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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 09:14
Homélie du dimanche 12 octobre 2014


Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 25,6-9
Évangile : Mt 22,1-14


ÊTRE APPELÉ OU ÊTRE ÉLU ?


Après la parabole du père et des deux fils (26ème dimanche ord. A) et celle des vignerons homicides (27ème dimanche ord. A), voici la troisième parabole du Royaume que Matthieu nous offre en deux parties, qui semblent, à première vue, se contredire. Mais au fait, il s’agit plutôt de deux paraboles qui sont complémentaires : la parabole du festin de noce ouvert à tous (Mt 22,1-10) et la parabole du vêtement de noce exigé de tous (Mt 22,11-14). Que devons-nous comprendre dans ça?


1. La parabole du festin de noce ouvert à tous (Mt 22,1-10). Dans cette première partie de l’évangile d’aujourd’hui, ou plutôt cette parabole du festin nuptial, Matthieu nous rappelle que le christianisme n’est pas réservé à une élite. Tous, qui que nous soyons et quoi que nous fassions, nous sommes invités par le Seigneur à la grande fête du Royaume : « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce » (Mt 22,9).


Déjà, dans l’Ancien Testament, au livre d’Isaïe, dans l’extrait que nous avons aujourd’hui, le prophète parle d’un grand banquet où tous sont invités : « Ce jour-là, le Seigneur Dieu de l’univers, préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés » (Is 25,6). Mais de quel festin s’agit-il? Il s’agit du festin messianique promis par les prophètes. Pour les chrétiens qui relisent Isaïe, il s’agit de l’Alliance nouvelle conclue dans la mort résurrection du Christ. Ce n’est donc pas une invention chrétienne cette espérance d’un monde nouveau. On la retrouve chez le prophète Isaïe : « Ce jour-là, on dira : ‘’Voici notre Dieu, en lui nous espérions et il nous a sauvés; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés!’’ » (Is 25,9).


Donc, Matthieu, s’inspirant du prophète Isaïe, parle lui aussi d’un festin, d’une noce où le roi (Dieu) marie son fils (Jésus). Dieu invite d’abord ses élus, c’est-à-dire ses invités de marque : les prêtres, les pharisiens, les scribes, les dirigeants du peuple : « Il envoya ses serviteurs (les prophètes) pour appeler à la noce les invités (les élus), mais ceux-ci ne voulaient pas venir » (Mt 22,3). Mais Dieu insiste : « Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : ‘’Voilà : mon repas est prêt, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés; tout est prêt : venez au repas de noce’’ » (Mt 22,4). Encore une fois, les élus restèrent indifférents : « Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce » (Mt 22,5). Et pire encore, et là Matthieu fait référence à ce qui s’est passé sur le plan historique, il précise que certains s’en sont pris aux serviteurs, aux prophètes : « Les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent » (Mt 22,6).


L’évangéliste fait référence à la destruction de la ville de Jérusalem par les Babyloniens en 587 avant notre ère, où les dirigeants du peuple d’Israël sont demeurés sourds aux appels des prophètes et il fait référence aussi à la destruction de Jérusalem par les Romains en 70 de notre ère, où il y avait une relation très tendue entre le pharisaïsme et la communauté chrétienne de Matthieu. Dans les deux cas, il s’agit du refus des élus (les chefs des prêtres et les pharisiens) de reconnaître la nouvelle Alliance dans le Christ de Pâques : « Alors il dit aux serviteurs :’’Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes’’ » (Mt 22,8). Et c’est pourquoi, l’invitation est maintenant faite à tous sans exception : « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce » (Mt 22,9).


Le message de Matthieu est de dire que le salut est universel et aucune exigence morale n’est demandée : « Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives » (Mt 22,10). Ce qui veut dire que dans l’Église, dans la salle de noce, on ne peut pas interdire l’accès ou l’entrée sur une base morale, ni sur une question de sexe, de race, de genre ou de culture. Tous sont appelés et invités. Le salut est offert généreusement et gratuitement.


2. La parabole du vêtement de noce (Mt 22,11-14). Dans cette deuxième parabole, il semble y avoir une contradiction : si tous sont invités aux noces, alors pourquoi cette exigence de porter un vêtement spécial? Dans sa version longue, la parabole de l’évangile d’aujourd’hui nous offre un rebondissement curieux, qu’on ne retrouve pas chez Luc. En effet, chez Matthieu, on y voit une sorte de paradoxe entre la gratuité du salut offert à tous et l’exigence de porter un vêtement de noce pour ceux et celles qui répondent favorablement à l’appel. Que devons-nous comprendre dans ça?


La réponse est toute simple : lorsque nous acceptons l’invitation qui nous est gracieusement offerte, y répondre, c’est accepter de célébrer celui pour qui nous nous rassemblons. Ce qui veut dire qu’en participant à la noce du fils du Roi, du Christ ressuscité, nous devons adhérer à lui; revêtir le vêtement de noce, c’est revêtir le Christ lui-même, en devenant comme lui. Saint Paul, dans sa lettre aux Galates écrit : « Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ » (Ga 3,27). Donc, le vêtement de noce n’est pas un habit qu’on doit acheter pour participer au festin nuptial; les personnes sont invitées aux croisées des chemins, sur la rue, tel qu’elles sont. Le vêtement de noce dit qui nous sommes devenus, lorsque nous participons au festin nuptial organisé par le Dieu de l’Alliance nouvelle. Dans le fond, accepter l’invitation, répondre à l’appel, c’est accepter de nous laisser transformer par le Christ pour devenir comme lui. C’est revêtir Christ; c’est devenir Christ ressuscité.


En terminant, je voudrais simplement vous partager un commentaire de l’exégète français Jean Debruynne qui fait la différence entre les élus et les appelés : « C’est toujours le monde des paraboles. Cette fois il s’agit de celle des noces. Elle conduit tout droit au dilemme : vaut-il mieux être un appelé ou être un élu? Mais poser la question ainsi, c’est déjà en faire une prison. C’est ouvrir la course au privilège, au bénéfice et au meilleur rendement qualité-prix. Les élus sont dans la défense de leurs privilèges. Ils ont des droits acquis. Ils sont crispés sur leurs droits. Les appelés, eux, n’ont rien. Les appelés sont ceux qui n’ont aucun mérite, aucun droit. Ils ne doivent ce qu’ils sont qu’à la tendresse de Dieu ».
Raymond Gravel


http://www.culture-et-foi.com/dossiers/homelies/ordinaire_28A.htm

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 10:28
Homélie du Dimanche 21 septembre 2014

Evangile selon saint Matthieu 20, 1-16a

A mesure que nous approchons de la fin de l’évangile de Matthieu, un thème revient souvent, celui du jugement de Dieu. Sur quels critères nous juge-t-il et nous jugera-t-il ? Fait-il usage des mêmes balances ou règles de calcul que les hommes ? Sa conception de la justice est-elle la même que celle des lois civiles et religieuses ? Ce que le prophète Isaïe proclame de la part de Dieu apporte une réponse importante à ces questions.

