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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 18:29
A l’aube du déconfinement : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » ( Jean 14,6 )

« Où vas-tu ? » Jésus profite de la question de Thomas pour préciser son identité. Il est le Chemin… Chemin qui passe par la croix, et qui ouvre une voix vers Dieu pour une vie en plénitude. Il est le passage obligé pour connaître Dieu. Encore aujourd’hui, Jésus nous indique le chemin vers notre vraie destinée sans nous perdre après ce long confinement. 

Nous allons progressivement reprendre une vie différente des dernières semaines de confinement. Je sais que ce temps a été difficile à vivre pour certains à cause d’un isolement accru ou d’une proximité trop forte. Pour des familles, le repas pour tous à la maison a fortement pesé́ sur le budget et rendu ce temps plus douloureux.

Dans les dommages du confinement, nous n’oublions pas les couples impactés par l’annulation de la célébration de leur mariage. Et aussi, les enfants qui s’apprêtaient à recevoir le baptême ou le pain eucharistique ; sans oublier toutes les obsèques célébrées en catimini sans pouvoir se rassembler. Personnellement, j’ai redécouvert notre fragilité. Franchement, nous ne maîtrisons pas beaucoup de choses ! Un petit rien invisible à l’œil perturbe nos vies, notre organisation sociale, ecclésiale et économique.  J’ai redécouvert le dévouement de tous ces travailleurs trop méconnus qui ont fait face. Puissent-ils avoir droit à notre reconnaissance personnelle et commune dans le monde d’après ! 

J’ai redécouvert que nous partageons un même destin et que nous sommes frères. La seule et véritable manière de réussir cette vie, c’est la fraternité. Nous sommes tous connectés et interdépendants. Le confinement nous l’a encore montré. La fraternité s’est manifestée par des mots sincères d’encouragement, par des prières, en se souhaitant le meilleur les uns aux autres. D’ailleurs, racontons-nous les différentes initiatives que nous avons prises pour rester en lien : appels téléphoniques, groupe WhatsApp, Groupe Viber, Zoom, liens Facebook, Microsoft Teams, Skype et autres vidéos... Mais ce sont aussi ces entraides de voisinage, de parents d’élèves, cette coopération au sein des couples et des familles. 

Nous pouvons rendre grâce pour cette fraternité́ qui se joue dans le confinement. Puissions-nous entretenir ces mailles qui tissent la fraternité́ humaine au-delà̀ des liens du sang et du cœur ! Ainsi, nous manifestons en acte notre foi au Dieu créateur. Nous avons un seul Père ! Jésus a été et restera le chemin incontournable qui nous conduit vers cette vérité incontestable. C’est Jésus le Chemin….

Nous espérions pouvoir reprendre la célébration des messes et des sacrements dès le début du déconfinement. Il nous faut encore attendre. Continuons à vivre les célébrations grâce à la radio ou la télévision et à entretenir la prière. Osons ces échanges à plusieurs !  Ne laissons pas la lassitude et l’inquiétude nous écraser ! Aidons-nous mutuellement à accueillir ce que ce temps particulier nous a permis de (re)découvrir. Sachons accueillir le Seigneur dans la prière personnelle, le partage de la Parole, l’attention fraternelle et les gestes de solidarité́.

 

Théophile PAKU MWAKU

 

Prêtre à la Paroisse Saint Louis Pays de Vernon

Editorial du Bulletin Paroissial n° 415 du 9 au 17 mai 2020

 

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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 19:39
Hervé GIRAUD, Archevêque de Sens et d'Auxerre et Prélat de la Mission de France

Hervé GIRAUD, Archevêque de Sens et d'Auxerre et Prélat de la Mission de France

 « Travailler pour la nourriture qui demeure

… jusque dans la vie éternelle » (Jn 6,27)

En ce temps de confinement, qui est venu bouleverser le cours ordinaire de nos activités, cette fête du travail prend évidemment un accent particulier. Par l’absence de travail, certains ont pu expérimenter l’importance de celui-ci pour vivre en société. D’autres, par un surcroît de travail, ont vécu l’épuisement, le stress ou le découragement : travailler pour quoi ? travailler pour qui ? travailler jusqu’où ? Nous pourrions reprendre autrement une formule de Jésus sur le sabbat : « le travail a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le travail. » En effet, le travail n’est pas qu’un droit universellement reconnu : il constitue un des éléments fondamentaux de la personne humaine comme de la société. Devant les nécessités sanitaires, les impératifs économiques ont su s’effacer, montrant qu’ils n’étaient jamais mieux ordonnés qu’au service de l’Homme. Le travail et ce qu’il produit permettent de vivre et de faire vivre son prochain, sa famille et la société tout entière.

