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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 07:18
Crédit : Mehdi Chebil (Archive)

Crédit : Mehdi Chebil (Archive)

Les migrants africains sont de plus en plus qualifiés, ce qui facilite leur insertion sur le marché du travail dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Mais ils sont souvent embauchés dans des postes en deçà de leurs qualifications. La part de femmes a aussi augmenté parmi les migrants africains de France.

Les Africains qui s’installent dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE ) dont la France, sont de plus en plus diplômés. Les femmes africaines sont aussi plus nombreuses à immigrer vers la France.

Ces deux tendances sont tirées d’un rapport de l’OCDE, paru le 5 juin, et basé sur des enquêtes nationales dirigées par cet organisme international d’études économiques.

Le niveau d’éducation des migrants africains a augmenté en quelques années. Plus de 60 % d’entre eux ont au moins un niveau de deuxième cycle du secondaire (lycée), dont la moitié sont diplômés de l’enseignement supérieur. La part des migrants ayant un niveau d’éducation supérieur a considérablement augmenté puisqu’elle est passé de 24 % en 2001 à 30% en 2016.

Certains pays africains connaissent des taux d’émigration important de leurs diplômés comme la Somalie, le Rwanda, l'Érythrée, Djibouti, le Maroc, le Mali, la République du Congo ou encore la Sierra Leone, où celui-ci dépasse les 20%.

Des postes en deçà de leurs qualifications

Le niveau de diplôme des migrants africains a une incidence sur leur recherche d’emploi dans les pays de l’OCDE. Les moins éduqués ont de plus en plus de mal à trouver du travail. "Sur le marché de l’emploi des pays de l’OCDE, les migrants africains [dans leur ensemble] sont fortement touchés par le chômage (13 %) et l’inactivité (28 %)", précise le rapport.

En revanche, le taux d’emploi des diplômés du supérieur augmente. Mais pour autant, même diplômés, les migrants africains ne sont pas à l’abri des difficultés pour trouver un poste à hauteur de leur qualification.

S’ils ont très majoritairement un travail, ils sont souvent victimes de déclassement, c’est-à-dire qu’ils occupent un poste nécessitant une qualification moindre que leur niveau de diplôme. "Cette situation peut être due à une discrimination sur le marché du travail, mais aussi à des questions de qualité et de reconnaissance des diplômes", souligne l’OCDE.

D’après le rapport, les migrants africains sont particulièrement affectés par le déclassement dans les pays du Sud de l’Europe : en Grèce, en Italie et en Espagne.

Une majorité de femmes en France

Autre tendance, dans plusieurs pays dont la France, "les femmes sont même devenues majoritaires dans les diasporas africaines", indique le rapport. À l’échelle de l’ensemble des pays de l’OCDE la part des femmes dans la migration depuis l’Afrique est passée de 46,7% en 2001 à 48,2% en 2016.

 

Bahar Makooi

 

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23 mai 2019 4 23 /05 /mai /2019 10:17
Des Yézidies participent à une cérémonie au temple Lilash pour commémorer les victimes du groupe Etat islamique, le 8 mars 2019 à Shikhan (Irak). (ARI JALAL / REUTERS)

Des Yézidies participent à une cérémonie au temple Lilash pour commémorer les victimes du groupe Etat islamique, le 8 mars 2019 à Shikhan (Irak). (ARI JALAL / REUTERS)

Au total, 132 Yézidis ont quitté Erbil à la mi-journée. Cette minorité a été pourchassée en Irak par le groupe Etat islamique

Vingt-huit femmes yézidies et leurs enfants, victimes en Irak du groupe Etat islamique (EI), ont atterri à Toulouse (Haute-Garonne) mercredi 22 mai au soir, dans le cadre d'un programme d'accueil des réfugiés. Au total, 132 Yézidis ont quitté Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, à la mi-journée, explique le directeur du centre de crise du Quai d'Orsay, Eric Chevallier, qui les accompagne.

L'opération est organisée par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et financée par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, a souligné le ministère dans un communiqué. Ces familles seront "prises en charge dans différents départements français (...) et la France leur assure protection, sécurité, éducation et accompagnement médico-social".
 

En partenariat avec la prix Nobel Nadia Murad

Le président Emmanuel Macron s'était engagé auprès de Nadia Murad, prix Nobel de la paix 2018 et elle-même ancienne victime du groupe terroriste, à mettre en place une "opération exceptionnelle d'accueil" bénéficiant à 100 familles yézidies. Ces opérations se déroulent d'ailleurs en partenariat avec la jeune femme et son association Nadia's Initiative.

 

La militante yézidie Nadia Murad lors d'un événement organisé à Paris, le 9 mai 2019, en amont du sommet G7 à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

La militante yézidie Nadia Murad lors d'un événement organisé à Paris, le 9 mai 2019, en amont du sommet G7 à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Vivant dans les coins reculés des montagnes du Kurdistan irakien, dans le nord du pays, les Yézidis sont une minorité kurdophone adepte d'une religion ésotérique monothéiste. En août 2014, leur sort a basculé lorsque le groupe Etat islamique s'est emparé d'un tiers de l'Irak, notamment du foyer historique des Yézidis sur les monts Sinjar. Les jihadistes ont tué des hommes, transformé en enfants-soldats les plus jeunes et condamné des milliers de femmes aux travaux forcés et à l'esclavagisme sexuel.

De nouvelles arrivées prévues en France

D'après Eric Chevallier, deux catégories de femmes sont concernées par l'accueil de la France : celles qui ont été esclaves du groupe terroriste et qui ont aujourd'hui "beaucoup de mal à se réintégrer dans la société yézidie", et celles qui ont dû fuir leur zone d'habitation lors de l'avancée des jihadistes, perdant la plupart des hommes de leur entourage, et "qui sont très isolées avec leurs enfants". En décembre 2018, 16 d'entre elles avaient déjà été accueillies avec leurs enfants – 83 personnes au total – et d'autres devraient encore arriver en France au cours de l'année 2019.

Sur les 550 000 Yézidis en Irak avant la percée jihadiste, près de 100 000 ont quitté le pays et d'autres sont déplacés au Kurdistan. "La France s'est engagée à développer des projets dans le Sinjar (...) pour permettre à ceux qui le peuvent et le souhaitent de revenir dans la zone", a enfin souligné Eric Chevallier, évoquant notamment le projet de construction d'un hôpital. En France, la communauté avoisine aujourd'hui les 10 000 membres.

 

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22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 08:07
Le camp de migrants de Moria sur l'île grecque de Lesbos le 19 mars 2019 ((c) Afp)

Le camp de migrants de Moria sur l'île grecque de Lesbos le 19 mars 2019 ((c) Afp)

Bruxelles (AFP) - Europe "passoire" pour les uns, "forteresse" pour les autres: la campagne des élections européennes a remis sous les projecteurs le débat sur les migrations, toujours aussi conflictuel malgré la chute continue du nombre d'arrivées par la Méditerranée depuis 2015.

Près de quatre ans après l'apogée de la "crise migratoire", les pays de l'UE n'ont pas su profiter de l'accalmie pour réformer leur système d'asile commun à bout de souffle. Et ils restent profondément divisés sur le partage de l'accueil des réfugiés.

- Ce qu'a fait l'UE -

Pris de court par l'afflux sans précédent de 2015, les Européens se sont beaucoup divisés, mais ne sont pas restés inactifs. A l'heure du bilan, la Commission européenne met en avant l'accord conclu en 2016 avec la Turquie.

Ce pacte migratoire controversé a permis de faire chuter de manière spectaculaire les arrivées sur les côtes grecques. L'UE a également apporté un soutien tout aussi décrié aux garde-côtes libyens, pour qu'ils freinent les arrivées sur les côtes italiennes.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le nombre d'arrivées irrégulières dans l'UE, qui avait dépassé le million en 2015, a chuté à moins de 400.000 en 2016, puis à 187.000 en 2017 et 144.000 en 2018.

