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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 20:36
© Fournis par Lagardère Active Digital "Osons la fraternité": l'appel de 30 écrivains et intellectuels pour les migrants

© Fournis par Lagardère Active Digital "Osons la fraternité": l'appel de 30 écrivains et intellectuels pour les migrants

Le prix Nobel de littérature Jean-Marie Le Clézio, l'ancienne Garde des Sceaux Christiane Taubira ou encore l'historien Pascal Blanchard font partie des 30 personnalités a lancé un appel à la fraternité en faveur des migrants. 

A travers récits ou témoignages, faits historiques ou dessins, poèmes ou manifestes, trente écrivains et intellectuels lancent un appel à la fraternité et se placent "aux côtés des migrants" dans un livre publié aux éditions Philippe Rey, avec le festival "Etonnants Voyageurs" qui s'ouvre samedi à Saint-Malo.

"Le monde est en train de perdre la quatrième guerre mondiale contre lui-même". Le prix Nobel de littérature, Jean-Marie Le Clézio, relate ses réflexions sur ces années de petite enfance passées caché avec sa famille dans un village des Alpes-Maritimes pour échapper à la déportation par les Allemands. L'Italien de Trieste, Claudio Magris, considère que "le monde est en train de perdre la quatrième guerre mondiale (...) contre lui-même", et que l'Europe fait fausse route en n'affrontant pas "unitairement la situation au lieu d'en laisser la gestion à chacun des pays qui la composent". Il rappelle que l'Histoire est faite de migrations et que la civilisation romaine a été "fondée par une réfugié étranger, Enée", venu d'Asie Mineure.

L'historien Pascal Blanchard expose sa surprise en découvrant par hasard, lors d'un voyage aux Etats-Unis, l'opération "Wetback", sous la présidence du Républicain "Ike" Eisenhower (1953-1961) qui s'est soldée par l'expulsion ou le départ sous la pression de millions de Mexicains. Une opération qui résonne étrangement avec la volonté exprimée par Donald Trump d'expulser des Mexicains illégaux et de construire un mur à la frontière. Quant à Mireille Delmas-Marty, professeure au Collège de France, elle propose un "Manifeste pour une mondialité apaisée".

Les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Elle formule le souhait, pour les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l'homme, de voir les signataires "saisir cette occasion pour donner force juridique au principe d'hospitalité universel et organiser une gouvernance mondiale des mobilités humaines". Un traité "ne sera évidemment pas suffisant (...) mais il peut contribuer à inverser la mouvement de repli sur des sociétés de la peur qui, croyant se protéger, ne font que favoriser la fragmentation du monde", écrit-elle.

Christiane Taubira. Parmi les autres contributeurs, la Mauricienne Ananda Devi, l'historien Patrick Boucheron, l'ancienne Garde des Sceaux Christiane Taubira, ou encore les écrivains Laurent Gaudé, Lola Lafon et Lydie Salvayre. L'ensemble des droits d'auteur de cet ouvrage, rédigé sous la direction de Michel Le Bris, fondateur d'Etonnants Voyageurs, et du Prix Goncourt Patrick Chamoiseau, seront reversés à une association d'aide aux migrants, le Gisti.

 

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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 05:36
D’Italie en Angleterre : une marche solidaire de 1 400 km sur les pas des migrants

Ce printemps, une cinquantaine de marcheurs vont traverser la France et parcourir 1 400 km pour dénoncer les fermetures des frontières, le délit de solidarité et réclamer un meilleur accueil des migrants.

Une cinquantaine de marcheurs, pour la plupart des militants des associations Roya citoyenne et Auberge des migrants, vont parcourir 1 400 km pendant un peu plus de deux mois - du 30 avril au 8 juillet - afin de sensibiliser l’opinion publique à la situation des migrants. Les citoyens rencontrés sur la route seront conviés à rejoindre le mouvement le temps d’une journée, de quelques jours voire de plusieurs semaines.

La marche débutera en Italie, à Vintimille, pour se terminer en Angleterre, à Douvres. Elle comportera 60 étapes et passera notamment par Nice, Marseille, Lyon, Dijon, Paris et Lille. L’itinéraire est symbolique : de nombreux migrants empruntent ce trajet pour rejoindre le Royaume-Uni depuis l’Italie. Chaque semaine, des dizaines de personnes tentent la dangereuse traversée du col de l’échelle (dans les Alpes) ou de la vallée de la Roya (à la frontière franco-italienne) au péril de leur vie. Il en est de même dans la région de Calais où les migrants se cachent dans des camions et prennent des risques inconsidérés pour atteindre le Royaume-Uni.

"À travers cette action, nous montrons notre opposition à la fermeture des frontières et au délit de solidarité. Nous réclamons également une véritable politique d’accueil des migrants", explique à InfoMigrants François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants.

En plus de ces revendications, les organisateurs entendent fédérer les différents réseaux d’aide aux migrants répartis sur tout le territoire français. "Nous voulons montrer que les membres associatifs, militants et citoyens réfléchissent ensemble sur la question migratoire et cherchent des solutions, ce que ne fait pas le gouvernement actuel", note à InfoMigrants Cédric Herrou, l’emblématique agriculteur de la vallée de la Roya, qui fera partie de la marche. "Au sein de l’espace Schengen, les marchandises ne sont pas contrôlées alors que les migrants le sont à chaque frontière", ironise-t-il. "Bientôt on va leur demander de se transformer en objet".

À chaque ville-étape, des festivités, repas, concerts… seront mis en place. Dès le 1er mai, le groupe de musique HK et les Saltimbanques et le chanteur Cali donneront un concert à Breil-sur-Roya. D’autres scènes musicales verront aussi le jour à différents endroits du parcours.

