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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 14:42
Homélie du dimanche 28 juin 2015

« Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée »

Après le chapitre sur les paraboles (4, 1-34), l’évangile de Marc nous présente Jésus qui continue la formation de ses disciples à travers une série de miracles. Le premier est celui de la tempête apaisée, le second la libération du possédé de Gerasa et aujourd’hui la guérison de la femme qui souffrait depuis douze ans et la résurrection de la fille de Jaïre. Ces miracles montrent la bonté de Dieu et servent de leçon d’apprentissage, de pédagogie pastorale pour les apôtres et pour nous.

Jésus a le pouvoir d’apaiser nos angoisses et de raviver notre espérance.

Les maladies chroniques, les cancers de toutes sortes, la mort prématurée font voler en éclat toutes nos illusions et toutes nos prétentions au contrôle de notre vie. Plus on avance en âge, plus on se rend compte qu’on a peu d’emprise sur notre santé physique et mentale. Malgré tous nos efforts, le vieillissement, la maladie et la mort nous rattrapent inexorablement.

Je me souviens d’avoir administrer le sacrement des malades à une personne d’une soixantaine d’années. Les médecins lui avaient donné 48 heures de vie. L’homme avait travaillé sans relâche pendant toute sa vie. Il était à la retraite depuis peu et comptait en profiter au maximum. Il avait élaboré toute une série de projets pour ses années de retraité. Un cancer virulent l’emporta en moins de trois mois. Lors de ma visite, il était calme et résigné. Avec le sacrement des malades et s’était réconcilié avec son Dieu, et, quelques heures plus tard, il est décédé tout doucement, entouré de sa famille.

La maladie et la mort sont de grandes pédagogues et nous invitent à ne pas trop nous attacher aux biens de ce monde, à nous préparer à faire face à ces réalités de fin de parcours que l’on essaie souvent d’ignorer. On refuse d’y penser et on agit comme si elles n’existaient que pour les autres. La maladie et la mort sont des moments importants de notre vie.

Aujourd’hui, l’évangile nous parle d’une femme, souffrant d’une maladie débilitante. C’est pour elle non seulement une souffrance et un handicap mais aussi la cause de rejet et de discrimination. La malade «qui souffrait de perte de sang depuis douze ans» était considérée comme impure. Elle devait se tenir loin des autres. Si elle touchait quelqu’un, cette personne devenait impure. Tabous et préjugés, résultats d’ignorance médicale! Vis-à-vis la fille de Jaïre, Jésus savait que, dans sa culture, toucher à un cadavre rendait une personne impure. Jésus n’avait pas peur de lutter contre les tabous et les préjugés de toutes sortes, lui qui mangeait avec les lépreux et les pécheurs et ne craignait pas d’entrer en contact avec eux.

Le texte d’aujourd’hui souligne de façon spéciale le verbe toucher : la femme touche Jésus et est guérit, Jésus prend la petite fille par la main et lui redonne la vie. S. Marc souligne ici l’importance du contact avec le Seigneur. Dans un chapitre précédent, il écrit que tous ceux qui avaient des infirmités se précipitaient sur Jésus pour le toucher (3, 10). Plus loin, il ajoute : «Partout où il entrait, villages, villes ou hameaux, on mettait les malades sur les places ; on le suppliait de les laisser toucher seulement la frange de son vêtement ; et ceux qui le touchaient étaient tous guéris» (6, 56). S. Luc, au chapitre 6, 19 écrit : «toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous.» Pour les évangélistes, cette force n’a rien de magique. C’est la puissance de Dieu qui agit à travers Jésus et, s’il y a miracle, c’est en réponse à un acte de foi.

Nous portons tous nos souffrances physiques et morales. Nos vies sont fragiles. Mais nos manques, nos faiblesses, nos vides sont autant de raisons de vouloir toucher au Christ, entrer en contact avec lui. Il ne fera pas nécessairement disparaître nos maladies et nos fauteuils roulants. Mais il a le pouvoir d’apaiser nos angoisses et de raviver notre espérance.

L’évangile d’aujourd’hui souligne deux choses importantes :
a) la nécessité de revoir nos préjugés et nos tabous. Nous en avons tous! Nous sommes invités, à l’exemple du Christ, à ne pas avoir peur de nous approcher de ceux et de celles qui souffrent, de ceux et de celles qui sont malades et mis de côté.
b) l’importance de la foi. À la femme malade, le Christ dit : «Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix et sois guérie de ton infirmité.» Et au chef de synagogue : «Sois sans crainte; aie seulement la foi

Nous pouvons nous interroger sur la qualité de notre propre foi et nous demander ce que nous faisons pour que cette foi puisse progresser, croître et atteindre une plus grande maturité. Pendant la période d’été, nous avons un peu plus de temps à notre disposition pour jouir de la nature, pour lire, méditer et prier. Demandons au Seigneur, en ce dimanche d’été, d’augmenter notre foi.

Yvon-Michel Allard directeur du Centre biblique des Missionnaires du Verbe Divin, Granby, QC, Canada.

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 20:26
Homélie du dimanche 21 juin 2015

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 4,35-41.
« Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule. Le soir venu, Jésus dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. »
Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient.
Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait.
Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »
Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme.
Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »
Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Homélie

Au milieu du lac de Tibériade la tempête fait rage, c’est la panique à bord, et il paraît qu’il y a de quoi ! Lorsque les vents se déchaînent dans la cuvette du lac, ceux qui viennent de la Méditerranée rencontrent ceux qui arrivent du désert de Syrie. Tourbillons impressionnants avec des vagues qui peuvent atteindre sept mètres de haut. Alors les petites embarcations de pêcheurs sont ballotées comme des coquilles de noix ! Pendant ce temps-là, à la place du timonier où il devrait diriger la manœuvre, Jésus dort. Et sur un coussin en plus ! Difficile à comprendre…

Rappelez-vous : le texte commence par : « Le soir venu, il dit à ses disciples : “Passons sur l’autre rive.”» Et Sur l’autre rive, ça veut dire à l’est du lac, en terre païenne, là où habitent les forces hostiles à Dieu. Du moins c’est ce que croient les juifs de ce temps-là. Saint Marc établit donc un lien entre la tempête déchaînée sur le lac et les démons déchaînés sur l’autre rive. On en a un signe dans le vocabulaire employé puisque, pour calmer la tempête, Jésus dit à la mer : “Silence, tais-toi !” La même expression qu’il utilise pour chasser un démon : “Silence, tais-toi et sors de cet homme !” Comme s’il s’agissait, pas seulement de calmer, mais d’exorciser la mer.