La pensée de l’Eglise en matière sociale rejoint un sentiment largement partagé au sein du monde du travail quand elle encourage un exercice du travail qui soit orienté vers l’épanouissement de chacun et vise le Bien commun. Dans ces semaines de crise, la lumière s’est faite sur l’importance de tous ces travailleurs de l’ombre que nous ne pouvons citer sans risquer d’en oublier. Mais chacun peut ajouter à la liste des personnels hospitaliers, éboueurs, caissières, pompiers, transporteurs… tous ceux dont le travail a enfin été reconnu. Le pape François les évoquait au jour des Rameaux : « regardez les vrais héros, qui apparaissent ces jours-ci : ce ne sont pas ceux qui ont renommée, argent et succès, mais ceux qui se donnent eux-mêmes pour servir les autres. » Comme tous, ils peuvent connaître le travail qui use quand la fatigue nerveuse s’ajoute à la lassitude physique, l’humiliation du chômage, du recours aux minima sociaux, d’une vie sous le seuil de pauvreté, l’angoisse de devoir procéder à des licenciements quand la situation ne laisse aucune autre alternative… autant de situations qui doivent préoccuper solidairement l’ensemble des acteurs du monde économique, syndical et politique. A ce titre, le recours plus commun au télétravail, comme les aménagements du mode de travail rendus nécessaires par une situation sanitaire inédite, ouvriront peut-être des pistes de réflexion pour un développement plus harmonieux, notamment dans les territoires ruraux. Et comment venir en aide à toutes les détresses qui se révèleront au sortir du confinement ?

Car la nécessité du travail n’en fait pas un tout. L’excès de travail comme le ralentissement forcé de ces derniers mois nous obligent à jeter un regard de vérité sur toutes nos activités. Personne n’aime être totalement inactif : chacun désire se réaliser lui-même comme personne humaine, dans le travail rémunéré, dans le bénévolat ou toute autre activité. L’homme se réalise dans et par ses œuvres. Dans l’Évangile de Jean, Jésus demande de « travailler pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle » (Jn 6,27). Ce faisant, il nous invite à réfléchir à la finalité ultime de notre travail et à dépasser l’immédiateté tout en ayant conscience que c’est d’abord Dieu qui travaille pour nous et avec nous. Il travaille afin que nous reconnaissions que son amour « a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » : on en trouve déjà beaucoup d’exemples à travers autant de gestes fraternels qui s’expriment dans bien des domaines de nos sociétés modernes, mais combien d’intérêts individuels viennent encore les entraver ?

En croyant que tout homme ou femme, créé à la ressemblance de Dieu, coopère à son oeuvre créatrice, les chrétiens donnent au travail un sens qui engage chacun au-delà de son propre intérêt. Car ainsi cette oeuvre, comme tout travail, devra toujours être considérée comme une collaboration, et cela quel que soit notre poste. À la question « pour quoi, pour qui et jusqu’où travaillons-nous ? » pourrait se substituer une autre question : « avec qui travaillons-nous ? » Saurons-nous y répondre en déconfinant nos intérêts pour mieux servir le Bien commun ?

1er mai 2020

+ Hervé GIRAUD

Archevêque de Sens-Auxerre

Prélat de la Mission de France

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 15:32
Sœur Véronique Margron, en avril 2018. © ERIC PIERMONT / AFP

Sœur Véronique Margron, en avril 2018. © ERIC PIERMONT / AFP

ENTRETIEN. En cette semaine sainte si particulière, sœur Véronique Margron, porte-voix des religieux et religieuses de France, livre son regard de théologienne.

Sœur Véronique Margron est une voix écoutée des chrétiens, et même au-delà. Cette dominicaine est à la fois une grande intellectuelle et la gestionnaire d'une communauté de religieuses ayant des ramifications dans plusieurs pays d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'Asie, notamment. Théologienne, auteur de plusieurs essais à succès et prieure, Véronique Margron est aussi présidente de la Conférence des religieuses et religieux en France (Corref).

En cette semaine sainte particulière pour les chrétiens et les juifs, les lieux de culte seront, pour la première fois de l'histoire, fermés aux fidèles en raison du confinement. Véronique Margron a accepté de répondre à nos questions depuis la maison mère de sa congrégation, dans le quartier de Montparnasse à Paris, où cette religieuse intrépide, qui ne tient pas en place, est confinée, auprès de « ses » sœurs en Dieu.

