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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 11:25
BORDES Marie François Joseph, prêtre, vicaire général de Dax et martyr de la résistance en 1944

Je découvre, durant ma retraite et mon séjour pour soins à Dax, un prêtre figure de courage, de don de soi et de solidarité avec les victimes de l’horreur nazie

Né le 31 janvier 1880 à Tartas (Landes), exécuté sommairement le 30 novembre 1944 à Gaggenau (Allemagne) ; prêtre et vicaire général ; résistant réseau SR Alliance.

Joseph Bordes était le fils de Louis, négociant, âgé de 39 ans et de Jeanne Bordes, ménagère, âgée de 35 ans.
Entré au séminaire en 1897, il fut ordonné prêtre le 15 juillet 1904 et fut chargé des diocèses d’Aire-sur-l’Adour et de Dax en 1904 puis de Mont-de-Marsan (Landes) et Fargues (Gironde). Il était aumônier dans un pensionnat lorsque la guerre fut déclarée. Mobilisé le 2 août comme infirmier, il devint aumônier au 34è R.I. avec le grade de capitaine le 5 mai 1915. Il fut blessé grièvement à Douaumont en 1916 puis à nouveau par un éclat d’obus à Craonne le 24 septembre 1918.
Curé de Gamarde-les-Bains (Landes) de 1924 à 1932, il dirigea le patronage de la Tricolore puis fut directeur des Œuvres diocésaines et professeur au séminaire de Poyanne (Landes). Il fut nommé chanoine et vicaire général de Dax (Landes) en 1936. Il fonda la Jeunesse agricole catholique (JAC) et la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et en fut l’aumônier.
L’abbé Bordes était un ami de Camille Bouvet, membre du Réseau Alliance. Dès 1941, son domicile du n° 6 place Lonné à Dax, devint une étape pour ceux qui passaient la ligne de démarcation.
Le 1er mars 1942, il fut contacté par le commandant Chabor, afin "de faire de la recherche de renseignements sur les troupes allemandes dans la région landaise". Il s’engagea le 1er août 1943 au réseau Alliance avec le matricule "N 1500", comme agent de renseignements du secteur maritime de Bordeaux (Gironde). Il constitua rapidement un réseau d’informateurs en recrutant des adhérents de la JAC et de la JOC et devint chef d’antenne. Une de ses recrues était André Soussotte*. Il hébergea des officiers évadés et des Juifs qui voulaient gagner la zone libre ou l’Espagne.
Dans le réseau Alliance, il était connu sous le pseudonyme de "Saint Père". En octobre 1943, le chanoine Bordes reçut des jeunes du réseau Alliance et accepta qu’ils émettent à son domicile, place Lonné à Dax.
En décembre 43, l’un d’eux fut arrêté porteur de ses nom et adresse et bien qu’en étant informé, l’abbé Bordes resta sur place car il pensait avec raison que son arrestation serait un stimulant pour la résistance des prêtres du diocèse.
Le 18 décembre 1943 (le 15 selon le mémorial d’Alliance), il fut arrêté à son domicile par la Gestapo et incarcéré à la prison de Bayonne puis au fort du Hâ à Bordeaux (Gironde) le 21.
