S’ouvrir à l’Autre, s’ouvrir au monde

En cela l’expérience européenne ne représente-t-elle pas un appui afin, non seulement, de s’ouvrir sur le monde mais également de développer un dialogue avec l’Autre, en premier lieu avec la Méditerranée dans toute sa diversité ?

En conclusion de La religion des faibles, Jean Birnbaum dresse un constat : « il n’y a pas d’universalisme sans conflit entre universels rivaux ». Après le « choc des civilisation » d’Huntington, le « choc des ignorances » du cardinal Tauran, Birnbaum esquisse ainsi un « choc des universels » : « Notre universalisme n’a de sens qu’en contraste avec d’autres, et il engage un discours partagé, lui-même ancré dans des pratiques sociales. » Les Européens, s’ils ne doivent plus s’imposer comme ils en avaient autrefois la force, sont encore en mesure de proposer au monde plus que des valeurs, un mode de vie propre. La responsabilité des Européens aujourd’hui est de protéger la « fragile promesse européenne ». Et pour cela, nous devons nous la réapproprier et non « la laisser à des partisans de l’identité tribale et raciste. »

Le sens donné à l’universalisme européen, par le contraste avec d’autres, ne peut être nourri que par le dialogue et non par l’affrontement. Au lendemain de la guerre 1939-1945, les Européens contraints à la paix, mais aussi galvanisés par une certaine utopie, ont mis en commun moyens de productions et richesses. Ce fut une première étape essentielle qui ouvra la voie à bien d’autres encore. Maintenant, allons plus loin ! Misons toujours davantage sur ce qui a fait le succès de l’amitié entre les ennemis d’hier et de l’idée européenne depuis la chute du Mur de Berlin, et sur ce qui permet d’entretenir aujourd’hui encore une conscience d’être et de faire ensemble : les jumelages, la mobilité des personnes et des biens (les programmes d’études et de stages Erasmus), l’entreprise et l’innovation, les échanges intellectuels et universitaires, le dialogue interculturel et interreligieux, les forums de discussion entre sociétés civiles, etc.

Conscients de cette expérience européenne réussie, forts des épreuves endurées et surmontées ensemble, nous pourrons aborder dans l’espérance et la fraternité le dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. De ce dialogue pourrait émerger des ponts pour tenter de trouver ensemble des réponses adaptées à la tragédie migratoire et à la crise écologique par un développement intégral, écologique, social et économique, respectueux de nos différences. Dans ce sens, dix après l’Union pour la Méditerranée, le Sommet des « deux rives » annoncé en juin 2019 (Marseille) à l’initiative de la France – une conférence internationale qui donnera une large place aux acteurs de la société civile et aux jeunes –, est un signe fort. C’est là un dialogue qui s’impose naturellement, par notre histoire, notre présent et notre avenir.

Laurent Tessier

 

 Lien à la Source 

Notes :

[1] L’Europe impose de combiner les deux pôles que sont l’ « identité » et l’ « altérité », pour cela Paul Ricoeur imagine trois modèles de médiation : « La traduction, avons nous dit, est la seule manière de manifester l’universalité du langage dans la dispersion des langues. La narration croisée, avons-nous ajouté, est la seule manière d’ouvrir la mémoire des uns sur celle des autres ; le pardon, avons-nous affirmé pour finir, est la seule manière de briser la dette et l’oubli et ainsi de lever les obstacles à l’exercice de la Justice et de la reconnaissance. » Cf. Paul Ricoeur. « Chapitre IV : Quel éthos nouveau pour l’Europe? » In Imaginer l’Europe. Le marché intérieur européen, tâche culturelle et économique, sous la direction de P. Koslowski, Paris: Cerf, 1992. p.107-116 http://www.fondsricoeur.fr/uploads/medias/articles_pr/quel-ethos-nouveau-pour-l-europe.pdf

[2] Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912.

[3] Jean Birnbaum. La Religion des faibles. Ce que le djihadisme dit de nous (Paris : Seuil, 2018).

[4] Échange épistolaire entre Stefan Zweig et Romain Rolland (novembre 1914) lu par G. Gallienne dans l’émission « Ça ne peut pas faire de mal » sur France Inter, le 29 avril 2017. https://www.franceinter.fr/emissions/ca-peut-pas-faire-de-mal/ca-peut-pas-faire-de-mal-29-avril-2017

[5] Rédigé par Simone Weil peu de temps avant sa mort, à Londres durant l’été 1943, l’Enracinement se veut comme l’indique son sous-titre un « prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain ». Alors que la tradition juridique implique que les devoirs découlent des droits individuels et collectifs, Simone Weil prône à l’inverse que ce sont les droits qui doivent découler des obligations et des devoirs envers l’être humain. Respecter ces obligations, c’est répondre aux besoins physiques et moraux, au premier rang desquels figure ce que S. Weil définit par l’Enracinement : « l’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. C’est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir. Participation naturelle, c’est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l’entourage. Chaque être humain a besoin d’avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l’intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie. » (S. Weil. L’Enracinement ou Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain. Paris : Flammarion, 2014, coll. « Champs classiques », p.113)

[6] Face à la tentation totalitaire d’accoucher un « Homme nouveau » en faisant table rase du passé, Simone Weil répond : « l’opposition entre l’avenir et le passé est absurde. L’avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c’est nous qui pour le construire devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner il faut posséder, et nous ne possédons d’autre vie, d’autre sève que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. » (ibid, p.120)

[7] En ce sens Simone Weil considérait que la personne devait respect à une collectivité, quelle qu’elle soit, non pas pour elle-même mais « comme une nourriture pour un certain nombre d’âmes humaines ».

