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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 12:18
Qu'est ce qu'une bonne homélie ?

Alors que la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements au Vatican présente son nouveau « directoire sur l'homélie », manuel de prédication à destination des séminaristes et des prêtres, prêtres et paroissiens s'expriment sur ce qui, pour eux, constitue une bonne homélie.

On l'appelait « le roi des prédicateurs et le prédicateur des rois ». Ami de Bossuet, chouchou de Madame de Sévigné, familier de la cour de Louis XIV où il prêchait des retraites de Carême, le père jésuite Louis Bourdaloue avait la particularité de faire des homélies aussi longues que captivantes, s'offrant le luxe d'ignorer superbement la règle des sept minutes, au delà desquelles, dit-on l'auditoire le plus motivé commence à rêver au rôti de midi. Si le père Bourdaloue n'était pas du genre à endormir les foules, il n'avait hélas pas le pouvoir de contenir leurs besoins naturels et l'Histoire raconte que les dames de la cour dissimulaient un petit bassin sous leurs jupons afin de ne pas perdre une goutte de ses sermons... L'urinoir de fortune fut baptisé « bourdaloue », preuve qu'il n'est pas de petits hommages.

Alors que le Vatican présente son nouveau « Directoire sur l'homélie », manuel de prédication à destination des séminaristes et des prêtres, l'enthousiasme généré par les homélies du père Bourdaloue laisse rêveur. Le sujet préoccupe aussi le pape François qui, dans son exhortation apostolique Evangelli Gaudium lui a consacré 24 points sur 288. Il écrit : « L’homélie est la pierre de touche pour évaluer la proximité et la capacité de rencontre d’un pasteur avec son peuple. De fait, nous savons que les fidèles lui donnent beaucoup d’importance ; et ceux-ci, comme les ministres ordonnés eux-mêmes, souffrent souvent, les uns d’écouter, les autres de prêcher. Il est triste qu’il en soit ainsi ».

Ne pas « cuculpabiliser » ni « exégésir »

Qu'est-ce qu'une bonne homélie ? Le père David Lerouge, prêtre à Cherbourg et auteur du blog« J'apprends à regarder » a établi un truculent « dicomélie », dictionnaire humoristique des écueils homilétiques, entre lesquels le prédicateur doit naviguer afin de ne pas noyer son auditoire : « Acidacétylsalicyliquer : (effervescent) se faire mousser en homélie avec des mots compliqués (attention, effets secondaires inattendus, notamment des céphalées) », « Culculpabiliser : mettre tout le monde mal à l’aise sur les questions affectives avec des propos vindicatifs, péremptoires et désincarnés-rose-bonbon », « Exégésir : crouler à mort sous les explications historicocritiques, étymologies et commentaires intrabibliques », « Grhomméliser : faire une homélie où tout le monde va en prendre pour son grade, sans avoir rien demandé à personne », « Ikeabuser : Meubler à outrance avec des objets de qualité relativement douteuse sur le long terme » ou encore « Vatifoler : citer follement in extenso des paragraphes de conciles qu’on peinerait à comprendre à l’écrit, et se persuader que tout le monde va les comprendre à l’oral ».

Pour Antoine, la soixantaine, « une homélie est réussie quand, une fois la messe terminée, l’auditeur se souvient d’au moins une phrase qu’il a entendue », souvenir qui l'aide à devenir« meilleur » dans sa vie spirituelle. Pour lui, l'homélie idéale commence par une « opening joke », (blague d'ouverture), qui peut être « drôle, choquante, ou surprenante » et « doit faire croire à l’auditeur que s’il écoute bien, il y en aura d’autres ». Elle ne doit cependant pas être trop« marquante », pour ne pas enfermer l'auditeur dans une méditation obsessionnelle de ladite bague au détriment de la suite. Y sont bannis « les mots inconnus comme parrhésie et parousie », le« jargon moderne » et les « propos tièdes et consensuels ». La bonne homélie, pour Antoine, cueille l'auditeur « à contre-pied ». Elle est structurée et montre que le prédicateur sait où il va, pas qu'il le découvre en cours de route.

La bonne homélie ? Sarah, 8 ans, François, 6 ans, et Louise, 3 ans, répondent en choeur : « Il faut que ce ne soit pas trop long et que le prêtre parle de Jésus, parce que c'est Jésus qui est intéressant. » Et le corps dans tout ça ? Pour Elise, étudiante de 22 ans, la gestuelle est importante mais ne doit pas être trop théâtrale : « Je suis plus attachée à de petits gestes simples, des attentions, comme lorsque le prêtre regarde les gens installés sur les côtés ». Certains ont des « trucs » originaux comme ce prêtre qui apportait toujours des objets incongrus – bottes de carottes, etc. – et, joignant le geste à la parole, les brandissait en pleine homélie pour capter l'attention de son auditoire.

« Comment la parole de Dieu nous brûle... »

Pour Anne, trentenaire engagée dans l'Eglise, « l'homélie doit parler de l'essentiel, du salut, et le prêtre doit être cohérent avec ce qu'il dit : ainsi, par exemple, celui qui prêche contre la médisance doit essayer de montrer l'exemple. » Avis partagé par le père Jean-Baptiste Nadler, prêtre à Tours :« Le meilleur prédicateur c'est Jésus car il est lui même la Parole qu'il annonce, le Verbe de Dieu. En paroisse, les gens nous connaissent et l'homélie n'est pas une entité détachée du contexte. L'homélie qui touche n'est pas nécessairement celle où il y a le plus de brillant, c'est celle où il y a adéquation entre ce que l'on dit et ce que l'on vit. La vie spirituelle du prêtre est le terreau de l'homélie. »

De la même manière, analyse, le père Vianney Jamin, à Maison-Laffite, « l'homélie fait partie de la liturgie de la Parole de Dieu : elle doit être, elle aussi, Parole de Dieu pour aujourd'hui.. Cela suppose que le prédicateur se laisse prendre par le Saint-Esprit, qu'il parle, d'une certaine manière, "in persona Christi" même si, strictement parlant, il n'agit "in persona Christi" qu'au moment de la consécration... Cela demande de la préparer dans la prière, en demandant au Seigneur ce que lui veut dire à son peuple.»