Et puis lorsque Marc nous dit que Jésus dort et, un peu après, qu’il est réveillé, il utilise les mots qui, en grec, expriment la mort et la résurrection. Autrement dit Jésus endormi sur un coussin au fond du bateau fait penser à Jésus reposant au fond du tombeau. Et Jésus réveillé, debout dans la barque, qui interpelle le vent, annonce Jésus debout et victorieux de la mort au matin de Pâques.

Souvent notre actualité ressemble à cette tempête sur le lac de Tibériade : c’est parfois chez nous, dans nos entreprises, dans nos familles, que l’histoire se déchaîne, que nous perdons pied avec l’envie de crier à Dieu endormi au fond de notre barque : “Nous sommes perdus, et ça ne te fait rien ?” Et il nous répondra, après avoir chassé les démons qui nous tracassent : “Pourquoi avez-vous si peur ?” Et nous nous demanderons, comme les disciples, qui il est celui-là pour que même le vent et la mer lui obéissent ? Qui est-il donc, ce compagnon qui s’est embarqué avec nous et qui a lié son sort à celui des passagers du bateau ?

Dans ce récit, tout finit bien : les disciples ne meurent pas, Jésus les sauve. Mais ils vont mourir un jour. Pour eux, comme pour nous, tout ne va pas bien finir. Ceux qui crient éperdument vers Jésus pour qu’il les sauve finissent toujours par mourir. Le but du récit de Marc n’est pas de dire aux disciples qu’ils survivront pour toujours s’ils font appel à Jésus, mais de leur rappeler que même dans le danger, même dans la souffrance incompréhensible, même dans la mort, ils ne sont pas abandonnés. Ils sont dans un monde animé par la Parole de Dieu, et ils sont entourés par sa force mystérieuse. Tournons-nous vers lui et offrons-lui les tempêtes de nos vies. Il ne résoudra pas tout. Mais il nous aidera à retrouver la paix intérieure, il nous ouvrira un chemin possible.

“Je voudrais rendre grâces pour le sommeil du Christ au milieu de nous”, disait un prêtre qui venait de fêter ses vingt ans de sacerdoce. “Rendre grâces pour le sommeil du Christ au milieu de nous parce que ça veut dire qu’il nous provoque à la responsabilité et à la liberté.” C’est plus fort que nous : Nous attendons tout le temps que Jésus soit le grand timonier alors qu’il s’est fait passager clandestin. Souvent on le laisse dormir à l’arrière du bateau. Et après on prétend qu’il n’est pas là. Ne disons pas qu’il n’est pas là. Il se repose mais il ne demande qu’à être réveillé pour nous guider. Il nous invite à retrouver en nous, quoiqu’il arrive, une paix intérieure, un silence habité de sa présence. Lorsque nous sommes submergés, Jésus nous convie à refaire le pari de la confiance. Il y a 36 raisons d’avoir peur… pas une seule n’est bonne !

Maintenant, comment réagissons-nous lorsque des proches se débattent contre des vents contraires ? Est-ce que nous prenons nos distances ? Ou bien avons-nous le courage de leur proposer de l’aide ? C’est à travers notre disponibilité bienveillante que nous permettrons à tel ou tel d’entrevoir le visage d’un Dieu proche, malgré l’apparent abandon du ciel. Mais, pour y arriver, il faut sans doute avoir assumé nos propres tempêtes, avoir découvert au cœur des tourments de notre vie, la présence du Ressuscité, le vainqueur de toutes ces morts qui nous menacent.

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 19:02
Homélie du dimanche 14 juin 2015

Nous retrouvons, ce dimanche, le rythme du temps ordinaire qui va nous conduire jusqu’au temps de l’Avent. L’été fait bientôt sa rentrée, et la nature a revêtu ses habits de fête, avec des fleurs et des verdures foisonnantes. Les arbres secs et dénudés ont reverdi. Les graines semées au printemps ont germé et donnent forme à des plantes de toutes sortes. Les paraboles du prophète Ezéchiel et de Jésus sont tout à fait de saison. Par la bouche d’Ezéchiel, Dieu annonce à son peuple que s’achèvent pour lui les hivers de l’exil.

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre,
je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure,
j’en cueillerai une toute jeune,
et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée.
Sur la haute montagne d’Israël je la planterai.
Elle portera des rameaux, et produira du fruit,
elle deviendra un cèdre magnifique.
En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux,
à l’ombre de ses branches ils habiteront.
Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur :
je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé,
je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec.
Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »

Jésus s’est inspiré beaucoup de l’image des arbres dans son enseignement. Quand il s’adresse à la foule et lui parle du Règne de Dieu qui germe et grandit, il emploie souvent des paraboles printanières et estivales.

En ce temps-là, parlant à la foule, Jésus disait :
« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence :
nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève,
la semence germe et grandit, il ne sait comment.
D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe,
puis l’épi, enfin du blé plein l’épi.
Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille,
puisque le temps de la moisson est arrivé. »
Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ?
Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?
Il est comme une graine de moutarde :
quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences.
Mais quand on l’a semée,
elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ;
et elle étend de longues branches,
si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables,
Jésus leur annonçait la Parole,
dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre.
Il ne leur disait rien sans parabole,
mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.

