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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 20:13

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 05:47
© D.R., Reporters

© D.R., Reporters

Je trouve très intéressante cette opinion d'Eric de Beukelaer,  vicaire épiscopal du diocèse de Liège (Belgique),  publiée ce 6 octobre 2020 dans le quotidien "La Libre Belgique" :
Une fois établi que le voile est un marqueur religieux, comment répondre à la question de son port - ou non - dans l’espace public ?


Une opinion d'Éric de Beukelaer.
Alors que la pandémie charrie de nombreuses polémiques sur le port du masque, voici que le port du voile est débattu dans diverses communes de la périphérie bruxelloise. Face à cet enjeu, la plupart de nos formations politiques sont mal à l’aise. La question est, en effet, délicate. De surcroît, elle divise les politiciens progressistes entre une tendance universaliste et une aile particulariste. La première est plutôt hostile au port de signes religieux au nom de l’égalité et de la laïcité, alors que la seconde défend le port du voile, en ce compris derrière un guichet d’administration, afin d’encourager la représentation sociale d’une communauté économiquement précarisée.

Poser le débat

Pour prendre part au débat, il s’agit de d’abord en poser les termes. Je sais bien que nos grands-mères se couvraient la tête jusque dans les églises, mais il ne s’agit pas de cela. Le voile est aujourd’hui devenu un marqueur d’identité religieuse pour nombre de femmes musulmanes. Argumenter qu’il n’est qu’une banale coiffe en tissu est donc inadéquat. Si demain, je m’essuie les pieds en public sur le drapeau belge, en arguant qu’il ne s’agit somme toute, que d’un bout d’étoffe, personne ne me prendra au sérieux. Tout drapeau est un symbole et mon acte sera lourd de sens. Il en va de même pour le voile, la kippa ou l’habit ecclésiastique. Ce ne sont pas de simples pièces de vêtements, mais des marqueurs symboliques. Ne pas le reconnaître est fausser le débat.

Une fois établi que le voile est un marqueur religieux, comment répondre à la question de son port - ou non - dans l’espace public ? Quand une question ne me concerne pas personnellement (car c’est un fait établi : je ne suis pas une femme musulmane), je tâche d’y répondre en me l’appliquant à moi-même. Ceci est d’autant plus aisé que j’ai fait le choix, en tant que prêtre catholique, d’également porter publiquement un signe vestimentaire religieux, soit le clergyman. Je juge, en effet, qu’il est enrichissant pour notre société que la dimension spirituelle dont témoigne le prêtre, puisse s’exprimer sans honte et ce, jusque dans l’espace public. De manière similaire, je n’ai donc rien à redire quand une femme musulmane, ou un juif observant, porte paisiblement en rue le signe de son appartenance religieuse. Imaginons cependant que dans un pays où il n’y a pas de financement des cultes, je devienne fonctionnaire pour gagner ma vie… Admettrait-on que je porte le clergyman durant mes heures de travail ? Et si - fort de ma formation en droit - je suis nommé magistrat, accepterait-on de me voir siéger, habillé en ecclésiastique ? S’il n’y a rien à redire quant au port d’un signe religieux dans l’espace public, il existe selon moi des endroits où la neutralité de l’État enjoint la retenue. Celui qui y exerce une fonction doit s’abstenir d’y afficher ses convictions.

Pas une carapace

Ceci m’amène à quitter le champ politique pour oser une parole plus théologique. Porter un marqueur religieux est un choix. Jamais une obligation. De nombreux ecclésiastiques ne portent pas le clergyman et c’est fort bien ainsi. C’est le cœur du prêtre qui prime et non son habit : à chacun d’eux de trouver comment exprimer au mieux son sacerdoce. Plus fondamentalement encore, je juge que celui qui porte le clergyman doit pouvoir l’enlever. Récemment, j’ai aidé à un déménagement. Pour transporter des meubles, j’étais vêtu en jeans et T-shirt. Il en va de même en vacances, en balade… Je plaide pour la même liberté chez mes sœurs musulmanes. Que chacune fasse le choix de porter ou non le voile, sans craindre le jugement des autres. Et que celles qui le portent se sentent libres de parfois, aussi, pouvoir l’enlever. Un signe d’appartenance religieuse est fécond, à condition de ne pas se muer en carapace qui colle à la peau. Car alors, il devient un fétiche, voire une idole… qui voile la relation à Dieu.

Éric de Beukelaer

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 16:03
Laïcité : pourquoi tant de crispations ?  Magazine Le Jour du Seigneur 26/01/2020 de 10h30 à 12h00

Nombreuses sont les manifestations du religieux dans l’espace public qui sont aujourd’hui dénoncées au nom du principe de laïcité. Voile islamique, crèches dans les bâtiments publics, listes électorales communautaires… Plutôt que d’être un facteur d’apaisement de la société, la laïcité à la Française n’apparaît-elle pas aujourd’hui comme une source de tensions et d’incompréhensions de plus en plus radicales ?

Sur le plateau de cette émission, David Milliat reçoit P. Gaudin, philosophe et directeur de l’IESR (Institut Européen en Sciences des Religions) et Guillaume Goubert, directeur de La Croix.

Cliquez sur la vidéo ci-dessous puis sur l’icône « plein écran »

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 16:18
Lors de la Conférence des évêques de France au couvent des Bernardins, à Paris, en avril 2018. Photo Denis Allard pour Libération

Lors de la Conférence des évêques de France au couvent des Bernardins, à Paris, en avril 2018. Photo Denis Allard pour Libération

Si plusieurs élus de l’Assemblée nationale pratiquent assidûment la religion catholique dans le privé, ils sont néanmoins réticents à l’afficher publiquement, de peur d’être considérés comme des réactionnaires.

   Chez les députés, la foi jette un froid

«Les responsables politiques ont fini par neutraliser en eux toute possibilité de dire qu’ils ont une accointance avec une religion.» Jusqu’en septembre, le père Laurent Stalla-Bourdillon dirigeait le Service pastoral d’études politiques (Spep), l’institution qui accompagne les parlementaires catholiques. Assis dans la salle de réunion vitrée de la Maison diocésaine de Paris, l’homme déplore aujourd’hui la vision de sa religion au sein du monde politique : « Aujourd’hui, si vous avez le moindre contact avec une institution catholique, vous êtes quelqu’un de suspect.» En son temps, Charles de Gaulle ne ratait jamais une occasion de participer à la messe à Colombey-les-Deux-Eglises. Le premier président de la Ve République avait même fait installer une chapelle à l’intérieur de l’Elysée. Un demi-siècle plus tard, le lieu de culte est devenu une simple salle d’attente pour visiteurs du soir.

