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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 22:19
André Lacrampe, Prélat de la Mission de France, 18 novembre 1988 - 5 janvier 1995

André Lacrampe :17 décembre 1941 - 15 mai 2015

Depuis son ordination presbytérale, le 31 décembre 1967, André n'avait pas quitté bien longtemps ses Pyrénées natales, sauf pour achever son temps de séminaire au Prado, à Limonest. Nommé en 1975 aumônier national de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, il annonce à son père qu'il doit quitter le pays. Celui-ci s'affaire à planter les pieux d'une clôture sur la commune familiale d'Agos-Vidalos, petit village de Bigorre proche de Lourdes. Sans se détourner, le paternel, agriculteur très actif dans la vie syndicale et politique des Hautes Pyrénées, lâche ce qui restera profondément ancré dans sa mémoire : « Fais-ce que tu dois faire et fais-le bien. »

L'aumônier JOC sillonnait les routes avec sa 2 CV pour rejoindre les jeunes sur le terrain. Il aimait aussi passionnément le terrain de rugby, la joie communicative du ballon ovale propre à la vie mêlée et aux passes, ferment du jeu collectif. Assidu au tournoi des 5 nations, il débarquait à Paris avec ses amis bigourdans et confiait sous forme de parabole : « Avec Jésus, personne sur les gradins, tout le monde sur le terrain, acteurs et pas seulement spectateurs. » Pour sa licence de théologie, il avait d'ailleurs planché sur les loisirs, qu'il voyait comme un secteur de prédilection d'annonce de l'Évangile.

Nommé évêque auxiliaire de Reims en juillet 1983, il traverse la France en diagonale pour rejoindre les Ardennes et Charleville-Mézières. L'isard des Pyrénées saura percer la carapace et apprivoiser le cœur du sanglier ardennais. André aimait aller au contact, et savait par sa simplicité et sa proximité fraternelle, rejoindre les hommes au cœur de leurs préoccupations. Qu'ils soient ouvriers, militants agricoles, experts économiques, mères de famille, sportifs, artistes ou journalistes. Il fut d'ailleurs un grand ami de Jacques Chancel, lui aussi pyrénéen.

Le 18 novembre 1988, André succède au cardinal Decourtray comme prélat de la Mission de France. Après André Bossuyt, il est le premier évêque à part entière pour cette prélature qu'il qualifie de « pépinière de prêtres-ouvriers, présente dans beaucoup de secteurs professionnels, comme les médias, les laboratoires scientifiques, le monder rural, la santé,... Des éclaireurs, envoyés en équipe, par l'Eglise dans les milieux les plus éloignés de la foi chrétienne. »

Depuis 1987, il assurait la présidence du Comité Épiscopal France - Amérique Latine (CEFAL). Chaque année, un mois durant, il se faisait globe-trotter de l'Évangile, percevant à l'écoute des prêtres, religieuses et laïcs en coopération, les immenses défis d'espoirs et de libération à l'œuvre sur ce continent ainsi que la créativité des communautés de base. Il ne fut pas dépaysé à la maison de Fontenay-sous-bois qui accueillait alors des réfugiés chiliens.

De ses six années d'épiscopat à la Mission de France, André soulignera quatre évènements qui ont été particulièrement innovants :

La fondation de Galilée, association de laïcs partenaires de la Mission de France, en décembre 1989. Treize ans avant la création de la Communauté Mission de France, elle permit à des chrétiens laïcs, hommes et femmes, appelés par vocation à partager les intuitions de la Mission de France, de s'associer à la tâche missionnaire que l'Église lui a confiée. Par la formation et la vie d'équipe, elle leur donnera les moyens de rejoindre et de réaliser des projets missionnaires,

L'ordination de René Marijon, époux de Claire, premier diacre permanent marié, incardiné à la Mission de France, en juillet 1993.