[8] Extrait de La Personne et le Sacrée, cité dans F. Cheng. De l’âme. Paris : Albin Michel, 2016, p. 129-130.

[9] https://www.collegedesbernardins.fr/content/leurope-quel-horizon-spirituel-et-politique

[10] Davantage chrétienne que juive d’ailleurs https://paroles-citoyennes.net/spip.php?article858

 

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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 06:53
Gabriel Nissim, Dominicain : « Les enjeux des élections européennes de mai 2019 »

Pour la première fois, ces élections ne portent plus sur telle ou telle orientation de la politique européenne, mais sur le projet européen en tant que tel : voulons-nous encore de l’Europe, au sens de l’Union européenne ? En voyons-nous encore les avantages, la nécessité ?

En fait, l’Europe, ou plutôt la construction d’une ‘Union européenne’, est aujourd’hui à un tournant. Car ce qui a suscité ce projet en 1950 – la 2e Guerre mondiale et les innombrables guerres européennes précédentes – ainsi que la nécessité qui en a découlé de donner la dignité humaine comme base à la construction de la société ne mobilise plus aujourd’hui bon nombre de nos concitoyens. C’est l’esprit qui a présidé à la constitution de l’Union européenne qui fait actuellement défaut dans une très large part des opinions publiques européennes. On ne perçoit plus la pertinence du projet européen pour notre avenir. Il est assez significatif qu’en France on voie ces élections comme un match retour Macron-Le Pen, alors qu’il s’agit bien plutôt d’un match Macron-Orban ou Macron-Salvini. L’Europe apparaît comme un obstacle par rapport à la préoccupation de savoir comment être nous-mêmes, comment préserver notre identité culturelle, religieuse, nationale, et nos valeurs face à la mondialisation et face aux évolutions technologiques, financières que cette mondialisation entraîne. Sur les réseaux sociaux, ce sont des torrents de réaction hostiles à l’Europe qui se déversent. Nous n’avons pas vu venir l’éloignement progressif des citoyens par rapport à l’Europe – et c’est une grande erreur, comme le souligne J. Jamar (Commission européenne).

Face aux géants politiques et économiques (Chine, USA, Russie, Inde…) qui ont déplacé le centre de gravité mondial de l’Atlantique au Pacifique, face aux GAFA, l’Europe est-elle un soutien au maintien de notre façon de vivre ou au contraire un cheval de Troie de la mondialisation ?

1. La dignité humaine et les droits de l’Homme

En réalité, le premier enjeu de construction européenne et de la façon de vivre que cela a entraîné depuis 70 ans, c’est d’abord un progrès immense en matière de droits de l’Homme (DH) et de démocratie.

Qu’on pense à ce qui s’est passé dans les années trente, mais aussi à la fin des dictatures en Espagne et au Portugal, puis à l’entrée des pays d’Europe centrale dans l’UE.

Et aussi, dans toute l’UE, les progrès considérables quant aux droits des femmes, des enfants, des minorités – progrès qui entraînent aussi des avancées hors de l’UE. En fait, l’Europe est le premier ensemble régional qui a fait de la dignité humaine, avec les droits et libertés qui en découlent, et avec la démocratie, la base de la société. On dit « La France, pays des DH » – mais aujourd’hui on devrait bien plutôt dire « l’Europe, continent des DH » : c’est le premier « continent » où les DH sont le socle de notre organisation sociale et politique.

Or cela n’a rien d’un fait acquis, parce que, sans cesse, ces droits et libertés fondamentales sont menacés ; ils sont à défendre inlassablement face en particulier aux gouvernements qui cherchent à les limiter, comme on  peut le constater par exemple au sein du Conseil de l’Europe qui a pour responsabilité de veiller au respect de la Convention européenne des DH. Ce Conseil de l’Europe (plus large que l’UE puisqu’il rassemble 47 Etats membres) travaille en étroite collaboration avec l’UE, et notamment avec l’Agence des droits fondamentaux de l’UE qui a son siège à Vienne. Cette Agence, créée en 2007, établit des Rapports sur le respect des DH, comme par exemple la liberté de circulation des citoyens européens en Europe, les minorités, les droits des personnes âgées, les violences sexistes, etc.

N’oublions pas non plus les « droits économiques, sociaux et culturels » qui sont également suivis en permanence par l’UE, là aussi avec le concours du Conseil de l’Europe. Ces droits sont tout autant à défendre en permanence, comme par exemple vient de le souligner la Commission nationale consultative des DH en France qui déplore qu’aujourd’hui 8,6 millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté, ou que plus de 100.000 personnes y soient victimes d’esclavage moderne ! L’Europe devrait beaucoup plus se projeter socialement, et développer le modèle social qui est sa spécificité par rapport par exemple aux USA : une économie sociale de marché, remarque Sébastien Maillard (Institut Jacques Delors).

