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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 18:17
LUDOVIC MARIN/AFP

LUDOVIC MARIN/AFP

LE SCAN POLITIQUE - Saisi par des associations, Jacques Toubon laisse deux mois au gouvernement pour agir.

Alors que la grogne monte contre la politique migratoire d'Emmanuel Macron, c'est un avertissement dont le gouvernement se serait bien passé. Deux jours après le discours du chef de l'État à Calais, censé défendre un traitement à la fois «pragmatique» et «humaniste» des migrants, le Défenseur des droits demande au gouvernement le «retrait» de la circulaire organisant un recensement des migrants dans l'hébergement d'urgence. Un texte très contesté par les associations, qui avaient décidé de saisir Jacques Toubon en décembre.

Emmenées par la Fédération des acteurs de la solidarité, elles demandaient au Défenseur des droits Jacques Toubon «d'intervenir auprès du gouvernement» pour que ses instructions «portant gravement atteinte aux droits fondamentaux» des étrangers «ne soient pas mises à exécution». Les associations (dont Emmaüs, la Cimade, la fondation Abbé Pierre) avaient quitté la table le 8 décembre lorsque le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb leur avait présenté son projet, consistant à envoyer des «équipes mobiles» dans les centres pour en recenser les occupants, et les orienter vers des structures différentes selon qu'ils seraient réfugiés, demandeurs d'asile, déboutés...

 

«Légalité incertaine»

Dans sa décision, rendue ce vendredi, Jacques Toubon juge que «le seul critère pour la mise en œuvre de l'accueil inconditionnel dans l'hébergement d'urgence est la vulnérabilité des personnes, sans que puisse être prise en compte la régularité du séjour, contrairement à ce que prévoit la circulaire». «L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas vocation à exercer, dans l'hébergement d'urgence relevant du cadre de l'action sociale, le contrôle administratif qu'il assure dans le dispositif national d'accueil des demandes d'asile et des réfugiés relevant de sa compétence. La légalité de son intervention, sans autorisation ni contrôle juridictionnel, apparaît dès lors incertaine», ajoute-t-il.

L'ancien ministre donne «deux mois» au gouvernement pour «rendre compte des suites données à cette recommandation».

 

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9 janvier 2018 2 09 /01 /janvier /2018 07:47
Journée mondiale du migrant et du réfugié le 14 janvier 2018

Chers frères et sœurs !

« L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d’Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu » (Lv 19, 34). Durant les premières années de mon pontificat, j’ai exprimé à maintes reprises une préoccupation spéciale concernant la triste situation de nombreux migrants et réfugiés qui fuient les guerres, les persécutions, les catastrophes naturelles et la pauvreté. Il s’agit sans doute d’un ‘‘signe des temps’’ que j’ai essayé de lire, en invoquant la lumière de l’Esprit Saint depuis ma visite à Lampedusa ma visite à Lampedusa le 8 juillet 2013. En créant le nouveau Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, j’ai voulu qu’une section spéciale, placée ad tempus sous mon autorité directe, exprime la sollicitude de l’Église envers les migrants, les personnes déplacées, les réfugiés et les victimes de la traite.

Lire l’intégralité du message du Pape François pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2018.

Le 14 janvier 2018, l’Église universelle célèbre la 104ème Journée mondiale du migrant et du réfugié pour laquelle le Pape François a choisi comme thème de réflexion et de prière :

« Accueillir, protéger, promouvoir, intégrer les migrants et les réfugiés

 

Prière pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié

Prière pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié du 14 janvier 2018. Seigneur, tu nous appelles à prendre le chemin de la rencontre, ouvert à l’autre, d’un autre pays, d’une autre culture. Aide-nous à nous mettre en route, ensemble. Imprègne-nous de ta Parole pour que nous puissions donner corps à ton Évangile : […]

Consultez et téléchargez les supports d’animation de la Journée mondiale du migrant et du réfugié. Ils contiennent :

§  un dossier d’animation

§  une prière

Une journée d’étude sur le thème 2018 aura lieu vendredi 19 janvier à la Maison des évêques :

§  Le programme

§  L’inscription

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 12:54
L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui

En cette journée internationale des migrants, le 18 décembre, nous pensons à ces milliers d’enfants, de femmes et d’hommes qui ont péri en Méditerranée, dans le désert, ou en captivité, alors qu’ils avaient entrepris un voyage pour une vie meilleure, plus sûre et plus digne, comme tout être humain peut la désirer. Hommage à tous ces exilés qui ont dû risquer leur vie à cause de plusieurs décennies de politiques des pays les plus riches qui ont rendu les routes de l’exil impraticables et périlleuses.

En cette journée internationale des migrants, nos pensées se portent également vers tous et toutes ces citoyens et citoyennes engagées qui, en France, en Europe et dans le monde, pensent quaccueillir les personnes migrantes, manifester de la solidarité envers elles, c’est construire l’humanité d’aujourd’hui et le monde de demain.

Les obstacles mis sur les routes des migrants font le jeu des profiteurs de malheur, qui sèment le trouble et la terreur en se livrant au trafic d’êtres humains, au racket et à l’esclavage. Ces maux doivent être dénoncés et combattus. Or l’arsenal répressif déployé aveuglément par les gouvernements européens frappe du même coup les personnes migrantes, renforçant encore la nécessité pour elles de recourir à des réseaux criminels.

La France est en première ligne de ce mauvais combat. Une proposition de loi actuellement en discussion au parlement permettrait la rétention administrative anticipée des personnes « dubliné.e.s »1, puis, début 2018, un projet de loi sur l’immigration et l’asile risque d’accroître encore le dispositif de répression à l’encontre de l’ensemble des étrangers. Sans attendre l’adoption de ces réformes, le ministre de l’Intérieur, via une circulaire en date du 20 novembre, a exhorté les préfets à obtenir des résultats rapides en matière d’expulsion de personnes en situation irrégulière. Pour ajouter encore au caractère inacceptable de cette politique, d’autres mesures sont envisagées qui remettraient en question le principe de l’accueil inconditionnel dans les structures d’hébergement d’urgence, et viseraient à contraindre les acteurs associatifs opérant dans ces centres à participer au tri entre « bons » et « mauvais » migrants.

1 On utilise cette expression pour désigner les personnes « placées en procédure Dublin », c’est-à-dire que le règlement européen Dublin III autorise à renvoyer dans l’État de l’UE par lequel elles ont transité avant d’arriver en France.

L’action extérieure de la France est à l’avenant. Le Président Macron s’indigne du traitement des migrants détenus en Libye, et des marchés aux esclaves, qu’il feint de découvrir quand les ONG alertent sur leur existence depuis plusieurs années. Mais ni la France ni l’Europe n’envisagent de renoncer à financer les « autorités » libyennes pour qu’elles continuent de bloquer les migrants, et donc à fermer les yeux sur les violences et les trafics dont elles se rendent de fait complices.

