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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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3 décembre 2019 2 03 /12 /décembre /2019 18:14
Jean-Baptiste annonce la venue de Jésus

Jean-Baptiste annonce la venue de Jésus

Lectures : (Is 11, 1-10), Psaume : Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17, Romains 15, 4-9

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 3, 1-12)

En ces jours-là,
paraît Jean le Baptiste,
qui proclame dans le désert de Judée :
« Convertissez-vous,
car le royaume des Cieux est tout proche. »
Jean est celui que désignait la parole
prononcée par le prophète Isaïe :
Voix de celui qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits ses sentiers.

Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau,
et une ceinture de cuir autour des reins ;
il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage.
Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain
se rendaient auprès de lui,
et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain
en reconnaissant leurs péchés.
Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens
se présenter à son baptême,
il leur dit :
« Engeance de vipères !
Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
Produisez donc un fruit digne de la conversion.
N’allez pas dire en vous-mêmes :
‘Nous avons Abraham pour père’ ;
car, je vous le dis :
des pierres que voici,
Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres :
tout arbre qui ne produit pas de bons fruits
va être coupé et jeté au feu.


Moi, je vous baptise dans l’eau,
en vue de la conversion.
Mais celui qui vient derrière moi
est plus fort que moi,
et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales.
Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient dans sa main la pelle à vanner,
il va nettoyer son aire à battre le blé,
et il amassera son grain dans le grenier ;
quant à la paille,
il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

 

Homélie

C’est l’histoire d’un rameau qui va sortir d’une vieille souche

Dans la première lecture, le prophète Isaïe parle d’un rameau qui va sortir de la souche de Jessé. On ne sait pas grand-chose de Jessé lui-même : on sait seulement qu’il a vécu vers l’an 1000 avant Jésus-Christ et qu’il habitait Bethléem, un petit village sans importance à l’époque.

Une autre chose qu’on sait : Jessé avait huit fils. Et, parmi les huit, Dieu a envoyé son prophète Samuel choisir un roi. Vous connaissez peut-être l’histoire. Curieusement, sur les conseils de Dieu, Samuel n’a choisi ni le plus âgé, ni le plus grand, ni le plus fort… mais le plus jeune, celui qui était berger, dans les champs avec les bêtes.

Et, c’est ce petit David qui est devenu le plus grand roi d’Israël. Et c’est ce qui a rendu Jessé célèbre : il est le père du roi David, il est l’ancêtre d’une longue lignée. Cette lignée, on la représente souvent comme un arbre : un arbre promis à un grand avenir, si l’on en croyait le prophète. A vrai dire, les fruits de cet arbre ont été plutôt décevants. Les rois qui se sont succédés ont rarement été des rois selon le coeur de Dieu. Et Isaïe dit à ses contemporains : pour l’instant vous avez l’impression que toutes les belles promesses de Dieu sont envolées et que l’arbre généalogique de David ne produit rien de bon ! Mais, même d’un arbre mort, d’une souche, vous savez bien, on peut voir resurgir un rejeton inattendu. Soyez-en sûrs, tôt ou tard, le messie viendra. Et l’action de ce Messie sera toute entière dictée par la justice. ‘’Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans défense. Il aura souci du faible et du pauvre’’. Alors sera réalisé le rêve de justice et de paix qui hante l’humanité depuis ses origines.

Quand Jean-Baptiste commence sa prédication, l’occupation romaine dure depuis 90 ans à peu près. Et voilà que ce grand prophète ose annoncer que Dieu va se manifester.

Le prophète Isaïe avait écrit : A travers le désert, une voix s’écrie : ‘’Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Oui, Dieu va venir, préparez-vous à l’accueillir’’. A tous il dit : ‘’de vous tous, de toutes vos souches, comme de la racine de Jessé, un rejeton peut encore sortir’’. ‘’Je vous invite à changer de vie, à produire de bons fruits, des fruits de justice et de paix’’.

Autrement dit, si l’on veut bien accueillir Jésus à Noël, il faut dégager le terrain et lui faire de la place dans notre coeur et dans notre vie.

Si notre coeur est rempli de haine, de jalousie, comment l’amour pourrait-il y trouver un peu de place ? Soyons des artisans de paix et recevons-nous les uns les autres comme des cadeaux que le Seigneur nous fait.

Y a-t-il des chemins nouveaux que notre Eglise devrait emprunter en 2019, pour préparer la venue du Seigneur ?

Trouver un juste équilibre entre prière et action, lutte et contemplation. Le salut annoncé par le Christ est libération de toutes les injustices, de toutes les aliénations qui interdisent à des milliers d’hommes et de femmes de vivre une humanité digne de nom. C’est aplanir la route, combler les ravins.

Il faut une Eglise en conversation avec le monde. Il ne faut pas être en face du monde mais dans le monde et partager les richesses qu’il porte. Une église en conversation avec la culture des jeunes, déroutante ou pas. Une église en conversation avec ceux qui ne croient pas comme nous, les autres religions. Savoir trouver où les autres cachent leur trésor spirituel. Une Eglise en conversation avec ceux qui n’arrivent pas à croire. Ils nous aident parfois à trouver les mots pour dire l’Evangile.

Dans son exhortation sur l’annonce de l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui, notre pape François ‘’invite chaque Chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus- Christ’’, ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur.

Tout chrétien et toute communauté discernera quel est le chemin nouveau qu’il faut ouvrir. Mais nous sommes tous invités à accepter cet appel : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’évangile.

Abandonnons le confortable critère pastoral du ‘’on a toujours fait ainsi’’. J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés.’’

Préparez le chemin du Seigneur !

Louis DURET, prêtre du Diocèse de Chambéry

 

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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 07:23
Van Gogh : "Nuit étoilée"

Van Gogh : "Nuit étoilée"

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 24, 37-44. 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : 
« Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme.
En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ;
les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme.
Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé.
Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée.
Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient.
Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

 

Homélie

« C'est le moment, l'heure est venue de sortir de votre sommeil. » C'est avec cette parole forte de l'apôtre Paul que nous entrons dans le temps de l'Avent, que nous nous préparons à célébrer la venue du Christ. 