Le rassemblement « Pentecôte 90 : une Eglise de Plein Vent ». Trois mille personnes se retrouvent sur les terres scoutes de Jambville pour un grand village de toile, où sont présents une quarantaine de pays. « Notre village, c'est la planète », annoncent les affiches. Nous sommes quelques mois après la chute du mur de Berlin. André et son conseil accueillent la foule bigarrée, les jeunes, les nombreux partenaires et compagnons de route avec ces mots : « Les temps sont venus d'une solidarité des Etats et des peuples à l'échelle de la Terre, solidarité qui respecte le patrimoine culturel et naturel et qui sauvegarde l'avenir des générations. Nous refusons que certains meurent spirituellement par overdose de consommation alors que d'autres vivent dans l'extrême précarité ou le dénuement... La conquête de la liberté par des peuples d'Europe de l'est, d'Afrique, d'Amérique latine ou d'Asie est, pour nous, signe d'espérance et nous provoque à inventer plus de justice et de fraternité. Parlant ainsi, nous obéissons à une Parole plus grande et plus profonde, insaisissable comme un feu, fragile comme un souffle et pourtant au cœur de notre foi : c'est la Vérité qui rend libre. Celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est Amour. »

A de nombreuses reprises, André entendit des interlocuteurs lui dire : « Vous savez, j'étais à Pentecôte 90. »

En 1991, les cinquante ans de la Mission de France à Lisieux. Il s'agissait de confirmer l'actualité de l'appel de juillet 1941 de cette institution, à savoir que l'Évangile soit porté à ceux qui sont les plus loin, par un « corps » de ministres ordonnés, compétents et disponibles. Avec le cœur de pasteur qui l'habitait et l'accent des Pyrénées qu'il ne perdit jamais, André lança l'appel de Lisieux où l'on ne manquera de remarquer deux mots chers au pape François : sortir et joie.

« Christ est dehors ! Son pays est sans frontière ! Son village, c'est la planète ! Aujourd'hui, au nom du Christ et dans sa fraternité, j'appelle encore des jeunes à sortir, à se préparer pour être envoyés comme Bruno, Jean-Paul, Jean-Pierre et Dominique, aujourd'hui ordonnés pour servir, avec la Mission de France. Appelés à devenir des hommes qui font signe, compagnons sur les chemins où marchent les peuples, hommes d'ailleurs, hommes de la précarité. Nous ne leur promettons pas le confort mais la vie rude des grands chantiers, l'instabilité des itinérants, l'espace de la mer, la solidarité des travailleurs des usines et de la terre, la tendresse des soignants, la passion des chercheurs. Nous savons par expérience que, dans le compagnonnage et le coude à coude, ils vivront l'exaltante aventure de la fraternité. Ces jeunes seront prêtres et diacres, cherchant à reconnaître la face de Dieu dans le visage des lointains et des exclus, entraînant l'Église au-delà du seuil de sa porte, Église d'Emmaüs dont les prêtres sont eux-mêmes pèlerins sur un chemin d'espérance, un chemin d'amour créateur de rencontres, de solidarités... La mission est source de joie. »

Jean-Marie Ploux exprime sa reconnaissance pour avoir toujours assumé ce qui avait été décidé ensemble. « Je pense qu'il avait confiance en moi mais je pense aussi que je n'étais pas un vicaire général sur le modèle de ce qu'il avait connu ailleurs, ce qui n'a pas empêché que notre équipe épiscopale ait bien fonctionné et que sous son épiscopat nous ayons fait tout ce que nous pouvions pour dépasser les conflits ou les tensions antérieurs, ce qui fut fait, grâce à lui et grâce à Dieu. De ce point de vue, plus que Pentecôte 90 c'est Lisieux 91 qui, pour moi, a été le temps fort de son épiscopat parmi nous. » On n'oubliera pas qu'il a voulu et signé l'achat de la maison d'accueil de Pontigny, rue Tauleigne.

Évêque aux semelles de vent comme titre un de ses nombreux livres, André a rejoint Ajaccio et la Corse en 1995, puis le Doubs et l'archevêché de Besançon en 2003. Nous laissons à ces deux diocèses le soin de vous conter la suite. En 2013, il s'était retiré à la Cité Saint-Pierre du Secours Catholique à Lourdes où il assurait une belle présence. Après trente années d'épiscopat, son cœur fatigué a rompu les amarres pour aller vers Celui à qui il avait consacré sa vie.

Avec notre profonde action de grâce et notre chaleureuse reconnaissance,

L'équipe épiscopale de la Communauté Mission de France

Ses obsèques seront célébrées vendredi 22 mai à 15 h à la cathédrale Saint-Jean à Besançon. Il reposera dans la crypte de l'édifice, dans le caveau des archevêques. Une cérémonie aura lieu à Tarbes jeudi 21 mai à 11h30.

http://catholique-mission-de-france.cef.fr

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Published by Denis CHAUTARD - dans Prélat
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