Messe des parlementaires

Les temps ont changé. Le nombre de non-croyants a dépassé celui des croyants, et la pratique régulière de la messe n’est plus une habitude que pour 1 Français sur 20. Une partie des parlementaires continue tout de même à se consacrer à l’office. A deux rues du Palais-Bourbon, siège de l’Assemblée nationale, les reflets matinaux rehaussent le vert d’eau des murs encadrant l’autel de la chapelle Jésus-Enfant, jauni par les ampoules d’intérieur. Il est 8 heures et le curé est déjà là, face à un public dispersé sur les bancs. Tous les mercredis, un représentant de la paroisse Sainte-Clotilde anime la messe des parlementaires. Une cérémonie où des élus passent, l’espace d’une demi-heure, des bancs de l’Assemblée nationale à ceux de l’assemblée liturgique. Ils partagent une pratique assidue de leur religion en privé et sa dissimulation dans l’espace politique.

En France, le catholicisme, qui célébrait jeudi l’Assomption, n’est plus ce référentiel spirituel de jadis, ébranlé mais pas rompu par le tournant de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. La députée La République en marche (LREM) Marie Tamarelle-Verhaeghe est une fidèle de cette messe du mercredi : «Aujourd’hui, la religion est tout de suite associée au prosélytisme», regrette-t-elle. Pour l’élue de 56 ans, il y a une différence entre assumer et «exprimer» sa foi. «Aux yeux du public, exprimer une croyance, c’est déjà vouloir convaincre», soupire-t-elle.

La réticence des acteurs politiques à évoquer leur religion ne repose sur aucune loi. Celle de 1905 proclame le respect de la neutralité, mais uniquement pour les fonctionnaires. Les parlementaires peuvent donc, en théorie, faire étalage de leurs croyances. Ce qu’ils se permettent surtout, c’est de débattre, souvent maladroitement, de celle des autres : dans une Assemblée majoritairement blanche, quasiment aucun élu ne revendique sa foi musulmane, dont il est pourtant très souvent question dans les débats parlementaires.

Dans la droite ligne d’un François Fillon, François-Xavier Bellamy, lui, n’a jamais fait mystère de sa foi catholique. «Il n’y a qu’une seule bonne raison de croire au Christ […], c’est la certitude que le christianisme dit la vérité», déclarait le professeur de philosophie en 2014 avant de devenir tête de liste Les Républicains pour les européennes. Ses propos ont ressurgi pendant la campagne du printemps, au grand dam de leur auteur, qui tentait de modifier son image de conservateur grand teint. «Au départ, Bellamy est porteur d’un religieux normatif, rappelle le sociologue Philippe Portier, spécialiste des liens entre religion et politique. Ses récents discours visaient à s’éloigner de cet aspect pour dire que sa foi était une simple ressource au service du bien commun.» Au-delà de Bellamy, le prosélytisme de quelques élus catholiques a donné de l’écho à «la Manif pour tous» lors des débats parlementaires qui allaient déboucher sur l’autorisation du mariage gay en 2013. Le mouvement, dont nombre de slogans étaient homophobes, a bénéficié du soutien d’une frange de la droite parlementaire catholique. «On a l’impression qu’on va être amalgamés si on parle de notre foi, confirme la macroniste Marie Tamarelle-Verhaeghe. Qu’on va être classés en tant que "réacs" ou "coincés".» Dès lors, c’est sa «solidarité» catholique que la députée préfère mettre en avant, celle qui l’a inspirée lors du vote de la loi asile et immigration : elle s’est abstenue.

Croix et pots de yaourts

L’impact de la religion sur les décisions politiques est au cœur du questionnement des élus mais également des responsables du culte. Pour Laurent Stalla-Bourdillon, un politique qui se présente comme religieux est aujourd’hui perçu comme quelqu’un «qui a hérité en bloc d’un concept de pensée qui l’a totalement aliéné». Pourtant, continue-t-il, «dans la foi catholique, il y a la séparation des pouvoirs», qui devrait prévenir toute ingérence du religieux dans le politique. Cette frontière est-elle effective au moment de légiférer ? Les avis divergent. Thibault Bazin, député LR de Meurthe-et-Moselle, évoque «de multiples sensibilités différentes dans l’Eglise». Lui-même dit «ne rien avoir à cacher» sur sa foi mais ne la porte pas en étendard non plus car il n’a «pas à le faire». «Il est légitime que les courants religieux s’expriment sur les sujets qui les concernent», considère a contrario le député Modem des Pyrénées-Atlantiques Vincent Bru. Dans l’hémicycle, cet élu de 64 ans concilie «ses convictions et le bien commun», notamment sur des textes qui peuvent «heurter la conscience personnelle», comme la loi bioéthique. Mais il reste avant tout influencé par «l’ouverture à l’Europe et la doctrine sociale de l’Eglise», que l’opinion «a tendance à laisser de côté». Les expériences et parcours personnels influent sur la foi, tout comme la famille politique à laquelle on appartient. A droite, les «cathos» revendiqués les plus connus sont la députée Valérie Boyer, qui s’était notamment insurgée contre la disparition de la croix chrétienne sur les pots de yaourts grecs, ou son ex-collègue Bernard Accoyer, scandalisé en 2015 de devoir siéger un Vendredi saint à l’Assemblée.

