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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 18:52
Homélie du dimanche 26 avril 2015

« Donner sa vie » et « la recevoir de nouveau » résume ce qui s’est passé à Pâques.
Jésus, sur la croix, a aimé jusqu’au bout, jusqu’au pardon de ses ennemis, jusqu’au don de sa vie, et il a reçu à nouveau la vie, mais une vie tout autre, une vie de ressuscité, la plénitude de la vie.

Connaître le Père, c’est entrer dans cette dynamique du don et de l’accueil.

Et en ce dimanche des vocations, où l’on prie plus spécialement pour celles et ceux que le Seigneur appelle à marcher à sa suite, nous sommes invités à découvrir la vie comme un don à recevoir et à redonner par amour.

Seigneur, qu’attends-tu de moi, que veux-tu que je fasse de ma vie ? Et le Seigneur me répond : ‘’je ne te demande rien, je te donne tout’’.

Le Christ n’est pas celui qui vient rétrécir notre vie. Au contraire, il vient pour que nous ayons la vie en abondance.
Si un jour j’ai dit ‘’oui’’ au Christ pour le suivre comme prêtre, c’est pour être l’humble témoin de cette vie donnée en abondance. Pour dire et redire sans cesse : ‘’Tu as un monde immense en toi ; il y a la hauteur, la largeur, la profondeur de ta vie. En toi il y a l’hiver et le printemps, la semence enfouie et l’arbre en fleurs. Tu es né pour une grande passion. Tu es mis au monde pour apprendre à aimer. On t’attend, on tient à toi, tu n’as pas encore tout révélé des trésors que tu portes, du trésor que tu es’’. Suivre ce bon berger qui prend soin de chacun. Ecouter la voix de celui qui nous connait un à un.

Ce Jésus, la pierre méprisée, rejetée par les bâtisseurs est devenu la pierre d’angle. Il est le visage aujourd’hui de tous ceux qui sont blessés, meurtris, rejetés par les bâtisseurs de ce monde.
Serons-nous des bâtisseurs d’amour ? Oserons-nous vivre cette parole : ‘’Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager’’. ?

Etre disciple du bon pasteur, suivre Jésus, c’est réaffirmer sans se lasser que la personne fragile, vulnérable doit être la pierre angulaire de tout projet de société. François, notre pape, ne cesse de nous le rappeler.

Mettre l’homme au centre de l’histoire humaine, rappeler en tout temps et en tout lieu sa dignité, prendre une option préférentielle pour les pauvres, aller aux périphéries de l’existence, là où l’homme court le risque de l’abandon, de la marginalisation.
Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager. Nul n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir. Attention à l’autosuffisance, au repli sur son groupe, à l’entre-soi !

Nous avons tous dans l‘Eglise à recevoir de celui qui est différent, de celui qui a une autre approche, une autre sensibilité. Tous, nous sommes appelés à être des bâtisseurs de l’amour. Tous appelés suivre le Christ bon pasteur.

Une parole pour ce dimanche

Ce Jésus, la pierre méprisée, rejetée par les bâtisseurs est devenu la pierre d’angle. Il est le visage aujourd’hui de tous ceux qui sont blessés, meurtris, rejetés par les bâtisseurs de ce monde.
Serons-nous des bâtisseurs d’amour ? Oserons-nous vivre cette parole : ‘’Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager’’ ?

Louis Duret, prêtre du Diocèse de Savoie

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 18:07
Homélie du dimanche 12 avril 2015

Le jour de Pâques, cette année encore, l’annonce de la Résurrection du charpentier de Nazareth, authentifié Fils de Dieu, a été proclamée dans les églises. Jésus est vivant !

Cette Bonne Nouvelle est devenue banale à nos oreilles habituées et ne nous fait plus grand effet. Dans le bagage des chrétiens, il y a la Résurrection de Jésus, une notion parmi d’autres, guère plus. Et j’ai envie de dire : ‘’Qu’est-ce que ça change dans nos vies ? ‘’

Le père Jean Corbineau raconte qu’un de ses amis, dans une discussion avec des gens qui lui demandaient de rendre compte de sa foi en la Résurrection de Jésus, a conclu : ’’La Résurrection, ah oui, c’est peut-être une façon de parler !’’

‘’Eh bien non et non, proteste Jean Corbineau comment peut-on laisser l’essentiel de notre foi se réduire à ‘’une façon de parler’’ ? Saint Paul est catégorique : ‘’Si le Christ n’est pas ressuscité notre foi est vide’’.

  • Tout à l’heure, en tant que Célébrant, je vous ai dit : ‘’Le Seigneur soit avec vous’’ est-ce une façon de parler ?
  • Quand je prie Jésus, est-ce que je m’adresse à quelqu’un ou pas ? À quelqu’un de vivant maintenant ou est-ce une façon de parler ?
  • L’Eucharistie, est-ce une façon de parler ? Jésus est-il au milieu de nous ou pas ?
  • Lors de la Vigile pascale, plusieurs milliers de catéchumènes ont célébré leur baptême. Sont-ils vraiment reliés à un vivant, le Christ ou est-ce une façon de parler ?
  • Si, à une femme désespérée par la mort de son mari je dis, dans un langage approximatif qui n’engage à rien, que son mari est vivant de la vie du Christ, c’est positivement intolérable, voire scandaleux.

Les façons approximatives de parler des chrétiens qui fêtent Pâques avec une tête de tous les jours, voire une tête d’enterrement, comme si Jésus n’était pas vraiment ressuscité, enterrent vraiment la proclamation de Pâques.

Nietzche disait : ‘’ Il faudrait qu’ils me chantent des chants meilleurs pour que j’apprenne à croire à leur Sauveur ! Il faudrait que ses disciples aient un air plus délivré ! ‘’

Pour les apôtres et les disciples de Jésus ce n’était pas une façon de parler. Ils ont vu leur maître après sa mort, ils ont fait l’expérience mystérieuse mais réelle de Jésus dans leur vie. Illusions ?... Naïveté ?... Non. Leur vie a été complètement transformée par cet événement, et, l’un après l’autre, ils ont préféré mourir plutôt que de renoncer à proclamer cette Bonne Nouvelle : ‘’Jésus est ressuscité. Nous en sommes les témoins’’, des témoins qui se sont laisser égorger. On peut mourir pour des idées fausses pas pour attester de ce dont on a été témoins. Les apôtres ont fait ce choix. Ils sont passés de la peur à l’audace et à la confiance.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux, hommes, femmes, jeunes, enfants qui sont fascinés par la vie de Jésus ; nombreux sont celles et ceux qui décident de marcher à sa suite et de vivre de sa vie. Pour eux, la Résurrection n’est pas une façon de parler. Ils rencontrent Jésus dans la prière et les sacrements. Ils croient à la vie ressuscitée, pas une vie pour plus tard mais une vie dès aujourd’hui.

Sans doute connaissez-vous cette petite parabole : Un homme passe devant le chantier de trois tailleurs de pierres. Aux trois il pose la même question ‘’Qu’est-ce que tu fais ?’’ Le premier répond : ‘’Je taille une pierre’’ ; le deuxième ‘’Je gagne ma vie et celle de ma famille’’ et le troisième : ‘’Je bâtis une cathédrale’’

Chers amis, dans un monde désenchanté qui souvent ne voit pas plus loin que le bout de la dernière information, nous avons à proclamer avec enthousiasme que la vie vaut d’être vécue parce qu’il y a une Vie après la vie. Nous pouvons espérer grand. Nous bâtissons du définitif.