>> Si vous voulez participer à la marche solidaire, rendez-vous sur le site de l'Auberge des migrants : 

 

https://www.laubergedesmigrants.fr/fr/la-marche-citoyenne/

 

Leslie Carretero

InfoMigrants

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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 06:07
Un migrant en direction du col de l'Echelle (Hautes-Alpes), le 13 janvier 2018.  (PIERO CRUCIATTI / AFP

Un migrant en direction du col de l'Echelle (Hautes-Alpes), le 13 janvier 2018. (PIERO CRUCIATTI / AFP

Xavier Malle, évêque de Gap et d'Embrun (Hautes-Alpes), s'inquiète sur franceinfo de "l'instrumentalisation des migrants". Il réclame de l'aide pour les accueillir.

 

Le contrôle des frontières dans les Hautes-Alpes est devenu le théâtre d'affrontements entre pro et anti-migrants. Le col de l'Echelle, point de passage de clandestins entre l'Italie et la France, a été investi samedi 21 et dimanche 22 avril par des militants du groupe d'extrême droite Génération identitaire pour tenter de chasser des migrants, puis des activistes pro-migrants. L'évêque de Gap, Xavier Malle, dénonce une "opération de communication" de la part du groupuscule d'extrême droite et exhorte à ne pas "instrumentaliser les migrants". Dans une tribune à franceinfo, il en appelle à la "solidarité nationale" pour organiser l'accueil des migrants. Il s'exprime ici librement.

Trois actions presque concomitantes se sont déroulées dans les Hautes-Alpes. Samedi 21 avril, au col de l'Echelle, un groupe anti-migrants simulait une frontière, tandis qu’au même moment, à Gap, un groupe altermondialiste demandait la suppression des frontières. Le lendemain, en réaction au premier, un troisième groupe faisait passer par force la frontière à des migrants. Comme évêque du diocèse de Gap et d'Embrun dans les Hautes-Alpes, j'estime que nos montagnes ne sont pas un terrain de jeu politique où pourraient librement s’affronter des personnes, d’un bord comme de l’autre, instrumentalisant les migrants. La situation étant assez compliquée, nous n’en avons vraiment pas besoin.

En revanche, nous avons besoin de l’aide de la communauté nationale. Si, en 2016, les Hautes-Alpes ont accueilli 60 mineurs non accompagnés, ils étaient plus de 1 200 en 2017. Nous sommes le premier département en accueil de mineurs par habitant. Après une période de flottement et finalement avec persévérance, le conseil départemental et l’Etat ont pris leur responsabilité, pour la mise à l’abri des mineurs, comme l’impose, à juste titre, notre droit. Les paroissiens de Gap et de Briançon se sont également mobilisés, répondant à l’appel du pape François.

Ainsi, pendant quatre mois, d'août à novembre, jusqu'à 60 mineurs ont été accueillis pour la nuit dans les salles paroissiales à Gap. La préfecture ayant réussi à trouver des solutions pour les nuits, le Secours catholique fait depuis un accueil de jour. Dans tous les cas, cet accueil est réalisé avec l’aide de nombreux bénévoles d’autres associations ou d’individuels. Que chacun soit remercié.

"Il nous faut préparer l'intégration dans notre société de ces mineurs"

Mais, d’une part, la situation se tend à nouveau avec la fin de l’hiver et, d’autre part, les bénévoles sont épuisés. J’en appelle donc à la solidarité nationale. Aidez-nous, aidez le Secours catholique, aidez le département des Hautes-Alpes qui ne compte que 140 000 habitants à l’année dans ses magnifiques vallées. Aidez-nous à créer les structures durables pour l’accueil des mineurs non accompagnés. J’en appelle aussi au travail collaboratif entre tous les acteurs du terrain, dont le Secours catholique et les paroisses, dans un dialogue renouvelé avec l’Etat.

« Aucun d’entre nous, tout seul, n'a la solution. Pas plus l’Etat que les associations. C’est ensemble que nous pouvons faire face. Travaillons ensemble et non plus côte à côte. Mgr Xavier Malle, évêque de Gap à franceinfo »

D’autant qu’il nous faut passer à une seconde phase. Tout en continuant l'accueil d’urgence, il nous faut préparer l'intégration dans notre société de ces mineurs, dont la plupart vont rester en France. Cela passe par la culture, la littérature, la langue ; tout ce qui fait notre civilisation, avec ses racines chrétiennes et la présence de toutes les religions, dans le cadre des valeurs partagées de notre pays. A terme, c’est l'unité, la cohésion de la France qui est en jeu. Ne croyons pas que cette 'crise migratoire' soit passagère. Elle est mondiale et durable, aussi bien en Amérique latine qu’en Asie et en Europe.

Je n'ai pas la solution ; alors quelle est ma mission d’évêque ? Elle me semble de proposer des critères de discernement et de confirmer les chrétiens dans leur mission. Le principal critère pour un chrétien est de suivre ce qu'a dit et ce qu'a fait Jésus, le fils de Dieu. L'évangéliste Matthieu le rapporte ainsi au chapitre 25 de son évangile :

"Le roi dira à ceux qui seront à sa droite : 'Venez, les bénis de mon père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j'avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ; j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !' Alors les justes lui répondront : 'Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu... ? Tu avais donc faim, et nous t'avons nourri ? Tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? Tu étais nu, et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison... Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?' Et le roi leur répondra : 'Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.'"

En servant ces mineurs non accompagnés, c'est Jésus que nous servons.

"Défendre les plus fragiles, tous les plus fragiles"

Depuis le mois d’août, j'entends beaucoup d'idées reçues auxquelles mon expérience permet maintenant de répondre :

On créerait un appel d'air en donnant à manger aux migrants et en leur proposant un matelas. En vérité, ils sont là, nombreux, de l'autre côté des Alpes. Que fait-on en Europe pour aider l’Italie ?

On pourrait distinguer migrants économiques et réfugiés politiques, les premiers n’ayant pas vocation à rester sur le territoire national. Cette distinction est de plus en plus floue. C'est bien en grande partie pour des raisons politiques que les conditions de vie sont déplorables dans leurs pays. Que fait-on pour aider à la bonne gouvernance et au développement des pays d’origine ?

