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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 17:14
La supplication du Pape François lors du Chemin de Croix au Colisée

Le Pape François a présidé ce vendredi 25 mars 2016, pour la 4e fois de son pontificat, le Chemin de Croix au Colisée. Au terme de la méditation des 14 stations, le Saint-Père a prononcé une prière d'une grande force, mettant en évidence la présence de la Croix dans les souffrances du monde d'aujourd'hui.

«Ô Croix du Christ, symbole de l’amour divin et de l’injustice humaine, icône du sacrifice suprême par amour et de l’égoïsme extrême par stupidité, instrument de mort et chemin de résurrection, signe de l’obéissance et emblème de la trahison, échafaud de la persécution et étendard de la victoire.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dressée en nos sœurs et nos frères tués, brûlés vifs, égorgés et décapités avec des épées barbares et dans le silence lâche.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les visages des enfants, des femmes et des personnes, épuisés et apeurés qui fuient les guerres et les violences et ne trouvent souvent que la mort et tant de Pilate aux mains lavées.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les docteurs de la lettre et non de l’esprit, de la mort et non de la vie, qui au lieu d’enseigner la miséricorde et la vie, menacent de punition et de mort et condamnent le juste.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les ministres infidèles qui au lieu de se dépouiller de leurs vaines ambitions dépouillent même les innocents de leur dignité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les cœurs endurcis de ceux qui jugent facilement les autres, cœurs prêts à les condamner même à la lapidation, sans jamais s’apercevoir de leurs propres péchés et de leurs fautes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les fondamentalismes et dans le terrorisme des adeptes de certaines religions qui profanent le nom de Dieu et l’utilisent pour justifier leurs violences inouïes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui en ceux qui veulent t’enlever des lieux publics et t’exclure de la vie publique, au nom de quelque paganisme laïc ou même au nom de l’égalité que tu nous as toi-même enseignée.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les puissants et dans les vendeurs d’armes qui alimentent le four des guerres avec le sang innocent des frères.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les traitres qui, pour trente deniers, livrent n’importe qui à la mort.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les voleurs et les corrompus qui au lieu de sauvegarder le bien commun et l’éthique se vendent dans le misérable marché de l’immoralité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les sots qui construisent des entrepôts pour conserver des trésors qui périssent, laissant Lazare mourir de faim à leurs portes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les destructeurs de notre “maison commune” qui par leur égoïsme ruinent l’avenir des générations futures.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes âgées abandonnées de leurs proches, dans les personnes avec un handicap et dans les enfants sous-alimentés et écartés par notre société hypocrite et égoïste.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans notre Méditerranée et dans la Mer Égée devenues un cimetière insatiable, image de notre conscience insensible et droguée.

Ô Croix du Christ, image de l’amour sans fin et chemin de la Résurrection, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes bonnes et justes qui font le bien sans chercher les applaudissements ou l’admiration des autres.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les ministres fidèles et humbles qui éclairent l’obscurité de notre vie comme des bougies qui se consument gratuitement pour éclairer la vie de ceux qui sont les derniers.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les visages des sœurs et des personnes consacrées – les bons samaritains – qui abandonnent tout pour panser dans le silence évangélique, les blessures de la pauvreté et de l’injustice.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les miséricordieux qui trouvent dans la miséricorde l’expression la plus haute de la justice et de la foi.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes simples qui vivent joyeusement leur foi dans le quotidien et dans l’observance filiale des commandements.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les repentis qui savent, de la profondeur de la misère de leurs péchés, crier : Seigneur, souviens-toi de moi dans ton Royaume !

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les bienheureux et dans les saints qui savent traverser l’obscurité de la nuit de la foi sans perdre la confiance en toi et sans prétendre comprendre ton silence mystérieux.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les familles qui vivent leur vocation au mariage avec fidélité et fécondité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les bénévoles qui secourent généreusement les personnes dans le besoin et celles qui sont battues.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les persécutés pour leur foi qui dans la souffrance continuent à rendre un témoignage authentique à Jésus et à l’Évangile.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les rêveurs qui vivent avec un cœur d’enfant et qui travaillent chaque jour pour rendre le monde un peu meilleur, plus humain et plus juste.

Dans ta sainte Croix, nous voyons Dieu qui aime jusqu’au bout, et nous voyons la haine qui fait la loi et assèche les cœurs et les esprits de ceux qui préfèrent les ténèbres à la lumière.

Ô Croix du Christ, Arche de Noé qui a sauvé l’humanité du déluge du péché, sauve-nous du mal et du malin ! Ô Trône de David et sceau de l’alliance divine et éternelle, réveille-nous des séductions de la vanité ! Ô cri d’amour, suscite en nous le désir de Dieu, du bien et de la lumière.

Ô Croix du Christ, enseigne-nous que l’aube du soleil est plus forte que l’obscurité de la nuit. Ô Croix du Christ, enseigne-nous que l’apparente victoire du mal se dissipe devant le tombeau vide et face à la certitude de la Résurrection et de l’amour de Dieu que rien ne peut vaincre ou obscurcir ou affaiblir. Amen !»