Au premier degré, le langage des paraboles est simple : Jésus emploie des mots et des images concrètes et familières à la portée de tous. Tous sont invités à s’étonner devant les mystères de la vie, devant ce dynamisme incessant qui fait que les semences germent et grandissent que nous dormions ou que soyons levés, devant ce miracle que d’une semence toute petite puisse germer et grandir une plante sans commune mesure avec elle.
Sur ce plan, les paraboles de ce dimanche sont porteuses d’une théologie de la création. La nature est une école de vie et de sagesse, pour peu qu’on entretienne avec elle une relation constante, aimante et attentive. L’homme moderne, pragmatique et efficace, en arrive un peu à oublier que tout ce qui vit et respire vient de plus loin que lui. Il ne se perçoit plus guère comme faisant partie de la nature, du monde des vivants, soumis aux mêmes lois que les végétaux, les animaux. Il peut arriver à la percevoir et à la traiter comme un objet ou un décor extérieurs à lui, qu’il peut exploiter, transformer et utiliser à sa guise, dans une perspective productiviste de rentabilité. Au risque d’oublier qu’elle est un trésor à lui confié, dont il n’est que gérant éphémère et si elle périt, si elle meurt, il périra lui aussi. Les mirages de toute-puissance, de productivité sans limite peuvent lui appauvrir l’esprit, le conduire à désapprendre la plus élémentaire sagesse et à faire ainsi son propre malheur.
Mais les paraboles de Jésus sont à interpréter à un second degré, sur le plan de la foi. Les disciples de Jésus doivent les accueillir, comme s’il s’agissait en chacune d’un secret que seuls les intimes peuvent comprendre, d’un appel à la conversion du regard et du cœur. Jésus dévoile à ses disciples et leur explique en particulier des choses essentielles qui concernent la connaissance et l’amour de Dieu. Elles ne se transmettent pas forcément en public à force de démonstrations, d’explications mais sous le mode de la confidence. Chacun doit les interpréter et est appelé librement à en saisir le message. Parler de Dieu et de son royaume en paraboles, c’est justement consentir à ce que son règne germe et grandisse dans le secret des cœurs et des consciences, à l’insu des bruits et des fureurs du monde, comme la semence jetée en terre, comme la graine de moutarde.
C’est là une leçon toujours à retenir aussi pour l’Eglise du Christ, parfois trop empressée de proclamer en public tous ses secrets, d’utiliser les moyens modernes tapageurs de la communication pour convaincre, expliquer, prouver et transmettre. Son langage est souvent dogmatique, et elle est peu encline à cultiver l’art de la parabole, à trouver les mots simples et concrets qui peuvent toucher le cœur de chacun et le rejoindre dans sa vie. Les paraboles de ce dimanche trouvent une forte résonance dans notre actualité. Les chrétiens dans le monde se culpabilisent facilement et se désolent de n’être qu’un petit nombre, un petit reste, une modeste semence. Ils s’attachent parfois bien plus à pleurer leur mort qu’à croire que « la plus petite de toutes les semences du monde puisse un jour grandir et dépasser les plantes potagères, étendre ses longues branches si bien que les oiseaux du ciel fassent leur nid à son ombre ».
Quand Jésus parle de graine et de semence, il nous faut comprendre avant tout qu’il est lui-même le semeur des graines du Royaume de Dieu, et en même temps qu'il est aussi la graine semée par le Père dans le monde des hommes. Les longues branches de l’arbre de sa croix ouvrent les portes du Royaume à tous les peuples de la terre. La mission de l’Eglise est de faire signe de lui, d’être semence de paix, de justice et d’amour au milieu de tous les peuples de la terre. Sa mission n’est pas de faire signe d’elle-même, de se préoccuper uniquement de ses problèmes internes, mais d’accorder toute sa confiance à celui qui lui a donné naissance et dont l’Esprit est à l’œuvre de nuit comme de jour. Enfouie en terre, enracinée en plein cœur du monde et de la vie des hommes, l’Eglise fait signe du Royaume de Dieu qu’elle n’est pas. C’est un monde nouveau qui germe et grandit en elle et par elle. Un Royaume sans commune mesure avec ce qu’elle est. Un arbre aux longues branches verdoyantes, destiné un jour à rassembler et abriter tous les oiseaux du ciel, et donc aussi tous les peuples de la terre.
Saint Paul, lui aussi, parle d’un arbre. Le corps humain n’est-il pas semblable à un « arbre qui marche » entouré de ses frères plantés en terre, immobiles et fidèles ? N’est-il pas aussi, situé dans un arbre généalogique ? Mais son histoire est différente.

Frères, nous gardons toujours confiance,
tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur,
tant que nous demeurons dans ce corps ;
en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision.
Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt
quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur.
Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors,
notre ambition, c’est de plaire au Seigneur.
Car il nous faudra tous apparaître à découvert
devant le tribunal du Christ,
pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal,
pendant qu’il était dans son corps.

L’homme sait qu’il est mortel et s’interroge sur son avenir. Quelles saisons de vie nouvelle l’attendent après celles de la terre ? Après les saisons d’exil qu’il traverse, où va-t-il s’implanter ? Il n’en a pas une vision claire et doit se contenter d’en parler en paraboles, en empruntant des images humaines et terrestres. Son corps n’est-il pas semblable à la semence qui doit mourir en terre pour porter du fruit en abondance et vivre dans une vie sans fin « et peut-être toujours en été » ?

Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 05:43
Homélie du dimanche 7 juin 2015

Fête du Corps et du Sang du Christ dans l’année B

Exode 24, 3-8 ; Psaume 115 ; Hébreux 9, 11-15 ; Marc 14, 12 … 26

L’histoire (légende) se passe en Inde. Un homme, plus pauvre que les autres, marche sur les sentiers brûlés par le soleil. Il mendie sa nourriture. La légende dit que c’est du blé qu’il recueille. À la fin de ses journées, son petit sac de toile est loin d’être rempli.