Le Point : Comment vivez-vous cette crise exceptionnelle ?

Sœur Véronique Margron : D'abord, je suis habitée par l'inquiétude. Plusieurs de nos frères et de nos sœurs, dans l'ensemble des instituts religieux en France, ont été touchés par le virus ; dans certaines communautés, l'effectif est presque atteint dans sa totalité et nous avons des décès à déplorer. Beaucoup de nos membres dépassent les 80 ans et font donc partie des populations à risque. Dans une communauté religieuse, il est plus facile de se tenir à distance qu'en famille, mais, comme nous vivons tout le temps ensemble, la transmission du virus est aussi plus aisée. Je pense beaucoup à mes sœurs qui vivent en Afrique, en Amérique latine, en Inde… Si nous, en France, notre système hospitalier est débordé, imaginez là-bas les conditions sanitaires !

Mais je suis aussi inquiète de façon plus globale. J'ai été choquée de nombre de discours relayés dans les médias, tenus par des écrivains, des psys, des philosophes et même des religieux parfois, sur un certain confinement de « luxe » qui nous offrirait l'opportunité de nous retrouver nous-mêmes et de nous cultiver tranquillement. Je trouve ces propos indécents dans le contexte qui est le nôtre. Jour et nuit, je suis taraudée par l'inquiétude pour mes sœurs religieuses, mes proches, beaucoup d'autres visages connus, et notre avenir à tous. Je pense qu'il faut consentir à ce sentiment et non pas se réfugier dans une fausse psychologie positive. En ce moment, je n'ai guère envie de positiver ! Ma vie spirituelle me conduit à assumer cette inquiétude, la porter, la rendre active pour d'autres, et surtout à ne pas m'abandonner à une angoisse paralysante. Mais il ne faut pas se voiler la face ! Avec ce confinement, je n'ai pas le sentiment de vivre un temps de retrait. C'est un moment de sédentarité, certes, mais non de recul comme si nous étions dans une longue retraite spirituelle.

Ce qui se donne à entendre, en tout cas, c'est bien, de façon dramatique, le rappel de notre extrême fragilité, de la condition finie de l'humain.

Quel regard spirituel, justement, portez-vous sur ces événements qui bousculent le monde ?

Pour moi qui suis chrétienne et religieuse, je crois que nous vivons un long samedi saint. Le Christ est mort le vendredi, nous disent les Écritures. Ce samedi-là, c'est un long silence qui prévaut ; « le roi dort », comme l'écrit Épiphane dans une grande homélie écrite à la fin du IVe siècle. Dans la tradition, ce samedi symbolise Jésus descendant visiter les enfers pour nous tirer de l'obscurité vers la lumière au dimanche de Pâques : « Il s'en va chercher le premier père, comme la brebis perdue. Il veut aller visiter ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort : Adam le captif, Ève la captive, à qui il va dire, pour les délivrer de leurs douleurs, lui leur Dieu et leur fils : « Réveille-toi, toi qui dors, lève-toi d'entre les morts… » »

Ce temps de pandémie, c'est un long silence qui enveloppe notre humanité. Un temps où il nous faut tenter de demeurer là, présents silencieusement. Ce, d'autant que l'Église catholique est très attachée aux rites, nombreux et magnifiques en cette semaine sainte. Pour la première fois, les fidèles ne peuvent pas se rassembler. Aujourd'hui, nous sommes tous pauvres. Je crois qu'en ce moment c'est bien le Christ crucifié et descendant dans les ténèbres qui nous rejoint. Pour nous, chrétiens, cette période est un acte de foi. Jésus vient à nous pour partager nos inquiétudes, notre impuissance. Certaines douleurs sont inhumaines, comme pour tous ceux qui ne peuvent même pas accompagner leurs parents en train de mourir… Le silence du samedi saint est un silence douloureux. Les disciples ont vu mourir, impuissants, celui qu'ils aimaient, celui en qui ils croyaient. Alors juste tenter de comprendre pourquoi, relire l'événement et demeurer présents.

Percevez-vous dans l'irruption de ce virus dans la marche du monde un signe qui nous dépasse ?