« Mes pensées ne sont pas vos pensées,
et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur.
Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres,
et mes pensées, au-dessus de vos pensées. »

Jésus a souvent tenu les mêmes propos que ceux rapportés par Isaïe. Il a reproché à beaucoup de responsables religieux de son temps et aussi à ses disciples – rappelons-nous ce qu’il disait à Pierre – non seulement de prétendre connaître les pensées de Dieu mais de plus, de s’imaginer un Dieu qui pense comme eux, ce qui est une forme perverse d’idolâtrie. En saint Matthieu au chapitre 20, Jésus prend encore le détour d’une longue parabole pour comparer les pensées de Dieu aux nôtres en ce qui concerne sa manière d’agir avec justice.

« Le Royaume des cieux, disait-il, est comparable au maître d’un domaine
qui sortit au petit jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Il se mit d’accord avec eux sur un salaire d’une pièce d’argent pour la journée,
et il les envoya à sa vigne.
Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans travail.
Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne,
et je vous donnerai ce qui est juste.' Ils y allèrent.
Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.
Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit :
'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?'
Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.'
Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire,
en commençant par les derniers pour finir par les premiers.'
Ceux qui n’avaient commencé qu’à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’argent.
Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage,
mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’argent.
En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
'Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites comme nous,
qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !'
Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : 'Mon ami,
je ne te fais aucun tort. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour une pièce d’argent ?
Prends ce qui te revient, et va-t'en.
Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ?
Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?'
Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

Voilà une parabole choquante de prime abord. Essayons de saisir l’essentiel de son message concernant la justice de Dieu, et auparavant d’évoquer des manières humaines courantes d’agir avec justice.
Celle-ci peut s’exercer de manière contractuelle et objective fondée pour tous et pour toutes les situations sur les mêmes critères, avec les mêmes règles de calcul, les mêmes poids et mesures. Il y a des prix ou tarifs fixés d’avance. Une manière non-arbitraire qui repose sur un droit, une égalité de traitement, de décision pour tous. Cette conception de la justice rétributive, on la trouve dans l’embauche des ouvriers de la première heure. « Le maître se mit d’accord avec eux sur un salaire d’une pièce d’argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne. » Ces ouvriers n’ont donc rien à reprocher au maître du domaine, quand il les rémunère comme prévu, en fin de journée.
Une autre manière de considérer ce qui est juste peut reposer sur des critères de compétition, de concurrence, de rivalité. Les meilleurs, les gagnants, les doués méritent les meilleurs traitements. Les premiers sont mieux payés que les derniers. C’est la logique des concours, des conquêtes du pouvoir, des star-systèmes dans les domaines sportifs ou médiatiques, dans les placements en bourse, dans le monde des affaires. La liste est longue aujourd’hui en ce qui concerne cette manière d’agir.
Mais le maître de la vigne se comporte autrement avec les ouvriers embauchés en cours de journée. Avec eux pas de contrat de salaire précis : « Je vous donnerai ce qui est juste », leur dit-il. Une attitude qui laisse une place à l’imprévu. Elle n’est pas exempte d’un risque de jugement arbitraire. Surprise quand le maître commence à rémunérer les derniers et leur donne le même salaire que celui promis aux premiers. Que s’est-il passé pour qu’il adopte cette attitude et change de logique pour les rétribuer ?
Peut-être laisse-t-il parler son cœur, sa bonté vis-à-vis de ces personnes, faisant appel à un principe d’équité plus que d’égalité juridique. Il a constaté que personne ne les a embauchés. La parabole ne dit pas pourquoi. Nous pourrions imaginer sans difficulté de nombreuses réponses à cette question en puisant dans notre actualité. Cette parabole tout à coup nous paraît bien actuelle. Dans notre société prévaut tellement la logique de l’efficacité, des calculs prévisionnels, du rendement en ce qui concerne la gestion du travail, et la logique de l’équité se trouve souvent discréditée. Tant et tant de gens attendent au long des heures, des jours, des années que quelqu’un les embauche. Ils sont peut-être arrivés en retard. On a peut-être embauché d’abord les meilleurs et laissé de côté les moins efficaces, ceux dont le rendement est moins bon. La réaction des ouvriers de la première heure, on l’entend aussi bien souvent aujourd’hui, par rapport à la manière de rémunérer ceux qui sont chômeurs ou ceux qui travaillent. Traiter de la même manière ceux qui travaillent beaucoup et ceux qui travaillent peu, ceux qui sont doués et ceux qui sont handicapés, peut leur paraître scandaleux, injuste.
Le maître de la vigne écoute la voix de la bonté. Ce qu’il dit peut aider à comprendre sa conduite : « Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? » La parabole laisse entendre que les derniers, les plus petits, les plus démunis sont premiers dans le cœur de Dieu. Sa justice est celle de la miséricorde et non des règlements financiers ou pénitentiaires.
On est très sensible aujourd’hui aux droits de l’homme, mais peut-être pas assez à leur fondement évangélique. Jésus invite à ajuster la dimension du contrat à celle de la bonté, et ne se soumet pas aux logiques de compétition, de concurrence, de rivalité si ce n’est pour la recherche de la bonté. Il invite à ajuster les droits de l’homme à ceux de Dieu. Les droits de Dieu, le Père de tous, fondent la manière dont Jésus conçoit et vit concrètement la liberté, l’égalité, la fraternité au milieu de ses frères humains. S’il revient au droit humain de fixer des limites aux rapports sociaux, ce droit peut se pervertir dès lors qu’il prétend fixer des limites à l’amour qui fonde la justice de Dieu. En lui pas de justice sans bonté, sans miséricorde. Le droit de Dieu est essentiellement un droit de grâce. Il respecte les règles des contrats humains mais revendique le droit de les transgresser, qu’ils soient religieux ou non, au nom de son amour. En parcourant les récits évangéliques, on pourrait formuler ainsi en dix phrases courtes un décalogue non pas des commandements de Dieu mais de ses droits :

*Le droit de rester bon quand l’œil de l’homme se fait mauvais.
*Le droit de verser même salaire à l’ouvrier de la onzième heure qu’à celui de la première.
*Le droit de faire briller son soleil sur les méchants comme sur les bons.
*Le droit de soutenir le pauvre sans défense devant le riche sans pitié.
*Le droit de perdre son temps à écouter l’enfant autant que le sage et le savant.
*Le droit d’attendre la moisson pour séparer l’ivraie du bon grain.
*Le droit d’ouvrir sa table à tous ses fils prodigues.
*Le droit de laisser dans le bercail 99 brebis pour partir à la recherche de l’égarée.
*Le droit de pardonner sans limite ni relâche à quiconque demande pardon.
*Le droit de mourir en croix plutôt que de cautionner les intérêts de ceux qui se disent ses amis.