Un jour, son cœur a battu très fort quand il a aperçu, dans un nuage de poussière, quatre chevaux qui tiraient un carrosse : “Ah ! Si seulement ce prince me voyait et daignait s’arrêter ! S’il me donnait une pièce d’argent ou d’or !”

Eh oui ! Les chevaux ralentissent, s’arrêtent. La porte du carrosse s’entrouvre. Un homme au regard plein de bonté fait signe au mendiant de s’approcher et lui dit : “Donne-moi ton blé”. Le malheureux, déconcerté, hésite, puis retire un grain de blé de son petit sac. L’attelage repart laissant le pauvre désespéré, qui rentre chez lui, plus triste que jamais. Le soir, en vidant son sac de blé dans un bol, quelle ne fut pas sa surprise d’apercevoir un petit grain d’or ! “Ah si seulement je lui avais donné tout le contenu de mon sac !”

À chaque eucharistie, le Seigneur nous demande à nous aussi : “Donne-moi ton blé”, donne-moi quelque chose de ta vie. C’est pour ça que le pain et le vin viennent à chaque fois du milieu de notre assemblée. C’est notre blé qu’on apporte. Une catéchumène nous a raconté un jour que tout a changé pour elle quand elle a compris cet échange entre nos offrandes et la communion. “Je me demandais avant ce que chacun allait chercher dans la communion. Quand j’ai eu compris que c’était la consécration de ce qu’il avait apporté de sa vie, ce fut une vraie révélation pour moi.” La question est donc, quand nous venons à la messe, de savoir ce que nous apportons réellement de notre vie ? Trop souvent, nous laissons au prêtre le soin de présenter à Dieu le pain, là-bas, loin de nous, comme si ce pain offert n’avait rien à voir avec nous !

Le pain ! Il a toute une histoire. Il représente le travail de plein de monde. Pas seulement le travail des autres, mais le nôtre, la vie de chacun de nous, ce que nous appelons notre pain quotidien, nos joies, nos peines, notre travail, nos responsabilités, nos amours. Nous avons bien raison d’apporter cette vie chaque dimanche à la messe. Et nous avons bien raison de l’offrir à chaque messe, en offrant le pain, pour que Dieu transforme notre vie en sa propre vie. Pour que ces grains de blé – comme dans la légende – deviennent précieux comme de l’or, pour que notre pain quotidien soit transformé, transfiguré, habité, divinisé par la présence réelle du Christ. “Nous te présentons ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, il deviendra le pain de la vie.” Ça veut dire en clair qu’à la communion Dieu nous redonne ce pain, habité de la présence réelle du Christ.

Quand nous partageons ce pain, nous recevons en nous l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus. Alors nous repartons avec une véritable énergie divine pour continuer notre travail, pour tenir dans nos responsabilités, pour vivre avec la force de l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus, l’Esprit d’amour.

C’est important de comprendre ce qui se passe à la messe. Quelquefois, certains arrivent à la messe comme des désœuvrés. Ils n’apportent rien de ce qui fait leur vie. Eh bien je propose deux messages tout simples :

- Le premier : la messe, est la rencontre de deux présences réelles : la présence réelle du Christ, qui, elle, ne fait aucun doute, et notre présence à nous qui a quelquefois du mal à être réelle.

- Et le second : nous communions à la présence réelle du Christ pendant la messe pour devenir nous-mêmes présence réelle du Christ auprès de nos frères après la messe. Écoutez cet extrait de prière eucharistique : “Regarde avec amour, Père très bon, ceux qui vont recevoir le corps du Christ, fais qu’ils deviennent ensemble par la force de l’Esprit Saint, le corps de ton Fils ressuscité.” C’est clair : après la messe, nous devons devenir ensemble le corps du Christ, le signe visible de sa présence dans le monde.

En fait, c’est après la messe que l’on sait si la messe a été une vraie messe. Une messe vivante est une messe qui fait vivre. Et si ça arrive, ou plutôt quand ça arrive, personne ne se demande plus ce que nous sommes venus faire à la messe.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 19:42
Homélie pour la Célébration en souvenir des victimes de l’esclavage colonial à la Basilique de Saint Denis.

Faire mémoire et demeurer vigilant !

Référence des textes : Genèse 1, 1-28 - Genèse 37, 1-4 ; 11-28 – Marc 4, 30-32.

Trois signes nous ont été proposés au début de notre célébration : l’eau, la canne à sucre, le fer.

Regardons l’eau, symbole de la mer sur laquelle naviguaient les bateaux négriers. La mer qui devenait, pour des milliers d’esclaves, symbole de séparation avec une terre, une famille, des amis. La mer qui devint également symbole de mort pour tous ceux qui ne survécurent pas à ces terribles traversées. La mer, symbole de séparation, symbole de mort.

Deux siècles plus tard la mer est devenue signe d’espérance pour tous ceux qui cherchent à fuir la guerre, la violence, la misère. Trop souvent, hélas, cette espérance s’achève dans un naufrage qui fait aujourd’hui de la mer Méditerranée un vaste cimetière. Comment ne pas nous habituer à de tels faits ? Le devoir de vigilance rejoint le devoir de mémoire.

Regardons la canne à sucre symbole du travail forcé aux Antilles et en d’autres lieux. L’homme est réduit à un instrument de production, entendez par là qu’il peut-être acheté et vendu au même titre que n’importe quel bien.

Dans son exhortation apostolique « la joie de l’Evangile » le pape François écrit : « Aujourd’hui on considère l’être humain en lui-même comme un bien de consommation qu’on peut utiliser et ensuite jeter. Nous avons mis en route la culture du déchet qui est même promue…. Les exclus ne sont pas des exploités mais des déchets, des restes » (§ 53).

Aujourd’hui, comment ne pas nous habituer à toutes les situations de misère et d’exclusion où la dignité de l’homme, créé à l’image de Dieu, est bafouée ? Comment ne pas nous habituer à ces bidonvilles qui abritent la population Rom ? Le devoir de vigilance rejoint le devoir de mémoire.

