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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 19:41
Bonne Fête de Pentecôte, dimanche 8 juin 2014

Le jour de la Pentecôte, l'Esprit saint remplit les disciples d'une force intérieure nouvelle. Ces hommes qui, il y a seulement quelques semaines, se terraient toutes portes closes, par peur, les voici debout, témoignant publiquement devant tout Jérusalem que Jésus est ressuscité. Leurs peurs ont disparu, balayées par le Souffle de Dieu.
Nous sommes souvent enfermés dans nos peurs : peur de l'autre, de la différence, de l'échec, peur d'être critiqué, peur de notre propre faiblesse. Nous manquons de confiance en nous et nous laissons envahir par la tristesse et la dépression, ou cherchons à prouver avec agressivité que nous avons raison. Nous voulons réussir et être reconnus. Ces peurs et ces désirs, ancrés dans la fragilité et les blessures de notre être, nous empêchent d'accueillir nos difficultés dans la vie relationnelle. Souvent, nous avons une image négative de nous-mêmes et nous cachons notre pauvreté, de peur qu'elle ne soit révélée au grand jour. Jésus nous promet le Paraclet, " celui qui répond au cri ". Il ne nous donne pas l'Esprit parce que nous sommes bien formés théologiquement et spirituellement, forts et capables d'assumer des responsabilités, ou parce que nous sommes naturellement sympathiques, prêts à répondre aux besoins des autres. Le Souffle de Dieu nous est donné parce qu'il y a un décalage entre ce que nous sommes capables d'être et de faire par nous-mêmes, et ce que nous sommes appelés à être, à faire et à vivre. L'Esprit vient dans notre manque, dans notre fragilité, dans notre faiblesse, en réponse à notre prière.
C'est la réponse de Jésus au cri de Paul qui le suppliait de retirer l'écharde de sa chair : " Ma grâce te suffit. Ma force se déploie dans la faiblesse " (2 Co 12, 9). Quelle était cette écharde ? Personnellement, je crois que Paul souffrait de violentes colères, comme la dispute avec Barnabé à propos de Marc (Actes 15, 36). Ces colères, sûrement nées d'une angoisse, étaient la faiblesse de Paul, face à laquelle il savait son besoin de la force et de la tendresse de l'Esprit Saint pour ne pas succomber à la tristesse, la dépression, le manque de confiance en soi.
Dans nos communautés de l'Arche et de Foi et Lumière, nous sommes constamment confrontés à la faiblesse. Les personnes que nous accueillons sont dépendantes ; certaines se déplacent difficilement, ont peu ou pas de mots pour exprimer ce qu'elles ressentent ; certaines ont souffert du rejet et du mépris subis du fait de leur handicap. Cette souffrance a fait naître en elles une colère ou une forme de dépression. Toutes ont besoin d'un soutien, d'une présence, d'une communauté.
Leur cri pour une relation chaleureuse de confiance et d'écoute ouvre le cœur de ceux qui partagent leur vie. Leur faiblesse éveille les cœurs. Il ne s'agit pas d'abord de faire quelque chose " pour " elles, mais d'entrer dans une relation de cœur à cœur " avec " elles. Cette relation semble guérir le cœur de gens apparemment plus forts, les aidant à accueillir et à accepter leurs propres faiblesses cachées et à cheminer vers une plus grande unité intérieure. Combien de ceux qui sont passés à l'Arche peuvent témoigner que Marie-Jo, Raphaël ou Loïc ont changé leur vie. Jusque-là, ils avaient grandi dans un monde de compétition, de réussite à tout prix. En vivant avec les personnes plus faibles, ils ont découvert l'importance de l'écoute et la réciprocité de la relation.
Lorsque nous sommes forts et capables, nous tendons à nous suffire à nous-mêmes. Nous risquons d'écraser les autres par notre suffisance ou de nous en protéger. La force isole. La faiblesse, au contraire, est source d'unité. Si nous reconnaissons que, par nous-mêmes, nous ne pouvons pas faire face, alors nous demandons de l'aide. Et l'autre peut nous tendre la main. Voyez Jésus entrant en relation avec la Samaritaine. Il est fatigué, il a soif. Il a besoin d'elle : " Donne--moi à boire. " Un dialogue se noue. La douceur, l'humilité, la vulnérabilité de Jésus permettent à cette femme de reprendre confiance.
De même que la peur et le mépris éveillent la peur et le mépris, l'amour et la confiance éveillent l'amour et la confiance. Dans nos communautés, nous accueillons des hommes et des femmes très divers par l'éducation, la culture, le tempérament, l'appartenance religieuse. Face à celui qui est différent, nous pouvons voir tout ce qui nous sépare, ou reconnaître d'abord ce qui nous unit : cette humanité commune que nous partageons. Nous sommes appelés à marcher ensemble et à grandir dans l'amour les uns avec les autres, les uns par les autres.
A cause de nos blessures intérieures, de nos angoisses et de nos préjugés, il y a toujours des gens pour qui nous avons une sympathie ou une antipathie particulières. Pour accueillir chacun dans sa différence, avec ses richesses et ses difficultés, nous avons besoin du don de l'Esprit Saint. Alors, à travers notre accueil, notre amour doux et humble, l'unité grandit. Nous nous aimons, non pas d'un amour " naturel ", " spontané ", mais d'un amour qui est don de Dieu. " Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu " (1 Jn 4).
Ce qui a touché le monde lors du voyage de Jean-Paul II en Terre sainte, c'est le respect et l'amour avec lequel cet homme âgé, faible et malade, mais paisible et souriant, a regardé et écouté chacun juifs, musulmans, chrétiens. Il était vu comme un homme de Dieu, humble. Il n'est pas venu apporter des solutions ; il n'est pas venu prêcher. Il est venu en artisan de paix, désireux d'établir des relations de confiance, de faire descendre les murs qui nous séparent. Sa faiblesse, son humilité et sa demande de pardon ont éveillé les cœurs et créé l'unité. Il nous montre un chemin d'amour et de respect, d'humilité et de vérité, enraciné dans la faiblesse. La faiblesse accueillie devient, par le don de l'Esprit Saint, chemin d'unité.