On favoriserait la délinquance et le chômage. Mais il n'y a aucune délinquance de la part des mineurs migrants que l'on accueille dans les paroisses et au Secours catholique à Gap et à Briançon. Ils ont tellement souffert qu'ils sont des mineurs mûrs et responsables. Et ils n'ont pas l’âge de travailler, mais d'aller au lycée. Pourquoi ne peut-on les prendre au lycée dès leur arrivée, même pour peu de temps ?

On ne s’occuperait pas de la misère des gens chez nous en s’occupant des migrants. Je peux vous dire que les actions du Secours catholique et des autres associations envers les personnes qui ont besoin d’aide dans les Hautes-Alpes n’ont en rien diminué. Qui est prêt à venir donner un coup de main au Secours catholique ?

On s'occuperait des migrants et pas des autres questions de la doctrine sociale de l’Église. C'est ma joie d'être évêque de l’Eglise catholique qui défend les plus fragiles, migrants et réfugiés, malades en fin de vie, enfants à naître. Essayons d’être cohérents. Qui est prêt à défendre à la fois le migrant et l’enfant à naître ?

Pour conclure, je citerai la lettre encyclique du pape Benoît XVI (Caritas in veritate, 2009): "Il faut qu'il y ait un renouveau de la pensée pour mieux comprendre ce qu'implique le fait que nous formons une famille."

 

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15 avril 2018 7 15 /04 /avril /2018 17:08
L'Archevèque de Paris, Michel Aupetit le 30 mars 2018 - AFP

L'Archevèque de Paris, Michel Aupetit le 30 mars 2018 - AFP

L’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, s’est rendu dimanche matin à la rencontre de migrants installés dans un imposant campement près de la porte de la Villette, dans le nord-est de la capitale, en signe de fraternité et d'«écoute».

 «C’est une attention aux frères, c’est notre foi», a expliqué l’archevêque à l’AFP. «Dans le mot étranger, il y a le mot +étrange+, mais on se rend compte que si on les écoute, si on les respecte, si on les accueille, une vraie relation peut se produire».

Pour lui, il faut concilier «l’accueil de celui qui est là» et la question du «bien commun»: «comment accueillir ces gens du mieux possible sans déséquilibrer» le tissu social.

En France, «aujourd’hui, nous avons les moyens peut-être d’accueillir plus que ce que nous faisons», a-t-il avancé.

Pendant une heure, Mgr Aupetit a déambulé le long des tentes serrées sous les ponts et rencontré de petits groupes de migrants, pour beaucoup originaires du Soudan et d’Erythrée, installés le long du canal de Sain-Denis. Il était accompagné des curés de deux paroisses voisines et de Mgr Benoist de Sinety, vicaire général du diocèse, en charge du nord-est de la capitale.

Dans ce nouveau campement du XIXe arrondissement où dorment plus d’un millier de migrants, la douceur de l’air ne doit pas faire oublier la rudesse des conditions de vie, raconte Mechac, 32 ans, arrivé il y a huit mois de Côte d’Ivoire via la Libye avec son frère jumeau Chadrac.

Cet hiver, «avec le vent, la pluie, on n’arrivait même pas à dormir», dit-il. Tous deux improvisent une chanson devant le prélat: «Qui changera ce monde ? Toi et moi, nous changerons ce monde-là».

Cette visite doit aussi «encourager les paroisses qui essaient de faire quelque chose», a souligné le prélat. La paroisse voisine de Saint-Jacques/Saint-Christophe loge ainsi six migrants dans des studios et donne des cours d’alphabétisation.

L’appel du pape François à en faire davantage pour accueillir les migrants divise dans les milieux catholiques, notamment en France.

Et la question migratoire sera lundi au cœur du débat politique: après plusieurs mois de controverses, les députés entameront l’examen du projet de loi sur l’asile et l’immigration, qui vise à faciliter à la fois l’expulsion des déboutés et l’accueil des acceptés.

 

AFP

 

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7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 18:21
Loi asile-immigration: les grandes lignes des amendements adoptés en commission

Rétention, hébergement... voici les grandes lignes des amendements adoptés en commission des Lois sur le projet de loi "asile-immigration", dont l'examen s'est achevé vendredi soir. Les débats en séance à l'Assemblée nationale auront lieu à partir du 16 avril

- RETENTION

- la rétention administrative est portée à un maximum de 90 jours (et non plus 135 jours, comme le voulait le gouvernement), avec le séquençage suivant: une première phase de 30 jours, prolongeable une fois de 30 jours, notamment lorsque l'administration estime que le "laissez-passer" nécessaire à l'expulsion interviendra "à bref délai", puis deux "rebonds" de 15 jours en cas d'obstruction à l'éloignement.

- les députés n'ont pas interdit la rétention des famille et des mineurs, qui fait des remous jusque dans la majorité. Toutefois, un amendement prévoit une prise en compte de l'"état de vulnérabilité" avant tout placement en rétention.

- Les députés ont raboté une loi adoptée en mars facilitant le placement en rétention des "dublinés" (dépendants d'un autre pays européen où ils sont enregistrés). Le délai de recours contre les transferts revient ainsi à 15 jours (au lieu de 7), et la rétention ne peut plus découler du refus de donner ses empreintes ou de la dissimulation d'informations sur le parcours migratoire ou la situation familiale notamment.

Les députés avaient accepté de voter cette loi en mars, convaincus par le gouvernement de l'urgence du texte, à la condition expresse de pouvoir détricoter les mesures les plus dures dans la loi "asile et immigration".

- PROTECTION

- A l'instar des jeunes filles, les jeunes garçons pourront invoquer la protection de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) s'ils courent "un risque de mutilation sexuelle" de nature à les rendre stériles.

- les pays persécutant les homosexuels ne pourront plus être considérés comme d'origine sûre. Cela place sur la sellette plusieurs des seize pays de la liste actuelle: Sénégal, Inde, Ghana...