Il est donc capital que la dignité de chacun continue à constituer le climat de notre société et s’impose à nos gouvernements : le rôle de l’UE de ce point de vue est décisif, on le voit actuellement par rapport à ce qui se passe dans chacun de nos pays, et  plus particulièrement en Hongrie, en Pologne, en Italie…

De même quant au fonctionnement de la démocratie pour une citoyenneté effective, active et responsable, dont nous sommes encore loin : les événements récents montrent la nécessité de développer, à côté de la démocratie représentative, une démocratie « participative » où les ONG, les Associations et les citoyens apportent leur expertise aux prises de décision politique, au niveau local, régional, national et international. D’ailleurs, une des raisons du désintérêt dont souffre l’UE, encore bien plus que les institutions nationales, est le sentiment, chez nos concitoyens, que leurs problèmes n’y sont pas pris en compte ni leur voix écoutée. Le projet européen a un impact direct sur les citoyens européens, il est donc normal que les citoyens veuillent y avoir leur mot à dire. Il faudrait donc créer un « espace public européen » où ils puissent débattre, selon la suggestion faite par J. Jamar, qui rappelle que trop souvent les médias présentent les problèmes européens dans les pages « Monde » au lieu de les situer dans les pages nationales, en oubliant, comme le disait V. Havel : « je suis tchèque, donc européen ».

Cet enjeu des DH et de la démocratie qui, malgré toutes les imperfections qui demeurent, est à la base de la construction européenne, n’est pas seulement capital pour les Européens, mais pour le monde entier. Il y a un lien fort de conséquence entre cette mise en œuvre des DH en Europe et sa mise en œuvre dans bien d’autres parties du monde. Certes, bien des États critiquent les DH sous prétexte qu’ils proviendraient de la culture européenne et donc leur seraient étrangers. Mais en même temps, dans ces pays, beaucoup de militants s’en inspirent et s’appuient dessus pour agir en « défenseurs des DH », que ce soit en Afrique ou en Asie.

En particulier – et ceci nous intéresse directement – autour de la Méditerranée : pour notre responsabilité « méditerranéenne » il est décisif que les DH continuent d’être respectés et développés en Europe, pour le bien des pays méditerranéens (Turquie, Algérie, Israël, etc.)

2. Europe et mondialisation

Une autre caractéristique de la construction de l’UE c’est d’avoir eu le projet d’unir des pays avec leurs diversités, et d’y avoir en grande partie réussi, même si aujourd’hui des pays de l’UE voudraient réaffirmer leur identité propre en l’opposant au projet européen. (On notera cependant que le Brexit n’a pas eu l’effet « domino » que l’on craignait).

Or cette orientation fondatrice de l’UE – unité dans la diversité –, avec ses mises en œuvre institutionnelles, est aujourd’hui d’autant plus urgente et nécessaire dans le contexte nouveau de la mondialisation. Car la mondialisation entraîne une menace sur l’universalité des DH, sur le projet des Nations Unies vis-à-vis de l’ensemble de la planète, et sur la construction européenne elle-même. Ces dernières années, la mondialisation s’est accélérée. Elle n’est plus « eurocentrée ». Notre monde est devenu un monde multipolaire en opposition et non plus un monde multilatéral comme avant les années 2000, remarque Sébastien Maillard : l’UE est désormais considérée non plus comme un allié mais comme un ennemi par la Russie ou les USA, alors que de notre côté nous ne nous sommes jamais pensés ainsi. Il y a une « guerre hybride » menée aujourd’hui contre l’Europe par le Kremlin, qui y consacre des centaines de millions de roubles, comme le remarque A. Arjakovski (Bernardins).

Cette mondialisation suscite en fait deux réactions opposées dans les populations. D’un côté les personnes, comme les jeunes urbains, diplômés, pour lesquelles cela représente une chance et qui se déplacent facilement d’un pays à un autre pour les études, le travail, le mariage – qui sont à l’aise avec d’autres modes de vie. De l’autre les personnes qui souvent demeurent dans les campagnes ou les zones suburbaines, qui n’ont aucune expérience de la mixité culturelle et en ont d’autant plus peur (exemples : aux USA, ce sont 46% de la population mais 85% du territoire qui ont voté Trump ; le Brexit n’a pas été approuvé à Londres, mais dans les campagnes). La crise migratoire et la mondialisation qui en est le cadre font ressurgir le besoin d’affirmer les appartenances nationales, religieuses, culturelles que l’on ressent comme menacées. Dans les années 1990/2000, on croyait ces appartenances devenues désuètes, or elles font aujourd’hui un retour en force. La mondialisation réveille et exacerbe un refus de l’étranger qui est en réalité une attitude de fond chez l’être humain, à toutes les époques et dans toutes les cultures. Les « autres » sont les faciles boucs émissaires des difficultés économiques et sociales quotidiennes.