A gauche, Dominique Potier est un des seuls députés ouvertement catholiques : «J’ai repensé aux mots du père Emmanuel Lafont, prêtre en Afrique du Sud sous l’apartheid : "Un chrétien ne peut pas refuser de s’engager mais il sait que son camp n’est pas sacré." J’ai compris qu’un parti était avant tout un moyen d’action », expliquait le socialiste en 2016 dans la Croix. Pour Emmanuelle Ménard, députée RN de l’Hérault, «on ne sépare pas le politique et le religieux» : «Tant que mes convictions catholiques ne mettent pas en danger la République, je ne vois pas pourquoi on m’empêcherait de les porter dans l’hémicycle», explique l’épouse du maire de Béziers, Robert Ménard, attaquée régulièrement pour ses positions identitaires. «Je suis en contradiction avec un tas d’élus non croyants, notamment sur la bioéthique, dit-elle. Mais mes opinions ont autant droit de cité que celles des athées.»

« Effacement »

En avril 2018, Emmanuel Macron a lui aussi connu un moment délicat. Devant les évêques de France, le chef de l’Etat déclare qu’il faut «réparer le lien» entre l’Eglise et l’Etat, déclenchant les foudres des laïcs. Pour Jean-Pierre Delannoy, diacre au Spep et longtemps fonctionnaire à l’Assemblée, cette polémique a prouvé que «le vivre ensemble suppose l’effacement du déterminant religieux dans le langage collectif».

Même si les élus catholiques dissimulent leur croyance, «aujourd’hui, nos responsables politiques osent prononcer des discours que l’on n’aurait jamais osé tenir dans les années 30», souligne le sociologue Philippe Portier, en référence à la phrase controversée de Macron : «On ne voit plus aujourd’hui l’Eglise comme une force matérielle inexpugnable.» D’où les crispations lorsqu’elle réapparaît dans la sphère politique. «Avant, il y avait la raison et la religion, conclut le chercheur. Aujourd’hui, on peut être un politique croyant et être considéré comme rationnel.»

Paul Idczak

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 11:00
La laïcité, une chance pour les religions

Je vous propose cet article de Daniel LENOIR publié par Témoignage Chrétien comme une contribution intéressante au débat sur la laïcité à la Française.

Denis Chautard

« Sur la laïcité et la religion, on a souvent eu tendance à opposer les partisans d’une « laïcité ouverte », ou positive, à ceux d’une « laïcité radicale », intolérante vis-à-vis des religions, les laïcards. Avec d’un côté ou de l’autre les excès de leurs thuriféraires, de Sarkozy mettant le curé plus haut que l’instituteur, à Valls voulant interdire un maillot de bain, certes revendiqué comme signe religieux, sur les plages de France.

La laïcité ne se confond pas avec la tolérance, elle est plus exigeante, mais elle commence par la tolérance, qui conduit à ne pas voir un ennemi dans celui qui ne croit pas comme nous

D’aucuns en tirent la conclusion que la laïcité est un concept juridiquement flou et de surcroît spécifiquement français. Rien n’est moins vrai : la laïcité est un concept juridique complexe et c’est son application à des situations concrètes qui est sujette à des appréciations, car elle doit tenir compte des principes mais aussi des circonstances ; elle pourrait aussi s’appliquer, à condition de tenir compte du contexte, à d’autres nations qui n’ont pas la même histoire que nous. En effet, la laïcité, ce n’est rien d’autre que la traduction juridique, dans le domaine des convictions religieuses, de la devise de la République, qui a aussi inspiré la Déclaration universelle des droits.
La laïcité, c’est d’abord la liberté ; la liberté de croire ou ne pas croire, mais aussi la liberté d’exprimer ses convictions dans l’espace public, dès lors que cette liberté ne vient pas remettre en cause celle des autres. De là l’application du deuxième principe : la laïcité c’est aussi l’égalité ; l’égalité de droit pour chacun, quelle que soit sa conviction – ce en quoi le statut des « musulmans » dans les départements français d’Algérie était fondamentalement contraire au principe de laïcité –, et donc l’égalité des religions elles-mêmes, aucune ne pouvant être supérieure à une autre – comme c’était le cas dans la France catholique de l’Ancien Régime. D’où son corollaire, avec lequel on la confond souvent : la neutralité religieuse, non pas de l’État uniquement, mais de la République, c’est-à-dire de toutes les institutions qui l’incarnent, y compris les collectivités territoriales et la Sécurité sociale. D’où l’interdiction absolue de manifester ses convictions faite à toute personne, quelle que soit sa responsabilité, qui travaille dans une de ces institutions.
La laïcité, enfin, c’est une des conditions de la fraternité : l’expérience des guerres de Religion nous a montré à quel point l’opposition des convictions religieuses pouvait conduire à des violences extrêmes. La laïcité ne se confond pas avec la tolérance, elle est plus exigeante, mais elle commence par la tolérance, qui conduit à ne pas voir un ennemi dans celui qui ne croit pas comme nous. Elle mène à regarder comme un frère ou une sœur en humanité celui qui croit au ciel, et ce quelle que soit la façon dont il croit, et celui qui n’y croit pas.
Exigeante, elle l’est d’abord, à rebours de la culture juridique anglo-saxonne, pour les religions – comme d’ailleurs pour l’athéisme –, pour qui elle constitue par là même une chance, en les obligeant à se dépasser.
Au-delà de la tolérance vis-à-vis des autres religions, la laïcité oblige en effet chacune d’entre elles à reconnaître la liberté religieuse, y compris pour ses membres, ce que, rappelons-le, l’Église catholique n’a fait qu’au moment de Vatican II – et encore, en partie seulement – et que ne reconnaît pas l’islam quand il interdit l’apostasie ou criminalise comme blasphème l’atteinte à la divinité, en laquelle on peut croire ou non.
La laïcité, c’est aussi considérer que, si les religions ont leur place dans l’espace public, l’espace propre à chaque religion n’est pas un espace clos sur lui-même, qu’elle organiserait en dehors des institutions démocratiques. C’est ce qui a amené les pouvoirs publics à qualifier certaines pratiques religieuses de dérives sectaires. C’est ce qui conduit aussi à lutter contre le communautarisme islamiste dans les quartiers où la pression sociale finit par imposer l’application de l’interprétation salafiste de la charia.
C’est aussi ce qui a conduit Témoignage chrétien à demander la création d’une commission d’enquête parlementaire pour soumettre les dérives pédophiles d’une partie du clergé catholique au regard de la représentation nationale, demande à laquelle on a faussement opposé le principe de séparation des Églises et de l’État, comme si celui-ci conduisait à ce qu’elles puissent, dans une société démocratique, s’organiser sur un modèle antidémocratique. C’est pour les mêmes raisons que les républicains étaient, en 1901, défavorables aux congrégations religieuses, non pour restreindre la liberté d’association, mais parce qu’elles imposent à leurs membres des vœux perpétuels. Ou que le compromis qui a conduit dans les années 1920 à la constitution d’associations diocésaines, présidées par principe par l’évêque du lieu, c’est-à-dire un homme, un clerc, nommé par le pape, n’est fondamentalement pas conforme au principe de laïcité.
Enfin et surtout, la laïcité exige des religions qu’elles se laissent interroger par l’évolution des connaissances humaines. Non seulement la laïcité interdit de mettre à l’index l’œuvre de Copernic, de brûler Giordano Bruno, ou de faire le procès de Galilée, mais elle inverse, si l’on peut dire, la charge de la preuve : c’est aux religions d’intégrer l’évolution des connaissances, et non l’inverse. Il est fondamentalement contraire à la laïcité d’enseigner le créationnisme au même titre que la théorie de l’évolution, comme le font certains États américains, alors qu’on ne compte plus les confirmations qui ont été données depuis plus d’un siècle et demi aux hypothèses fondamentales de Darwin. C’est aux théologiens qu’il appartient de dire, comme avait pu le faire en son temps avec génie Teilhard de Chardin, en quoi l’hypothèse d’une vie spirituelle, dont chacun peut, ou non, avoir l’intuition ou faire l’expérience, est compatible avec la description scientifique du monde matériel, et non aux scientifiques d’adapter leurs théories aux dogmes religieux.
De ce point de vue, la laïcité est aussi pour les religions une forme d’hygiène spirituelle ; une sorte de corde de rappel pour leur éviter de retomber dans ce qui constitue leur péché mignon depuis qu’elles existent : l’obscurantisme. »