Marie -Hélène Matthieu est éducatrice spécialisée, fondatrice de l’Office Chrétien des personnes Handicapées (OCH) et co-fondatrice du mouvement international Foi et Lumière avec Jean Vanier.

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 11:16
Jean-Noël Bezançon : 27 décembre 1936 – 18 mai 2014

J’ai rencontré Jean-Noël Bezançon, prêtre du Diocèse de Paris, alors qu’il était l’un des théologiens des « Groupes de Formation Universitaire » (1) dont j’ai suivi le parcours de 1969 à 1973. Je l’ai connu également alors qu’il était professeur de Christologie au séminaire Saint Sulpice à Issy les Moulineaux qui a été, pour une année, le Centre de Formation Théologique des futurs prêtres de la Mission de France en 1973/1974.

Je reste marqué par sa foi, son humour, son humanisme, son bon sens proche des gens « du peuple », son extraordinaire intelligence et sa très grande ouverture d’esprit.

Ses funérailles ont été célébrées lundi 26 mai à 10h à l’église Saint Jacques du Haut Pas à Paris.

Avant de laisser sa charge du fait d’une grave maladie Jean-Noël était curé de deux paroisses du Val-de-Marne. Mais il était originaire de Paris, où il a été aumônier de lycée, directeur de l'Œuvre des Vocations, curé de Notre-Dame d'Auteuil puis de Saint Jacques-du-Haut-Pas. Il a enseigné pendant dix ans au séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux et, pendant vingt ans, à la faculté de théologie de l'Institut catholique de Paris, notamment comme directeur de l'Institut supérieur de pastorale catéchétique (ISPC).
Parmi ses publications : « Le Christ de Dieu » (1980), « Dieu sauve » (1985), « Dieu n'est pas bizarre » (1996), « Dieu n'est pas solitaire », « La Trinité dans la vie des chrétiens » (2000), « Jésus prend la porte » (2001), « Un chemin pour aller ensemble au cœur de la foi » (2006), « Jésus et son Dieu, une catéchèse pour tous » (2008).

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  1. Les Groupes de Formation Universitaire : un premier cycle de formation au ministère de prêtre pour des jeunes étudiants qui poursuivent simultanément leurs études « profanes »

http://www.seminairegfu.fr/

« La distinction du sacré et du profane n'a plus sa place puisque « tout appartient à Dieu et que tout est confié à l'homme », mais la tentation est grande d'ériger à nouveau des barrières et de restaurer le culte du sacré avec tout ce qu'il comporte d'exclusion. Pourtant, « le christianisme a libéré du sacré envahissant des religions païennes ».

Jean-Noël Bezançon, La Messe de tout le monde Editions du Cerf, 2009 173 pages

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 20:16
Le "Mystère de l'Ascension" par Michel Dubost, Evêque d’Evry

L'Ascension, c'est le départ, « la montée » et l'arrivée du Christ dans la gloire de Dieu.
Notre époque aime broyer du noir et s'arrête volontiers sur le départ.
Il est incontestable. Il est quelquefois difficile à supporter.
Dieu est absent de notre monde. Et Jésus n'est plus là, visiblement.

Et pourtant, juste après l'Ascension, Luc affirme que les apôtres étaient « joyeux » (Lc 24. 52).
Cette joie est, sans aucun doute, la prise de conscience de « l'arrivée ».
Un homme, Jésus, est en Dieu, vivant pour toujours.
Et pour toujours, celui qui est en Dieu, Dieu, veut demeurer frère des hommes.
Cette joie est celle de la victoire de l'humanité.

