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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 06:49
Dieu et César : Toile de Rubens au Musée du Louvre à Paris

Dieu et César : Toile de Rubens au Musée du Louvre à Paris

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22,15-21.
Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler.
Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens.
Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? »
Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?
Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’argent.
Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? -
De l’empereur César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui
est à Dieu. »

Homélie

Comment piéger Jésus ? C’était l’obsession des pharisiens. Et ils ont trouvé une occasion avec cette histoire d’impôt : si Jésus demande de le payer à l’empereur, il devient collaborateur d’un pouvoir idolâtre ; s’il dit le contraire, il est un rebelle politique.

On sait que l’Ancien Testament interdisait les images humaines sur les pièces de monnaie pour ne pas avoir l’air de dire que ce visage serait Dieu lui-même. Les gouverneurs romains respectaient cette sensibilité juive et ne frappaient sur le territoire juif que des monnaies sans image, sauf pour l’impôt impérial qui était une pièce avec effigie. Ça y est ! On le tient !

Gabriel Ringlet dans son livre Éloge de la fragilité a un petit mot délicieux sur ce texte :

“Alors, Maître, dis-nous : est-il permis de payer l’impôt à César oui ou non ?

- Comédiens ! Montrez-moi la pièce qui sert à payer l’impôt.”

Ils lui présentent une pièce de monnaie. Ils en avaient donc sur eux. Ils s’en servaient! Ils collaboraient ! Retour de la monnaie à l’expéditeur: “Rendez donc à César ce qui est à César. A Dieu ce qui est à Dieu !” Voilà les piégeurs piégés. La grenade explose, oui, mais pas là où ils l’avaient déposée.

Depuis lors, nous nous sommes souvent bouché les oreilles pour ne pas entendre la déflagration. Nous avons aménagé le territoire, la semaine à César, le dimanche à Dieu. Alors que Jésus, lui, ne sépare pas. Et ne confond pas non plus : à César et à Dieu. La mystique et la politique. Pour Jésus, le spirituel est au cœur du temporel.

“Stupéfaits de ce qu’ils viennent d’entendre, ils le laissent et s’en vont”, nous dit l’Évangile. Pas pour longtemps. Ils reviendront bientôt. Avec César. Pour arrêter Dieu.

En demandant de “Rendre à César ce qui est à César” Jésus donne son autonomie au domaine profane et politique. Désormais les chrétiens ont les mêmes responsabilités que les autres hommes dans la cité pour rendre ce monde plus juste et plus humain. En ce sens, on peut dire que tout est profane, que tout est politique.

Mais “Rendre à Dieu ce qui est à Dieu !” veut dire que la politique n’est pas le tout de l’homme. Et que la religion chrétienne ne peut jamais être un pouvoir. Elle doit inspirer des conduites et des choix, mais jamais dégénérer en pouvoir. La confusion entre politique et religion ne cause que des malheurs, car elle ouvre la porte aux intégrismes et totalitarismes. Aucun Messie n’est jamais sorti des urnes. Attention aux gourous de toutes sortes. Ils ne sont pas Dieu. Ça devrait pourtant être clair. Notre Dieu, quand il a voulu se montrer à nous, a pris le chemin du Serviteur. Dès l’Ancien Testament, l’événement fondateur du Judaïsme était un acte de libération de l’opprimé : “J’ai vu la misère de mon peuple, … je suis descendu pour le délivrer.” (Ex 3, 7) Et Dieu a toujours été du côté du plus pauvre, de celui qui souffre. Ses références sont l’enfant de la crèche et le crucifié du Vendredi Saint. Pas de danger de se tromper…

Je disais à l’instant : “Tout est profane.” On peut dire aussi que si tout porte l’empreinte de Dieu il n’y a plus rien de profane. Même si, hélas, l’homme peut être profané quand on le bafoue dans sa dignité. Alors, la vraie morale chrétienne c’est :

- quel est le choix qui va me rendre plus humain, en même temps que mon prochain ? Et ça peut commencer sur la cour de récré : si j’inventais quelque chose… pour faire plaisir.