Je ne sais pas. Comment oser parler de signe quand des vies meurent ainsi ? Dans un combat si inégal. Ce qui se donne à entendre, en tout cas, c'est bien, de façon dramatique, le rappel de notre extrême fragilité, de la condition finie de l'humain. Notre humanité tient à un fil, et peut être anéantie par un virus. Nous avons investi des milliards dans la défense militaire, sans doute le fallait-il, je ne sais pas. Mais aujourd'hui que représentent nos armes sophistiquées face à ce virus ? Comment notre société va-t-elle pouvoir continuer à être démocratique, technoscientifique, assurer la promotion des droits, toutes choses auxquelles nous n'avons aucune raison de renoncer, et avoir une conscience autrement vive de l'extrême précarité de la vie humaine ? Faire du soin d'humanité comme du soin médical et social une priorité. Si nous parvenons à cela, alors, dans ce malheur, nous aurons appris quelque chose.

Nous, chrétiens, croyons en Dieu fait homme, un dieu bien différent alors d'un être tout-puissant. Un dieu du « très bas », comme l'exprime joliment Christian Bobin à propos de François d'Assise… Je pense beaucoup à tout cela ces jours-ci. Il y a quelques semaines encore, nous nous interrogions sur le transhumanisme, l'homme augmenté, et aujourd'hui notre problème principal est le nombre de lits de réanimation, la résistance des soignants, les stocks de curare, de morphine, donc de soins élémentaires pour prendre en charge nos malades. Nos questionnements d'hier reviendront, espérons néanmoins que nos débats seront éclairés à l'aune de la catastrophe que nous sommes en train de vivre.

Le confinement est un état souvent abordé dans la Bible. Quelle en est votre interprétation ?

L'Évangile pourrait se traduire par une injonction : « Sors dehors ! » Sortir, cela signifie nous extraire de nous-mêmes. Notre foi nous pousse continuellement à quitter nos préconçus, l'entre-soi, nos enclos, et, en ce moment, on nous demande de rester chez nous… C'est une tension permanente pour nous. Comment peut-on se « déconfiner » à l'intérieur de soi-même ? Ne pas avoir seulement comme seuls soucis nos cercles affectifs les plus proches – ce qui reste bien légitime, évidemment, mais aussi montrer notre attention aux plus fragiles, connus et inconnus. D'ici et de bien ailleurs. Garder le souci de l'avenir de la terre-mère, de l'avenir de tous. Comment sortir de soi en restant chez soi ? Pour moi, voilà un enjeu spirituel de cette crise.

Propos recueillis par Jérôme Cordelier

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 16:27
Les murmures du vieux noyer... Quand les statues s'effondrent

Les murmures du vieux noyer

Quand les statues s’effondrent…

 

Je savais depuis mon enfance que les saints avaient des choses à cacher : sinon pourquoi allaient-ils se confesser ?

Je savais depuis St Paul que nous ne sommes jamais tout à fait ce que nous voulons être : il y a deux hommes en chacun de nous.

Je savais depuis Adam et Eve que les fruits les plus beaux peuvent être mauvais et que les apparences sont trompeuses.

Je savais depuis l’évangile qu’on jugeait l’arbre à ses fruits mais que sur le même arbre il peut y avoir des fruits magnifiques et des fruits attaqués par les vers : la récolte demande toujours un tri.

Je savais que l’ivraie était toujours mêlée au bon grain et qu’il fallait attendre la moisson pour la jeter au feu.

Je ne demande pas à mon Eglise de séparer les bons et les méchants : il faut laisser à Dieu le soin de le faire au dernier jour.

Je n’attends pas d’elle qu’elle canonise les saints et excommunie les pécheurs.

Je n’attends pas d’elle qu’elle change sa vitrine au gré de l’opinion ou cache dans son arrière-boutique les crimes dont elle a honte.

J’attends d’elle autre chose qu’un examen de conscience.

J’attends qu’elle ose un état des lieux. Avoir honte ne suffit pas : il faut regarder les victimes. Le péché que nous portons devant Dieu n’est que l’ombre du mal que nous faisons dans la chair de nos frères.

 

Jacques NOYER

Evêque émérite d’Amiens

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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 17:48

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 21:40

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 17:42
Anniversaire. Moment où, comme le Petit Poucet, on regarde depuis un sommet le chemin parcouru.