Quand il s’agira de recevoir la récompense, nous serons tous à égalité, les premiers comme s’ils étaient les derniers, et les derniers comme s’ils étaient les premiers. Parce que la pièce d’argent, c’est la vie éternelle, tous jouiront d’une même vie éternelle. (Saint Augustin)

Michel SCOUARNEC, Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 19:32
Homélie du dimanche 7 septembre 2014

Ezéchiel 33, 7-9 ; Psaume 94 ; Romains 13, 8-10 ; Matthieu 18, 15-20

“Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute.” C’est une invitation exigeante, mais qui comporte d’abord une évidence simple. Il est écrit : “Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul.” Et non pas : “Quand ton frère a fait une bêtise, raconte ça tout de suite à tout le voisinage !”

L’invitation de Jésus suggère une méthode progressive dans la responsabilité les uns des autres : va d’abord seul, puis avec deux ou trois, puis mets l’Eglise dans le coup. Et puis s’il refuse encore, “considère-le comme un païen et un publicain”. L’expression peut paraître méprisante, mais il n’en est rien puisqu’on se souvient que Jésus était l’ami des païens et des publicains. J’en ai même trouvé une jolie traduction : “Approche-toi de lui comme s’il était encore sans baptême, parle-lui comme si tu t’adressais à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler ni de la croix, ni de l’amour.”

“Je fais de toi un Guetteur”, disait Ezéchiel. Guetter, être à l’affût, on le fait facilement, mais c’est souvent pour critiquer. Alors qu’il y a là invitation à être responsables les uns des autres. L’Église chrétienne, la communauté comme on dit, a une mission de solidarité, contrairement à ce que pensent peut-être encore quelques uns qui n’ont recours au lieu église que pour leur prière personnelle.

Quand une famille est accueillie devant tout le monde pour un baptême, quand des jeunes font profession de foi, quand des jeunes se marient, bref, en toute célébration, il y a des paroles dont la communauté devient témoin. Les célébrations communautaires de la pénitence sont aussi un bon moment où l’on sent une solidarité de tous autour de soi. Je me rappelle qu’à la sortie d’une célébration d’obsèques où beaucoup avaient participé à un geste symbolique quelqu’un m’avait remercié en cherchant ses mots : “Vous nous avez fait faire un exercice de collectivité.” Pour ma part, je suis devenu encore plus sensible à cette question communautaire le jour où j’ai célébré un mariage qui a duré moins de deux mois… sans que personne de l’assemblée ne soit même mis au courant de la séparation. Exemple parfait de disfonctionnement communautaire. Evidemment je ne rêve pas qu’on aurait pu éviter la rupture de ce couple, mais on aurait pu espérer que, parmi ces amis d’un jour, il y en ait eu au moins quelques uns pour être proches lors de l’événement douloureux. Depuis, je ne célèbre plus de mariage sans lire, avec l’accord des mariés, quelques lignes de leurs projets de vie à tous les participants pour les rendre témoins, c’est à dire solidaires.

Le côté personnel de l’invitation de Jésus est difficile : “Va lui parler, va le trouver, va l’avertir.” Oui mais de quel droit ? Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas. Je vais me faire rabrouer. Ne plus faire de ragots par derrière n’est déjà pas si mal, mais c’est autre chose d’oser aller dire. Il y faut une relation d’amitié. Il faut croire que tout peut changer chez l’autre et que si personne ne dit jamais rien, rien ne sera jamais possible. C’est là le rappel que la communauté n’est pas d’abord une structure mais des personnes. C’est à des hommes et pas à des règles que Jésus a confié le pouvoir de lier et de délier. Il leur a confié rien moins que son pouvoir de Messie, celui qui est rapporté par Saint Luc au chapitre 4 : “L’Esprit de Dieu m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance, et aux affligés la joie.”

“Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux.” C’est fabuleux le pouvoir que Jésus peut accorder à la communion entre deux ou trois personnes. Je crois que certains textes juifs l’affirment aussi : quand plusieurs sont rassemblés pour étudier la Torah, la présence divine est là. Promesse de présence qui rejoint celle de l’ange qui avait dit à Joseph, en annonçant la naissance de Jésus : “On l’appellera Emmanuel”, c’est-à-dire «Dieu avec nous», et celle de Jésus lui-même avant de quitter notre terre, quand il dit à ses amis : “Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps.”

J’ai lu que les chrétiens, pendant plusieurs siècles, quand ils étaient réunis comme nous pour l’Eucharistie et qu’ils disaient : «Voici le corps du Christ !», désignaient, non pas le pain eucharistique, mais leur propre assemblée.

Robert Tireau, prêtre du diocèse de Rennes

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 20:21
Homélie de dimanche 31 août 2014

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16,21-27.
Pierre avait dit à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ?
Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun se
lon sa conduite.

Homélie

Jérémie 20, 7-9 ; Psaume 62 ; Romains 12, 1-2 ; Matthieu 16, 21-27

“Seigneur, tu as voulu me séduire et je me suis laissé séduire,” disait Jérémie dans la première lecture. Le mot séduire n’a pas forcément bonne réputation. Mais on sait que quelqu’un qui est séduit est animé d’un ressort extraordinaire, et qu’il est prêt à tous les dépassements. “Il n’est plus lui-même,” disent certains. À moins que ce ne soit précisément à ce moment que la personne devienne elle-même. Impossible en tous cas d’empêcher Jérémie de jouer son rôle de prophète.