Pour éviter de revivre le chaos de 2015, l'Union a acté un renforcement considérable de Frontex, l'agence chargée des frontières extérieures. Elle disposera notamment d'ici 2027 d'un contingent de 10.000 garde-frontières et garde-côtes pour aider des pays débordés.

- L'échec des "quotas" -

En quatre ans, les pays de l'UE ont accueilli plus de 50.000 réfugiés "réinstallés" directement depuis des pays tiers comme la Libye ou le Liban. Mais ils n'ont eu de cesse de se déchirer concernant l'accueil des demandeurs d'asile déjà arrivés en Italie et en Grèce.

Un plan exceptionnel de "relocalisations" a bien été vigueur de septembre 2015 à septembre 2017 pour soulager ces deux pays en première ligne. Il avait été adopté par la majorité des Etats membres malgré l'opposition de Budapest, Prague, Bratislava et Bucarest.

Ce plan prévoyait initialement la répartition de jusqu'à 160.000 personnes depuis la Grèce et l'Italie, dont 120.000 selon un système de quotas obligatoires. Mais au final, à peine 35.000 ont été effectivement répartis.

Sur le terrain, le dispositif s'est mis en place laborieusement et beaucoup de migrants ont poursuivi leur route dans l'UE sans attendre. Des critères d'éligibilité très restrictifs ont aussi limité sa portée, tandis que l'accord conclu en mars 2016 avec Ankara a fait chuter le nombre de candidats potentiels.

La mauvaise volonté de plusieurs pays a également beaucoup joué. La Commission s'est même résignée à lancer des procédures d'infraction contre la Hongrie, la Pologne et la République tchèque pour leur refus obstiné d'appliquer les quotas.

- La réforme de l'asile enlisée -

Les "relocalisations" constituaient une dérogation exceptionnelle au Règlement Dublin, cette législation confiant la responsabilité d'une demande d'asile aux pays de première entrée dans l'UE. Et qui fait peser un fardeau disproportionné sur des pays comme l'Italie ou la Grèce.

Pour compenser ce déséquilibre, la Commission a proposé de pouvoir recourir à nouveau à l'avenir à des "relocalisations", mais seulement en cas d'afflux massif de migrants, et en dernier recours après d'autres types de mesures de soutien aux pays d'arrivée.

Cela reste bien trop pour les pays du Groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie), soutenus par Vienne. Et pas assez pour les pays du Sud, qui réclament que l'accueil soit partagé de manière permanente et pas seulement en période de crise.

Ces positions irréconciliables ont mené l'UE dans une impasse, illustrée par les bras de fer diplomatiques récurrents dès qu'un navire ayant secouru des migrants parvient à gagner les eaux européennes.

Et elles ont aussi bloqué un projet de refonte de l'asile, proposé en 2016, et bien plus vaste que le seul système de Dublin. Cette réforme prévoyait notamment d'harmoniser les règles de l'asile, très différentes d'un pays de l'UE à l'autre.

Ce patchwork pousse les demandeurs d'asile à privilégier des destinations jugées plus accueillantes, et à en éviter d'autres. Un phénomène à l'origine des "mouvements secondaires", source de fortes tensions entre Etats membres.

Face au blocage, il appartiendra aux nouveaux dirigeants qui prendront la tête de l'UE après les européennes de relancer ce chantier.

AFP

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14 mars 2019 4 14 /03 /mars /2019 21:24
Des élus républicains se sont joints aux démocrates pour infliger un camouflet au président Donald Trump. Win McNamee, AFP

Des élus républicains se sont joints aux démocrates pour infliger un camouflet au président Donald Trump. Win McNamee, AFP

Le Sénat américain a voté jeudi en faveur d'une résolution annulant la procédure d'urgence nationale décrétée par le président Donald Trump, qui lui permettait de débloquer des fonds pour la construction d'un mur à la frontière avec le Mexique.

Le Sénat américain, pourtant contrôlé par les républicains, a voté jeudi 14 mars, en faveur d'une résolution annulant la procédure d'urgence nationale décrétée par le président Donald Trump pour débloquer des fonds nécessaires à la construction d'un mur à la frontière mexicaine.

Le texte, qui a été déjà adoptée par la chambre basse, proclame que "l'urgence nationale déclarée par le président le 15 février 2019 (...) est par la présente annulée".

Il s'agit d'un sérieux revers pour le Président américain, des élus républicains s'étant joints aux démocrates pour approuver le texte par 59 voix contre 41. Donald Trump a promis d'opposer son veto à la décision du Congrès. Peu après l'annonce du résultat du vote au Sénat, il a tweeté "VETO" en lettres majuscules.

Le Président américain avait déclenché l'arme de l'urgence nationale il y a un mois après le refus du Congrès de lui octroyer les 5,7 milliards de dollars de budget qu'il réclamait pour construire son mur à la frontière mexicaine, une promesse emblématique de campagne de Donald Trump. Par cette procédure, le Président américain s'est arrogé des prérogatives budgétaires normalement réservées au Congrès.

 

Avec AFP et Reuters

 

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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 11:55
Etats Généraux des Migrations Samedi 30 mars 2019 MJC Saint Sever à Rouen

Etats Généraux des Migrations Samedi 30 mars 2019 MJC Saint Sever à Rouen

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4 mars 2019 1 04 /03 /mars /2019 08:15
Les migrants vivent tous depuis des mois au milieu des détritus,dans ce qui devait être un camp de transit, de court séjour. / Louisa Gouliamaki/AFP

Les migrants vivent tous depuis des mois au milieu des détritus,dans ce qui devait être un camp de transit, de court séjour. / Louisa Gouliamaki/AFP

Le Haut-Commissariat aux réfugiés a dénoncé les conditions de vie « abjectes » des 4 000 demandeurs d’asile cantonnés sur l’île de Samos.
Les habitants se sentent abandonnés et réclament la fermeture du hotspot créé dans le sillage de l’accord UE-Turquie et de la fermeture des frontières en mars 2016.

« Is this love, is this love… » La chanson de Bob Marley envahit la taverne Joy. Ses promesses d’amour, et « de vivre ensemble avec un toit juste au-dessus de nos têtes », bercent la baie de l’île grecque de Samos. Le soleil de février s’est enfin gaiement manifesté, après des semaines de pluies diluviennes, et les façades à flanc de montagne se laissent volontiers caresser. La patrie de Pythagore et d’Épicure en mer Égée semble tout entière jouir de ce moment de félicité.
Placardée sur la porte vitrée, une affiche crie pourtant « Stop au crime ». Michalis Mitsos, le patron de la taverne et président de l’union des restaurateurs vient de bonne grâce s’attabler pour raconter combien la vie paisible de Samos a été profondément chamboulée depuis que, dans le sillage de l’accord conclu entre l’Union européenne et la Turquie, en mars 2016, les milliers d’exilés d’Afrique et du Moyen-Orient se retrouvent piégés sur l’île, transformée en prison à ciel ouvert, à quelques encablures des côtes turques. « Les autorités cachent ce qui se passe. Il faut le dénoncer à toute l’Europe », espère-t-il.


Sur les hauteurs de Samos (1), quelque 4 000 demandeurs d’asile croupissent dans des conditions « abjectes » selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) qui avait pressé les autorités grecques à prendre des mesures d’urgence avant l’hiver. Depuis lors, rien n’a changé. Et les 7 000 habitants se sentent abandonnés de la Grèce et de l’Europe. « Nous ne sommes pas racistes. Nous avons secouru les Syriens quand ils arrivaient par milliers en 2015. Aujourd’hui il faut que les migrants soient mieux logés sur le continent et que les Samiotes soient soulagés », revendique Michalis Mitsos.