L’argumentaire est toujours le même : la France, comme l’Europe, ne peut pas accueillir toute la misère du monde… Sauf que « toute la misère du monde » n’a aucunement l’intention de venir en France ou en Europe ! Les chiffres l’attestent clairement. Entêtées dans cette logique manichéenne de tri, les autorités des pays européens refusent d’admettre que les causes des migrations sont multiples, et d’envisager, en conséquence, que les critères pour accueillir et accorder une protection le soient aussi.

Dans nos actions de terrain, nous, associations et organisations citoyennes, constatons quotidiennement les conséquences de ces orientations: maltraitance des migrants, violation de leurs droits fondamentaux, criminalisation des bénévoles, affaiblissement des principes guidant le travail social et la protection des personnes les plus fragiles, et donc les fondements mêmes de la solidarité nationale.

Cette politique se développe sans concertation large avec les centaines d’associations locales, collectifs citoyens ou organisations nationales qui travaillent aux côtés des personnes migrantes. En dépit de nos demandes, le gouvernement se barricade derrière ses certitudes, se limitant à quelques rencontres avec certains acteurs pour les informer de ses décisions et confirmer son choix de pratiques démagogiques, au demeurant dénuées de réalisme, érodant chaque jour un peu plus nos chances de construire un futur fait de droits, de solidarité et de respect.

Dans ce contexte plus qu’inquiétant, nous avons pris l’initiative, le 21 novembre, de lancer les « États généraux des Migrations ». D’abord marqués par des rencontres en régions de tous les acteurs citoyens impliqués, les idées et propositions qui en émergeront seront ensuite discutées à l’occasion d’une session nationale plénière prévue au printemps prochain. Notre objectif est de faire ressortir des revendications communes et des propositions concrètes pour une autre politique migratoire, respectueuse des droits fondamentaux.

Ce 18 décembre, en soutien à tous et toutes les migrantes, nous sommes fermement décidés à promouvoir un changement radical qui mette un terme à ces politiques migratoires aux conséquences humaines dramatiques.

 

413 Organisations signataires

Dont la Communauté Mission de France

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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 21:37
Crédits photos : ©MaxPPP

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Dans une lettre commune, la présidente du Secours Catholique - Caritas France, Véronique Fayet, et le président de la Fédération de l'Entraide Protestante, Jean-Michel Hitter, interpellent le président de la République Française, Emmanuel Macron, sur les récents choix du gouvernement en matière de politique d'immigration. Ils s'inquiètent d'« un renoncement sans précédent aux valeurs et aux traditions humanistes de la République ».

Monsieur le Président de la République,

Les mesures envisagées par le ministère de l’Intérieur pour transformer la législation relative à l’Immigration et au droit d’asile suscitent les plus vives inquiétudes.

En voulant accélérer à outrance les procédures d’asile, en rendant quasiment impossible l’accès aux procédures sur le territoire national, en mettant sous le contrôle du ministère de l’Intérieur toutes les structures d’accueil dans le but d’éloigner du territoire tous les étrangers non autorisés à y séjourner, en visant à généraliser les mesures de privation de liberté et d’éloignement par la contrainte, l’économie générale du projet constitue un renoncement sans précédent aux valeurs et aux traditions humanistes de la République.

La méthode est inédite : jamais, sur un sujet aussi sensible, une telle réforme n’avait été aussi avancée dans son contenu sans qu’à aucun moment le Gouvernement ne se soucie d’ouvrir une réelle concertation avec les acteurs de la société civile concernés.

Une vision binaire

La vision simpliste du projet, opposant de façon binaire les réfugiés aux migrants économiques, fait totalement l’impasse sur la réalité actuelle de milliers de migrants qui, sans pour autant relever du statut de réfugié, ont connu de tels traumatismes – du fait des causes de leur exil ou des routes périlleuses qu’ils ont dû emprunter durant des années – que leur extrême vulnérabilité rend indispensables des mesures de protection et d’accueil.

La poursuite aveugle de la mise en œuvre du « règlement Dublin » est un déni des faits. Par sa construction irréfléchie en 1990, dépassée, ce règlement génère des inégalités criantes entre les Etats européens quant à leurs responsabilités. Il provoque, dans sa mise en œuvre, un désordre général laissant des dizaines de milliers de personnes réfugiées sans la moindre protection, sans statut ni accueil, errant de frontières en frontières européennes.

Si sa remise à plat sera complexe, il n’en reste pas moins qu’il est plus que temps de poser le diagnostic que « Dublin » n’a jamais répondu à l’objectif d’une harmonisation européenne, qu’il n’y répond pas et n’y répondra jamais.
 

« Dublin » n’a jamais répondu à l’objectif d’une harmonisation européenne, il n’y répond pas et n’y répondra jamais.

Le projet d’introduire dans la législation la notion de « Pays tiers sûrs » constituerait un renoncement majeur au « droit d’asile sur le territoire de la République ». En rejetant « notre part » de l’accueil des demandeurs d’asile vers les pays frontaliers de l’Union Européenne – et notamment sur la rive Sud de la Méditerranée et plus loin en Afrique – la mise en œuvre d’une telle disposition - par la France comme par les autres Etats membres - ne ferait qu’aggraver encore les difficultés rencontrées par ces pays et viderait de son contenu la notion de « solidarité internationale ».

une analyse erronée

Ces quelques sujets suffisent à nous convaincre que ce projet de réforme est prématuré, mal pensé, mal construit, et qu’en reposant sur une analyse erronée, construite en vase clos dans les cabinets ministériels, il ne peut que provoquer de nouvelles atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes les plus fragiles.

La lutte contre la précarité et pour le respect de la dignité des plus pauvres est incompatible avec l’exclusion et le déni de droits d’une partie d’entre eux. Nous vous appelons donc à surseoir à toute réforme de cette nature, et à engager enfin la large concertation que nous attendons depuis des mois et à laquelle vous n’avez pas jusqu’à maintenant souhaité donner suite.
 

« Affirmer que les personnes déboutées de leur demande d'asile seront toutes éloignées du territoire est un mensonge : c’est pratiquement irréaliste et humainement inconcevable. »

Dans l’immédiat, le pragmatisme impose que des réponses concrètes soient apportées à la situation de milliers de personnes auxquelles les droits élémentaires sont refusés.

Des milliers de « personnes déboutées » - dont des familles avec enfants – ont entamé une vie en France et survivent dans un déni de droits et de dignité inacceptable. Affirmer qu’elles seront éloignées du territoire est un mensonge : c’est pratiquement irréaliste et humainement inconcevable.