Or l’Europe a été très précisément un projet pour surmonter ces peurs ancestrales et viscérales de l’autre, et nous apprendre la solidarité au lieu de l’affrontement. Et cela non pas par un nivellement des différences ni une uniformisation mais en unissant nos diversités. Même s’il faudrait beaucoup plus de subsidiarité dans la construction européenne de la part de « Bruxelles », nous avons réussi une « communauté économique » (p. ex. nos échanges commerciaux se font en très grande majorité entre pays de l’UE). Surtout nous avons manifesté une véritable solidarité à l’échelon européen en aidant généreusement les pays et les régions défavorisées, ce qui a finalement bénéficié à tous. Au plan politique, nous avons réussi à intégrer des pays très différents par leur culture politique (pays du Nord et du Sud, de l’Ouest et de l’Est de l’Europe).

Il est capital aujourd’hui de maintenir cette solidarité, d’autant plus qu’elle est aussi ouverte, au moins dans une certaine mesure, à d’autres, notamment de la Méditerranée.

Ce modèle « unis dans la diversité » est une clef fondamentale pour l’avenir de l’humanité face à la mondialisation. C’est là un enjeu anthropologique et politique majeur : plus les diversités sont fortes, plus il est nécessaire de les unir sans les détruire. Le souci de préserver son identité est non seulement compréhensible, mais légitime et bénéfique, car c’est justement la richesse de l’humanité que ces identités diverses. Mais à partir du moment où ces identités se sentent menacées, elles risquent très vite de devenir meurtrières (Amin Maalouf). L’Europe a réussi à ce qu’elles cessent d’être meurtrières, comme elles l’avaient été durant des siècles, et qu’elles se respectent et se conjoignent. Or ce sont les mêmes réactions de rejet que l’on constate aujourd’hui vis-à-vis de la construction européenne et vis-à-vis des migrants. L’Europe a été et doit continuer à être un chemin pour être capables de « voir la différence, reconnaître la ressemblance » (Ricœur).

Tel est le modèle qu’il serait si urgent de proposer aussi aux pays autour de la Méditerranée, pour que l’espace méditerranéen et son pluralisme devienne source d’enrichissement mutuel et de solidarité.

3. Notre responsabilité de « Chrétiens de la Méditerranée »

La construction européenne a à voir avec notre responsabilité de chrétiens, dans la mesure où elle peut participer à faire avancer la venue du Règne de Dieu : « Que ton règne vienne ! », non seulement à la fin des temps, mais de façon qu’il commence à être semé dès maintenant dans notre société. La construction européenne est sans aucun doute un « signe des temps ».

Or le fonctionnement de nos sociétés et la façon dont les pouvoirs humains (politiques, économiques et financiers, religieux) s’y exercent sont rarement en accord avec les fondamentaux du Règne de Dieu. Il n’est que de voir, dans la Bible, tous les reproches faits aux Rois d’Israël par les prophètes : on pourrait les reprendre parfois à la lettre non seulement pour Netanyahou mais pour nos propres pays.

En tant que chrétiens, nous avons donc d’abord une mission prophétique, de par notre baptême : dire haut et fort que si la société repose sur l’injustice, la discrimination, le refus de la solidarité, le règne de l’argent, la loi du plus fort, elle ne tiendra pas longtemps ! La paix ne peut aller sans la justice. Cela ne concerne pas seulement chacun dans son comportement, mais cela doit s’inscrire dans le fonctionnement de la société, en particulier au plan économique. Cette mission prophétique est exercée de fait par un certain nombre de prises de positions et de propositions que font nos Églises, soit au niveau des responsables, soit par des associations ou mouvements chrétiens (telle par exemple la campagne lancée récemment par le CCFD et Justice & Paix pour mettre fin à l’impunité des multinationales). C’est à développer sans cesse de notre part.

Nous avons aussi à créer des espaces sociaux, des points forts où des comportements en accord avec le Règne de Dieu soient mis en œuvre.

Notre rôle est ainsi de mettre en place des points de résistance au mal – l’injustice, l’égoïsme, la violence, le rejet de l’autre, etc. Nous ne sommes heureusement pas les seuls à créer de tels espaces de résistance (des gens de toutes convictions se mobilisent beaucoup pour cela dans nos sociétés). À nous d’y prendre toute notre part, car notre société ne tiendra pas sans de tels espaces de « justice » au plein sens biblique du terme. C’est la leçon biblique de l’épisode de Sodome et Gomorrhe comme du Déluge : une société humaine ne peut tenir sans la présence en son sein d’un certain nombre de « justes », sinon elle se détruit rapidement et inéluctablement. Refuser l’inacceptable, ouvrir au sein de notre monde des espaces de fraternité et de vérité humaines, c’est la condition pour que notre monde puisse continuer à vivre.

En particulier nous avons, en tant que chrétiens, à proposer un chemin pour l’unité dans la diversité. C’est celui que nous propose la Pentecôte : non pas l’unité totalitaire de Babel, mais chacun, respecté dans sa propre langue/ culture et pourtant capable, par le don de l’Esprit, de former une « communauté » unique. Donc une façon humaine, évangélique, de vivre la différence dans la fraternité. À la fois le bien commun et la subsidiarité, à la façon de la communauté première de Jérusalem. C’est de cet ordre qu’est le projet européen à l’origine, avec les transpositions nécessaires pour le réaliser au niveau des États et non plus seulement des individus.