« J’ai peur de faire pipi la nuit »

En haut de la jungle de Samos, Amadou est notre première rencontre. Le jeune homme élancé, de Guinée, s’affaire à ramasser des pierres pour tenter de mieux tenir les bâches de son campement. Il faut avoir le pied agile pour ne pas glisser sur la pente boueuse et ne pas déraper sur la mer de détritus. Amadou a, lui, des savates en plastique. « On était mieux traités dans les prisons turques, au moins avait-on un toit, un matelas, du chauffage, à manger. » Après sept tentatives et six passages par la case prison en Turquie, Amadou a fini par s’échouer à Samos le 24 octobre 2018, avant de s’enfoncer dans l’hiver, le corps saisi par le froid et tétanisé par l’effroi dès la tombée du jour. « J’ai peur. J’ai peur de faire pipi la nuit. »
Manos Logothetis, que tout le monde connaît sous le nom de « docteur Manos », l’unique médecin à officier dans le camp, expliquera plus tard que, la nuit, « les hommes font pipi dans des bouteilles », et que « des femmes se mettent des couches » pour ne pas sortir de leurs tentes, à cause du noir, du froid, des bêtes, de la violence, de la drogue. Stratégies de survie pour ces rescapés qui ont bravé l’hiver sous de petites tentes de camping accrochées aux terrains pentus, battues par le vent et la pluie, sans électricité, avec des points d’eau et une vingtaine de toilettes bien trop loin dans le camp.
Cela fait si longtemps que les hangars en tôle et les conteneurs installés pour 640 personnes sur l’ancien camp militaire encerclé de clôtures grillagées ne peuvent plus abriter les nouveaux arrivants… Seules de rares familles sont logées dans les 49 appartements loués sur l’île. Alors, à mesure que la jungle s’étend, « ceux qui arrivent installent leurs tentes sur les endroits qui étaient jusqu’alors les toilettes sauvages dans les bois »,précise docteur Manos.

« J’ai tant de soucis dans ma tête, elle va exploser »

Avec Amadou, nous nous réfugions sous une bâche estampillée « UNHCR », petit point de ralliement entre quatre tentes où convergent une douzaine de ses compagnons. À la lueur d’une lampe solaire récemment distribuée par une ONG, nous écoutons les récits, feignant d’ignorer la ronde des rats tout autour.
Ils croyaient avoir laissé derrière eux leurs souffrances. Guinéens, Camerounais, Congolais, etc., tous sont là depuis trois, six, neuf mois. L’attente, le désœuvrement, les lieux avilissants détruisent les esprits les plus aguerris. « J’ai tant de soucis dans ma tête, elle va exploser. Quand la tête ne va pas, le corps ne va pas non plus. » En aparté, Amadou confie être homosexuel et avoir fui pour échapper aux châtiments de son père imam. « Ici c’est une vraie prison, mais je vais trouver la force de m’en sortir », se persuade-t-il.
Le lendemain Hugo, ingénieur de 37 ans, racontera que Sassou-Nguesso, le président du Congo-Brazzaville, l’a contraint à l’exil. « Ses milices ont organisé une chasse à l’homme contre les partisans de Mokoko », l’opposant emprisonné pour vingt ans pour « atteinte à la sécurité de l’État ».


« Ça peut être très nuisible de raconter ce qui s’est passé »

Les femmes confinées dans un maigre espace voisin restent silencieuses. Parole aux hommes. Néné confiera plus tard, comme d’autres, avoir voulu échapper à un mariage forcé. La jeune Guinéenne n’en dira guère plus sur cette « histoire douloureuse ».
« Ça peut être très nuisible de raconter ce qui s’est passé, les personnes revivent ce qu’elles ont vécu par la parole. Or nous sommes totalement démunis pour les soutenir, il n’y a qu’un psychologue dans le camp, l’absence de prise en charge de la santé mentale est un grand souci »,déplore Bogdan Andrei, la véritable âme de l’île. Venu de Roumanie début 2016, il a fondé sur place l’ONG Samos volonteers. Les bénévoles aussi, venus de divers pays, « vivent des moments émotionnels difficiles », ajoute-t-il. Alors l’ONG a instauré une règle d’or : « se focaliser à fond sur le présent ».

C’est exactement ce que fait Néné au centre Alpha, le refuge ouvert par Samos volonteers dans la ville en contrebas du camp. Elle est l’une des rares femmes à s’immiscer dans la foule des hommes venus se réchauffer, boire un thé, jouer aux dames ou aux échecs, et recharger leur téléphone. Néné est si assidue aux cours de grec, et si résolue, qu’Annie, l’enseignante française retraitée en Grèce, lui a confié les premiers cours sur l’alphabet grec.

« Sans Alpha, on deviendrait fou »

« On vient se relaxer l’esprit, sans Alpha, il y aurait beaucoup de dégâts, on deviendrait fou ».John, 34 ans, vient de Béni, ce lieu de toutes les tragédies dans le Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Béni où l’on tue, l’on viole et où sévit le virus Ebola. John est recherché, ses sœurs ont été égorgées, sa femme se cache au pays. « Jusqu’à quand va-t-on nous torturer ? On devient malade de l’intérieur. On veut juste vivre dans la dignité. Ici, à Samos, c’est la honte de l’Europe. » John supplie : « Quand tu ne peux pas aider quelqu’un, donne-lui la liberté pour qu’il puisse se prendre en charge ». Il extirpe de sa poche ses documents, et lit, effaré, la date de sa convocation pour sa demande d’asile : le 22 juillet… 2020, à 15 heures très précisément.
Le centre d’enregistrement et d’identification des demandeurs d’asile ne devait pourtant être qu’un camp de transit pour des séjours de moins d’un mois. Le HCR confirme que les personnes récemment arrivées se voient dorénavant attribuer des dates d’entretien jusqu’en 2021. « Dans tous les pays les procédures d’asile sont longues », souligne-t-on à l’EASO, le bureau européen d’appui en matière d’asile venu en renfort des services grecs. « Mais à Samos, à cause des problèmes de sécurité, nous ne menons plus d’interviews le soir, cela limite le nombre d’entretiens à quatre ou cinq par jour », ajoute notre interlocuteur.

La colère couve

Alors, sous la bâche, dans la jungle, la colère couve. Wadi, Camerounais de 58 ans à la barbe grisonnante, dit « le doyen » ou « papa », tente de jouer son rôle de vieux sage et de dissuader les plus jeunes, déterminés à mettre le feu au camp. « Ici on est comme au Togo, menotté, maltraité,dénonce Souleymane. À cause du froid et des souris, tu ne peux pas dormir. Le matin, le midi, le soir, tu dois faire deux à trois heures de queue, subir les bagarres, pour la distribution de repas que tu ne peux même pas manger tellement c’est mauvais. »
« Le commissaire de police, la directrice du camp avaient promis des améliorations, rien n’a changé ! », rugit son voisin, évoquant les propos tenus au lendemain de deux jours de marche pacifique des exilés brandissant des pancartes « Freedom » dans les rues de Samos, fin janvier. « Si on met le feu c’est pour qu’ils soient obligés de nous transférer sur le continent », veut-il croire. Ce sont finalement les poubelles qui ont flambé, le 7 février au petit jour. Résultat : sept personnes arrêtées et poursuivies pour incendie volontaire, trois maintenues en détention et encore plus de colère et de désespoir.