Dans son livre “Ils m’ont donné tant de bonheur”, Jacques Gaillot écrivait : “J’ai été séduit par la manière dont le Christ a mené sa vie d’homme. Séduit par Dieu, disait Jérémie. Séduit par la vie d’homme de Jésus, dit le Père Gaillot. J’aime bien le rapprochement. Instinctivement on distingue l’humain du divin, alors que le rapprochement est riche car il donne à penser l’incarnation. Il éveille à la foi chrétienne et rend possible la compréhension et les engagements communs entre ceux qui sont chrétiens et ceux qui ne le sont pas.

Quelqu’un a dit au sujet de l’Evangile d’aujourd’hui : “Si être chrétien c’est renoncer à tout, être méprisé, injurié, alors je vais me mettre à envier ceux qui ne le sont pas.” Cette personne distinguait vivre en homme et vivre en chrétien : si c’est trop dur d’être chrétien, alors je vais seulement être homme. Mais y a-t-il une autre manière d’être homme que celle de donner sa vie par amour, à la manière de Jésus ? C’est si vrai qu’on a pu, dans le passé, qualifier des gens de chrétiens sans le savoir parce qu’ils vivaient comme des chrétiens. On avait tort car être chrétien comporte l’affirmation consciente de sa foi. Mais leur manière de vivre était la même. Quant à la difficulté d’être homme vraiment, des théologiens expriment quelquefois qu’un seul être a pu être homme vraiment dans l’histoire : il s’appelait Jésus. Et que ce n’est que par lui, avec lui et en lui, selon la formule liturgique, que nous pouvons devenir hommes chaque jour un peu plus.

Saint Pierre a été séduit également par Jésus. C’était l’évangile de dimanche dernier : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !” Mais il a lui aussi très vite cherché à séparer le divin de l’humain : Jésus est Dieu, donc tout-puissant, donc il peut éviter de souffrir : “Cela ne t’arrivera pas”. La réponse a fusé : “Passe derrière moi, Satan !” En réalité, Dieu est tout-puissant d’amour. Il est Dieu dont l’amour est tout-puissant, Dieu Père tout-puissant ! Et les papas et les mamans savent bien que l’amour est souvent appelé à passer par la croix !

La formule de Matthieu : “Il fallait” (souffrir et mourir) étonne beaucoup. On dit : “Mais alors Jésus était programmé, prédestiné à mourir comme ça !” En réalité il s’agit d’une manière habituelle de parler de quelqu’un qui donne sa vie dans des engagements forts et risqués. On n’est pas très surpris de la mort violente de tel ou tel et on entend régulièrement la formule : “Il fallait que ça se termine comme ça !” Mais inéluctable ne veut pas dire prédestiné.

Jésus dit : “Si quelqu’un veut marcher derrière moi (être homme vraiment), qu’il prenne sa croix et qu’il me suive !” Lytta Basset, théologienne, a regardé de près la langue d’origine de ce texte et elle précise qu’on devrait traduire : “qu’il lève sa croix”. Le mot lever signifie alors la résurrection présente même dans le négatif de notre vie. Oh ! La croix en question n’est pas un étendard pour cortège triomphal. Mais la phrase n’est pas menace mais plutôt appel : si quelqu’un veut être homme, dit Jésus, qu’il choisisse, comme moi, d’aimer en donnant sa vie. Michel Pinchon précise le mot suivre : Suivre évoque trop souvent l’image d’un troupeau à la remorque de son berger qui décide pour lui des directions à prendre. Il serait plus exact de traduire le mot grec original par marcher, être compagnon de route. Jésus ne cherche pas des suiveurs, mais des amis qui prennent la route avec lui, pour risquée que soit cette route. Il les choisit pour être avec lui. Pour partager sa vie, sa mission et, librement, son destin quel qu’il soit. Ce compagnonnage est libre. « Si tu veux !» A leur tour, quand Jésus les aura quittés, ses disciples, déjà habitués à aller deux par deux, chercheront des compagnons de route pour partir, continuer la mission.

Pensons à tel ou tel que nous connaissons, qui a été séduit par le Christ et sur le visage de qui ça se voit. Pensons-y et laissons-nous séduire et inviter à être hommes nous aussi !

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 06:59
Homélie du dimanche 24 août 2014

Isaïe 22, 19-23 ; Psaume 137 ; Romains 11, 33-36 ; Matthieu 16, 13-20

Est-ce que vous avez sur vous vos clefs ? Vérifiez-les donc ! Regardez-les une par une :

- Celle-ci, elle sert à quoi ? à ouvrir ou à fermer ? à permettre ou à interdire ?

- Qui a des clés, qui n’en a pas ? Qui a le pouvoir ?

- “Tu me passes tes clefs ?” A qui les prêtez-vous ? A qui les donnez-vous ?

Dans la première lecture, Shebna, le maître du palais du roi Ézéchias, est destitué au bénéfice d’Élyaqim. C’est une disgrâce comme il s’en rencontre à toutes les époques. Ce qui nous intéresse ce sont les paroles d’investiture adressées au nouveau fonctionnaire : “Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira.” Il s’agissait d’une clé très lourde, du genre barre de fer peut-être. Et la remise de cette clé de la ville fortifiée faisait partie des rites d’intronisation de l’homme de confiance qui avait été choisi.

Jésus, à Césarée de Philippe, reprend la même image pour confier à Pierre le pouvoir des clés : “Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux.” Pourquoi lui ? Sans doute parce qu’il est celui qui a su regarder Jésus autrement. Il a été le seul à voir plus que le visible en Jésus. Les autres ont cherché des réponses dans le passé. Les autres ont fait de l’étiquetage : Qui est le Fils de l’homme ? C’est Jean-Baptiste ou bien Elie, ou bien Jérémie. Ils ont fait un étiquetage bienveillant, positif, mais un étiquetage quand même : c’est du passé, du classement. Et quand une affaire est classée… ! Lui, Pierre, voit le présent et l’avenir. Il voit l’invisible. Il voit le possible de demain. Il voit le mystère de la personne. Il a le regard du respect, celui qui envisage au lieu de dévisager. Beaucoup de gens veulent toujours voir pour croire. Ici, il est clair que c’est parce qu’il croit que Pierre voit tout autre chose et voit beaucoup plus loin. “Heureux es-tu” de voir l’invisible, lui dit Jésus. Avec des gars comme toi, l’Eglise ne craint rien.