La raison emporte naturellement à demander qu’elles soient admises à poursuivre légalement leur intégration dans notre société. Il peut être délicat de l’assumer politiquement, mais l’intérêt général justifie qu’une parole de vérité soit assumée clairement.

réalité kafkaïenne

Des milliers de personnes « dublinées » sont suspendues sans droits ni accueil dans l’attente qu’un pays européen daigne accepter d’examiner leur demande d’asile. Cette réalité kafkaïenne, conséquence des vices de conception du règlement Dublin, peut être provisoirement résolue si la France décide – ce qui lui est possible sans délai – de suspendre la mise en œuvre des « procédures de réadmission » et d’autoriser ces personnes à entrer dans la procédure d’asile.

Nous vous appelons à ordonner ces deux mesures de bon sens, comme nous vous appelons, dans l’attente de la large concertation que nous espérons, à faire en sorte que la France refuse la mise en œuvre de la notion de « pays tiers sûrs » qui marquerait un renoncement historique à notre tradition de l’asile.

En cette journée internationale des migrants, nous nous permettons de rendre publique cette lettre.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre parfaite considération.

Paris, le 18 décembre 2017

Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique – Caritas France ; Jean-Michel Hitter, président de la Fédération de l’Entraide Protestante

 

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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 12:47
Accueillir les Migrants en Eglise

Livret réalisé par la Pastorale des Migrants, le CCFD Terre Solidaire, le Secours Catholique Caritas France, lACAT France et le Service des Jésuites pour les Réfugiés

 

Depuis quelques années, Les élans de générosité ainsi que La mobilisation individuelle et collective pour accueillir les migrants ne cessent de s'amplifier. Partout en France, on s'organise, on redouble d'ingéniosité et d'audace pour permettre à des migrants de vivre dignement et d'être entourés et soutenus au quotidien. Il n'est pas œuvre facile de se mobiliser sur ce type de sujet car l'accueil des migrants est bien loin de faire l'unanimité dans l'opinion publique et même en Église. Cet engagement fait l'objet de contestations régulières. Devant l'immensité de la tâche, on peut aussi vite être rattrapé par le découragement mais chaque personne qui s'engage a à cœur de prendre sa part avec d'autres. Des chrétiens, des paroisses, des mouvements d'Église, des citoyens divers y contribuent.

Pourquoi se mobiliser ?

 

Ce livret est destiné à toutes personnes désireuses de se lancer dans un accueil de migrant avec sa paroisse, son mouvement d'Église ou à titre individuel.

 

Il permet de découvrir les enjeux de l'accueil de migrants en Église et propose des repères pour bien démarrer. La dernière partie du document est l'occasion de s'interroger sur ce à quoi nous invitent cette rencontre et cet accueil de l'étranger en Église.

La Bible rend compte des migrations qui existent depuis Le fond des temps. Le peuple hébreu a connu l’esclavage en Egypte, l'errance dans le désert, l’exil à Babylone... Le deuxième Livre se nomme d’ailleurs "Le Livre de l'Exode". Tout au Long de L'Ancien Testament, cette dimension d'ouverture se traduit par une invitation constante à accueillir L'étranger « Souviens- toi que tu as été étranger » Exode 21,22 malgré les réticences souvent exprimées. C'est pourquoi l'exigence du respect de l'émigré est parmi les fondements de la pensée de L’Eglise. L'émigré est cet étranger déraciné qui a laissé derrière lui sa maison, ceux qu’il aime, son pays natal parfois défiguré par la guerre et la violence. La tentation d'ériger des murs pour protéger un ordre établi reste pourtant constante, mais l'histoire montre qu'à un moment ou à un autre ils sont détruits, entraînant la chute de ceux qui les ont élevés ; dans les Evangiles, les étrangers occupent une place importante et, par leur capacité à reconnaître en Jésus le Fils de Dieu, collaborent au salut.

 

Jean Paul II, à l'occasion de la journée mondiale des migrants en 1996, rappelait que l’Eglise est un lieu où les migrants sont reconnus et accueillis comme des frères et que les diocèses ont le devoir de se mobiliser pour que ces personnes trouvent un sentiment de fraternité dans les communautés chrétiennes. En septembre 2015, le Pape François appelait chaque paroisse d'Europe à accueillir une famille de migrants. Cet appel a suscité de multiples mobilisations de solidarité de la part d'acteurs de la société civile en lien avec des paroisses Cet événement lié à une actualité difficile a mobilisé nombre de paroisses et de groupes d’Eglise pour déployer des initiatives diaconales au service du plus fragile, en l'occurrence l'étranger. IL nous est donné comme un frère, une sœur à accueillir et servir. Le 21 février 2017, à L'occasion du forum international « Migrations et Paix », Le pape François a plaidé pour « un changement d'attitude envers les migrants et les réfugiés » : « d'une attitude de défense et de peur, de désintérêt », de « rejet », à « une attitude généreuse d’accueil ». Pour Lui, la réponse à la crise migratoire doit « s’articuler autour de quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer ». Il incite, à travers La campagne mondiale de Caritas sur les migrations, à « partager le chemin »

 

Par ailleurs, l’accueil de l’exilé, le refus de toute discrimination, le principe d’égalité, de liberté et de fraternité sont des valeurs fondatrices de la démocratie française. La fraternité est le chemin pour contribuer à un vivre ensemble plus paisible.

 

Au-delà des mouvements d’accueil et de vie fraternelle, il est essentiel de conjuguer cette mobilisation avec la Lutte contre les causes des migrations forcées et des situations d'injustice.

Comment se mobiliser ?

D'une manière générale, Les paroisses, les mouvements et services d’Eglise qui se mobilisent doivent s'attacher à travailler en partenariat et non pas seuls.

 

La complémentarité et la cohérence de nos actions respectives avec les acteurs publics comme les acteurs associatifs sur des projets d’accueil des migrants sont nécessaires. Il existe une pluralité d'acteurs intervenant sur ce champ (Etat, collectivités territoriales, opérateurs, associations, collectifs). Il est important d'identifier ce qui se fait déjà, de discerner ce qui est dans nos possibilités, de construire des collaborations avant de se lancer dans un projet d'accueil.

 

Dans nombre de diocèses ont émergé des plateformes de collaboration entre les mouvements et services de la Diaconie et les institutions civiles. Si ces coordinations ne sont pas en place, il est souhaitable de les encourager (même si cet accueil ne concerne que 2 ou 3 communautés chrétiennes). Ceci permet alors de maintenir un lien de communion entre la réalité locale d'accueil et toute l'Eglise diocésaine (et ses services : communication et parole de l'Évêque, gestion etc..) et la réalité locale d'accueil. Ainsi toute l'Église locale peut se sentir concernée par cet accueil et pas seulement quelques volontaires ;

Nous constatons que ces mobilisations ont permis de décloisonner le travail des acteurs d'Église et participent à une ouverture de tous. Il semble important de continuer à tenir ces postures et à encourager à l'avenir des collaborations dans cet esprit-là.