- Les personnes étrangères victimes de violences conjugales ou familiales ou menacées de mariage forcé pourront obtenir de plein droit le renouvellement de leur carte de séjour temporaire dès lors que la victime a porté plainte contre l'auteur des faits.

- DEMANDE D'ASILE

- Des garanties viennent sécuriser la procédure, notamment pour s'assurer que le demandeur d'asile a bien reçu les notifications de l'Ofpra (qui pourront désormais être envoyées "par tout moyen", notamment électronique).

A la Cour d'appel (CNDA), l'usage de la videoaudience sera encadré avec la présence, si nécessaire, d'un traducteur, et une exigence de "qualité" de la communication audiovisuelle.

- HEBERGEMENT

- Une possibilité de mise à l'abri est prévue pour les étrangers "n'ayant pas encore pu enregistrer" leur demande d'asile. C'est en fait l'inscription dans la loi du dispositif que l'Etat est en train de mettre en place en Ile-de-France et dans le Nord avec les CAES (centres d'accueil et d'examen des situations), pour coupler hébergement et contrôle de la situation administrative.

- Les demandeurs d'asile pourront se voir affecter une région de résidence, comme le veut le gouvernement, mais avec des bémols: cette "orientation directive" ne pourra avoir lieu qu'"en cas d'afflux" ponctuel, et il y aura des autorisations temporaires de sortie.

Pour les réfugiés, le choix du lieu d'hébergement devra tenir compte des liens familiaux déjà existants sur place.

Les députés ont renvoyé en séance les amendements prévoyant d'ouvrir le marché du travail aux demandeurs d'asile dès six mois après le dépôt de la demande, pour se donner le temps de les retravailler.

- CONTROLES AUX FRONTIERES

- Les mineurs devront bénéficier d'une "attention particulière", en tant que "personnes vulnérables", lorsqu'ils se font refouler aux frontières.

- Un périmètre sera défini "dans lequel peuvent être prononcés les refus d'entrée" en cas de rétablissement des contrôles aux frontières terrestres à l'intérieur de l'espace de Schengen.

AFP

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13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 07:50
Arrivé en France à l'âge de 13 ans , Onkar est aujourd'hui chef d'entreprise

Dans cette vidéo, il raconte son parcours hors du commun qui l'a mené de l'Inde à la France en passant par la Maison d'enfants d'Apprentis d'Auteuil à Sannois.

 

Cliquez sur la vidéo ci dessous puis sur l'icône plein écran

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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 06:52
Manifestation contre les arrestations de clandestins par les services fédéraux de l'immigration (ICE), le 8 janvier 2016 à New York © SPENCER PLATT Getty/AFP/Archives

Manifestation contre les arrestations de clandestins par les services fédéraux de l'immigration (ICE), le 8 janvier 2016 à New York © SPENCER PLATT Getty/AFP/Archives

Oscar Canales sait qu'il peut être arrêté et expulsé vers son pays natal, le Salvador, s'il met un pied hors de l'église qui l'accueille depuis un mois à Greensboro, en Caroline du Nord.

Entré illégalement aux Etats-Unis en 2005, il y a refait sa vie. Mais les ennuis ont commencé il y a cinq ans, quand il a été arrêté pour défaut de papiers d'identité après un accrochage en voiture.

N'ayant pas d'antécédents judiciaires, les autorités lui ont accordé un sursis et un permis de travail, renouvelés chaque année, jusqu'en 2017.

Il est désormais à la merci des services fédéraux de l'immigration (ICE) chargés d'appliquer la politique d'expulsion des clandestins à tout va du président Donald Trump.

Des associations chrétiennes progressistes se sont alors regroupées pour protéger les sans-papiers vulnérables en utilisant les lieux de culte considérés comme des "sanctuaires" inviolables.

L'Eglise unifiée du Christ accueille depuis la mi-janvier Oscar, qui avait reçu le mois précédent un ordre de quitter le territoire.

S'il était expulsé, ce couvreur devrait quitter sa femme, ses trois enfants citoyens américains, et fermer son entreprise qui emploie six salariés, également américains.

Il craint aussi de repartir dans un pays gangréné par la violences des gangs comme le très redouté MS-13. "Ils peuvent enlever un enfant, demander une rançon. Et si on ne paie pas tout de suite, ils peuvent tuer", raconte ce trentenaire à l'AFP.

Comme Oscar, ils sont actuellement une quarantaine à vivre reclus dans des églises, contre seulement cinq avant l'élection de Donald Trump fin 2016, précise le révérend Noel Andersen, de l'ONG chrétienne Church World Service.

"Sous l'ère Obama, la décision (d'expulser) était laissée à l'appréciation du parquet" et les clandestins seulement coupables de délits mineurs ou ayant des liens familiaux aux Etats-Unis n'étaient pas inquiétés, dit-il.

"Puis Trump arrive, fait fi des priorités et tous les sans-papiers deviennent la priorité", ajoute M. Andersen.

Ancré dans la foi

Depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, l'ICE a arrêté 109.000 clandestins coupables ou condamnés pour des crimes, mais aussi 46.000 personnes sans passé judiciaire: pour cette dernière catégorie, la hausse atteint 171 % par rapport à 2016. Le nombre de clandestins aux Etats-Unis est estimé à 11 millions.

Le but de ce "mouvement des sanctuaires" est d'empêcher la séparation des familles, de contester en justice les expulsions et de combattre la vague anti-immigration qui grossit dans l'électorat conservateur et religieux, notamment dans le sud du pays.

Le révérend Julie Peeples, pasteure à Greensboro, cite la Bible pour justifier son action.

"Jésus dit +tu aimeras ton prochain comme toi-même+, c'était pour moi le premier commandement", explique cette femme à la voix douce qui officie depuis 1991.

"Nous sommes convaincus que Jésus n'appellerait personne un étranger, que nous sommes tous des êtres humains et des enfants de Dieu", dit-elle. "Je crois personnellement que Dieu passe toutes les frontières et n'a aucun intérêt ou respect pour celles que nous fabriquons".