 

Daniel Lenoir

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15 janvier 2019 2 15 /01 /janvier /2019 23:59
La laïcité, au menu du grand débat, fait craindre des divisions © AFP / Ludovic MARIN

La laïcité, au menu du grand débat, fait craindre des divisions © AFP / Ludovic MARIN

En affirmant que le grand débat devait "renforcer les principes" de la laïcité, Emmanuel Macron a fait naître la crainte de discussions "peu sereines" alors que l'exécutif a déjà commencé ses consultations pour réviser la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État.

Le sujet apparaît à la fin de sa "Lettre aux Français" publiée dimanche soir et qui va faire l'objet d'un débat pendant deux mois : "Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l'État et les religions de notre pays ?", interroge notamment le président dans ce courrier qui vise à faire retomber la colère des "gilets jaunes".

Mardi, lors du lancement du grand débat à Grand Bourgtheroulde (Eure), M. Macron a justifié son choix d'évoquer la laïcité "parce que c'est (...) une vraie préoccupation pour beaucoup de nos concitoyens" mais aussi dans l'optique de la future réforme de la loi de 1905.

"Je crois qu'on peut porter une vraie réforme ambitieuse pour renforcer la laïcité dans notre pays", a-t-il affirmé, appelant à le faire de "manière extrêmement apaisée", avec la volonté de "sortir de tous les simplismes, et de tous les ostracismes" et en tenant compte de "l'avis des gens".

"C'est étrange de parler de cette question alors que l'insatisfaction des +gilets jaunes+ est surtout socio-économique", affirme toutefois à l'AFP Jean Baubérot, ancien titulaire de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité à l'École des hautes études en sciences sociales.

"La laïcité, c'est d'abord un principe juridique. J'ai peur que cela renforce l'idée que la laïcité est une opinion et que chacun peut avoir son opinion sur la laïcité, et que le débat se fasse sans référence au droit et aux principes juridiques", a-t-il ajouté. Selon lui, "le risque est que cela soit interprété comme +allez-y, prenez des mesures répressives+".

L'apparition du sujet a aussi étonné les francs-maçons, attachés à la défense de la laïcité et actuellement très attentifs aux projets de l'exécutif de vouloir modifier certains aspects de la loi de 1905.

"Les termes sont confus: la laïcité est un principe d'organisation, essentiel, mais pas une valeur", affirme ainsi Édouard Habrant, grand maître de la Grande loge mixte de France. "Est-ce que ce n'est pas rajouter un sujet de division ?", se demande-t-il, se disant "inquiet quant à la sérénité des débats".

Kits méthodologiques

"Je suis extrêmement surpris que la laïcité se retrouve dans cette lettre et sous cette forme-là", abonde Jean-Philippe Hubsch, grand maître du Grand Orient de France, qui s'interroge sur le calendrier gouvernemental.

Depuis novembre, l'exécutif mène des consultations avec les représentants religieux pour finaliser son projet de réforme de la loi 1905 qui vise notamment à renforcer la transparence du financement des cultes et à garantir le respect de l'ordre public.

"D'un côté, on a un projet de loi" qui va arriver et "de l'autre côté, on lance le sujet dans le débat national", a-t-il relevé.

Didier Leschi, président de l'Institut européen en sciences des religions (IESR), se dit, lui, pas étonné de voir ce sujet évoqué dans la lettre de M. Macron. "La manière dont on met en oeuvre les principes de la laïcité, ça fait partie des inquiétudes du moment", relève-t-il. "Les discordances d'appréciation ont un effet sur le débat public", ajoute-t-il.

Christophe Bellon, historien de la laïcité, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université catholique de Lille, estime que le débat qui s'engage "a de fortes chances d'influencer le projet final de révision de la loi de 1905".

"On pouvait craindre que l'État préempte cette question-là". Or le projet de loi "prendra en compte ce qu'aura dit le débat citoyen dans les mairies, sur Internet...", juge-t-il.

L'Observatoire de la laïcité, commission consultative présidée par l'ex-ministre PS Jean-Louis Bianco et placée auprès du Premier ministre, assure pour sa part qu'il "s'investira dans le débat (...) pour donner des éléments objectifs de pédagogie sur les mesures prises et la gestion du fait religieux ces dernières années".

Le gouvernement a promis des "kits méthodologiques" et des fiches thématiques" sur les thèmes débattus.