« C'est le moment, l'heure est venue de sortir de votre sommeil. » Le temps de l'Avent c'est un Temps pour nous réveiller, un Temps pour réchauffer ce qui est froid dans notre cœur ou dans notre esprit, un Temps pour réveiller ce qui est assoupi, ce qui est oublié et pour nous remettre devant la Parole du Seigneur.

Alors, mon ami, allume une braise dans ton cœur, c'est l 'Avent. Tu verras, l'attente n'est pas vaine quand on espère quelqu'un. Allume une flamme dans tes yeux, c'est l 'Avent, regarde autour de toi, on a soif de lumière, de paix, de vraie joie. Allume un feu dans tes mains, c'est l'Avent. Ouvre-les à ceux qui n'ont rien, la tendresse est au bout de tes doigts. Allume une étoile dans ton ciel, c'est l'Avent. Elle dira à ceux qui cherchent, qu'il y a un sens à toute vie. 

Alors que nous approchons des nuits les plus longues, le temps de l'Avent nous invite à guetter l'aurore, le jour qui se lève. 

Et nous allons faire mémoire de tous nos ancêtres dans la foi qui ont veillé au cœur de la nuit. « Quand viendra-t-il ce monde de justice et de paix ? » s'interrogeaient les croyants d'Israël. « L'œil usé par l'attente de ta promesse, s'écrie un psalmiste, j'espère encore ta Parole. Usé par l'attente du salut, j'ai dit : Quand Seigneur vas-tu me consoler ? » Et ce croyant juif se ressaisit : « Mes yeux devancent la fin de la nuit pour méditer sur ta promesse. » Mes amis, nourrissons notre mémoire de cette formidable espérance que nous transmet le peuple de la Bible. 

Il est venu celui que Dieu seul pouvait nous donner. Jésus de Nazareth s'est fait l'un de nous pour nous révéler l'immense amour qu'il y avait dans le cœur de son Père. Il nous a parlé de Dieu comme quelqu'un qui sort sans cesse à notre rencontre pour semer dans nos cœurs des graines de paix, de fraternité, de justice, de bonté. Il est venu et jamais homme n'a aimé comme cet homme. Son amour a été si grand qu'il a vaincu la mort. Il est vivant, Ressuscité, premier-né d'une humanité nouvelle. 

Il est venu. Il vient. Il vient chaque fois que nous sommes éveillés et que nous le reconnaissons à travers le visage de celui qui a faim, de celui qui est malade, étranger, ou en prison. Chaque fois que nous veillons pour dénoncer les abus qui engendrent l'injustice et peuvent conduire à la barbarie. 

Il est venu. Il vient. Il viendra dans sa plénitude. Ce jour-là il n'y aura plus de cris, plus de larmes ; justice et paix s'embrasseront éternellement. 

En attendant que faire ? 

Veillez ! Ne vous enfoncez pas sous votre couette. Faites grandir votre désir de voir fleurir la paix et la justice. Faites grandir votre désir de solidarité et de partage avec les plus démunis. Veillez dans la prière et l'écoute de la Parole de Dieu, car c'est à tout instant que le Christ frappe à notre porte.

« Veillez, soyez les veilleurs jusqu'à la fin de la nuit ! »

Mes amis, au nom du Seigneur, j’aimerais vous offrir deux étoiles qui pourront vous accompagner durant ces quatre semaines qui nous séparent de la fête de Noël.

Deux étoiles que vous ne trouverez pas sur les marchés de Noël car je viens de les décrocher pour vous de l’Evangile que nous venons d’entendre. La première étoile est celle de l’Espérance. Même si cette étoile reste vacillante et tremblotante, elle est une petite lueur dans nos obscurités. 

La deuxième étoile est celle de la vigilance. L’Evangile nous demande de tirer la sonnette d’alarme lorsque la dignité de l’être humain est menacée. Être un guetteur de l’aube nouvelle, c’est quitter le ronron de ses habitudes pour le risque de l’aventure. Ne restez pas sourds à la détresse du monde. Mes amis restez éveillés ! Dieu a semé un germe de bonheur, un germe minuscule mais sa force est explosive. 

Amis, n’ayez plus peur. ‘’Redressez-vous et relevez la tête’’.

Louis DURET

Prêtre du Diocèse de Chambéry

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 08:56
Elie, le prophète « annonciateur de la venue du messie », ravitaillé par les corbeaux 1 Rois 17,1-7

Elie, le prophète « annonciateur de la venue du messie », ravitaillé par les corbeaux 1 Rois 17,1-7

Il nous faut, en ce temps de l’Avent, essayer de lutter contre ce que nous pourrions appeler le… « Syndrome de l’édredon » !

Vous savez, cette énorme couette sous laquelle nous rêvons parfois de nous enfouir pour ne plus voir ni entendre les avis de tempête du monde…

Cette tentation du repli qui nous guette : repli dans l’entre soi de nos milieux, de nos familles, de nos sensibilités religieuses, de nos opinions et de nos certitudes…

Repli loin des différences qui nous inquiètent, des choix qui nous dérangent, des façons de vivre qui nous déroutent.

Repli sur nos vies à nous, nos soucis à nous, notre job à nous, notre famille à nous, notre communauté chrétienne à nous, notre quête à nous d’un petit bonheur tranquille. Peinard !

Loin, si possible, très loin des cris du monde, de tous ces « Lampedusa » où tant de fragiles barques humaines craquent, tanguent et se noient. Presque sous nos yeux. Presque à nos portes.

« Restez éveillés et priez en tout temps » nous dit le Christ dans l’Évangile que nous venons d’entendre.

Oui, l’Avent qui s’offre à nous est une école où nous pouvons apprendre l’art de l’éveil et de la garde.

Comme on apprend à un marin à prendre son quart, à tenir la barre, à maintenir le cap vers Bonne Espérance !