Oscar Canales est le second bénéficiaire du "sanctuaire" de Greensboro. La première était Minerva Cisneros Garcia, 42 ans, venue illégalement du Mexique. Cette mère de trois enfants a passé cinq mois dans l'église, entre juin et octobre 2017, avant qu'un juge n'annule son arrêté d'expulsion.

Désormais libre de ses mouvements, elle doit toutefois porter en permanence un bracelet électronique, une manière pour l'ICE de "montrer son pouvoir", regrette-t-elle.

Doug Long, pasteur dans la capitale de l'Etat, Raleigh, craint aussi une descente de la police dans son église qui abrite un clandestin depuis octobre. Le statut juridique des églises "est une zone grise", admet-il.

L'ICE a ainsi récemment obtenu l'autorisation de pénétrer dans les tribunaux américains, considérés jusque-là comme des "sanctuaires" pour ne pas décourager les clandestins de témoigner dans des affaires criminelles.

"Mais je suis convaincu que ce que nous faisons est bien, que c'est juste et que c'est plus important pour moi que ce qu'il peut m'arriver sur le plan juridique", affirme le pasteur Long.

AFP

 

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5 mars 2018 1 05 /03 /mars /2018 08:08
Des migrants Camerounais (orange) et Sénégalais (jaune) participent à un match de football au camp de Tarjoura en Libye, le 28 février 2018 MAHMUD TURKIA  /  AFP

Des migrants Camerounais (orange) et Sénégalais (jaune) participent à un match de football au camp de Tarjoura en Libye, le 28 février 2018 MAHMUD TURKIA / AFP

Dans le camp de Tajoura en Libye, "Lions indomptables" et "Lions de la Teranga" croisent le fer. Le temps d'un match de football, migrants camerounais et sénégalais s’approprient le surnom des sélections de leurs pays pour faire parler leur talent.

Si cette affiche est l'une des plus palpitantes du football africain, le match de Tajoura n'a rien à voir avec l'ambiance festive et folklorique des stades du continent.

Il se joue sur un terrain sablonneux du camp, dans la banlieue de Tripoli, délimité par un muret peint en blanc, devant le bâtiment principal qui fait office de prison, avec pour seuls spectateurs deux gardiens pénitenciers.

Une douzaine de joueurs originaires du Cameroun et du Sénégal sont choisis parmi les 500 migrants qui croupissent dans la prison depuis des mois et les équipes sont vite formées. "C'est un choc de lions", lance, amusé, un des gardiens.

Il faut d'abord trouver chaussure à son pied. Quelques paires sont distribuées aux migrants les plus chanceux. Les autres foulent le terrain avec leurs seules chaussettes.

Dossards jaunes pour le Sénégal, oranges pour le Cameroun, les migrants se prêtent sérieusement au jeu. Après l'échauffement, ils saluent leurs deux spectateurs.

Après quelques minutes de courses fractionnées, de dribbles et de tacles vigoureux, les fronts commencent à perler.

'Beaucoup souffert'

Essoufflé, un joueur de l'équipe sénégalaise jette l'éponge et s'assoie au pied du mur. "Je n'en peux plus. Cela fait plusieurs mois que je n'ai fait aucune activité physique. En prison, on ne bouge pas".

"En plus, nous sommes des amateurs. Les Camerounais sont des vrais joueurs qui évoluaient dans des équipes", dit-il.

Le match se poursuit sans lui et le score est sans appel: 4 à 0 pour les Lions indomptables.

Mamadou Awal, 21 ans, affiche sa fierté.

Milieu de terrain offensif comme son idole Zinédine Zidane, il a quitté le Cameroun à 17 ans pour tenter d'atteindre l'Europe en vue d'une carrière professionnelle après quelques années dans un centre de formation de son pays.

"Le destin en a décidé autrement", commente-t-il pudiquement.

En chemin vers le Vieux continent, il est arrêté en mer Méditerranée. "En Libye, j'ai beaucoup souffert: c'est ma troisième prison. A chaque fois, on (la marine libyenne) nous arrêtait durant la traversée".

La gloire européenne est aussi le rêve de son coéquipier Takouté Styve, qui a arrêté ses études "pour se consacrer au foot". "Quand je voyais (les ex-stars du football camerounais) Roger Milla, Samuel Eto'o, je voulais devenir comme eux".

'Non merci'

Selon l'ONU, 700.000 à un million de migrants se trouvent actuellement en Libye, dont des dizaines de milliers sont détenus dans des conditions inhumaines.

Après deux centres de formations et des passages dans deux équipes de deuxième division camerounaise, Ukamou Lobu a quitté sa ville de Douala à 16 ans pour tenter de rejoindre l'Europe.

"J'ai essayé de partir depuis l'Algérie puis le Maroc mais je n'ai pas réussi", raconte-t-il. Il se rend donc en Libye où il est aussi arrêté plusieurs fois après avoir vu des migrants mourir en mer.

Son rêve? Aller en Angleterre et jouer à Arsenal, son équipe favorite.

A ses côtés, Seryne Diokhané, 22 ans, dit à l'inverse n'avoir "rien à voir avec le football".

"C'est juste une occasion pour moi de sortir de prison pour quelque temps. Quand ils ont demandé qui sait jouer, j'ai répondu +moi+ tout de suite".

Seryne est interrompu par un responsable du camp, Faraj al-Guilouchi, qui invite les migrants à regagner leur cellule.

"Nous leur organisons des matches chaque semaine pour essayer d'alléger leurs souffrances. La plupart souffrent de chocs psychologiques, soit parce qu'ils ont échoué dans leurs traversées ou parce qu'ils ont perdu des proches", explique M. Guilouchi.

"Allez, la prochaine fois, on essayera d'organiser un tournoi comme la Coupe d'Afrique des nations (CAN)!", lance-t-il.