Depuis la Résurrection de Jésus, il y a une façon de vivre qui ne s’achève pas à la mort.

Croire à la ‘’résurrection de la chair’’ n’est pas croire retrouver nos corps à partir de nos restes et de nos cendres. Ce serait naïf et absurde de croire cela. Croire à la résurrection des corps, c’est être sûr de retrouver, sous une forme qui n’est pas décrite, ce que notre corps nous permet aujourd’hui : la relation, la communication, l’amour, tout ce qui fait corps avec nous. C’est croire aussi que dans l’au-delà, Dieu nous donnera non pas une vie désincarnée, éthérée, vaporeuse mais une vie pleinement épanouie aux dimensions d’une cathédrale.

Voici une histoire vécue. Une jeune femme marchait sur le côté d’une route qui menait à un calvaire. Un ancien du village marchait de l’autre côté de la route. Arrivée devant la croix, elle regarda longuement le corps du crucifié. On pouvait croire qu’elle priait. Elle demanda soudain : ‘’Qui est cet homme cloué sur le bois ?’’ La question laissa notre ami sans voix. Puis, calmement, comme s’il faisait une prière dans une église, le vieux monsieur laissa parler son cœur ou plutôt sa foi. ‘’Cet homme s’appelle Jésus. Il a été arrêté bien qu’innocent. On l’a flagellé. On l’a forcé à porter le bois de sa croix et on l’a cloué dessus. Mais pour moi il n’est pas perdu, il est vivant. Il est Dieu avec nous. Il est Dieu pour nous. Il nous a ouvert un chemin de vie’’.

C’est comme cela que se transmet le message de la Résurrection : quelqu’un qui parle avec assez de foi et quelqu’un qui écoute avec assez de cœur. La jeune femme dit simplement ‘’Merci’’ avec un regard qui disait beaucoup et elle poursuivit sa marche vers un autre chemin.

Si vous rencontrez sur votre route quelqu’un qui regarde un calvaire, n’hésitez pas à laisser parler votre cœur et votre foi.

Roland Chesne, Prêtre à Vernonnet

Diocèse d'Evreux

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 07:37
Homélie du dimanche de la Passion, 29 mars 2015

Simon de Cyrène passe pratiquement inaperçu dans ce long récit de la passion : il aurait pourtant beaucoup de choses à nous dire, lui qui a aidé Jésus à porter sa Croix sur le chemin du Calvaire.

Nous ne savons presque rien de lui. Ce qui est frappant chez Simon, c'est à la fois son anonymat et la place privilégiée qu'il a prise dans le Mystère de la passion du Christ. C’était un immigré : Cyrène est en Afrique du Nord. De nos jours, on dirait que c’est un maghrébin I1 revenait des champs, fatigué, à l'heure de midi où le soleil tape fort. Il est réquisitionné, lui, le passant de hasard, pour aider le condamné soi-disant roi des Juifs à porter sa croix. Ensuite, on n'a plus reparlé de lui. Il n'a jamais eu sa place dans le catalogue des saints. I1 est rentré dans la nuit et l'oubli de l'histoire.

Et pourtant quelle place il a eue ! Il a été le seul à porter la Croix du Christ ! Il était à côté de Lui. Il a senti son souffle ! Il l'a vu souffrir, pleurer. Et ainsi, il a été le partenaire du plus bouleversant événement de l'histoire : ce chemin de Croix où Dieu lui-même a donné sa vie pour tous les hommes, sans exception. En cette heure d'épreuve extrême, Jésus, Homme-Dieu a eu besoin d'un homme, d'un frère, Simon, toi l'étranger qui simplement passais par là. Ce jour-là, sans le savoir, on peut dire que tu es devenu le premier disciple de ce Jésus qui avait dit auparavant: " Celui qui veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » À ce moment-là, tu as pris ta place de disciple, bien avant les apôtres qui s'étaient enfuis.

Simon de Cyrène est le frère de tant de gens très simples, anonymes, des passants comme on dit. I1 y en a certainement parmi vous, ici même, ce dimanche des Rameaux, dans cette église de Vernonnet.

Vous n’êtes pas forcément des familiers de l'église. Vous n’êtes pas obligatoirement engagés dans l’Équipe d’Animation locale - mais vous en faites partie éventuellement. Toujours est-il que lorsqu’il faut prendre sa place auprès de quelqu'un qui porte douloureusement sa croix, ça, vous savez le faire, sans publicité.

  • Sidaction, Téléthon, Banque alimentaire,
  • Enfants d’Haïti
  • Accueillir un voisin seul à Noël, un enfant de la chaine de l’Espoir, contribuer à la réalisation d’un rêve d’enfants en fin de vie avec l’Association des Petits Princes
  • Aller voir un ami en prison, lui écrire, accompagner sa famille.
  • Faire partie d’organisations durables, Secours Catholique, Secours Populaire, CSVP, AVAP ici à Vernonnet…etc

C’est de l’émotionnel, dit-on avec un peu de dédain. Jésus lui aussi a été « pris de pitié pour la foule », et le Dieu de l’Ancien Testament est un Père plein de tendresse.

Ce n’est pas vrai que les ‘’gens’’ comme on dit sont tous égoïstes, enfermés sur eux-mêmes. Ils savent, vous savez être généreux.

Dans notre société si dure, traversée de tant de peurs, grande est la solitude de ceux qui, à l'image du Christ, portent leur croix.

Or, en raison notamment des crimes abominables commis depuis un siècle avec un sadisme et une volonté d'extermination jamais égalés auparavant, on a sombré dans le pessimisme. L'homme apparaît souvent à nos contemporains comme un ennemi potentiel.

Le mal existe, c’est vrai. Le bien aussi. Le beau existe. La tendresse existe. Le dévouement existe. La générosité existe. Chacun peut le constater quotidiennement autour de lui. Il faut le dire sous peine de ne pas voir toute la réalité et de désespérer vos enfants ou petits enfants.

Contrairement au mal, le bien ne fait pas de bruit. Cette ‘’discrétion" fait que nous ne le prenons pas suffisamment en compte dans notre jugement sur le monde. "On entend le fracas de l'arbre qu'on abat, mais on n'entend pas la forêt qui pousse" dit un proverbe africain. La forêt qui pousse silencieusement, c'est le bien qui s'accomplit chaque jour sur terre, autour de nous et aussi - pourquoi pas - par nous.

Dix millions de bénévoles sont l'âme et le cœur de centaines de milliers d'Associations en France. À quoi s'ajoute un bénévolat extra - associatif au moins aussi nombreux.

Supposez que personne subitement ne vienne plus à l’aide de personne, l'existence quotidienne deviendrait intenable. L'humble générosité de chaque jour est à la base même du tissu social. Mais elle n'attire pas l'attention des médias. Nous y sommes tellement habitués que nous ne la voyons plus. En revanche sa disparition soudaine creuserait un vide impossible à combler. Dieu paraît se taire : en réalité, il nous parle par tout ce qui est beau et bien dans le monde.