 

Près de chez nous, nous voyons des personnes migrantes, nous pouvons aller les rencontrer et nous mettre en lien avec le directeur du Centre d'Accueil et d'Orientation (CAO), les travailleurs sociaux ou associations déjà en lien avec eux. Il convient de connaître leur situation pour mieux adapter l'accompagnement et la présence fraternelle.

2 postures de départ essentielles

ü  Considérer la personne ou la famille que l'on accueille comme participante active de son projet de vie

ü  Toujours travailler avec d'autres et tisser des liens avec les partenaires et les travailleurs sociaux qui accompagnent les migrants

2 préalables importants

ü  S'engager dans un accompagnement de qualité demande un engagement qui peut être amené à durer et qui prend du temps. Il est important de s'interroger au préalable sur les ressources humaines disponibles et d'anticiper l'identification de personnes ressources pour ne pas s'isoler dans l'action.

ü  Être en équipe va permettre de trouver un équilibre dans la relation et de relativiser une certaine et légitime « émotion » que peut provoquer l'accompagnement des personnes migrantes.

ü  Rechercher une « juste présence » de la part de personnes impliquées auprès de ces femmes, ces hommes, ces enfants venus d'ailleurs. Il faut veiller à les laisser « respirer » et à respecter leur espace d'intimité. C'est bien l'autonomie des personnes migrantes qui est recherchée

ü  Plusieurs types d'actions peuvent être organisées en « équipe », en partenariat pour réfléchir à un accompagnement global de la famille/personne : logement, emploi, suivi administratif, apprentissage de la langue, droits et devoirs citoyens, vie quotidienne, présence et insertion dans les activités de la vie locale, dimension spirituelle, accompagnement scolaire, culture et loisirs.

Un accompagnement fraternel / vivre ensemble

ü  Visites régulières des migrants, occasion d'être à l'écoute de leur récit de vie, de ce qu’ils veulent partager avec nous et de s'assurer que tout se déroule bien dans le logement et le quartier

ü  Aider la personne migrante ou la famille à construire des liens vers l'extérieur en l'encourageant autant que possible à participer à des rencontres et activités.

Un accompagnement social / accès aux droits

ü  Soutenir les migrants et Les accompagner dans l'accès à un statut (asile, régularisation...).

ü  Soutenir les familles et les accompa­gner dans l'accès aux droits (logement, emploi, santé, prestations sociales.).

ü  Soutenir Les familles migrantes et les accompagner sur Le volet de La scolarité des enfants (inscriptions, fournitures, cantine, accompagnement à la scolarité...) et de L'apprentissage du français pour les adultes.

 

Un accompagnement vers la culture et les loisirs

ü  Sorties, visites de la région, jeux, visites de musées, activités conviviales, pique-niques, promenades, activités sportives.

ü  Activités pour les enfants (sorties, éveil et loisirs, sports, vacances.) : en lien avec un groupe scout, MRJC, MEJ, une ou des associations et/ou les services de la ville.

Rayonnement de l'action / sensibilisation

ü  Proposer un temps en amont de réflexion et de sensibilisation autour de la question de l'Autre, différent de moi, de ma perception sur les migrations afin de préparer mes frères et sœurs à la rencontre qui peut bousculer et effrayer

ü  Proposer un apéritif après la messe avec des animations sur l'accueil de l'autre, l'interculturalité.

ü  Organiser sur la commune, quartier, un événement festif avec des animations pour sensibiliser les habitants à l'ac­cueil des migrants.

ü  Vivre des temps de rencontres et de témoignages entre les personnes d'ici et de là-bas, par exemple des repas partagés.

ü  Laisser une place, pendant la messe, pour permettre aux personnes de se présenter si elles le souhaitent, afin que la communauté puisse les accueillir.

ü  Imaginer des formes de bénévolat, de « participation », d'association des per­sonnes migrantes aux actions des pa­roisses du doyenné, de la vie locale. 

 

 

Une rencontre qui déplace

Nous avons besoin aussi de celles et de ceux qui viennent d'ailleurs et qui possèdent peut-être dans leurs traditions, dans leurs croyances, dans leurs manières de comprendre la vie, des éléments indispensables à notre propre équilibre humain. Nous devons être assez lucides et assez modestes pour accepter et reconnaître que nous recevons autant que nous donnons, et que la rencontre ne peut jamais être conçue à sens unique ».

Se rencontrer

Dans cette épreuve de migration et en venant se réfugier en Europe, les personnes voient les orientations de leur vie fondamentalement remises en question Il est important d'en avoir conscience. Nous ne sommes pas des spécialistes pour les aider à se reconstruire mais notre présence à leurs côtés est une forme précieuse de soutien

 

Vivre la rencontre et le partage interpersonnel avec celles et ceux que nous accueillons contribue sans aucun doute à changer notre regard comme le leur. La connaissance de l'autre, la connaissance de celui qui n'est pas moi nous fait entrer sur un chemin où nous nous lions pour vivre ensemble en humanité. Maître de la rencontre, le Christ dans Les Evangiles en est un bon exemple

 

Il nous appartient à tous de vivre La rencontre pour vaincre nos réticences. En prenant le temps d’aller l'un vers l'autre, de se connaître, nous nous comprenons, acceptons nos différences et découvrons qu’elles sont sources de richesse. Nous sortons ainsi de l'idée de la migration pour entrer dans la relation avec la personne migrante

 

En partageant des activités ensemble, nous nous découvrons mutuellement

Il devient ainsi plus facile d'enrichir son témoignage d'exemples concrets pour lutter contre les préjugés et d'inviter d'autres à vivre cette rencontre. Nous pensions accueillir la misère du monde et nous sommes nourris de la force de vie des personnes migrantes.

Pi 3, 15-16 « Soyez toujours prêts à rendre compte de l'espérance qui est en vous mais faites-le avec douceur et respect ».

 

Une rencontre interculturelle et interreligieuse

Le multiculturalisme peut être une chance, une possibilité de construire quelque chose de nouveau. Plus spécifiquement, en Église, nous pouvons déployer une spécificité d'action liée à une attention spirituelle et pastorale en portant une attention particulière à la dimension interculturelle et interreligieuse.