Ainsi, l'abbé François Vanandruel, prêtre à Bruxelles, commence à préparer ses homélies dès le mardi : « Je prie avec la parole le mardi et le mercredi. Le jeudi, je lis des texte exégétiques... Et le vendredi je vois ce que je vais garder pour les gens à qui je m'adresse. » Le père Olivier de Saint-Martin, prieur des dominicains – « ordre des prêcheurs » – de Toulouse, insiste lui aussi sur la préparation à laquelle il consacre entre 3 et 5 heures : « L'homélie doit être simple mais la simplicité demande beaucoup de travail ! ». Il poursuit : « Il faut s'interroger sur ce que les gens ont besoin d'entendre, ce qui les préoccupe et se nourrir de ce qu'ont dit les devanciers, les Pères de l'Eglise. Mais l'homélie dépend beaucoup du prêtre, elle doit dire comment la Parole de Dieu nous brûle. Comme l'écrit Bernanos, “Un prêtre qui descend de la chaire de Vérité la bouche en machin de poule, un peu échauffé, mais content, il n'a pas prêché, il a ronronné, tout au plus.“ »

L'effet boomerang

Il est un effet de l'homélie moins connu que les autres, c'est l'effet boomerang. Ou comment le prêtre est parfois surpris de constater que ce qui a frappé son auditoire n'est absolument pas ce qu'il avait prévu. Olivier de Saint-Martin cite l'exemple d'un confrère qu'un fidèle était allé trouver à la fin d'une messe pour lui confier qu'il avait changé de vie après l'avoir entendu prêcher quelques mois auparavant. Flatté, intrigué, il lui demanda : « pourquoi ? » Et l'homme répondit : « A un moment, vous avez dit : « quand j'ai terminé le premier point, je passe au second » alors je me suis dit que j'avais terminé le premier point de ma vie et que je devais passer à l'étape suivante »...

Pour approcher cet imprévisible, Olivier de Saint-Martin fait relire chaque homélie par deux personnes différentes, et régulièrement il demande l'avis de confrères après la messe. Il raconte la réaction de l'un d'entre eux après sa toute première prédication. « Sur la forme, je me suis fait laminer. Et quand j'ai demandé ce qu'il en était du fond, il m'a répondu : « C'est très bien, tu as dit tout ce qu'on a dit depuis cinquante ans. » J'aurais préféré qu'il me dise que j'étais le nouveau saint Dominique, commente-t-il avec humour, mais je pense qu'il n'y a rien de tel qu'un ami capable de nous dire la vérité. Autant, je suis contre la réaction épidermique du paroissien qui saute sur le prêtre à la sortie de la messe pour lui adresser des critiques parce que je pense que nous sommes particulièrement vulnérables à ce moment-là, autant il est important que des gens sachent nous dire la vérité avec simplicité. »

Parfois sans ménagement. A 80 ans, Claude Babarit, prêtre aux Sables d'Olonne, raconte :« Certains prennent le temps d'en dire à mot à la porte de l'église, mais en général, ce n'est pas sans que cela ait été sollicité. Dans les cas extrêmes, il y a la personne qui est sortie bruyamment en pleine homélie pour manifester son désaccord ou à l'inverse la personne à qui l'on demande après la messe : "Qu'est-ce que vous avez pensé de l'homélie ?" et qui répond : "Parce qu'il y a eu une homélie ?"... »

MARIE-LUCILE KUBACKI

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 07:25
Homélie du dimanche 8 février 2015 : « Prendre soin, s’approcher »

La première lecture que nous avons entendue se fait l’écho d’un cri qui traverse les siècles, celui de l’humanité souffrante. ‘’A peine couché, je me dis : quand pourrais-je me lever ? Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube’’. Dieu notre Père entend le cri des hommes.
Le livre de job ne donne pas d’explication au problème de la souffrance. Mais il indique un chemin : ne pas retenir nos cris et tenir fort la main que Dieu nous tend.

Pour mieux comprendre que Dieu est vraiment un Père qui prend soin de tous ses enfants, il envoie son fils Jésus. Regardons le dans cette journée qu’il passe à Capharnaüm.
‘’En quittant la synagogue, Jésus alla chez Simon et André’’. C’est le jour du sabbat. Jésus a participé à la réunion de prière. On pense à une sortie de messe. Il revient à la maison en compagnie de ses amis. Il passe de la prière publique à la maison, lieu de la vie privée, puis à la porte de la ville, lieu de la vie publique. Il ne quitte pas son Père mais il y reste en allant à la rencontre de l’humanité souffrante : ‘’La belle-mère de Simon est malade’’.

Jésus n’agit jamais sans le consentement des personnes, et prendre soin, chez lui, n’est jamais un acte solitaire mais toujours une réponse à une démarche des malades ou de leur entourage : ‘’on parle à Jésus de la malade… On lui amène tous les malades’’.

Combien de fois dans l’évangile voyons-nous des personnes servir d’intermédiaires entre les malades et Jésus ! Quand nous sommes en souffrance nous avons besoin de solidarités actives et empressées : ‘’sans attendre’’. ‘’Jésus s’approcha’’. Prendre soin, c’est ensuite réduire la distance. ‘’Il la prit par la main’’.

Ce jour là il le fit dans une maison de Palestine. C’est ce que font aujourd’hui ceux qui visitent et accompagnent les malades : depuis le service évangélique des malades, jusqu’aux associations de soins palliatifs, en passant par toutes les solidarités de voisinage. ‘’Il la fit lever’’. On emploie le même verbe pour dire la résurrection de Jésus. Prendre soin, c’est toujours, d’une certaine manière, remettre debout.

‘’La fièvre la quitta et elle les servait’’. La belle-mère de Pierre est réintégrée dans son rôle familial. Quand Jésus prend soin, il restaure les personnes dans leur corps, dans leur cœur, dans leur fonction sociale. Mais l’attente des hommes est telle que Jésus passe bien vite du prendre soin d’une personne à l’attention à tous.

Celles et ceux qui nous interpellent aujourd’hui sont des millions d’hommes et de femmes marginalisés économiquement et socialement, âgés ou sans travail, sans avenir et sans relation, vivant dans l’inquiétude, tous meurtris dans leurs corps, leur tête ou leur cœur. Le service des professionnels de santé leur est nécessaire. Mais ils ont d’abord besoin que l’on prenne vraiment soin d’eux : d’un regard qui rend confiance, d’une proximité qui réchauffe, d’une bienveillance qui réconcilie avec les autres et avec soi-même. Ils ont besoin de nous mais nous avons aussi besoin d’eux. Tous nous avons en commun l’expérience de la fragilité humaine. A travers la fragilité reconnue et acceptée, nous faisons l’expérience fondatrice de ‘’nous en remettre à d’autres’’ pour vivre.

Comme l’écrivait Xavier Thévenot, un grand théologien moraliste : ‘’Il y a une seule façon de croire encore à l’amour quand on désespère, c’est d’expérimenter la présence de quelqu’un qui, auprès de vous, humblement, est là en train de vous respecter. Quand je désespère, quand l’amour semble loin, la seule façon de croire que l’amour et que Dieu existent, c’est d’expérimenter qu’il y a une petite source d’amour pour moi ici et maintenant : la présence d’un ami. Alors, s’il y a une petite source d’amour, c’est peut-être qu’il y a une grande nappe d’amour qui l’alimente.

Louis DURET, Prêtre du du diocèse de Chambéry

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 20:30
« L’Église est pauvre, l’Évangile n’est pas une théorie de la prospérité »

L’Église doit annoncer l’Évangile « dans la pauvreté » et celui qui l’annonce doit avoir comme unique objectif celui d’alléger les maux des plus pauvres, sans jamais oublier que ce service est l’œuvre de l’Esprit Saint et non pas de forces humaines. C’est le fond de la pensée du Pape François pour l’homélie de la messe célébrée ce jeudi matin en la chapelle de la maison Sainte-Marthe.