La raison d’être des religions est de libérer le fonds de bonté des hommes, d'aller le chercher là où il est complètement enfoui. La bonté est plus profonde que le mal (...) La bonté est présente des le monde. Il faut apprendre à la voir" (Jean Delumeau Guetter l'Aurore p. 121-123)

Simon de Cyrène nous montre le chemin, lui, le lointain, a accepté de se faire tout proche, d’être celui qui s’approche, il a accepté d’être le prochain de Jésus épuisé sur le chemin de la mort. Il a su partager la passion du Christ. Avec lui, désormais, nous savons que s'il y a des croix impossibles à écarter, il reste l'immense appel à s'entraider à les porter les uns les autres.

Jésus est en agonie tant qu’il y aura des gens persécutés, méprisés, rejetés, outragés dans leur dignité d’homme. Ou pire peut-être oubliés, inexistants, comme le pauvre Lazare à la porte du riche qui fait bombance. Nous pouvons être associés au mystère pascal du Christ comme Simon de Cyrène en aidant Jésus à porter sa croix"

Roland Chesne, Prêtre à Vernonnet, Diocèse d'Evreux

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 09:47
Homélie du dimanche 22 mars 2015

Jérémie 31, 31-34 ; Psaume 50 ; Hébreux, 5, 7-9 ; Jean 12, 20-33

Nous sommes tout près de la grande semaine, que nous appelons sainte. Tout devient petit à petit plus intérieur, comme les mots de Jérémie (1ère lecture) au sujet de l’Alliance : “Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai dans leur cœur.” L’Alliance n’est plus un contrat mais une manière d’exister. C’est de l’intérieur que l’homme sait comment il doit se comporter devant Dieu qui entretient avec lui une relation de connaissance mutuelle. L’homme découvre Dieu en contemplant Jésus qui chemine vers le Père.

Ce sont les derniers jours de Jésus qui nous révèlent le plus sa relation avec le Père. Jésus laisse voir le dernier moment de sa vie comme un passage. Il en est bouleversé et se met à prier : on se croirait à l’agonie au Jardin de Gethsémani. La voix du ciel retentit comme à la Transfiguration : personne ne peut voir le Père sans être transfiguré. Le Père atteste qu’il est avec Jésus, que sur le chemin de croix brille la gloire de Dieu. Révélation paradoxale : l’amour rayonne en se dévouant jusqu’à l’extrême. Quand Dieu vient habiter un visage et se jeter dans les remous de nos sociétés, voilà comment il laisse voir sa présence éblouissante.

Jésus, dès ses premières paroles publiques en Galilée, avait regardé le grain s’envoler de la main du semeur, se perdre dans les ronces et la rocaille, mais aussi porter du fruit dans la bonne terre. C’était pour lui une image du don que Dieu offre et même gaspille chez les hommes. Jésus avait reconnu le Royaume de Dieu jusque dans la semence qui pousse toute seule, jusque dans la graine la plus minuscule (sénevé) qui va déployer des branches en plein ciel. Mais aujourd’hui, voilà qu’il se présente lui-même comme la semence. Cette histoire de grain de blé est comme une autobiographie. Le grain de blé, c’est lui. Et toutes les résurrections, tous les repas autour du pain d’action de grâces, toute la gloire de Dieu illuminant les visages, tous ces moments sont déjà là à travers une parole, et bientôt (le Jeudi Saint) à travers des gestes. « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » Le gain de blé qui meurt… pour vivre ! Par sa Pâque, Jésus nous révèle qui est Dieu, et qui est l’homme.

Qui est Dieu ? Non pas le dictateur tout-puissant de nos imaginations. Mais un Dieu qui se donne et qui aime jusqu’au bout : “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.” La loi essentielle du mystère de Dieu est celle du grain de blé. Jésus ne garde rien pour lui-même. Il n’est pas tenté par le suicide, mais il vit sa mort comme une solidarité avec l’humanité souffrante. Il ne fait pas de raisonnement devant sa croix, il l’envisage comme des semailles. Durant l’hiver, le grain de blé enfoui dans la terre semble mort. Mais il pointe au printemps et devient épi, promesse de moisson. La vraie mort n’est pas physique, mais c’est plutôt le refus de se donner, le repli stérile sur soi-même.

Qui est l’homme ? Cette révélation du cœur de Dieu est aussi dévoilement de ce qui fait le fond de notre cœur : nous sommes faits, nous aussi, pour le don total de nous-mêmes dans l’amour. Pour nous non plus, pas de plus grand amour que de donner notre vie pour ceux que nous aimons. La loi du grain de blé qui se dissout en terre pour resurgir démultiplié, c’est notre loi à nous aussi qui avons été créés à l’image de Dieu.

Des Grecs, des pèlerins étrangers (début de notre évangile) veulent voir Jésus ? A travers eux, on aperçoit déjà la grande diversité des peuples qui regarderont vers lui au long des siècles. “Quand j’aurai été élevé de terre, disait Jésus, j’attirerai à moi tous les hommes”. Et ça continue avec tous ceux qui lèvent encore les yeux vers la croix. Je pense à ces enfants qui visitaient une église. C’est leur guide qui raconte : “Les enfants écoutent sagement, mais peu à peu, je sens leurs regards scotchés sur la grande rosace multicolore représentant le Christ sur une immense croix. Et des mains se lèvent : « C’est qui le monsieur qui est cloué comme ça ? Pourquoi on lui a fait ça ?»

Grain de blé qui meurt pour vivre ! Nous savons qu’elle est vraie cette annonce. Car tous ceux qui se sont mis à vivre comme Jésus, on a souvent essayé de les faire taire. Quelquefois même on a réussi. Mais chaque fois, ils parlent encore plus forts quand ils sont morts que durant leur vie.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 08:11
Homélie du dimanche 15 mars 2015

2 Chroniques 36, 14-16.19-23 ; Psaume 136 ; Ephésiens 2, 4-10 ; Jean 9, 1-41

En sortant du temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle. Tout commence par un regard de Jésus. Il a vu. Il faudrait compter les fois dans l’Evangile où Jésus a vu.

Qui a péché pour que cet homme soit né aveugle ? Pourquoi la souffrance des enfants ? Pourquoi la violence ? Pourquoi la maladie ? Au temps de Jésus, on voyait, dans les péchés, l’origine des maladies et des catastrophes. Aujourd’hui, on mettrait plutôt Dieu en accusation en le niant : “Si Dieu existait, il n’y aurait pas la guerre” ; ou en le prenant à parti : “Qu’est-ce que j’ai fait à Dieu pour qu’il m’arrive ce malheur” ? Beaucoup, même, ne cherchent plus à expliquer. Et la présence du mal, et son fameux pourquoi restent sans réponse. Jésus, lui, donne une réponse étonnante : c’est pour que soit manifestée en lui l’action de Dieu. Il serait né aveugle pour qu’on voie Dieu ! Jésus ne cherche pas les causes, il ne s’attarde pas dans le passé, il regarde l’avenir. Ce n’est pas le pourquoi (en un mot) qui retient son attention, mais le pour quoi (en vue de quoi).