"Non merci. Tous ce que nous voulons, c'est quitter cet endroit", rétorque à voix basse un migrant avant que la porte métallique de la prison ne se referme derrière lui.

© 2018 AFP


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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 17:06
Loi  asile-immigration  :  un  projet  déséquilibré  qui  inquiète  les  associations

Le  gouvernement  a  présenté  le  projet  de  loi  asile-immigration  en  Conseil  des  ministres  aujourd’hui.  Certaines  mesures  sont  positives,  comme  l’accès  à  la  carte  de  résident  des  parents  d’enfants  bénéficiaires  d’une  protection  internationale,  ou  encore  l’extension  à  quatre  ans  de  la  carte  de  séjour  pluriannuelle  pour  les  bénéficiaires  d’une  protection  subsidiaire. 

Mais  ce  texte  contient  principalement  des  mesures  qui  vont  dégrader  la  procédure  d’asile  et  l’accompagnement  social  proposé  par  les  associations,  dans  un  contexte  où  l’ensemble  des  demandeurs  d’asile  ne  pourra  être  hébergé,  faute  de  places  suffisantes  : 

• Le  raccourcissement  des  délais  d’instruction  des  demandes  d’asile  s’effectue  principalement  au  détriment  du  demandeur  et  risque  de  fait  d’exclure  des  milliers  de  personnes  de  la  protection  :  réduction  des  délais  de  recours  devant  la  CNDA,  fin  du  caractère  suspensif  du  recours  dans  certaines  situations,  instauration  des  audiences  par  vidéo-conférence,  notification  des  décisions  par  «  tout  moyen  ».  • Le  projet  de  loi  renforce  les  mesures  directives  et  instaure  un  contrôle  des  préfectures,  avec  le  risque  de  créer  une  confusion  générale  entre  surveillance  administrative  et  action  sociale  et  de  dégrader  le  travail  des  acteurs  sociaux  dans  l’accompagnement  pour  l’accès  aux  droits  (orientation  directive  sur  l’ensemble  du  territoire  national  sans  garantie  d’une  proposition  effective  d’hébergement,  contrôles  préfectoraux  dans  les  structures  d’hébergement,  restriction  de  la  liberté  d’aller  et  venir). 

• Au  prétexte  de  renforcer  l’efficacité  des  mesures  d’éloignement,  le  projet  développe  à  outrance  les  mesures  de  contrôle  et  de  privation  de  liberté  (systématisation  de  l’assignation  à  résidence,  forte  hausse  de  la  durée  de  rétention)  auxquelles  s’ajoute  le  placement  en  rétention  des  personnes  placées  sous  procédure  Dublin,  voté  au  parlement  le  15  février. 

• En  fragilisant  les  fondements  même  du  travail  social,  ce  texte  va  altérer  la  relation  de  confiance  entre  les  travailleurs  sociaux  et  les  personnes  en  grande  précarité,  leur  famille  et  leurs  enfants,  qu’elles  aient  un  statut  administratif  précaire  ou  non.  Ces  orientations  pourraient  conduire  les  personnes  migrantes  à  fuir  les  procédures  et  les  dispositifs  sociaux,  multipliant  les  situations  d’errance  et  de  précarité. 

• En  refusant  d’avancer  sur  la  question  de  l’accès  à  un  titre  de  séjour  pour  les  dizaines  de  milliers  de  personnes  qui  vivent  déjà  sur  le  sol  français,  parfois  depuis  des  années,  et  sur  la  modification  nécessaire  du  règlement  Dublin,  ce  projet  passe  à  côté  d’une  occasion  de  s’attaquer  réellement  à  la  pauvreté  et  à  la  souffrance  sociale.   

Les  associations  en  appellent  à  la  responsabilité  des  parlementaires  pour  modifier  ce  texte  en  profondeur,  afin  que  soit  définie  une  politique  publique  qui  tienne  compte  de  leurs  propositions  adaptées  aux  situations  vécues  par  les  personnes  migrantes  en  France. 

Communiqué  de  presse  Paris  le  21  février  2018 

 

Signataires : Fédération des acteurs de la solidarité, Médecins du monde, Emmaüs France, Dom’Asile, France terre d’asile, L’Uniopss, JRS France, Centre Primo Levi, AdN, Le Refuge, La Cimade, Ligue des droits de l’Homme, Médecins sans frontière, Solidarité femmes, Unicef, CASP, Le Secours catholique – Caritas France, Association des Cités du Secours catholique, Fondation Abbé Pierre, Emmaüs solidarité, Armée du salut

 

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 10:22
Immigration : le cœur et la raison par René POUJOL

Et si la raison venait conforter, plus que contredire, ce que nous dit le cœur ! 

Voilà plusieurs semaines que je projette l’écriture d’un billet de ce blogue sur la question des réfugiés et des migrants. Pour exprimer mon admiration envers ces Français de l’ombre qui ont pris le parti de la fraternité, quelque soit le prix à payer. Pour dire ma compréhension et mon soutien au pape François et à nos évêques, parmi lesquels Mgr Pontier président de la Cef, Mgr Aupetit nouvel archevêque de Paris et bien d’autres. Pour expliquer à mes compatriotes que l’accueil – fut-il provisoire – dans des conditions de dignité, de celles et ceux qui sont là, parmi nous, n’exclut pas de mettre en place une véritable politique migratoire qui, de fait, est du ressort des Etats, pas des responsables religieux.

Pour dire aussi qu’aucune politique en ce domaine n’a de chance de réussir durablement si elle ne s’accompagne d’une action internationale déterminée et concertée pour éliminer les sources mêmes de ces phénomènes migratoires : guerres alimentées par nos fournitures d’armes, déséquilibres économiques injustes, spéculation sur les matières premières, réchauffement climatique.  C’est le même Léviathan qui, pour s’enrichir sans limite, appauvrit le Sud, pousse sur les routes de l’exil des hordes de miséreux et joue de leur présence massive dans les pays du Nord pour contenir les revendications salariales. Faisant de Mamadou, Mohamed et Matthieu des rivaux potentiels, face au logement ou à l’emploi, alors qu’ils sont également victimes d’une même «culture du rebut».