Les moments dont je suis le plus heureux, ce sont ceux pendant lesquels j'ai pris la défense d'un frère humain injustement accusé.
Le jour de l'élection de Jorge Bergoglio, il était soupçonné de connivence avec la dictature d'Argentine. J'étais heureux de donner le témoignage du contraire sur 2 chaines et diverses radios.
Ce que Dieu nous dit avec le plus de force par Son incarnation c'est : "L’œil est la lampe du corps. Si ton regard est faussé tout ton être est dans les ténèbres"....
La blessure originelle c'est un regard faussé. Nous voyons Dieu comme L'ont vu nos premiers parents : "Il garde le meilleur pour Lui. Il ne nous aime pas." Les fils de Jacob ont vu Joseph comme un vaniteux, Il l'a payé de 10 ans de cachot sordide... Les juges de Jérusalem ont vu Suzanne comme une pervertie Un petit enfant l'a sauvée..., Les regards sur le plus innocent des hommes sont les plus infamants...L es moindres de ses plus beaux gestes, de ses plus belles paroles sont travestis en interventions démoniaques. Il sera puni des pires supplices. Nous continuons…
C’est après avoir communié que Torquemada mène au bûcher des prêcheurs innocents. L’évêque Cauchon se réjouit de faire brûler une sainte "schismatique, hérétique, relapse ». Pauvre Jeanne !
Et la fête continue. "Vous filtrez le moustique et vous avalez le chameau." répète Jésus. L’Autre nous dérange. Époux, épouse, fils, fille, ami, amie, frère, sœur... Personne n'est protégé.
Le "moustique" ce sont vos absolus, vos petites règles bien rassurantes ; casher, pas casher.
Le chameau : "Tsadaka ; plan de Dieu ; Emet : authenticité; Rahamim : miséricorde" Voilà ce que 89 années sur la planète m'ont appris. Je fus témoin de plus de 50 suicides de jeunes. Presque tous causés par un regard faussé. Je pense à Christelle (15 ans) laissant ce billet : "Je suis laide dans vos yeux" .(j'ai changé son prénom par respect)..Combien parmi les humains ont eu envie de hurler cela !..
Nous avons le gigantesque pouvoir de chosifier les êtres... Notre façon de nous rapporter au prochain est une question de regard... Le B.A.-BA de l'éducation devrait commencer là...
On m'accuse de croire ce que me dit pourtant "Nostra Aetate" : les autres religions contiennent des semences du Verbe"...On m'accuse de "ne pas croire à l'enfer" parce que je dis que c'est pour celui qui refuse d’être aimé "en connaissance réelle de l'amour que Dieu lui porte"...
Mais je crois aux propos : "On se servira pour vous du tamis dont vous vous êtes servi pour les autres" (et j'en tremble).

Stan ROUGIER

Prêtre, écrivain et conférencier

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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 07:17
Être chrétien

Petit exercice, en une page, dire ce qu'est être chrétien.

 

Depuis bientôt 2000 ans, des hommes et des femmes se disent disciples de Jésus de Nazareth. Cet homme « passait en faisant le bien » (Actes des Apôtres 10, 38). Les disciples demeurent attachés à sa manière de vivre avec les autres, de mourir (Evangile de Marc 15, 39), de parler de Dieu (Evangile de Luc 4, 36), d’être homme pour les autres (Evangile de Matthieu 20, 28), de s’effacer pour qu’ils soient premiers (ib., 19, 30), d’aimer jusqu’au bout (Evangile de Jean 13, 1).

Ce n’est pas un hasard si la parole de Jésus la plus connue est « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Evangile de Jean 15, 12)

Après sa mort par le supplice de la croix le 7 avril 30 (date la plus probable), ses disciples le reconnurent vivant. Son corps déposé au tombeau et au vide s’est relevé comme un corps de frères (Première lettre de Paul aux Corinthiens 11, vers l’an 53). Plongés dans la mort et la résurrection de Jésus, les baptisés sont membres de ce corps qu’anime l’Esprit de Jésus.

Suivre Jésus, cela voulut de suite dire choisir de vivre comme lui. L’un des titres les plus anciens pour parler de Jésus est celui de messie, (qu’on traduit en grec par Christ) ; dès les années 60 de notre ère, le nom de chrétien est donné aux disciples (Actes des Apôtres 11, 26).

On a fini par identifier le christianisme avec la civilisation de l’Europe. Cela mène parfois à détester l’Eglise à cause de la violence des croyants (croisades, inquisition, collusion du pouvoir et des clercs contre la liberté, etc.) ou inversement à l’idolâtrer (les cathédrales, la culture, les hôpitaux et écoles, etc.) L’Eglise est l’assemblée de pécheurs qui reçoit sa sainteté de Dieu. Sans le Christ, elle n’a pas de sens.

Alors que les actes criminels de prêtres sont révélés, on peut se demander comment demeurer chrétien et catholique. Pourtant, l’urgence de l’amour du prochain, de faire que tout homme puisse trouver en nous un prochain (Evangile de Luc 10, 36) est telle que la vie et la mort de Jésus, la Parole de Dieu, demeurent une source indépassable de paix pour le monde et le sens de la mission.

