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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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30 juin 2021 3 30 /06 /juin /2021 17:22
Une résidente blessée de Togoga, un village situé à environ 20 km à l'ouest de Mekele, est transporté sur une civière à l'hôpital à Mekele, la capitale de la région du Tigré, le 23 juin.

Une résidente blessée de Togoga, un village situé à environ 20 km à l'ouest de Mekele, est transporté sur une civière à l'hôpital à Mekele, la capitale de la région du Tigré, le 23 juin.

Alors que trois employés de MSF sont morts dans une attaque dans la région éthiopienne, le pays continue de sombrer dans un conflit sans fin.
Lorsque le chef de l'Etat éthiopien lançait son intervention armée dans la région du Tigré, il avait promis qu'elle serait "rapidement terminée". Sept mois après, le conflit a créé un désastre humanitaire avec une famine en voie de propagation dans certains territoires. Et la spirale de violence ne s'arrête pas. Ces derniers jours, l'Etat d'Afrique de l'Est a connu une recrudescence de violences marquée par la frappe aérienne qui a entraîné la mort de 64 personnes dans un marché, mardi. Par ailleurs, trois employés de Médecins sans Frontières (MSF), une Espagnole et deux Ethiopiens, ont été tués dans une attaque dans la région du Tigré, a annoncé vendredi la branche espagnole de MSF.  
Les acteurs. L'Ethiopie est un pays fédéral d'Afrique de l'Est qui se divise en dix régions - et chacune revendique une identité ethnique différente. Parmi ces territoires, on trouve la région du Tigré qui se situe dans le Nord du pays. Il s'agit de l'une des régions les plus puissantes de l'Etat éthiopien bien que les Tigréens ne représentent que 6% de la population. Cette région qui est perçue comme "le berceau du pays", est dirigée par le Front de libération des Peuples du Tigré (TPLF). 
Pendant trente ans, ce groupe militaire et ancien parti politique a régné sans partage sur le pays avant l'arrivée d'Abiy Ahmed en 2018, issu de la plus grande ethnie du pays, les Oromos.Pour rappel, Abiy Ahmed avait été le lauréat 2019 du prix Nobel de la paix, notamment pour avoir réconcilié l'Ethiopie avec l'Erythrée voisine. Mais il n'a pas su maintenir la paix dans son propre pays, préférant jouer les chefs de guerre alors que les tensions entre le Tigré et le pouvoir central augmentaient. Le conflit actuel oppose donc les forces du TPLF aux forces gouvernementales qui a lancé une intervention armée en novembre 2020. 
Il existe aussi d'autres acteurs qui officient dans l'ombre. L'armée fédérale a reçu l'appui de forces venues d'Erythrée, pays frontalier du Tigré au nord, et de la région éthiopienne de l'Amhara, qui borde le Tigré au sud.  
Les causes. L'accession au pouvoir d'Abiy Ahmed a cristallisé de nombreuses tensions avec les dirigeants tigréens. Ils se plaignent d'avoir été progressivement écartés à la faveur de procès pour corruption ou de remaniements de l'appareil sécuritaire. En septembre, le Tigré provoque le pouvoir central en décidant d'organiser ses propres élections, défiant le gouvernement qui avait reporté tous les scrutins en raison du Covid-19. Après une crise économique et sanitaire, le pouvoir central est affaibli et le TPLF profite de ce contexte pour s'affirmer davantage.  
Quelques jours plus tard, les parlementaires décident de couper les vivres de l'Etat tigréen qui contestait le pouvoir fédéral en place. Après des mois de tensions, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed annonce le 4 novembre 2020 le lancement d'une opération militaire contre les autorités du Tigré, qu'il accuse d'avoir attaqué deux bases de l'armée fédérale dans la région. Le Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), à la tête de la région et qui a dominé la vie politique nationale pendant près de 30 ans, dément ces attaques. Des dizaines de milliers de personnes se réfugient au Soudan voisin. L'Union africaine (UA) et l'ONU appellent à la fin du conflit. 
Le déroulement. Pendant sept mois, l'Ethiopie plonge progressivement dans une catastrophe humanitaire, tandis que les diverses ONG tirent régulièrement la sonnette d'alarme. Après dix jours de conflit seulement, l'ONU demande une enquête sur de possibles "crimes de guerre", puis s'alarme d'une "crise humanitaire à grande échelle" en cours à la frontière entre le Soudan et l'Ethiopie. En mois d'un mois, les forces gouvernementales s'emparent la capitale régionale Mekele, fief du TPLF. Deux jours plus tard, il annonce contrôler la ville et affirme que l'opération militaire est "terminée". 
Les combats se poursuivent, entravant l'acheminement de l'aide humanitaire. Le 26 février 2021, Amnesty International accuse des soldats érythréens d'avoir tué "des centaines de civils" en novembre 2020 dans la ville sainte d'Aksoum, dans le nord du Tigré. Le 10 mars, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dénonce des "actes de nettoyage ethnique". Progressivement, la communauté internationale s'indigne. Mi-avril, le Conseil de sécurité de l'ONU se dit "profondément préoccupé" face aux accusations d'exactions, réclamant "un accès humanitaire sans entrave". Le 27 mai, le président américain Joe Biden condamne des violations des droits humains "inacceptables" au Tigré et exhorte à un cessez-le-feu immédiat.  
Mi-juin, l'ONU revient de nouveau à la charge, un de ses responsables avertit que la famine au Tigré est en voie de propagation à d'autres provinces éthiopiennes. Selon l'ONU, plus de 350 000 personnes sont en situation de famine au Tigré, ce que conteste le gouvernement éthiopien. Le 22 juin, une frappe aérienne de l'armée éthiopienne touche un marché très fréquenté à Togoga, au nord-ouest de Mekele. L'ONU, les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) condamnent ce bombardement, qui a fait au moins 64 morts et 180 blessés, selon un bilan des autorités régionales jeudi. L'armée éthiopienne assure avoir visé des combattants du TPLF. 