Guérir. Réconforter. Libérer. Chasser les démons. Et ensuite, reconnaitre avec sobriété : je suis un simple « ouvrier du Royaume ». C’est ce que doit faire et exprimer un ministre du Christ lorsqu’il soigne les nombreux « blessés » qui attendent dans les rangs de l’Église, un « hôpital de campagne ». Ce concept cher au Pape François revient dans sa réflexion du matin, dicté par le passage de l’Évangile où Jésus invite les disciples, deux à deux, dans les villages pour prêcher, guérir les malades et chasser les « esprits impurs ».

Le regard du Pape est attiré par la description que Jésus fait à propos du style que doit assumer ses invités par rapport au peuple : des personnes dépourvues de faste- Ne portez « ni pain, ni besace, ni argent à votre ceinture » leur dit-il- parce que l’Évangile, soutient le Pape François, « doit être annoncé dans la pauvreté », car « le salut n’est pas une théologie de la prospérité ». C’est seulement et rien d’autre que « la bonne nouvelle » de la libération portée à chaque opprimé.

« C’est la mission de l’Église : une Église qui guérit, qui soigne. Parfois, j’ai parlé de l’Église comme d’un hôpital de campagne. C’est vrai : nombreux sont les blessés ! Combien de personnes n’ont-elles pas besoin que leurs blessures soient guéries ? C’est la mission de l’Église : soigner les blessures du cœur, ouvrir les portes, libérer, dire que Dieu est bon, que Dieu pardonne tout, que Dieu est père, que Dieu est tendre, que Dieu nous attend toujours… »

Dévier de l’essence de cette annonce augmente le risque- de nombreuses fois averti par le Pape François- d’altérer la mission de l’Église qui se vide ainsi de la seule chose qui compte dans son engagement afin d’alléger les différentes formes de misère : conduire le Christ aux pauvres, aux aveugles et aux prisonniers :

« C’est vrai, nous devons aider et former des organisations en vue de cet objectif : oui, car le Seigneur nous donne des dons pour cela. Mais lorsque nous oublions cette mission, que nous oublions la pauvreté, que nous oublions le zèle apostolique et que nous mettons l’espérance dans ces moyens, l’Église glisse lentement vers une ONG et devient une belle organisation : puissante mais non évangélique parce qu’il manque cet esprit, cette pauvreté, cette force de guérir ».

Les disciples reviennent « heureux » de leur mission et le Pape rappelle que Jésus les accompagne et les amène « se reposer un peu ». Cependant, le Pape François souligne qu’il « ne leur dit pas : mais, vous êtes grands. Lors de la prochaine sortie, il va falloir mieux organiser les choses… ». Il leur dit seulement : lorsque vous avez fait tout ce que vous deviez faire, dites-vous à vous-mêmes : “Nous sommes des serviteurs inutiles”. Voilà l’apôtre. Et quelle pourrait être plus belle louange pour un apôtre ? C’est un ouvrier du Royaume, un travailleur du Royaume. C’est la plus grande louange car elle mène sur cette voie de l’annonce de Jésus : guérir, protéger, proclamer cette bonne nouvelle et cette année de grâce pour faire en sorte que le peuple retrouve le Père, pour porter la paix dans le cœur des gens ».

François lors de la messe à Sainte Marthe ce jeudi 5 février 2015

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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 13:04
Homélie du dimanche 1er février 2015 : « Viens chasser nos peurs »

Ils furent tous tellement saisis qu'ils se demandaient les uns aux autres : qu'est-ce que cela veut dire ?

Chers amis, aujourd'hui laissons-nous aussi saisir par le Christ et par la force de son amour qui vient libérer l'homme du tourment qui l'habite et qui l'enferme. Il nous arrive nous-mêmes d'être confrontés au surgissement du mal en nous ou dans la vie de nos frères. En effet, qui d'entre nous n'a pas ressenti dramatiquement, au plus profond de lui-même, cette sorte d'énigme que constitue le mal lorsqu'il s'empare d'un autre, à fortiori de nous-mêmes ? Le mal, lorsqu'il surgit avec cette sorte de brutalité dans notre vie, nous tient stupéfaits et résiste à toutes les tentatives d'explication que nous pouvons élaborer.

Dans le récit de ce jour, le mal s'impose là où on ne l'attendait pas. On était bien entre soi dans la synagogue. Jésus adressait son message de Bonne Nouvelle et son appel à se tourner vers Dieu qui n 'est qu'amour et pardon. Et voici que soudain, un homme tourmenté par un esprit mauvais se met à crier.

Un homme tourmenté... son cri vient peut-être nous rejoindre dans notre propre souffrance intérieure ; ce déchirement qui faisait dire à l'apôtre Paul : Le mal que je ne voudrais pas faire, je le fais ; le bien que j'aimerais faire je ne le fais pas.

Oui, nous le connaissons bien cet être humain qui ne trouve plus de paix en lui-même tant il est dominé par les réalités obscures qui l'habitent. Il est comme déchiré entre cette partie profonde de lui-même qui ne demande qu'à être aimée et cet esprit mauvais qui le domine et l'isole. Je pense à cet homme qui, dans sa cellule, faisait cette remarque : « Dans le fond, moi j'ai deux prisons : la première c 'est ma cellule avec la porte blindée et les barreaux aux fenêtres. Mais la deuxième, c'est la plus dure, c'est la haine que j'ai en moi. Comment je vais pouvoir m'en sortir ? »

Voilà ce qu'il faut entendre derrière les cris de l'homme tourmenté. Il crie parce que, dans son désordre intérieur, il n'est plus capable d'une parole qui ouvre à un échange avec l'autre.

Il crie et c'est l'appel de l'homme perdu qui, en Jésus, vient rejoindre dans le cœur de Dieu qui n'a qu'une passion : celle de l'homme sauvé, remis debout et libre pour aimer.

« Es-tu venu pour nous perdre ? »

Dans ce combat, il faudra bien perdre quelque chose. Je pense à toutes ces puissances qui gouvernent le monde. Amour de l'argent, culte de notre propre image, jalousie en face du bien que l'on voit chez un autre, culte du succès, course à la première place. Nous n'en finirons pas de dresser la liste des démons qui nous habitent. « Es-tu venu pour nous perdre ? » demande l'esprit mauvais. Remarquons le « nous ». Les esprits mauvais sont légions dira Saint Marc.

Mais oui ! Jésus est bien venu pour les perdre. Dès son départ de Nazareth, nous le voyons renoncer à la puissance qui lui permettrait de dominer le monde. Sa seule puissance, c'est celle de l'amour. Il n'a d'autre autorité que celle de sa vie donnée. C'est pour cela qu'il refuse la note de toute-puissance qu'évoque l'expression de l'homme tourmenté : « Tu es le Saint, le saint de Dieu. »

« Silence ! » dit-il. Et c'est désormais dans ce silence que cet homme jadis tourmenté va renaitre à la paix intérieure.