François

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 07:56
« Le mystère du Samedi Saint », méditation de Benoît XVI à l’occasion de la vénération du Saint Suaire

A l’occasion de l’ostension du Saint Suaire (du 10 avril au 23 mai 2010), le pape Benoît XVI s’est rendu à la cathédrale de Turin pour y vénérer la relique dimanche 2 mai. Il a lu à cette occasion une méditation intitulée « Le mystère du Samedi Saint ».

Chers amis,

C’est pour moi un moment très attendu. En diverses autres occasions, je me suis trouvé face au Saint-Suaire, mais cette fois, je vis ce pèlerinage et cette halte avec une intensité particulière: sans doute parce que les années qui passent me rendent encore plus sensible au message de cet extraordinaire Icône; sans doute, et je dirais surtout, parce que je suis ici en tant que Successeur de Pierre, et que je porte dans mon cœur toute l’Eglise, et même toute l’humanité. Je rends grâce à Dieu pour le don de ce pèlerinage et également pour l’occasion de partager avec vous une brève méditation qui m’a été suggérée par le sous-titre de cette Ostension solennelle: « Le mystère du Samedi Saint ».

On peut dire que le Saint-Suaire est l’Icône de ce mystère, l’Icône du Samedi Saint. En effet, il s’agit d’un linceul qui a enveloppé la dépouille d’un homme crucifié correspondant en tout point à ce que les Evangiles nous rapportent de Jésus, qui, crucifié vers midi, expira vers trois heures de l’après-midi. Le soir venu, comme c’était la Parascève, c’est-à-dire la veille du sabbat solennel de Pâques, Joseph d’Arimathie, un riche et influent membre du Sanhédrin, demanda courageusement à Ponce Pilate de pouvoir enterrer Jésus dans son tombeau neuf, qu’il avait fait creuser dans le roc à peu de distance du Golgotha. Ayant obtenu l’autorisation, il acheta un linceul et, ayant descendu le corps de Jésus de la croix, l’enveloppa dans ce linceul et le déposa dans le tombeau (cf. Mc 15, 42-46). C’est ce que rapporte l’Evangile de saint Marc, et les autres évangélistes concordent avec lui. A partir de ce moment, Jésus demeura dans le sépulcre jusqu’à l’aube du jour après le sabbat, et le Saint-Suaire de Turin nous offre l’image de ce qu’était son corps étendu dans le tombeau au cours de cette période, qui fut chronologiquement brève (environ un jour et demi), mais qui fut immense, infinie dans sa valeur et sa signification.

Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie: « Que se passe-t-il? Aujourd’hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort… Dieu s’est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers » (Homélie pour le Samedi Saint, PG 43, 439). Dans le Credo, nous professons que Jésus Christ « a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts ».

Chers frères et sœurs, à notre époque, en particulier après avoir traversé le siècle dernier, l’humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l’homme contemporain, de façon existentielle, presque inconsciente, comme un vide dans le cœur qui s’est élargi toujours plus. Vers la fin du xix siècle, Nietzsche écrivait: « Dieu est mort! Et c’est nous qui l’avons tué! ». Cette célèbre expression est, si nous regardons bien, prise presque à la lettre par la tradition chrétienne, nous la répétons souvent dans la Via Crucis, peut-être sans nous rendre pleinement compte de ce que nous disons. Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulag, Hiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint: l’obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s’interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité.

Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d’espérance. Et cela me fait penser au fait que le Saint-Suaire se présente comme un document « photographique », doté d’un « positif » et d’un « négatif ». Et en effet, c’est précisément le cas: le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d’une espérance qui ne connaît pas de limite. Le Samedi Saint est une « terre qui n’appartient à personne » entre la mort et la résurrection, mais dans cette « terre qui n’appartient à personne » est entré l’Un, l’Unique qui l’a traversée avec les signes de sa Passion pour l’homme: « Passio Christi. Passio hominis ». Et le Saint-Suaire nous parle exactement de ce moment, il témoigne précisément de l’intervalle unique et qu’on ne peut répéter dans l’histoire de l’humanité et de l’univers, dans lequel Dieu, dans Jésus Christ, a partagé non seulement notre mort, mais également le fait que nous demeurions dans la mort. La solidarité la plus radicale.

Dans ce « temps-au-delà-du temps », Jésus Christ « est descendu aux enfers ». Que signifie cette expression? Elle signifie que Dieu, s’étant fait homme, est arrivé au point d’entrer dans la solitude extrême et absolue de l’homme, où n’arrive aucun rayon d’amour, où règne l’abandon total sans aucune parole de réconfort: « les enfers ». Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d’abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l’obscurité, et seule la présence d’une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c’est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint: dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L’impensable a eu lieu: c’est-à-dire que l’Amour a pénétré « dans les enfers »: dans l’obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L’être humain vit pour le fait qu’il est aimé et qu’il peut aimer; et si dans l’espace de la mort également, a pénétré l’amour, alors là aussi est arrivée la vie. A l’heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls: « Passio Christi. Passio hominis ».