Ne cherchons pas des coupables. Et surtout ne cherchons pas Dieu du côté des coupables. Cherchons-le toujours du côté du souffrant, comme cet aveugle qu’il guérit. Une guérison qui rappelle la création (avec de la glaise). Une guérison rapide, qui ne cherche pas le spectaculaire, mais qui permet une véritable naissance pour l’aveugle. Ne cherchons pas Dieu du côté des coupables de malheurs. Dans notre texte, il est même suspect de guérison. Très vite en effet, le miracle est dépassé par le procès. Un procès décrit minutieusement. Avec un verdict clair : cet aveugle n’a pas le droit de voir. Il n’a pas les autorisations requises pour voir. Jésus est coupable de guérison interdite le jour du sabbat. Alors que la vraie question devrait être : quelle est cette lumière de la foi qui a permis à cet homme de voir l’invisible, de proclamer “Je crois, Seigneur !” et de se prosterner devant Jésus ? Ne cherchons pas Dieu du côté des coupables, cherchons-le, en son fils ressuscité, du côté du souffrant, des malades, des exclus, des pécheurs, luttant contre toutes les formes du mal, jusqu’à donner sa vie. Cherchons-le du côté de la vie des hommes d’aujourd’hui où son fils ressuscité se rend présent.

Des catéchumènes – des adultes qui se préparent au baptême – ont appris, ces derniers mois, à ouvrir les yeux de façon nouvelle sur l’évangile et sur leurs frères. A Pâques ils célébreront le sacrement qu’on appelait autrefois sacrement de l’illumination. Comme si le miracle de la guérison de l’aveugle-né continuait. Vous qui avez reçu le sacrement de l’illumination, avez-vous pensé à faire un examen de contrôle de votre vue ? Le carême est un bon moment pour ça.

* Car si ton œil est distrait, tu ne peux pas aimer. Maladie subtile que la distraction qui rapetisse notre cœur : “Excusez-moi, je n’ai pas fait attention.” L’évangile en parle : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, avoir froid ?”(Matthieu 25) Et ce riche que Jésus dénonce, non pas parce qu’il a fait du mal à Lazare, mais parce qu’il ne l’a pas vu (Jean 11). Décider d’aimer, c’est décider de faire attention à ceux que l’on rencontre.

* Et si ton œil est sévère, tu ne peux pas aimer. Un regard qui classe ou qui condamne, c’est un regard qui tue. On dit même parfois: “il m’a fusillé du regard”.

* Et dans l’évangile, observez donc le regard que Jésus pose sur les personnes. Le Père Decourtray l’a fait et il a écrit : “Quand Jésus a vu la Samaritaine, il n’a pas vu en elle qu’une femme légère, il lui demande un verre d’eau et il engage la conversation ; quand il a vu Zachée, il n’a pas vu en lui qu’un fonctionnaire véreux, il s’invite à sa table ; quand Jésus a vu Judas, il ne lui a pas dit : Tu seras toujours un traître, il l’embrasse et lui dit : mon ami.” Laissons-nous gagner par la contagion de ce regard, c’est la contagion de l’amour

Et puis, si nous avons accepté l’examen de notre vue et son diagnostic, il nous faudra accepter l’ordonnance : ce sera demander : “Seigneur, fais que je voie.” Car c’est Jésus qui guérit les yeux. Que ce soit notre prière… et le miracle de la guérison de l’aveugle continuera.

Que le carême nous invite à quelques petits pas, pourquoi pas dans le sens d’un élargissement de nos relations ? Le Christ invite à bouger. Comme l’écrit Gabriel Ringlet : A l’aveugle de naissance, Jésus ne dit pas : “Vois ! Ta foi t’a sauvé.” Il dit : “Va! Ta foi t’a sauvé.” Et c’est parce qu’il va qu’il voit.

Robert Tireau, prêtre du diocèse de Rennes,

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 08:20
Homélie du dimanche 8 mars 2015 : "les vendeurs chassés du Temple"

3° dimanche de Carême B – 8 mars 2015

Exode 20, 1-17 ; Psaume 18 ; 1 Corinthiens 1, 22-25 ; Jean 2, 13-25

Le temple de Jérusalem, construit par Hérode le Grand à partir de 20 avant Jésus Christ, était une belle et grande construction. Il y avait le sanctuaire, le Saint des Saints, la cour des hommes et celle des femmes, et une immense esplanade : le parvis des païens. C’est là que beaucoup se rassemblaient pour traiter leurs affaires, écouter les docteurs de la Loi, acheter des animaux pour les sacrifices et changer de la monnaie. C’est dans ce brouhaha de souk oriental que se place l’incident rapporté par Jean : Jésus chasse les marchands du temple. Sa protestation concerne surtout l’utilisation faite du Temple, le fait qu’il soit devenu plus un lieu de marchandage que de prière. Comment s’y recueillir encore et prier ? La raison première du Temple était menacée. C’est comme ça que Jésus se sentit obligé de faire son ménage de printemps : “Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic”, dit-il, en accomplissant son geste prophétique.

L’évangile de Jean a été écrit vers l’an 100, c’est à dire 30 ans après la destruction du Temple. A cette époque Jérusalem est une ville interdite aux juifs qui sont chassés de la Palestine. Et le Temple n’est qu’un tas de ruines. Plus de prêtres ni de scribes, plus de pèlerins ni de vendeurs. Saint Jean est très âgé et il revoit la scène que nous venons d’entendre avec les yeux de ses 20 ans, et l’expérience du dernier témoin peut-être qui a vu le Christ vivant au matin de Pâques. C’est à la lumière de la résurrection qu’il a compris le sens de la parole de Jésus : “Détruisez ce temple et en 3 jours je le relèverai”. Jésus parlait du sanctuaire de son corps. C’est le cœur de cette page d’évangile. C’est son corps, ce corps qui sera crucifié et ressuscité, qui est le nouveau temple. Ainsi, le lieu de la Présence de Dieu, n’est plus un édifice, c’est Quelqu’un ! Toute la liturgie chrétienne se déroule autour de cette mystique du Corps du Christ.

Il y a déjà très longtemps qu’Israël a reçu de Moïse les dix commandements, une sorte de consensus pour vivre ensemble en peuple : on respecte les autres et leurs biens et on respecte celui qui a inspiré ces paroles de sagesse. Pour vivre ces commandements, Israël a possédé une terre, un roi, un système politique comme les peuples des alentours. Et puis il a pensé qu’il convenait de bâtir un lieu de rendez-vous, considéré comme la Maison de Dieu, le lieu de l’Alliance, le Temple. Mais Dieu a mal accepté cette proposition. Dieu ne peut être lié à un lieu où il n’y a pas de vie. On ne peut pas assigner Dieu à résidence, même pas à résidence sacrée. Israël a mis beaucoup de temps à comprendre ça. Le Temple de Jérusalem construit par Salomon au dixième siècle avant Jésus Christ sera détruit et reconstruit plusieurs fois pour être enfin réduit à l’état actuel. Des fastes anciens, il ne reste qu’un mur de soutènement, le mur des lamentations. C’est le drame de tout un peuple que Jésus a prédit et pleuré. Le Temple ne sera plus jamais comme l’avaient rêvé les rois d’Israël. Et c’est dans cet état de dépouillement, devant un mur, la tête en plein air, qu’aujourd’hui les enfants d’Israël viennent trouver et adorer la présence de Dieu .