Par LEXPRESS.fr avec AFP
27 juin 2021


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27 mai 2021 4 27 /05 /mai /2021 16:22
Emmanuel Macron s’est exprimé depuis le Mémorial du génocide, situé à Gisozi, un quartier de la capitale où sont inhumés les restes de plus de 250.000 victimes. © LUDOVIC MARIN

Emmanuel Macron s’est exprimé depuis le Mémorial du génocide, situé à Gisozi, un quartier de la capitale où sont inhumés les restes de plus de 250.000 victimes. © LUDOVIC MARIN

GENOCIDE Le président français s’est rendu au Rwanda pour une visite de deux jours destinée à finaliser la réconciliation entre les deux pays
En déplacement à Kigali, ce jeudi, Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de la France dans le génocide au Rwanda, qui a fait plus de 800.000 victimes, essentiellement Tutsi, tuées entre avril et juillet 1994.
« En me tenant, avec humilité et respect, à vos côtés, ce jour, je viens reconnaître nos responsabilités », a déclaré le président français à l’issue d’un discours très attendu au Mémorial du génocide de 1994 à Kigali. La France « n’a pas été complice » mais elle a fait « trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de la vérité », a-t-il poursuivi, en ajoutant que « seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don de nous pardonner ».
La France « n’a pas été complice »
« Reconnaître ce passé, c’est aussi et surtout poursuivre l’œuvre de justice. En nous engageant à ce qu’aucune personne soupçonnée de crimes de génocide ne puisse échapper au travail des juges », a-t-il ajouté. Le président français a toutefois estimé que la France « n’a pas été complice ». « Les tueurs qui hantaient les marais, les collines, les églises n’avaient pas le visage de la France », a-t-il déclaré : « Le sang qui a coulé n’a pas déshonoré ses armes ni les mains de ses soldats qui ont eux aussi vu de leurs yeux l’innommable, pansé des blessures, et étouffé leurs larmes. »
Mais « au lendemain, alors que des responsables français avaient eu la lucidité et le courage de le qualifier de génocide, la France n’a pas su en tirer les conséquences appropriées », a-t-il poursuivi. La France « a un devoir : celui de regarder l’histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de la vérité », a-t-il estimé.
L'« aveuglement » de François Mitterrand
« En voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, elle restait de fait aux côtés d’un régime génocidaire. En ignorant les alertes des plus lucides observateurs, la France endossait une responsabilité accablante dans un engrenage qui a abouti au pire, alors même qu’elle cherchait précisément à l’éviter », a-t-il poursuivi. La question du rôle de la France avant, pendant et après le génocide des Tutsis du Rwanda a été un sujet brûlant pendant des années, conduisant même à une rupture des relations diplomatiques entre Paris et Kigali entre 2006 et 2009.
Un rapport d’historiens publié en mars et dirigé par Vincent Duclert a conclu à des «responsabilités lourdes et accablantes» de la France et à l'« aveuglement » du président socialiste de l’époque, François Mitterrand, et de son entourage face à la dérive raciste et génocidaire du gouvernement hutu que soutenait alors Paris. Le président rwandais Paul Kagame avait alors salué un « important pas en avant vers une compréhension commune de ce qu’il s’est passé ».

Manon Aublanc

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 19:46

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8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 21:35
Le PDG de Pfizer, Albert Bourla, a allumé les bougies de Hanoukka lors d’une cérémonie virtuelle organisée par l’ambassade d’Israël  à Washington, quelques jours seulement après que son entreprise pharmaceutique ait reçu le feu vert final pour à travers les États-Unis son vaccin contre le coronavirus .

Le PDG de Pfizer, Albert Bourla, a allumé les bougies de Hanoukka lors d’une cérémonie virtuelle organisée par l’ambassade d’Israël à Washington, quelques jours seulement après que son entreprise pharmaceutique ait reçu le feu vert final pour à travers les États-Unis son vaccin contre le coronavirus .

Il y plus de 80 ans , en Grèce soixante mille Juifs vivaient paisiblement à Thessalonique. C’était une communauté appréciée et dynamique.
La plupart de ces juifs travaillaient dans le port.
Au point que port de Thessalonique était même fermé le samedi jour du shabbat où la religion interdit de travailler.
De grands rabbins émérites y vivaient également et étudiaient. Tout le monde se côtoyait et s’appréciait.
Mais le 2 Septembre 1939  à la veille du déclenchement de la seconde guerre mondiale C’est sur cette glorieuse communauté que la terreur nazie va brutalement s’élever.
Le 6 Avril 1941  Hitler envahit la Grèce afin de sécuriser son front sud avant de lancer la célèbre opération Barbarossa et sa grande offensive contre la Russie.
Sur les 60 000 Juifs de Thessalonique, environ 50 000 vont être exterminés au camp de concentration de Birkenau en un triste temps record !
Le massacre des Juifs de Grèce fut bref mais intense. Très peu vont avoir la chance de s’en sortir. Mais parmi les survivants, il y avait une famille connue sous le nom de Bourla.
Et à près la guerre, en 1961, un fils est né dans cette famille miraculée des camps. Ses parents l’ont appelé Israël – Abraham. Il a grandi et a étudié la médecine vétérinaire en Grèce. Étudiant brillant, Abraham va décrocher son doctorat en biotechnologie de la reproduction à l’école vétérinaire de l’université Aristote de Salonique.
À l’âge de 34 ans, il décide de partir s’installer aux États-Unis.
Il change son prénom Abraham en Albert et fait la connaissance d’une femme juive nommée Myriam puis l’épouse.
Ensemble ils auront deux enfants.
Aux États-Unis, Albert a été intégré dans l’industrie médicale.
Il progresse très rapidement et rejoint une société pharmaceutique où il devient “Head manager“.