« Silence ! » Qu'est-ce que le Seigneur nous invite à faire taire en nous ?

Viens faire taire en nous Seigneur tout ce qui nous tourmente.

Viens chasser nos peurs. Donne-nous ta paix.

Cette semaine nous avons célébré le 70ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz. Comment ne pas évoquer Etty Hillesum et cette parole qu'elle adresse à Dieu : Il m'apparait de plus en plus clairement mon Dieu que tu ne peux pas nous aider, mais, que c'est à nous de t'aider et de défendre jusqu'au bout la demeure qui t'abrite en nous.

Louis DURET, Prêtre du Diocèse de Chambéry (Savoie)

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 23:19
Homélie du dimanche 18 janvier 2015

« Parle, Seigneur, ton ami t’écoute »

C’était la première fois. La première rencontre entre Jésus et nous. Le premier regard. Il y avait là André. Et l’autre disciple : nous ne savons pas son nom, mais c’est peut-être lui qui nous raconte cet épisode, le ²disciple que Jésus aimait². Et ce qui commence ce jour là, à quatre heures du soir, c’est aussi ce qui se continue aujourd’hui, avec vous-mêmes, avec moi, avec chacun de ceux qui sont croyants, car la foi chrétienne, c’est une amitié, une rencontre. Depuis Abraham jusqu’à aujourd’hui, la foi, pour les Juifs, les Musulmans, les Chrétiens, c’est une amitié avec Dieu ; et si l’on est chrétien, une amitié avec Jésus-Christ. Une amitié, de celles qui durent toute une vie.

Il est quatre heures du soir et il y aura toute cette longue soirée où ils vont demeurer ensemble : première découverte, premier repas ensemble sans doute. Ce qu’ils se sont dit, nous ne le savons pas ; mais ce regard de Jésus, ils ne l’oublieront jamais. Bien sûr, il y aura, comme pour nous, le quotidien avec ses hauts et ses bas, il y aura des éloignements, les leurs, les nôtres. Mais il y aura désormais ce lien ²si fort que rien ne pourra le défaire² : rien, pas même nos infidélités, pas même le reniement de Pierre ou le nôtre.

La foi nait parce qu’un jour nous avons été ainsi ²regardés², toi, moi, chacun, de ce regard lumineux, plein de tendresse de Dieu. Aussi voudrais-je le dire à tous ceux d’entre nous qui ont des difficultés à croire ou des critiques envers l’Eglise : ces difficultés, ces critiques, ce sont aussi les nôtres, ce sont bien souvent les miennes ! Mais ce qui nous a menés ici aujourd’hui, c’est cette amitié et le désir de vivre un moment. C’est simplement le désir de ²demeurer² un moment avec le Christ. Ensemble, car vous l’avez remarqué, ils étaient deux déjà pour cette première rencontre, comme un début d’Eglise. Le reste, tout le reste : les dogmes, la morale, les engagements, ou encore le pape, les évêques, les structures de l’Eglise, rien de cela n’a de sens en dehors de ce regard et de cette amitié.

Souvent nous nous posons la question : « Comment transmettre notre foi ? », en particulier, comment la transmettre à nos proches, à nos enfants et petits enfants ? Voyez alors ce qui s’est passé ce jour-là : il ne s’agit ni de convaincre, ni de convertir, ni d’expliquer, ni de justifier ! Faisons plutôt comme quand nous invitons des amis ensemble pour qu’ils se connaissent : « Tiens, j’aimerais bien que tu rencontres telle personne. Tu verras c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup ! Je vais vous inviter ensemble à la maison, ainsi vous pourrez faire connaissance ». C’est en quelque sorte à eux de jouer !

Par exemple, au catéchisme avec les enfants : le plus beau, le plus important de ce que nous faisons, c’est de les aider à se préparer à cette rencontre. Le reste, les activités, ce qu’on leur apprend n’a de sens que pour leur permettre une telle rencontre personnelle avec le Christ.

Vous avez entendu tout à l’heure l’histoire de l’enfant Samuel et du vieux prêtre Eli. Quand Eli finit par comprendre que Dieu appelle l’enfant, que lui dit-il ? Il lui dit : « Ecoute ! ». « Ecoute ce qu’il te dira dans ton cœur ». Il y a des paroles qui sont enfouies dans notre cœur à chacun. Elles sont là depuis longtemps peut-être, mais aurons-nous le courage de les écouter ?

Mon ami, écoute ton cœur, écoute et dis « Parle, Seigneur, ton ami t’écoute… ». Et si tu doutes de Dieu toi aussi, écoute ! Ecoute cette parole intérieure qui t’habite depuis si longtemps. Fais silence. Laisse monter en toi cette voix.

Louis DURET, prêtre en Savoie

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 21:03
Homélie du dimanche 11 janvier 2015

A Noël nous avons fêté la naissance de Jésus, puis saint Luc nous a raconté sa présentation et son offrande au temple par ses parents, pour que la circoncision inscrive dans sa chair la marque de son appartenance au peuple de l’Alliance. Son choix de se faire baptiser par Jean comme beaucoup d’autres, témoigne de sa solidarité spirituelle avec ses frères humains qui se reconnaissent pécheurs et désirent se convertir, alors qu’il vient enlever le péché du monde et participer au combat contre le mal.

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée,
et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.
Et aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer
et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.
Il y eut une voix venant des cieux :
« Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert
et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan.
Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.