Regardons le fer, les chaînes symboles de la souffrance et du manque de liberté. Manque de liberté physique, certes mais aussi désir de mettre fin à la liberté de penser, de réfléchir, d’émettre des idées, de rêver à l’avenir. Désormais l’esclave doit obéir et être soumis.

Aujourd’hui encore des enfants sont enrôlés de force pour faire la guerre, des jeunes filles sont enlevées, vendues, exploitées sexuellement, des peuples connaissent le joug de la tyrannie politique ou religieuse : que de souffrances, que de libertés bafouées et méprisées ! Comment allons-nous promouvoir une éducation porteuse des droits de l’homme, certes, mais aussi des devoirs de l’homme envers son prochain ? Le devoir de vigilance rejoint le devoir de mémoire.

L’eau, la canne à sucre, le fer. Le devoir de vigilance rejoint le devoir de mémoire. Qu’allons-nous faire pour éviter aux générations qui nous suivront de faire mémoire de ceux et celles qui aujourd’hui crient vers nous ? Nous croyons que l’homme créé à l’image de Dieu a la capacité d’agir, de réagir et de lutter contre les injustices. Dès lors nous ne pouvons nous dédouaner en prétendant que nous ne pouvons rien faire. La question qui devrait toujours nous habiter est bien celle-ci : « Que puis-je faire ? Que pouvons-nous faire ?». Et la parabole de la graine de moutarde nous rappelait qu’aux yeux de Dieu rien n’est inutile, que chaque geste d’humanité, aussi petit soit-il, est important à ses yeux et peut déjà transformer le monde.

Pour que le devoir de vigilance rejoigne le devoir de mémoire souvenons-nous ce matin que la graine de moutarde, la plus petite de toutes les semences, donne naissance à la plus grande des plantes potagères. Que cette parabole nourrisse notre espérance. Amen !

+ Pascal Delannoy

Evêque de Saint-Denis en France.

Samedi 23 Mai 2015

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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 14:37
Homélie du dimanche 31 mai 2015 : Fête de la « Trinité »

Deutéronome 4, 32-34; 39-40 ; Psaume 32 ; Romains 8, 14-17 ; Matthieu 28, 16-20

Deux mots aujourd’hui pour notre réflexion : Dieu et Trinité.

Dieu : Une question qui hante l’humanité depuis toujours. L’Éternel a pris successivement plein de visages : maître exigeant, juge au cœur de pierre, souverain impitoyable. Des hommes et des peuples ont cru être victimes des humeurs divines, esclaves sans avenir, coupables sans espérance. Mais ici ou là des petites lueurs ont percé les ténèbres. Des croyants ont perçu comme des battements de cœur venant du ciel et en même temps du fond de leur être. Le maître du ciel et de la terre n’aurait-t-il pas quelque chose du père et de la mère ? Et le peuple hébreu s’est laissé conduire par ses poètes de la foi à la découverte du TOUT AUTRE : l’inaccessible est devenu proche, la crainte a fait place à la confiance. “Sache donc aujourd’hui et médite cela dans ton cœur… Le Seigneur est Dieu là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre” (1ère lecture).

Un pas de plus : la proximité se fait intimité : c’est l’alliance. L’aventure d’une petite nation devient histoire d’amour, miracle du pardon, force de l’espérance. On sait que l’amour ne supporte pas les séparations : en Jésus, Dieu est venu à visage découvert, l’Esprit s’est fait chair, et des humains ont fait l’expérience de Dieu et de sa façon d’aimer. Pour bien le connaître, il faut aimer les frères et sœurs humains. Si les liens d’humanité se chargent de haine, la connaissance de Dieu est brouillée. Par la foi en Jésus Christ chacun peut donc être entraîné par l’Esprit qui transforme la peur en confiance et la tristesse en joie. Il fait de nous des fils, dit Saint Paul, et il nous autorise à crier vers le Père en l’appelant papa, comme le Fils qui l’appelaitAbba ! Alors Jésus est un frère authentique.

Alors apparaît le mot Trinité : Le mot est lâché ? Compliqué ? Pas plus que nos familles humaines. Personne n’a attendu de savoir ce qu’est une famille pour venir au monde et y vivre. La Trinité, ce n’est pas une élucubration d’intellectuels, c’est le mot que l’Eglise a trouvé pour formuler ce que nous disent de Dieu le livre Evangile et la vie que nous vivons : dans l’Evangile, Jésus parle du Père dont il reçoit tout ; et quand il s’en va, il annonce qu’il nous enverra l’Esprit ; dans notre vie, Dieu Trinité aide à comprendre qui nous sommes. Pourquoi si différents les uns des autres : parce que nous sommes créés à l’image d’un Dieu-pluriel.

La Trinité n’est pas une énigme, mais une clé pour comprendre qui nous sommes : Jésus dit qu’il nous est possible de connaître le Père : “Dieu, personne ne l’a jamais vu, le Fils unique qui est dans le sein du Père, c’est lui qui 1’a révélé.(Jean 1, 18). Jean-Noël Besançon a une belle formule : Jésus, tout le portrait de son Père !” Ce visage, Saint Jean le décrit en ces mots : “Dieu est amour” (1 Jean 4, 8). Jésus parle de Dieu comme nous parlons d’amour.

En tout amour authentique, il y a initiative, accueil et communion. Dieu Père est initiative. Jésus ne cesse de dire que le Père est la source de ce qu’il vient nous partager : vie, tendresse, fidélité, pardon. “Comme le Père m’a aimé, je vous ai aimés.” Lui, le Fils, est tout entier accueil. Ce qu’il a, ce qu’il est, il le tient du Père. Et c’est dans l’Esprit Saint que se vit et se dit cette communion profonde en Dieu. L’Eglise veut être communion d’amour car le cœur de Dieu a voulu battre dans un cœur d’homme pour imprimer à chaque cœur d’homme le rythme de son amour.