Rien ne sert d’avoir des clefs, si l’on n’est pas capable d’ouvrir, si l’on n’a pas, soi-même, une certaine capacité d’ouverture. Pierre est celui qui ouvre. L’Eglise doit être celle qui ouvre. Celle qui éveille les esprits à l’intelligence du mystère de Dieu, celle qui éveille les cœurs à l’accueil de la tendresse de Dieu, celle qui dégage les portes de l’espérance et du pardon. Celle qui, de ses mains fragiles, livre passage à l’Amour du Dieu Père, Fils et Esprit. Si nous sommes nous-mêmes proches de Dieu, nous pourrons devenir des passeurs.

“Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. En disant très fort que Jésus est le Christ, Pierre invite le monde entier à entrer dans sa foi. Mais il lui faudra passer par l’épreuve de sa fragilité, pour perdre l’illusion de propre solidité. On lit le jour des Rameaux, dans le récit de la Passion, le passage où Pierre se vante d’être solide : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi je ne tomberai jamais. » (Matthieu 26, 33). Et on sait qu’il reniera. Et qu’il devra, au-delà des larmes de son reniement, redire humblement son amour : “Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime.” (Jean 21, 17) Alors, et alors seulement, il saura affermir ses frères et leur ouvrir “la profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu” comme Saint Paul le dit dans la seconde lecture. L’abbé Pierre disait : “Lorsque nous arriverons à la fin de notre vie, on ne nous demandera pas si nous avons été croyants, mais si nous avons été crédibles.”

L’Évangile d’aujourd’hui est l’Evangile d’un double baptême : - “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant.” – “Tu est Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église.”

La rentrée approche. Et si on se préparait à traiter chacun comme il convient. Et si on se préparait à donner à chacun de ceux qu’on va rencontrer un nom d’avenir, un nom de ressuscité, sur lequel la mort ne pourra rien, un nom d’ouverture et non pas de classement et de fermeture. Le contraire de ce qui faisait crier un petit un jour : “Il m’a traité de tous les noms, sauf du mien.”

Toi, Seigneur, qui as ouvert les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, donne-nous aujourd’hui la seule clé qui nous manque : celle qui ne verrouille pas, mais libère. Alors nous ouvrirons à tous les hommes les portes du Royaume.”

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 14:33
Homélie du dimanche 17 août 2014

Isaïe 56, 1.6-7 ; Psaume 66 ; Romains 11, 13-15. 29-32 ; Matthieu 15, 21-28

Dans l’évangile de la semaine dernière, Pierre se voyait qualifier durement par Jésus : “Homme de peu de foi.” On fait forcément le lien avec notre texte d’aujourd’hui où Jésus a une phrase tout différente pour la Cananéenne : “Femme, ta foi est grande !”

Il semble bien qu’il y ait eu évolution de Jésus dans sa conception du salut : il le croyait d’abord réservé à Israël, puis petit à petit plus largement offert. Peut-être que son évolution a pu être favorisée par l’audace de cette étrangère. Il lui en fallait en effet parce qu’entre les juifs et les cananéens ce n’était pas le grand amour, et parce que la cananéenne avait le défaut supplémentaire d’être une femme.Irrésistible audace de cette femme, mais magnifiquement doublée d’un réalisme respectueux des préséances d’Israël. Quand Jésus est très dur avec elle en évoquant le pain des enfants qu’on ne peut donner aux chiens, elle attrape au vol le mot blessant et parle de se contenter des miettes qui tombent de la table des maîtres. Elle invite ainsi Jésus à aller jusqu’au bout et on le voit craquer. Il est émerveillé : “Femme, ta foi est grande !” Et l’enfant est guéri.

Le récit laisse entendre que c’est ce langage du cœur qui a touché le Christ, comme s’il était lui-même en train de se convertir, de se laisser toucher par la détresse d’une personne qui n’est pas de son peuple. Il vient manifestement de passer une nouvelle frontière intérieure. Dans sa conscience d’homme, il vient de découvrir que le don de Dieu est pour tous les hommes. La répartie de cette étrangère aura été d’une portée humaine et religieuse sans limite.

L’Evangile semblerait dire que la femme sait mieux demander que l’homme. Que ne tenterait-elle pas quand il y va de la vie du fruit de ses entrailles, c’est à dire de la vie d’un de ses enfants ! Cette foi de la Cananéenne, si elle est confiance totale en Celui qui peut tout, elle est aussi confiance en sa mission de mère qu’elle réalisera malgré tous les obstacles. Comme Marie de Nazareth, la mère de Jésus qui n’a pas hésité à lui demander du vin aux noces de Cana. Et comme cette mère de Naïm qui a perdu son mari et qui enterre son enfant le jour de sa rencontre avec Jésus ! Quand tout est désespéré, une mère espère encore. Et Dieu se laisse toucher plus qu’il ne se laisse convaincre. Comme si la foi de l’homme dilatait le cœur de Dieu. Ainsi, pour Jésus, aucun principe religieux, aucune prescription ne tient, dès lors que résonne chez un être humain devant lui, le langage du cœur, ce langage le plus proche de celui de Dieu.

Et si on faisait parler ce texte pour aujourd’hui : ce serait une maman qui se préoccuperait de sa fille malade gravement. Et elle s’en préoccuperait en se tournant vers le Christ. Comme tous ces papas et toutes ces mamans qui ont en tête de leurs préoccupations tel ou tel enfant malade ou découragé par le chômage ou pour toute autre raison. On pourrait presque mettre en deux colonnes les réactions de ces parents selon qu’ils conservent ou non une attitude d’espérance, selon que le Christ ressuscité est ou non une réalité dans leur vie et que leur réaction passe ou non par la prière.

Bien sûr, rien n’est tranché comme ça dans une vie qui est toujours plus complexe. Mais il y a peut-être une invitation pour aujourd’hui dans cette histoire de la cananéenne et de sa fille malade, si on l’applique à toute situation difficile entre des personnes. D’un côté, pour qualifier leur attitude, il y aurait les mots “déprimer, désespérer, faire tout à la place de l’autre qui n’est capable de rien, ne plus se parler du tout, s’énerver, fiche à la porte…” et de l’autre on aurait : “faire silence et écouter beaucoup, réconforter, ne jamais rompre le dialogue, ne jamais couper les ponts, accueillir toujours, garder la porte ouverte, croire toujours au possible, même modeste, et toujours recommencer.” Même si, encore une fois, chaque personne passe par les deux colonnes, et plusieurs fois par jour.

Jésus ne dit pas : “Je te guéris”… Mais “Ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux”. – “Que tout se fasse pour moi comme tu le dis”, disait Marie à l’ange de l’annonciation. -“Faites tout ce qu’il vous dira” disait-elle aux serveurs de vin à Cana. Ce que dit Jésus ressemble à ce que disait sa mère.