Ce bref récit est d’une grande densité. Jésus sort des eaux du Jourdain, ce fleuve traversé jadis par son peuple, avec à sa tête Josué – un nom qui est quasiment le même que Jésus –, quand il est entré en terre promise, en terre de liberté. Cette fois ce ne sont plus les eaux de la mer ou du fleuve qui se retirent, mais les portes des cieux qui s’ouvrent à la bienveillante déclaration de Dieu, pour y faire entrer à la suite du Christ tous ses frères humains.
Jésus voit les cieux se déchirer. La supplication du prophète Isaïe est exaucée. « Ah ! si tu déchirais les cieux », disait-il à Dieu, (cf 1er dimanche de l’Avent), lui disant ensuite qu’il était descendu pour libérer son peuple de l’esclavage et de l’exil. L’Evangéliste reprend les termes d’Isaïe dans un contexte nouveau, qui rappelle l’événement de la création. De même que le souffle de Dieu planait sur les eaux de la première création, l’Esprit, sous la forme d’une colombe plane sur cet homme qui émerge des eaux matricielles de l’humanité, des eaux baptismales du peuple de l’Alliance. Ce peuple qui vient se renouveler à l’appel de Jean son cousin. L’esprit descend sur cet homme qui vient accomplir une renaissance de l’humanité.
Les cieux se déchirent, cela veut dire qu’il n’y a plus séparation entre le ciel et la terre. L’univers n’est plus une prison dans laquelle l’humanité s’était enfermée par peur de Dieu. La communication entre Dieu et ses enfants est enfin rétablie. Jésus est celui qui vient renouveler, recréer l’homme pour qu’il soit réellement à l’image de Dieu. Il vient aussi révéler le vrai visage de Dieu tellement trahi par les caricatures inventées par les humains au cours du temps. Saint Marc évoquera une autre déchirure, au moment où Jésus poussera son dernier cri de nouveau-né crucifié-ressuscité (Mais, poussant un grand cri, Jésus expira. Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux du haut en bas. Mc 15, 37-38). Cette déchirure du voile dans le sanctuaire du temple à Jérusalem, signe la fin non plus de la séparation du ciel et de la terre, mais de celle dressée entre le peuple et Dieu, par l’intransigeance légaliste de ses responsables religieux. Le baptême chrétien dans la mort du Christ, dans son baptême du sang, inaugurera aussi, aux dires de saint Paul, une autre déchirure : celle des tentures, des murs et des barrières dressés par les cultures et les religions entre juifs et grecs, entre esclaves et hommes libres, entre hommes et femmes. (Ga 3, 27-28)
Jésus voit les cieux se déchirer, et il entend une parole qui lui est adressée personnellement : « C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour. » Luc et Marc sont les seuls à rapporter cette expression à la deuxième personne et non la troisième comme Matthieu. A cet homme Jésus, Dieu s’adresse comme un Père à son Fils, comme si se manifestait entre eux une relation familière et intime. Finies les manifestations divines dans des ambiances de terreur et de fureurs de la terre ou du ciel. Voilà que se réalise la promesse à David : « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils ». On pourrait comprendre : « Je suis ton Père et tu es mon Fils bien-aimé ».
On peut noter encore que cette reconnaissance de Jésus comme le Fils de Dieu sera formulée, à la toute fin de l’Evangile de Marc, par le centurion romain assistant à sa mort : « Le centurion qui se tenait devant lui, voyant qu’il avait ainsi expiré (remis son souffle), dit : Vraiment, cet homme était fils de Dieu » (Mc 15, 39).

Cette fête du baptême de Jésus, rapportée par saint Marc, fonde la compréhension du baptême chrétien. Jésus est l’aîné d’une multitude de frères et de sœurs. Quiconque reçoit en toute conscience le baptême en son nom vit une renaissance, entre dans une relation neuve avec Dieu, devient son enfant, libre, fraternel, égal en dignité vis-à-vis de ses frères et sœurs en humanité. C’est ce que suggère saint Jean dans sa première lettre :

Celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ;
celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui.
Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu :
lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements.
Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ;
et ses commandements ne sont pas un fardeau,
puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde.
Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. […]
C’est lui, Jésus-Christ, qui est venu par l’eau et par le sang :
non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang.
Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité.

Saint Jean parle du lien entre le baptême de Jésus et de ceux qui croient qu’il est le Fils de Dieu, victorieux du mal. De ce fait, nous dit-il, « les commandements de Dieu ne sont plus un fardeau », car le baptême du sang que Jésus a vécu après son baptême de l’eau a signé pour toujours sa victoire sur le mal. Retenons deux choses importantes de ce texte de Jean. Le baptême – comme tout sacrement – n’a de sens que s’il est acte de foi en Jésus Fils de Dieu, né de lui. Cet acte de foi est clairement présenté comme trinitaire par Jean. Pas de foi sans œuvre de l’Esprit dans la personne du croyant. Le baptême – comme tout sacrement – est un engagement à aimer, comme Jésus aimera les siens jusqu’au don du sang. Cet engagement n’est pas un fardeau, car les commandements de Dieu ne sont pas des lois morales, mais des déclarations d’amour et des chemins de bonheur.

Un long et très beau texte du prophète Isaïe ce dimanche, aux couleurs baptismales aussi. Il parle d’une eau qui fait vivre, et ce qu’il en dit peut s’appliquer à l’eau du baptême, celle d’une renaissance à la vie divine qui apaise la soif profonde des hommes et qui fait accéder à l’univers de la grâce, au Royaume de Dieu.

Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau !
Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer,
venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer.
Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas,
vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?
Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses,
vous vous régalerez de viandes savoureuses !
Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez.
Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : […]

Ces paroles d’Isaïe nous révèlent encore un aspect essentiel du baptême – comme de tout sacrement -. Il ne s’achète ni se vend ni se mérite. Il signifie un don de Dieu purement gratuit et gracieux comme l’eau qui descend du ciel. Comme la pluie fait renaître la nature, la féconde et la renouvelle, la parole de Dieu transforme et fait renaître les cœurs et les esprits de ceux qui l’accueillent.

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ;
invoquez-le tant qu’il est proche.
Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées !
Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde,
vers notre Dieu qui est riche en pardon.
Car mes pensées ne sont pas vos pensées,
et vos chemins ne sont pas mes chemins.
Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre,
autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées,
au-dessus de vos pensées.
La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas
sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ;
ainsi ma parole, qui sort de ma bouche,
ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.
ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.

Le Fils bien aimé du Père, son Verbe ne descendra pas des cieux en vain. Il accomplira son œuvre baptismale. Il fécondera la terre et les cœurs de son Esprit, il abreuvera l’humanité de son eau vive, il la nourrira de son Pain de vie éternelle.

Michel SCOUARNEC, Prêtre du Diocèse de Quimper

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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 20:20
Homélie de la fête de l’Epiphanie : 4 janvier 2015

Voici venue la fête de l’Epiphanie. Dans l’année liturgique il y a deux temps forts, deux couples de fêtes : d’abord le couple de Pâques-Pentecôte, et ensuite celui de Noël-Epiphanie. On retrouve entre ces deux couples beaucoup de points communs. Noël et Pâques font mémoire d’une naissance. A Noël, Marie enfante Jésus, le met au monde ; à Pâques, Dieu ressuscite son Fils : vainqueur de la mort, Jésus surgit du tombeau. Noël et Pâques font mémoire de deux événements cachés, secrets, nocturnes : ils passent inaperçus dans l’histoire humaine et témoignent de la discrétion de Dieu. Quand Jésus naît dans la grotte de Bethléem, seuls Marie et Joseph sont présents, et les anges bien sûr. Les bergers viendront à leur invitation constater la naissance de Jésus et louer Dieu. Pour la résurrection de Jésus, aucun témoin, sinon l’ange qui roule la pierre et annonce aux femmes-disciples devant le tombeau vide que Jésus est vivant.
Beaucoup de rapprochements aussi entre Epiphanie et Pentecôte. Le jour de Pentecôte, la Résurrection du Christ est manifestée au monde. Les disciples, reclus et apeurés, reçoivent l’Esprit Saint et s’adressent aux personnes de toutes les nations, pour annoncer que Christ est ressuscité. Et l’Epiphanie que nous célébrons aujourd’hui fête la manifestation de Jésus aux Mages qui représentent tous les peuples de la terre. La naissance de Jésus comme sa Résurrection concernent en effet toute l’humanité.
Plus que jamais apparaît cette dimension universelle du salut apporté par le Christ. Plus que jamais, en effet, la dimension mondiale du christianisme est manifeste : grâce à l’ouverture au monde prônée par le Concile Vatican 2 dont nous fêterons cette année le 50e anniversaire de la clôture. Grâce aussi aux appels des papes post-conciliaires à l’évangélisation de toutes les cultures, grâce à leurs voyages sur tous les continents, alors que jusque-là ils ne sortaient guère du Vatican. Grâce enfin au déploiement extraordinaire des moyens de communication qui favorisent la portée universelle des événements qui se passent en chaque pays de la planète. Ecoutons deux passages du récit de saint Matthieu :

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand.
Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem
et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

Ils arrivent à Jérusalem. Les scribes consultent les Ecritures : d’après elles, le Messie naîtrait à Bethléem, là où David fut choisi comme roi. Hérode tremble pour son trône. Ne serait-ce pas un concurrent dangereux pour son pouvoir ? Ils reprennent la route vers Bethléem.

Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ;
elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie.
En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;
et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui.
Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents :
de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,
ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Les mages ont offert à Jésus leurs présents. Quel joli mot ! A diverses occasions, nous nous offrons des cadeaux, mais sont-ils vraiment des présents ? Enfants et adultes ne sont-ils pas plus enclins parfois à être fascinés (ou déçus) par les objets et les jouets qu’ils reçoivent, au risque de ne guère prêter attention à la personne qui les offre.
Entre les mages et Jésus il y a échange de présents, échange de présence aussi. Ce que les mages lui offrent, l’or, l’encens et la myrrhe, ce sont leurs présents. Mais ce qui compte ce ne sont pas d’abord les choses qu’ils apportent, c’est leur sens. Ils sont présents eux-mêmes dans leurs dons. C’est aussi le présent de leur histoire, de leur culture qu’ils offrent. Et cela en réponse, en reconnaissance par rapport au présent que manifeste pour eux la naissance de Jésus, devant qui ils se tiennent. Ils reconnaissent en lui le présent de Dieu le plus beau, le plus grand qui soit, c’est-à-dire sa présence même au milieu des hommes, de tous les hommes, de toute l’humanité présente et à venir. Désormais Dieu est et sera toujours présent à chaque instant de l’histoire de tout homme, de tout l’homme, de tous les hommes. Toujours présent à chaque culture, à chaque effort vers la paix, la justice, le pardon tant que durera l’histoire.

Chaque fête de l’épiphanie est un appel adressé aux Eglises. Un appel qui est le même que celui formulé par le prophète Isaïe au peuple d’Israël. Revenu d’exil, il a pris conscience de sa mission auprès des nations et cette certitude va régulièrement s’exprimer par des appels porteurs d’une espérance invincible.

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière,
et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ;
mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ;
tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera.
Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations.
Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha.
Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens
et proclamant les louanges du Seigneur.

Quand elle traverse des temps difficiles, la tentation est grande pour l’Eglise de se replier sur elle-même, ses soucis internes, les minuties de ses coutumes particularistes ou communautaristes, et d’oublier l’essentiel de sa mission d’être porteuse d’une lumière, d’une espérance pour le monde et au cœur du monde. Qu’à chaque épiphanie et à chaque Pentecôte elle se souvienne de garder grandes ouvertes ses portes pour accueillir les trésors des nations, des trésors qui peuvent l’enrichir, venant de ses périphéries et même d’univers étrangers. Qu’elle n’oublie pas cet appel du concile Vatican 2, plus actuel que jamais :

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. (Gaudium et Spes 1)

Michel Scouarnec, Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 15:16
Homélie du dimanche 28 décembre 2014

Fête de la Sainte Famille dans l’année B – 28 décembre 2014

Genèse 15, 1-6 ; 21, 1-3 ; Hébreux 11, 8. 11-12. 17-19 ; Luc 2, 22-40

Luc était grec. Et quand il annonçait la Bonne Nouvelle à ses compatriotes, il devait quelquefois bagarrer un peu avec des juifs chrétiens qui voulaient obliger les grecs venus du paganisme à se soumettre aux règles juives. En racontant la présentation de Jésus au Temple, il essaie de dire que l’évangile n’est pas réservé à Israël, mais qu’il est destiné à tous. Et c’est comme ça que ce petit moment familial sympathique devient un événement pour tous les pays et tous les temps.

Au départ ce devait être une cérémonie traditionnelle de purification de la mère. Et ça devient une manifestation de la mission de son fils, le Messie qui inaugure des temps nouveaux. Syméon et Anne symbolisent la longue attente des générations. La scène se passe dans le Temple de Jérusalem. C’est là que Jésus reçoit ses titres de sauveur universel : Salut préparé à la face de tous les peuples, Lumière pour éclairer les nations païennes, manifestation visible (c’est ce que signifie le mot gloire) du Dieu invisible. C’est donc l’univers entier qui devient sanctuaire. Et le Temple sera désormais tout homme qui accueille la Parole. Marie et de Joseph sont étonnés. Il y a de quoi ! Ils étaient venus pour une liturgie discrète et elle prend des proportions immenses. Cette fête nous apprend que la famille selon Jésus a portes et fenêtres ouvertes sur l’immense famille humaine.

A la joie de l’annonce vient pourtant se mêler l’inquiétude. Celui qui a pour mission de faire de toutes les nations un seul peuple de frères sera signe de division. Et ils se dresseront contre lui ceux qui s’obstinent à ne pas sortir de leurs cadres étroits et qui refusent d’aller vers les hommes de toute langue et de toute nation.

L’Evangile d’aujourd’hui nous décrit donc la présentation de Jésus au Temple : Marie et Joseph, dans un geste d’entière confiance, viennent remettre leur fils entre les mains de Dieu. Ils se rappellent ainsi que, même s’ils ont la responsabilité de son éducation, l’enfantne leur appartient pas, car il est un don de Dieu. C’est comme les parents qui font baptiser leurs enfants : ils les remettent entre les mains de Dieu. Tellement il est vrai qu’aimer quelqu’un ce n’est pas l’enfermer dans nos bras, mais le mettre debout et lui apprendre à marcher sans nous.

Le philosophe Michel SERRES a écrit un message fort sur la Sainte famille : « Ce que l’Église peut apporter au monde aujourd’hui, c’est le modèle de la Sainte Famille. On y lit que le père n’est pas le père – puisqu’il est le père adoptif, il n’est pas le père naturel –, le fils n’est pas le fils – il n’est pas le fils naturel. Quant à la mère, forcément, on ne peut pas faire qu’elle ne soit pas la mère naturelle, mais on y ajoute quelque chose qui est décisif, c’est qu’elle est vierge. Par conséquent, la Sainte Famille est une famille qui rompt complètement avec toutes les généalogies antiques, en ce qu’elle est fondée sur l’adoption, c’est-à-dire sur le choix par amour.

