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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 21:10
Stéphane Lavignotte: «Les plus antireligieux ont la vision la moins laïque de la religion»

Interview de Stéphane Lavignotte Pasteur

Les soubresauts hexagonaux autour du conflit à Gaza et la violente bataille sur le mariage pour tous accréditent l’hypothèse de crispations religieuses et communautaires en France. Théologien et pasteur protestant, engagé à gauche, Stéphane Lavignotte plaide dans Les religions sont-elles réactionnaires ? - essai qui sort aujourd’hui - pour une approche banalisée du fait religieux, objet social, de son point de vue, comme un autre, qui doit être pensé avec les outils des sciences humaines et de l’histoire. Pour lui, la religion peut devenir aussi bien réactionnaire que révolutionnaire.

La société française a-t-elle un contentieux avec les religions ?

La France se raconte surtout une histoire, celle d’une déchristianisation massive. La plupart des Français, y compris les croyants, sont persuadés que ceux qui croient constituent une petite minorité. La réalité est très différente : environ 56% des Français déclarent toujours croire en Dieu, seulement 10 points de moins qu’en 1946. Pourtant, on aurait pu imaginer une baisse massive liée au mouvement de Mai 68, de la société de consommation ou encore des affaires de pédophilie dans les Eglises. Pour autant, la société française n’est plus une société croyante car la foi est désormais une démarche individuelle et les sociologues des religions décrivent une sortie des institutions. Individuellement, chacun est au placard avec sa foi. J’emploie sciemment l’expression «être au placard», j’ai beaucoup travaillé sur les questions gays, lesbiennes et trans (LGBT). J’ai l’impression que, dans ce pays, les croyants cachent leur foi et redoutent qu’elle soit, d’une certaine manière, découverte.

Mais y a-t-il un problème avec la question religieuse ?

La France a plutôt un problème avec la diversité. On le voit avec les langues régionales ou l’histoire du protestantisme français. Souvent, la France laïque raisonne plus en terme catholique qu’elle ne le croit. Plus qu’avec l’islam, je pense que la France a un problème avec son histoire coloniale et avec son inconscient catholique qui n’aime guère toutes ces minorités qui surgissent. Il est nécessaire de«dé-catholiciser» le débat sur les religions.

Vous plaidez aussi pour «dé-essentialiser» la question religieuse. Qu’est-ce que cela veut dire ?

On voit souvent la religion comme une essence qui existerait, figée dans le temps et dans l’espace, et qui serait, du coup, par essence réactionnaire. Pourquoi cet objet social serait-il différent des autres ? Il change avec l’histoire, selon les classes sociales, dépend de ce que les acteurs religieux eux-mêmes en font, des pressions que l’on exerce sur eux…

La religion ne serait pas forcément réactionnaire ?

Les institutions religieuses le sont la plupart du temps. Personnellement, pour me bagarrer avec elles sur l’égalité homme-femme, la place des homosexuels ou encore l’écologie, j’en sais quelque chose. La religion, de mon point de vue, est un phénomène social comme un autre. Qu’est-ce qui fait finalement que les plus antireligieux ont la vision la moins laïque de la religion ? Ils en font souvent un objet transcendant. Ils parlent de la religion, comme si c’était la même chose au XVIe siècle et maintenant, comme si la religion des ouvriers était la même que celle des patrons. La religion, cela peut devenir réactionnaire comme révolutionnaire ! Dans un même pays, au Brésil, auprès de populations très proches, on a deux modèles différents : d’un côté, la théologie de la libération, très à gauche, portée par une forte critique du capitalisme et qui mobilise les fidèles pour une libération collective, et de l’autre, la théologie de la prospérité, promue dans des églises évangéliques qui mise sur une réussite individuelle, matérielle et capitaliste.

La gauche, en France, a-t-elle un problème particulier avec les religions ?

Au mieux, elle ignore la question religieuse. Au pire, elle tient - mais c’est de moins en moins le cas - un discours antireligieux. Elle nie, en fait, quelque chose d’important pour une partie de sa base sociale et de ses militants, les obligeant à laisser leur foi au placard. Depuis le XIXe siècle, la gauche a pourtant une vraie histoire intellectuelle avec la question religieuse, très présente dans les textes de Marx et d’Engels puis chez des auteurs, comme Gramsci, Bloch, etc.

Les milieux catholiques conservateurs ont été très en pointe dans le combat contre la loi Taubira sur le mariage pour tous. Cela n’accrédite-t-il pas la thèse d’une religion réactionnaire ?

A l’inverse aussi, beaucoup ont été surpris par le fait que 40% des catholiques étaient favorables au mariage pour tous. Sur un sujet aussi clivant, un tel chiffre montre bien que le courant progressiste catholique est numériquement plus important qu’on ne le croit. C’est une partie du catholicisme - plutôt des Hauts-de-Seine que de Seine-Saint-Denis - qui s’est mobilisée contre la loi Taubira. On a dit «les catholiques» parce qu’on est peut-être incapable de faire entrer l’élément de classe dans la lecture du religieux.