Pour les migrants, « Samos, c’est une prison ! »

« Je voudrais avoir le VIH, peut-être qu’alors on s’occuperait de moi… »

Dans le brouhaha d’un attroupement qui s’est formé aux abords du camp, une voix lâche : « Je voudrais avoir le VIH, peut-être qu’alors on s’occuperait de moi… » « Les gens se cherchent des maladies, ils sont prêts à tout pour être vulnérables, rapporte le docteur Manos. De fait, ils le sont tous, à moi d’identifier les plus vulnérables des vulnérables au regard de la loi. »Ce statut conférant en théorie une priorité pour le transfert sur le continent. (2) « Mais il y a des maladies que nous ne pouvons pas diagnostiquer ici, admet le médecin. Et parmi les victimes, il y a aussi des bourreaux qui se cachent, l’exercice est difficile. »
Et où se situe le seuil de gravité ? À l’autre bout du camp, dans le quartier moyen-oriental, Mohammed, le jeune Afghan qui travaillait à l’ambassade des États-Unis à Kaboul se le demande encore après six mois sur l’île. Sa jeune épouse, qui était étudiante en dentaire, est « très, très perturbée mentalement ». « Elle parle toute la journée dans le vide. »
Et Mohammad ? « Je ne peux plus maîtriser mon comportement », avoue le professeur d’anglais et de mathématiques couché sous la tente achetée 100 € à des Syriens partis à Athènes. Ses papiers médicaux mentionnent « troubles psychotiques ». Il cherche désespérément des photos sur son téléphone pour attester de son drame : « J’ai perdu ma famille dans une tuerie à Kameshli, au nord de la Syrie, perpétrée par des milices kurdes. » Mohammad partage sa couche avec Salah et Ahmed. Ahmed entend peu, parle difficilement. Les deux frères ont fui la guerre à Idlib après qu’Ahmed a eu la mâchoire arrachée par un éclat de bombe.
Cela fait deux mois que tous les trois sont prioritaires pour une levée de restriction géographique devant leur permettre de quitter Samos…

La visite dans l’enceinte du camp est minutée

Et toujours les rats, même en plein jour. La tente voisine est désertée. « Ce sont des mineurs qui vivent là », pointe Mohammad. Ils profitent des premiers beaux jours sur l’île. Une centaine d’entre eux vit dans la jungle. Car l’espace « mineurs non accompagnés » dans le camp implose : cent autres sont entassés dans les sept conteneurs délabrés prévus pour 56 personnes.
Et une pièce aux côtés des services de police est réservée aux quatorze adolescentes. On ne voit pas comment, même en se serrant les unes contre les autres, elles peuvent dormir dans ce réduit. Interdit d’y pénétrer. La visite dans l’enceinte du camp est minutée, fermement encadrée. Pas question de jeter un œil au travers d’une vitre cassée, de soulever une couverture qui fait office de porte ou d’admirer la crèche, le tout petit havre réservé à une vingtaine d’enfants, quand tant d’autres jouent dans les flaques et les déchets. « Les mineurs isolés rêvent tous de partir vite, mais dans les faits, ils restent en moyenne trois à six mois sur l’île, parfois même un an », reconnaît Alexandra Katsou, l’assistante sociale qui en a la charge.
« On ne peut pas faire face. Le personnel est insuffisant. Mille personnes ne sont pas encore enregistrées par les services de l’asile », reconnaît la directrice du camp Maria-Dimitra Nioutsikou. La jeune femme au regard d’acier exerce son métier « avec beaucoup de patience et de sang froid ». Elle n’est « pas affectée », et n’a pas à se préoccuper des milliers de tentes « sur des espaces privés à l’extérieur du camp ». C’est « pour calmer le jeu » face aux tensions grandissantes que le bureau chargé de donner des rendez-vous a été fermé pendant deux semaines en février. Et les ONG n’ont pas le droit de pénétrer dans le camp, « parce qu’elles ne sont pas accréditées auprès du ministère des migrations ».

« Il y avait la volonté de ne pas améliorer les conditions de vie indignes »

Peu habituée à cet ostracisme, Médecins sans frontières en garde un souvenir cuisant. Avant de quitter l’île au printemps 2018, l’ONG s’était proposée de réparer les toilettes, les douches, les vitres cassées, le système électrique, etc. « Tout a été refusé », s’indigne encore Clément Perrin, le responsable de mission d’alors. « Nous étions dans une logique d’urgence, mais à cause de l’obsession de l’appel d’air, il y avait clairement la volonté de ne pas améliorer les conditions de vie indignes », se souvient-il.
La seule tolérance accordée à Samos volonteers consiste à venir récupérer du linge sale. Dans la petite laverie de l’ONG, la seule de l’île, les machines tournent en continu. Le duo Emma l’Anglaise et Nima l’Iranien, affectés à la tâche, lèvent à peine le nez : « On fait 55 sacs par jour. À ce rythme il nous faut trois à quatre mois pour faire le tour du camp. » C’est peu, mais ô combien précieux.

Avocats sans frontières France (ASF) a vite compris l’écueil dès son arrivée à Samos, début 2019, pour offrir une assistance juridique aux demandeurs d’asile. « Seule l’avocate grecque qui travaille avec nous est autorisée à collecter, au compte-goutte, des informations sur les dossiers auprès des services de l’asile, déplore la coordinatrice Domitille Nicolet. Pourtant, les besoins sont immenses. » Et ASF craint de devoir quitter cette île oubliée, l’ONG n’ayant obtenu des financements que jusqu’à fin mars.

« Arrivés sur l’île, les Syriens embrassaient le sol »

« Tout est allé de mal en pis depuis l’accord UE-Turquie. Avant il y avait des soutiens locaux, la mairie coordonnait l’action des bénévoles et réceptionnait les dons. » Bogdan Andrei a vu ensuite « les ONG partir, la municipalité se désinvestir et l’argent européen ne pas arriver jusqu’aux bénéficiaires ».
« La mairie n’est pas habilitée pour gérer la crise migratoire. L’État veut tout contrôler. L’hébergement et la nourriture sont du ressort du ministère de la défense qui n’est pas compétent »,maugrée le maire, Michalis Angelopoulos, qui veut « une solution viable » et craint que l’activité touristique – 73 % du PIB de l’île – ne soit affectée, même si, pour l’heure, elle a crû de 10 % l’an dernier.
Devenue « hotspot », Samos ne s’en est pas remise. Les retraités Giorgos et Rena Fragkoulis se souviennent avec émotion de cette année 2015, quand ils sortaient leur bateau la nuit pour aller secourir les Syriens échoués sur les plages et les côtes rocheuses, juste en contrebas de leur maison à Kerveli, à l’extrême Est de l’île. « Ils arrivaient terrorisés, tailladaient leur zodiac pour qu’ils ne puissent pas être renvoyés. Ils se couchaient d’épuisement. Ils embrassaient le sol. »À l’époque les habitants avaient tous dans leur voiture de l’eau, des biscuits et des vêtements.
Au cas où. Puis les arrivants poursuivaient leur chemin, ils prenaient le bateau pour Athènes. « Les frontières étaient ouvertes. Il n’y avait pas de hotspot. » Aujourd’hui, Frontex est à la manette. « C’est interdit d’aider les réfugiés. » Rena et Giorgos ont longtemps gardé un sac de voyage récupéré dans la mer avec dedans « des photos, des papiers, des diplômes, le résumé le plus précieux d’une vie » en espérant pouvoir un jour le restituer à son propriétaire. Mais des voisins ont fini par leur faire peur. Et s’ils étaient complices d’un trafiquant ? « On a jeté le sac. »

« L’empathie s’érode, nous n’en pouvons plus »