© 2019 AFP

 

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 08:15
Le président Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée, le 19 décembre 2017 à Paris Photo LUDOVIC MARIN. AFP

Le président Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée, le 19 décembre 2017 à Paris Photo LUDOVIC MARIN. AFP

Emmanuel Macron reçoit jeudi 21 décembre les représentants des cultes, avant une prise de parole attendue en janvier sur la laïcité: l'occasion de préciser ses intentions sur un dossier sensible où les tenants d'une gauche «républicaine» jugent l'exécutif trop prudent.

Les responsables des six principales religions (catholique, protestante, orthodoxe, musulmane, juive et bouddhiste) sont attendus en début d'après-midi à l'Elysée, où le président de la République les accueillera avec les ministres de l'Intérieur Gérard Collomb et de l'Education Jean-Michel Blanquer.

Nul doute que le chef de l'Etat parlera jeudi laïcité avec ses interlocuteurs. Mais une partie du camp laïque, notamment dans l'entourage de l'ancien Premier ministre Manuel Valls, aurait préféré qu'Emmanuel Macron y consacre un discours. Et qu'il ne laisse pas passer le 9 décembre - date anniversaire de la loi de 1905 séparant les Eglises et l'Etat - pour le faire, dans une société soumise à des tensions communautaires attisées, selon eux, par un islam politique.

Manifestement décidé à rester maître de son calendrier, Emmanuel Macron devrait attendre janvier pour sa première grande adresse aux Français sur la laïcité. Faut-il y voir un «manque de courage», comme l'a tweeté l'essayiste Caroline Fourest, figure d'une laïcité offensive?

«On voit qu'il n'y a pas de ligne gouvernementale décidée, que tout le monde appliquerait», dit à l'AFP le politologue Laurent Bouvet, pilier du collectif Printemps républicain, très actif sur les thématiques de laïcité et d'identité.

Selon cet universitaire, deux tendances traversent le gouvernement. Une «laïcité libérale», qui «considère que la laïcité c'est la liberté religieuse et une coexistence pacifique des religions». Et une «laïcité républicaine», fondée sur «la liberté de conscience et certainement pas la coexistence des religions», et où «le citoyen n'a pas, dans les occasions publiques, à mettre en avant ses convictions religieuses».

Gérard Collomb est un libéral assumé. Son projet d'«instance informelle» associant les cultes autour de lui a fait tiquer les laïques de combat.

Emmanuel Macron a semblé aussi s'inscrire dans cette tendance en reconduisant en octobre le président sortant de l'Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, honni par les membres du Printemps républicain.

Et l'hôte de l'Elysée, quand il s'est exprimé sur la laïcité, l'a fait en des termes plutôt libéraux. «La laïcité, ça n'est pas une religion d'Etat, c'est une exigence politique et philosophique. Ca n'est pas la négation des religions, c'est la capacité à les faire coexister dans un dialogue permanent», a-t-il lancé fin septembre devant les protestants.

 

- «Combat politique» -

 

Même son de cloche ou presque chez le Premier ministre Edouard Philippe. La loi de 1905 «permet à la liberté individuelle de s'épanouir. C'est comme cela que je la lis et que je la comprends», estime-t-il dans l'hebdomadaire catholique La Vie à paraître jeudi.

 

Mais Jean-Michel Blanquer, et surtout la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, ont fait entendre une petite musique laïque «plus républicaine», note Laurent Bouvet.

 

Le premier en multipliant les déclarations sur la laïcité, bientôt objet d'«unités» dans toutes les académies pour que les enseignants ne se sentent «plus jamais seuls» sur ces questions. La seconde en faisant de ce «socle de la République» un «combat politique», alors qu'elle recevait le 8 décembre un prix décerné par les francs-maçons du Grand Orient de France.

 

Laurent Bouvet prédit qu'Emmanuel Macron va construire «une pensée équilibrée, articulée, on peut dire +en même temps+» sur ce dossier, qui semble l'intéresser davantage que son prédécesseur François Hollande.

 

Les représentants des cultes, eux, espèrent que soit maintenue la vision d'une laïcité permettant «le déploiement de la parole religieuse dans l'espace public», selon l'expression du président de la Fédération protestante de France (FPF), François Clavairoly.

 

«Je ne voudrais pas qu'il y ait de nouveau des crispations identitaires du côté de certains défenseurs de la laïcité, qui ne comprennent pas qu'une société pluriculturelle comme la nôtre ait besoin de s'exprimer sur ce plan-là», fait valoir ce pasteur réformé.

 

AFP

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 08:24
A propos du livre de Victor Grèzes : "Je suis athée, Croyez-moi ! "

Dans un livre attachant, Victor Grèzes éclaire et conforte le positionnement interconvictionnel de la jeune association Coexister.

Dans la polémique récente qui a opposé le Premier ministre Manuel Valls à Jean-Louis Bianco, Coexister s’est soudainement trouvé dans l’œil du cyclone. Deux jours après les attentats du 13 novembre, Libération publiait une tribune titrée «Nous sommes unis», signée par quatre-vingt personnalités de premier plan : responsables politiques et syndicaux, chefs religieux, présidents d’associations… et Jean-Louis Bianco président de l’Observatoire de la laïcité qui s’est vu reprocher par le Premier ministre d’avoir mêlé sa signature à celle d’organisations considérées «comme participant d’un climat (nauséabond).»

La tribune avait été rédigée à l’initiative de Coexister dont le fondateur Samuel Grzybowski et la nouvelle présidente Radia Bakkouch figuraient parmi les signataires. En quelques heures le débat sur la laïcité se trouvait relancé dans les conditions les plus détestables. Une laïcité qui est pourtant au cœur même de la charte de Coexister (1) qui accueille indifféremment dans ses rangs : chrétiens, juifs et musulmans, agnostiques et athées. Pour honorer la réalité d’un pays majoritairement de culture chrétienne mais où 36% de la population dit croire en Dieu contre 34% qui se dit athée et 30% agnostique. (2) Mais cette vision de la laïcité est loin de faire l’unanimité. Dans une tribune demandant la démission de Jean-Louis Bianco (3), on peut lire à propos de l’appel «Nous sommes Unis» : «Parmi les signataires se trouve aussi la présidente de l’association interconfessionnelle Coexister, Radia Bakkouch, qui voudrait remplacer la neutralité laïque de l’espace public par la coexistence des religions.» Procès absurde et malveillant !