Le pape et les évêques sont légitimes à nous rappeler les exigence de justice internationale et de développement portées par la doctrine sociale de l’Eglise. Elles constituent l’autre face, trop occultée, de leur appel à la fraternité, ici et maintenant, non seulement en faveur des migrants mais aussi de nos propres pauvres. Si nos pasteurs, redevables du message universel de l’Evangile, nous pressent si fort d’ouvrir notre porte, c’est bien parce que depuis toujours ils nous mettent en garde contre le risque de laisser les injustices désespérer nos frères du Sud, comme nos voisins de pallier. Et que nous ne les avons pas écoutés. Le défi reste entier : ici et là-bas.

Un propos de 1990 qui n’a pas pris une ride.

J’en étais là de ma réflexion lorsque, rassemblant quelques documents pour préparer ce billet, j’ai tiré de ma bibliothèque un ouvrage publié en 1990 chez DDB, signé du père Jacques Delaporte, archevêque de Cambrai, qui venait de terminer son mandat de président de la Commission des migrations au sein de la Conférence des évêques de France. Un livre que j’avais moi-même rédigé à partir de nos entretiens, comme le font nombre de journalistes. Un livre qui reste pour moi un mauvais souvenir. Sur un sujet aussi «sensible» nous attendions, pour le moins, le soutien de la presse catholique. Je me souviens d’une courte recension, involontairement assassine, qui mit un terme définitif à l’aventure. Quelques mois plus tard nous autorisions l’éditeur à pilonner les invendus.

Chacun, s’il a un jour le livre entre les mains, jugera de la pertinence du propos. Pour ma part j’ai eu la faiblesse, un peu narcissique, de relire l’avant propos que j’avais rédigé alors. Et l’évidence s’est imposée à moi que je n’avais rien à modifier, sans doute peu à rajouter et que je tenais là mon billet. Je propose donc à ceux de mes lecteurs qui accepteront de me lire, l’intégralité de ce texte écrit il y a 28 ans, qu’en hommage à Jacques Delaporte, j’ai choisi de titrer comme son livre. (1) Je me suis contenté de compléter quelques notes de bas de page, pour actualiser le propos.

AVANT PROPOS

Il y a un an paraissait sous le titre Oser l’espérance, une série d’entretiens avec le père Jacques Delaporte, sur son expérience pastorale, notamment à Cambrai dont il est l’archevêque depuis 1980. (2)

Le livre reçut un bon accueil. Mais les trois chapitres consacrés à l’immigration, malgré l’actualité et la force du propos, passèrent quasiment inaperçus. L’expérience de «l’évêque de terrain» avait occulté celle de président de la Commission épiscopale des migrations. Preuve, s’il en était besoin, de la pertinence du vieil adage, cher aux gens de communication : «Si tu veux faire passer deux idées, sois assuré qu’il y en a au moins une de trop.»

« Un jour, des millions d’hommes quitteront les parties méridionales du monde… »

Quelques mois plus tard, l’affaire des foulards islamiques faisait rebondir un débat à peine assoupi et qui n’est pas prêt de s’éteindre. Car, outre la question immédiate du devenir de plus de quatre millions d’étrangers résidant en France, les problèmes de l’immigration sont devant nous. Alfred Sauvy (3) aime à rappeler cette parole du président algérien Boumédienne, prononcée en 1976 à la tribune des Nations Unies : «Un jour, des millions d’hommes quitteront les parties méridionales du monde pour faire irruption dans les espaces relativement accessibles de l’hémisphère nord, à la recherche de leur propre survie.»

Immigration et développement sont indissolublement liés. Si l’opinion publique n’a pas encore pris la mesure des bouleversements qui nous attendent, la classe politique a longtemps tergiversé sur la question de l’immigration. Jacques Voisard et Christiane Ducastelle écrivent en ce sens : «Quand on s’intéresse aux politiques relatives à l’immigration, qui ont vu le jour depuis 1954, on est frappé par les difficultés rencontrées par les responsables pour maîtriser et quelquefois même appréhender la question. Quelle que soit la période choisie, le décalage entre les problèmes et la portée des décisions qui sont censées y répondre est constant et relativement troublant.» (4)

L’alternative est, hélas, tragiquement simple pour l’avenir : bétonner aux frontières de l’Europe pour nous protéger, le jour venu, de ces desperados de la faim ou faire tomber la pression, s’il en est encore temps, et s’attaquer aux sources mêmes de ces mouvements migratoires en prenant en compte les besoins de développement du Tiers-Monde. A terme, il ne s’agit, rien moins, que d’une alternative de guerre ou de paix.

C’est aujourd’hui que se posent, ou ne se posent pas, les actes qui, dans quelques décennies, décideront peut-être du sort de la planète, s’il est vrai que « tous les peuples ont péri, jusqu’ici, par manque de générosité (5)»

Justifier l’usage de la force contre de nouvelles vagues de migrants.

Il y a quinze ans, l’aide au développement du Tiers-Monde était encore considéré en France comme une «ardente obligation». Le débat idéologique qui s’est noué sur ces questions, sitôt pris acte du fait que la crise économique serait durable, n’est pas resté sans conséquence. Les campagnes de dénigrement lancées contre le CCFD, mais au-delà, contre une forme de partenariat et de dialogue avec les peuples du Sud, ont abouti à cet état de l’opinion que révélait un récent sondage de La Vie (6) : 82% des Français estiment que la priorité en matière de solidarité doit aller aux «pauvres de chez nous», 9% au Tiers-Monde et 2% aux pays de l’Est.