Jésus a choisi de servir d’abord ceux qui sont exclus de la société (malades, handicapés, étrangers, pauvres, prisonniers, etc.). Son rapport aux étrangers, par exemple, interdit toute xénophobie ou ethnocentrisme. Etre disciples de Jésus en Eglise est un engament politique, témoigner et agir dans la cité (polis en grec) parce que la fraternité est le but de l’humanité. Si Dieu est le Père de tout homme, tous ne sont-ils pas frères ? (Cf. Evangile de Matthieu 25, 31-46)

Les chrétiens ne sont pas les seuls à vivre l’amour des frères, la charité, la solidarité ou la sollicitude et nombre de chrétiens n’y sont guère fidèles. La frontière entre chrétiens et non-chrétiens ne passe pas tant entre les personnes qu’à l’intérieur de chacune. Assurer le service de la fraternité et de l’amour « au nom de Jésus », « à cause de Jésus », c’est reconnaître que tout n’est pas dit sur l’homme avec l’homme, qu’en l’homme il y a une vie, une source de vie. Dieu se donne : il est créateur. « Prenez, ceci est mon corps, buvez, c'est mon sang. » (Evangile de Marc, 22 et 24)

Pour parler de Dieu, c’est le vocabulaire de la relation et de l’amour qu’il faut emprunter. Paul, moins de vingt ans après la mort de Jésus, tient ces drôles de propos : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Paul aux Galates 2, 20, vers 55), « pour moi, vivre c’est le Christ » (Paul aux Philippiens 1, 21, vers 61). C’est ce que disent les amants ! Pour moi, vivre, c’est elle, c’est lui. Prends, c’est mon corps pour toi.

Cela explique le sens de la prière. Non pas amadouer une divinité hostile ou obtenir d’elle ce qui est inespéré, non un culte des morts, non pas non plus dire des prières ou accomplir des rites, mais exister devant Dieu, avec et pour lui. Cela ne relève pas de l’utilité et en ce sens ne sert à rien. C’est pure gratuité, gracieux, selon la grâce. Les chrétiens sont les prophètes de cette gratuité.


 

Patrick ROYANNAIS

Prêtre à la paroisse Saint-Edme de la Vallée du Serein (Diocèse de Sens Auxerre)

 

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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 11:03
Messe de la Saint Yves à la Sainte Chapelle à Paris ce mardi 14 mai 2019 à 20 heures

Quel moment inouï, quelle incroyable émotion que cette messe de la Saint Yves (Saint patron des avocats et des magistrats) dans cet « écrin », ce « joyau » construit par Saint Louis pour accueillir la couronne d’épines du Christ sauvée lors de l’incendie de Notre Dame de Paris lundi de la Semaine Sainte par l’aumônier des Pompiers de Paris, le Père Jean-Marc FOURNIER !

Présidée par Monseigneur Matthieu ROUGÉ, évêque de Nanterre et concélébrée par Denis CHAUTARD, aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers, Jérôme ROUSSE LACORDAIRE, aumônier du groupe catholique des avocats et Emmanuel TOIS, aumônier du groupe catholique des magistrats cette messe a réuni 300 personnes, avocats, magistrats et policiers.

Le Père ROUGÉ dans son homélie nous a proposé une méditation sur le service de la justice en nous présentant la figure de Jésus, le Juste  condamné comme un malfaiteur et un blasphémateur sur la base de faux témoignages, lors d’un simulacre de procès. Jésus a témoigné de la valeur inaliénable de « la dignité de l’homme », valeur qu’il nous faut savoir trouver chez l’innocent comme chez le criminel ! Deux expressions sont particulièrement fortes lors de ce procès : « Voici l’Homme » et « Qu’est-ce que la Vérité ? » une proclamation et une question dans la bouche de Pilate. En acceptant les outrages et les crachats, en donnant sa vie pour nous, Jésus nous exprime la finalité de l’Homme, sa dignité suprême, sa vérité dernière : l’Amour  sauve le monde !