Maintenant tout a changé. Sur l’île une naissance sur trois est étrangère. Rena et Giorgos ont une liste de récrimination longue comme le bras : « Les réfugiés sont partout. Ils envahissent les terrains de sport. Il y a des queues à la poste, l’hôpital est débordé. Les habitants ont peur. Ils ne laissent plus leurs enfants sortir seuls, ils ferment leurs maisons et n’accrochent plus leur linge dehors. » Philippe Leclerc, représentant du HCR en Grèce en convient : « La population est révoltée, on met de l’huile sur le feu. »
Au bord de la baie, il n’y a plus guère que les réfugiés qui déambulent et font de maigres emplettes avec les 90 € mensuels alloués par tête par le HCR. Il fait si beau en cette journée de février que Samos volonteers a délocalisé son cours d’anglais sur les bancs au bord de l’eau. Mais Ghaïssane (3), 36 ans, onze mois de Samos, a le regard hagard. « Ici nous n’avons qu’une chose : du temps. » Dans un anglais hésitant, il vante son « très beau pays, très cultivé, l’Iran, s’il n’y avait pas son gouvernement », et veut témoigner de « sa terrible vie à Samos » dans un long texte en farsi qu’il nous tend.
Alors pour Rena et Giorgos, il est temps de dire stop au hotspot, stop au projet de deuxième hotspot plus loin dans la montagne. « Les réfugiés et les habitants veulent la même chose, qu’ils poursuivent leur chemin ! » Ils étaient 3 000 réunis sur la grand-place au bord de la baie, le 7 février, plusieurs popes aux premières loges, avant de se disperser dans une ambiance bon enfant. C’était « la plus grande mobilisation qu’ait jamais connue Samos ! », s’exclame Michalis Mitsos, le patron de Joy. Pour le métropolite Eusebios, il est clair que « l’empathie s’érode. Nous n’en pouvons plus. »

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75 000 demandeurs d’asile en Grèce


En Grèce

En 2015, 860 000 migrants sont arrivés, 799 ont péri en mer.
En 2018, ils n’étaient plus que 32 500 et 174 morts. La Grèce est devenue le 3e pays de l’UE en nombre de demande d’asiles.
En 2019, près de 5 000 sont arrivés depuis janvier. 75 000 sont présents sur le sol grec, dont 3 700 mineurs non accompagnés.
Le HCR gère 27 000 places en appartement et distribue des cartes de cash (90 € par tête, 50 € de plus par membre d’une famille) à 65 000 bénéficiaires. Il prévoit de transférer ses compétences à l’État grec d’ici à 2020 et de se retirer du pays.


À Samos

L’île compte 33 000 habitants, la ville de Samos 7 000 habitants et 4 000 demandeurs d’asile.
25 % sont Afghans, 18 % Congolais de RDC, 13 % Irakiens, 10 % Syriens et 10 % Camerounais.
53 % d’hommes, 22 % de femmes et 25 % d’enfants, les trois quarts ayant moins de 12 ans.
Depuis janvier, 479 ont été transférés sur le continent en Grèce, et 834 sont arrivés de Turquie.

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Enquêtes sur l’usage des fonds européens

Sur la période 2014-2020, l’Union européenne a accordé 1,4 milliard d’euros à la Grèce en dotations de base et financements d’urgence pour l’accueil des migrants, les procédures d’asile et la sécurité des frontières. 579 millions d’euros ont déjà été versés, 70 % au titre des fonds d’urgence. Sans compter l’aide en matériel et le renfort de 700 agents Frontex et de 200 experts de l’asile.
Or dès mars 2017, l’ONG Solidarity now s’est inquiétée du fait que l’argent versé n’ait pas permis d’améliorer les conditions de vie désastreuses des demandeurs d’asile. Dans une pétition adressée au parlement européen, elle demandait qu’une enquête soit menée sur la mauvaise gestion et d’éventuels détournements de ces fonds par l’État grec, notamment les ministères des migrations et de la défense.
En décembre 2017, l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) a ouvert une enquête. En octobre 2018, c’était au tour de la Cour suprême grecque d’ordonner une enquête sur d’éventuels abus dans la gestion des fonds européens.

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L’accord UE-Turquie de mars 2016

Il prévoyait des mesures pour tarir les flux migratoires :
– surveillance des frontières maritimes et terrestres par la Turquie
– renvoi vers la Turquie des migrants en situation irrégulière arrivés sur les îles grecques ne demandant pas l’asile ou déboutés de leur demande
– réinstallation d’un Syrien de Turquie vers l’UE pour chaque Syrien renvoyé en Turquie
– accélération du versement des 3 milliards d’euros d’aide à la Turquie pour la gestion des réfugiés, + 3 autres milliards si les engagements sont respectés.
D’avril 2016 à janvier 2019, 1 825 migrants ont été renvoyés vers la Turquie.
En 2018, 16 042 personnes ont été réinstallées depuis la Turquie, près de la moitié en Allemagne et aux États-Unis.

La relocalisation

22 000 ont été relocalisés depuis la Grèce dans un autre État de l’UE jusqu’à l’arrêt du dispositif d’urgence de relocalisation en novembre 2017.

Procédure Dublin

En 2018, les États européens ont durci leurs positions. Ils ont réclamé le renvoi en Grèce de 8 190 demandeurs d’asile. La Grèce en a accepté 307.

Thomas Jacobi et Marie Verdier, envoyés spéciaux à Samos


(1) Samos est à la fois le nom de l’île et de sa capitale
(2) L’agence sanitaire Keelpno promet à nouveau pour le printemps le renfort de quatre médecins. Pour avoir des candidats, les salaires mensuels ont été portés de 1 100 € à 3 000 €.
(3) Prénom changé.

 

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25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 20:35
Non, un « migrant fraîchement débarqué » n’est pas mieux traité qu’un Français modeste

Marine Le Pen s’est indignée que les migrants toucheraient davantage qu’un retraité, seraient logés et soignés gratuitement… Des affirmations maintes fois répétées, mais toujours fausses.

Marine Le Pen était dans le Nord, dimanche 24 février, pour présenter Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national (RN) pour les élections européennes. Lors de son discours, la présidente du parti d’extrême droite a présenté la situation des migrants comme enviable par rapport à celle des Français modestes, notamment retraités. Des approximations devenues un grand classique du discours frontiste.

Ce qu’elle a dit :

Dénonçant « toutes ces micro-injustices » sur lesquelles « la révolte des “gilets jaunes” a braqué enfin la lumière des projecteurs », la responsable du RN a fait mine de s’interroger :

« Est-ce qu’il est normal qu’un migrant fraîchement débarqué puisse toucher davantage qu’un retraité modeste qui a travaillé et cotisé et toute sa vie ? Est-il normal qu’il ait accès à un logement et ait un revenu social immédiat ou des soins totalement gratuits lorsque nos compatriotes dans la difficulté sont sans emploi, sans toit, ou renoncent à des soins par manque de moyens ? »

Des affirmations souvent répétées par Marine Le Pen… mais toujours fausses.

1. Non, les migrants ne touchent pas davantage que les retraités

L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA ou minimum vieillesse) est versée à ceux, âgés de plus de 65 ans, qui perçoivent des revenus inférieurs à 868 euros mensuels, pour une personne seule, ou 1 347 euros pour un couple. Le montant de l’ASPA s’ajoute aux ressources personnelles : il comble la différence entre les revenus et, si ces derniers y sont inférieurs, les plafonds de 868 et 1 347 euros (autrement dit, un retraité seul avec un revenu de 500 euros, par exemple, percevra une ASPA de 368 euros). Il n’est pas nécessaire d’avoir travaillé et cotisé pour percevoir cette allocation. En clair, aucune personne âgée de plus de 65 ans ne peut percevoir moins que ces montants.

En revanche, son versement n’est pas automatique, il faut en faire la demande. C’est ce qu’a rappelé le président de la République, samedi 23 février au Salon de l’agriculture, à un retraité qui l’interpellait sur ses faibles revenus.

Un étranger peut percevoir l’ASPA s’il réside sur le territoire français depuis au moins dix ans, de façon légale. Un cas assez peu probable quand on est « fraîchement débarqué ». En dessous de 65 ans, un migrant, s’il est en situation irrégulière ou qu’il n’a pas d’attestation de demandeur d’asile (valable un mois puis à renouveler), n’a droit à rien.