L’épisode musclé du Temple va permettre à Jésus de nous faire progresser dans la rencontre Dieu-homme. Le véritable lieu de la rencontre n’est pas une église de pierres. Les prophètes nous y avaient déjà préparés : le lieu de la rencontre c’est le cœur de l’homme. Même si ce cœur doit être sans cesse purifié car tout ce qui peut l’habiter n’est pas toujours très beau ! C’est pour ça que nous disons de Jésus qu’il est le seul médiateur entre son Père et nous, parce qu’en lui l’amour est pur, et parce que le mal ne peut l’anéantir, sa résurrection en est le signe. Mais parce qu’il nous a donné son Esprit, voici que nous aussi devenons des temples de Dieu : “vos corps sont les Temples du Saint-Esprit,” dit Saint Paul.

Pour le chrétien, plus de barrière entre le profane et le sacré. Le seul lieu sacré c’est l’homme-fils de Dieu, le seul culte véritable est celui d’une vie vécue dans l’Esprit de Jésus, c’est à dire l’amour de Dieu et du prochain, aussi bien dans le quotidien que dans les engagements les plus risqués, sur nos chemins de joie comme sur nos chemins de croix. Et quand notre corps sera détruit nous avons foi que Dieu– comme il l’a fait pour Jésus – le relèvera dans la gloire. Aimer Dieu et le prochain sont les seuls commandements positifs : AIMER. Tout le reste est négatif. Autrement dit, on sait en détails ce qu’il ne faut pas faire. Ce qu’il faut faire, c’est aimer. Pas de détails, tout est à inventer.

Robert Tireau, prêtre du diocèse de Rennes

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 08:11
Homélie du pape François lors de la messe avec les nouveaux cardinaux dimanche 15 février 2015

C’est un trésor pour notre église que cette approche toute « pastorale » de l’Amour et de la Miséricorde de Dieu par notre pape François :

"Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier"... Jésus, saisi de compassion, étendit la main, le toucha et lui dit : " Je le veux, sois purifié!" (cf. Mc 1, 40-41). La compassion de Jésus ! Ce "pâtir avec" qui le rapprochait de toute personne souffrante! Jésus, ne se ménage pas, au contraire il se laisse impliquer dans la douleur et dans le besoin des gens... simplement, parce qu'il sait et veut "pâtir avec", parce qu'il a un cœur qui n'a pas honte d'avoir "compassion".

« Il ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l'écart, dans des endroits déserts » (Mc 1, 45). Cela signifie que, en plus de guérir le lépreux, Jésus a pris aussi sur lui la marginalisation que la loi de Moïse imposait (cf. Lv 13, 1-2. 45-46). Jésus n'a pas peur du risque d'assumer la souffrance de l'autre, mais il en paie le prix jusqu'au bout (cf. Is 53, 4).

La compassion porte Jésus à agir concrètement : à réintégrer celui qui est exclu ! Et ce sont les trois concepts-clé que l'Église nous propose aujourd'hui dans la liturgie de la parole : la compassion de Jésus face à l'exclusion et sa volonté d'intégration.

Exclusion : Moïse, traitant juridiquement la question des lépreux, demande qu'ils soient éloignés et exclus de la communauté, tant que dure leur mal, et il les déclare « impurs » (cf. Lv 13, 1-2. 45­46).

Imaginez combien de souffrance et combien de honte devait éprouver un lépreux : physiquement , socialement, psychologiquement et spirituellement ! Il n'est pas seulement victime de la maladie, mais il éprouve en être aussi le coupable, puni pour ses péchés ! C'est un mort-vivant, "comme

quelqu'un à qui son père a craché au visage" ( cf. Nb 12, 14).

En outre, le lépreux inspire la peur, le dédain, le dégoût et pour cela il est abandonné de sa propre famille, évité par les autres personnes, exclu de la société, ou plutôt la société elle-même l'expulse et le contraint à vivre dans des lieux éloignés des gens bien-portants, l'exclut. Et cela au point que si un individu bien-portant s'était approché d'un lépreux il aurait été sévèrement puni et souvent traité, à son tour, de lépreux.

C'est vrai, le but de cette réglementation était de "sauver les bien-portants", "protéger les justes" et pour les sauvegarder de tout risque, exclure "le danger", traitant sans pitié celui qui est contaminé. Ainsi, en effet, s'exclama le grand-prêtre Caïphe : « Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple, et que l'ensemble de la nation ne périsse pas » (Jn 11, 50).

Intégration : Jésus révolutionne et secoue avec force cette mentalité enfermée dans la peur et autolimitée par les préjugés. Toutefois, il n'abolit pas la Loi de Moïse mais il la porte à son accomplissement (cf. Mt 5, 17), déclarant, par exemple, l'inefficacité contre-productive de la loi du talion ; déclarant que Dieu n'apprécie pas l'observance du Sabbat qui méprise l'homme et le condamne ; ou quand, face à la pécheresse, il ne la condamne pas mais au contraire la sauve du zèle aveugle de ceux qui étaient déjà prêts à la lapider sans pitié, estimant appliquer la Loi de Moïse. Jésus révolutionne aussi les consciences dans le Discours sur la montagne (cf. Mt 5), ouvrant de nouveaux horizons pour l'humanité et révélant pleinement la logique de Dieu. La logique de l'amour qui ne se fonde pas sur la peur mais sur la liberté, sur la charité, sur le zèle sain et sur le désir salvifique de Dieu : « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 3-4). « Je veux la miséricorde, non le sacrifice » (Mt 12, 7 ; Os 6, 6).

Jésus, nouveau Moïse, a voulu guérir le lépreux, il a voulu le toucher, il a voulu le réintégrer dans la communauté, sans "s'autolimiter" dans les préjugés ; sans s'adapter à la mentalité dominante des gens ; sans se préoccuper du tout de la contagion. Jésus répond à la supplication du lépreux sans hésitation et sans les habituels renvois pour étudier la situation et toutes les éventuelles conséquences ! Pour Jésus ce qui compte, avant tout, c'est de rejoindre et de sauver ceux qui sont loin, soigner les blessures des malades, réintégrer tous les hommes dans la famille de Dieu ! Et cela scandalise certains !

Et Jésus n'a pas peur de ce type de scandale ! Il ne pense pas aux personnes fermées qui se scandalisent même pour une guérison, qui se scandalisent face à n'importe quelle ouverture, à n'importe quel pas qui n'entre pas dans leurs schémas mentaux et spirituels, à n'importe quelle caresse ou tendresse qui ne correspond pas à leurs habitudes de pensée et à leur pureté rituelle. Il a voulu intégrer les exclus, sauver ceux qui sont en dehors du campement (cf. Jn 10).

Il y a deux logiques de pensée et de foi : la peur de perdre ceux qui sont sauvés et le désir de

sauver ceux qui sont perdus. Aujourd'hui aussi il arrive, parfois, de nous trouver au croisement de ces deux logiques : celle des docteurs de la loi, c'est-à-dire marginaliser le danger en éloignant la personne contaminée, et la logique de Dieu qui, avec sa miséricorde, serre dans ses bras et accueille en réintégrant et en transfigurant le mal en bien, la condamnation en salut et l'exclusion en annonce.

Ces deux logiques parcourent toute l'histoire de l'Église : exclure et réintégrer. Saint Paul, mettant en œuvre le commandement du Seigneur de porter l'annonce de l'Évangile jusqu'aux extrêmes limites de la terre (cf. Mt 28, 19), scandalisa et rencontra une forte résistance et une grande hostilité surtout de ceux qui exigeaient aussi une observance inconditionnelle de la Loi mosaïque de la part des païens convertis. Même saint Pierre fut durement critiqué par la communauté quand il entra dans la maison du Centurion païen Corneille (cf. Ac 10).