Denis CHAUTARD

Messe de la Saint Yves à la Sainte Chapelle à Paris ce mardi 14 mai 2019 à 20 heures
Messe de la Saint Yves à la Sainte Chapelle à Paris ce mardi 14 mai 2019 à 20 heures
Messe de la Saint Yves à la Sainte Chapelle à Paris ce mardi 14 mai 2019 à 20 heures
Messe de la Saint Yves à la Sainte Chapelle à Paris ce mardi 14 mai 2019 à 20 heures
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Messe de la Saint Yves à la Sainte Chapelle à Paris ce mardi 14 mai 2019 à 20 heures

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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 07:23
Le vendredi Saint : méditation de Maurice Zundel

Chers Amis, aux yeux de Dieu, l'homme = Dieu. C'est, en somme, l'équation que Jésus inscrit dans l'histoire en ce jour du Vendredi saint.

En effet, Jésus donne sa vie pour notre vie, c'est-à-dire qu'il attribue à notre vie le poids de la sienne. Rien ne nous confond davantage, rien ne nous émeut plus profondément que cette équation sanglante et magnifique.

Voilà donc ce que nous sommes aux yeux de Dieu, voilà ce que nous valons devant lui : lui-même. Il est impossible de glorifier la vie humaine d'une manière plus magnifique. Il est impossible de révéler le caractère incommensurable de notre aventure qu'en établissant cette équation entre la vie de Dieu et la nôtre.

 

Si jamais l'homme a été tenté - et Dieu sait qu'il l'est plus que jamais aujourd'hui - a été tenté de voir en Dieu et dans la croyance en Dieu une diminution de l'homme, une situation de rivalité qui empêcherait l'homme de s'épanouir au maximum, le Vendredi saint inflige à cette crainte un démenti éternel car, justement, ce que Dieu veut ce n'est pas la soumission, l'assujettissement, l'esclavage, ce qu'il veut, c'est la liberté des fils de Dieu, ce qu'il veut, c'est que nous soyons des créateurs avec lui, ce qu’il veut, c'est que notre intimité s'enracine dans la sienne et la sienne dans la nôtre.

Il me semble que, si l'on pouvait crier dans les pays de l'Est où le communisme érige l'athéisme en doctrine d'Etat, si l'on pouvait crier cette équation, il me semble que l'on ferait refluer cet athéisme qui a, justement, ses racines dans la crainte d'une rivalité entre l'homme et Dieu, dans la crainte que Dieu signifie la diminution de l'homme. C'est le contraire qui est vrai et le christianisme, d'une manière unique précisément, proclame cette mystérieuse égalité d'amour entre l'homme et Dieu. Comment la concevoir ? Comment l'imaginer ? Comment la comprendre Comment la vivre ? Mais en tous cas, d'entrée de jeu, nous voyons que rien ne peut nous conférer une noblesse et une dignité plus grande.

Il ne s'agit pas de nous diminuer : au contraire, il s'agit de donner à notre vie une dimension infinie, infinie, infinie... C'est l'infini que nous portons en nous et c'est cet infini que nous avons à exprimer et à communiquer dans toutes les, dans tous les actes de notre vie.

Mais comment est-ce concevable, encore une fois, comment Dieu a-t-il pu écrire cette équation dans l'histoire ? Comment cette équation est-elle au cœur même de l'Evangile ?

Il faut pour cela remonter à la Trinité divine car le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ, le Dieu qui est Jésus-Christ est un Dieu qui se communique, c'est un Dieu qui n'a prise sur son être, précisément, qu'en se communiquant, c'est un Dieu qui, loin de se posséder lui-même, n'existe que sous forme de don. Car la vie divine éternellement circule du Père dans le Fils et du Fils et du Père dans le Saint-Esprit dans une éternelle communion d'amour. Ce Dieu-là qui resplendit dans la personne de Jésus-Christ, ce Dieu-là est un Dieu libre. C'est un Dieu esprit, car être esprit, c'est cela même : être esprit, c'est ne pas se subir soi-même, c'est circuler dans la transparence de soi, sans rencontrer de limites, parce que l'être tout entier n'est plus qu'un élan d'amour.

C'est dans cette innocence, c'est dans cette enfance, dans cette enfance éternelle que gît le mystère du Dieu qui se révèle en Jésus-Christ et ce Dieu-là, ce Dieu qui est libre de lui-même, ce Dieu qui ne se regarde jamais, ce Dieu qui ne se complaît pas en soi, ce Dieu qui n'existe qu'en se donnant, de quel monde peut-il être le créateur, sinon d'un monde libre, libre jusqu'aux dernières fibres de son existence? Il a voulu, ce Dieu Esprit, une création qui fût esprit, comme Jésus le suggère à la Samaritaine.