Chacun est invité à se laisser saisir par l’amour du Père, initiative, premier pas toujours nouveau. Et à se laisser habiter par l’amour du Fils qui est accueil, reconnaissance, partage. Il n’aime pas vraiment celui qui ne sait pas recevoir. Et l’Esprit de communion ouvre sans cesse des communications ; il est comme un trait d’union.

L’Evangile d’aujourd’hui dit : “Allez ! Faites des disciples”. Non pas : cherchez des adhérents. Mais allez. Aller, c’est partir, quitter, être libre. Aller, c’est devant. Aller, c’est signe de confiance. Va ! C’est une décision. Il s’agit d’apprendre à garder les commandements autrement qu’au réfrigérateur. Le seul commandement c’est d’aimer ! Une jeune fille avait un jour formulé magnifiquement cette richesse que chacun de nous porte en soi : “Dieu est le seul bonheur gratuit auquel tout le monde a droit”.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 07:18
Homélie du dimanche 17 mai 2015

Évangile de Jean (17, 11b-19)

« En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :« Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie.

Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde. Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde.

Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

Homélie : Vivre autrement la vie ordinaire

Cette magnifique prière de Jésus nous introduit au cœur de sa relation avec son Père et avec ses disciples.

L’Esprit Saint, qui est ce souffle d’amour, partagé par le Père et le Fils, nous est communique pour qu’à notre tour, nous vivions en communion avec Dieu et avec nos frères.

Une des préoccupations majeures de Jésus est celle-ci : quelle sera la suite ? Il a entrainé ses disciples. Il les a mis en route comme un peuple vers une terre promise. Ses disciples vont-ils continuer à marcher ? Sauront-ils, à sa suite, se donner totalement, jusqu’au bout par amour pour Dieu et pour les hommes ?

Rassemblés autour de lui en cet instant décisif, sauront-ils rester unis à lui et entre eux, après son départ ?

Le projet de Dieu, c’est que le monde tout entier devienne lieu d’amour et de vérité : lente transformation, on pourrait dire germination, à laquelle tous les croyants sont invités à coopérer.

Ainsi, les croyants ne quittent pas le monde, ils sont dans le monde, ils y travaillent de l’intérieur. Mais s’ils veulent le transformer, cela veut dire qu’ils savent en permanence rester libres, se maintenir à distance des conduites du monde qui ne sont pas conformes au mode de vie du royaume qu’ils veulent instaurer. Les croyants ne vivent pas une autre vie que la vie ordinaire, mais ils vivent autrement la vie ordinaire.

Il ne s’agit donc pas de mépriser le monde, notre vie quotidienne, les gens que nous rencontrons, les soucis matériels, l’argent et toutes les réalités humaines : il s’agit au contraire d’habiter ce monde pour le transformer de l’intérieur.

Comment être dans le monde sans être du monde, sans être habité par l’esprit de domination, la recherche de son seul intérêt, le mépris du plus petit ? Jésus leur a fait don de sa Parole. C’est par la fidélité à cette Parole qu’ils vivront dans la société des hommes sans être sous l’emprise de l’esprit du monde. Comment ne pas penser à l’esprit des Béatitudes : « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, heureux les artisans de paix…. » ou à cette autre parole de Jésus « Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ».

Dans cette grande prière de Jésus pour ses disciples, trois mots reviennent sans cesse : fidélité, unité, vérité.

Premièrement, la fidélité : « Père Saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage ». Ce nom, c’est celui qui a été révélé à Moïse. Ce nom, c’est un nom de route. « Je suis » celui qui marche avec vous pour vous ouvrir des chemins de liberté. Ce nom, Jésus va l’habiter pleinement sur la croix. « Quand vous m’aurez élevé de terre, vous saurez qui je suis ». Dieu se révèle comme un Dieu désarmé, sa toute-puissance est celle de l’amour et du pardon.

Deuxième mot important : l’unité. « Garde-les… pour qu’ils soient Un comme nous-mêmes ».Nos divisions, nos querelles mangent nos énergies et sont un contre-témoignage scandaleux. La vie de Dieu est communion, communauté d’amour et de joie. Jésus demande pour nous la même communion et la même joie.

Troisième maître mot de la mission que Jésus nous confie : la vérité. « Consacre les par la vérité : ta parole est vérité ». Le verbe consacrer signifie participer à la sainteté de Dieu, et cela est accordé aux croyants, non pas pour qu’ils désertent le monde, mais pour qu’ils l’habitent à la manière de Dieu.

Dieu est Amour… et l’Amour est Dieu. Pour Jésus, les deux mots « Dieu » et « Amour » sont deux synonymes, on peut toujours remplacer l’un par l’autre. Jésus est venu dans le monde pour révéler aux hommes le visage d’amour du Père. Ceux qui croient en Lui deviennent à leur tour des sources d’amour.

Louis DURET, Prêtre du Diocèse de Savoie

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 19:59
Homélie du jeudi 14 mai 2015 : Fête de l’Ascension

Actes 1, 1-11 ; Psaume 46 ; Ephésiens 4, 1-13 ; Marc 16, 15-20

Fête de la Première Communion

Vous vous êtes déplacés nombreux et peut-être de loin pour ce moment de fête où l’un de vos proches, comme disait Mgr Rouet, évêque de Poitiers, met en jeu quelque chose de fondamental pour son existence. Vous vous êtes déplacés pour une raison relationnelle forte, une raison d’amitié ou d’affection. Et vous avez eu raison. D’ailleurs on l’a souvent remarqué, Dieu déplace les foules quand il y a une bonne raison humaine relationnelle de bouger. Tertullien, un père de l’Eglise du 3° siècle vous aurait dit que vous êtes venus grâce à ce qu’il appelait le “sacrement du frère.”