Cette victoire est acquise : Jésus rassemblera toute l'humanité dans la paix.
Et cette victoire se profile déjà à qui sait la voir.
Nous croyons que, à la suite de Jésus, l'humanité est dans son ascension vers le Père.
Ah, si les chrétiens étaient capables de chanter cette « montée » du corps du Christ vers Dieu !

Où trouver les traces de cette montée ? Partout.
Lorsque l'homme invente pour faciliter la vie quotidienne,
pour mettre en communication les uns et les autres,
pour atténuer la douleur,
pour diminuer la misère
pour faire grandir les enfants,
alors, quelque chose de l'Ascension se vit déjà.

Saint Paul demande aux chrétiens d' « accomplir le ministère du Christ, jusqu'à ce que nous parvenions tous à l'unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu à l'état d'adulte, à la taille du Christ, dans sa plénitude. » (Ep 4. 13).

Le véritable mystère de l'Ascension, c'est ce don, cette capacité donnée à chacun d'entre nous
d'avoir le désir de grandir et de faire grandir les autres, et l'humanité tout entière.
Jusqu'à la perfection.

Mgr Michel Dubost
Évêque d'Évry - Corbeil-Essonnes

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 19:51

Beautiful song to express our gratitude to God.

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 15:44
Homélie du Pape François du 13 mai :«Qui croit tout savoir ne peut pas comprendre Dieu»

«Les choses de Dieu ne peuvent pas seulement se comprendre avec l'intelligence, il faut aussi ouvrir son cœur à l’Esprit Saint». C’est ce qu’a affirmé ce mardi matin le Pape lors de la messe célébrée en la chapelle de la maison Sainte-Marthe. Le Souverain Pontife a souligné que la foi est un don de Dieu mais nous ne pouvons pas la recevoir si nous vivons « détachés » du peuple, de l’Église.

Les lectures du jour, a observé le Pape François, nous montrent «deux groupes de personnes». Dans la première lecture, « il y a ceux qui ont été éparpillés à cause de la persécution qui a éclaté » après qu’Étienne ait été tué. « Ils se sont éparpillés avec la semence de l’Évangile- a dit le Pape- et ils la portent partout ». Au début, ils s’adressent seulement aux judéens. Ensuite, « de façon naturelle, certains d’entre eux » ayant rejoint Antioche, « commencèrent à s’adresser aussi aux grecs ». Et ainsi, lentement-, et c’est la réflexion du Pape-, « ils ont ouvert les portes aux grecs, aux païens ». Une fois la nouvelle arrivée à Jérusalem, a-t-il repris, Barnabé fut envoyé à Antioche « pour effectuer une visite d’inspection ». Et tous, a-t-il constaté, « étaient contents » parce qu’« une foule considérable rejoignit le Seigneur ».

Ces gens, a souligné le Pape François, « ne se sont pas dit 'allons tout d’abord chez les habitants de Judée et ensuite chez les grecs, chez les paiens et chez tout le monde'. Non! Ils se sont laissés porter par l’Esprit Saint! Ils ont été dociles à l’Esprit Saint'. Ensuite, a-t-il poursuivi, « une chose en entraînant une autre », « ils finissent par ouvrir leurs portes à tout le monde : aux païens, qui de par leur mentalité étaient impurs », « ils ouvraient les portes, à tout le monde ». Ceci, a-t-il répété, « est le premier groupe de personnes dociles à l’Esprit Saint ». « Parfois,-a-t-il ajouté, -l’Esprit Saint nous pousse à faire des choses fortes : comme il a poussé Philippe à baptiser « le ministre éthiopien » et « comme il a poussé Pierre à baptiser Corneille ».

Ne pas résister à l'Esprit Saint

D’autre fois, l’Esprit Saint nous porte doucement et la vertu est de se laisser porter par l’Esprit Saint, de ne pas opposer de résistance à l’Esprit Saint, d’être docile à l’Esprit Saint. Et l’Esprit Saint agit aujourd’hui dans l’Église, il agit aujourd’hui dans notre vie. L’un d’entre vous pourra me dire : « Je ne l’ai jamais vu ! ». « Mais fait attention à ce qu’il se passe, à ce qu’il te vient à l’esprit, à ce qu’il te vient dans le cœur. De bonnes choses ? C’est l’Esprit Saint qui t’invite à suivre ce chemin. Il faut de la docilité ! De la docilité à l’Esprit Saint ».