La route de l'Église, depuis le Concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l'intégration. Cela ne veut pas dire sous-évaluer les dangers ou faire entrer les loups dans le troupeau, mais accueillir le fils prodigue repenti ; guérir avec détermination et courage les blessures du péché ; se retrousser les manches et ne pas rester regarder passivement la souffrance du monde. La route de l'Église est celle de ne condamner personne éternellement ; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d'un cœur sincère ; la route de l'Église c'est justement de sortir de son enceinte pour aller chercher ceux qui sont loin dans les « périphéries » essentielles de l'existence ; celle d'adopter intégralement la logique de Dieu ; de suivre le Maître qui dit : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs » (Lc 5, 31-32).

En guérissant le lépreux, Jésus ne porte aucun dommage à qui est bien-portant, au contraire, il le libère de la peur ; il ne lui apporte pas un danger mais il lui donne un frère ; il ne méprise pas la Loi mais il apprécie l'homme, pour qui Dieu a inspiré la Loi. En effet, Jésus libère les bien-portants de la tentation du "frère-ainé" (cf. Lc 15, 11-32) et du poids de l'envie et des murmures des ouvriers qui ont « enduré le poids du jour et la chaleur » (Mt 20, 1-16).

En conséquence : la charité ne peut être neutre, aseptisée, indifférente, tiède ou impartiale ! La charité contamine, passionne, risque et implique ! Parce que la charité véritable est toujours imméritée, inconditionnelle et gratuite ! (cf. 1 Co 13). La charité est créative pour trouver le langage juste afin de communiquer avec tous ceux qui sont considérés comme inguérissables et donc intouchables. Trouver le langage juste... Le contact est le vrai langage communicatif, le même langage affectif qui a transmis la guérison au lépreux. Que de guérisons nous pouvons accomplir et transmettre en apprenant ce langage du contact ! C'était un lépreux et il est devenu annonciateur de l'amour de Dieu. L'Évangile dit : « Un fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle » (Mc 1, 45).

Chers nouveaux Cardinaux, ceci est la logique de Dieu, ceci est la route de l'Église : non seulement accueillir et intégrer, avec un courage évangélique, ceux qui frappent à notre porte, mais sortir, aller chercher, sans préjugés et sans peur, ceux qui sont loin en leur manifestant gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement. « Celui qui déclare demeurer dans le Christ doit, lui aussi, marcher comme Jésus lui-même a marché » (1 Jn 2, 6). La totale disponibilité pour servir les autres est notre signe distinctif, est notre unique titre d'honneur !

Et pensez bien, en ces jours où vous avez reçu le titre cardinalice, invoquons l'intercession de Marie, Mère de l'Église, qui a souffert elle-même l'exclusion à cause des calomnies (cf. Jn 8, 41) et de l'exil (cf. Mt 2, 13-23), afin qu'elle nous obtienne d'être des serviteurs fidèles à Dieu. Qu'elle nous enseigne - elle qui est la Mère - à ne pas avoir peur d'accueillir avec tendresse les exclus ; à ne pas avoir peur de la tendresse. Que de fois nous avons peur de la tendresse ! Qu'elle nous enseigne à ne pas avoir peur de la tendresse et de la compassion ; qu'elle nous revête de patience pour les accompagner sur leur chemin, sans chercher les résultats d'un succès mondain ; qu'elle nous montre Jésus et nous fasse marcher comme lui.

Chers frères nouveaux Cardinaux, regardant vers Jésus et vers notre Mère, je vous exhorte à servir l'Église, de façon que les chrétiens - édifiés par notre témoignage - ne soient pas tentés d'être avec Jésus sans vouloir être avec les exclus, s'isolant dans une caste qui n'a rien d'authentiquement ecclésial. Je vous exhorte à servir Jésus crucifié en toute personne exclue, pour quelque motif que ce soit ; à voir le Seigneur en toute personne exclue qui a faim, qui a soif, qui est nue : le Seigneur qui est présent aussi en ceux qui ont perdu la foi, ou qui se sont éloignés de leur propre foi ou qui se déclarent athées; le Seigneur qui est en prison, qui est malade, qui n'a pas de travail, qui est persécuté ; le Seigneur qui est dans le lépreux - en son corps ou en son âme -, qui est discriminé ! Nous ne découvrons pas le Seigneur, si nous n'accueillons pas l'exclu de façon authentique ! Rappelons-nous toujours l'image de saint François qui n'a pas eu peur d'embrasser le lépreux et d'accueillir ceux qui souffrent toutes sortes de marginalisation. En réalité, chers frères, sur l'évangile des exclus, se joue, se découvre et se révèle notre crédibilité ! »

François,

Homélie de la messe avec les nouveaux cardinaux

Basilique Saint Pierre de Rome

Dimanche 15 février 2015

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 21:29
Homélie du Dimanche 1er mars 2015

Genèse 22, 1 … 18 ; Psaume 115 ; Romains 8, 31-34 ; Marc 9, 2-10

1ère lecture : De tous temps les hommes ont cherché à se concilier la bienveillance des divinités en offrant des sacrifices, jusqu’à des enfants dans des cultes cananéens. Abraham supposait que son Dieu était comme ça et, pour le satisfaire, il allait lui sacrifier ce qu’il avait de plus cher. Et Dieu préserve Isaac : il n’est pas Dieu de mort, mais de vie. Les rites sacrificiels, il n’en veut pas : Le sang des taureaux,… et des boucs je n’en veux plus. Apprenez à faire le bien,… faites droit à l’orphelin, prenez la défense de la veuve” (Isaïe 1, 11 et 17).

Évangile de la Transfiguration : Jésus a emmené trois amis sur le mont Thabor, ceux qui seront témoins plus tard de sa défiguration. Une heure de rude grimpée. On imagine Jésus en sueur, fatigué. Et voici que son humanité fragile s’éclaire d’une façon éblouissante, en présence d’Elie et de Moïse qui avaient été, eux-aussi, en leur temps, persécutés par leurs contemporains. La nuée aussi est là, qui disait la présence de Dieu pendant l’Exode, et puis une voix : “Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé. Écoutez-le !” Transparence divine à travers le corps fatigué de Jésus. Une vision qui va aider les disciples à garder l’espérance. Jésus leur demande de ne pas en parler trop vite. Il sait combien nous pouvons nous laisser prendre aux pièges de l’apparence. Il sait ce qu’est la défiguration de l’homme. Lui-même passera par les humiliations et la mort. Nous aussi, nous ne voyons que trop l’homme défiguré : celui qui n’a plus rien, celui qui détruit sa santé par l’alcool et la drogue, celui qui voudrait tant exister et qui ne trouve ni oreille, ni regard. Et ce visage angoissé et fatigué, il est le nôtre si nous ne rencontrons pas des gens qui nous reconnaissent et nous aiment lorsque la maladie ou les conditions de vie nous épuisent.