Et la première manière d’apprendre à veiller, c’est de retrouver le sens de l’attente !

Oui, vivre l’Avent,

c’est oser vivre enfin le temps des lentes maturations, des fécondes gestations,

c’est réapprendre à marcher, pas à pas, vers notre humanité,

c’est briser l’enchaînement frénétique du temps trop vide parce que trop plein,

c’est faire, en soi, au plus intime de son mystère d’homme,

de la place à l’avènement de l’Inattendu.

Vivre l’Avent,

… c’est une « gymnastique de l’âme » qui comporte au moins deux exercices :

- Veiller, c’est d’abord mesurer l’urgence qu’il y a pour nos vies à s’arrêter enfin devant Dieu. L’Avent nous convoque impérieusement à trouver, dans nos agendas, du temps « pour rien », du temps apparemment sans efficacité, du temps enfin « gratuit », « vide », un vide que Dieu pourra enfin emplir de sa présence. Veiller, c’est donc d’abord trouver le temps de la prière, le temps de se re-cueillir, de se « cueillir à nouveau », de se re-centrer sur l’essentiel.

- Veiller, c’est aussi se faire « bien-veillant » aux êtres et au monde qui nous entourent. Veiller, c’est « sur-veiller » la douleur du monde, comme le lait sur le feu, afin qu’elle ne déborde pas…Veiller, c’est « veiller au grain », faire en sorte que celles et ceux que nous croisons ne « crèvent » pas de faim, de solitude, d’injustice, d’oubli, de racisme, d’exclusion sociale, de manque d’amour…

A quoi bon la douce lueur de la crèche :

- Si chez nous, nous sommes indisponibles à celles et ceux que nous prétendons aimer ?

- Si, à deux pas de chez nous, les banlieues s’embrasent, les sans-abris meurent de froid ?

- Si, à des milliers de kilomètres de chez nous, des peuples s’enfoncent chaque jour un peu plus dans la misère, sous les coups de boutoirs aveugles de la Mondialisation.

Il nous faut, pour devenir « Sentinelles de Noël », accepter de vivre la féconde tension entre prière et action, intériorité et engagement, lutte et contemplation.

N’oublions jamais que lorsque nous entrons dans une église, c’est pour mieux en sortir, mieux aller vers le monde !

Car pour venir naître en ce monde, Dieu a besoin de nos cœurs et de nos mains. C’est à nous de transformer ce monde, pour qu’il devienne la crèche de sa Divine Présence.

Oui, l’Avent nous convie à la lutte, au combat, humain et spirituel – en nous et autour de nous – afin de rendre cette terre « divinement habitable » !

Notre tâche de pèlerins en marche vers la Nativité est d’essayer d’offrir un peu de paille chaude, en nous et autour de nous, à la divine Promesse…

Demandons-nous ce que nous faisons du don de la foi : un p’tit placement pépère bien gardé au chaud dans le confort de nos églises ? Où cette force tellurique de l’amour qui nous sortira de nous-même pour nous projeter vers toutes ces « périphéries » où l’homme attend que nous lui tendions la main et le cœur ?

Veillons à faire du tissu de notre âme une matière inflammable !

Bertrand REVILLION, Diacre Permanent, Journaliste, Ecrivain et Editeur

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 08:13
Le Christ "Roi de l'Univers" : peinture d'Arcabas

Le Christ "Roi de l'Univers" : peinture d'Arcabas

Evangile Luc (23, 35-43)

« En ce temps-là, on venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

 

Homélie

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous célébrons la fête du Christ Roi de l’univers. Le Christ n’est pas un roi à la manière des grands de ce monde qui font peser leur pouvoir sur leurs sujets. Il est un roi serviteur, « doux et humble de cœur ». L’évangile de ce dimanche nous montre un roi couronné d’épines, bafoué et mis à mort sur une croix. Tous les évangiles nous disent que par toute sa vie et jusque dans sa mort, il témoigne d’un Dieu amour. C’est sa manière d’être roi. Un jour il a dit : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »

 

Saint Luc nous donne la couleur de cette royauté du Christ : « Une inscription était placée sur sa tête : Celui-ci est le Roi des juifs ». C’était un titre de dérision vis-à-vis de Jésus. C’était également très méprisant pour les juifs de la part de Pilate. Un peuple dont le roi est crucifié comme un bandit n’a pas à faire le fier. Les juifs auraient préféré que Pilate écrive : « Cet homme a dit : Je suis le Roi des juifs ». La nuance est de taille. Et pourtant c’est bien par son sacrifice que Jésus manifeste sa royauté. La croix est le trône où il est librement monté pour dire son amour son amour, non seulement aux juifs mais aussi au monde entier. Car, « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

 

Nous pouvons maintenant regarder quelle est la réponse des hommes : Que fait-on de cette Royauté du Christ ? Dans l’évangile de ce jour, il y a une interpellation qui revient trois fois : « Si tu es le Messie… » Elle vient des chefs religieux, des soldats et enfin de l’un des condamnés à mort. Chacun voudrait que Jésus fasse quelque chose d’extraordinaire pour le sortir de cette situation. Ces paroles rappellent le récit des tentations au désert : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent du pain… Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas… » Mais le Messie n’est pas un magicien. Il ne répond rien aux provocations de ceux qui le mettent en demeure de montrer son pouvoir.

 

En lisant cet évangile, nous pensons aux réactions souvent entendues au sujet des victimes de la souffrance, de la misère et des catastrophes en tous genre. Même dans nos quartiers, nos villages, il y a des hommes, des femmes et des enfants qui n’ont pas le minimum pour survivre. A travers eux, c’est toujours le Christ qui est bafoué et rejeté. La tentation est grande de dire : « Si tu es le Fils de Dieu, fais quelque chose. » Quelquefois, nous entendons : « S’il y avait un bon Dieu, il n’y aurait pas tout ce mal et toutes ces souffrances dans le monde. » C’est vrai que devant tant de malheurs, certains se révoltent contre Dieu et finissent par quitter l’Église.