Le second groupe présenté dans les Lectures est celui des “ intellectuels qui approchent Jésus dans le temple: ce sont des docteurs de la loi”. Jésus, a remarqué le Pape, a toujours eu des problèmes avec ceux-ci”, “parce qu’ils ne comprenaient pas : ils tournaient toujours autour des mêmes choses car ils croyaient que la religion était seulement une chose cérébrale, qui regardait la loi. Pour eux, il fallait « accomplir les commandements et c’est tout. Ils n’imaginaient pas l’existence de l’Esprit Saint ». Ils interrogeaient Jésus, ils voulaient discuter. Tout était dans la tête, tout est de l’intellect ». « Chez ces gens- a-t-il ajouté- il n’y a pas de cœur, il n’y a pas d’amour et de beauté, il n’y a pas d’harmonie », ce sont des gens qui cherchent seulement une explication.

Tu leur donnes des explications et eux, non convaincus, reviennent avec une autre question. Et ainsi : ils tournent, ils tournent… comme ils ont tourné autour de Jésus toute la vie, jusqu’au moment où ils ont réussi à le prendre et à le tuer ! Ils n’ouvrent pas leurs cœurs à l’Esprit Saint ! Ils croient que les choses de Dieu peuvent seulement se comprendre avec la tête, avec les idées, avec leurs propres idées. Ils sont orgueilleux. Ils croient tout savoir. Et ce qui n’entre pas dans leur intelligence n’est pas vrai. Tu peux ressusciter un mort devant eux, ils ne te croient pas !

Aller de l'avant, être créatif et joyeux, à la suite de Jésus

Jésus, a t-il ainsi mis en évidence, «va outre» et dit «quelque chose de très fort» : “Vous ne croyez pas parce que vous ne faites pas partie de mes brebis! Vous ne croyez pas parce que vous n’appartenez pas au peuple d’Israël. Vous êtes sortis de ce peuple. Vous faites partie de l’aristocratie de l’intellect ». Ce comportement, a-t-il avertit, « ferme le cœur ». Ils ont renié leur propre peuple :

Ces gens s’étaient détachés du peuple de Dieu et c’est pour cela qu’ils ne pouvaient pas croire. La foi est un don de Dieu ! Mais la foi vient si tu appartiens au peuple. Si tu es-maintenant-dans l’Église, si tu es aidé par les sacrements, par les frères, par l’assemblée. Si tu croies que cette Église est le peuple de Dieu. Ces gens s’étaient détachés, ils ne croyaient pas au Peuple de Dieu, ils croyaient seulement leurs choses et s’étaient construit tout un système de commandements qui chassaient les gens : ils chassaient les gens et ils ne les laissaient pas entrer dans l’Église, dans le peuple. Ils ne pouvaient pas croire ! C’est le péché de résister à l’Esprit Saint ».

“Deux groupes de gens”, a repris le Pape, ceux “de la douceur, des gens doux, humbles, ouverts à l’Esprit Saint” et l’autre, des gens “orgueilleux, suffisants, superbes, détachés du peuple, faisant partie de l’aristocratie de l’intellect, qui ont fermé les portes et résistent à l’Esprit Saint”. « Ce n’est pas de l’entêtement, a-t-il dit, c’est plus que cela : c’est avoir le cœur dur ! Et c’est encore plus dangereux ! Regardant ces deux groupes de personnes, « demandons au Seigneur la grâce de la docilité à l’Esprit Saint pour aller de l’avant dans la vie, pour être créatifs et être joyeux, parce que les autres personnes n’étaient pas joyeuses ». Et lorsqu’ « il y a tant de sérieux- a-t-il affirmé-il n’y a pas l’Esprit de Dieu ». Nous demandons, donc, « la grâce de la docilité et que l’Esprit Saint nous aide à nous défendre de cet autre mauvais esprit de la suffisance, de l’orgueil, de la fierté, de fermer son cœur à l’Esprit Saint ».

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 18:06
Homélie du Quatrième dimanche de Pâques - 11 mai 2014