Le 16 janvier 1944, l’abbé Bordes et les membres du réseau alliance qui venaient d’être arrêtés furent transférés au camp de Compiègne et déportés le 27 janvier 1944, au camp de concentration de Buchenwald avec un convoi de 1580 détenus. Ils arrivèrent à Weimar le 29 et furent transférés le 9 mars à la prison d’Offenburg (Bade-Wurtemberg, Allemagne).
Le 4 mai 1944 le dossier d’accusation d’espionnage au profit d’une puissance ennemie fut transmis par la Gestapo de Strasbourg au Tribunal de guerre du Reich qui lui donna la classification "NN" (Nacht und Nebel-Nuit et Brouillard). Le 10 septembre Joseph Bordes et les autres accusés furent remis sans jugement à disposition de la Gestapo de Strasbourg. Ils furent transférés au camp de concentration de Gaggenau (Bade-Wurtemberg, Allemagne).le 27 octobre.
Devant l’avance alliée les allemands évacuèrent les camps et le 30 novembre au matin Joseph Bordes ainsi que ses compagnons d’infortune furent emmenés en camionnette pour une destination inconnue. Après la Libération, sur les indications d’un prêtre alsacien, l’abbé Alphonse Hett, qui avait été leur camarade de détention, un charnier fut découvert dans la forêt d’Ottenau, près de Gaggenau. Joseph Bordes avait été fusillé à cet endroit avec ses 8 camarades du réseau. Son corps fut rapatrié en France et identifié à Strasbourg le 10 juillet 1945.
Avant de mourir il écrivit : "je meurs victime de ma charité, je meurs pour ma patrie, je meurs pour ma paroisse, je meurs pour mon évêque".
Selon le réseau Alliance, il montra jusqu’au bout "un extraordinaire courage". Ce fut "une admirable figure du clergé français. Dans la région landaise son immense charité l’avait fait aimer de tous".
Il est inhumé dans un caveau sous le porche de l’église, à Gamarde-les-Bains (Landes).
Il obtint la mention "Mort pour la France" et la mention "Mort en déportation" par arrêté du 26 août 1987.
Il était depuis 1918 décoré de la Légion d’Honneur, de la Médaille militaire et de la Croix de guerre 1914-1918 avec une citation à l’ordre de l’Armée. Il obtint la Médaille de la Résistance à titre posthume.
Son nom figure sur les monuments aux morts de Dax et Gamarde, sur la plaque commémorative à sa mémoire à Dax (Landes), sur la plaque commémorative apposée sur sa maison natale, à Tartas et sur la plaque commémorative du réseau Alliance à l’entrée de la base sous-marine, à Bordeaux (Gironde) où une citation de Marie-Madeleine Fourcade accompagne la liste des membres bordelais du réseau : "Leur sacrifice a permis de renseigner le Commandement Allié sur les mouvements des navires militaires allemands, sous-marins et torpilleurs arrivant et partant de l’Arsenal de Bordeaux. Bientôt, on ne saura plus ce qu’ils ont fait, ni pourquoi ils l’ont fait, même si c’était nécessaire de le faire, voire on les plaindra d’être morts pour rien. Je voudrais qu’on ne les oubliât pas et que l’on comprît surtout quelle était la divine flamme qui les animait... Madame Marie-Madeleine Fourcade (Hérisson)."
Une rue de Saint-Paul-lès-Dax (Landes) porte son nom ainsi qu’une maison de retraite et une rue de Gamarde-les-Bains, une place de Mont-de-Marsan et une avenue de Montfort-en-Chalosse.