- Comment faire en sorte que tout serve aux êtres humains et que personne ne se serve d’eux comme un moyen d’enrichissement ?

- Comment juger quelqu’un, non pas selon ce qu’il rapporte ou ce qu’il coûte, non pas sur la marque de ses vêtements ou de ses chaussures, mais sur ce qu’il est ?

Questions d’une actualité brûlante avec la crise économique et financière, et aussi puisque nous venons de célébrer la Journée Mondiale du Refus de la Misère ! Le chemin de Jésus passe par la libération effective et concrète de la misère et de l’oppression pour que chaque personne puisse reconnaître de quel amour elle est aimée. C’est Maurice Zundel qui écrivait : “Quand y aura-t-il un partage équitable du commun patrimoine ? Combien doivent douter qu’ils aient un Père, n’ayant pas de frères pour leur en montrer l’image ?”

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 17:24
Arcabas : Les Noces de Cana

Arcabas : Les Noces de Cana

Évangile Matthieu 22, 1-14

« En ce temps-là,
    Jésus se mit de nouveau à parler
aux grands prêtres et aux pharisiens,
et il leur dit en paraboles :
    « Le royaume des Cieux est comparable
à un roi qui célébra les noces de son fils.
    Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités,
mais ceux-ci ne voulaient pas venir.
    Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités :
‘Voilà : j’ai préparé mon banquet,
mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ;
tout est prêt : venez à la noce.’
    Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent,
l’un à son champ, l’autre à son commerce ;
    les autres empoignèrent les serviteurs,
les maltraitèrent et les tuèrent.
    Le roi se mit en colère,
il envoya ses troupes,
fit périr les meurtriers
et incendia leur ville.
    Alors il dit à ses serviteurs :
‘Le repas de noce est prêt,
mais les invités n’en étaient pas dignes.
    Allez donc aux croisées des chemins :
tous ceux que vous trouverez,
invitez-les à la noce.’
    Les serviteurs allèrent sur les chemins,
rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent,
les mauvais comme les bons,
et la salle de noce fut remplie de convives.
    Le roi entra pour examiner les convives,
et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce.
    Il lui dit :
‘Mon ami, comment es-tu entré ici,
sans avoir le vêtement de noce ?’
L’autre garda le silence.
    Alors le roi dit aux serviteurs :
‘Jetez-le, pieds et poings liés,
dans les ténèbres du dehors ;
là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’

    Car beaucoup sont appelés,
mais peu sont élus. »

Homélie

Serons-nous de la fête?

On a tous reçu un jour un jour ou l’autre un « faire-part » nous annonçant le mariage d’une de nos connaissances. Une invitation à faire la noce assortie d’une petite enveloppe pré-affranchie et d’une carte-réponse. Serons-nous de la fête? Or voilà que Jésus nous invite aux noces de son Fils. Rien de moins. Même si ça peut sembler étonnant, c’est en ces termes que l’évangile nous propose l’aventure de la foi, une aventure qui tôt ou tard nous oblige à nous positionner. Alors, serons-nous de la fête?

Tout de même, quelle image merveilleuse que ce fabuleux festin décrit par le prophète Isaïe. Il est comme une réponse à la certitude de Paul écrivant à ses Philippiens: Et mon Dieu subviendra magnifiquement à tous vos besoins selon sa richesse dans le Christ Jésus. 

Oui, quelle image merveilleuse que ce fabuleux festin: Ce jour là, le Seigneur, Dieu de l’univers, préparera sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vin décantés... et ceux qui s’y connaissent savent qu’un vin qu’on prend la peine de mettre dans une carafe pour le décanter, n’est pas ce qu’on appelle couramment du  «vin de dépanneur».  Et en plus du fabuleux festin, le voile de deuil, les larmes, l’humiliation, tout cela aura disparu, prévient le prophète Isaïe. 