Robert Tireau, Prêtre du diocèse de Rennes

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 19:00
Homélie du dimanche 10 août 2014

Evangile selon saint Matthieu - Mt 14, 22-33

Un dimanche de nuit et de tempête. Nuit de découragement et de doute pour tous les personnages bibliques qui nous sont présentés. D’abord le prophète Elie qui s’est enfui au désert après l’échec de sa mission et vient de passer une nuit dans une caverne au sommet du mont Horeb.

Dans la traversée nocturne des grandes épreuves, il y a un temps pour l’ouragan, le tremblement de terre, le feu qui brûle tout. Puis vient le temps de l’apaisement. C’est alors, dans le murmure d’une brise légère qu’une parole neuve va pouvoir être entendue par Elie et qu’une orientation inattendue va lui être présentée par Dieu. Un successeur lui sera donné : Elisée

Nuit de prière solitaire pour Jésus aussi.

Jésus décide de prendre du recul peut-être après avoir nourri la foule. Il entend l’appel de Dieu à conduire son peuple dans une nouvelle traversée pascale de la mer, afin d’ouvrir les frontières de l’Alliance à tous les peuples du monde.
Longue nuit de doute et de peur enfin pour les disciples. Sans explications, Jésus les met à l’épreuve en restant seul pour renvoyer la foule, et en leur donnant l’ordre de quitter la terre d’Israël et de traverser la mer pour se rendre en terre païenne.

Le parcours spirituel de Jésus dans les évangiles n’a rien d’une ligne droite, d’un itinéraire fixé d’avance. L’évangéliste Matthieu inscrit ce parcours dans le même tracé que celui de Moïse et d’Elie. Moïse avait fui la maison du Pharaon et s’en était allé en terre étrangère pour échapper à la mort (Ex 2, 15). Puis il avait obéi à Dieu pour revenir en Egypte, afin de mener le peuple esclave au désert, et de le conduire vers une terre de liberté. Elie avait fui le roi Akab et sa femme Jézabel qui en voulaient à sa vie. C’est dans la solitude et le découragement sur la montagne désertique de l’Horeb que Dieu lui avait parlé, après ses tourments intérieurs.

Jésus semble vivre encore, lui aussi, un nouveau tournant dans sa mission. Jésus vient de rassasier la foule alors qu’elle manquait de tout. Forts de ce succès, ses disciples pouvaient s’attendre à voir leur maître en tirer profit. Mais non, pas question pour Jésus d’instrumentaliser ce succès. Il n’est pas un manipulateur, et n’est ni propagandiste ni populiste. Il “les oblige à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive pendant qu’il renverra les foules.” Décision en apparente contradiction avec sa pitié pour elles. Avec une apparente brutalité, il demande aux disciples de quitter leur monde juif familier, pour se rendre sur la rive où vivent les païens. Cette traversée de la mer ressemble tout autant pour eux à un exil qu’à un exode. Après les foules affamées de Galilée, il les invite à affronter les foules hostiles et barbares qui n’appartiennent pas à leur univers. Celles qui sont loin de leurs synagogues, de leurs mentalités, de leurs vieilles habitudes, de leurs valeurs. Son comportement est en contradiction avec ce qu’ils attendent du Messie d’Israël.

Quelle tempête sous le crâne des disciples ! Ils vont ramer à contre vent, à contre cœur, faisant confiance à celui qui les appelle à le précéder sur l’autre rive. Ils rameront jusqu’à la fin de la nuit, remplis de peur et de doute, car dans ces moments on n’avance guère. Il y a dans le récit évangélique un détail étrange et sans doute important. Jésus est resté seul pour prier dans la montagne, le soir venu, à l’écart, comme Moïse lors du combat contre les Amalécites (Ex 17,12), dont Aaron et Hour gardaient les bras levés pendant que Josué ferraillait dans la plaine. On aurait pu s’attendre, en toute logique, à ce que Jésus se tienne dans la barque avec les disciples pour ramer avec eux, leur soutenir le moral. Mais non, il semble les abandonner, les laisser seuls, et c’est seulement vers la fin de la nuit qu’il se manifeste, alors même qu’ils sont exténués, à bout de leurs forces et remplis d’angoisse.

Quand il révèle sa présence c’est sous un double signe : celui de l’étrangeté d’un fantôme qui provoque la frayeur et paralyse, et celui de sa marche sur les eaux de la mer. La mer était un symbole de mort pour la culture juive. Dans l’Evangile, la marche du Christ sur les eaux symbolise sa victoire du ressuscité sur toutes les nuits et les frayeurs ancestrales du monde des humains. Les mots qu’il prononce sont parmi les plus forts de la foi chrétienne “Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur !”. Ces mots, chacun peut les entendre à chaque traversée difficile de sa vie, à chaque moment de panique et de frayeur devant toutes les morts à affronter, devant toutes les rives inconnues où il lui faut accoster, au cœur de toutes les nuits interminables de ses épreuves. Remercions saint Pierre, une fois encore, pour sa confiance un peu naïve, pour ses doutes et ses peurs. Il n’a pas tenu longtemps à marcher sur les eaux pour aller vers Jésus. La panique a été la plus forte. Mais son courage nous encourage. Son cri au moment de s’enfoncer est un cri d’espoir : “Seigneur, sauve-moi !” Et la main de Jésus qui le saisit nous réconforte.

(…)

Combien grande serait sa joie aujourd’hui de voir les lueurs d’une aurore annonçant la fin de la longue nuit des discordes et des haines entre juifs et chrétiens, après des siècles de mépris et de malédictions mutuelles, mais aussi sa désolation de voir prospérer encore sur les sols qu’il a foulés, les déchirements de la haine et de la violence. Comme quoi il est des nuits qui peuvent être longues, mais l’espérance et la confiance ne doivent jamais s’éteindre. En Jésus, rien ne peut plus séparer de Dieu la multitude humaine. S’il nous arrive de douter de lui, sachons que lui ne connaît pas le doute et garde à jamais sa fidélité. Envers et contre tout, il continue de croire et d’espérer en l’homme.