Ce modèle est extraordinairement moderne. Il invente de nouvelles structures élémentaires de la parenté, basées sur la parole du Christ : « Aimez-vous les uns les autres ». Depuis lors, il est normal que dans la société civile et religieuse, je puisse appeler « ma mère » une religieuse qui a l’âge d’être ma fille. Ce modèle de l’adoption traverse l’Évangile. Sur la croix, Jésus n’a pas hésité à dire à Marie, en parlant de Jean : « Mère, voici ton fils. » Il a de nouveau fabriqué une famille qui n’était pas naturelle. … Le modèle de la Sainte Famille permet de comprendre les évolutions modernes autour de la famille et de les bénir. Aujourd’hui, on dit souvent qu’un fossé se creuse entre l’Église et la société autour des questions familiales. Pour ma part, je constate que ce fossé est déjà comblé depuis deux millénaires. Je ne l’ai pas découvert, c’est déjà écrit dans l’Évangile de Luc. »

Au fond, ce que dit Michel Serres, c’est que la fête de la Sainte Famille nous invite à faire valoir ce « Aimez-vous les uns les autres » comme régulateur de ces nouvelles relations familiales. La religion chrétienne est une religion de l’adoption. L’Évangile nous dit que l’on ne devient père ou mère que si on adopte nos enfants. On ne devient père ou mère, même si l’on est un père ou une mère naturel (le), que le jour où on dit à son fils : « Je te choisis par amour ». Tel est le modèle de la Sainte Famille. La loi naturelle n’existe plus, c’est la loi d’amour qui compte en premier.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 07:36
« Voici la servante du Seigneur » Évangile du dimanche 21 décembre 2014

« Voici la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole ! » C’est la réponse de Marie à l’appel de Dieu que vient de lui transmettre l’ange Gabriel. Et cette réponse est tellement importante pour le monde entier que l’Eglise se rappelle ce récit trois fois par jour lors de la prière de l’Angélus. Les cloches de nos églises sont là pour nous le rappeler. A quelques jours de la naissance qu’elle attend, il est bien normal que la jeune maman se souvienne de cette rencontre qui est venue bouleverser sa vie, et … la nôtre. « A cette parole, elle fût toute bouleversée. » nous dit Luc.
Souvent, dans notre vie, nous faisons des projets, nous établissons notre itinéraire, et c’est bien normal. Nous rêvons aussi que les choses se passent comme nous les avons imaginées, confondant parfois notre propre désir avec celui du Très-Haut. C’est ce qui arriva à David. Depuis qu’il a été choisi pour succéder à Saül, alors qu’il n’était qu’un petit berger, il est devenu un grand roi et a réussi à fédérer les 12 tribus d’Israël autour d’une capitale : Jérusalem. Mais il est un peu gêné d’habiter un palais alors que l’arche de Dieu habite sous la tente. C’est donc tout naturellement qu’il propose à Nathan la construction d’un temple, afin de partager la gloire qui est la sienne avec le Seigneur qui l’a délivré de tous les ennemis qui l’entouraient .Dans un premier temps, Nathan valide ce projet qui part d’une bonne intention, vous en conviendrez. Mais la nuit porte conseil, même aux prophètes. Cette nuit là, Dieu vient dire à Nathan ce qu’il en pense, et il faut bien reconnaître que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, comme dit Isaïe. Dieu refuse fermement le cadeau de David. « Ce n’est pas à toi de me bâtir une demeure, » lui dit-il en substance, car je ne t’ai rien demandé. On ne met pas la main sur Dieu ; Il est présent partout, Il est libre ; on ne l’assigne pas à résidence ; c’est lui qui offre d’habiter au milieu de nous et de nous accompagner dans notre marche.
En revanche, Dieu reprend l’initiative en portant bien plus haut le projet de construire un temple : « Le Seigneur te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison… » Voici la promesse, celle qui nourrira la foi et la prière du peuple d'Israël pendant des siècles. Dieu a toujours des projets plus grands que les nôtres. C'est le mystère dans lequel il nous invite à entrer. Qui d'entre vous n'a pas fait l'expérience d'un projet personnel qui ne se réalisait pas tout à fait comme prévu, voire même qui était complètement contrarié par une épreuve? Mais à la relecture, n'y avez-vous pas découvert un itinéraire par lequel Dieu vous avait fait passer pour vous entraîner plus haut?
Lorsque Marie reçoit la visite de l'Ange, ne pensez-vous pas que tous ses projets de jeune fille vont être contrariés? Avec son fiancé Joseph, ils avaient dû faire des projets comme tous les jeunes mariés du monde et rêver à la famille qu'ils allaient construire ensemble, aux petits enfants qu'ils auraient un jour, peut-être. Et voilà que l'Ange lui rappelle toutes les promesses de l'Alliance, toute l'espérance que le peuple d'Israël nourrit depuis que David s'était mis dans la tête de construire une maison pour son Seigneur. Et cette jeune fille toute simple, qui habite Nazareth, un village dont on n'a jamais entendu parler dans la Bible, un village éloigné de la ville Sainte, là-bas, dans la Galilée des nations, voici cette jeune fille héritière de la promesse, tout çà parce qu'elle est promise en mariage à Joseph, de la maison de David. On comprend qu'elle soit bouleversée lorsque l'ange la salue, sans même l'appeler par son nom (il la nomme Comblée de grâce). Pourtant, Marie ne conteste pas; elle ne dit pas: « Pourquoi-moi? » Elle ne doute pas non plus. Elle demande seulement « comment cela va-t-il se faire? » Et la réponse de l'ange lui révèle que la gloire de Dieu va la couvrir de son ombre, comme autrefois la nuée lumineuse qui accompagnait l'arche d'Alliance pendant l'Exode, après la libération de l'esclavage d'Egypte. C'est alors la réponse de Marie, son FIAT . Elle adhère sans réserve au projet de Dieu dans l'obéissance de la foi selon l'expression de St Paul.
Aujourd’hui, l’obéissance n’a pas bonne presse, sauf peut-être pour les parents qui aimeraient que leurs enfants soient un peu plus dociles. L’obéissance nous évoque la servilité, l’abandon de notre personnalité, presque ; dans la Bible, au contraire, il évoque la confiance. Le verbe latin, ob-audire , évoque l’attitude amoureuse de celui qui écoute en plaçant son oreille tout près de la bouche de celui qui parle. Dans la Bible, obéir, c’est écouter amoureusement, dans la confiance : foi et obéissance sont synonymes. N’est-ce pas l‘attitude que nous découvrons chez Marie dans la scène de l’Annonciation ? N’est-ce pas l’attitude que nous devrions adopter dans la prière, notamment dans l’Oraison ? Notre prière se limite trop souvent à une litanie de demandes : « Seigneur, fais que… » Mais qu’en est-il lorsque Dieu est demandeur ? lorsque Dieu nous appelle à un changement, ou à servir ? Savons nous prendre du temps pour lui donner la Parole ? Marie s’est mise à l’écoute de la Parole et a accepté de la servir.
Devant la disponibilité humaine, Dieu est en mesure de transformer un projet humain en projet divin. Ne disons pas trop vite que nous n’en avons pas les capacités. Hormis sa grande disponibilité, Marie n’avait guère de mérites particuliers. L’ange ne l’a pas saluée par des titres universitaires, mais il l’a appelée : Comblée de grâce. Sa dignité venait de l’amour de Dieu pour elle. Cela a suffi pour qu’elle soit en mesure d’assumer de si lourdes responsabilités. La volonté de Dieu sur nous ne relève pas du caprice. Le Seigneur n’a pas demandé à Marie de renoncer à épouser Joseph. Mais il lui a demandé si elle voulait bien être la mère du Sauveur. Dieu nous demande aujourd’hui quelle place nous voulons bien lui réserver dans nos projets.
Tout à l’heure, en proclamant le Notre Père, nous dirons : « Que Ta volonté soit faite ! » Sa volonté, ce n’est pas d’habiter un temple somptueux rempli d’or, c’est d’habiter le cœur de l’homme, le cœur de tous les hommes. Vous l'avez bien compris, ce que le Seigneur a réalisé à travers la vocation de David, c'était pour tout le peuple d'Israël. Ce qu'il a réalisé lors de l'Annonciation dans la vie de Marie, c'était pour tous les hommes de tous les temps. « Toutes les générations me diront bienheureuse. » chante-t-elle dans le Magnificat Alors, n'ayons pas peur de nous mettre sous la bouche du Seigneur pour mieux le connaître et mieux nous ajuster à sa volonté. N’ayons pas peur d’écouter son appel et d’y répondre. Ainsi, en nous, Jésus prendra naissance…
Et nous serons vraiment ses serviteurs pour que « ce mystère soit porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi. »