Tel est le mystère du Samedi Saint! Précisément de là, de l’obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d’une espérance nouvelle: la lumière de la Résurrection. Et bien, il me semble qu’en regardant ce saint linceul avec les yeux de la foi, on perçoit quelque chose de cette lumière. En effet, le Saint-Suaire a été immergé dans cette obscurité profonde, mais il est dans le même temps lumineux; et je pense que si des milliers et des milliers de personnes viennent le vénérer, sans compter celles qui le contemplent à travers les images – c’est parce qu’en lui, elles ne voient pas seulement l’obscurité, mais également la lumière; pas tant l’échec de la vie et de l’amour, mais plutôt la victoire, la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine; elles voient bien la mort de Jésus, mais elles entrevoient sa Résurrection; au sein de la mort bat à présent la vie, car l’amour y habite. Tel est le pouvoir du Saint-Suaire: du visage de cet « Homme des douleurs », qui porte sur lui la passion de l’homme de tout temps et de tout lieu, nos passions, nos souffrances, nos difficultés, nos péchés également – « Passio Christi. Passio hominis » – de ce visage émane une majesté solennelle, une grandeur paradoxale. Ce visage, ces mains et ces pieds, ce côté, tout ce corps parle, il est lui-même une parole que nous pouvons écouter dans le silence. Que nous dit le Saint-Suaire? Il parle avec le sang, et le sang est la vie! Le Saint-Suaire est une Icône écrite avec le sang; le sang d’un homme flagellé, couronné d’épines, crucifié et transpercé au côté droit. L’image imprimée sur le Saint-Suaire est celle d’un mort, mais le sang parle de sa vie. Chaque trace de sang parle d’amour et de vie. En particulier cette tâche abondante à proximité du flanc, faite de sang et d’eau ayant coulé avec abondance par une large blessure procurée par un coup de lance romaine, ce sang et cette eau parlent de vie. C’est comme une source qui murmure dans le silence, et nous, nous pouvons l’entendre, nous pouvons l’écouter, dans le silence du Samedi Saint.

Chers amis, rendons toujours gloire au Seigneur pour son amour fidèle et miséricordieux. En partant de ce lieu saint, portons dans les yeux l’image du Saint-Suaire, portons dans le cœur cette parole d’amour, et louons Dieu avec une vie pleine de foi, d’espérance et de charité. Merci.

Benoit XVI

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 18:22
Jérusalem: des chrétiens du monde entier célèbrent le vendredi saint

Des chrétiens palestiniens transportent une croix de bois le long de la Via Dolorosa à Jérusalem, lors de la procession du vendredi saint le 25 mars 2016

Des milliers de pèlerins du monde entier et de chrétiens palestiniens ont refait vendredi à Jérusalem le chemin que Jésus a emprunté en portant sa croix jusqu'au lieu de sa crucifixion, selon la tradition chrétienne.

Les étroites ruelles entrelacées de la Vieille ville, située dans la partie palestinienne de Jérusalem, étaient quadrillées par la police israélienne, déployée en nombre plus important qu'à l'habitude, selon son porte-parole Micky Rosenfeld.

Jérusalem, les Territoires palestiniens et Israël sont en proie à une vague de violences depuis bientôt six mois.

Entre les barrières disposées par la police, des pèlerins portaient de larges croix de bois en psalmodiant et en chantant. La plupart étaient des chrétiens venus des quatre coins du monde car la majorité des chrétiens palestiniens appartiennent aux Eglises orientales qui célèbrent Pâques le 1er mai cette année.

"C'est magnifique d'être ici avec tous ces gens venus du monde entier pour marcher ensemble en paix", a affirmé, très ému, Carl-Leo von Honenthal, protestant allemand de 31 ans, à l'AFP.

Les commerçants de la Vieille Ville de Jérusalem assurent avoir perdu une grande part de leurs revenus depuis le début à l'automne d'un nouveau cycle de violences entre Israéliens et Palestiniens. Depuis le 1er octobre, 200 Palestiniens et 28 Israéliens ont été tués, selon un décompte de l'AFP.

Pour Jihad Abou Diya, interrogé par l'AFP au moment des processions, cette année est "la pire" car, selon lui, les pèlerins étrangers "n'achètent rien". Il affirme ne rien attendre de cette saison malgré la célébration prochaine à Jérusalem de Pâques par les chrétiens orthodoxes, notamment russes, à cause de la chute du rouble.

Dans le cadre des célébrations précédant les festivités de Pâques, les fidèles parcourent en procession la Via Dolorosa (chemin de la souffrance), située dans le secteur oriental de Jérusalem, palestinien mais occupé et annexé par Israël depuis 1967.