Il est important de prendre le temps de découvrir l'expression religieuse que peuvent porter les personnes qui sont accueillies et, si celles-ci le veulent, de leur faire aussi découvrir la nôtre

 

Avant d'envisager des célébrations interreligieuses à proprement parler, il est opportun de privilégier une approche culturelle et fraternelle pour mieux se connaître et mieux se comprendre

Une rencontre qui interroge ma vie de croyant

La rencontre avec L'étranger qui vit une situation de fragilité est sûrement L'occa­sion d'interroger ma vie de croyant. IL me révèle quelque chose de Dieu Lire un texte bibliqueil est question d’accueillir l'étranger, où il est question de le considérer comme son prochain à aimer, à servir, prend une dimension bien différente quand nous sommes confrontés à une rencontre réelle, longue et concrète avec L'étranger. La reconnaissance de tous ces liens, ces joies, ces visages qui m'habitent, me sont, comme croyant, signes, traces de La présence de Dieu dans ma vie.

 

Une rencontre à relire

La rencontre de La personne migrante nous déplace et de ce fait nous place dans un inconfort, une intranquillité. Nous faisons face à des questions posées qui sont immenses et complexes et demandent de s'inscrire dans une relation de longue durée. Nous sommes nous-mêmes habités par des peurs, des tensions, les liimites de nos compétences, les résonances avec notre propre histoire, à la difficulté de vivre une forme d'impuissance.

Les risques de l'usure, du découragement, du constat que rien ne bouge, nous guettent tous. Le temps donné, l'énergie dépensée peuvent nous sembler disproportionnés et causer un sentiment d'épuisement qui peuvent nous faire oublier les bienfaits engendrés par la rencontre

 

La relecture vient alors comme un élément nécessaire pour porter un regard renouvelé sur ce que nous vivons. Elle nous invite à repérer ce qui a l'effet d'une source pour l'autre comme pour nous. Elle n'est pas d'abord centrée sur la résolution des problèmes rencontrés, mais sur ce qui me fait du bien, ce qui est bon, savoureux, me rend heureux, me dynamise, me procure de la joie et m'invite à être attentif à la joie qui traverse les autres, la personne migrante, etc. La relecture c'est aussi se poser la question du sens et oser chercher les traces de l'Esprit de Dieu à l'œuvre à travers notre engagement et nos actions la relecture peut confirmer les actions entreprises mais aussi faire naitre Le désir d'ajustement nécessaire dans mon engagement

 

Ce qui est « source de vie » est reconnaissante au ressenti que je peux éprouver dans telle ou telle situation d'une joie paisible et profonde, qui ne me ramène pas à moi-même mais m'ouvre aux autres Je peux relire ce que provoque le fait de me sentir touché par quelqu’un, son histoire, son regard., de nous sentir proches de lui, liés à lui « frère » (L'expérience de la tendresse éprouvée.)

- Les réussites de celles et ceux que j'ai pu accompagner, leur fierté face à une réussite.

- La confiance reçue. le fait que des personnes se livrent en vérité et confiance, c'est un cadeau extraordinaire.

 

Qu'est-ce qui m'a donné de la joie, de l’élan, m'a dynamisé, m'a apaisé ?

Au contraire, ai-je ressenti de la tristesse, du découragement, de la colère. ?

En quoi est-ce que Le rapport à la communauté, aux partenaires a changé depuis le début de mon engagement ?

Comment ma vie de prière a changé ?

Est-ce que ma compréhension d'un texte biblique est devenu autre depuis cette expérience de rencontre ?

Est-ce que ma relation au Christ que l'on dit être présent dans le plus petit, le plus fragile, l'étranger a changé ?

 

Il est bien de pouvoir vivre ce temps de relecture en groupe avec les personnes avec qui nous partageons notre engagement auprès des migrants mais aussi avec les personnes que nous accueillons, si elles le désirent, afin de relire comment les liens se tissent entre nous. Etre dans un climat de confiance et de bienveillance, est primordial pour pouvoir vivre ensemble ce temps de partage. 

 

Conclusion

 

Toutes Les actions qui favorisent l’accueil de migrants, nous humanisent car elles sont L'occasion de rejoindre Les moments essentiels de la vie : boire et manger ensemble, se parler et se comprendre, rire et réfléchir à l'avenir. Ces moments de rencontres dans le quotidien, nous rappellent notre humanité commune, notre engagement chrétien et notre responsabilité citoyenne qui va au-delà des frontières. Chacun et chacune trouve des moyens concrets pour semer des signes d'espérance et pour lutter contre le repli identitaire là où il est ancré (chez soi, dans son quartier, dans son école, dans son association, dans ses responsabilités professionnelles, auprès des élus.). Ainsi l'autre étranger nous permet de sortir de nos propres limites, de nos fermetures et nous entraîne dans la créativité, le renouvellement de l'espace de notre tente et de notre cœur. Celui qui nous est semblable nous appelle à être différent

 

Le Pape François disait Lors de son voyage au Mexique en 2016 « Nous ne pouvons nier la crise humanitaire qu'a représentée, ces dernières années, la migration de milliers de personnes, que ce soit par train, par la route, voire à pied parcourant des centaines de kilomètres à travers des montagnes, des déserts, par des chemins impraticables. Cette tragédie humaine, que représente la migration forcée, est aujourd'hui un phénomène global. Cette crise qu'on peut mesurer par des chiffres, nous voulons la mesurer par des noms, des histoires, par des familles... Demandons à notre Dieu le don de la conversion, le don des larmes, demandons-lui d'avoir le cœur ouvert, à son appel à travers le visage souffrant de tant d'hommes et de femmes ! »

 

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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 16:06
Des migrants sont installés dans un centre de "préaccueil" à Cergy-Pontoise, en région parisienne, le 12 octobre 2017 Photo Lionel BONAVENTURE. AFP

Des migrants sont installés dans un centre de "préaccueil" à Cergy-Pontoise, en région parisienne, le 12 octobre 2017 Photo Lionel BONAVENTURE. AFP

Le premier centre de «préaccueil» d’Ile-de-France, chargé d’orienter les migrants en fonction de leur droit au séjour, a ouvert jeudi à Cergy-Pontoise (Val d’Oise) avec une cinquantaine de personnes hébergées dans l’ancienne patinoire, alors que le centre humanitaire parisien est saturé.

«Cinquante personnes sont arrivées ce matin» dans cette structure d’une capacité de 200 places maximum, a déclaré le préfet du Val d’Oise, Jean-Yves Latournerie, lors d’un point-presse. A midi des hommes dormaient sur les lits picots installés sur la piste tandis que d’autres prenaient leur déjeuner dans le réfectoire aménagé dans l’ancienne cafétéria.

Le préfet d’Ile-de-France, Michel Cadot, avait annoncé le 25 septembre l’ouverture prochaine d’un «lieu de préorientation» en Ile-de-France, suivi, «sans doute au début de la période hivernale, d’un deuxième centre dans Paris».