À la racine de cette attitude, il y a la conviction que nos différences entre humains, quelles qu’elles soient, sont toujours de l’ordre de l’adjectif qualificatif et non du substantif. Oui donc aux identités particulières : elles sont indispensables pour nous situer, chacun, dans ce que nous sommes de façon unique (personnellement et culturellement), et que nous avons à mettre au pot commun. Mais sans jamais les absolutiser : ces identités d’appartenance sont toujours des « adjectifs qualificatifs », alors que le seul « substantif » est « personne humaine ».

Notre solidarité doit donc s’étendre à tout être humain en souffrance, et non pas seulement aux « nôtres ». Aujourd’hui beaucoup par exemple en France se mobiliseront pour les chrétiens d’Orient. C’est entièrement légitime, mais à condition de nous sentir tout autant responsables des « autres » qui y souffrent eux aussi. Comme le disait Daniel Boyarin à ceux qui lui reprochaient de se mobiliser pour tous, en arguant « Si nous ne défendons pas les nôtres, qui le fera ? », il répondait : « Mais si nous ne préoccupons que des nôtres, que sommes-nous ? »

Avec pour nous chrétiens, une responsabilité particulière : faire de la diversité religieuse non plus une source de division, de guerres, mais de fraternité. Ce que nous avons réalisé entre chrétiens, en réussissant à transformer nos guerres de religion fratricides en œcuménisme, ce que nous avons aussi commencé à entreprendre entre Juifs et chrétiens, pourquoi ne serions-nous pas capables d’en faire autant entre chrétiens et musulmans, comme nous y invitent l’Imam Ahmed Mohamed al-Tayeb et le Pape François ? Non que cela soit facile : plus on avance dans le dialogue, plus on réalise combien il est difficile de nous comprendre, comme en a fait l’expérience Pierre Claverie. Pourtant, comme le disait E. Lévinas « la vérité de chacun atteint son vrai état dans la vérité universelle au lieu de pâlir devant sa splendeur. ». C’est là le chemin où avancer, pour nos religions comme pour l’Europe.

 

Gabriel Nissim, Dominicain

 

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 09:52
Tableau comparatif des salaires des professeurs des pays de l'Union Européenne

Tableau comparatif publié dans le Pèlerin n°6963 du jeudi 12 mai 2016 page 16

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 07:53
Déclaration suite aux résultats du référendum grec

Ce dimanche 5 juillet 2015, le peuple grec s’est majoritairement prononcé contre le plan de rigueur budgétaire que les créanciers lui proposaient. L’inquiétude est vive chez les citoyens grecs autant que dans les autres pays membres. Face à cette situation, l’Eglise catholique tient à réaffirmer son soutien à la poursuite du processus de construction européenne.

Une double exigence : responsabilité et solidarité

Nous redisons la nécessité d’articuler de façon équilibrée une double exigence : celle de la responsabilité de chaque pays membre et celle de la solidarité entre tous les Etats de l’Union européenne. Chaque Etat est tenu à satisfaire aux nécessités d’une gestion rigoureuse et responsable mais aussi juste à l’égard de ses citoyens, en particulier des plus fragiles et des plus pauvres. Mais les responsables politiques de l’Union européenne sont tenus aussi à garantir la solidarité entre les pays membres, consentant à accorder un soutien à chacun d’eux et à créer les conditions favorables pour une gestion juste et responsable.

Le déficit démocratique

Le peuple grec a été invité à se prononcer démocratiquement par référendum. La démarche a pu mettre en évidence le déficit démocratique qui est pour beaucoup dans la suspicion des citoyens à l’égard des institutions européennes. Le déficit démocratique est particulièrement notable dans le fait que les responsables financiers et les institutions auxquelles ils appartiennent, déterminent des conditions et élaborent des décisions qui s’imposent aux Etats membres sans qu’elles soient soumises à discussion devant le Parlement européen.

Un appel

Dans cette situation, nous appelons au dialogue entre tous les Etats membres au sein des institutions européennes pour porter plus loin le processus de construction européenne et lui garantir un avenir. La crise européenne que nous traversons doit être l’occasion d’une prise de conscience renouvelée de la double exigence de responsabilité et de solidarité entre les partenaires européens.

La crise révèle la nécessité de mettre en œuvre des processus plus démocratiques où, comme le souligne le pape François dans son encyclique Laudato Si’, « le politique et l’économie, en dialogue, se mettent résolument au service de la vie humaine. Sauver les banques à tout prix, en en faisant payer le prix à la population, sans la ferme décision de revoir et de réformer le système dans son ensemble, réaffirme une emprise absolue des finances qui n’a pas d’avenir et qui pourra seulement générer de nouvelles crises ».

C’est pourquoi l’Eglise catholique encourage et soutient toute initiative politique visant à poursuivre le dialogue entre les partenaires européens.