De là, la route est courte pour que le petit Abraham (Albert) gravisse les échelons et obtienne sa nomination au poste de PDG de cette société en 2019.
Tout au long de l’année Albert décide de diriger tous les efforts de l’entreprise pour tenter de trouver un vaccin contre un nouveau virus qui vient de frapper le monde. Il déploie de grands efforts financiers et technologiques pour atteindre son but.
Un an plus tard son travail paye: l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) valide l’autorisation à son entreprise de produire le vaccin tant attendu…
Son vaccin sera distribué dans plusieurs pays dont l’Allemagne, qui dénombre des milliers de morts à cause de la pandémie.

Ironie du sort: ce vaccin qui va sauver la vie de millions de personnes dans le monde -dont de nombreux Allemands- a été dirigé et poussé par un petit Juif de Thessalonique fils de survivants de la Shoah dont la plus grande partie de son peuple a été exterminé par l’Allemagne nazie.

Et c’est pourquoi Israël est devenu le premier pays à recevoir le vaccin. En mémoire  de ses grands-parents et de ses parents qui ont fait naître Israël-Abraham Bourla connu aujourd’hui sous le nom d’Albert Bourla : PDG de Pfizer !

Tribune Juive

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27 janvier 2021 3 27 /01 /janvier /2021 09:17
Juin 2020, à Dakar, les étudiants passent leurs examens. Ils pourront ensuite demander une bourse pour partir étudier à l’étranger

Juin 2020, à Dakar, les étudiants passent leurs examens. Ils pourront ensuite demander une bourse pour partir étudier à l’étranger

La disparition en janvier de Diary Sow, brillante élève sénégalaise au lycée Louis-le-Grand, à Paris, a mis en lumière la situation fragile des boursiers d’excellence sénégalais inscrits dans des établissements en France.
Une promesse de réussite qui laisse un goût amer pour certains.
Dakar
De notre correspondante
Ousmane se souvient du choc ressenti dès ses débuts en classe préparatoire à Auxerre. « Je n’imaginais pas que la prépa était aussi difficile. Je pensais ne pas avoir le niveau, moi qui n’avais jamais eu de mauvaises notes avant. La quantité de travail était énorme. Tu n’avais plus de vie », raconte l’ancien élève du lycée d’excellence catholique Jean-Paul-II de Kaolack (190 km au sud de Dakar), détenteur de la bourse d’excellence en 2015. Ousmane a mal vécu ces deux ans, durant lesquels le stress était permanent. « J’étais déprimé, j’ai eu des problèmes d’insomnie. Je me demandais à quoi cela servait de travailler, car il n’y avait pas de résultat », rapporte-t-il. « Soulagé » quand il a terminé sa prépa, il a été marqué psychologiquement, tombant dans la dépression quelques mois plus tard. Âgé de 24 ans, en master 1 dans une école d’ingénieur à Paris, il fait le lien entre son histoire et celle de Diary Sow : « J’ai vécu la même pression. Moi aussi j’ai eu envie de partir, de m’échapper parfois. »
Diary Sow, brillante élève sénégalaise poursuivant ses études au Lycée Louis-le-Grand à Paris après l’obtention d’une bourse d’excellence, a disparu volontairement, début janvier (lire les repères). En 2020, seuls une centaine de bacheliers avec mention très bien ou bien ont bénéficié de cette bourse de 430 000 francs CFA (650 €) mensuels, pour une période de cinq ans. Une fois leurs études terminées, ils reviennent « servir le Sénégal ».
Or, le parcours est rude pour des jeunes brillants, seuls dans un nouveau pays, soumis au surmenage, et peu informés sur leur avenir. « Je bosse très dur pour tenir le fil. Cela demande beaucoup d’investissement et de sacrifices », atteste Babacar*, 19 ans, arrivé de Dakar en octobre en Normandie.
Moyen d’ascension sociale, la réussite scolaire devient un « fardeau » pour ces adolescents devenus des modèles à suivre. « L’élève est très suivi, on lui répète qu’il doit exceller. Il subit aussi une grande pression sociale et endosse les attentes des autres dans le cadre familial, communautaire, voire national », analyse le docteur Pape Ngore Sarr Sadio, socio-anthropologue de l’Université du Siné Saloum à ­Kaolack.
Cette pression pèse surtout quand l’accompagnement manque. « Je ne me sentais soutenu ni par les professeurs, ni parle Service des gestion des étudiants sénégalais à l’étranger (SGEE) qui n’avait pas de temps pour nous écouter », confesse Ousmane. « C’est une réalité, il n’y a pas d’accompagnement social ou psychologique dans les lycées ou collèges », déplore le docteur Sadio.
« Je n’en parlais pas à ma famille car je ne voulais pas les décevoir », témoigne encore l’étudiant. Aucun redoublement la première année n’est admis sous peine de voir sa bourse d’excellence se transformer en bourse pédagogique de 200 000 FCFA (300 €), rendant précaire la poursuite des études. « Beaucoup de nos élèves ne souhaitent pas obtenir la bourse d’excellence. Elles craignent de ne pas être à la hauteur et de la perdre », confirme Ramatoulaye Sarr Diagne, directrice de l’école d’excellence Mariama Bâ, collège-lycée sur l’île de Gorée (­Dakar) qui forme les élites féminines sénégalaises.
Nombreux sont donc les étudiants à arrêter pour poursuivre à l’université. Marie-Louise Ndiaye, par « besoin de respirer, de faire ce qui me plaisait réellement », s’est inscrite en licence d’histoire après sa 2e année de classe préparatoire, perdant sa bourse d’excellence pour une bourse pédagogique. « Je n’avais plus la force de tenter les concours des Instituts d’études politiques (IEP), je voulais juste terminer la prépa », avoue-t-elle. Des exemples soulignant, pour le docteur Sadio que « beaucoup d’autres Diary Sow existent, mais restent inconnus. »
*Prénom modifié