 

Mais une fois de plus, Dieu n’est pas un magicien qui va tout résoudre nos erreurs par un coup de baguette magique. Il nous a donné le monde avec tout ce qu’il contient pour que nous puissions vivre heureux. Mais quand les produits de la terre sont achetés à un prix dérisoire aux petits producteurs et revendus au prix fort dans les Centrales, c’est un peu plus de misère dans le monde. Et c’est l’homme qui en est le premier responsable et coupable, pas Dieu. Avant d’accuser Dieu, il serait bon que chacun prenne conscience de ses responsabilités. N’oublions pas qu’à travers les exclus de notre société, c’est le Christ qui continue d’être bafoué et rejeté. Si nous voulons le rencontrer, c’est vers eux qu’il nous faut aller. A travers eux, c’est le rendez-vous le plus important de notre vie qui nous attend.

 

En nous tournant vers la croix du Christ, nous nous unissons à la supplication du brigand : « Souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne ! » Et le Christ intronisé sur la croix le gracie ; il le prend avec lui sur le chemin de la résurrection. Ce condamné a su profiter de la dernière minute pour proclamer la foi qui sauve. Cette bonne nouvelle vaut aussi pour chacun de nous. Le Christ ressuscité veut nous associer tous à sa victoire contre les forces du mal et nous introduire dans son Royaume.

 

En ce jour, nous nous tournons vers la croix et nous supplions le Seigneur : Souviens-toi de nous dans ton Royaume. Souviens-toi des blessés de la vie, des victimes de la précarité et des famines. Souviens-toi de ceux et celles qui ont tout perdu dans les guerres et les catastrophes en Syrie, en Irak, au Soudan, en Haïti et ailleurs. C’est auprès d’eux que tu nous attends. Nous venons à toi. Ensemble, nous voulons être témoins de l’espérance et de l’amour. Et nous avons la ferme espérance qu’un jour, tu nous répondras : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis ».

 

Jean Compazieu

 

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13 novembre 2019 3 13 /11 /novembre /2019 07:08
Homélie de dimanche 17 novembre 2019

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (21, 5‑19)

 

« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie »

En ce temps-là, comme certains disciples parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le déco­raient, Jésus leur déclara : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t‑il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser éga­rer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. »

Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel.

« Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

 

Homélie

Le soleil de justice.

En écoutant cet évangile, on se croirait presque au journal télévisé de 20 heures. L'écroulement des plus beaux temples, l'irruption des faux messies, la barbarie des guerres, les turbulences de la terre, les épidémies incontrôlables, les menaces terroristes…

Comme si cela ne suffisait pas, on a l'impression que notre page d'évangile en rajoute. Pour nous aujourd'hui, quel sens peuvent avoir ces lignes ?

La première chose qui frappe dans ce passage, c'est que la prédiction sur le Temple ne s'est pas complètement réalisée ! Jésus disait : « Ce temple que vous contemplez… des jours viendront où il n'en restera pas une pierre ; tout sera détruit. » Or vous savez qu'à Jérusalem il reste le mur des lamentations.

Cela prouve qu'il ne s'agissait pas d'une prédiction au sens où nous l'entendons habituellement. Il ne faut pas prendre ces expressions au pied de la lettre ; elles sont une manière de parler. Mais au fait, aucun de nous ne prend non plus au pied de la lettre l'expression « Pas une cheveu de votre tête ne sera perdu » !

Depuis notre naissance, nous avons quand même perdu beaucoup de cheveux ! Mais l'expression veut dire : toute notre vie est dans la main de Dieu. A travers la mort même, nous sommes assurés de rester vivants de la vie de Dieu. Et, quelles que soient les persécutions, la Parole de Dieu poursuivra sa course, comme dit Saint Paul. Le message de cette page d'évangile, en définitive, c'est « quoi qu'il arrive… ne vous effrayez pas ! »

C'est aussi « ne vous appuyez pas sur de fausses valeurs. » Le Temple en était un bon exemple : restauré par Hérode le Grand, agrandi, embelli, couvert de dorures, il était magnifique. Mais, lui aussi fait partie de ce monde qui passe.

L'essentiel, c'est quand Jésus dit : « Détruisez ce Temple et moi, en trois jours, je le rebâtirai... » Jean l'évangéliste précise que Jésus parle du Temple de son corps.

Et aujourd'hui le corps de chaque homme, de chaque femme, de chaque enfant est celui du Christ qui dit : « J'avais faim et vous m'avez donné à manger. J'étais étranger et vous m'avez accueilli. J'étais malade ou en prison et vous m'avez visité... »

La vraie ruine du Temple aujourd'hui, ce sont ces corps marqués par la faim, par la maladie, par l'acharnement du malheur. Chaque fois que nous ouvrons nos cœurs et nos mains, c'est le vrai Temple qui se construit, c'est l'homme qui se relève où se redresse.

En attendant le jour du Seigneur, sa venue dans la gloire, les disciples sont invités à être actifs dans le service fraternel. Les disciples sont envoyés pour proclamer ce message d'espérance : Le royaume de justice et de fraternité est déjà là !

Mais il faut le manifester, le rendre visible, effectif dans les relations humaines. Et Jésus prévient : ce ne sera pas facile, votre message va déranger. « C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. » Oui, il viendra le jour du Seigneur. Il se lèvera le soleil de justice dont parle le prophète Malachie.

Ce jour-là nous serons bien exposés tout entier au soleil de l'amour. Allez ! Chers amis, bon courage, aimons-nous les uns les autres afin que le jour du Seigneur nous trouve vigilants et joyeux en tenue de service.

 

Louis Duret, prêtre du diocèse de Chambéry

 

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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 19:36
Homélie du dimanche 10 novembre 2019

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 20, 27-38. 