Ascension – Pentecôte : deux fêtes qui vont bien ensemble, et qui disent un message très fort sans doute pas assez entendu. Sinon, il y aurait moins de désespérés de l’absence de Dieu. Et il y aurait moins de rêveurs à l’affût de miracles ou d’interventions magiques de Dieu. Ascension – Pentecôte : message très fort de la présence dans l’absence : on a tous sur nos tables de nuit des objets qui sont là pour dire la présence de quelqu’un qui est quelquefois très loin, ou même décédé.Présence dans l’absence : Dans les Actes des apôtres (1ère lecture) : “Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins…” Présence dans l’absence : Dans l’Evangile de Marc : “Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.”

L’Ascension nous apprend à ne pas mettre la main sur Jésus. Jésus échappe aux disciples. Il a une nouvelle manière d’être présent. L’Ascension nous apprend le sens profond de l’Eucharistie : Jésus n’a plus à être à nos côtés puisqu’il veut être en nous ; Il n’a plus à être notre compagnon de route, puisqu’il est notre force pour marcher ; Il n’a plus à être vu puisqu’il devient notre regard ; Il n’a plus à être notre ami puisqu’il est devenu notre force d’aimer. Louis Evely disait : “Dieu nous laisse entre hommes. Pas moyen de le rencontrer autrement que par l’homme. Dieu est intérieur à l’homme et ne peut se manifester que par chacun d’entre nous. L’homme est donc seul responsable du silence ou de l’absence apparente de Dieu.” Matthieu, au chapitre 25 disait la même chose : “J’avais faim et vous m’avez donné à manger…” Le pape saint Léon écrivit cette phrase lumineuse : « L’Ascension du Christ est notre promotion. »

Alors, quelle attitude adopter par rapport au message de cette fête Ascension – Pentecôte ? Elle est double. D’abord : Attendez, ne quittez pas – c’est ce qu’on dit au téléphone - avant d’avoir la communication, la force de l’Esprit. Ne quittez pas Jérusalem, attendez, priez. Et puis : Allez-y, ne restez pas là à regarder le ciel.” Allez-y, action comme on dit au cinéma. “Soyez mes témoins … jusqu´aux extrémités de la terre.”

Des enfants aujourd’hui commencent à communier. Ils vont recevoir le Corps du Christ ! Compliqué ! Beaucoup aimeraient qu’on explique. Moi je crois qu’il ne faut pas expliquer. En effet, ce n’est pas compliqué, c’est simplement mystérieux. Et un mystère, ce n’est pas : “circulez, y’a rien à voir”, mais “scrutez car il y a tellement à comprendre que vous n’aurez jamais fini.” Ce qu’il faut, c’est se mettre en chemin sans tarder pour commencer à comprendre le mystère.

En réalité, la messe est la rencontre de deux présences réelles : celle du Christ, qui ne fait aucun doute, et la nôtre, notre présence réelle, qui, elle, est parfois moins sûre. Nous communions à la présence réelle du Christ pendant la messe pour devenir nous-mêmes présence réelle du Christ après la messe. Vous connaissez la formule : “Moi, je ne mange pas de ce pain-là.” Eh bien, vous les adultes qui accompagnez ces enfants qui vont commencer à manger de ce pain-là, soyez chaque jour à leurs côtés pour qu’ils partagent leur vie comme on partage le pain… Soyons tous réellement présents pour accueillir la présence du Christ en partageant l’eucharistie : car on ne mange pas de ce pain n’importe comment. On le reçoit avec respect. Saint Cyrille de Jérusalem disait dès le 4° siècle : “Fais de ta main gauche un trône pour ta main droite qui doit recevoir le Christ”.

J’ajoute que je vous invite à avoir le sourire en le donnant, sourire en le recevant.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 06:21
Homélie du dimanche 10 mai 2015

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (15, 9‑17)

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »

Homélie :

Le temps Pascal est le temps de la relecture du testament de Jésus dans l’Evangile de Saint Jean.

Ce testament se résume en un mot, un « commandement » : « Aimer ». Aimer c’est justement ce qui ne se « commande pas » ! « Aime et fais ce que tu veux » dira Saint Augustin !

Nous avons pour testament « l’AMOUR » et non pas « la LOI ». Le salut en Jésus Christ ne nous est pas donné par l’application d’un code et des règles… C’est « l’AMOUR » qui sauvera le monde ! Mais encore faut-il entendre ce que pour Jésus AIMER veut dire !

Nous sommes le jeudi Saint : dans l’Evangile de Jean nous ne trouvons pas de récit de l’institution de l’Eucharistie mais le récit du « lavement des pieds ». Jésus exprime de la meilleure manière ce que veut dire « aimer ». Il s’agenouille devant ses apôtres et leur lave les pieds, comme le ferait l’esclave dédié à cette tâche. Il s’agenouille devant Judas, le traitre, devant Pierre qui le reniera trois fois, devant Jean ce disciple « bien aimé » qui s’endormira avec les autres au mont des oliviers alors que Jésus venait de l’inviter à prier !

Jésus nous apprend, dans l’AMOUR à passer du « Je « au « Nous » !

Le « Je » aujourd’hui occupe chez nous la première place. Nous avons tous des revendications de « liberté », de reconnaissance, d’épanouissement et de bonheur personnels… à commencer par nos chers ados… mais nous sommes ados de plus en plus longtemps ! La liberté, évidemment c’est très important, fondamental même ! Mais si nous ne sommes préoccupés que de liberté nous en oublions notre « raison de vivre » !

Ce « JE » occupe une telle place qu’il nous est de plus en plus difficile de dire « NOUS ».

Ecoutons un instant la prière que Jésus lui-même nous a apprise : le « Notre Père ». Il n’est pas question de « Je » mais uniquement de « nous » : « Donne-NOUS notre pain de ce jour » « Pardonne-NOUS nos offenses, comme NOUS pardonnons à ceux qui NOUS ont offensés » « Ne NOUS soumets pas à la tentation » « mais délivre NOUS du mal ».

Dans l’Amour du Père Jésus nous fait passer du « JE » au « NOUS ».