Clémence Cluzel
 

 

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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 07:46
Kamala Harris prête serment pour devenir vice-présidente, sur une bible tenue par son époux Doug Emhoff, le 20 janvier 2021 / POOL/AFP

Kamala Harris prête serment pour devenir vice-présidente, sur une bible tenue par son époux Doug Emhoff, le 20 janvier 2021 / POOL/AFP

Déjà maintes fois pionnière, Kamala Harris a brisé mercredi un nouveau plafond de verre en devenant la première femme, et la première personne de couleur, à accéder à la vice-présidence des Etats-Unis, consécration d'une carrière hors normes.
A 56 ans, la dynamique et pugnace sénatrice de Californie a permis à Joe Biden, 78 ans, d'engranger les voix d'un électorat plus divers qui avait soif de se voir mieux représenté au sommet du pouvoir.
A tel point que certains électeurs disaient voter non pas pour le vétéran de la politique mais pour elle, fille d'un père jamaïcain et d'une mère indienne.
C'est vêtue de blanc, en souvenir des suffragettes, qu'elle avait fait son discours de victoire en novembre, rendant un vibrant hommage à sa mère et à celles «qui ont tant sacrifié pour l'égalité, la liberté et la justice pour tous».
«Je pense à elle, aux générations de femmes, noires, asiatiques, blanches, latinas, amérindiennes, qui ont ouvert la voie.»
En saluant «l'audace» de Joe Biden de l'avoir choisie, elle a promis: «Si je suis la première femme à occuper ces fonctions, je ne serai pas la dernière. Car chaque petite fille qui regarde ce soir voit que nous sommes dans le pays de tous les possibles.»
- «Votre pouvoir» -
Pendant la campagne, cette ex-procureure avait appelé sans relâche à une mobilisation historique, en dénonçant les tentatives d'entraver le scrutin dans des Etats républicains.
«Pourquoi croyez-vous que tant de gens puissants (...) essayent de vous empêcher de voter?», avait-elle lancé à de jeunes électeurs afro-américains en Géorgie. Car «ils connaissent votre pouvoir.»
Après la vague historique de colère contre le racisme et les violences policières, elle promet avec l'ancien vice-président de Barack Obama d'«éradiquer» les injustices.
Tous en respectant strictement les mesures contre le Covid-19, comme Joe Biden, elle a mené une campagne plus active que le septuagénaire, dansant au rythme des fanfares ou s'entretenant avec les clients de cafés... en extérieur, pandémie oblige.
- Pionnière -
Forte d'un parcours brillant, digne du meilleur rêve américain, malgré des chapitres controversés, elle rêvait de devenir la première femme présidente des Etats-Unis.
C'est finalement en vice-présidente qu'elle est entrée à la Maison Blanche mais avec un oeil, sans doute, sur la présidentielle de 2024. Et l'espoir de briser alors l'ultime plafond de verre.
Kamala Harris accumule déjà les titres de pionnières.
Elle a grandi à Oakland, où ses parents - un père professeur d'économie et une mère, aujourd'hui décédée, chercheuse spécialiste du cancer du sein - militaient pour les droits civiques.
Diplômée de l'université Howard, fondée à Washington pour accueillir les étudiants afro-américains en pleine ségrégation, elle rappelle régulièrement son appartenance à l'association d'étudiantes noires «Alpha Kappa Alpha».
Après deux mandats de procureure à San Francisco (2004-2011), elle avait été élue, deux fois, procureure générale de Californie (2011-2017), devenant alors la première femme, mais aussi la première personne noire, à diriger les services judiciaires de l'Etat le plus peuplé du pays.
Puis en janvier 2017, elle avait prêté serment au Sénat à Washington, s'inscrivant comme la première femme originaire d'Asie du Sud et seulement la deuxième sénatrice noire dans l'histoire.
Vice-présidente, elle ne quittera pas tout à fait la chambre haute: c'est elle qui, d'après la Constitution, pourra faire pencher la balance en cas d'égalité prévisible, avec dès mercredi soir 50 sénateurs démocrates contre 50 républicains.
- «Prête à être présidente» -
Au Sénat, ses interrogatoires serrés des candidats de Donald Trump l'ont rendue célèbre.
Mais c'est contre Joe Biden qu'elle avait fait les plus fortes étincelles, en l'attaquant, alors candidate à la primaire démocrate, sur ses positions passées concernant les politiques de déségrégation raciale dans les années 1970.
En racontant comment, petite fille, elle était dans l'un des bus amenant les écoliers noirs dans les quartiers blancs, elle avait ému, et bondi brièvement dans les sondages.
Peinant à définir clairement sa candidature, elle avait toutefois jeté l'éponge avant même le premier scrutin.
Ses expériences dans les branches législative, judiciaire et exécutive du pouvoir, et sa proximité avec Beau Biden, fils du futur président décédé d'un cancer en 2015, ont malgré tout convaincu son ex-rival de la choisir comme colistière.
Joe Biden compte aussi sur son image moderne de femme se présentant en «Momala», fière de sa famille mixte et recomposée, avec son époux, l'avocat Douglas Emhoff, père de deux enfants, à ses côtés. Comme lorsqu'elle est entrée mercredi à la Maison Blanche.
Mais son passé de procureure pèse aussi contre elle. Des progressistes déplorent sa réputation de dureté, notamment en punissant strictement de petits délits qui ont, selon ses détracteurs, affecté surtout les minorités.
Face à Mike Pence, dans le seul débat des vice-présidents, elle avait éreinté la gestion par l'exécutif de la crise du coronavirus.
Le lendemain, Donald Trump l'avait traitée de «monstre».
«Je ne fais pas de commentaires sur ses remarques puériles», avait réagi Kamala Harris.
A ses côtés, Joe Biden s'était indigné des propos «honteux» du président. Avant de faire les éloges de sa colistière: «C'est l'une des meilleures personnes que j'ai côtoyées. C'est quelqu'un qui est prêt, au premier jour, à être présidente des Etats-Unis.»
AFP