« En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus
et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : ‘Si un homme a un frère qui meurt en laissant une épouse mais pas d’enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère.’
Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ;
de même le deuxième,
puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants.
Finalement la femme mourut aussi.
Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari.
Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari,
car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.
Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur ‘le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob.’
Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »

 

Homélie

Question étrange des sadducéens, réponse mystérieuse de Jésus sur un sujet qui nous tenaille tous : Que se passe-t-il après la mort ? En fait la question des sadducéens est habile parce que la croyance à la résurrection personnelle n’était pas communément admise par les juifs. Elle leur était venue tardivement au milieu du 2ème siècle avant Jésus, alors qu’elle était familière depuis longtemps à leurs voisins du Sud, les Égyptiens.

En réalité, les pharisiens croyaient à la résurrection. Mais les sadducéens, souvent d’origine aristocratique et conservateurs au niveau religieux, considéraient comme déviations doctrinales la résurrection des morts et l’existence des anges. C’est surprenant puisqu’ils ils étaient les prêtres du Temple de Jérusalem, donc les référents de la foi d’Israël. Mais la religion juive se méfiait de la croyance en la résurrection, craignant qu’elle entraîne la peur des esprits et des fantômes. Les autres religions du Proche-Orient parlaient de la survie des morts dans un au-delà mystérieux. Et les corps des riches Égyptiens étaient embaumés pour voyager dans le pays des morts. Mais les peuples autour d’Israël avaient peur des manifestations des esprits des ancêtres.

La question des Sadducéens paraît ridicule. Pourtant, nos questions ne sont-elles pas de même nature ? Il nous faut bien parler du ciel avec des images de la terre. Impossible de faire autrement. Il est bon simplement de rester conscient de ce qui relève de l’imagination, et pas de la foi ! La vie ressuscitée est sans modèle sur terre, elle est inimaginable. Il faut regarder, dit Jésus, du côté des anges pour avoir quelque idée de l’au-delà de l’homme : “Ils sont semblables aux anges.” On n’est pas plus avancés puisque on ne sait pas décrire les anges.

En fait, Jésus nous invite à renoncer à toute représentation de la résurrection des morts. Que pourrait-on dire à l’enfant qui va naître et qui est encore dans le sein de sa mère pour lui dévoiler la vie qui l’attend ? Qu’y a-t-il de commun entre la chenille qui rampe et le papillon qui vole ? La chenille peut-elle imaginer ce qu’est être papillon ? C’est pourtant bien elle qui un jour s’envolera dans le ciel. La tige de blé bien verte est toute autre que le grain de blé.

La foi, c’est reconnaître sans pouvoir décrire ! L’alliance de Dieu avec Abraham, défaite et refaite plusieurs fois au long des siècles, fut scellée par Jésus, Dieu qui s’est fait homme. Elle ne saurait être annulée par la mort. Dieu aime trop l’homme pour accepter de le voir disparaître dans le néant. Et l’homme qui aime en Dieu l’éternel vivant peut-il sérieusement penser que cesse un jour cette relation d’amour ? À la lumière de l’Évangile, nous sommes invités à parler du ciel en termes de relations et d’amour. L’essentiel de notre vie, ce sont les relations que nous tissons. Rien n’en sera perdu. “Le ciel, dit Bernard Sesboué, éternisera tous les actes d’amour et de service que les hommes auront accomplis sur cette terre.

“Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.” La certitude de Jésus sur la résurrection des morts s’appuie sur deux réalités de foi essentielles :

- Dieu nous aime par-delà la mort. Si ceux que Dieu a créés, Abraham, Isaac, ou Nathalie, ou Henri, étaient voués à un néant définitif, ce serait que l’amour de Dieu aurait échoué. Non ! Dieu n’aime pas qu’à moitié ou pour un temps. 

- La vie éternelle n’est pas simple continuation de la vie terrestre. Le papillon n’est pas une chenille congelée, la tige de blé n’est pas un grain grossi et prolongé.

Y a-t-il une preuve de l’au-delà ? Non, mais parfois des signes. Le plus grand c’est Pâques. Jésus a aimé comme on n’a jamais aimé. Dieu l’a ressuscité. Chaque fois que nous aimons comme lui, l’éternité est commencée et la chenille que nous sommes encore se sent déjà pousser des ailes !

 Sur cette terre, des visages transfigurés nous émeuvent et nous disent déjà résurrection. On les sent habités d’une vie… éternelle ! Dès maintenant, laissons transfigurer notre vie quotidienne par cette espérance. Comme disait Maurice Zundel : “L’important n’est pas de savoir s’il y a une vie après la mort, mais si l’on est vivant avant de mourir.”

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 10:01
Homélie du dimanche 3 novembre 2019

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 19, 1-10. 

« En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait.
Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche.
Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille.
Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là.
Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »
Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie.
Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. »
Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham.
En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Homélie

« Le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu »

Voici un récit qui nous montre ce qu’est la miséricorde, l’amour inconditionnel de Dieu pour l’humanité !

Nous sommes tous des « Zachée » des mesquins « de petite taille » qui sommes empêtrés dans l’image que nous voulons donner de nous-même, qui nous paralyse et nous empêche d’être « vrais » !

Pour mieux comprendre ce récit de saint Luc il est besoin de quelques précisions historiques et géographiques.

Jésus traverse la ville de Jéricho. Jéricho est une ville de Cisjordanie qui se trouve à 240 mètres au-dessous du niveau de la mer. Jésus avant de traverser la ville est « descendu » jusqu’à Jéricho.  C’est le même mouvement du Christ que celui que nous professons dans le Credo : « il est descendu aux enfers ». Jésus est descendu dans les « bas-fonds » de l’humanité pour chercher et sauver ce qui était perdu !

Une deuxième précision : Zachée est le chef des « collecteurs d’impôts ». Il faut se rappeler qu’à l’époque du Christ Israël, la Palestine sont occupés par les Romains. L’armée d’occupation est Romaine, la monnaie est celle de César « Rendez à César ce qui est à César » !