Il s’agit de «mettre à l’abri les personnes qui sont dans la rue», et pour cela des «maraudes renforcées» ont été mises en place dans la capitale, a indiqué M. Latournerie.

Au cours de leur séjour d'«une dizaine de jours» dans ce centre géré par l’association Espérer 95, les personnes seront accueillies avec «un bilan social, sanitaire, de situation...» mené notamment par la Croix-Rouge, a ajouté le préfet.

Mais à ce dispositif «d’accueil inconditionnel» s’ajoute «un début d’instruction de la demande d’asile», qui aura lieu dans les bâtiments de la préfecture voisine, en collaboration avec l’Office français d’immigration et d’intégration (Ofii).

«La nouveauté est que l’on intègre les deux démarches: la mise à l’abri et le traitement de la situation administrative», a souligné M. Latournerie.

C’est une différence majeure avec le centre humanitaire parisien, ouvert porte de La Chapelle à l’intention des «primo-arrivants», et qui est engorgé. Et cette nouveauté est d’avance dénoncée par les associations qui redoutent un «centre de tri». «Vous pouvez l’appeler comme cela mais ce n’est pas le bon terme», a assuré M. Latournerie.

Après l’examen de leur situation administrative, les migrants seront «répartis en fonction de leur situation dans des centres d’accueil dédiés» selon qu’ils sont «primo-arrivants», déjà demandeurs d’asile, etc. Ces centres pourront être «sur tout le territoire national».

Les «dublinés», c’est-à-dire les migrants déjà enregistrés dans un autre pays européen, «resteront en Ile-de-France», a toutefois indiqué le responsable de l’Ofii du Val d’Oise, Pascal Mertz.

Aux termes des procédure européennes, les migrants ont «obligation de repartir rapidement vers le pays où ils ont déposé leur demande d’asile», avait souligné le préfet de région, Michel Cadot, fin septembre.

AFP

 

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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 19:46
Vibrant plaidoyer de Jean-Marie Gustave Le Clézio sur le plateau de Radio France pour l’accueil des migrants

Jean-Marie Gustave Le Clézio était l’invité spécial dans la matinale d'Inter jeudi 8 octobre 2017 : successivement invité de Nicolas Demorand à 8h20 et d'Augustin Trapenard dans son magazine culturel, Boomerang, à 9h10.

Augustin Trapenard lui a donné carte blanche quelques minutes pour lire un texte… L'écrivain a lu à l'antenne un texte inédit.

Un texte inédit de Jean-Marie Le Clézio

« La vérité, c'est que chaque drame de la migration en provenance des pays pauvres pose la question qui s'est posée jadis aux habitants de Roquebillière, lorsqu'ils ont offert l'asile à ma mère et à ses enfants : la question de la responsabilité.

Dans le monde contemporain, l'histoire ne répartit plus les populations entre factions guerrières. Elle met d'un côté ceux qui, par le hasard de leur situation géographique, par leur puissance économique acquise au long des siècles, par leur expériences, connaissent les bienfaits de la paix et de la prospérité. Et de l'autre, les peuples qui sont en manque de tout, mais surtout de démocratie.

La responsabilité, ce n'est pas une vague notion philosophique, c'est une réalité.

Car les situations que fuient ces déshérités, ce sont les nations riches qui les ont créées. Par la conquête violente des colonies, puis après l'indépendance, en soutenant les tyrannies, et enfin aux temps contemporains, en fomentant des guerres à outrances dans lesquelles la vie des uns ne vaut rien, quand la vie des autres est un précieux trésor.

Bombardements, frappes ciblées depuis le ciel, blocus économiques, tous les moyens ont été mis en oeuvre par les nations puissantes pour vaincre les ennemis qu'elles ont identifiées. Et qu'importe s'il y a des victimes collatérales, des erreurs de tirs, qu'importe si les frontières ont été tracées à coups de sabre par la colonisation sans tenir compte des réalités humaines.

La migration n'est pas, pour ceux qui l'entreprennent, une croisière en quête d'exotisme, ni même le leurre d'une vie de luxe dans nos banlieues de Paris ou de Californie. C'est une fuite de gens apeurés, harassés, en danger de mort dans leur propre pays.

Pouvons-nous les ignorer, détourner notre regard ?

Accepter qu'ils soient refoulés comme indésirables, comme si le malheur était un crime et la pauvreté une maladie ?

On entend souvent dire que ces situations sont inextricables, inévitables. que nous, les nantis, ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. Qu'il faut bien des frontières pour nous protéger, que nous sommes sous la menace d'une invasion, comme s'il s'agissait de hordes barbares montant à l’assaut de nos quartiers, de nos coffre-forts, de nos vierges.

Quand bien même nous ne garderions que l'argument sécuritaire, n'est-il pas évident que nos murs, nos barbelés, nos miradors sont des protections illusoires ?

Si nous ne pouvons accueillir celles et ceux qui en ont besoin, si nous ne pouvons accéder à leur demande par charité ou par humanisme, ne pouvons-nous au moins le faire par raison, comme le dit la grande Aïcha Ech Chenna qui vient en aide aux enfants abandonnés du Maroc : "Donnez, car si vous ne le faites pas, un jour ces enfants viendront vous demander des comptes".

L'histoire récente du monde nous met devant deux principes contradictoires mais non pas irréconciliables.

D'une part, l'espoir que nous avons de créer un jour un lieu commun à toute l’humanité. Un lieu où régnerait une constitution universelle et souvenons-nous que la première constitution affirmant l'égalité de tous les humains, fut écrite non pas en Grèce, ni dans la France des Lumières, mais en Afrique dans le Royaume du Mali d'avant la conquête.

Et d'autre part, la consolidation des barrières préventives contre guerres, épidémies et révolutions.

Entre ces deux extrêmes, la condition de migrants nous rappelle à une modestie plus réaliste. Elle nous remet en mémoire l'histoire déjà ancienne des conflits inégaux entre pays riche et pays sous équipé c'est le maréchal Mobutu qui, s'adressant aux Etats-Unis proposa une vraie échelle de valeur établie non pas sur le critère de la puissance économique ou militaire d'un pays mais sur sa capacité au partage des richesses et des services afin que soit banni le mot de "sous-développement" et qu'il soit remplacé par celui de "sous-équipement".

Nous nous sommes habitués progressivement, depuis les guerres d'indépendances, à ce que des centaines de milliers d'être humains, en Afrique, au Proche Orient, en Amérique latine, naissent, vivent et meurent dans des villes de toiles et de tôles, en marge des pays prospères. Aujourd’hui avec l’aggravation de ces conflits, et la sous-alimentation dans les pays déshérités, on découvre que ces gens ne peuvent plus être confinés. Qu'il traversent forêts, déserts et mers pour tenter d'échapper à leur fatalité.