Le conflit israélo-palestinien est très sensible, en France, entre juifs et musulmans. Cela dit-il quelque chose de notre rapport à la religion ?

Côté musulman, ce qui m’a frappé dans les manifestations propalestiniennes, c’est la présence de jeunes femmes voilées, mais aussi de courants très réactionnaires de l’islam. Les partis de gauche, qui encadrent ces manifestations, sont désemparés avec cette réalité. Depuis une dizaine d’années, la gauche ne sait plus trop quoi faire avec les jeunes musulmans des classes moyennes et populaires qui constituent une partie de son électorat de base. Il est temps qu’elle s’interroge sur comment effectuer la jonction avec eux, y compris pour avoir de vrais débats.

Le Parti socialiste s’est aussi construit grâce à l’apport des chrétiens de gauche. Pourquoi la gauche ne réintègre-t-elle pas cette histoire afin de la penser et de s’en inspirer ? Ce qui était possible hier doit être encore possible aujourd’hui, y compris avec d’autres courants religieux. Là, je pense, bien sûr, à l’islam. La gauche est en train de s’en couper, de les pousser vers la droite ou même l’extrême droite et vers les franges les plus réactionnaires de l’islam.

Recueilli par Bernadette Sauvaget

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 10:07
La place de la France dans le monde par Edwy PLENEL

Interview d’Edwy PLENEL dans la « Lettre du Libraire » en 2011, interview dont l’actualité demeure évidente (voir la vidéo ci-dessous d’Edwy PLENEL chez Jean-Jacques BOURDIN sur BFMTV ce 15 septembre 2014)

« De quoi manquons-nous ? Il y a des programmes politiques et il y a plein d’idées. (…) il y a plein de bonnes idées.

Ce n’est pas de programmes politiques que nous manquons. Nous manquons d’un nouvel imaginaire politique qui nous unifie, qui nous rassemble, qui nous transporte. Pour avoir ce nouvel imaginaire politique, il faut que nous osions un imaginaire de ce qu’est notre pays. Il nous faut assumer notre pays.

Assumer notre pays, c’est assumer la longue durée de son histoire, non pas pour la juger, non pas pour la condamner mais pour l’assumer telle qu’elle nous a fait. En l’occurrence, la France a une spécificité en Europe, qui est sa chance dans le monde globalisé d’aujourd’hui. La France est, au niveau de son peuple, une Amérique de l’Europe. Elle est faite, profondément, des courants migratoires internes - le Breton que je suis peut en témoigner et longuement et expliquer cette histoire par rapport à comment ce pays s’est unifié et, profondément, c’est l’immigration belge, l’immigration polonaise, l’immigration d’Europe centrale à l’immigration espagnole, italienne, portugaise et, évidemment, la très longue durée de notre histoire coloniale.

Aujourd’hui, la France a une chance inouïe, c’est la fille aînée de l’Église, c’est le pays de l’Édit de Nantes donc du protestantisme, c’est le pays de la première communauté juive d’Europe, c’est le premier pays musulman – en proportion- d’Europe, c’est le pays de la créolisation. Je parle beaucoup des outremers dans ce livre. C’est aussi le pays de la Laïcité ce qui, je le rappelle, en 1905, n’est pas une déclaration de guerre aux croyances mais, au contraire, une façon d’inventer une laïcisation dans l’espace public, de la présence dans l’espace public de ceux qui, par ailleurs, ont des croyances.

Sans la loi de 1905, il n’y aurait pas eu cet évènement formidable pour le catholicisme qu’est le catholicisme social militant, les prêtres ouvriers, les jeunesses ouvrières chrétiennes, les jeunesses étudiantes chrétiennes. Tout cela a permis à des gens de se rassembler autour de ce qu’ils ont en commun, par-delà leurs croyances, leurs sensibilités, leurs communautés, etc.

Je crois profondément à cette vitalité de notre histoire, à cette vitalité de l’horizon républicain, de cette espérance démocratique. Je pense que pour arriver aujourd'hui à nous sortir de l’ornière, il faut prendre cette ligne de crête. Nous l’avons senti dans un moment – vous parliez de Georges Bush Junior - quand, sous la présidence de Jacques Chirac et avec Dominique de Villepin, toute la France s’est reconnue dans cette position. Et cette façon de se projeter sur le monde, de parler de la fragilité du monde, de parler d’un petit pays qui néanmoins avait de grandes ambitions pour le monde. Je crois profondément que la France n’est elle-même – et c’est un discours de patriote quelque part – que dans une relation avec le monde. Et que la France est en crise, qu'elle est en régression quand elle décroche du monde. »

Edwy PLENEL

Président de Médiapart

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