Mgr Georges Pontier, Archevêque de Marseille, Président de la Conférence des évêques de France

Mgr Jean-Luc Brunin, Evêque du Havre, Président du Conseil Famille et Société

Mgr Jean-Pierre Grallet, Archevêque de Strasbourg,Représentant des évêques de France à la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE)

Paris, le 7 juillet 2015

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 10:32
Le texte fondateur de la construction européenne : la déclaration du 9 mai 1950 de Robert Schumann

La déclaration du 9 mai 1950 est considérée comme le texte fondateur de la construction européenne. Prononcée par Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères français, dans le Salon de l'Horloge du Quai d'Orsay, à Paris, cette déclaration, inspirée par Jean Monnet, premier commissaire au Plan, propose la création d'une organisation européenne chargée de mettre en commun les productions françaises et allemandes de charbon et d'acier.

Déclaration liminaire

Messieurs,

Il n'est plus question de vaines paroles, mais d'un acte, d'un acte hardi, d'un acte constructif. La France a agi et les conséquences de son action peuvent être immenses.

Nous espérons qu'elles le seront.

Elle a agi essentiellement pour la paix. Pour que la paix puisse vraiment courir sa chance, il faut, d'abord, qu'il y ait une Europe. Cinq ans, presque jour pour jour, après la capitulation sans conditions de l'Allemagne, la France accomplit le premier acte décisif de la construction européenne et y associe l'Allemagne. Les conditions européennes doivent s'en trouver entièrement transformées. Cette transformation rendra possibles d'autres actions communes impossibles jusqu'à ce jour. L'Europe naîtra de tout cela, une Europe solidement unie et fortement charpentée. Une Europe où le niveau de vie s'élèvera grâce au groupement des productions et à l'extension des marchés qui provoqueront l'abaissement des prix.

Une Europe où la Ruhr, la Sarre et les bassins français travailleront de concert et feront profiter de leur travail pacifique, suivi par des observateurs des Nations Unies, tous les Européens, sans distinction qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest, et tous les territoires, notamment l'Afrique qui attendent du Vieux Continent leur développement et leur prospérité.

Voici cette décision, avec les considérations qui l'ont inspirée.

Déclaration du 9 mai

"La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.

La contribution qu'une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d'une Europe unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix. L'Europe n'a pas été faite, nous avons eu la guerre.

L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée : l'action entreprise doit toucher au premier chef la France et l'Allemagne.

Dans ce but, le gouvernement français propose de porter immédiatement l'action sur un point limité, mais décisif :

Le Gouvernement français propose de placer l'ensemble de la production franco-allemande du charbon et d'acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d'Europe.

La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin des régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes.

La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l'Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. L'établissement de cette unité puissante de production ouverte à tous les pays qui voudront y participer, aboutissant à fournir à tous les pays qu'elle rassemblera les éléments fondamentaux de la production industrielle aux mêmes conditions, jettera les fondements réels de leur unification économique.

Cette production sera offerte à l'ensemble du monde, sans distinction ni exclusion, pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au progrès des œuvres de paix. L'Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l'une de ses tâches essentielles : le développement du continent africain.

Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d'intérêts indispensable à l'établissement d'une communauté économique et introduit le ferment d'une communauté plus large et plus profonde entre des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes.

Par la mise en commun de production de base et l'institution d'une Haute Autorité nouvelle, dont les décisions lieront la France, l'Allemagne et les pays qui y adhéreront, cette proposition réalisera les premières assisses concrètes d'une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix.

Pour poursuivre la réalisation des objectifs ainsi définis, le gouvernement français est prêt à ouvrir des négociations sur les bases suivantes.

La mission impartie à la Haute Autorité commune sera d'assurer dans les délais les plus rapides : la modernisation de la production et l'amélioration de sa qualité ; la fourniture à des conditions identiques du charbon et de l'acier sur le marché français et sur le marché allemand, ainsi que sur ceux des pays adhérents ; le développement de l'exportation commune vers les autres pays ; l'égalisation dans les progrès des conditions de vie de la main-d'œuvre de ces industries.

Pour atteindre ces objectifs à partir des conditions très disparates dans lesquelles sont placées actuellement les productions de pays adhérents, à titre transitoire, certaines dispositions devront être mises en œuvre, comportant l'application d'un plan de production et d'investissements, l'institution de mécanismes de péréquation des prix, la création d'un fonds de reconversion facilitant la rationalisation de la production. La circulation du charbon et de l'acier entre les pays adhérents sera immédiatement affranchie de tout droit de douane et ne pourra être affectée par des tarifs de transport différentiels. Progressivement se dégageront les conditions assurant spontanément la répartition la plus rationnelle de la production au niveau de productivité le plus élevé.

A l'opposé d'un cartel international tendant à la répartition et à l'exploitation des marchés nationaux par des pratiques restrictives et le maintien de profits élevés, l'organisation projetée assurera la fusion des marchés et l'expansion de la production.