La Via Dolorosa compte 14 stations où Jésus a, selon les Evangiles, rencontré sa mère, chuté, reçu de l'aide pour porter la croix, et rencontré des femmes en pleurs.

La procession s'achève à l'église du Saint-Sépulcre, construite au-dessus du tombeau supposé du Christ.

Les chrétiens représentaient plus de 18% de la population de Terre sainte lors de la création de l'Etat d'Israël en 1948, mais ils sont désormais moins de 2%, pour la plupart orthodoxes.

AFP

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 09:37
Fête du Jeudi Saint 2016 : « Ordonnés par les pieds, ordonnés pour la route »

Evangile de Jésus-Christ selon saint jean 13,1-15

« Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Au cours du repas, alors que le démon avait déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il noue à la ceinture ; puis, il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : “Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds !” Jésus lui déclara : “Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras.” Pierre lui dit : “Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais !” Jésus lui répondit : “Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi.” Simon-Pierre lui dit : “Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête !” Jésus lui dit : “Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs... mais non pas tous.” Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : “Vous n’êtes pas tous purs.” Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : “Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez “maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.” »

Jésus se met aux pieds de ses disciples dans la position de l’esclave pour leur laver les pieds. Et même, si l’on pense à la version de Marc et de Matthieu, dans la position de la pécheresse qui se prosterna à ses pieds. “Celui qui n’avait pas connu le péché, il l’a, pour nous, identifié au péché, afin que, par lui, nous devenions justice de Dieu” (2 Co. 5,21).

Si le Fils de l’homme, le Fils de Dieu est aux pieds de ses disciples pour les servir, dès lors, pour trouver le Christ, il faut s’abaisser et tourner les yeux vers le bas. Il faut aussi trouver la grâce au fond de son péché.

Mais c’est plus que cela. Jésus fait à ses disciples ce que Marie a fait pour lui à Béthanie avec du parfum. Lui prend de l’eau. Est-ce un baptême ? Non : “Celui qui s’est baigné n’a nul besoin d’être lavé, il est pur.” Qu’est-ce donc ? C’est leur “ordination” pour avoir part avec lui dans la communion (v. 15) et dans l’envoi (v. 16). Les disciples ne sont plus seulement les compagnons, ils sont les amis.

“Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître” ( Jn 15,15).

Les disciples avaient été appelés, ils ont été enseignés, maintenant Jésus les consacre.

Les rois d’Israël étaient oints sur la tête. Mais le roi d’humilité le fut par les pieds, et voici que les disciples aussi sont ordonnés par les pieds.

Etre ordonné par les pieds, c’est être ordonné pour la route, pour un voyage humain et spirituel. C’est être touché par la grâce dans ce qui nous fait tenir debout sur la terre. C’est être atteint dans ce qui nous enracine et nous lie à la terre.

A l’humus, à l’humilité…

Extraits de “L’ordination par les pieds”,

Jean-Marie Ploux, prêtre de la Mission de France

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 07:55
« Suivre Jésus Pauvre », par Michel BESSE, prêtre et volontaire d’ATD Quart Monde à Bangui

Michel Besse a 50 ans. Il est prêtre, volontaire d’ATD Quart Monde à Bangui (République Centrafricaine) et « relié » à notre équipe Mission de France d’Evreux. Ce témoignage a été donné le dimanche 20 février 2016 lors d’une rencontre chez les Petites Sœurs de Saint François d’Assise de Bangui, en même temps que celui d’une petite sœur Franciscaine Togolaise et celui d’un frère de Charles de Foucauld de Centrafrique.

Jésus Personne Vivante

Jésus est une personne vivante d'aujourd'hui. Une personne agissante. Une personne priante. Il a dans sa façon de nous voir vivre, de faire avec nous nos activités, de prier à nos côtés, une familiarité de tous les jours.

Dans l'évangile selon Jean il dit : « Mon Père travaille, et moi aussi je travaille ». Il dit cela de son Père du Ciel, mais il l'a appris de son père de la terre, dans l'atelier de Nazareth. Il ajoute : « Ce que mon Père m'a enseigné, moi aussi je le partage ». Il a appris de sa mère à ne pas garder pour lui, comme quand elle l'emmenait, dans son ventre, vers chez Elisabeth.

Jésus, dont les évangiles tracent le portrait, est un vivant d'aujourd'hui qui invente des façons de

vivre avec nous, et souvent basées sur la familiarité, le travail, le partage.

Jésus est bien un travailleur, un partageur, un priant, un agissant dans la vie ordinaire.

Jésus Personne Ordinaire

Pour moi, la pauvreté de Jésus c'est qu'il est ordinaire, et non « extra-ordinaire ». Il me semble que pour lui aujourd'hui ce doit être une pauvreté car bien des fois nous l'attendons comme guérisseur, puissant, miraculeux, vengeur, juge, etc.... toutes ces choses qui « sortent de l'ordinaire ». La Pauvreté de Jésus, ce doit être de rester là, avec nous, à nos côtés, et nous qui le cherchons ailleurs, sans le voir.