D’un côté une annonce, celle d’Isaïe, de l’autre une invitation, celle de Jésus. Une invitation à venir faire la fête, à partager le banquet, tout cela nous donnant de nous retrouver devant l’un des visages de Dieu: le Dieu qui invite,  l’Invitant... 

Il nous invite à la joie, la joie immédiate et pourquoi pas.  Joie de faire eucharistie, ne dit-on pas: Heureux les invités au repas du Seigneur... Joie aussi qui se prolongera en vie éternelle. Le Royaume des cieux ne sera-t-il pas un banquet, un grand banquet de noce?  C’est d’ailleurs la seule certitude que l’on puisse avoir concernant ce Royaume à venir et ce que sera l’au-delà pour reprendre des mots qui nous sont plus familier. Ce sera la fête !

Une fête où tous sont invités et cela en toute liberté. Tout de même ce Dieu invitant, ce Dieu qui invite attend une réponse. Une réponse libre elle aussi, mais réponse tout de même qui oblige à prendre position, à faire des choix. 

 Et à quoi ressemblent nos choix, nos réponses ? Devant Dieu qui invite, quelles sont les réactions ?  L’évangile en suggère quelques-unes. D’abord celle des gens trop occupés, vous savez ces personnes qui n’ont jamais le temps. Et moi... est-ce que je prends le temps de créer entre Dieu et moi un petit espace de communion ?  Après tout, c’est déjà goûter au plaisir de la fête. 

Puis il y a la réponse de ceux qui ont tout misé sur leurs affaires : l’un s’en alla à son champ, l’autre à son commerce... Est-ce que le meilleur de moi-même ne risque pas ainsi de se perdre à travers des préoccupations nécessaires - nécessaires ça c’est évident - mais préoccupations qui ne peuvent pas être les seules, cela aussi est évident ! 

Et plus tragique, il y a la réponse de ceux qui avec violence font taire les serviteurs parce qu’ils gênent, parce qu’ils font peur. Pourtant, ils invitent à la joie de croire, à la joie de faire la fête... 

Mais ceci dit, ce qui étonne peut-être davantage c’est de voir le roi de la parabole poursuivre son projet de banquet. Il veut que la salle soit pleine : Invitez tous ceux que vous rencontrerez...dit-il à ses serviteurs.  Les noces que Dieu veut célébrer sont celles de son Fils avec toute l’humanité et la parabole pousse très loin l’invitation : Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons... 

Les mauvais comme les bons, voilà qui rappelle une autre parabole, celle  de l’ivraie et du bon grain. Dans le Royaume, tous sont conviés et Dieu fait confiance. Il laisse à chacun le libre choix de porter le vêtement de noce, c’est-à-dire de convertir et de lentement conformer ses gestes, ses attitudes, ses choix, ses valeurs à celles de l’Évangile.

Étonnante parabole ! On y trouve la joie de la fête, on y croise également le drame des refus toujours possibles, sans oublier ceux qui auraient égaré la carte-réponse...  Mais retenons surtout que les portes du Royaume demeurent largement ouvertes me redisant que j’y ai moi aussi une place ...   

Et la salle de noce fut remplie de convives !  

Jacques Houle, Prêtre au Québec

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 19:04
Homélie du dimanche 8 octobre 2017

Encore une parabole qui emprunte l’image de la vigne, ce dimanche. Une image qui convient tout à fait à la saison des cueillettes et des vendanges, saison favorable aux bilans, aux évaluations. Les relations entre Dieu et son peuple dans le cadre de l’Alliance ont été très mouvementées dans le premier Testament. Dans le second et dans l’histoire de l’Église aussi ! Elles sont souvent présentées comme des affaires de famille entre l’époux bien-aimé et son épouse infidèle, entre le père aux entrailles de mère et ses enfants ingrats. Ce que Dieu a semé, planté, cultivé, a-t-il porté les fruits escomptés ? Surprises heureuses ou amères déceptions ? Écoutons d’abord dans le Livre d’Isaïe la lamentation et la déception de Dieu au sujet de sa vigne.