Actes 2, 14a.36-41 ; Psaume 22 ; 1 Pierre 2, 20b-25 ; Jean 10, 1-10

L’avez-vous remarquée en entrant ? Quand on arrive dans une église, on admire l’architecture, on regarde le chœur, l’autel, le tabernacle, l’orgue. Mais elle, y avez-vous fait attention ? C’est pourtant elle qui est chargée aujourd’hui de nous parler de Jésus : “Moi, je suis la porte !” dit Jésus. D’ordinaire, on laisse à la porte les objets encombrants. Quelquefois on met à la porte les indésirables. On dit aussi aux fidèles d’avancer et de ne pas rester près de la porte. Et les distraits se retournent quand on entend bouger la porte. Pourtant, “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Souvent les porches des églises de grand style sont décorées et quelquefois très belles, vues de l’extérieur. Mais voilà, Jésus n’est pas la porte d’entrée. Non ! Il appelle les brebis chacune par son nom et il les fait sortir. Jésus est une porte de sortie. C’est dehors qu’il nous entraîne. Son projet n’est pas de nous garder dans la sécurité de la bergerie, mais de nous conduire au plein air, dans les verts pâturages. Venez avec moi sur la route des hommes. “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Il y a des portes qui protègent, qui séparent, qui isolent ou qui enferment. Jésus, lui, est un passage, une communication. Quand les professionnels du bâtiment désignent portes et fenêtres, savez-vous qu’ils parlent des ouvertures ? Eh bien Jésus est une ouverture sur la rencontre. Il est celui qui marche devant et qui nous conduit ailleurs. A travers la route des hommes, il nous mène au Père. Écouter Jésus, ce n’est pas s’asseoir, c’est prendre le chemin. Portes ouvertes, murs brisés, pierre roulée, tombeau vide, brèche d’espérance. “Moi, je suis la porte !” dit Jésus. Quand tout à l’heure nous sortirons par cette porte, ne la fermons pas derrière nous comme on ferme un livre terminé, ou un dossier classé, ou un passé révolu. Non ! La porte qui est là, qui s’ouvre sur la place et sur le monde, elle est un commencement. Jésus nous y précède. Alors, à notre tour, là où nous sommes au quotidien, à nous d’ouvrir les portes et de faire des brèches. À notre tour d’appeler à sortir : “Venez, rencontrons-nous, allons ensemble !” A notre tour d’être des portes.

Notre monde est plein de portes fermées. Chacun s’enferme dans ses privilèges et renforce les serrures des ses portes pour mettre son petit patrimoine à l’abri. Chacun baisse les yeux dans l’ascenseur pour ne pas avoir à faire conversation avec le voisin de pallier. Chacun réclame des lois qui maintiennent les pauvres à distance et le tiers-monde hors de nos frontières. Chacun cherche son salut derrière des portes fermées. Eh bien, après avoir entendu Jésus nous dire qu’il est une porte de sortie, ayons l’audace d’ouvrir des portes, ayons l’audace d’ouvrir nos portes. Ouvrir le dialogue avec l’autre, rejoindre le dynamisme d’une association, permettre à l’étranger de prendre la parole, sortir de l’isolement la misère cachée, proposer un coup de main au voisin, vaincre la peur en offrant la présence, permettre l’espérance en risquant l’amitié, autant de portes ouvertes dans les murs de l’égoïsme qui permettent à chacun de changer le monde. Et si, quand vous ouvrez une porte, il y a quelques courants d’air, dîtes-vous que c’est peut-être le souffle de l’Esprit.

Sur la porte de cette église, comme sur la porte de notre maison, non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur, non pas pour les autres mais pour nous, regardons bien, c’est écrit en lettres d’or : “Moi, je suis la porte !” dit Jésus. Faire Église ce n’est pas écouter aux portes, ce n’est pas condamner une porte, ni se cacher derrière la porte, ni mettre à la porte, mais reconnaître une voix qui nous dit : “Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance.”

Un jour, un artiste avait réalisé une magnifique affiche. On pouvait voir Jésus frapper à une porte. Quelqu’un remarqua qu’il n’y avait ni poignée ni clenche ! En fait, l’artiste n’avait rien oublié. Mais il y a des portes qui ne s’ouvrent que de l’intérieur. Vous avez bien compris : si je n’ai pas de vie intérieure, si je n’ouvre pas ma porte au Christ, la rencontre ne sera pas possible.

“Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance.” Aujourd’hui, Dieu me dit : “Tu es vivant. Tu n’es pas un vivant voué à la mort, mais tu es un mortel promis à la Vie”. Et ça, ça change tout !

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 21:08
Homélie de frère Didier Croonenberghs, dominicain, dimanche 4 mai 2014

Actes des Apôtres 2, 14.22b-33
Psaume 15
1 Pierre 1, 17-21
Luc 24, 13-35

C’est comme une mise en scène de notre propre histoire que nous entendons dans ce récit des compagnons d’Emmaüs. Nos routes humaines, parfois tortueuses, doivent se frayer un passage entre espoirs déçus, désillusions et échecs. Et il peut se trouver dans les recoins de notre cœur, un peu de désarroi, un sentiment confus d’abandon ou de vide rendant plus difficile notre marche.

Mais ce que nous montre la traversée d’Emmaüs, c’est qu’au cœur de la désespérance, l’échec n’a pas le dernier mot pour Dieu. Un chemin de résurrection est toujours possible. L’échec peut être traversé. Il peut même ouvrir de nouveaux horizons. Oui, franchir barrière du désespoir et de la désillusion est possible pour celui qui prend le chemin d’Emmaüs.

Prendre ce chemin nous invite d’abord à quitter nos idéaux, nos sécurités —notre Jérusalem en quelque sorte— pour marcher vers l’inconnu. Emmaüs est en effet ce lieu qu’aucun historien ne peut localiser, comme pour nous montrer que toute histoire humaine est invitée à s’y mettre en scène. Quitter ses certitudes, ses désirs fusionnels pour aller vers l’inconnu, tel est bien le cheminement de tout être humain qui veut grandir dans la confiance. C’est aussi le lot de toute vie affective, qui doit —tout ou tard— faire l’expérience de la finitude et du manque : lorsque nos projets ne montrent pas leurs fruits, lorsque l’être aimé ne se révèle pas à la hauteur de nos attentes.