Comme disait St François bien tristement : « L'amour n'est pas aimé ».

Pour suivre la pauvreté de Jésus, je cherche donc à le trouver dans la vie ordinaire. C'est cela qui m'a porté à revenir à la vie diocésaine, après quelques années dans la vie consacrée en congrégation. Je continue de « vouer » les conseils évangéliques, mais c'est de retour dans l'ordinaire de la vie séculière.

Je suis accueilli par le diocèse de la « Mission de France », qui s'inspire d'une laïque, Mme Madeleine Delbrêl, qui a vécu sa foi en pleine ville incroyante au XXème siècle, et d'un ermite, Fr Charles de Foucauld, qui a vécu sa foi en frère universel dans le désert en dialoguant avec ses amis musulmans. Ce diocèse a recueilli et rassemblé et soutient encore aujourd'hui la forme de vie sacerdotale qu'on appelle les « prêtres-ouvriers ». Ils portent au cœur de l'eucharistie la vie ordinaire de tant de personnes pour qui les religions sont une chose étrangère, mais qui trouvent avec ces missionnaires « ordinaires » des occasions de dialogue. Par ailleurs, l'église de France demande à ces prêtres-ouvriers de réveiller la vie des autres diocèses en les ouvrant au dialogue avec l'incroyance.

Ce choix s'enracine pour moi dans la suite de la pauvreté simple de Jésus : lui qui a choisi d'être ordinairement avec nous, et qui connaît du dedans ce qu'il y a dans le cœur de tant d'hommes et femmes qui l'ignorent.

Détruire la Pauvreté

Un autre choix est celui de mon métier. Je suis aujourd'hui un « travailleur aux relations humaines » : c'est comme cela que le fondateur d'ATD Quart Monde, le Père Joseph Wresinski, décrivait la manière de travailler des volontaires-permanents de ce Mouvement. Unis à des militants (personnes connaissant actuellement ou il y a quelques années la grande pauvreté et l'exclusion sociale), à des amis (personnes qui ne sont pas dans la misère mais veulent que la société regarde autrement la réalité de l'exclusion et la détruise), les volontaires-permanents sont environ 400 dans le monde, et soutiennent les actions de ce Mouvement, pour que la pensée, les savoirs, et les propositions des très-pauvres puisent atteindre le reste de la société. Cela consiste à organiser des actions qui permettent la rencontre et le partage des savoirs entre personnes vivant la misère et d'autres citoyens, mais aussi créer et former avec d'autres instances des outils qui serviront à détruire la pauvreté.

Actuellement en République Centre Africaine, je suis dans l'équipe avec Froukje, avec trois grands chantiers : la « recherche-action sur l'éducation » qui durera deux ans, la formation d'acteurs de citoyenneté, et enfin la création d'un nouveau métier en République Centre Africaine : « médiateur-médiatrice sociale et culturelle ».

Ce choix est fait par le Mouvement. Moi aussi je suis dans ce choix comme volontaire-permanent. Mais comme croyant, comme baptisé, comme prêtre-ouvrier, je trouve dans cette action ma place dans l'atelier de Nazareth. Je suis un apprenti au milieu des apprentis « médiateurs-médiatrices », et cela me remet comme Jésus qui est apprenti de son père terrestre Joseph le charpentier, et apprenti de son Père Céleste qui est le créateur.

Je crois que cela me porte à être un ami ordinaire de Jésus, dont la pauvreté est d'être un vrai-homme ordinaire, et un « Vrai-Dieu ordinaire ».

Le symbole franciscain que j'ai connu depuis mon enfance, dans le couvent des Capucins de ma ville, c'était la croix, avec deux bras crucifiés : l'un, le bras de Jésus ; l'autre, le bras de St François. Je l'ai toujours compris comme « la Croix de Tous les Jours », dont parle l'évangile (« Celui qui veut me suivre... « ). « Tous les Jours », c'est aussi le sens que je donne à la vie « Ordinaire » que cherchent les prêtres-ouvriers. Je confie donc à la prière franciscaine ma vocation de prêtre de la Mission de France, et mon métier de Volontaire-permanent.

Je remercie particulièrement les Petites Sœurs de St François de m'avoir donné cette occasion de partage.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 00:01
Enlève ton masque, Dieu, je t’ai reconnu !

Homélie du curé de la paroisse à la messe des funérailles de la maman d’un ami – je devrais dire « d’un frère », car nous sommes amis depuis bientôt 40 ans, Jean-Marie - ce mardi 9 février 2016 à Lille !