Je chanterai pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne.
Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux.
Il en retourna la terre et en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité.
Au milieu il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir.
Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais. »
Il prend alors tout le monde à témoin :
« Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ?
J’en attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? » […]
La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël.
Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda.
Il en attendait le droit, et voici l’iniquité ;

il en attendait la justice, et voici les cris de détresse.

Par la voix du prophète, le Dieu d’Israël fait comprendre à son peuple qu’il l’aime, comme un époux chérit son épouse. Il lui rappelle de quels soins il l’a entourée, combien grande est sa sollicitude à son égard, et combien grande est sa déception quand elle se détourne de sa volonté. Dieu se lamente sur elle et la prie. On envisage souvent la prière à sens unique. On prie Dieu, on lui adresse des demandes et on se plaint parfois qu’il semble ne pas les avoir exaucées. On ne retient du « Notre Père » que la deuxième partie et on oublie la première : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, que ton règne vienne ». On oublie que ce qui est premier c’est la prière que Dieu adresse à ceux qui le prient, et la manière dont eux aussi l’exaucent ou non par leurs manières de vivre. Au lieu de porter des fruits de justice et d’amour, ils cultivent parfois la haine et méprisent le droit. Quand Dieu se lamente sur ses enfants de la terre, il est temps pour eux de se lamenter sur eux-mêmes et de mieux faire sa volonté.

La parabole de Jésus rapportée par saint Matthieu prolonge celle d’Isaïe. Dieu ne désespère jamais de sa vigne, et en Jésus, il va jusqu’au bout de sa sollicitude pour elle.

« Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ;
il planta une vigne, l’entoura d’une clôture,
y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde.
Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage.
Quand arriva le moment de la vendange,
il envoya ses serviteurs auprès des vignerons
pour se faire remettre le produit de la vigne.
Mais les vignerons se saisirent des serviteurs,
frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième.
De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs
plus nombreux que les premiers ;
mais il furent traités de la même façon.
Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : « Ils respecteront mon fils."
Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : « Voici l’héritier :
allons-y ! Tuons-le, nous aurons l’héritage !"
Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? »
On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement.
Il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons,
qui en remettront le produit en temps voulu. »
Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures :
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire.
C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ?
Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé
pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. »
En entendant les paraboles de Jésus,
les grands prêtres et les pharisiens avaient bien compris qu’il parlait d’eux.
Tout en cherchant à l’arrêter, ils eurent peur des foules,
parce qu’elles le tenaient pour un prophète.

 Cette parabole présente des événements passés, mais elle est aussi une annonce prophétique de sa mort par Jésus. Après avoir envoyé des prophètes pour inviter son peuple à porter des fruits de justice et de paix, le maître de la vigne envoie son propre fils. Mais cela n’arrête pas l’attitude égoïste et violente des vignerons. Ils ont rejeté et tué les prophètes, et quand le maître de la vigne envoie son propre fils, ils commettent le péché semblable à celui d’Adam : ils décident de prendre la place de Dieu, du maître de la vigne, s’en autoproclamer propriétaires, et cela en tuant ses envoyés, et pire encore en exterminant son fils pour s’approprier l’héritage. Cependant, alors qu’ils croient se débarrasser de Dieu par des méthodes misérables, ces vignerons font leur propre malheur, ils se condamnent eux-mêmes à périr misérablement. Dieu ne peut rien pour ceux qui le rejettent, car il va jusqu’à respecter leur liberté de l’assassiner. Aucune haine, aucune violence destructrice, aucun refus ne saurait l’arrêter d’aimer et de faire vivre.