Grâce à cette prière nous découvrons que nous avons un seul Père et que nous sommes tous « frères » !

C’est « l’AMOUR » qui nous fait passer du « JE » au « NOUS ». C’est l’expérience de l’Amour dans le couple : les amoureux deviennent capables de dire « NOUS ». C’est l’expérience de la vie en famille : on y découvre ce que « NOUS » veut dire… c’est l’expérience en équipe… en communauté, en Eglise !

Mail là encore ce n’est pas n’importe quel « NOUS » ! Il ne s’agit pas d’un nous qui vient s’opposer aux autres nous, qui conduirait à un repli sur soi ou à la division entre les groupes, les races, les religions ou les classes sociales.

Jésus n’a eu de cesse, durant sa vie terrestre, de remettre au cœur de la communauté humaine ceux qui en étaient exclus : les malades et les paralytiques, les lépreux et les aveugles, les publicains et les pêcheurs, la femme adultère … Il a travaillé à détruire les barrières et à franchir les frontières entre les hommes pour témoigner de l’égale dignité de tous les êtres humains.

L’Eglise a pour vocation, nous dira le Concile Vatican II, à la suite du Christ, de « travailler à l’unité du genre humain ».

« Il n’y a pas de plus grand Amour que de donner sa vie pour ses amis ».

En Amour ce qui domine c’est l’humilité, le pardon. On se dépouille de « sa superbe », de « son orgueil », on devient serviteur comme le Christ, serviteur de ses frères.

L’Amour sauvera le monde car le monde est voué à la division et à l’échec dans sa course à l’argent, au pouvoir ou au savoir. Nous qui étions – dans le monde - des individus isolés et même perdus nous faisons l’expérience, grâce à l’Amour, d’être « reliés ». Nous faisons l’expérience d’être reliés aux autres et à Dieu. Nous faisons l’expérience d’être frère ou sœur, d’être frère ou sœur de tous les hommes, de toutes les femmes et de tous les enfants de la terre car NOUS avons tous un même Père.

Amen

Denis Chautard

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 16:24
Homélie du dimanche 3 mai 2015 : « Demeurer dans le Christ » !

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 15,1-8.
« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron.
Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage.
Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite.
Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.
Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »

Homélie :

L’apôtre Jean a recueilli les dernières recommandations de Jésus avant sa mort. C’est comme un Testament dans les chapitres 15, 16 et 17 de son Évangile. Le texte de tout à l’heure en fait partie : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments. - Demeurez en moi, comme le sarment demeure sur le cep ». En clair, essayez de rester branchés ! Le mot demeurer est répété sept fois en quelques lignes : « Demeurez en moi« . Les chrétiens sont des hommes et des femmes qui demeurent dans le Christ. Comment demeurer dans le Christ ? Comment le rencontrer ?

Eh bien ! On ne rencontre pas le Christ en direct, comme un voisin de pallier dans l’ascenseur. Car l’homme habite aussi ses relations, ses goûts, ses amitiés, ses responsabilités. Sa véritable demeure est intérieure. Demeurer, c’est vivre avec. L’Eglise nous apprend à rencontrer le Christ grâce à des médiations, grâce à des ainés dans la foi, comme on dit au caté. Elle parle de trois chemins pour rencontrer le Christ : le chemin de la Parole de Dieu, le chemin de la prière et des sacrements, le chemin de la vie quotidienne.

Le chemin de la Parole : pour demeurer dans le Christ, il faut accueillir la Parole de Dieu. J’aime bien la petite histoire vraie que raconte un prêtre. Un homme lui dit : « Moi je suis incroyant.

- Je vous crois, Monsieur, mais avez-vous lu l’Evangile ? – Non, dit l’homme.

- Vous avez tout de même entendu parler de la parabole de l’enfant prodigue ? – Euh, non.

- Mais vous connaissez les Béatitudes ? – Non ! dit l’homme qui commence à être agacé.

- Alors, dit le prêtre, êtes-vous bien sûr d’être incroyant ?

Deuxième chemin pour demeurer dans le Christ : le chemin de la prière et des sacrements. Le Père Lintanf écrit : la prière est un entretien, aux trois sens du mot :

1/ un entretien : on s’entretient avec le Christ, on parle avec lui : « Seigneur, j’ai un grand merci à te dire… – j’ai des gens à te recommander ».

2/ un entretien, comme on entretient son anglais ou sa voiture : la prière maintient l’Evangile en état de marche, dans ma vie.

3/ un entre-tient. Dans la prière, on se soutient les uns les autres. On prie les uns avec les autres, les uns pour les autres, on s’entre-tient.

Troisième chemin pour demeurer dans le Christ : le chemin de la vie quotidienne. Le vrai disciple de Jésus ne décolle pas de l’humain, mais il s’y enracine. L’Evangile nous dit que le Christ n’est pas enfermé dans les temples, mais qu’il demeure désormais à fleur de visage, au cœur de l’humanité : Ce que l’on fait au plus petit de ses frères, c’est à lui qu’on le fait (d’après Matthieu 25). On ne peut pas se dire disciple du Christ si l’on n’est pas proche de ses frères.

Au début de son Évangile, l’apôtre Jean nous raconte le premier dialogue que Jésus a eu avec ses disciples. “Que cherchez-vous ?” leur demande-t-il. Et les disciples l’interrogent à leur tour : “Maître, où habites-tu ? – Eh bien : venez, et vous verrez.”

Venez et vous verrez… C’est ce que le Christ nous dit ce matin…

– Venez ! Reprenez le chemin de ma Parole et vous m’entendrez.

– Venez ! Reprenez le chemin de la prière et vous me rencontrerez.

– Venez ! Reprenez le chemin de votre vie et vous me croiserez.

Chemin de la Parole, chemin de la prière, chemin de la vie. Trois chemins qui, comme diraient les guides touristiques, méritent le détour.

Robert Tireau, prêtre du Diocèse de Rennes

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