Pour traverser l’échec, il faut donc prendre un sentier non balisé : celui de la confiance. La confiance est cette capacité à avancer malgré l’épreuve. A tout âge, à chaque instant, elle peut germer en nous. Même au crépuscule de notre vie, quand le jour baisse, il est possible d’entrer dans une nouvelle phase de croissance. Il est possible de retrouver la confiance en posant un regard nouveau sur notre histoire personnelle.

Prendre ce chemin d’Emmaüs, c’est d’abord offrir une autre place à Dieu. C’est l’inviter à notre table, le rencontrer à notre hauteur. Découvrir qu’il se laisse déchiffrer dans l’ordinaire de notre existence. Dieu deviendra ainsi cette présence qui ne s’impose pas, qui ne condamne jamais l’échec, mais l’accompagne toujours de son regard de tendresse. Dieu vient ainsi se dévoiler au cours de notre marche, se laisse découvrir dans les méandres de nos chemins.

Loin d’être le grand écrivain de notre destinée, il se donne plutôt à reconnaître dans l’écriture de notre vie. Il se faufile entre les lignes de nos existences. Il chemine au gré des parchemins de nos histoires, comme une douce présence, qui respectera toujours nos routes et nos errances, les courbes de nos erreurs et de nos échecs. Parce qu’il respecte l’humain et sa liberté.

Voilà pourquoi il nous appartient de le découvrir dans nos rencontres, nos gestes de fraternité, nos paroles échangées en vérité. Tel est le paradoxe d’un Dieu qui a pris le chemin de l’humanité, qui nous parle dans nos silences, lorsque le sentiment d’absence se transforme en douce présence. Ce Dieu discret nous montre ainsi que le plus grand risque pour les croyants est peut-être de croire en son évidence. C’est bien souvent lorsqu’on s’accroche à un être au détriment de sa liberté, que celui-ci se dérobe à notre histoire et que — lorsqu’on ne s’y attend pas— la confiance peut venir frapper à la porte de notre cœur.

Mais l’histoire des pèlerins ne se s’arrête pas à Emmaüs. Pour retrouver la confiance, il nous faut relire nos attentes, nos projets, ce que nous sommes avec les yeux de Dieu, c’est-à-dire retourner à Jérusalem avec le cœur brûlant d’Emmaüs. Toute rencontre en vérité nous invite à faire ce chemin sur nous-mêmes, à revisiter notre vie, la relire avec les yeux de la confiance et non du désespoir.

Croire qu’une telle traversée est possible, est être désaveuglé comme les disciples de l’Evangile, c’est regarder l’être humain avec les yeux de Dieu. C’est quitter le culte de la performance qui refuse l’échec, pour entrer dans la culture de la confiance. Revenir à Jérusalem ne consiste pas à s’enfermer dans son passé, pour essayer soit de le revivre, soit de l’oublier. Revisiter ses projets, c’est oser croire qu’un échec passé ne condamne pas le futur. Voilà pourquoi il est de notre devoir de faire mémoire, de relire notre Histoire.

Revenir à Jérusalem, revisiter nos chemins et nos échecs, c’est finalement chercher des signes d’une résurrection déjà à l’œuvre dans notre monde.
A toutes et tous, je vous souhaite un très beau chemin de vérité, un chemin de résurrection. Amen.

Frère Didier Croonenberghs, Dominicain

Paroisse :
Eglise Sainte-Croix, Sart-Eustache (Belgique)

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 09:31
Le pape François, mercredi 30 avril : "Une communauté chrétienne doit être en paix, témoigner, et assister les pauvres"

Chaque communauté chrétienne devrait confronter sa propre vie avec celle qui animait la première Église et vérifier sa propre capacité de vivre « en harmonie », de donner un témoignage de la Résurrection du Christ et d’assister les pauvres. C’est ce qu’a affirmé le Pape François lors de l’homélie célébrée ce matin à la chapelle de la maison Sainte-Marthe.

« Une icône » en trois « traits » : c’est ainsi qu'on pourrait caractériser la première communauté chrétienne, telle que décrite dans les actes des Apôtres. Le Pape François s’arrête sur les « trois traits » de ce groupe, capable d’un plein accord en son sein, de donner un témoignage du Christ au monde et d’empêcher qu’aucun de ses membres ne souffre de la misère : « les trois caractéristiques du peuple qui renaît ».