Ils frappent à notre porte, ils demandent à être reçus.

Comment pouvons-nous les renvoyer à la mort ?

Dans son beau livre, le docteur Pietro Bartolo cite cette phrase de Martin Luther King, qui n'a jamais sonné aussi vraie : « Nous avons appris à voler comme des oiseaux et à nager comme des poissons, mais nous n'avons pas appris l'art tout simple de vivre ensemble comme des frères ».

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 20:12
Un migrant sur le trottoir dans le quartier de la Porte de la Chapelle, à Paris, le 29 juin 2017 / AFP/Archives

Un migrant sur le trottoir dans le quartier de la Porte de la Chapelle, à Paris, le 29 juin 2017 / AFP/Archives

Des centres de pré-orientation pour rationaliser l'accueil des migrants: ce dispositif, censé répondre à l'engorgement des structures à Paris, fait grincer des dents parmi les associations, qui redoutent un "centre de tri", et chez certains élus.

QUEL EST LE DISPOSITIF PREVU?

Le préfet d'Ile-de-France Michel Cadot a annoncé lundi l'ouverture de plusieurs "lieux de pré-orientation" à destination des migrants qui errent dans les rues de Paris.

Un premier "sas", d'une capacité de 200 à 250 places, ouvrira "pour le 1er octobre", selon M. Cadot, qui n'a pas précisé le lieu exact. Mais selon des sources proches du dossier il s'agirait de Cergy (Val-d'Oise).

Un deuxième centre devrait ouvrir à Paris intramuros dans les prochaines semaines, puis un troisième dans un département francilien. A terme, il y aura "un centre par département" en Ile-de-France, soit six au total, précise-t-on à la préfecture.

Grâce à des maraudes, les migrants seront amenés vers ces "sas" où leur situation administrative sera examinée, avec une répartition rapide ensuite vers des centres d'hébergement distincts selon qu'ils sont demandeurs d'asile, primo-arrivants, réfugiés...

Quant aux "dublinés" (ces migrants enregistrés ailleurs en Europe et qui ont "obligation de repartir rapidement" vers ce pays" selon le préfet), ils seront orientés vers des structures ad hoc (un millier de places ont été créées pour eux cet été en Ile-de-France).

L'initiative ne fait pas que des heureux: même si la décision vient de l'Etat, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a assuré que "ce n'est pas aux départements de la banlieue de subir les nuisances que Paris ne veut pas subir".

POURQUOI AGIR MAINTENANT?

Après trente-cinq évacuations en deux ans, il faut trouver une solution à l'errance chronique des migrants à Paris, où le centre humanitaire, unique en son genre, sature. "Il y a un millier de migrants dehors", assure François Sivignon de Médecins du Monde.

Mais la préfecture veut surtout répondre au double engagement d'Emmanuel Macron: n'avoir "plus personne à la rue" d'ici la fin de l'année, et procéder au traitement des dossiers de migrants "dès la première minute".

Cela suppose, pour les pouvoirs publics, de régler plusieurs points: ne plus surcharger un dispositif d'hébergement déjà enkysté, rationaliser la procédure d'examen des situations administratives qui ne va pas toujours à son terme à Paris, et enfin accélérer le transfert des "dublinés" -- le taux plafonnait à 10% l'an dernier.

Avec le nouveau dispositif, "les personnes sont davantage regroupées selon la nature de leur dossier", d'où une capacité à "mieux piloter la durée d'hébergement", a fait valoir M. Cadot.

Mais les associations dénoncent des "centres de tri", avec des conséquences claires pour les migrants: "Il y a une volonté d'accélérer la procédure d'asile pour mieux accélérer les renvois", estime Françoise Sivignon.

S'AGIT-IL DE DUPLIQUER LE CENTRE HUMANITAIRE PARISIEN?

Ouvrir des centres ailleurs en province est une demande récurrente des associations et de la maire de Paris Anne Hidalgo.

Comme le centre humanitaire, les "sas" de pré-orientation proposeront un accueil inconditionnel, de courte durée, avant une réorientation rapide.

En revanche "on ne sait pas qui gérera, s'il y aura comme à Paris un dispositif de santé, quelle sera la place des associations..." ajoute Mme Sivignon.

Mais la grande différence vient de l'examen de la situation administrative -- en ce sens, on est plutôt sur le modèle de deux nouvelles structures ouvertes dans le nord de la France cet été (centres d'accueil et d'examen des situations, CAES).

Or dans ces centres le "taux d'évaporation" atteint 50%, assure Jean-Claude-Mas de la Cimade, qui prévient: "si les gens se rendent compte qu'on contrôle, ils n'iront pas, ou il s'échapperont". Avec un retour à la rue.

Autre condition de succès, "ces centres ne peuvent être limités à la région parisienne", estime Pierre Henry de France terre d'asile, qui plaide pour une ouverture sur la route des migrants, notamment dans le couloir rhodanien.

afp

 

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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 10:40
"Les gens y sont tout simplement traités comme des marchandises prêtes à être exploitées." - © MAHMUD TURKIA - AFP

"Les gens y sont tout simplement traités comme des marchandises prêtes à être exploitées." - © MAHMUD TURKIA - AFP

L'ONG Médecins sans Frontières (MSF) fustige, dans une lettre ouverte aux gouvernements européens, publiée jeudi, les mauvais traitements infligés en Libye aux migrants tentant de traverser la Méditerranée, et s'élève contre la politique migratoire de l'Union européenne, accusée d'"alimenter un système criminel". Sandro Calderon a rencontré la présidente de MSF international. 

Johanne Liu revient de Libye, pays plongé dans le chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi il y a six ans. Elle dénonce les conditions de détention des migrants et des réfugiés interceptés lors de leur exil vers l'Europe: "Des gens par dizaines sont parqués dans des salles avec peu de lumière, peu de ventilation et ils attendent. Ils ne sont pas assez nourris. Ils n’ont pas un accès suffisant à l’eau. Ils sont également exposés à de la violence gratuite. Il y a régulièrement des punitions publiques, des histoires comme une personne battue publiquement ou une femme enceinte emmenée dans un endroit où l'on sait qu’elle va être victime de violences sexuelles."

Ces violences décrites par Joanne Liu se déroulent dans les centres de détention officiels. Ils sont gérés par les autorités de Tripoli et les équipes de Médecins sans Frontières y ont accès. D'autres centres de détentions sont eux sous le contrôle de milices. On peut craindre que des exactions plus graves encore y soient commises.

Les Européens complices des violences?