Michel SCOUARNEC, Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 11:07
Homélie du dimanche 3 août 2014

La multiplication des pains

Après le discours en paraboles sur le Royaume, voilà maintenant des

gestes concrets qui montrent la puissance du Royaume, dans lequel les

disciples doivent s’engager, dès maintenant, pour qu’il puisse se réaliser

pleinement. Le premier geste est celui de la multiplication, ou plutôt du

partage du pain. C’est un geste tellement important qu’il est raconté 6 fois

dans les évangiles. Mais attention! De prendre le récit de Matthieu au pied

de la lettre; puisqu’il s’agit d’un événement théologique, il serait malheureux

qu’on le prenne pour une anecdote qui se serait déroulée dans la vie du

Nazaréen. C’est ce qui faisait dire au français Noël Le Bousse : « Nul doute

que Jésus ait eu des pouvoirs miraculeux. Limitée à ce constat, la

multiplication des pains resterait une anecdote. Elle devient un

événement riche de sens grâce aux lunettes de la tradition évangélique

qui l’enrichit de toute l’expérience biblique : Jésus est le prophète qui

renouvelle le miracle d’Élisée. Il est le pasteur du Peuple de Dieu qui

nourrit les siens d’une manne nouvelle dans le désert d’un nouvel Exode,

celui de l’aventure de la foi chrétienne. Il réalise cette mission par le

don de l’Eucharistie. Il est la Sagesse de Dieu qui nourrit les infirmes et

les affamés, sans qu’ils aient besoin de s’acheter à manger (cf. Is 55,1-

3). Tout cela ne tombera pas du ciel. La multiplication des pains est

confiée à des disciples. Ministres de la Parole, de la bienfaisance ou de

l’Eucharistie, ils apprendront à porter sur les foules le regard de

compassion de Jésus ».

Mais quels messages pouvons-nous en tirer aujourd’hui?

1. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16) : Je ne sais pas

si on saisit bien toute la responsabilité qui nous revient comme

disciples du Christ ressuscité? L’Eucharistie, puisqu’il s’agit bien de

l’Eucharistie… les paroles elles-mêmes nous y renvoient : « Il prit les

cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça

la bénédiction : il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les

disciples les donnèrent à la foule » (Mt 14,19), l’Eucharistie donc, n’est

pas seulement le rassemblement dominical où le prêtre consacre le

pain et le distribue aux participants, qui s’en retournent chez eux,

après avoir rempli un acte de dévotion… Non! L’Eucharistie n’a de sens

que si, en y participant, nous prenons conscience que nous devons

collaborer de deux façons :

1) Il faut apporter et donner ce que nous avons, même si c’est

peu : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons » (Mt

14,17). Ce n'est peut-être pas beaucoup, mais c’est suffisant et

même nécessaire, pour que le geste de la multiplication et du

partage puisse se réaliser, car le Christ ne peut rien faire sans

nous. Les chiffres 5 et 2 marquent le manque, mais les deux

additionnés ensemble forment le 7, la perfection.

2) Il faut accepter de partager ce que nous avons et ce que nous

apportons. Nous avons donc la responsabilité de distribuer le

pain, de le partager pour que les faims du monde soient

comblées : « Il rompit le pain, il le donna aux disciples, et les

disciples le donnèrent à la foule » (Mt 14,19). Encore une fois, le

Christ ne peut rien faire si les disciples ne partagent pas le pain

rompu et offert.

2. « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons » (Mt 14,17) : Le

pain est le symbole du travail humain. Dans toutes les cultures, il a son

importance; il signifie l’apport humain dans la transformation du blé qui

devient nourriture des humains. Le poisson aussi a sa symbolique,

puisque la scène racontée se passe près du lac de Galilée où les

premiers disciples étaient des pêcheurs. Au moment de l’Eucharistie,

le poisson disparaît, mais il conserve toute sa symbolique pour désigner

l’Église du 1er siècle. Le mot grec : Ichtus est une vraie profession de

foi chrétienne au Christ de Pâques; chaque lettre veut dire quelque chose :

Ièsous, Christos, Théos, Uios, Soter= Jésus Christ, Fils de

Dieu, Sauveur.

Mais aujourd’hui, quels sont-ils nos cinq pains et nos deux poissons?

C’est nous avec nos talents, nos qualités et même nos défauts, ce que

nous sommes, ce que nous possédons comme richesse, ce que nous

avons à donner aux autres. C’est aussi notre foi, notre espérance et

notre amour. Tout cela, il nous faut l’apporter pour le partager, afin de

combler les faims du monde. Mais quelles sont-elles ces faims du

monde d’aujourd’hui? Quand plus de 2/3 de l’humanité souffrent de la

faim, il y a d’abord la faim matérielle pour laquelle on ne peut rester

indifférent. Mais il y en a beaucoup d’autres : les victimes de la guerre,

de la haine, de la méchanceté humaine; ceux et celles qui souffrent du

sida et de toutes sortes de maladies; les victimes de l’injustice, de

l’intolérance, de l’inégalité, du racisme, de l’oppression et de

l’exclusion. C’est à toutes ces personnes que le Christ de l’évangile nous

dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16). Nous n’avons

peut-être pas grand-chose, mais le peu que nous avons, si nous le

donnons gratuitement, le miracle de la multiplication des pains se

réalisera pour combler toutes les faims de notre monde.

Je dirais même que la messe, l’Eucharistie est à ce prix, si on veut

célébrer le Christ vivant au cœur de notre humanité. Même le désert

en est transformé ; il fleurira. Dans l’évangile, Matthieu nous dit que

la scène se passe dans un endroit désert (v. 13), et lorsque vient le

temps du partage, tout à coup, il y a de l’herbe pour s’asseoir : « Puis,

ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe… » (Mt 14,19a). Aussi, nous

devons sans cesse nous questionner sur la qualité de nos célébrations

eucharistiques. Car si les foules ont déserté nos églises, peut-être

faudrait-il nous demander si nos rassemblements comblent vraiment

les faims de notre monde?