Le 26 janvier Victor Grèzes, également membre de Coexister publiait à son tour une lettre ouverte à Manuel Valls qui se voulait accusatrice : «Je suis un jeune français de 24 ans, athée convaincu, militant de gauche, un des porteurs du collectif #NousSommesUnis. Lundi 18 janvier, vous m’avez insulté.» Et voilà que deux semaines plus tard, pur hasard du calendrier, sort dans les librairies, du même Victor Grèzes : «Je suis athée, croyez-moi» (4), sans doute la meilleure réponse que Coexister pouvait opposer à ses détracteurs de l’heure.

Une forme de vérité qui laisse toute leur place à d’autres formes de vérité

Dans cet itinéraire d’un jeune athée du siècle, l’auteur évoque son enfance auvergnate de fils d’enseignants baignant dans un univers non-religieux mais ouvert. Il a quinze ans lorsqu’à l’occasion d’une année de scolarité en Afrique du Sud il se trouve confronté à l’expression de foi communautaire de ses camarades de classe. Il écrit à ce propos : «Je ne sais pas si cette communauté est faite pour moi, mais je sais que ma présence à leurs côtés témoigne de ma volonté d’avancer dans un même élan citoyen, quelle que soit ma religion, ma croyance ou ma foi.» Il ne variera plus dans cette conviction. Et le récit qu’il nous livre ici de son voyage autour du monde de 2012-2013 avec Samuel le catholique, Ilan le juif, Ismaël le musulman et Josselin l’agnostique, se referme sur ce constat en forme de profession de foi : «Je suis plus athée et plus bienveillant à l’égard de la foi que jamais». (5)

Mon propos n’est pas ici de raconter ce livre plein de sensibilité, de mesure, de générosité… Mais de souligner que l’auteur se rattache à cette frange de l’athéisme qui ne revendique aucune supériorité de principe sur la croyance religieuse. Comme si l’un procédait de la raison pure là où l’autre faillirait par déraison. Evoquant les jours qui précèdent son départ pour ce tour du Monde, il confie : «Je comprends que les croyants sont soumis aux mêmes incertitudes et que, contrairement à ce que je pensais, ils ne se contentent nullement de trouver des réponses toutes faites à des questionnements existentiels qu’ils n’arriveraient pas à dépasser par la raison… Qui suis-je, moi Victor, jeune homme de vingt-et-un ans rempli de certitudes, élevé avec bienveillance dans un cocon engagé en province, pour juger des réponses des autres à tout ce qui nous dépasse ?»

Pour Victor Grèzes l’athéisme est donc une croyance, au même titre que la foi de ses amis. Ce qui n’empêche ni l’un ni les autres de se considérer dans une forme de vérité, sinon, pourquoi croire et affirmer ceci plutôt que cela ? Mais une forme de vérité qui laisse toute leur place à d’autres formes de vérité. Ce qui fait penser à cette phrase, souvent commentée (je cite de mémoire) : «Une vérité superficielle est une vérité dont le contraire exact est une erreur, une vérité profonde est une vérité dont le contraire exact est également une vérité profonde.» (6)

Passer de deux certitudes qui s’excluent à deux croyances qui s’interpellent

Lorsque l’un dit «Je crois en Dieu…» il ne dit pas : je sais l’existence de Dieu incontestable. De même que l’autre ne prétend pas situer son athéisme comme connaissance objective de l’inexistence de Dieu. Mais il faut être bien conscient que cette approche est loin de faire l’unanimité dans l’un et l’autre camp. Pour certains tout athéisme digne de ce nom doit être un athéisme de combat tout comme, pour certains catholiques, juifs ou musulmans toute foi sincère ne peut s’imaginer qu’opposable à l’incroyance. Passer de deux certitudes absolues qui s’excluent mutuellement et doivent se combattre à deux croyances qui s’interpellent et entrent en dialogue ne va pas de soi. Est-il exagéré de dire que le clivage entre ces deux formes de pensée sous-tend aujourd’hui pour une large part nos débats exacerbés sur la laïcité ?

«Tu es athée ? Ne change surtout pas ! » lui dit le pape François

Au cours de leur tour du monde interreligieux, les cinq amis de Coexister ont fait étape à Rome. A l’initiative du cardinal Etchegaray, ils ont pu rencontrer le pape François, quelques minutes, à l’issue de son audiences hebdomadaire. Victor Grèzes raconte : «Il est très intéressé par notre démarche et nous demande de nous présenter un à un. Lorsque j’évoque mon athéisme, il me regarde droit dans les yeux, m’attrape fermement le bras droit et me dit en souriant : «Tu es athée ? C’est parfait, tu es mon nouvel ami, ne change surtout pas.» Démagogie ? Non ! Eternelle actualisation de Matthieu 25 qui affirme qu’au jour du Jugement dernier il ne sous sera pas demandé quelle a été notre appartenance ou notre pratique religieuse mais si nous avons nourri l’affamé, accueilli l’étranger, visité le prisonnier… Cette vision élargie de l’universalité du Salut reste l’un des acquis majeurs du Concile Vatican II.