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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 07:49
Présidentielle en Ouganda: deux générations s'affrontent / AFP

Présidentielle en Ouganda: deux générations s'affrontent / AFP

Des masques à l'effigie des deux principaux candidats à l'élection présidentielle en Ouganda, le sortant Yoweri Museveni (droite), et son principal adversaire, Bobi Wine (gauche), le 4 janvier 2021 à Kampala / AFP/Archives

Les Ougandais ont commencé à voter jeudi matin lors d'une élection présidentielle tendue, où le jeune député et chanteur de ragga Bobi Wine défie le président sortant Yoweri Museveni, deux fois plus âgé, qui brigue un sixième mandat après 35 ans de pouvoir.

Depuis mercredi soir, l'accès à l'internet est largement perturbé dans ce pays enclavé d'Afrique de l'Est. Les autorités ont officiellement suspendu réseaux sociaux et services de messagerie mardi, au terme d'une campagne particulièrement violente, émaillée d'arrestations et d'émeutes et endeuillée par plusieurs dizaines de morts.
Dans la capitale Kampala, les opérations ont débuté peu après 07H00 (04H00 GMT), avec masques et gel hydroalcoolique contre le coronavirus, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Les quelque 18 millions d'Ougandais ont jusqu'à 16H00 (13H00 GMT) pour se rendre dans un des 34.600 bureaux de vote du pays afin de choisir leur président et leurs députés.
Dans le quartier de Njovu à Kampala, Ceria Makumbi a fait le choix de la continuité. «Museveni est mon candidat», confie à l'AFP cette femme d'affaires de 52 ans. «Il a apporté la stabilité au pays, il a lancé l'école primaire et l'enseignement universitaire gratuit (...). Il a construit des hôpitaux, des routes.»

Dans le bidonville de Kamwokya, place forte de M. Wine, Joseph Nsuduga espère l'alternance. «Je suis ici pour changer les dirigeants de ce pays car pendant des années, ils ont dit qu'ils allaient garantir mon avenir. Mais ils ne l'ont pas fait. J'ai besoin de voir du changement pour mes enfants», explique ce chauffeur de 30 ans.

Le duel fait figure de choc des générations, dans un Ouganda où trois quarts de la population a moins de 30 ans.
D'un côté M. Museveni, 76 ans, au pouvoir depuis 1986, semble largement favori. L'ex-guérillero s'est mué en dirigeant autoritaire et compte ouvertement les jours qui le séparent de la «victoire». Sur le continent, seuls Teodoro Obiang Nguema en Guinée Equatoriale et Paul Biya au Cameroun ont passé plus de temps au pouvoir sans interruption que lui.

En face, M. Wine, 38 ans, a capitalisé sur sa popularité auprès des jeunes urbains et s'est imposé comme son principal rival, au sein d'une opposition divisée qui présente 10 candidats contre le Mouvement de résistance nationale (NRM), l'hégémonique parti au pouvoir.
Mardi, dernier jour de la campagne, le chanteur et deux autres candidats, Patrick Amuriat et Mugisha Muntu, ont appelé les Ougandais à voter massivement et à «protéger leur vote» en surveillant le scrutin et en filmant avec leurs téléphones.

- Museveni contre Facebook -

Des craintes ont émergé quant à l'équité et la transparence du scrutin au cours de cette campagne plus violente que les précédentes, où des journalistes, des critiques du régime et des observateurs ont été empêchés de travailler.

Mettant en avant les mesures de prévention contre le Covid-19, le régime a interdit de nombreux meetings de l'opposition tandis que M. Museveni bénéficiait d'une large visibilité médiatique grâce à son statut de président.

L'ambassadrice américaine en Ouganda, Natalie Brown, a annoncé mercredi que les Etats-Unis annulaient une mission d'observation prévue pour ce vote, la majorité de leurs observateurs s'étant vu refuser une accréditation par le gouvernement.

La veille, M. Museveni, un des poids lourds politiques d'Afrique de l'Est, a confirmé dans une intervention télévisée la suspension des réseaux sociaux et des services de messagerie, tels Facebook, Twitter, WhatsApp, Signal et Viber, expliquant que cette mesure venait sanctionner la fermeture par Facebook de plusieurs comptes liés au pouvoir accusés d'influer de manière artificielle sur le débat public.
«Qu'elle constitue un acte de censure délibéré ou une mesure de représailles puérile, cette décision va continuer à détériorer un peu plus les conditions d'un débat public ouvert, pluraliste et transparent», a réagi mercredi l'ONG Reporters sans frontières (RSF).
Les violences ont émaillé la campagne: arrestations d'opposants, tirs de gaz lacrymogènes et parfois de balles réelles sur leurs partisans. En novembre, au moins 54 personnes ont été tuées par la police au cours d'émeutes déclenchées par une énième arrestation de Bobi Wine.