Les principes et les engagements essentiels ci-dessus définis feront l'objet d'un traité signé entre les Etats. Les négociations indispensables pour préciser les mesures d'application seront poursuivies avec l'assistance d'un arbitre désigné d'un commun accord : celui-ci aura charge de veiller à ce que les accords soient conformes aux principes et, en cas d'opposition irréductible, fixera la solution qui sera adoptée. La Haute Autorité commune chargée du fonctionnement de tout le régime sera composée de personnalités indépendantes désignées sur une base paritaire par les Gouvernements ; un Président sera choisi d'un commun accord par les autres pays adhérents. Des dispositions appropriées assureront les voies de recours nécessaires contre les décisions de la Haute Autorité. Un représentant des Nations Unies auprès de cette Autorité sera chargé de faire deux fois par an un rapport public à l'O.N.U. rendant compte du fonctionnement de l'organisme nouveau notamment en ce qui concerne la sauvegarde de ses fins pacifiques.

L'institution de la Haute Autorité ne préjuge en rien du régime de propriété des entreprises. Dans l'exercice de sa mission, la Haute Autorité commune tiendra compte des pouvoirs conférés à l'Autorité internationale de la Ruhr et des obligations de toute nature imposées à l'Allemagne, tant que celles-ci subsisteront."

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 05:18
Les jésuites aussi voient une Europe en «quête de sens»

L'ordre religieux catholique profite de la campagne électorale pour défendre une conception de l'Europe, loin des replis identitaires.

Devinette. Combien y a-t-il de jésuites dans l’Union européenne? 5003, très exactement, soit plus du quart des effectifs mondiaux de la Compagnie de Jésus, l’ordre religieux masculin qui, par ailleurs, est le plus puissant numériquement au sein de l’Eglise catholique. Et quel est le pays parmi les 28 membres de l’Union qui compte le plus grand nombre de jésuites? L'Espagne, terre natale du fondateur Ignace de Loyola, avec 1300 jésuites. Que la Compagnie de Jésus ait un tropisme européen, c’est donc quasi génétique. «Nos fondateurs eux-mêmes venaient de différents pays», rappelle Arnaud de Rolland, le bras droit du provincial (le «boss») en France.

Alors les élections européennes valaient bien, ce mardi, pour les jésuites français, pourtant peu habitués à l’exercice, une conférence de presse. Il s’agissait d’abord de rappeler que le projet européen est «une utopie», toujours en devenir, à relancer finalement et un projet, pointe François Boëdec, responsable du département d’éthique publique du centre Sèvres, «en quête de sens» et de «spiritualité».«L’Europe a toujours avancé à coups de compromis», reconnait-il aussi. Bref, au temps de la méfiance face à une Union vue seulement comme technocratique ou économique, il s’agit surtout de lui trouver un nouveau souffle.

PLUSIEURS CONCEPTIONS CHRÉTIENNES DE L'EUROPE

Mais pas de question de relancer la vieille querelle des racines chrétiennes de l’Europe, de défendre, en tant que telles et pour elles-mêmes, des valeurs ou une identité. «Même si la dimension chrétienne de l’Europe est évidente», souligne François Euvé, le directeur de la revue Études. Cette identité, quoi qu’il en soit, s’est construite dans «la pluralité». «La théologie catholique médiévale doit beaucoup au dialogue qu’elle a entretenu avec le judaïsme et l’islam», poursuit le directeur d’Études. En Europe, le christianisme est lui aussi pluriel, catholique et protestant à l’ouest et majoritairement orthodoxe à l’est. Contre le repli identitaire, les jésuites plaident pour le renouvellement de la culture du débat et du respect justement de la «pluralité».

«Les chrétiens eux-mêmes n’ont pas la même conception de l’Europe», reconnait d’ailleurs volontiers, François Boëdec. Ou les mêmes priorités. Chacun s’accorde à faire du respect de la dignité humaine, l’un des axes fondamentaux du combat des chrétiens en politique. Reste que cet étendard est brandi autant par les tenants de la Manif pour tous et les pro-life que par les tenants du christianisme social, préoccupés d’abord de justice sociale. Si la transition énergétique et écologique est l’un des grands chantiers, de l’Union européenne, selon les jésuites français, peut-elle se faire sans justice sociale ? «Huit millions de familles françaises doivent déjà arbitrer entre se nourrir, se chauffer ou se déplacer», relève Bertrand Hérard Dubreuil, directeur du Ceras, un think tank chrétien de pensée sociale. Très sollicités depuis l’élection du pape François, le premier jésuite à occuper le poste, ses confrères ont visiblement à cœur d’incarner eux-mêmes la pluralité et à montrer la diversité politique et sociale des chrétiens.

Bernadette SAUVAGET

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 15:35
A l'occasion du 9 mai, journée de l'Europe

Déclaration de Mgr Jean-Pierre Grallet, représentant des évêques de France à la COMECE (Commission des Conférences épiscopales de la Communauté Européenne) à l'occasion des élections du parlement européen le 25 mai 2014.

Depuis 70 ans, la construction européenne a consolidé la paix entre des peuples autrefois ennemis. La réconciliation franco-allemande a permis une fraternité et une solidarité nouvelles, non seulement entre nos deux peuples, mais aussi entre tous les peuples européens. Cette fraternité européenne reste cependant fragile. Il nous faut la protéger et la développer. Nous en sommes tous responsables.
Il serait regrettable que nous nous laissions aller au scepticisme et à la passivité. Ne soyons pas ingrats au point de charger l'Europe de toutes nos difficultés présentes, ni irresponsables au point de considérer qu'il n'y a rien à dire ni à faire.