On peut noter que Jésus laisse à ses auditeurs de conclure la parabole. « Quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » Ils répondent : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. » La traduction littérale du texte est plus dure : « Ces méchants, il les tuera avec méchanceté ». Leur réponse est révélatrice de leur vision de Dieu. Ils pensent que Dieu agit comme eux et rend méchanceté pour méchanceté. Jésus n’approuve pas leur réponse. Lui, le fils envoyé par Dieu sera tué par les vignerons, mais Dieu ne répondra pas par la vengeance et la violence aux misérables qui vont rejeter et tuer son Fils. En effet la mort du Christ ne sera suivie d’aucun massacre : au contraire, faisant ainsi la volonté de son Père, Jésus pardonnera lui-même à ses juges et à ses bourreaux. Dieu n’est ni méchant, ni vengeur. Comme le dit le psaume 108 : « Eux ils maudissent, toi tu bénis. » Il ne détruira pas sa vigne, mais la confiera à d’autres en espérant que ceux-ci lui feront produire de meilleurs fruits. Ce n’est pas parce que les vignerons ont trahi la mission que Dieu leur confiait, que celui-ci met un terme aux projets de son cœur pour l’humanité. Comme l’a écrit saint Irénée (2e s), « De multiples façons, Dieu a préparé les hommes pour les réunir dans la symphonie du salut. C’est pourquoi Jean dit dans l’Apocalypse : ‘Et sa voix résonnait comme de multiples chutes d’eau’. Oui, les eaux de l’Esprit de Dieu sont vraiment multiples, parce que le Père est riche et ses chemins sont multiples. »

La parole de Jésus semble dure et peut se comprendre comme une condamnation et une fin du judaïsme aux yeux de Dieu, au bénéfice du christianisme. Cela s’explique sans doute par le contexte historique qui était celui de l’Église en ses commencements. Elle était souvent en butte de la part du peuple juif à du rejet et de la persécution. Cette phrase a pu inspirer et nourrir par la suite, durant des siècles, l’antisémitisme de l’Église et aussi des sociétés sous des formes nombreuses. Heureusement dans l’Église catholique le contexte a changé depuis le concile Vatican 2. Aujourd’hui, les chrétiens ne s’estiment pas meilleurs que les juifs par rapport au royaume de Dieu, et ne pensent plus que ceux-ci ont été dépossédés de l’Alliance et privés de la confiance de Dieu. Au contraire l’Église les considère comme des frères aînés dans la foi, et se sent concernée elle aussi par cette parabole du Christ. Au lieu de qualifier les deux Testaments de la Bible d’« ancien et nouveau » on préfère aujourd’hui les nommer « premier et second », et le Concile a introduit dans la liturgie dominicale de la Parole des textes de l’Ancien Testament. Saint Paul n’encourage pas les Philippiens à la haine et la guerre, mais de manière modeste, à la paix et la justice.

Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance,
priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes.
Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir,
gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus.
Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble,
tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré,
tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte.
Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi,
mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

 Quelques remarques pour conclure. Nous faisons toujours notre propre malheur dans notre vie concrète, lorsque nous nous comportons comme des propriétaires jaloux vis-à-vis de nous-mêmes, de nos enfants, de nos parents, de notre conjoint, de notre entreprise, de notre Église, et pourquoi pas de Dieu, tant qu’à faire. Comme la vigne de la parabole, tout est grâce et don de Dieu. Lui seul est le maître de tout. Et justement Jésus nous révèle que son Père n’a rien d’un propriétaire jaloux. Les crimes des misérables n’arrêtent pas sa volonté de poursuivre la culture de sa vigne, pour la plus grande joie de l’humanité. Il ne désespère pas de trouver des meilleurs vignerons. Et Dieu fera plus encore, puisque son Fils deviendra par sa mort et sa résurrection la pierre angulaire d’un peuple capable de le reconnaître comme le Dieu qui fait merveille. Et dans l’Eucharistie, le fruit de la vigne et du travail de l’homme sera changé en sang de l’Alliance nouvelle versé pour la multitude, en vin du royaume éternel.

Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 09:05
Pour l'homélie de dimanche 1er octobre 2017

Evangile de Saint Matthieu 21,28-32

« Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : 'Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne.' Celui-ci répondit : 'Je ne veux pas.' Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : 'Oui, Seigneur !' et il n'y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ».
Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »

OUI ou NON

Jésus se trouve dans le temple, aux prises avec les grands prêtres et les anciens du peuple qui lui cherchent querelle à propos de son autorité. Jésus leur demandera leur avis à la suite de la courte parabole qu’il leur raconte : un humain a deux fils, un premier et l’autre ; pour être précis, il s’agit même, ici, de deux enfants, de deux « petits » ; le père s’approche de chacun à tour de rôle et leur demande d’aller travailler à sa vigne. Le premier refuse net, puis décide d’y aller ; l’autre se met en avant comme volontaire, mais n’y va pas. Aucun des deux ne fait ce qu’il dit. « Lequel des deux a fait la volonté du père ? Le premier », répondront de façon juste, les interlocuteurs de Jésus.

Nous pourrions être tentés d’en tirer une morale : il faut faire ce que l’on dit, être en cohérence avec sa parole. Paradoxalement, il n’en est rien, pour le premier des fils !

Il nous intéresse, cet enfant qui s’affirme par le refus : « Je ne veux pas ! » Loin de l’image du gamin capricieux et désobéissant, apparaît la figure plus complexe d’un fils qui ne s’aligne pas sur la volonté de son père. Mais s’il commence par s’en détourner, n’est-ce pas pour mieux la choisir ? Comme si l’attitude de refus rompant avec une certaine dépendance ouvrait à une relation neuve, ajustée, librement choisie. Étrange situation que la sienne ! Ce fils est présenté comme premier d’emblée, c’est-à-dire celui qui précède ! C’est lui qui « fait » la volonté de son père, c’est lui qui incarne le désir du père. La phase de repentir révèle qu’au plus secret de lui-même, il a renoncé à sa volonté propre ; le retournement semble nécessaire pour instaurer la relation nouvelle avec le père.

L’autre fils, dont le père s’approche ensuite, se considère en conformité avec le commandement du père, mais en réalité, il n’accomplit pas son œuvre. Il est trop imbu de son propre personnage, car, littéralement, ce n’est pas « Oui » qu’il répond à son père, mais « Moi, seigneur ». Il n’y a ni retournement, ni déplacement chez lui. Il n’a pas sa place dans la vigne, cet espace où se déploie la relation nouvelle.

Les grands prêtres et les anciens entendent Jésus énoncer un jugement dur et inattendu ! Les publicains et les prostituées qui sont à la place du premier enfant de la parabole, passent avant eux dans le royaume de Dieu.

Le critère de jugement nous surprend : « Jean est venu dans un chemin de justice », les publicains et prostituées, les mauvais sujets, les perdus de la société, tous ceux qui disaient « Non » à la Loi par leur comportement, ont cru en lui ; ils ont couru dans le royaume de Dieu, en incarnant la parole de vie dans leurs actes. Vous, spécialistes de la Loi et des Écritures vous n’avez pas bougé !

L’Évangile, ce n’est pas la morale, et cela peut faire grincer des dents, quand on s’estime être du côté des « gens de bien sous tous rapports ».

La précédence dans le royaume est pour ceux et celles qui sont dans le mouvement vers la vie, capables de repentir, à l’écoute d’un appel, portés à aimer « en acte et en vérité ».

Malou LE BARS

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 17:29
Homélie du dimanche 24 septembre 2017

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (20, 1-16)

 

« En ce temps-là, Jésus disait cette parabole à ses disciples : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne.

Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.” Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?” Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : “Allez à ma vigne, vous aussi.”

« Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.” Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : “Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !”

Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?” « C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers »

 

Homélie : Juste une question d'amour


 

N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon fric ? L’arrogance de la question, qu’elle soit celle d’un flambeur bling-bling, d’un ado en crise ou d’une personne paumée qui ne sait plus gérer son budget, a de quoi agacer. Pourtant, nous venons de l’entendre et personne n’a sursauté : « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? »

Bien sûr, la suite de phrase adoucit voire camoufle l’arrogance, reportant sur l’interlocuteur muet l’agacement de l’auditeur. « Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? » Le rédacteur de l’évangile nous aura bien manœuvrés.