Je me réjouis de cette attitude de mon Eglise comme je me réjouis de l’ouverture au dialogue d’un certain nombre de philosophes athées tels Luc Ferry ou André Comte Sponville et de certains responsables politiques. Mais je me réjouis bien plus encore qu’une génération de jeunes se reconnaisse fraternellement dans la démarche de Coexister au service du « vivre ensemble », non

________

  1. Samuel Grzybowski, Manifeste pour une coexistence active, Ed. de l’Atelier, 112 p. 5 €
  2. Sondage Ifop de 2011 cité dans le livre p.40
  3. Non seulement il n’y a pas eu démission mais aujourd’hui-même, 11 février, le Premier ministre Manuel Valls confirmait dans leurs fonctions Jean-Louis Bianco Président, et Nicolas Cadène rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité. La Libre pensée, la Ligue des Droits de l’Homme et la Ligue de l’enseignement, peu suspects de non laïcité, avaient recueilli en ce sens 10 000 signatures de soutien.
  4. Victor Grèzes, Je suis athée, croyez-moi. Ed. de l’Atelier, 140 p. 10 €
  5. Ce tour du monde a été raconté par Samuel Grzybowki dans Tous les chemins mènent à l’autre, Ed. de l’Atelier, 208 p. 10 €
  6. Pensée généralement attribuée à Niels Bohr (1885-1962)

René POUJOL

Journaliste catholique indépendant

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 09:41
Oui au combat de la police contre le fanatisme, non à la police de pensée

Je ne pensais pas un jour écrire une telle tribune. Je n’imaginais pas comme président de la Fédération protestante de France, représentant la belle diversité spirituelle évangélique, pentecôtiste, baptiste et luthero-réformée, exprimer en quelques mots la question vive de ce temps qui est au cœur de polémiques et de querelles. De quoi s’agit-il ? De la compréhension même de ce qu’est la religion. J’en propose donc ici, un regard singulier, certes, mais légitime. Depuis de longues années, le protestantisme est la sentinelle, avec d’autres, d’une société toujours en mutation au plan éthique, juridique, et sur les sujets qu’on nomme sociétaux.

La défense de la liberté de conscience, l’exigence de solidarité avec ceux qu’on oublie sans même s’en rendre compte, l’éducation à la responsabilité citoyenne, tout cela est enraciné dans son histoire qui fait de ce protestantisme un agent certes bien modeste mais constructif et exigeant de la société. Et depuis 1905, faut-il encore le rappeler, il est un coproducteur de la laïcité et de la séparation des Églises et de l’Etat.

Aujourd’hui, pour le dire clairement, la question vive qui occupe le pays est celle du rapport blessé entre démocratie et spiritualité. Comment voyons-nous la question ? Les protestants se définissent volontiers comme chrétiens et à ce titre, ils revendiquent une identité multiple et une double citoyenneté : citoyens et chrétiens, citoyens de ce monde, de ce pays, et citoyens, déjà, du royaume, républicains et laïcs, laïcs et croyants, contrairement à ceux qui font équivaloir dans une confusion de la pensée laïcité et athéisme.

Je proteste donc contre ceux qui dénient à quiconque le fait et le droit d’assumer cette identité plurielle, et qui désirent hors d’un réel qui est pourtant bien là, une société neutralisée au plan religieux au prétexte séduisant qu’il y a effectivement des extrémistes violents et meurtriers. Le combat contre ceux-ci doit être mené, bien évidemment, et les protestants savent aussi par leur propre histoire douloureuse combien dangereux peut être le fanatisme intolérant qui veut imposer une seule foi. Ce combat appartient donc à la police, à la justice et même à l’armée. Mais pas à la police de quelque pensée que ce soit. Et le désir d’éradication ou d’émancipation du religieux, comme je l’ai entendu de la part d’un Grand Maître de loge, est une chimère affreuse, issue des controverses anciennes du XVIII siècle, bien avant que l’anthropologie, la philosophie, la sociologie religieuse et même la théologie nous aient appris que l’homme vit aussi d’espérances imprenables et traduit ses pensées par des symboles, des rites et des célébrations.

Ce désir forcené et inquiétant d’émanciper le citoyen et l’espace public du religieux, exprime à son tour, me semble-t-il, un fondamentalisme : la croyance infondée en un monde univoque, il décrit un être humain horizontal, quasi abstrait, sans que son regard s’élève et puisse se laisser rejoindre par une verticalité, une transcendance. Et surtout il induit la certitude que la religion est obscure. La religion, selon ce que je sais, est acte de lecture et de relecture (religere) des textes anciens. Elle est donc acte de raison autant que de critique. La raison, de la sorte, est sœur jumelle de la foi. Et le petit dernier de cette étrange famille, l’amour, a bien de la peine à se faire entendre dans ce débat houleux. Ratio, fides et caritas font une trinité féconde dont le triptyque républicain n’est pas si éloigné, si l’on veut bien y regarder de près.

J’atteste donc que le culte est au cœur de la culture, et que la religion ne peut être arrachée ou encore arasée sans que les hommes n’y perdent une part essentielle de leur identité.

Les Lumières, dont il faut lire et relire les auteurs - pour une belle part - protestants, au fond disent cela : c’est au croisement de la foi et de la raison que l’humain s’humanise. Quand la confiance en ce qui est bon et juste en lui se traduit dans la loi commune de la cité.
La spiritualité est une ressource pour la démocratie. Et la démocratie, le lieu le plus autorisé pour qu’elle s’y exprime librement mais sans jamais en saturer l’espace.

L’apprentissage du christianisme à la démocratie a été long et difficile. Celui de l’islam commence aussi très mal. Alors qu’il commence à chercher ses marques, ce n’est vraiment pas le moment de l’humilier. Il faut que la République laïque soit grande et, avec son autorité, comme elle le fait pour la formation de ses aumôniers et de ses imams, elle le considère non pas dans la haine mais dans le respect.

François Clavairoly

Pasteur, président de la Fédération protestante de France


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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 21:26
Vers un délit de cosignature ? le procès contre Jean-Louis Bianco et « coexister »

Depuis sa création, notre blog n'a jamais caché sa sympathie pour l'association Coexister (pour ceux qui aiment relire les archives, ne cherchez plus ! Mon premier billet à leur sujet est ici). Aujourd'hui, comment ne pas redire mon soutien alors que ces jeunes se voient pris dans une polémique initialement lancée contre Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire National de la Laïcité ?

A la source de cette polémique, nous trouvons Laurence Marchand-Taillade, de l'Observatoire de la Laïcité du Val d'Oise, qui, dans une pétition, réclame la démission de Jean-Louis Bianco. Elle accuse au passage Radia Bakkouch, actuelle présidente de Coexister, de vouloir "remplacer la neutralité laïque de l'espace public par la coexistence des religions". Puis, dans une lettre au premier ministre français Manuel Valls, c'est l'association qu'elle accuse de vouloir "prôner la laïcité à l'anglo-saxonne, l'œcuménisme" et d'être "en train d'acheter le mot-clef Laïcité sur Google avec Adwords".