« Hier, Mardi-Gras.
Les funérailles d’une très vieille dame de 101 ans.
Ses petits-enfants et arrière petits-enfants lui rendent longuement hommage en évoquant de nombreuses anecdotes de sa vie ordinaire.
Et dans l’église, on se met à parler de cette bonne-maman qui ne lésinait pas sur le beurre dans la purée du mercredi ; de sa porte toujours ouverte ; des promenades au zoo de Lille, en passant par l’épicerie pour acheter des cacahuètes que les enfants se partageaient avec les singes. Et des jeux en famille, et des rires, et des rencontres ici et là, jamais très loin. Et de la messe du dimanche, et de son attention aux pauvres. De son regard qui consolait. Et de sa main qui savait bien donner ce qui est essentiel.
Et de ces petites choses qu’elle avait partagées avant d’entrer en maison de repos : un dé à coudre à l’un, un jeu de cartes à l’autre, un cadre de famille à un troisième…
Mille autres souvenirs simples et joyeux égrenés devant le cercueil de cette vieille dame.
Une belle assemblée partagée entre sourires et larmes. En mémoire d’une bonne maman qui semblait tant aimée et tellement humaine.
Et puis ce chant – très doux – repris en chœur par les petits enfants, évoquant un village, une fontaine et une simple prière…
Les yeux fermés de l’assemblée. Les mains ouvertes pour recueillir la sève de la Vie.
Et puis, ces mots bouleversants qu’on trouve dans une lettre de Saint-Jea
n : « celui qui aime connaît Dieu. »

Que dire après cela ?
Faire un sermon, une homélie ?
Que dire à l’enterrement un jour de Mardi-gras ?
Je me suis surpris à imaginer la rencontre de cette vieille dame – elle s’appelle Madeleine – se présentant devant Dieu et lui disant : « Enlève ton masque, Seigneur ! Je t’ai reconnu. Cela fait 101 ans que je reconnais ton visage dans le regard des autres. Je suis heureuse de te voir en face à face… »
Il n’en fallait pas plus.
Alors on est entré dans la prière d’un grand merci…
Nous étions là, à quelques-uns, au point de naissance où commence l’humanité qui
n’est pas de ce monde. »

Raphaël BUYSE

Prêtre du Diocèse de Lille

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 06:19
25 janvier, fête de la conversion de Saint Paul

Paul, homme de culture juive et romaine, persécuteur des premiers chrétiens, devient l'apôtre des Gentils après sa conversion. Témoin du ressuscité, il accomplit de grands voyages missionnaires et meurt en martyr à Rome. Avec Paul, le christianisme se diffuse et l'Eglise prend corps. Paul, un homme qui nous aide à découvrir le Christ.

Cliquer sur la vidéo ci dessous puis sur l'icône "pein écran"

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 12:30
L’extraordinaire témoignage du Père Jacques Mourad, otage durant 5 mois de Daesh en Syrie

« Cette grâce m'a été accordée pour le réconfort d'un grand nombre. » C'est le père Jacques Mourad, prêtre de l'Église syriaque-catholique, qui parle. En charge du monastère de Mar Élian et des fidèles du village de Qaryatayn, non loin de Palmyre, le P. Mourad a été enlevé par les hommes du groupe État islamique (Daech) le 21 mai 2015. Il est resté en captivité durant 4 mois et 20 jours, avant de pouvoir rejoindre, le 10 octobre, ce qu'on peut appeler « le monde libre ». Harcelé, pressé de se convertir à l'islam, il a été menacé de décapitation à plusieurs reprises, fouetté une fois et soumis, le lendemain, à un simulacre d'exécution. Confiné à une salle de bains éclairée seulement par une lucarne haut placée, avec un séminariste qui l'assistait, réduit à un régime fait de riz et d'eau, deux fois par jour, sans électricité ni montre, complètement coupé du monde extérieur, il a quand même réussi à rester vigilant et n'a jamais vu sa foi fléchir. Au contraire.

Cliquez sur la vidéo ci-dessous puis sur l’icône « plein écran »

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 22:20
Les perles du caté de mon enfance (1959-1960) !

C’était durant l’année scolaire 1959/1960. J’avais 11 ans (il y a 55 ans !)

Je venais d’entrer en classe de sixième au Collège mixte public de Privas (Ardèche) - après avoir passé un examen d’entrée au Collège du fait que je venais d’une école privée de garçons (l’école Saint Louis de Privas tenue par des frères Maristes).

A cette époque où dans la plupart des écoles le catéchisme consistait en un jeu des questions/réponses proposées à la suite du Concile de trente, notre aumônier, Pierre RIOU, prêtre du Diocèse de Viviers, (qui fut notre aumônier au collège puis au lycée) nous rendait « acteurs » de la catéchèse par le dessin, le partage d’Evangile et la réflexion.

C’était l’année de notre « communion solennelle » (que l’on appelle aujourd’hui « profession de foi » !).

J’ai reproduit ci-dessous le contenu de la page 57 de ce cahier (qui en compte 82).

Je vous invite à observer attentivement le schéma qui est dessiné sur cette page.

Il s’agit d’une présentation des différentes étapes de la liturgie de la messe (en partant du bas de la feuille vers le haut) et du sens qu’ont ces étapes les unes par rapport aux autres.