Un demandeur d’asile peut bénéficier, pendant la période d’instruction de son dossier, de l’allocation au demandeur d’asile (ADA), soit 6,80 euros par jour, à quoi peuvent s’ajouter 7,40 euros si aucune place d’hébergement n’a été proposée. Soit un total maximal de 440 euros pour un mois de trente et un jours.

2. Non, un migrant n’a pas accès automatiquement à un logement

D’abord, Marine Le Pen occulte les différents dispositifs d’hébergement d’urgence, de transition, et de réinsertion dont les Français peuvent bénéficier. Ensuite, les migrants en situation irrégulière ou en cours de régularisation n’ont pas accès aux logements sociaux. Les réfugiés, quant à eux, ne peuvent y avoir accès qu’à la marge, dans des zones qui disposent de logements vacants, comme l’explique le ministère de l’intérieur sur son site.

Un peu plus d’une personne sans domicile sur deux (53 %) est de nationalité étrangère, selon les chiffres de l’Insee en 2012. Une surreprésentation flagrante quand on sait que les étrangers représentent environ 6 % de la population.

3. Non, un migrant n’a pas accès à un revenu social immédiat

Comme expliqué plus haut, un migrant disposant d’une attestation de demandeur d’asile touche entre 6,80 euros et 14,20 euros d’allocation par jour. Par ailleurs, les demandeurs d’asile ne sont pas éligibles au revenu de solidarité active (RSA, environ 550 euros par mois) car il faut disposer d’un titre de séjour autorisant à travailler depuis plus de cinq ans (pour les étrangers non communautaires).

Quant aux allocations familiales, considérées comme un « gagne-pain » par les partisans d’un durcissement des politiques migratoires, les demandeurs d’asile n’y ont pas droit non plus, pas plus qu’aux aides au logement. Il y a des exceptions, notamment pour les apatrides ou les mères isolées. Mais globalement, la part des étrangers non communautaires dans les bénéficiaires du RMI, puis du RSA, n’a pas varié, oscillant autour de 13 % des allocataires.

4. Non, un migrant n’a pas accès à des soins totalement gratuits

Là encore, c’est une antienne de l’extrême droite, certains allant jusqu’à affirmer – à tort – que les personnes en situation irrégulière peuvent bénéficier de cures thermales gratuites. Pourtant, les droits des migrants en la matière sont limités.

Tant que le demandeur d’asile n’est pas reconnu comme tel, il ne peut être pris en charge que pour une urgence, et uniquement dans les hôpitaux où des permanences d’accès aux soins de santé (PASS) ont été mises en place. Il existe en outre un dispositif accessible à partir du moment où la demande est acceptée : c’est l’aide médicale d’Etat (AME), soumise à conditions de ressources et de résidence stable en France (seuls les mineurs peuvent en bénéficier sans condition). Elle ne donne droit qu’à un panier restreint de soins et n’est pas accessible à des membres de la famille résidant à l’étranger.

Une fois sa demande d’asile enregistrée, il peut bénéficier (en cotisant s’il travaille) de la protection universelle maladie (PUMa) : frais médicaux et hospitaliers sont alors pris en charge intégralement… en théorie. Dans la réalité, tous les praticiens n’acceptent pas les patients sous ce régime.

 

Mathilde Damgé

 

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1 février 2019 5 01 /02 /février /2019 08:12
Hayarpi Tamrazyan, l’aînée de la famille âgée de 21 ans, a exprimé son soulagement lors d’une conférence de presse, qui était précédée d’une dernière cérémonie à l’église Bethel. / Robin Van Lonkhuijsen/EPA/MaxPPP

Hayarpi Tamrazyan, l’aînée de la famille âgée de 21 ans, a exprimé son soulagement lors d’une conférence de presse, qui était précédée d’une dernière cérémonie à l’église Bethel. / Robin Van Lonkhuijsen/EPA/MaxPPP

Une église néerlandaise a annoncé, mercredi 30 janvier, qu’elle mettait fin à un service religieux marathon commencé il y a trois mois pour empêcher l’expulsion d’une famille arménienne après un accord politique lui permettant de rester.

C’est une victoire qui vient couronner trois mois de prière – littéralement. Le 30 janvier, l’église protestante Bethel, à La Haye, a annoncé mettre fin à la célébration ininterrompue de l’office religieux entamé il y a 96 jours, ou 2327 heures, pour empêcher l’expulsion d’une famille de migrants qui y était réfugiée, la police néerlandaise n’ayant pas le droit de pénétrer dans un lieu de culte durant un office religieux.
L’annonce intervient au lendemain d’un accord conclu par le gouvernement néerlandais permettant la réévaluation des demandes d’asile refusées d’environ 700 enfants ayant grandi aux Pays-Bas. Un soulagement pour Sasun et Anousche Tamrazyan et leurs trois enfants, qui s’était réfugiés en octobre 2018 dans la petite église protestante Bethel après le refus de sa demande d’asile, afin d’éviter son expulsion vers l’Arménie.
Arrivés aux Pays-Bas il y a neuf ans, ils avaient quitté l’Arménie suite à des menaces de mort visant le père de famille en raison de ses activités politiques. Une procédure autorise aux Pays-Bas les familles de réfugiés avec enfants résidant dans le pays depuis plus de cinq ans à obtenir un permis de séjour, mais la demande des Tamrazyan avait été refusée, ce qui n’est pas inhabituel au regard des chiffres officiels. Sur 1360 demandes déposées depuis mai 2013, seules cent ont été acceptées.

650 pasteurs

« L’accord politique conclu mardi offre à la famille arménienne Tamrazyan une perspective d’avenir sûr aux Pays-Bas », s’est réjoui le président du conseil général de l’Église protestante de La Haye, Theo Hettema. dans un communiqué. « Nous avons gardé espoir pendant des mois et maintenant, cet espoir se concrétise », a-t-il ajouté.
Près de 650 pasteurs de tout le pays, mais aussi de France, d’Allemagne et de Belgique, avaient décidé d’apporter leur aide en organisant des messes sans discontinuer dans la petite église qui était devenue l’objet d’une attention croissante de la part des médias internationaux et sur les réseaux sociaux.

Hayarpi Tamrazyan, l’aînée de la famille âgée de 21 ans, a exprimé son soulagement lors d’une conférence de presse, qui était précédée d’une dernière cérémonie à l’église Bethel. La jeune fille espère que l’accord lui permettra « d’avancer dans sa vie et ses études ». Elle a cependant précisé ne pas connaître de manière officielle l’avenir réservé à sa famille. « L’accord dit’nous allons réévaluer les dossiers’. Donc nous ne savons pas encore officiellement si nous pouvons rester puisque le dossier doit encore être jugé. »
Le gouvernement néerlandais a toutefois annoncé que des permis de résidence seront certainement attribués à 630 cas sur 700. Au nombre desquels, affirme le pasteur Derk Stegeman de l’église Bethel, figurerait la famille Tamrazyan.

Pierre Sautreuil (avec AFP)

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21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 07:49
Sœur Marie-Jo Biloa : «J’ai vu que le Seigneur, devant tant de misère, n’abandonne pas l’homme. » / Corinne Simon/Ciric

Sœur Marie-Jo Biloa : «J’ai vu que le Seigneur, devant tant de misère, n’abandonne pas l’homme. » / Corinne Simon/Ciric

Originaire du Cameroun, cette religieuse de la congrégation des Sœurs de Jésus serviteur a découvert, il y a dix ans, la misère des migrants qui errent dans certains quartiers de Paris. Aujourd’hui, elle accueille une centaine d’entre eux chaque jour, dans les murs de l’église Notre-Dame-des-Foyers. Une mission qui renforce sa foi.