Les élections européennes qui s'annoncent sont donc l'occasion pour nous de dire fortement notre reconnaissance à l'Europe, mais aussi nos insatisfactions, nos attentes et notre engagement envers elle.

Notre reconnaissance ; l'Europe nous a apporté tant de bienfaits : paix entre les peuples, compréhension mutuelle, collaborations scientifiques, techniques et commerciales, circulation des personnes et des biens, dialogues culturels et religieux, monnaie unique, programme de développement de pays partenaires, début d'une défense commune, recherche d'une gouvernance adaptée....

Nos attentes : tous ces bienfaits européens ne sauraient occulter les manques et les maladresses : comment donc améliorer notre fonctionnement européen ? Rapprocher les institutions et les citoyens, les rassembler autour de valeurs et de symboles forts qui suscitent davantage d'adhésion ?... Il reste encore beaucoup à faire. Nous proposons donc, en complément de ce message, 10 points d'attention que nous estimons indispensables pour une meilleure vie européenne.

Notre engagement : Celui de chaque européen est indispensable. Voter est un droit. Ne nous y dérobons pas. Débattons, proposons, agissons et votons !

Jean-Pierre GRALLET
Archevêque de Strasbourg
Représentant des évêques de France à la COMECE - 10 avril 2014


Pour la construction européenne, 10 points d'attention

1. L'attention au bien commun : Sans projet commun, il n'y a pas d'Europe. Chaque citoyen, chaque communauté et chaque nation doit être capable de subordonner ses intérêts particuliers au profit du bien commun.

2. Le souci de la solidarité : L'Europe ne peut se construire que sur une logique de solidarité à tous les niveaux, entre nations, entre régions et entre groupes sociaux. Pour bien s'exercer, la solidarité entre nous doit s'accompagner d'une révision de nos façons de consommer. Sans tempérance et sans partage, il ne peut y avoir de vraie solidarité entre les uns et les autres.

3. La dignité de toute personne : L'UE doit veiller au respect de toute personne humaine quels que soient sa race, son sexe, sa culture, sa religion, son statut social. La vie humaine doit être protégée de sa conception à sa mort naturelle. La famille, composante de base de notre société, doit bénéficier de la même protection.

4. Le soin de chaque génération : Dans les prochaines années, la démographie au sein de l'UE changera fortement. Nous plaidons pour les personnes âgées afin qu'elles aient accès aux soins auxquels elles ont droit et nous plaidons aussi pour les jeunes générations afin qu'elles bénéficient de politiques favorables à leur insertion dans la vie sociale.

5. La promotion de la justice sociale : La crise économique et bancaire a provoqué, depuis 2008, beaucoup de dégâts en Europe, entraînant une augmentation du nombre de personnes pauvres et vulnérables. Nous devons entendre le cri des pauvres, nous rappelle le Pape François, et nous attaquer aux causes structurelles de la disparité sociale qui est la racine des maux de notre société (EG 202).

6. L'intégration des migrants : Les migrations internes à l'Europe ou en provenance de l'extérieur, influent sur la vie des personnes et de la société. L'UE a une frontière extérieure commune. La responsabilité de l'accueil et de l'intégration des migrants doit être partagée proportionnellement entre les états membres. Les migrants doivent être traités avec humanité et respect. Tous les organismes, publics, associatifs, religieux doivent s'unir pour une intégration réussie des personnes migrantes.

7. Le respect de l'environnement : La terre est à tous et nous devons la protéger pour aujourd'hui et pour demain. Conscients des risques que nous courons, soucieux de durabilité, nous devons veiller « non seulement à la terre, l'eau et l'air comme dons de la Création appartenant à tous, mais aussi et surtout, protéger l'homme de sa propre destruction » avertissait Benoît XVI (CIV. 51) « une sorte d'écologie de l'homme, comprise de manière juste est nécessaire ».

8. Le respect de nos rythmes de travail et de repos : Toute personne doit pouvoir travailler et se reposer, produire et disposer de ses produits, ne pas être enchaînée à la seule logique du travail matériel mais goûter aussi aux joies de la vie spirituelle, de la rencontre, de la prière et du repos. Le repos régulier est une nécessité et un droit. L'UE doit protéger le jour de repos commun hebdomadaire qu'est le dimanche.

9. La pratique du principe de subsidiarité : L'UE s'est construite sur ce principe de la subsidiarité qui veille à ce que l'unité de l'ensemble ne se fasse jamais au détriment de la légitime responsabilité des états membres, ni de leurs traditions respectives. Veillons à l'application de ce principe.

10. L'exercice de la liberté religieuse : La liberté religieuse est un droit fondamental comprenant celui d'exprimer sa foi en public. Nous nous réjouissons de l'adoption des lignes directrices de l'UE sur la promotion et la protection de la liberté de religion ou de conviction.

Telles sont les dix recommandations que nous faisons à nos concitoyens européens, croyants et citoyens de bonne volonté, soucieux de poursuivre la construction européenne et attentifs à participer au vote du 25 mai 2014.

Recommandations à partir de la déclaration de la COMECE
(Commission des épiscopats de la Communauté européenne)
10 avril 2014

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