Zachée lève l’impôt pour l’empereur de Rome. Il est donc un « collaborateur » et même le chef des collaborateurs. Mais ce qui le rend encore plus indigne – aux yeux des juifs – c’est que du fait qu’il est incroyablement riche il paye d’avance l’impôt à César (pour tout le peuple) puis il se rembourse ensuite sur le dos du peuple en percevant beaucoup plus que ce qu’il a avancé. C’est le « summum » du trafic et de la malhonnêteté. Voilà pourquoi Zachée est honni de tous. Il est considéré comme « impur » et l’accès au Temple et à la synagogue lui sont totalement interdits.

Revenons au récit : Zachée est « de petite taille » ce qui veut dire – symboliquement - qu’il est de « petite vertu ». Sa réputation lui fait éviter la foule car il en a peur.

Il veut « voir » Jésus. Pourquoi veut-il « voir » Jésus ?

Je crois que là se trouve « la clé » du récit. Le nom « Zachée » en hébreu signifie « le juste ». C’est tout à fait paradoxal pour un personnage qui est l’exemple même – apparemment – de la malhonnêteté !

En réalité Zachée est enfermé dans un personnage qui n’est pas lui, dans une image qu’il cultive mais qu’il n’aime pas. Il est prisonnier de ce rôle dans lequel il s’est enfermé et il ne voit pas d’issue pour s’en libérer. Il sait que Jésus est un grand prophète qui guérit les paralytiques, purifie les lépreux, redonne leur dignité aux exclus et aux publicains. Il veut « voir » ce grand prophète car il est certain que Jésus peut le « libérer », le sortir de son enfer !

Mais – à cause de la foule et à cause de sa propre culpabilité il n’ose pas se présenter devant lui.

Alors comme Adam et Eve au jardin de l’Eden lorsqu’ils ont découvert qu’ils étaient nus – après avoir « goûté » du fruit défendu – ont joué à « cache-cache » avec Dieu, Zachée joue à « cache -cache » avec Jésus. Il se dissimule dans un arbre espérant le voir sans être vu !

Et Jésus « voit » Zachée. C’est la rencontre inattendue. Ce regard est déjà une « présence » !

Jésus invite Zachée à descendre de suite de l’arbre et il s’invite chez lui.

Jésus ne pose aucune condition, ne porte aucun jugement moral. Il « s’invite » ! C’est sa seule présence qui bouleverse tout !

Cela scandalise les pharisiens qui ne comprennent pas.

Zachée, libéré du personnage dans lequel il s’était enfermé, exprime désormais ce qu’il est réellement et qu’il n’avait jamais pu montrer jusqu’à cet instant. Il va donner la moitié de sa fortune aux pauvres, c’est-à-dire rendre à ceux qui en sont les véritables destinataires les biens qu’il a acquis malhonnêtement et rendre jusqu’à 4 fois la somme auprès des personnes qu’il a injustement spoliées. Voici Zachée « le juste » !

Chacun d’entre nous est prisonnier de tout ou partie de l’image de lui—même qu’il donne aux autres. Il est prisonnier de « son personnage » ! Plus ou moins il joue « un rôle » et répond en fonction des attentes de « son personnage » !

De nous-mêmes nous n’arrivons pas à nous en libérer. D’autant plus quand la culpabilité est grande et lourde.

Acceptons de nous « laisser regarder par le Christ »Acceptons qu’il « s’invite » chez nousLaissons nos « aprioris», nos jugements pour pouvoir accueillir sa présence qui ,seule, est capable de nous irradier, de nous libérer et nous permettre d’agir dans l’Amour, la Justice et la Paix.

 

Denis CHAUTARD

 

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22 octobre 2019 2 22 /10 /octobre /2019 17:27
Homélie du dimanche 27 octobre 2019

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (18, 9‑14)

« En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.” Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !” Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

 

Homélie

D’abord quelques échos de la 1ère lecture, le temps pour chacun de se laisser imprégner : “Le Seigneur ne défavorise pas le pauvre. – Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin ni la plainte répétée de la veuve.” Et dans le psaume : “le Seigneur est proche du cœur brisé.” Souvenez-vous : l’histoire du jugement dernier (Matthieu 25) : “Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi.” ; et le Magnificat de Marie : “Il renverse les puissants, il élève les humbles, il comble de biens les affamés, il renvoie les riches les mains vides.”

Non, je n’ai pas l’intention de faire un discours moralisant sur l’attention aux plus pauvres. Mais j’ai envie d’évoquer un courant théologique dans la ligne des théologies de la libération. Un courant qui dit, non pas : je suis chrétien, donc je dois être attentif aux pauvres, mais : mon souci des pauvres constitue mon être croyant. Mon rapport aux pauvres est le lieu même où s’enracine ma foi. Compliqué ? Sans doute, mais ça peut s’éclairer petit à petit. Dans un livre intitulé La cause des pauvres, Alain Durand a écrit : “Le rapport aux pauvres n’est pas un affluent qui viendrait grossir le fleuve de la vie chrétienne, il est au lieu même où le fleuve prend sa source.”

Je traduis à ma façon :

- non pas : j’ai la foi, donc je dois faire attention aux pauvres. Mon beau geste serait conséquence de ma foi. Quand on entend : “Ils sont chrétiens et ils ne sont pas meilleurs que les autres”, c’est bien de ça qu’on parle.

- mais : l’attention que je porte aux plus petits est le lieu-même où le Christ se donne à rencontrer. Sans doute faut-il une attitude particulière pour vivre ça : non pas la suffisance qui est fière de donner, mais l’attente d’une rencontre, d’un réel échange. En bref, une attitude de pauvre.

“Heureux les pauvres” dit Jésus. “Heureux, disait quelqu’un, ceux chez qui il reste de la place. Le contraire des hôtels quand ils affichent complet.”

“Heureux ceux qui pleurent”. Le même traduisait : “Heureux ceux qui sont capables de pleurer, ceux qui n’ont pas le cœur complètement sec.”