Vous remarquerez trois écritures différentes sur ce schéma :

  • Celle de gauche et du centre : Liturgie évangélique : prières et chants, instructions, credo. Liturgie eucharistique : offertoire, consécration, communion et bénédiction. Il s’agit de « mon écriture ».
  • Celle de droite : Nous prions, Nous écoutons, Nous croyons, Nous donnons, Nous partons vivre en fils de Dieu. Il s’agit de l’écriture de ma sœur Marie, de 3 ans mon ainée – qui était cette année-là en classe de troisième au collège. Ces verbes d’actions et ces « nous » - qui font de toute la communauté l’acteur du sacrement - donnent vraiment du sens au « déroulement » de la messe : une perle !
  • Celle en bas à droite, de couleur rouge : il s’agit de l’appréciation de l’aumônier !

J’attire votre attention sur les deux phrases qui présentent la consécration et la communion :

  • Consécration : « par la grande prière d’action de grâce du canon, le sacrifice du Christ devient notre sacrifice ». Si l’on comprend que le « sacrifice » c’est le don de notre vie pour nos frères (« il n’y a pas de plus grand Amour que de donner sa vie pour ses amis » Jean 15,13) vous ne trouvez pas que ce commentaire est une autre perle !
  • Communion : « participation au sacrifice dans un banquet fraternel ». Là encore les relations entre « frères » sont essentielles pour que le « sacrement » ait tout son sens !

En retrouvant au fond d’un carton ce cahier de mon enfance, j’ai retrouvé les racines de mon « initiation chrétienne » qui sont très proches de ce que j’en vis aujourd’hui !

Denis Chautard

Page 57 de mon cahier de catéchisme - Année scolaire 1959/1960

Page 57 de mon cahier de catéchisme - Année scolaire 1959/1960

Image de ma "communion solennelle" le 19 juin 1960

Image de ma "communion solennelle" le 19 juin 1960

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 14:25
"Geo Boulloud, le métallo de Dubedout", une biographie signée Pierre Frappat

« La disparition de Georges Boulloud en août 2013, à l’âge de 82 ans, passa presque inaperçue à Grenoble. Sauf des quelques centaines de militants — vieux militants — qui, au cœur de l’été, se retrouvèrent autour de sa dépouille au centre œcuménique Saint-Marc. Pour eux, il ne faisait pas de doute qu’une page de l’histoire de Grenoble se tournait avec la fin du parcours d’un homme exceptionnel. Excep­tionnel, car il avait été mêlé à de nombreux épisodes de l’histoire de cette ville, mais surtout parce qu’il représentait un type d’homme qui ne se rencontre plus guère : militant, ouvrier, chrétien.

Il y eut à Grenoble, des années 1940 aux années 1990, bien d’autres belles figures de militants ouvriers. Chrétiens ou non. Beaucoup croisèrent d’ailleurs le parcours de Geo Boulloud et plusieurs sont évoqués dans ce livre. Ces militants eurent leur part dans la construction de la réputation d’une ville que l’on a érigée en mythe. Mais le récit grenoblois, s’il fait la part belle, à juste titre, aux Paul-Louis Merlin, Louis Néel, Louis Weil, Hubert Dubedout et quelques autres, ne dit généralement pas grand-chose de ces militants ouvriers qui, pour certains d’entre eux, furent aussi des initiateurs du Grenoble contemporain. » (pages 15 et 16)

J’ai connu Georges et Suzon rue parmentier à Grenoble lorsque j’ai emménagé durant l’été 1976 chez Marius et Marcelle (les parents de Geo). J’ai quitté la « rue patate » le 2 janvier 1985 lorsque j’ai été appelé par la Mission de France à Paris pour le « Service Jeunes ».

Durant ces 8 années et demie j’ai lié des liens d’amitié très forts avec toute la famille et en particulier avec Marcelle et Marius dont j’ai présidé les funérailles en l’église Saint Bruno.

Avec Jean et Philippe, deux autres prêtres au travail, nous avons fait de cet appartement du rez-de-chaussée de la maison « Boulloud » un lieu de rencontres, de partage fraternel et de prière pour de nombreuses personnes « en recherche » de foi.

Voici le récit qu’en fait Pierre FRAPPAT dans son livre :

« Chez Boulloud

« La maison des Boulloud, rue Parmentier, était connue dans le quartier Saint-Bruno. Dans les années 1970 à 1990, sa réputation s’étendit même au-delà quand elle accueillit des prêtres de la Mission de France. Des centaines de Grenoblois la fréquentèrent, se donnant rendez-vous, surtout le mercredi soir, chez Boulloud, rue « Patate », comme se plaisaient à dire les familiers de la rue... Parmentier. » (page 30)

« ….Quand deux prêtres ouvriers de la Mission de France s’installèrent dans une partie de la maison, plusieurs années après le départ des quatre enfants de Marcelle et de Marius, celui-ci n’eut guère son mot à dire et il prit son parti de ce voisinage avec des curés. Pendant les dix-sept années de leur quasi-cohabitation, le mercredi soir, jamais il ne par­ticipa à ces « fractions du pain », selon l’expression utilisée par les célébrants, qui attiraient du monde rue « Patate». Il guettait la fin de l’office et, rituellement, rejoignait alors l’assistance pour participer aux discussions et trinquer avec tous. Dans l’assistance, il y avait toujours sa femme, Marcelle, et de temps en temps son fils, Geo, avec Suzon, son épouse…. » (page 37)

Ce qui était le « moteur » de la vie de Geo et Suzon c’était leur foi en Jésus-Christ, frère des pauvres et libérateur.