L’homélie du Pape s'articule autour de tout ce que l’Église a mis en lumière pendant cette semaine de Pâques : «renaître d’en haut », de l’Esprit qui donne la vie- affirme François- au premier noyau des « nouveaux chrétiens », lorsqu’ils « ne s’appelaient pas encore ainsi » :

« Il y avait un seul cœur et une seule âme. La paix. Une communauté de paix. Cela signifie que dans cette communauté, il n’y avait pas de place pour les bavardages, les jalousies, les calomnies, les diffamations. Paix. Le pardon : « L’amour couvrait tout ». Pour qualifier une communauté chrétienne sur ce point, nous devons nous demander quel est le comportement des chrétiens. Sont-ils bienveillants, humbles ? Dans cette communauté, y a-t-il des querelles pour le pouvoir ? Des querelles de jalousie ? Y a-t-il des bavardages ? Si oui, ils ne sont pas sur le chemin de Jésus Christ. Cette caractéristique est très importante parce que le démon cherche toujours à nous diviser. C’est le père de la division ».

Non que les problèmes n'étaient pas présents au sein de cette première communauté. Le Pape François le rappelle : « les luttes internes, les luttes doctrinales, les luttes pour le pouvoir » qui ont surgi par la suite. Par exemple, dit-il, lorsque les veuves se plaignaient de ne pas être bien assistées et les Apôtres ont du faire les diacres. Cependant, ce « moment fort » du commencement fixe pour toujours l’essence de la communauté née de l’Esprit. Une communauté harmonieuse, une communauté de témoins de la foi, sur laquelle le Pape François invite à confronter chaque communauté d’aujourd’hui :

« Est-ce une communauté qui donne le témoignage de la résurrection de Jésus Christ ? Cette paroisse, cette communauté, ce diocèse croit-elle vraiment que Jésus est ressuscité ? Ou bien dit-elle : « Oui, il est ressuscité mais ici, pour ceux qui le croit. Donner le témoignage du Christ ressuscité, et vivant parmi nous. C’est ainsi qu’une communauté devrait être ».

Le troisième trait sur lequel nous pouvons mesurer la vie d’une communauté chrétienne estson rapport aux pauvres. Et ici, le Pape François distingue deux points :

« Premièrement : quel est ton comportement ou le comportement de cette communauté vis-à-vis des pauvres ? Deuxièmement : Cette communauté est-elle pauvre ? Pauvre de cœur, pauvre d’esprit ? Ou bien met-elle sa confiance dans les richesses ? Dans le pouvoir ? Harmonie, témoignage, pauvreté et prendre soin des pauvres. C’est ce que Jésus expliquait à Nicodème : naître d’en haut. Parce que le seul qui puisse le faire est l’Esprit. C’est l’œuvre de l’Esprit. L’Église est l’Esprit. L’Esprit fait l’unité. L’Esprit te pousse vers le témoignage. L’Esprit te fait pauvre parce qu’il est la richesse et fait en sorte que tu prennes soin des pauvres ».

« Que l’Esprit Saint- conclut le Pape François- nous aide à marcher sur ce chemin de renaissance par la force du Baptême ».

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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 11:08
Mardi 29 avril, fête de Sainte Catherine de Sienne (Italie, 1347-1380)

De nombreuses saintes ont illustré le prénom Catherine : Catherine d'Alexandrie, Catherine de Suède, Catherine Labouré.

Ce beau prénom vient du grec "pur" (katharos, nom repris par les hérétiques Cathares ; à noter que Luc veut également dire "pur" : leukos).

La Catherine que nous fêtons aujourd'hui est Catherine de Sienne. Elle fut dominicaine, mystique ardente et militante de la sainteté de l'Eglise. Elle vivait au XIVe siècle où l'Église, décadente et déchirée, semblait incapable de se réformer. Deux Papes s'opposaient entre Rome et Avignon. Née à Sienne en 1347, Catherine achève sa course à Rome en 1380, alors qu'elle n'avait que 33 ans. Elle n'est pas une religieuse, mais une laïque, consacrée dans le Tiers-Ordre de saint Dominique et "mantellata" : autorisée à en porter l'habit. Dans sa famille, les Benincasa à Sienne, elle mène d'abord une vie de recluse parmi les siens. Toute son existence sera marquée par la prière et la pénitence pour la sainteté de l'Eglise. Elle se veut l'épouse du Christ. Pour cette mission, elle se fera itinérante, rassemblant autour d'elle une fraternité complète : frères, sœurs et laïcs. Catherine les entraîne dans une mission à haut risque : réconcilier des villes ennemies et surtout ramener le Pape d'Avignon à Rome.