A travers Jésus transfiguré, Dieu dit que la défiguration de l’homme n’est pas son état normal, ni son état fatal : nous ne sommes pas nés pour le trou noir de la tombe. “Nous avons été rendus participants de la nature divine”, dira saint St Pierre. Tout ce qui en nous est chair fragile doit devenir lumière. Nous sommes “Capax Dei”, dit Bernard Feillet. Dieu met en nous son amour pour que nous sachions aider sans humilier, combattre sans haïr, nous redresser quand nous sommes abattus. Si nous pouvons faire la fête, c’est parce que notre espérance tient malgré tout. La foi chrétienne n’est pas potion magique. Elle est accueil du don de Dieu qu’est Jésus. La transfiguration de Jésus entre dans notre mémoire qui, comme un semis, conserve les semences enfouies. Elle nous parle du bourgeon dont la promesse s’annonce. Elle est l’un de ces éclairs d’avenir qui déchirent les ténèbres de l’Histoire. Jésus s’est dressé contre tout ce qui écrasait les hommes. Les pouvoirs en place se sont ligués contre lui. Sa transfiguration est une éclaircie. Sa passion va suivre, implacable. Mais en descendant de la montagne il parle à ses disciples de sa résurrection. Et eux “se demandaient ce que voulait dire ressusciter”. Nous, nous ne savons pas trop ce que sera ressusciter. Mais nous croyons que les artisans de paix et les assoiffés de justice accueilleront de Dieu toutes les résurrections et les feront jaillir de leurs mains.

Pierre souhaite que ce moment dure le plus possible : “Dressons donc trois tentes”. On voudrait bien mettre la main sur Jésus et le garder. Mais justement, c’est ça qui n’est pas possible. “Soudain ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.” Seulement un homme. La première transfiguration, c’est que Dieu se fait homme. Dieu transfigure à travers l’homme. La seconde transfiguration, c’est que Jésus ressuscite. La Vie désormais transfigure la mort. Les voilà donc retournant à leur quotidien. Jésus vient de leur apprendre que l’homme ne peut pas retenir un instant de sa vie. On est dans le temps de l’humain. Il faut redescendre de la montagne. Il faut y monter pour prier mais pas y rester. L’invisible est bien là mais au travers deSignes. C’est le temps du Sacrement. Le Père Saint-Macary disait : “Symboliquement, le Christ nous revêt d’un habit neuf, il nous fait émerger de l’eau du baptême pleins de vitalité, il nous donne sa lumière, il nous offre un pain pour nous réconforter, il nous fait prier, manger, faire la fête ensemble. Mais tout se passe dans le secret de notre cœur où nous accueillons ses paroles et où nous risquons nos existences dans un amour des autres reçus comme des frères. Pour chacun qui recevra le Corps du Christ dans un instant, ce sera selon son cœur. Mais je pense à ceux qui donneront l’eucharistie. Eux, ils peuvent déjà habiter leur don d’un visage transfiguré. Et ce brin de fraternité ouvrira la porte encore plus grande à la présence du ressuscité qui veut se donner à chacun pour le transfigurer.”

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 16:08
Homélie du 22 février 2015, premier dimanche de carême

Aussitôt après avoir été baptisé Jésus a été poussé par l’Esprit comme par une nécessité intérieure à se retrouver seul à seul avec lui-même face à Dieu son Père, avant d’aller par les chemins de Galilée et de Judée faire découvrir à ses frères les hommes le vrai visage de Dieu.

Ce désert n’est pas d’abord situé dans l’espace à l’instar du désert des Hébreux marchant vers la Terre promise. Il est de l’ordre de l’intériorité. Il appelle à la maturation et à la vérité intérieures. Il faut aller à la rencontre de soi-même. Comme dit le psaume (85/11) s’adressant à Dieu : Unifie mon cœur pour que je t’adore dans la confiance et l’abandon.

Or, quand on descend au fond de soi-même, on y retrouve très souvent un passé dont certains épisodes nous font honte. On traine comme un boulet une culpabilité qui brise notre élan vers Dieu. Chacun et chacune d’entre nous traine – pardonnez ce langage un peu trop familier – un certain nombre de casseroles dont le tintamarre nous empêche d’entendre Dieu nous dire qu’Il nous aime. Nous sommes déçus de nous-mêmes. Il s’agit beaucoup plus de blessure narcissique, de dépit de ne pas avoir pu réaliser notre moi idéal que de véritable contrition. Bien sûr, on peut refouler ces souvenirs peu glorieux tout au fond de sa conscience au point qu’on peut croire les avoir oublier mais, comme les déchets radioactifs, dont on ne souvient plus où on les a enfouis, ils nous polluent gravement et nous détruisent lentement en silence.

La seule solution pour empêcher nos casseroles de faire un bruit qui nous rend sourds, et aussi pour ne plus avoir de boulet à trainer, c’est de les porter dans nos bras, c’est-à-dire d’accepter d’avoir été faibles, infidèles, cruels, violents, cyniques, odieux, abusant des plus faibles... D’accepter aussi, de peut-être un jour retomber dans ce qui nous fait horreur, si ce n’est pas encore le cas aujourd’hui.

Il s’agit d’assumer ce que l’on est ; de se dire, ‘’oui, ça, c’est moi aussi’’, sans délectation morose ni dégoût de soi-même parce que Dieu m’aime comme je suis, que son amour est gratuit, c’est-à-dire que je ne le ‘’mériterai’’ jamais, pas plus que le fils prodigue l’amour de son père ni la femme adultère la tendresse respectueuse de Jésus.

Une hymne du bréviaire nous fait dire le lundi : ‘’Nous n’avons pour seule offrande que l’accueil de ton amour’’

C’est vrai nous ne sommes pas parfaits et alors ? Une de mes correspondantes – elle se reconnaîtra – m’a fait cadeau d’un beau texte qu’elle venait de découvrir.

Le voici : Je n'aime pas les vies de saints. Celles que l'on raconte. Elles me font penser à des publicités. Les personnages sont idéalisés, parfaits. Si d'aventure ils ont un travers, c'est pour être aussitôt transcendé par l’héroïsme de leurs vertus.

Pourtant, les saints ne sont pas parfaits. Ils sont d'abord, avant tout, des hommes, des femmes. Comme vous, comme moi. Avec leurs qualités, leurs défauts. Avec leurs combats. Mais surtout, avec leur chemin.

La sainteté semble tellement plus abordable quand on s'inspire du chemin parcouru, de la croissance intérieure, tellement plus abordable que si l'on s'en tient à l'arrivée. C'est probablement pour cela que les témoignages sont tant appréciés. Ce sont des gens "normaux" qui nous parlent de leur parcours, comme ils sont, avec humilité, sans nier les écueils.

(…) Grandir, progresser, se relever. Bref, avancer, sans se décourager. Humilité. Ne surtout pas ne "rien faire" de crainte que ce ne soit pas parfait. Les musiciens le savent bien

Merci Seigneur pour ces chemins, merci pour nos chemins 1

PS : Soyez des pubs vivantes pour la sainteté

Il y a un autre texte que j’aime bien citer tant il nous montre un pauvre qui se tient devant Dieu avec une confiance affectueuse.

(...) Parmi les pauvres, les plus pauvres (il y a) ceux dont l’intelligence semble nouée ou impuissante à s’exprimer par une arriération humainement irrécupérable, mais dont le cœur va plus loin que la pensée et auxquels il n’a pas été refusé de saisir Dieu même, dans la simplicité de leur cœur. (...)