3. L’Amour : Pour arriver à célébrer l’Eucharistie en vérité, seul l’Amour

dans toute sa gratuité peut nous permettre de le faire. Dans sa lettre

aux Romains, saint Paul, après avoir discuté des divers aspects de

notre vie nouvelle en Christ et de notre espérance, conclut par une

hymne empreinte d’émotion, dont le vocabulaire suggère le cadre d’un

procès (cf. TOB, Rm 8,31 note x). Dieu, comme un Juge, est gagné à

notre cause : « Que dire de plus? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? »

(Rm 8,31). Le Christ lui, comme un avocat, intercède

pour nous : « Qui condamnera? Jésus Christ est mort, bien plus il est

ressuscité, lui qui est à la droite de Dieu et qui intercède pour nous! »

(Rm 8,34). Alors, qui osera accuser ceux que Dieu a choisis? « Qui

accusera les élus de Dieu? Dieu justifie! » (Rm 8,33). Quels obstacles

pourraient vaincre notre aventure chrétienne? « Qui nous séparera de

l’amour du Christ? » (Rm 8,35a). Les premières accusations, au nombre

de 7, concernent les défis de croire dans un monde hostile à la foi :

« La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le

danger, le supplice » (Rm 8,35b). Toutes ces accusations sont

déboutées par l’Amour : « Car en tout cela nous sommes les grands

vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés » (Rm 8,37). La seconde vague

d’adversaires est plus redoutable; au nombre de 7, ce sont des forces

invisibles qui en faisaient craindre plus d’un au temps de saint Paul :

« La mort et la vie, les esprits et les puissances, le présent et l’avenir,

les astres, les cieux, les abîmes et certaines autres créatures » (Rm

8,38-39a). Par ailleurs, mêmes ces forces invisibles ne peuvent rien

contre l’Amour : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui

est en Jésus Christ notre Seigneur » (Rm 8,39b).

En terminant, je voudrais simplement vous partager cette belle

réflexion sur l’Amour, du 12e

siècle, de saint Bernard de Clairvaux : « Le

fruit de l’amour, c’est l’amour : j’aime parce que j’aime, j’aime pour

aimer. C’est une grande chose que l’amour, si du moins il remonte à

son principe, s’il retourne à son origine, s’il s’en revient toujours

puiser à sa source les eaux dont il faut son courant. De tous les

mouvements de l’âme, de ses sentiments et de ses affections, l’amour

est le seul qui permette à la créature de répondre à son Créateur

sinon d’égal à égal, du moins de semblable à semblable ».

Raymond Gravel prêtre

Diocèse de Joliette (Qc)

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 17:48
Homélie du Dimanche 27 juillet 2014

17° dimanche dans l’année A – 27 juillet 2014

1 Rois 3, 5. 7-12 ; Psaume 118 ; Romains 8, 28-30 ; Matthieu 13, 44-52

Le mot Royaume se trouve cinquante fois dans Saint Matthieu. C’est un mot très commun, mais il n’a pas de définition vraiment précise. A chaque fois on nous dit : le Royaume, c’est comme…”Et les comparaisons sont diverses : c’est comme le grain et l’ivraie, un festin de noces, un filet de pêche, la graine de sénevé, le levain dans la pâte, une histoire de talents, les ouvriers de la vigne, le semeur, un roi qui pardonne, une perle, un trésor caché… Et puis il y a le fameux chapitre 25 de Saint Matthieu : “Recevez le Royaume car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger.” En bref le Royaume, c’est un trésor inestimable qui se trouve… à portée de main.

Dans les pays d’Orient circulaient autrefois beaucoup d’histoires de trésors cachés. On enfouissait souvent, dans un champ ou en tout autre lieu secret, ce que l’on avait de plus précieux pour le protéger des vols ou des guerres. Ça donnait beaucoup à rêver : qui sait si on ne trouverait pas une fortune au hasard d’un labour !

Notre parabole du trésor caché dans un champ peut aussi faire penser à la fable de La Fontaine Le laboureur et ses enfants, avec sa morale qui révélait le vrai trésor : ce que lèguent les ancêtres à leurs enfants. Ceux-ci ont labouré, creusé, fouillé, bêché… mais n’ont rien trouvé. Ils cherchaient peut-être de l’argent, mais ils découvrent bientôt que le trésor c’est le goût de la recherche et du travail. La foi non plus n’est pas un trésor que l’on possède. Croire c’est cultiver le goût de croire et de chercher Dieu. Transmettre la foi c’est transmettre ce goût, comme on transmet le goût de la musique : celui qui le reçoit doit travailler pour apprendre à jouer de l’instrument de son choix. “On peut aussi, disait Michel Scouarnec, comparer la foi à la pratique de la bicyclette : on ne tient sur un vélo qu’en roulant, sinon on tombe. La foi et l’amour n’existent qu’en s’exerçant, et ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas, contrairement à telle pile bien connue.”

“Le Royaume, disait un sage africain, ce n’est pas avoir beaucoup de choses, c’est être autrement.” Et c’est vrai : Le Royaume, c’est quand un visage de lumière ou un sourire de bienveillance viennent éclairer une nuit trop lourde. Le Royaume, c’est quand quelques heures ou quelques jours d’amour partagé ont un goût de paradis. Le Royaume c’est quand des hommes vont jusqu’à mourir pour que d’autres hommes vivent. Le Royaume vient quand des chercheurs, des artistes, tentent de déchiffrer la merveille d’une mélodie secrète : “Les savants, les artistes, les mystiques, disait Picasso, sont des hommes qui passent leur vie à chercher la cachette de Dieu.” Le Royaume, enfin, c’est quand, – on ne sait ni pourquoi ni comment – en dépit de l’énormité des détresses, une sorte de gratitude nous monte au cœur et aux lèvres.

Dieu est invisible. Mais il existe, là tout près de nous, comme une perle qui justifie qu’on abandonne tout. Il est sans prix et il se choisit dans la joie. Noël Quesson écrivait en 1989, dans son livre Il nous parlait en chemin : “Le renoncement à tout ce que Jésus propose n’est pas dépouillement morose. Ce n’est pas un sacrifice fait à contre-cœur. Non, pour Jésus, celui qui se dépouille de tout le reste pour acquérir Dieu le fait dans la joie. Il n’y a pas de bonheur plus merveilleux que de gagner la perle fine de l’amour infini.”

On a pu connaître des communautés où tout se fait par devoir : on vit ensemble par devoir, on met quelque chose sur la table par devoir, on reçoit du monde par devoir, on prie… par devoir. Combien de chrétiens ont pu vivre comme ça, avec force examens de conscience plus déprimants les uns que les autres ! Si Salomon (1ère lecture) avait fait son examen de conscience, il ne serait pas allé plus loin. Non il commence par l’action de grâce, puis il prie avec humilité, non pas tristesse, mais humilité. Et dans le mot humilité il y a le mot : humus qui veut dire terreau fertile !

La recherche du Royaume est à vivre non à coup d’examens de conscience tristes, mais comme une passion joyeuse pour la recherche d’un trésor inestimable à portée de main. On a abusé des examens de conscience. Il faudrait inventer des examens de confiance.

Robert Tireau, Prêtre du diocèse de Rennes

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