La présidente de Coexister a réagi en rétablissant notamment un certain nombre de faits : dans un premier communiqué, elle rappelle que la "neutralité laïque de l'espace public" n'existe pas dans le droit français ; dans un deuxième courrier, elle explique a son interlocutrice -qui semble en effet en avoir bien besoin- le fonctionnement de Google Adwords... qui ne repose pas sur l'achat de mots-clefs exclusifs. Quant au fait de rappeler que Coexister est "un mouvement de jeunesse reconnu d’intérêt général qui rassemble des jeunes de toutes convictions, croyants ou non croyants et défend la laïcité telle que définie dans la loi française", c'est, pour toute personne sérieuse allant s'informer de la réalité vécue par ces jeunes sur le terrain, une simple évidence.

Mais voilà : ces attaques fantaisistes qui auraient pu sombrer dans l'oubli ont reçu un écho national en la personne de Manuel Valls, qui vient de déclarer lundi dernier devant le CRIF que "l'Observatoire de la laïcité - qui est placé sous ma responsabilité - ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité (...) On ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant d'un climat (nauséabond), ça n'est pas possible". Et voici que Coexister, à l'origine du fameux appel dont il est question ici, se voit désormais négligemment listé dans un article comme étant l'un des "5 signataires (...) qui formeraient (...) les représentants les plus virulents de l’islam politique". A ce rythme là, ne va-t-on pas bientôt étiqueter définitivement Coexister comme "association controversée" - élément de langage désormais familier dans notre médiacratie ?

Car telle est en fait la seule accusation qui semble avoir du poids pour les détracteurs de Jean-Louis Bianco : "Pire encore, le 15 novembre 2015, alors que la Nation était sous le choc à la suite des attentats sanglants, il a cosigné une tribune intitulée « Nous sommes unis » avec une partie du gratin de l’islam politique en France". Du contenu réel du texte, aucun de ses opposants ne parle. Du fait qu'il a été écrit par des jeunes n'ayant en tête que de "répondre à l'urgence de messages positifs" comme le rappelle sur iTélé le précédent président de Coexister, Samuel Grzybowski, nulle mention. Et puis, quitte à faire la leçon aux signataires de ce textes, pourquoi ne s'arrêter qu'à Jean-Louis Bianco ? Pourquoi Manuel Valls n'a-t-il pas fait également la leçon à Robert Ejnes, directeur exécutif du CRIF, également cosignataire, et qui tweetait aujourd'hui même avoir "signé sur le texte, ça n’empêche pas [son] opposition à certains des signataires" ?

Depuis quand est-on responsable de la signature des autres ?

Il se trouve que la polémique actuelle n'est pas sans rappeler une autre, plus ancienne, lancée par François Copé, alors président de l'UMP : "Le Parti socialiste, cosignant un appel avec Tariq Ramadan, montre la réalité de ce qu'il est : un parti irresponsable". Cédant à la pression médiatique, Laurent Fabius et Martine Aubry avaient retiré leur signature de ce texte publié à l'époque par le Nouvel Observateur. Martine Aubry justifiera par la suite son geste au nom de ses responsabilités politiques d'alors : "Si on ne signe pas un appel uniquement en fonction des autres signataires, a fortiori quand on ne les connaît pas à l’avance, il n’en reste pas moins qu’en ces temps où l’UMP s’engage dans un débat dangereux qui divise les Français et qui légitime la xénophobie, je veille aussi, en tant que Première secrétaire du PS à éviter les instrumentalisations (...) Ne souhaitant pas donner à la droite la possibilité de prolonger médiatiquement leur stratégie nauséabonde – car les médias en auraient fait, plus longtemps encore, un élément de polémique – j’ai décidé comme Laurent Fabius de retirer ma signature et de le faire savoir. Je maintiens bien sûr mon accord avec le contenu de la pétition"

Cette semaine, il semblerait qu'un premier ministre membre du PS a à son tour légitimé ce qu'il va peut-être nous falloir appeler la "jurisprudence Copé" : peu importe la valeur d'un texte, il suffit qu'une personne que l'on diabolise l'ait signé pour rendre illégitimes tous les autres signataires (ce qui, soit dit en passant, impliquerait pour Manuel Valls de demander des comptes à sa ministre de la Justice, Christiane Taubira, qui est, elle, toujours signataire de l'appel de Respect Mag cosigné par Tariq Ramadan)

"Il en est ainsi des pétitions. L’identité des signataires est souvent au moins aussi riche en enseignements que l’intitulé" : je ne peux qu'acquiescer face à cette entrée en matière proposée, pour un tout autre sujet que celui qui nous occupe ici, par un blog que j'apprécie tout particulièrement. Mais pour que cette analyse ait un sens, il faut alors étudier l'ensemble des signataires, et non focaliser l'attention du public sur quelques-uns. Ce que n'a pas manqué de rappeler Jean-Louis Bianco : ""On a fait un travail impeccable avec ce collectif (...) 90 personnalités très diverses et respectables ont signé notre appel, et je ne vois pas comment le Premier ministre peut me rapprocher de l'avoir signé moi aussi. A moins qu'il n'ai pas pris le temps de lire la liste de ses personnalités ?"

Un peu de bon sens. Certes, quand on signe une pétition, il ne faut pas être naïf, car on engage sa responsabilité, personnelle voire institutionnelle. Mais lorsque l'un des signataires semble poser problème, n'est-ce pas vers lui qu'il faut se tourner pour l'interroger sur le sens de sa démarche ? En quoi les autres signataires seraient-ils responsables de son choix ?

Je laisse le mot de la fin à Samuel, car après tout, ce texte si peu lu par ses détracteurs, il en est le principal auteur : "Le 13 novembre nous disions 'Nous Sommes Unis' avec tous les citoyens 'sans distinction d’origine, de race ou de religion' comme le proclame le premier article de notre constitution. Aujourd’hui encore 'Nous Sommes Unis' avec tous les Français qui acceptent notre message d’unité républicaine"

...Au fait, si vous voulez vous nous rejoindre, pour signer "Nous Sommes Unis", c'est ici

Heureux les artisans de paix :
ils seront appelés fils de Dieu (Mt V, 9)

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