Voici ce qu’en écrit Pierre FRAPPAT dans les toutes dernières pages du livre (280-282) :

« Le dimanche qui suivit le décès de Georges Boulloud le 8 août 2013, le curé de Saint-Marc l’annonça à ses parois­siens, au début de la messe, en ces termes : « Notre prophète est mort».

Dans les papiers personnels de Geo, une petite feuille de papier avec, griffonné par lui au crayon, ces mots inspirés de l’Évangile de Luc : « Si les hommes se taisent les pierres crieront». Tout au long de sa vie, Geo n’a pas laissé aux pierres le soin de dire ce qu’il avait à dire, de sa voix forte.

Un paroissien qui a découvert Georges Boulloud au début des années 1990 se souvient :

« Si ma mémoire ne me trahit pas, je crois bien que je n’ai pas d’abord vu Geo mais je l’ai entendu. C’était une nuit de Noël comme celle que nous célébrons chaque année dans l’Es- pace 600 de l’Arlequin où se retrouvent les chrétiens de la Villeneuve et du Village olympique. J’entendis une voix de stentor qui emplissait toute la salle avec les paroles du prophète Isaïe : “Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Le joug qui pesait sur lui, le bâton à son épaule, le gourdin de son chef de corvée, tu les as brisés [...] un enfant nous est né, un fils nous a été donné... On proclame son nom : Prince de la Paix”. Pour sûr, me suis-je dit, cet homme il croit en ce qu’il dit. »

C’est ce même paroissien qui se souvient d’avoir entendu Georges Boulloud apostropher l’évêque de Grenoble, Mgr Louis Dufaux en janvier 1995, place des Tilleuls, devant l’évêché, là même où 33 ans plus tôt il avait pris à partie l’évêque Fougerat. Cette fois, il s’agissait d’une manifesta­tion de plusieurs centaines de catholiques grenoblois qui étaient venus protester contre la mise à l’écart par Rome de Mgr Jacques Gaillot, cet évêque d’Évreux qui avait épousé la cause de ceux que le pape François qualifie aujourd’hui d’hommes des périphéries. La voix de Geo s’éleva au-dessus de la foule pour reprocher à l’évêque le manque de solidarité de l’épiscopat français à l’égard de leur confrère sanctionné.

Envoyé par Internet, comme une voix qui prêche dans le désert, comme on lance une bouteille à la mer, un de ses der­niers messages témoigne encore de ses convictions. Ce texte était titré La société humaine et l’argent. Après de longs déve­loppements fustigeant un libéralisme triomphant débridé, et après avoir appelé à « absolument changer de logiciel, car nous allons collectivement dans le mur», il terminait ainsi :

« Notre foi en Jésus le Christ doit être un élément moteur de cette démarche de transformation économique et sociale que nous recherchons tous.

L’ensemble des chrétiens doivent proclamer le contenu de l’Evangile qui est: “Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi”. Alors les justes répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison et de venir à toi ?” Et le Roi répondra : “En vérité je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait” (Matthieu 25, 35-40).

Avec des paroles de cette nature, chaque chrétien ressent la joie des enfants de Dieu au fond de son cœur.

Nous les chrétiens nous sommes les serviteurs de Jésus Christ et les serviteurs de nos frères.

Aimer et servir Jésus et aimer et servir nos frères c’est la même chose.

Tous les chrétiens se mettront en tenue de service pour être à la disposition de leurs frères par amour! [...]

En toutes amitiés.

Georges Boulloud»

«En tenue de service». Décidément, cette expression, empruntée à l’Evangile de Luc, lui fut chère. Découverte avec le père Ganne, au tournant de ses 20 ans, mais déjà au cœur de l’engagement à la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) du jeune apprenti de Neyrpic qui habitait le quartier ouvrier Berriat-Saint-Bruno, elle a inspiré sa vie de militant à Grenoble, comme elle inspira la vie de son épouse. Tous les deux ensemble, Geo et Suzon, jusqu’au bout, «en tenue de service».

Geo BOULLOUD, le métallo de DUBEDOUT de Pierre FRAPPAT

Presses Universitaires de Grenoble Novembre 2015 18 €

Pour commander le livre, cliquer sur le lien ici

"Geo Boulloud, le métallo de Dubedout", une biographie signée Pierre Frappat
Marius surpris en "flagrant délit" : Il venait déposer un bouquet de fleurs sur la table de la rencontre du mercredi soir

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Marius et Marcelle

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