« Être là »

« Une pensée affectueuse en ce jour particulier, je t'embrasse bien fort. » Dans le rush du matin, je ne comprends pas tout de suite le SMS de mon petit frère. Sa vie au bloc, la mienne à la rédaction… Peu de temps pour échanger hors des retrouvailles familiales. En enfourchant mon vélo, je réalise : 5 février, vingt-huit ans que maman est partie, emportée par un cancer fulgurant. Sa fin fut courte, à la maison et entourée des siens. Dans notre malheur, nous avons été privilégiés. Le médecin nous avait prévenus, quelques jours avant, qu'une nouvelle hospitalisation infligerait d'inutiles souffrances. Avec des moyens artisanaux, le docteur C. a su y faire – nous étions encore au XXe siècle et on ne parlait pas beaucoup de soins palliatifs, hors cercles spécialisés. Maman s'est éteinte progressivement, sans trop de douleur. Jusqu'à son dernier souffle, nous sommes restés reliés. Comme chaque année, à cette date, nous pensons à elle.

La « fin de vie » renvoie toujours à une histoire intime. Le témoignage poignant d'une lectrice montre combien ces situations échappent aux réponses simples. Jusqu'à notre propre fin, nous sommes marqués par la fin des autres, de nos proches, de celles et ceux que nous aimons. C'est notre expérience, plus ou moins douloureuse, qui commande nos émotions lorsque le sujet s'invite. Le législateur lui-même, animal politique autant que de chair et d'os, n'y échappe pas dans sa réponse à la demande d'une « aide à mourir ».

Au Pèlerin, dès les premières discussions, nous sommes allés écouter ceux qui souffrent, ceux qui soignent, ceux qui accompagnent. En France, mais aussi dans les pays où l'euthanasie et le suicide assisté sont autorisés. Alors que le projet de loi sur la fin de vie revient à l'Assemblée nationale, défendu avec une ardeur jusqu'au-boutiste par ses principaux partisans, nous donnons la parole à Blandine Humbert. Cette jeune philosophe, spécialiste d'éthique médicale à l'Institut catholique de Paris, montre que l'euthanasie brise le pacte du soin et pose la question décisive pour notre avenir : soigner est-il un acte technique ou une relation ?

Ceux qui ont accompagné un proche le savent : à l'heure de la mort, l'important n'est plus d'abord de faire, mais d'être là. Jusqu'au dernier instant, nous ne demandons pas qu'on décide de notre mort. Juste de ne pas être abandonnés.

Samuel LIEVEN

Directeur de la Rédaction

Le Pèlerin

19 février 2026

 

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