Les mêmes groupes de pression qui dénoncent la menace immigrée dans l’hexagone sont donc parvenus à jeter globalement la suspicion sur l’aide au développement qu’ils présentent pourtant comme l’alternative aux grands mouvements migratoires. La boucle est bouclée. La France des libertés et des Droits de l’homme se referme dans sa coquille et ses privilèges de nation riche. Forte de cette caution l’Europe, demain, suivra.

Le discrédit global jeté sur le Tiers-Monde, ses dirigeants, ses peuples et sur l’action en sa faveur des organisations non-gouvernementales (ONG), pourra toujours servir, le moment venu, à justifier l’usage de la force contre de nouvelles vagues de migrants.

Si des voix se sont tues… l’Eglise continue de parler

L’onde de choc n’a pas épargné le monde catholique. Il arrive que l’avenir incertain des petites églises rurales mobilise soudain des intelligences qui, il y a peu, faisaient de l’aide au Tiers-Monde et de l’accueil de l’immigré quelques-uns des plus sûrs témoignages de la fidélité à l’Evangile et du dynamisme de l’Eglise.

Oui, des voix se sont tues. D’autres se sont faites discrètes. Des militances se sont reconverties dans la gestion des communautés paroissiales. Le “retour de la prière“ est venu donner un coup de vieux au devoir d’engagement, comme si le chrétien était désormais dispensé de l’écartèlement entre action et contemplation. Ne pas diviser le peuple chrétien est devenu la justification, à peine embarrassée, de bien des mutismes. La prudence s’en est trouvée promue au rang de quatrième vertu théologale.

Ne soyons pas injuste. Le pape Jean-Paul II n’a de cesse, dans le prolongement de ses prédécesseurs et du Concile Vatican II, de rappeler aux catholiques du Nord développé leur devoir de solidarité vis-à-vis du Tiers-Monde et de ceux de leurs habitants, immigrés ou réfugiés, qui vivent parmi eux. Dans certains milieux on préfère ne retenir que ses exhortations pour une nouvelle évangélisation de l’Europe.

En de nombreuses circonstances depuis vingt ans, des évêques ont eu le courage de parler fort, prenant à chaque fois le risque d’affronter l’incompréhension sinon l’hostilité. Des chrétiens, hommes et femmes, tentent au quotidien de témoigner auprès des immigrés de la fraternité de l’Evangile. D’autres s’interrogent, cherchant à se faire une opinion.

Mais il est vrai que, massivement, les catholiques ont quelque mal à suivre leurs évêques ou leurs prêtres sur ce terrain de l’immigration. Sans doute l’explication a-t-elle été insuffisante ou mal perçue. Pourtant, leurs interventions sur cette question, se situent dans le droit fil du magistère; lui-même nourri de la grande tradition biblique et évangélique sur l’accueil de l’étranger. Il est urgent que l’Eglise continue, plus que jamais, à parler sans se lasser.

Pour l’honneur des chrétiens de ce pays. 

Au cours de l’hiver 1989-1990, nous avons repris avec le père Jacques Delaporte nos entretiens de 1988 pour actualiser et prolonger cette réflexion sur l’immigration. Ce livre, volontairement modeste, veut offrir tout à la fois des références et des arguments. Il entend nourrir le débat, non la polémique, inviter les chrétiens à mieux percevoir une réalité complexe dans laquelle ils sont impliqués, non les culpabiliser.

Les pages qui suivent sont donc paroles d’évêque. Paroles autorisées, certes, puisque le père Jacques Delaporte a été, six années durant, président de la Commission épiscopale des migrations. Paroles libres puisqu’il n’est plus en charge de ce dossier au sein de la Cef. Paroles fortes et mesurées à la fois, toutes tendues vers cette certitude qu’en matière d’immigration le cœur n’est pas forcément l’ennemi de la raison.

Il n’est pas certain qu’à l’heure où le discours raciste se banalise, où l’invective devient une argumentation, où la démagogie fait des ravages dans l’opinion, ce langage soit à même de l’emporter (7). C’est la limite du témoignage d’un évêque.

Il est urgent que dans ce débat dont l’enjeu n’est rien moins que la dignité de l’homme, d’autres voix puissent s’élever, prenant le risque de l’affrontement verbal et de la controverse, comme autrefois surent le faire Péguy, Bernanos ou Mauriac. Pour l’honneur des chrétiens de ce pays.

 

  1.       Jacques Delaporte, Immigration : le cœur et la raison, entretiens avec René Poujol. DDB, 1990, 192 p.
  2.       Jacques Delaporte est décédé en novembre 1999 au cours d’un voyage à Jérusalem.
  3.       Démographe de grand renom, Alfred Sauvy est mort en octobre 1990.
  4.       Jacques Voisard et Christiane Ducastelle : La Question immigrée dans la France d’aujourd’hui. Calmann Lévy, 1988, 154 p.
  5.       Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, Ed. Gallimard, 1977 folio p.129.  La citation complète est celle ci :

«Tous les peuples ont péri jusqu’ici par manque de générosité. Sparte eût survécu plus longtemps si elle avait intéressé les Hilotes à sa survie (…) J’aurais voulu reculer le plus possible, éviter s’il se peut, le moment où les barbares au-dehors, les esclaves au-dedans se rueront sur un monde qu’on leur demande de respecter de loin ou de servir d’en bas, mais dont les bénéfices ne sont pas pour eux. Je tenais à ce que la plus déshéritée des créatures, l’esclave nettoyant les cloaques des villes, le barbare affamé rôdant aux frontières eût intérêt à voir durer Rome.»

  1.       Sondage Sofres réalisé du 10 au 14 février 1990 auprès d’un échantillon représentatif de 1000 Français âgés de 18 ans et plus. La Vie du 8 au 14 mars 1990.
  2.       Selon un sondage CSA effectué du 12 au 15 février 1990, 90% des personnes interrogées estiment que le racisme est aujourd’hui répandu en France ; 39% affirment que les Maghrébins leurs sont antipathiques.

© René Poujol et Ed. Desclée de Brouwer

René POUJOL Journaliste et Blogueur

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