Oui Dieu, Dieu est libre de soi, Dieu n'adhère pas à soi, Dieu est entièrement donné, Dieu est souverainement libre à l'égard de lui-même et c'est pourquoi, il va imprimer sa marque dans la création, c'est pourquoi il va susciter des esprits en les appelant chacun à vivre comme une source, à vivre comme une origine, à faire jaillir son existence d'un pur élan d'amour.

Nous voyons donc immédiatement ici le caractère nuptial de la création. Il ne s'agit pas d'un monde d'esclaves ou de robots : il s'agit d'un monde libre, libre de la vraie liberté qui est la liberté intérieure, libre de la vraie liberté qui est d'être libre à l'égard de soi-même, libre de la vraie liberté qui consiste à ne pas se subir soi-même, mais à se prendre tout entier pour renouveler son existence intégralement, en la donnant de bout en bout, en la donnant totalement à celui qui nous la donne en se donnant totalement.

Un jour nouveau est ainsi jeté sur la création, sur son sens, sur son mystère, sur les relations de l'homme avec Dieu. Dieu n'est pas un dominateur. Dieu n'est pas un souverain devant lequel il faudrait s'aplatir. Dieu est un amour qui se remet lui-même entre nos mains.

En effet, si, il s'agit d'une relation, d’une relation nuptiale entre Dieu et nous, si Dieu veut consacrer, veut contracter avec nous un mariage d'amour, ce mariage d'amour suppose que notre " oui " est indispensable à l'accomplissement du " oui " de Dieu. Et de là, justement, surgit cette passion de Dieu, cette crucifixion de Dieu qui remonte au commencement même de la création, qui remonte à ce refus originel de fermer l’or, de fermer l'anneau d'or des fiançailles éternelles. Dès que l'homme se refuse, Dieu meurt. Dieu meurt en l'homme, Dieu meurt par l'homme, Dieu meurt pour l'homme.

Il est impossible de méditer sur la passion de notre Seigneur, sans, justement, découvrir ce visage mystérieux de Dieu, ce visage d'amour et de pauvreté, ce visage de désappropriation et de liberté, ce visage où Dieu est tout don et respecte, jusqu'à en mourir, la règle du jeu car, s'il s'imposait, c'en serait fait de tout, s'il s'imposait, le monde ne pourrait plus être esprit et Dieu serait la caricature de lui-même.

C'est donc jusqu'aux racines de notre être que la lumière de la passion pénètre, en nous révélant à nous-même, d'une manière unique : voilà ce que nous sommes devant Dieu : d'autres lui-même, voilà ce que nous comptons sous son regard : nous sommes indispensables à la création, car la création ne peut être, précisément, que cette communication d'une liberté originelle, d'une liberté où chacun de nous devient le créateur de soi et de tout, où chacun de nous devient le porteur de Dieu et capable de le communiquer à tout l'univers.

Nous voyons donc à, à quel degré nous sommes concernés. Il ne s'agit pas d'un récit qui nous réfère au passé: il s'agit de ce qu'il y a de plus actuel, de plus brûlant, de plus passionnant, il s'agit du sens même de notre vie aujourd'hui !

Comme on a diminué la vie ! Comme on l'a aplatie ! Comme on l'a rendue vaine et absurde, justement parce qu'on s'est détourné de cette équation inscrite par Jésus éternellement dans l'histoire. Jésus rend à l'homme sa noblesse et sa dignité. Jésus fait de notre vie une aventure incommensurable, à condition que nous nous réveillions de notre torpeur, que nous surgissions de notre sommeil et que nous regardions avec les yeux de l'amour ce visage défiguré et glorieux qui est le visage du crucifié.

Comment ne pas rendre grâce à notre Seigneur de nous révéler ainsi à nous-même, de donner à Dieu ce visage qui nous bouleverse, d'établir entre Dieu et nous cette relation nuptiale et de nous rendre possible d'être les créateurs de nous-même en ne nous subissant plus mais en nous prenant tout entier pour nous offrir comme une hostie vivante entre les mains de l'éternel amour.

C'est ce que chacun de nous maintenant va s'efforcer d'accomplir du fond même de sa faiblesse et de sa misère mais avec toute la puissance de l'espérance et de l'amour. C'est ce que chacun de nous va s'efforcer d'accomplir, en se donnant à Jésus et, par Jésus, à la Trinité divine, pour fermer l'anneau d'or des fiançailles éternelles, afin que le monde apparaisse à travers nous comme l'ostensoir de Dieu.

 

Maurice ZUNDEL

Eglise du Saint Rédempteur à Lausanne

Vendredi Saint 1974

 

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