Vous devinez que tout ça n’est pas sans lien avec la parabole du pharisien et du publicain. A propos, quelle image du pharisien avez-vous en tête ? Pendant toute mon enfance je l’imaginais majestueux d’orgueil, et mauvais. Et un publicain, c’était plutôt un pauvre bougre un peu dépenaillé, mais bon. Et puis j’ai appris qu’en réalité c’était plutôt l’inverse : un pharisien était un ascète plein de qualités et de vertus ; et un publicain était plutôt un parvenu enrichi souvent malhonnêtement. C’est leur attitude intérieure qui va tout changer. Il y a un retournement dont l’Evangile a le secret. Le publicain s’en alla justifié, devenu juste, retourné, un peu comme Zachée sans doute.

D’après le contenu de sa prière, le pharisien était un homme juste. Il pratiquait parfaitement la loi. Il était respecté parce que respectable. Mais si, aux yeux des hommes, la prière du pharisien était celle d’un juste, cette prière ne l’a pas rendu juste aux yeux de Jésus, parce qu’il se met à part des autres et met en avant ses mérites. Il agit sans doute avec justice, mais son action et sa prière manquent de justesse. Il est peut-être juste, mais il n’est pas ajusté. Sa prière paraît parfaite, mais elle est fermée : aucune ouverture par où la grâce pourrait pénétrer. En somme il ne s’est pas mis réellement en présence de son Dieu. A la limite, en a-t-il même besoin ? Pas sûr ! Ou plutôt, si ! Il a simplement besoin de quelqu’un à qui il puisse dire qu’il est le meilleur.

Pendant ce temps, le publicain va demander à Dieu de faire quelque chose pour lui. Il a besoin de Dieu pour sortir de sa misère. Il sait qu’il ne vit pas dans la justice. Aussi il demande à Dieu de l’ajuster à lui.

C’est un peu comme Saint Paul (2ème  lecture). Il se glorifie lui aussi d’abord : “J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi”; puis petit à petit il change d’attitude : “Le Seigneur m’a assisté.”  Un retournement qui chante tout.

C’est, je crois, Kierkegaard, un grand penseur danois du 19ème siècle, qui a écrit cette parole lumineuse : “Le contraire du péché, ce n’est pas la vertu, mais la foi”.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 06:27
Homélie du dimanche 20 octobre 2019

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 18, 1-8. 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager :
« Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes.
Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : “Rends-moi justice contre mon adversaire.”
Longtemps il refusa ; puis il se dit : “Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne,
comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.” »
Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice !
Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ?
Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

 

Homélie

J’aime bien les textes d’aujourd’hui, surtout le 1er et le 3ème, car ce sont des tableaux. C’est visuel. Il y a  à voir… et aussi à entendre :

- il y a à voir : des gens qui prient (les bras levés… essayons donc un instant). “Aaron et Hour soutenaient les mains de Moïse, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil.” Et puis un champ de bataille, une bataille longue et incertaine où l’on sent bien que rien ne va sans la prière, et rien ne va sans la lutte. Il faut les deux. Les familiers de Taizé retrouvent là les deux mots fameux du frère Roger : action et contemplationY croire et lutter jusqu’au bout : ne pas baisser les bras. Moïse ne prie pas Dieu d’attaquer à sa place mais de lui donner la force de lever les bras. S’entraider à ne pas baisser les bras.

- et il y a à entendre : “… cette veuve commence à m’ennuyer, dit le juge : je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.” Cette veuve – la veuve était un être sans défense – qui casse la tête à ce juge qui n’a pas l’air d’être un modèle de vertu. Elle va le bassiner le temps qu’il faut. Y croire et lutter jusqu’au bout : ne jamais désespérer de quelqu’un. La veuve ne prie pas Dieu de fléchir le juge à sa place, mais de lui donner le courage de l’affronter. Voir ce juge se transformer, ça donne le moral. L’autre a toujours besoin qu’on croit en lui. Quand quelqu’un sait qu’on compte sur lui, ça le fait se lever.

Y croire et lutter jusqu’au bout S’entraider à ne pas baisser les bras :

Y croire : pas évident de croire que tout peut toujours renaître. Le dominicain Jean Cardonnel  disait : “Jésus n’avait rien. Il a tout donné et quand la mort violente vient le saisir, elle n’a plus rien à lui prendre. La mort a été refaite par l’amour qui a tout donné.” Comment ne pas penser aussi au film Des hommes et des dieux ? Y croire, croire au ressuscité, croire que la mort est morte. Y croire, croire que tout ce qui est donné par amour ne peut pas mourir. Qui peut croit ça sinon celui qui prie, celui qui arrête tout, qui vit des petits moments tout donnés pour que toute sa vie soit donnée, celui qui vit un dimanche par semaine pour mettre un peu de dimanche dans chaque jour de la semaine. Croire, c’est s’ouvrir à l’espérance. Prier c’est espérer.

Y croire et lutter jusqu’au bout, jusqu’à tout donner. En apparence, prier c’est rêver. Mais l’espérance ne s’arrête pas au rêve. Prier, c’est bien rêver, mais c’est aussi transformer tout de suite autant qu’on peut son rêve en réalité, donc agir. Ce serait dommage si la prière en restait au rêve de celui qui croise les bras. Comme disait Mgr Etchegaray : “La prière n’est ni refuge ni appel au miracle. La prière exige que nous cherchions à faire nous-mêmes ce que nous demandons à Dieu de faire. Si je demande notre pain de chaque jour, je dois donner moi-même ce pain a ceux qui en manquent. Si je prie pour la paix, je dois m’engager moi-même sur le chemin de la paix. C’est ça l’Evangile : prier les bras en croix le Dieu qui n’aime pas les bras croisés.”

Y croire et lutter jusqu’au bout “quand le papa d’une copine est mort, on a ameuté la classe et on a fait quelque chose pour la soutenir.”- “Dans ma préparation à la confirmation, j’ai eu un doute. Mais le groupe m’a aidé à repartir.” – “Au boulot, on mène une revendication. Heureusement qu’on se retrouve le mardi parce qu’on a souvent des doutes : « est-ce que ça vaut la peine ? » On se retrouve. On se remet à y croire et ça repart.”