Jean-Jacques BOURGOIS, diacre permanent.
Les Moutiers & La Bernerie

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 11:37
Evangile du dimanche 14 décembre 2014

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (1, 6-8. 19-28) « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas »

« Il y eut un homme envoyé par Dieu; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.

Voici le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander: « Qui es-tu ? » Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement :« Je ne suis pas le Christ.» Ils lui demandèrent: « Alors qu’en est-il? Es-tu le prophète Élie?» Il répondit: « Je ne le suis pas. – Es-tu le Prophète annoncé? » Il répondit: « Non.» Alors ils lui dirent: « Qui es- tu? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même?» Il répondit: « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert: Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe.» Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question: « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète?» Jean leur répondit: « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale.» Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait. »

En ce troisième dimanche de l'Avent, nous rejoignons à nouveau la figure de Jean-Baptiste. Son rôle de Précurseur est bien mis en relief: il n'est pas la lumière, il n'est pas le Messie, pas le grand Prophète des derniers temps. Il est le témoin de la lumière, il est la voix qui crie dans le désert Aplanissez le chemin du Seigneur; il est celui qui annonce la présence et la venue du Messie : Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas.

Cette parole n'a rien perdu de son actualité. Aujourd'hui, plus que jamais, je crois que nous pouvons dire à beaucoup d'hommes et de femmes qui nous entourent : Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas.

Peut-être pensez-vous que, au moins dans nos pays occidentaux, aux racines chrétiennes, Jésus est connu.

Jésus ? Il est à la fois méconnu et trop connu. Nous pourrions même dire : il est méconnu, parce que trop connu !

Expliquons-nous sur cette formule paradoxale. C'est vrai, ce qui a trait à Jésus est connu : il fait partie de notre environnement quotidien, ses fêtes comme Noël, Pâques, l'Ascension donnent des jours de congés, les années de notre calendrier sont référées à sa naissance, ses images emplissent nos églises et nos musées, sa croix est présente partout, au long des routes, comme bijoux ou comme boucles d'oreilles des chanteurs à la mode.

Oui, la croix et Jésus Christ lui-même sont connus, mais comme tout ce qui fait tellement partie du paysage qu'on ne le voit plus. Qui songe encore à l'horreur que devrait susciter la croix, ce supplice ignoble inventé par les romains pour leurs esclaves. Pourquoi Jésus est-il mort sur la Croix ? Qui était-il vraiment?

Maurice Bellet, prêtre et psychanaliste a écrit en 1976 un livre ( Maurice BELLET, Au Christ inconnu, DDB, Paris, 1976 ) dont titre était : Au Christ inconnu. Il faisait allusion à un épisode célèbre du livre des Actes des Apôtres, lorsque Paul arrive à Athènes, la capitale culturelle de l'époque. Paul se rend à l'Aréopage. Invité à expliquer sa croyance devant les philosophes et les magistrats d'Athènes, Paul commence ainsi son discours : ’’ Athéniens, je vous considère à tous égards comme des hommes presque trop religieux. Quand je parcours vos rues, mon regard se porte souvent sur vos monuments sacrés et j'ai découvert un autel qui porte cette inscription : " Au dieu inconnu ". Ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, c'est ce que je viens, moi, vous annoncer.’’

Et Maurice Bellet proposait d'en faire une transcription pour nos contemporains : “En ce temps-là, un voyageur arrivant d’ailleurs et voyant nos églises, nos musées, quelquefois nos maisons, parfois même en boucles d'oreilles, l'énigmatique figure d'un supplicié cloué sur deux planches, il nous dit : " Je vois que vous vénérez ici la mémoire de celui que vous nommez Christ. Eh bien, ce Christ que vous ne connaissez pas, je vais vous dire qui il est. " Mais ils n'écoutèrent pas et se mirent à rire en disant" nous ne le connaissons que trop ". "

Si nous demandions à tous ceux qui portent une croix comme bijou ou qui visitent les églises, ‘’Pour vous, qui est Jésus que l'on nomme Christ? ", combien répondraient ? Plusieurs fois, des bénévoles embauchés pour faire visiter la cathédrale de Chartes à de grands groupes ont reçu la consigne des organisateurs de voyages culturels destinés à des jeunes : Surtout, ne parlez pas de religion pendant la visite de la cathédrale ! Jésus serait-il devenu seulement un objet de musée ?

Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas, disait Jean-Baptiste. Ne serait-ce pas ce que nous avons à proclamer à notre tour en ce temps de l'Avent.

Il fut une époque où l'Église était devenue sans doute trop clinquante, trop institutionnelle. De nombreux militants chrétiens ont alors éprouvé le besoin de s'enfouir dans la pâte humaine, de devenir le sel qui donne goût mais que l'on ne voit pas, de vivre comme Jésus à Nazareth dans ces années obscures où personne ne parlait de lui. Et ils ont eu raison, ces militants, car ils redonnaient à l'évangile son caractère existentiel et à l'Église, un visage plus proche des hommes. C'était dans un contexte où les symboles chrétiens et la visibilité de l'Église étaient forts.

Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Le temps ne serait-il pas venu de redevenir des témoins de la lumière, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui ?

Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. Celui que vous ne connaissez pas n'est pas un personnage mythique du temps passé. Il est celui qui est venu, qui vient et qui viendra porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté.

Frères et sœurs, c’est à nous de faire connaître par notre vie ce Jésus méconnu. Retrouvons la ferveur des commencements, l'enthousiasme de la découverte et nous vivrons selon le message de l'apôtre Paul, lui qui fut par excellence, le témoin de la lumière : “Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toutes circonstances ... N'éteignez pas l'Esprit !”

Roland Chesne, Prêtre à Vernonnet, commune de Vernon (Eure)

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