A la source d'un tel engagement se trouve la mystique de la flamme d'amour. Sa vie est toute cachée dans les blessures du Christ crucifié. Elle ressent, dans l'intime de son coeur et de sa foi, les drames de l'Église et de la Société de son temps qui continuent à crucifier le Christ. Catherine paie de sa personne et combien ! Elle propose sa médiation pour ramener la paix dans les cités désunies, comme à Florence. Par deux fois, elle part en ambassade du Christ vers le Pape en Avignon. Rien ne l'arrête puisqu'il s'agit de réformer l'Eglise dans sa tête et ses membres. Par ses lettres, elle bouscule cardinaux et clergé et interpelle les Papes avec une audace inouïe. Elle parvient à décider Grégoire XI à regagner Rome. Consumée d'amour pour l'Eglise, elle s'éteint dans cette ville le 29 avril 1380. Son "Dialogue", ses "Lettres" et ses poèmes nous la montrent réparant les brèches du Corps du Christ depuis sa cellule intérieure.

Catherine a été proclamée patronne de l'Europe par Jean-Paul II le 1er octobre 1999, avec Brigitte de Suède et Edith Stein (sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix).

Rédacteur : Frère Bernard Pineau, Dominicain

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 11:48
Evangile du dimanche 27 avril, jour de la canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II

Evangile de Jean 20,19-31

« C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils se trouvaient car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint et il était là au milieu d'eux. Il leur dit: «La paix soit avec vous!» Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : «La paix soit avec vous! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit: «Recevez l'Esprit saint; tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis... »

Chemin vers...

Dans l'espace clos du groupe des disciples verrouillés par la peur, la vie fait irruption. Jésus vient et se tient au milieu. Il ne vient pas ouvrir de petites portes dans le mur qui les protège, c'est du centre, du cœur de ce qu'ils sont, que se fait l'ouverture. La présence de Jésus fait éclater le bloc fermé et les propulse vers l'extérieur. C'est ainsi que se manifeste le Ressuscité, il envoie au dehors comme une mère expulse son enfant pour le mettre dans le flux de la vie. Au soir du premier jour de la semaine, nous voyons naître, au souffle de l'Esprit, la communauté toute neuve. Les disciples rassemblés font l'expérience de la présence tout autre de Jésus dans le temps de son absence. La parole qui inaugure ce temps nouveau est décisive : «Paix à vous!» L'acte même de se révéler à eux leur donne la paix, non pour calmer leur peur, mais pour ouvrir à l'inouï de la rencontre. Celui qu'ils ont vu mort se manifeste à eux, les mains transpercées et le côté ouvert. Il y a de quoi être bouleversé ! C'est bien Jésus vivant, ce corps de chair dont les traces de blessures disent son passage par la mort ! Alors toutes nos représentations, nos évidences en ce qui concerne la vie et la mort, sont mises à mal. C'est quoi la mort, c'est quoi la vie ? Où allons-nous ?

Orientés vers la vie par cette présence nouvelle du Seigneur au milieu d'eux, les disciples sont remplis de joie. Jésus donne la paix à ses disciples et les envoie: «Recevez le Souffle saint». Le Souffle du Ressuscité chasse les miasmes de la mort, le vent de la Vie va s'engouffrer et faire lever leur communauté comme le levain dans la pâte.

Jésus, l'Envoyé du Père, envoie ses disciples au service de la vie. Le corps nouveau est vivant d'être envoyé, la vie du Ressuscité se reçoit comme envoi. L'Eglise vit d'être envoyée. La communauté de Pentecôte, au souffle de l'Esprit, ne vit que dans ce mouvement, toujours portée en avant, toujours ouverte, toujours non-installée, dans la fraîcheur du neuf. C'est la clôture, l'enfermement qui est « péché », cette tentation permanente de se verrouiller dans ses fausses certitudes ou ses peurs. Trop beau pour être vrai ? La suite de l'Évangile présente Thomas, notre frère jumeau. Comme lui, nous avons la prétention de ne pas nous laisser berner par des sornettes, nous réclamons des preuves tangibles. Jésus invite Thomas à mettre la main dans ses plaies et lui dit : «Ne sois pas incrédule, mais croyant!» D'entendre la voix de Jésus, plein de sollicitude pour lui qui doute, ouvrira à Thomas le chemin de la foi, et par la foi, celui de la vie. Nous nous trompons, en établissant qu'il y a d'abord la vie, celle que nous connaissons bien, à laquelle il suffirait d'ajouter un vernis de «croyance». Thomas entend Jésus l'inviter à s'ouvrir, à vivre autrement, il n'a plus besoin de preuves. «Heureux ceux qui croiront sans avoir vu !» Croire, c'est se tenir dans cette ouverture inouïe, faire l'expérience d'appartenir au Corps du Ressuscité, toujours en genèse. La vie vient de là où nous ne pouvons pas l'attendre avec nos raisonnements et même nos postures de sagesse. Elle se donne dans l'accueil de la Parole qui nous propulse ensemble, dans l'inconnu de la foi, pour éveiller cette vie endormie au milieu du monde : c'est un chemin de joie.

Malou LE BARS

TÉMOIGNAGE CHRÉTIEN N°3584 DU 24 AVRIL 2014 page 4

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