« Il se passe de ces choses… » La phrase reste suspendue dans la lumière tamisée du petit bureau de l’association Solidarité Notre-Dame de Tanger. Sœur Marie-Jo Biloa, bientôt 71 ans, le visage rond et la peau lisse d’une jeune fille, essuie furtivement, du revers de sa main, une larme qui point sur une joue.
Derrière ses lunettes cerclées d’acier, son regard est comme penché sur la misère que la religieuse voit croître chaque jour. « Il se passe de ces choses qui deviennent insupportables », reprend-elle, après quelques secondes d’émotion. La sœur de Jésus serviteur raconte alors l’histoire de Fatouma, 5 ans, petite fille arrivée d’Éthiopie avec son père, il y a un an.

L’histoire d’une petite fille et de son père muré dans le silence

« Cette enfant ne tient pas en place. Elle vient souvent près de moi, dans ce bureau, où elle passe des heures avec les jeux qui y sont entassés. Un jour, elle s’est fixée sur un petit biberon, mimant les gestes d’une mère. Puis elle a perdu ce jouet et nous ne l’avons jamais retrouvé. Il faut savoir que, lors de sa traversée de la Méditerranée, il y a eu une tempête et que sa maman est tombée dans la mer, qu’elle a disparu, sans que son papa puisse faire quoi que ce soit pour la secourir… »

Des paroisses parisiennes sur le front de l’urgence

Une nouvelle émotion oblige sœur Marie-Jo à faire une courte pause dans le récit. « Le père, nous n’arrivons pas à le sortir de son angoisse extrême. Il vient ici chaque après-midi, marche dans les couloirs, muré dans son silence, même si des psys bénévoles de notre association l’ont pris en charge très rapidement. »
« Ici », c’est le sous-sol de la vaste église Notre-Dame-des-Foyers, rue de Tanger, dans le 18earrondissement de Paris, où les migrants se comptent désormais par centaines. Derrière ses lunettes cerclées d’acier, le regard de sœur Marie-Jo lance maintenant des éclairs de joie.
« Malgré sa difficulté à se concentrer sur un jeu pendant quelques minutes, nous avons réussi à placer Fatouma dans une école. Jusqu’à peu, elle ne nous disait jamais rien. Comme son papa. Et puis, juste avant Noël dernier, je lui ai fait un compliment sur les jolis papillons imprimés sur sa tunique. Alors, la petite m’a répondu. Fatouma parle le français ! Elle parle déjà très bien le français ! »

L’effroi lors de la découverte du sort des migrants à Paris

La religieuse lève ses mains vers le ciel. Venue du Cameroun, où elle enseigna pendant plus de vingt ans, afin de suivre des formations dispensées en France par sa congrégation, elle découvrit avec effroi, en 2008, les migrants qui se réfugiaient par dizaines sous le métro aérien, dans le quartier de la Chapelle, dans le 18earrondissement de Paris.
"Certaines arrivent démolies": à Paris, soeur Marie-Jo accueille des femmes migrantes et leurs bébés
Rencontrer sœur Marie-Jo pour « parler d’elle »n’est pas très commode. « J’ai honte, dit-elle, à l’idée d’apparaître personnellement dans le journal… » Mais une fois le contact établi, la discussion est chaleureuse et passionnée. La visite du sous-sol de l’église Notre-Dame-des-Foyers est une affaire sérieuse, car, chaque soir, ce sont près de 100 vies qui trouvent refuge entre ces murs, où les pièces ont des noms de cités bibliques.

Un afflux « providentiel » de dons avant Noël

Voici les salles Capharnaüm et Naïm, des vestiaires remplis, presque jusqu’au plafond, de pulls, chemises, chaussures neuves, habits pour bébés divers et variés, couches, packs de lait maternisé… Mesurant d’un geste circulaire du bras cette montagne d’effets, la religieuse raconte : « Nous avons eu un afflux exceptionnel de dons, ce Noël-ci, car notre appel au secours du mois de novembre a été relayé par le photographe Yann Arthus-Bertrand, de la Fondation GoodPlanet, auprès de ses très nombreuses relations dans la presse et l’édition. »
Le courriel du célèbre auteur et réalisateur de La Terre vue du ciel et de Human (1) décrivait, à l’entrée de l’hiver, une situation critique : « Sœur Marie-Jo accueille chaque jour des centaines de réfugiés rue de Tanger. Depuis quelques jours, son local est envahi par de très jeunes enfants, des mamans seules, des jeunes filles enceintes et énormément de jeunes hommes tout juste majeurs. Elle s’efforce de venir en aide à tout le monde, mais ses stocks diminuent à vue d’œil et certains besoins ne peuvent plus être satisfaits… »
Après cette alerte, la générosité fut « providentielle », selon sœur Marie-Jo, qui fait maintenant visiter la cuisine de l’association où se prépare, chaque après-midi, un repas servi à une centaine de personnes originaires, pour la plupart, d’Afrique (Érythrée, Éthiopie, Somalie, Soudan, République démocratique du Congo, République centrafricaine, Mali, Cameroun, Côte d’Ivoire d’où viennent de nombreux mineurs, Sénégal et Guinée), mais aussi d’Afghanistan…

Les migrants « mineurs isolés » toujours en première ligne

Depuis deux ans, la trentaine de bénévoles de l’association Solidarité Notre-Dame de Tanger sont submergés par les migrants « mineurs isolés ». Sœur Marie-Jo constate que le premier besoin de ces adolescents est de parler : « Pour chacun de ces jeunes, il est vital de raconter son histoire, son parcours, souvent dramatique, aux autres. Mais, bien entendu, nous nous sommes demandé ce que l’on peut faire de plus pour eux. Nous leur avons donc donné des cours de préscolarisation, parce que beaucoup d’entre eux ne sont jamais allés à l’école. Puis nous les avons dirigés vers des collèges et lycées. Aujourd’hui, nous avons 22 jeunes scolarisés, dont quatre qui préparent le baccalauréat ! Nous arrivons même à les emmener au Louvre, au théâtre et au cinéma, pendant les vacances scolaires… Pourtant, beaucoup d’entre eux dorment encore dans la rue. Leur seule maison, c’est ici, à Notre-Dame-des-Foyers la bien nommée. »
« Il se passe de ces choses… » Sœur Marie-Jo supporte difficilement les rejets massifs du droit d’asile dont elle est témoin. Elle souhaite ainsi évoquer franchement les contraintes qui pèsent sur sa mission : « Il y a beaucoup de personnes que nous ne pouvons pas secourir, parce que nous sommes obligés de respecter la loi. On ne peut aider que les aidables (sic)… Nous ne savons pas quoi faire, en conséquence, des déboutés du droit d’asile. Un sans-papiers, on fait comment pour l’aider à se loger, à travailler ? Je ne comprends pas les lois qui créent de la misère et celles qui répriment le secours aux misérables. Je constate leur malfaisance, c’est tout. »
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L’animatrice charismatique de Solidarité Notre-Dame de Tanger évoque, à nouveau avec émotion, « ce petit gars très brave », Adam, âgé de 22 ans, « qui vit dans une tanière construite avec des sacs en plastique, dans la rue ». Elle soupire : « Nous posons un petit pansement sur une plaie profonde… »

La foi renforcée par sa mission

Mais la religieuse, que tous appellent « maman » ou « mamie », ne perd presque jamais son espérance en la Providence. « Lorsque je me trouve impuissante, je me tourne vers le Seigneur. En vérité, cette mission a beaucoup renforcé ma foi. J’ai vu que le Seigneur, devant tant de misère, n’abandonne pas l’homme. Parfois, c’est de façon imprévue… Je suis impressionnée, lorsque je doute, par la foi inaltérable de toutes ces personnes, chrétiennes ou musulmanes, qui ont vécu les pires horreurs et qui me disent : “Il n’y a que le Seigneur pour nous sauver !” Moi, j’ai tout pour croire dans la Providence : l’affluence actuelle des bénévoles, tous ces dons qui nous arrivent, tous ceux qui se soulèvent contre l’injustice et la misère ! »
Quand on lui demande ce qui l’anime au plus profond d’elle-même, sœur Marie-Jo entre en méditation. Derrière ses lunettes cerclées d’acier, son regard se perd dans les lointains de l’Afrique originelle. Après une longue réflexion, elle dit très tranquillement : « Il y a cette force intérieure qui me pousse chaque jour vers les autres et qui me dit : ”C’est là que je veux que tu sois aujourd’hui.” Le souci du plus petit, l’aider à se relever quand il tombe, être présente auprès de chacun pour qu’il soit un être humain à part entière, pour que la dignité retrouvée cicatrise les humiliations. C’est ça qui m’a conduite à la vie religieuse. »
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Sœur Marie-Jo Biloa en quelques dates