A Kampala, la présence militaire était très forte jeudi dans les rues. De nombreux habitants se sont pressés ces derniers jours dans les gares routières pour rejoindre leur bureau de vote à la campagne ou pour quitter la ville par peur de violences.

«Lors des précédentes élections, il y a toujours eu du chaos à Kampala. Je pense que cette fois, avec toute la tension qu'il y a, il devrait y avoir beaucoup de violences», déclarait ainsi mardi à l'AFP Charles Abigaba, un comptable de 31 ans, qui se rend à Masindi (ouest) pour voter mais compte y rester après l'élection par crainte pour sa sécurité.

AFP


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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 20:13
Bloqué pendant près de quatre mois à la frontière polonaise par les autorités biélorusses, Mgr Tadeusz Kondrusiewicz venait tout juste de rentrer dans son pays, le 24 décembre 2020.STRINGER/REUTERS

Bloqué pendant près de quatre mois à la frontière polonaise par les autorités biélorusses, Mgr Tadeusz Kondrusiewicz venait tout juste de rentrer dans son pays, le 24 décembre 2020.STRINGER/REUTERS

Officiellement, c’est un départ pour raison d’âge. Le Vatican a annoncé avoir accepté, dimanche 3 janvier, la démission de l’archevêque de Minsk, Mgr Tadeusz Kondrusiewicz. En apparence, rien d’anormal pour ce prélat qui a atteint ce jour-là l’âge de 75 ans, à partir duquel les évêques remettent traditionnellement leur charge au pape. En réalité, cette renonciation intervient dans un contexte particulier.
Bloqué pendant près de quatre mois à la frontière polonaise par les autorités biélorusses qui l’accusaient d’avoir pris une part trop active au mouvement de contestation auquel le président Alexandre Loukachenko fait face depuis sa réélection, Mgr Kondrusiewicz venait tout juste de rentrer dans son pays. Or, selon les informations obtenues par La Croix, si le Vatican est arrivé à débloquer la situation, c’est au prix d’un accord avec le gouvernement biélorusse.

« C’était clairement un deal »

Au cours d’un déplacement à Minsk, organisé mi-décembre, Mgr Claudio Gugerotti, actuellement nonce au Royaume-Uni mais ancien représentant du pape en Biélorussie, a ainsi rencontré le président biélorusse. « Il a négocié le retour de l’archevêque à Minsk pour Noël contre une démission le jour de ses 75 ans, le 3 janvier. C’était clairement un deal. D’un côté, l’honneur était sauf, de l’autre, on écartait une personnalité jugée trop encombrante », explique un diplomate en poste à Rome, qui a suivi les négociations de très près.
Pourquoi un tel accord ? « En août, Mgr Kondrusiewicz a donné un entretien à la télévision polonaise, dans lequel il a affirmé que l’élection de Loukachenko était irrégulière », poursuit la même source. Or ces propos ont provoqué une forte crainte, au Vatican, que la communauté catholique de Biélorussie soit particulièrement ciblée par le pouvoir. D’où une visite, aussi rare qu’inattendue, en septembre, de Mgr Paul R. Gallagher, le ministre des affaires étrangères du pape, en Biélorussie. « L’idée était d’assurer la sécurité des catholiques. Le Vatican a voulu apaiser les choses », assure-t-il.

Un pays pivot

Par ailleurs, certaines sources évoquent aussi la personnalité de l’archevêque de Minsk. « Il n’est pas à l’aise dans les situations de tension et de conflit, et avait déjà été déplacé de Moscou à Minsk, en 2007. À l’époque, l’orthodoxie russe ne supportait pas d’avoir un interlocuteur polonais », relève un observateur qui a croisé plusieurs fois Mgr Kondrusiewicz.

Mais si la Biélorussie est particulièrement regardée, c’est aussi qu’elle constitue un pays pivot entre États qui ne cessent d’exposer leur rivalité : la Pologne et la Russie. « Le pouvoir a eu le sentiment que l’action de l’archevêque était pilotée par Varsovie. La Pologne est très proche des catholiques », relève un chercheur spécialiste de la zone, sous le couvert de l’anonymat.
Mais cette pression sur les croyants ne se limite pas aux catholiques : en août, le chef de l’Église orthodoxe de Minsk, le métropolite Pavel, a lui aussi été mis à l’écart, après avoir visité des victimes de violences policières dans les hôpitaux.

Un moyen de neutraliser les oppositions

« Il est évident que Loukachenko a exigé le départ de Pavel auprès de l’Église orthodoxe russe. Donc ça n’a rien de surprenant que les autorités biélorusses adoptent la même attitude vis-à-vis de l’Église catholique, souligne pour sa part Artyom Shraibman, analyste politique biélorusse basé à Minsk. Il est assez logique que le gouvernement ait demandé le départ de Mgr Kondrusiewicz, en raison de ses déclarations très visibles au sujet de la brutalité des autorités et de la police à l’égard des manifestants. Beaucoup de ses prêtres ont soutenu les manifestations, ou affiché leur opposition aux violences. »

« Loukachenko sait qu’il ne peut pas enfermer les leaders religieux, et leurs voix sont puissantes, donc il doit trouver un moyen de les neutraliser, poursuit Artyom Shraibman. Il se souvient bien de ce qu’il s’est passé dans les années 1980 en Pologne, où l’Église catholique a été une force motrice de la lutte contre le communisme, il ne veut pas qu’un scénario analogue se reproduise en Biélorussie. »
Interrogées, plusieurs sources officielles du Vatican, où l’on fait comprendre que le sujet est des plus sensibles, ont fait savoir qu’elles ne souhaitaient pas répondre aux questions de La Croix. De même, interrogé, le ministère des affaires étrangères biélorusse n’a pas répondu à nos sollicitations sur la démission de l’archevêque.
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Un diocèse dynamique