Gérard Bessière : “Prier ce n’est pas se mettre dans un état nébuleux où se mêlent nos peurs et nos rêves. Ce n’est pas jeter un message dans la boîte aux lettres de l’infini. C’est faire comme Jésus : s’exposer à Dieu. Nous laisser embarquer avec lui. Nous mettre à sa disposition pour transfigurer la vie.”

Jean Corbineau : “Le croyant qui prie est toujours exaucé. Le croyant qui prie n’est pas épargné, il est exaucé. Le croyant qui prie n’est pas assisté, il est exaucé. J’ai toujours été exaucé, je préférerais dire exhaussé. La prière me grandit, la prière me fait voir de plus haut, la prière me fait voir plus grand, elle me fait passer à l’étage supérieur.”

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 06:50
Homélie du dimanche 13 octobre 2019

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 17, 11-19.
« En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.
Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance
et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. »
À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.
L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.
Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain.
Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ?
Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »
Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

 

Homélie

“On n’enchaîne pas la Parole de Dieu.” C’était St Paul tout à l’heure. Quelqu’un a dit un jour : “Jésus, on a été jusqu’à le mettre à mort, mais on n’a jamais réussi à l’enterrer.” En effet, la Parole de Dieu a pris chair en Jésus. Jésus, on a réussi à l’arrêter. On l’a même mis à mort. Mais on n’a jamais pu enchaîner sa Parole. “On n’enchaîne pas la Parole de Dieu.” Figurez-vous que Saint Paul a écrit cette phrase à son ami Timothée depuis une prison parce que lui aussi a dérangé tellement en annonçant l’Evangile qu’il s’est fait arrêter. Et il dit haut et fort que la Parole de Dieu, elle, n’est pas emprisonnée (pas emprisonnable) : elle rayonne, même à partir d’une prison. Car d’autres prennent le relais. “On n’enchaîne pas la Parole de Dieu.”

Saint Luc nous a raconté l’histoire de dix lépreux qui viennent demander leur guérison à Jésus. Avez-vous remarqué ? Jésus ne fait pas un geste, pas un signe. I1 ne prononce pas un mot de guérison. I1 envoie les lépreux faire constater par les prêtres qu’ils sont guéris, alors que précisément ils ne le sont pas encore. C’est en route qu’ils seront guéris. C’est sans doute cette route qui est la foiLa foi ouvre des routes. Seul un Samaritain l’a compris. Un Samaritain, c’était un païen. Et c’est à lui que Jésus dit : « Ta foi t’a sauvé. » On y perd son latin dans cette histoire.

Cette histoire est de bout en bout une histoire de distance et de proximité.

- Une histoire de distance pour les 10 lépreux : ils n’ont pas le droit de s’approcher d’un homme en bonne santé. Interdit. Distance.

- Une histoire de distance de haine entre Juifs et Samaritains ! C’est parce que les lépreux étaient considérés comme des cadavres ambulants qu’on peut trouver ici, côte à côte, juifs et samaritains, dans le groupe des dix malades. La maladie et l’exclusion pouvaient paradoxalement réunir des hommes que tout séparait par ailleurs. Et quand ils vont être guéris, la séparation va normalement redevenir la règle.

- Une histoire de distance de haine entre le lépreux Samaritain et le juif Jésus.

Eh bien, toutes ces distances vont être franchies par la foi et vont devenir proximités.

- Premier degré de foi pour les dix lépreux : sur une simple parole, ils se mettent en route pour aller trouver les prêtres, alors qu’ils n’ont encore aucune preuve de leur guérison. La confiance en une parole suffit pour les mettre en route.

- Le Samaritain, lui, va plus loin. Il franchit l’étape décisive de la foi. Il supprime toute distance entre lui, le bénéficiaire de la guérison, et Jésus, l’auteur de la guérison. Il passe du bienfait reçu à la reconnaissance de la personne qui le donne.

Pour les autres Jésus est instrument de guérison, alors que pour lui, Jésus est sujet de sa foi. Il dépasse la guérison pour accéder à la relation. Il “glorifie Dieu” et “rend grâce à Jésus.” Dieu et Jésus sont confondus pour lui dans un même remerciement. Les dix sont guéris, lui est déjà sauvé.

Il est Samaritain, et le voici aux pieds de Jésus. Toutes les distances sont abolies. C’est celui qui était le plus loin qui saura se faire proche. Il va dépasser l’interdit de la Loi, puisqu’il s’avance près de Jésus avant d’avoir fait constater sa guérison par le prêtre. Et Jésus va le relever. Le mot relever est un des deux mots grecs employés pour dire la résurrection du Christ. Jésus, en relevant l’étranger, nous signifie combien il veut que tout homme, soit un homme debout. “La gloire de Dieu c’est l’homme vivant”, a dit saint Irénée.

Les neuf juifs guéris n’ont pas compris le mystère de Jésus. Ils se sont laissés reprendre par la routine des rites et des obligations. Ils ont continué à chercher Dieu dans un lieu sacré et dans des exercices de piété. Ils n’ont pas réalisé que désormais Dieu est descendu de son ciel et se rencontre d’une façon plus immédiate, plus personnelle. Seul le Samaritain a deviné le secret de Jésus. Il a rencontré Dieu dans un homme en chair et en os. Saviez-vous qu’on peut rencontrer Dieu dans des personnes en chair et en os ? “Qui m’a vu a vu le Père” disait Jésus. Et à tous les baptêmes depuis longtemps déjà, on est nombreux à dire au baptisé : “Fais paraître dans ta vie un nouvel aspect du visage de Jésus que personne avant toi n’a su montrer comme tu sauras le faire.” Tous les baptisés qui sont là, avez-vous commencé de montrer le visage de Dieu autour de vous ?

Robert Tireau, prêtre du Diocèse de Rennes

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