17 avril 1948. Naissance à Yemessoa (centre du Cameroun).
1961. Vocation, après une année consacrée par sa paroisse à la « présence auprès du plus pauvre ».
Adolescence. Engagée dans le Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ), près de Yaoundé,
la capitale.
1971. Religieuse dans la congrégation des sœurs minimes du Saint-Cœur de Marie (Jésus serviteur). Longtemps directrice du collège-lycée de la mission catholique d’Akonolinga (centre du Cameroun).
2008. Arrive en France.
2009. Découvre, à Paris, la misère des migrants africains.
2010. Distribue des petits déjeuners aux SDF avec un groupe de la paroisse Saint-Bernard de la Chapelle (Paris 18e).
2015. Premiers accueils dans les sous-sols de l’église Notre-Dame-des-Foyers et création de l’association Solidarité Notre-Dame de Tanger (Paris 18e).
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Ses coups de cœur

Un chant liturgique
« Tu es là présent, livré pour nous. Toi le tout petit, le serviteur. Toi, le Tout-Puissant, humblement tu t’abaisses… » Ça résume tout ce que je reçois du Seigneur ! C’est un chant de communion de la communauté de l’Emmanuel que nous chantons à la messe.
La Bible
Si je devais choisir un livre, parmi tous, ce serait la Bible. J’y lis, entre autres, l’Épître aux Philippiens : « Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus-Christ : lui (…), il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort… »
Julie Chauchard
Elle est la fondatrice de notre congrégation. Ma vocation religieuse m’est venue quand j’étais très jeune, certes, mais, ensuite, j’ai travaillé à fond sur l’esprit de cette femme. En 1844, Julie Chauchard découvre que suivre le Christ suppose de choisir sa manière à Lui. Devenue Mère Marie du Bon Pasteur, son désir, c’est l’instruction des filles les plus pauvres.

Antoine Peillon

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17 janvier 2019 4 17 /01 /janvier /2019 11:41
Immigration : « La France est très loin d’avoir pris sa part pendant la crise »

Le chercheur François Héran analyse les chiffres de l’immigration pour l’année 2018, dévoilés par le ministère de l’intérieur le 15 janvier.

Le ministère de l’intérieur a rendu publics, mardi 15 janvier, les chiffres annuels de l’immigration en France. En 2018, 250 550 premiers titres de séjour ont été délivrés. Titulaire de la chaire migrations et sociétés au Collège de France, François Héran analyse ces données, dans le contexte du grand débat national qui doit notamment aborder la question de l’immigration.

Dans sa lettre aux Français publiée dimanche, Emmanuel Macron suggère de « fixer des objectifs annuels » en matière d’immigration. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est un serpent de mer. En 2008 déjà, Nicolas Sarkozy avait commandé à Pierre Mazeaud un rapport à ce sujet, et la commission [sur le cadre constitutionnel de la politique d’immigration] avait conclu qu’il était impossible de plafonner les titres de séjour sans miner le droit d’asile et le regroupement familial.

https://groupelemonde.solution.weborama.fr/fcgi-bin/dispatch.fcgi?a.A=im&a.si=2488&a.te=2057&a.he=1&a.wi=1&a.hr=p&a.ra=719686259

Comment imaginer que la France puisse se retirer des conventions internationales qui les garantissent ? On ne fixe pas le niveau des droits de l’homme au gré des circonstances : on les respecte ou on les résilie. Marine Le Pen va plus loin et voudrait interdire le regroupement familial. Mais seuls l’ont fait les pays communistes naguère, les pays du Golfe aujourd’hui. C’est tout dire.

On cite parfois l’exemple du Canada…

A tort, car le système canadien ne cherche pas à réduire le nombre d’immigrants mais, au contraire, à le porter à des niveaux élevés : plus de 300 000 par an, soit l’équivalent de 600 000 chez nous, puisque le pays est deux fois moins peuplé ! Depuis 1970, les travailleurs qualifiés sont sélectionnés sur concours. Ils décrochent 28 % des titres de séjour délivrés par le Canada, 55 % si l’on inclut leurs familles, qui peuvent les rejoindre sans délai.

Rien de tel en France. Nous avons stoppé la migration directe de travail en 1974 avant que la loi Sarkozy de 2006 sur l’immigration « choisie » ne la réintroduise, mais à petites doses. Si l’on décompte les travailleurs saisonniers, l’immigration économique représente seulement 12 % des titres [32 815 titres en 2018 dont 3 000 saisonniers]. Quant aux étudiants internationaux [82 580 titres en 2018], la composante qui progresse le plus sur le long terme, elle est difficile à réduire sans porter atteinte à la politique d’influence de la France. Or, l’augmentation des frais d’inscription annoncée récemment frappera durement les étudiants africains. Il y a là une contradiction. On ne peut pas, d’un côté, prétendre développer la francophonie et, de l’autre, empêcher les francophones de venir en France.

En 2018, 122 743 personnes ont demandé la protection de la France, soit une hausse de 22 %, alors que la demande d’asile baisse en moyenne de 13 % en Europe. Pourquoi ?

Cette baisse cache de forts contrastes : elle est de 17 % en Allemagne, de 33 % en Suède, de 72 % en Italie. Mais d’autres pays que la France ont connu de fortes hausses en un an : 45 % en Espagne, 49 % en Belgique et 13 % au Royaume-Uni. Ces variations reflètent le manque de coordination des pays européens. Quand la crise des migrants a éclaté, à l’été 2015, la France a préféré éluder le plan Juncker [de répartition des réfugiés] en se défaussant sur l’Allemagne, l’Autriche, la Suède, la Grèce et l’Italie. Il ne faut pas s’étonner que deux ans plus tard des déboutés de ces pays tentent de se replier sur la France.

Peut-on fixer scientifiquement une proportion optimale d’immigrés ?

Non, c’est impossible. Ils sont 5 % de la population en Finlande, 8 % au Portugal, 16 % en Suède, 28 % en Australie, 43 % au Luxembourg, 74 % au Qatar… et 10 % à 12 % chez nous selon le mode de calcul. Aucun modèle ne s’impose. Certes, plus un pays est riche et peuplé, plus il a les moyens d’accueillir de migrants, mais pour le reste, la capacité d’accueil est une construction politique.

En proie à la crise des « gilets jaunes », Emmanuel Macron cherche-t-il à donner des gages aux extrêmes en déviant le débat vers l’immigration ? On attend de lui autre chose, une parole de vérité qui rappelle deux faits incontournables : la France est un pays d’immigration qui, comme la plupart des pays d’Europe de l’Ouest, respecte le droit universel à la vie de famille. Et, face à la demande d’asile, la France est très loin d’avoir pris sa part pendant la crise, si l’on tient compte de ses 67 millions d’habitants.

Chaque année en moyenne, entre 2015 et 2017, elle a enregistré 1 700 demandeurs pour 1 million d’habitants et accordé sa protection à 510 d’entre eux, ce qui la place respectivement au 13e et au 17e rang des pays européens. On fourvoie nos concitoyens en leur laissant croire que nous serions assaillis par la demande d’asile. Le grand débat a bien d’autres enjeux.

Julia Pascual

 

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