Mgr Tadeusz Kondrusiewicz était archevêque de Minsk depuis 2007, après avoir été archevêque catholique de Moscou entre 2002 et 2007.
Il est perçu comme un acteur majeur de la renaissance du catholicisme sur place. Entre 2004 et 2016, le nombre de catholiques dans son diocèse est passé de 210 000 à 625 000, et celui des paroisses de 89 à 222, selon les statistiques du Saint-Siège.
Le diocèse de Minsk est l’un des quatre que compte la Biélorussie. Selon les chiffres de 2017, le pays compte 10 % de catholiques, sur une population de 10,3 millions d’habitants. Un peu moins de 400 prêtres y officient, dont environ 150 religieux.

Loup Besmond de Senneville (à Rome) et Pierre Sautreuil, 

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 08:23
Un tatoueur recouvre d'une croix noire le tatouage qui marque l'appartenance d'un détenu à un gang, le 23 novembre 2020 à la prison de New Bilibid, à Manille, aux Philippines - AFP

Un tatoueur recouvre d'une croix noire le tatouage qui marque l'appartenance d'un détenu à un gang, le 23 novembre 2020 à la prison de New Bilibid, à Manille, aux Philippines - AFP

Dans un sifflement digne d'une fraise de dentiste, le tatoueur recouvre d'une grossière croix noire le tatouage qui marque l'appartenance de ce détenu à un gang philippin. Une mesure plébiscitée par les autorités pour réduire la violence carcérale.
Dans les prisons surpeuplées de l'archipel, les batailles entre bandes rivales sont monnaie courante. Et l'appartenance à un gang -matérialisée par le tatouage de son symbole sur la peau- est de longue date un impératif pour les détenus, afin d'obtenir nourriture, médicaments, ou tout simplement une protection.
Les conditions de vie dans les centres de détention se sont un peu plus dégradées ces dernières années du fait de la "guerre contre la drogue" du président Rodrigo Duterte, qui s'est traduite par une nette augmentation de la population carcérale.
Les autorités veulent croire que recouvrir les tatouages appliqués par les gangs sur les détenus peut leur permettre d'échapper à l'impératif de loyauté à l'égard de ces bandes et leur éviter d'être entraînés dans les guerres de gang. L'idée est avant tout de compliquer la donne pour les caïds cherchant à mobiliser leurs troupes.
"Les détenus rejoignent les gangs pour la sécurité", observe Gabriel Chaclag, porte-parole de l'administration pénitentiaire, en assurant que la campagne qui a débuté en octobre pour pousser les détenus à se débarrasser de la marque des bandes se fait sur la base du volontariat.
Des détenus attendent leur tour pour se faire enlever leurs tatouages marquant leur appartenance à un gang, le 23 novembre 2020 à la prison de New Bilibid, à Manille, aux Philippines
"Mais rallier un gang n'apporte pas que des bonnes choses car vous vous devenez une cible pour les bandes rivales."

- 28.000 détenus pour 6.000 places -
Dans la prison de New Bilibid de Manille, la plus grande du pays avec plus de 28.000 détenus pour 6.000 places, l'immense majorité des prisonniers appartient à un gang.
Assis sur des chaises en plastique, torse nu avec un masque chirurgical sur le visage, des prisonniers attendent qu'un de leurs codétenus passé maître dans l'art du tatouage trace une épaisse croix noire sur la marque symbolisant leur gang.
"Appartenir à un gang signifie que vous êtes tenus d'aider les autres membres s'ils sont pris dans une bagarre. Ce ne sera plus le cas", dit Mark, un détenu condamné pour meurtre, en refusant que sa véritable identité soit citée.
Il a rejoint à son arrivée en prison ily a un an le gang Batang Mindanao (les Enfants de Mindanao).
"Désormais, ce sera la fraternité, nous sommes tous des frères", dit-il après que le tatouage sur son dos soit masqué, ce qui fait de lui un "querna", ou détenu non affilié à un gang.
Un autre prisonnier confie à l'AFP qu'il est convaincu que sa vie sera "certainement meilleure" hors du gang.
Les autorités reconnaissent que ce programme ne permettra pas de tourner du jour au lendemain la page des violences. Par le passé, des efforts pour limiter les bagarres, comme un "accord de paix" entre les gangs, n'ont eu qu'un résultat limité.
Preuve en est, au moins 13 personnes sont mortes et des dizaines ont été blessées récemment lors d'un affrontement de grande ampleur entre bandes rivales à Bilibid.

- Renoncement de l'Etat -
"On ne peut pas éradiquer la violence du jour au lendemain, ni la culture des gangs, alors on y va lentement, progressivement", explique M. Chaclag.
Lex Ledesma, un psychologue qui a écrit un livre sur les gangs de Bilibid, sait qu'éradiquer la violence ne se fera pas en recouvrant seulement les tatouages. Car les gangs se sont imposés dans le vide du pouvoir laissé par les autorités, dont la présence dans les prisons est notoirement insuffisante.
Ces bandes jouent aussi un rôle social pour des prisonniers qui sont pour certains coupés du monde extérieur.
"Pour des détenus oubliés par leurs proches dans la prison, les gangs sont comme une famille car ils sont les seuls à s'occuper d'eux", explique M. Ledesma, qui intervient à Bilibid depuis 10 ans, et déplore les renoncements de l'Etat dans les prisons.
"Le plus grand problème, ici, est l'absence de volonté des autorités de permettre la réinsertion des détenus, une carence qui existait déjà avant Duterte", dit-il.
"Quand vous devenez un prisonnier, c'est comme si vous n'étiez plus que la moitié d'un homme, comme si vous n'étiez plus un être humain à part entière."