François a douze ans. Il n’a jamais pu apprendre comme ses frères et sœurs. Il ne sait ni lire ni écrire. Il parle et réagit comme un petit enfant, alors que physiquement il s’est normalement développé. Il fréquente une école adaptée à son arriération psychologique. On devine la souffrance de ses parents, l’inquiétude pour l’avenir.

C’est là, avec ses camarades, qu’il rencontre le prêtre et apprend à connaître Jésus. Il écoute bien, que comprend-il ? Pour Pâques, l’abbé a jugé que quelques uns de ces garçons étaient suffisamment prêts pour participer à l’Eucharistie et recevoir ensemble Jésus dans une première communion. Bien sûr, les parents, les parrains et marraines, les frères et sœurs sont là pour les entourer. On chante, on prie, on offre, on remercie.

Après la messe, on se retrouve pour le repas chez les parents de François. Pendant qu’on verse l’apéritif, on commente la cérémonie : ce fut une belle messe, l’abbé a très bien parlé. Au milieu de cette joie, le parrain a ce mot malheureux : “Ce qui est dommage, c’est que ce pauvre innocent n’a rien compris de tout cela.” C’était ce qu’il ne fallait pas dire. D’un seul coup, voici la tristesse des parents qui remonte par dessus cette joie et menace de l’engloutir. François sait bien ce dont on parle, de qui l’on parle. Alors, il s’approche de sa maman, l’entoure de ses bras et dit simplement : “ Ça ne fait rien, va, Dieu m’aime comme ça ! “.

Il y eut un silence comme si Dieu même était entré. (...) Dieu était si proche et si bon. Il était là. C’était François qui l’avait compris. Dieu avait parlé par sa bouche et s’était adressé à chacun, là où étaient les pensées de son cœur. Il s’était révélé par lui, ce qu’il est : si proche et si bon”.

Nous n’avons comme seule offrande que l’accueil de ton amour.

Roland Chesne, Prêtre à Vernonnet (Diocèse d’Evreux)

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 15:39
Homélie du dimanche 15 février 2015

6° dimanche dans l’année B – 15 février 2015

Lévitique 13, 1-2.45-46 ; Psaume 101 ; 1 Corinthiens 10, 31-33.11, 1 ; Marc 1, 10-45

Gabriel Ringlet a écrit : “Comme tout est simple, en régime de séparation : l’ivraie et le bon grain, le sacré et le profane, les honnêtes gens et la racaille. Par temps de dureté et d’incertitude, les frontières se raidissent plus encore. Un homme, soudain, se retrouve de l’autre côté de l’homme, ou un peuple, ou une banlieue. Il est prié de quitter l’humanité. En avion, parfois, et sans bruit, de préférence. Mais il arrive que cet homme résiste… Il vient donc, ce jour-là, « trouver Jésus ». La démarche ne manque pas d’audace. Elle traduit, en tout cas, une belle confiance. Alors que tout le pousse à s’éloigner, il s’approche : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » « Ému jusqu’aux entrailles », Jésus touche le lépreux.

Inutile d’entendre les mots qui suivent. Il le touche et déclenche un séisme. Il le touche et ce toucher-là le réintègre dans l’humanité. Mais en le touchant, Jésus renverse un système : Où est le pur ? Où est l’impur ? Il le touche et c’est le pouvoir religieux lui-même qui est touché… Toucher, c’est refuser de séparer. L’Évangile ne sépare pas. Il ne nie pas la tumeur, mais il n’enferme pas dans la tumeur. Il ne réduit pas un homme à sa lèpre : il lui propose d’y entrer et de la traverser. En d’autres termes, l’Évangile pousse à rompre avec le faux sacré qui met en danger la liberté de l’homme. Il ne joue pas le sacré contre le profane, le « dedans » du temple contre le « dehors », mais il invite à habiter le profane avec une telle intensité qu’il en devienne sacré.”

Contemplons le geste de Jésus qui touche l’intouchable. C’est une des images les plus fortes de nos liens au Corps du Christ. Nous sommes des êtres corporels qui avons besoin de signes charnels : il y a l’eau de nos baptêmes, il y a le pain de l’Eucharistie… Jésus tend la main, cette main qui purifie, qui relève. Le récit pourrait s’arrêter là, mais il rebondit. Jésus renvoie le lépreux avec sévérité : l’homme guéri est invité à se taire. Comme si Jésus voulait qu’on ne s’arrête pas au spectaculaire.

On parle des maladies contagieuses. Dans l’évangile c’est la bonne santé qui est contagieuse. Jésus est contagieux de santé. C’est comme une invitation à croire au virus du bien. Et ce miracle de guérison dans l’Evangile, on peut dire qu’il est double : il y a le miracle physique qui n’est pas à la portée de tout le monde ; et il y a le miracle de réintégration, tout aussi important pour le lépreux, et là on peut tous quelque chose. Vous vous dîtes peut-être : « On ne connaît pas beaucoup de lépreux par ici. On n’est pas concernés…» J’ai prévu l’objection et j’ai commencé une liste de lépreux assez courant chez nous… Chacun la continuera :

- Celui qui a une tête qui ne me revient pas et qui me demande un service.

- Le malade à l’hôpital, qui est grincheux et que j’évite… et qui m’appelle.

- La personne âgée qui ne peut plus rester chez elle… et qui n’a plus que nous pour exister.

- Celui-là qui est désemparé parce qu’il vient de perdre un proche…

- Les demandeurs d’asile qui cherchent un accueil…

Miracle de Guérison et de réintégration : tellement important aux yeux de Jésus que même la loi, pour lui, passe après : c’était interdit à un lépreux de s’approcher, le lépreux s’approche ; c’était interdit de s’approcher d’un lépreux, Jésus touche le lépreux. Que voulez-vous, quand il entend : “Si tu le veux, tu peux me purifier,” c’est plus fort que lui. Les exemples sont nombreux dans l’évangile : la Femme adultère, les repas chez les pécheurs, Zachée, les guérisons le jour du sabbat, les vendeurs du temple. Jésus ne se met pas hors la loi par plaisir. Il fait lui-même respecter la loi : “va te montrer aux prêtres et donne ce qui est prescrit”. Il se met hors la loi parce que, selon lui, la loi elle-même passe après le bien quand il est urgent de le faire. La loi est indispensable dans une société : elle est protection pour chacun, elle est faite pour empêcher de mourir. Mais chacun sait que faire vivre, c’est tout à fait autre chose.

Miracle de Guérison et de réintégration : tellement bonne nouvelle, qu’on n’arrive pas à faire taire le bénéficiaire. Jésus a dit : “Attention, ne dis rien à personne !” Beaucoup d’exégètes se demandent pourquoi cette invitation au silence. Ils appellent ça le secret messianique : comme si Jésus avait conscience que le monde n’était pas prêt à comprendre. Toujours est-il que Jésus essaie en vain de faire taire le bénéficiaire : on ne peut pas faire taire quelqu’un qui se sent revivre. Une maman disait un jour : c’est comme quand on achète un cadeau pour le grand en présence du petit. On a beau dire : “chut… Faut rien dire jusque telle date”, il est rare que le silence tienne jusqu’à la date en question. Les vraies bonnes nouvelles : il est impossible de les arrêter.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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