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Published by Denis CHAUTARD - dans résistance
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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 20:44
Une réfugiée syrienne qui a fui Raqa dans le village d'Ain Issa le 3 juin 2017 © DELIL SOULEIMAN / AFP/Archives

Une réfugiée syrienne qui a fui Raqa dans le village d'Ain Issa le 3 juin 2017 © DELIL SOULEIMAN / AFP/Archives

Rendez-vous romantiques secrets, boîtes aux lettres mortes, leçons clandestines de mathématiques. Telles sont les formes de résistance sous le règne du groupe jihadiste Etat islamique (EI) dans son bastion syrien de Raqa.

A partir de 2014, l'EI gouverne d'une main de fer cette ville du nord de la Syrie en guerre où vivent quelque 300.000 personnes, imposant son interprétation rigoriste de la loi musulmane.

Alors que les forces antijihadistes sont entrées mardi dans la ville, au début de l'assaut final, des résidents ont accepté de raconter à l'AFP leurs années de résistance passive à l'EI.

Sami, 24 ans, a rencontré Rima, de deux ans sa cadette, lors des grandes manifestations pacifiques contre le régime en 2011, point de départ de la révolte dans le pays.

"Nous avions l'habitude de nous voir, de discuter dans la rue, de nous assoir ensemble dans des espaces publics", confie à l'AFP ce jeune homme, qui utilise un pseudonyme pour se protéger car il habite toujours à Raqa.

Mais avec l'arrivée des jihadistes, tout a radicalement changé. La hisba, la "police religieuse" de l'EI, a contraint la population à se conformer à un code vestimentaire imposé par les jihadistes et interdit toute relation entre célibataires des deux sexes.

Les deux tourtereaux doivent alors utiliser des trésors d’ingéniosité pour cacher leur amour.

"On s'écrit des messages transmis par des enfants", dit Sami. Comme les liaisons satellitaires et l'internet privé sont bannis, il écrit des messages électroniques dans des cafés internet gérés par l'EI et Rima les lit quand elle peut s'y rendre à son tour.

C'est une version romantique des boîtes aux lettres mortes utilisées durant des années par les espions pour s’échanger des informations ou se fixer des rendez-vous.

- 'Je voulais mourir' -

Parfois, le couple prend le risque d'un rendez-vous sur une place publique pour échanger des regards furtifs.

"Elle me dit par exemple qu'elle quittera son domicile à telle heure. Nous nous donnons rendez-vous dans un magasin", ajoute avec émotion Sami.

Rima entre dans le magasin, le visage totalement caché par un voile noir, selon les règles édictées par l'EI, mais Sami la reconnaît toujours. "Je rentre et parle avec elle quelques instants avant qu'un gars de Daech (acronyme en arabe de l'EI) n'arrive et ruine tout".

Un jour, la chance a tourné. Sami a regardé impuissant et de loin des agents de la hisba interpeller Rima pour ses habits "jugés non conformes".

"J'étais tellement en colère et j'ai commencé à pleurer mais elle m'a fait signe de ne pas m'approcher. Ce jour-là, j'ai voulu mourir".

Les parents de Rima étaient d'accord pour un mariage à condition que les amoureux quittent Raqa mais les difficultés financières les ont dissuadés de partir. Ils sont toujours ensemble et à Raqa.

Des milliers de personnes ont fui la ville au fur et à mesure que s'approchaient les Forces démocratiques syriennes (FDS), l'alliance arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis.

- 'Bombes à retardement' -

Quand l'EI a pris Raqa, il a fait main basse sur l'une des ressources les plus précieuses: les écoles.

Comme ils l'avaient fait dans d'autres villes, les jihadistes ont remplacé le programme traditionnel, dont les cours de physique et chimie, par un enseignement religieux et macabre.

"Les cours de maths consistent à compter le nombre de fusils, de pistolets, d'explosifs, de voitures piégées", assure un ancien enseignant d'une école publique, parlant sous couvert de l'anonymat.

Un des sujets enseignés aux enfants est la manière de mener une attaque suicide et "les vierges" dont seront récompensés, selon l'EI, ceux qui mènent des attaques.

"Ces cours transforment ces enfants en bombe à retardement", note ce professeur qui a refusé d'enseigner sous la botte de l'EI.

Les parents, aussi, ont cessé d'envoyer leurs enfants à l'école, craignant que leur progéniture ne soit victime d'un lavage de cerveau.

Ils préfèrent trouver d'anciens enseignants pour leur demander de dispenser à la maison des cours particuliers de biologie, d'anglais et de maths.

Pour éviter de se faire remarquer, l'enseignant arrive à une heure précise chez l'étudiant pour des cours particuliers ou en petits groupes.

"Ces enseignants vivent dans la peur. Mais nous estimons que nous devons offrir aux enfants une éducation sans violence", assure à l'AFP le même enseignant.

Le père de deux garçons de sept et neuf ans a demandé à son ami, un professeur, de donner des cours particuliers à ses fils. "Cela nous fait peur de penser que nos enfants vont penser comme Daech, en parlant de takfir (apostat), d'esclaves ou de vierges. Cela détruit une génération".

AFP

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Published by Denis CHAUTARD - dans Résistance
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