AFP

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 07:47
Des Ethiopiennes ayant fui les combats dans leur pays, le 16 novembre 2020, dans le camp de réfugiés d'Oum Raquba, dans l'est du Soudan / AFP

Des Ethiopiennes ayant fui les combats dans leur pays, le 16 novembre 2020, dans le camp de réfugiés d'Oum Raquba, dans l'est du Soudan / AFP

Dans un camp soudanais, chaque réfugié éthiopien traîne une histoire tragique
Désemparés d'avoir abandonné leur maison, culpabilisés d'avoir perdu des membres de leur famille dans leur fuite, horrifiés par les images de mort qui passent en boucle dans leur tête, des réfugiés éthiopiens errent dans le camp d'Oum Raquba érigé au Soudan voisin.
Vêtue d'une robe bleue et coiffée d'un foulard blanc, assise par terre, Ganet Gazerdier se retrouve seule car les bombardements dans la région éthiopienne du Tigré, dans le nord de l'Ethiopie, ont non seulement détruit sa maison à Humera mais également pulvérisé sa famille.
«J'habitais avec mes trois filles. Quand les obus ont commencé à pleuvoir sur notre demeure, paniquées, elles ont fui dans l'obscurité et je ne les ai plus retrouvées», explique cette femme de 75 ans.
Elle s'est alors jointe à l'afflux de réfugiés. «J'ai rencontré des amis qui fuyaient et je les ai suivis.»
Sur la route, «j'ai vu des corps démembrés par les explosions, et d'autres putréfiés, par terre, tués à coups de couteau», poursuit-elle. Elle arrête des réfugiés pour leur dire son histoire, mais personne n'y prête attention car chacun vit avec son propre malheur.
- «C'est la terreur» -
«J'ai une autre fille qui vit à Khartoum mais je ne connais pas son adresse, comment pourrais-je la retrouver dans cette grande ville ?», marmonne Ganet Gazerdier.
Le 4 novembre, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a lancé une offensive militaire contre la région dissidente du Tigré dirigée par le Front de Libération des Peuples du Tigré (TPLF), qui a déjà fait des centaines de morts et poussé des milliers de personnes à fuir vers le Soudan.
Une «crise humanitaire à grande échelle» se développe à la frontière soudano-éthiopienne, s'est alarmée l'ONU, selon laquelle quelque 4.000 personnes traversent la frontière avec le Soudan tous les jours depuis le 10 novembre.
Malheur aux jeunes tigréens qui tombent aux mains des soldats éthiopiens, affirme Gerdo Burhan, 24 ans, un autre réfugié arrivé au camp d'Oum Raquba, situé dans l'est du Soudan à 80 km de la frontière avec l'Ethiopie.
«Ils vous demandent, l'arme pointée sur vous, si vous appartenez à l'armée tigréenne. A la moindre hésitation, vous êtes morts. Ils vous abattent sur-le-champ et laissent le corps dans la rue.»
Dire que vous êtes un civil ne vous tire pas pour autant d'affaires. «Ils vous battent, parfois à mort, ou ils vous emmènent vers une destination inconnue et je doute qu'on en revienne vivant», ajoute-t-il.
«C'est la terreur», lâche le jeune homme qui a réussi à fuir mais a perdu dans la foule son père, sa mère et ses deux sœurs. «Je ne sais même pas s'ils sont encore en vie.»
- «Il m'a sauvé la vie»! -
Face à l'afflux des réfugiés, les autorités soudanaises ont décidé de rouvrir le camp d'Oum Raquba. Fermé il y a 20 ans, il avait servi de refuge à de nombreux Ethiopiens fuyant alors la famine.
Dans un camp soudanais, chaque réfugié éthiopien traîne une histoire tragique
Des Ethiopiens ayant fui les combats dans leur pays, le 16 novembre 2020, dans le camp de réfugiés d'Oum Raquba, dans l'est du Soudan / AFP
Aujourd'hui, les ouvriers s'y activent car il devrait abriter à terme 25.000 réfugiés, environ 10 fois plus que ce qu'il accueille actuellement.
Et le flot a peu de chance de tarir rapidement en raison de la poursuite des combats en Ethiopie.
Selon Amnesty International, un «massacre» a «probablement» fait des centaines de victimes civiles à Mai-Kadra, dans le sud-ouest du Tigré. L'ONG cite des témoins accusant les forces loyales au TPLF d'être à l'origine de ce «meurtre de masse».
Néanmoins plusieurs réfugiés interrogés par l'AFP dans le camp d'Oum Raquba, affirment au contraire que les exactions ont été commises par les militaires de l'armée fédérale.
Dans le flot de réfugiés fuyant Mai-Kadra, Messah Geidi a perdu en chemin sa femme et son fils de quatre ans, et il ne se le pardonne pas. «Je ne sais pas où ils sont et s'ils sont encore en vie. L'armée égorgeait les jeunes gens comme des moutons.»
Takli Burhano, 32 ans, raconte lui avoir échappé de peu à la mort. Arrêté à Mai-Kadra, il affirme avoir été frappé pendant de longues heures par les militaires de l'armée fédérale qui ont voulu ensuite l'exécuter. «Un soldat s'est alors approché de son chef et lui a dit +vous ne pouvez pas faire ça: c'était mon professeur+. Il m'a sauvé la vie!»

AFP

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