Joanne Liu accuse dans une lettre ouverte envoyée aujourd’hui aux dirigeants européens "les gouvernements d'alimenter les business de la souffrance en Libye". Elle y dénonce en particulier le financement par l’Europe des garde-côtes libyens pour qu'ils empêchent les bateaux des passeurs de quitter les eaux libyennes. Hier, Dimitris Avramopoulos, le commissaire en charge des migrations, se félicitait d'ailleurs de la baisse du nombre de migrants arrivés en Italie ces dernières semaines. La présidente de Médecins sans Frontières a régi dans sa lettre: "un tel 'succès' prouve, au mieux, une hypocrisie, au pire, une complicité cynique dans la tentative de réduire l'être humain à l'état de marchandise aux mains des trafiquants."

Joanne Liu demande aux Européens de "garantir des voies sûres et légales" pour entrer en Europe. Et dans l'immédiat, elle réclame, au moins, d'arrêter les retours pour la Libye: "J’espère que les gens vont comprendre que le coût de ne pas voir des migrants arrivés sur leurs plages, ça a un coût humain". Le problème? L'Union européenne voit dans ces retours de migrants un moyen de sauver des vies. On est donc face à deux visions opposées de la crise migratoire qui se déroule actuellement dans la Méditerranée.

AFP

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 20:17
Migrants : message de Monseigneur Colomb pour les deux ans de l’appel du Pape à accueillir des migrants

Monseigneur Georges Colomb, évêque de La Rochelle et de Saintes, responsable de la pastorale des migrants pour la Conférence des évêques de France témoigne deux ans après l’appel du Pape François à accueillir des réfugiés dans « chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère et sanctuaire. »

Rappelons-nous ! Le 6 septembre 2015, le Pape François appelait « chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère et sanctuaire de toute l’Europe à accueillir une famille de réfugiés, à commencer par le diocèse de Rome». L’Écriture nous engage « persévérez dans l’amour fraternel, n’oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que quelques-uns, à leur insu, hébergèrent des anges ». Hébreux 13,3.

L’Église exprime depuis longtemps sa sollicitude envers les migrants et les réfugiés, mais cet appel du Pape a donné une nouvelle ampleur à son engagement, et de nouveaux groupes se sont mobilisés pour faire vivre une « culture de la rencontre » qui s’oppose à l’indifférence et refuse l’impuissance.

Le deuxième anniversaire de cet appel est une bonne occasion de présenter quelques-unes des initiatives ecclésiales concernant les migrants dans différents lieux de notre pays. Elles sont le reflet de centaines, voire de milliers d’autres actions, dans les grandes villes comme à la campagne dans de petits villages. Des communautés chrétiennes se sont engagées en mettant en commun leurs intuitions, leurs moyens, des chrétiens isolés et des hommes de bonne volonté en ont fait autant.

Accueillir, promouvoir, protéger, intégrer..

La diversité de ces témoignages montre bien que l’accueil est seulement le premier pas dans un processus plus large. Il s’agit « d’accueillir », mais aussi de « protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés », comme le rappelle le message du Pape pour la prochaine Journée mondiale du migrant et du réfugié, publié le 21 août dernier. En beaucoup d’endroits, les initiatives mises en place ont permis aux migrants d’avoir un toit et de se sentir enfin en sécurité. Les propos d’un père de famille syrien l’attestent « C’est la première fois depuis sept ans que nous pouvons dormir sans peur ». La mobilisation pour un hébergement et des conditions de vie dignes s’est accompagnée de l’organisation de cours de français, de la scolarisation des enfants, de liens établis avec les clubs de sport, de soirées conviviales ou encore de sorties culturelles pour connaître la région d’accueil et se familiariser avec sa culture. Ces initiatives et de nombreuses autres intuitions ont créé un lien social parmi  les autochtones, notamment dans le monde rural, en réunissant autour d’un même projet des personnes qui ne se côtoyaient pas forcément dans la vie quotidienne. Cette solidarité envers les Migrants a bien sûr suscité un esprit de vie fraternelle entre autochtones et étrangers accueillis. De nombreuses actions ont montré l’intérêt et les bienfaits des petits projets, initiés par quelques personnes pour un petit nombre de réfugiés accueillis. Ces microprojets ont  favorisé  une rencontre significative  entre les personnes au plan humain et parfois au plan spirituel.

Un nouvel ordre international fondé, non sur la conquête, mais sur la charité !

L’Église s’est mobilisée pour tous les migrants, quelle que soit leur religion. Parmi ces frères et sœurs accueillis,  les chrétiens représentent une minorité, mais une minorité riche de ses particularités, non seulement ethniques, linguistiques, mais aussi rituelles,  car la plupart des migrants chrétiens appartiennent  à d’autres confessions ou sont des catholiques de rite melkite, maronite… C’est une chance pour notre Église en France, car les chrétiens qui ont grandi dans d’autres cultures que la nôtre apportent leur contribution à notre annonce de l’Évangile (cf. Joie de l’Evangile, N° 116).

Quant à nos frères et sœurs d’autres religions, notamment les  musulmans, notons qu’ils se dirigent vers l’Europe, continent héritier de la tradition chrétienne.  Ce phénomène migratoire dont les principales causes sont la pauvreté et la guerre constitue bien sûr un grand défi pour notre Église aujourd’hui. Ne manquons pas le rendez-vous de la charité tout en respectant le travail de nos partenaires de la société civile et de l’état. Ne minimisons pas les difficultés que cela représente pour nos gouvernants et  gardons-nous de donner des leçons de morale. Toutes ces initiatives ont permis que l’accueil et la rencontre tracent un chemin pour avancer ensemble dans une diversité réconciliée. La dignité de chaque personne et la richesse de chaque culture sont reconnues.

Dans « Politique et société » (entretien avec Dominique Wolton), le pape François croit que l’Europe est capable d’intégrer les personnes accueillies. Il nous rappelle que, au plan existentiel, du fait de notre foi, nous sommes tous des migrants et que avant le droit d’émigrer, il y a le droit de ne pas émigrer dont parlait le pape émérite Benoît XVI. Pour cela, il faut trouver dans les pays de migration des sources de création d’emploi et savoir y investir. Le pape l’a répété aux nations Unies et au Conseil de l’Europe.

Le phénomène migratoire d’une grande ampleur auquel nous assistons de nos jours donne une mission à l’Europe qui a déjà relevé tant de défis. Le pape parle de sa situation démographique catastrophique et nous avertit « l’Europe peut perdre le sens de sa culture, de sa tradition. Pensons que c’est le seul continent à nous avoir donné une aussi grande richesse culturelle. L’Europe se retrouvera en retournant à ses racines et en cessant d’avoir peur de devenir l’Europe mère».  Ainsi le phénomène  migratoire invite l’Europe à la grandeur d’âme. Relevons le défi que l’ordre international demain repose non sur la conquête mais sur la charité !

+ Georges Colomb

Évêque de la Rochelle et Saintes

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