Car non seulement nous aurions dû sursauter à ce N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon fric, mais aussi, à ce que ces mots soient mis sur les lèvres du Père. Comment Dieu pourrait-il parler ainsi ? Si les hommes sont dans le besoin, il ne fait pas ce qu’il veut de son bien, il le donne, il le partage, il soulage. Il faut bien que nous n’en ayons pas fini avec le dieu pervers pour que cela ne nous choque pas que Dieu soit un salaud. OK, ce n’est pas dit si carrément, mais c’est bien pour cela que c’est pernicieux. On révère Dieu dans les mots, mais l’on cache dans la révérence toute notre dé-fiance, toute notre incroyance.

Je me rappelle ce prêtre que nous avions invités à donner une récollection au séminaire et qui commentait la prière du bienheureux Charles de Foucauld, « Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira. Quoi que tu fasses de moi, je te remercie. Je suis prêt à tout, j'accepte tout. Pourvu que ta volonté se fasse en moi. » Enfin, pas tout, avait-il ajouté. Mais si, tout ; aurions-nous à craindre celui qui nous aime ?

Ainsi donc, notre parabole, comme d’habitude, ménage en son sein le lieu où elle pivote pour laisser apparaitre son sens, tel un passage secret. La double provocation au sursaut invite à chercher à quelle condition le Père peut ainsi parler. Non parce que sa toute puissance en ferait un despote. Cela, nous l’avons écarté comme ce que M. Bellet appelle le dieu pervers. La toute puissance de Dieu n’est pas le n’importe quoi ou l’arbitraire de caprices. La toute puissance de Dieu, c’est de se donner pour de bon, totalement. Si puissant qu’à part lui, personne ne le peut. Pour les hommes, c’est impossible.

Et effectivement, si Dieu fait ce qu’il veut de son bien, c’est parce qu’il l’a tout donné, qu’il n’en est plus maître, qu’il s’est ruiné à aimer. En cet absolu dépouillement se reconnaît le Dieu de Jésus.

Les versions grecques ne sont pas unanimes sur un point qui paraît un détail, mais ne l’est en rien. On lit selon les manuscrits : « Les premiers, venant à leur tour, pensèrent qu’ils allaient toucher davantage ; mais c’est chacun un denier qu’ils touchèrent, eux aussi », ou bien « mais c’est chacun le denier qu’ils touchèrent, eux aussi ». L’article défini étonne, et c’est un indice de sa probable authenticité. Chacun reçoit non pas son denier, celui qu’il a gagné, mais le denier, le seul qui se puisse donner, l’unique don du Père qui est lui-même, son amour.

L’amour en effet ne s’additionne pas. Le Père aime et s’épuise en cet amour. Il n’y a rien d’autre en Dieu, si l’on peut ainsi parler, que l’amour. Et quand il a donné quelque chose, c’est forcément l’amour, quand il a donné quelque chose, c’est forcément lui-même, quand il a donné, c’est forcément tout. On ne peut avoir plus ou moins quand on a tout.

Que cette parabole s’oppose dans une logique bien paulinienne à la théologie du mérite, c’est certain. On n’a pas plus droit au paradis parce qu’on a jeuné régulièrement, parce qu’on est allé à la messe, parce qu’on s’est fait c… à être chrétien. Ça, c’est ce qu’on pense quand justement, cela nous casse les pieds, alors que c’est juste une question d’amour. Les ouvriers de la première heure n’aiment pas le maître. On ne sait rien des autres, il est vrai ; mais si les premiers aimaient le maître, ils seraient à jamais les premiers, jamais les derniers.

Nous sommes disciples de Jésus parce que le Père le premier nous a aimés. Comment ne répondrions-nous pas ? Peut-on envoyer balader l’amour ? Mais il en est de tout temps, des croyants, des chrétiens, pour qui cela ne suffit pas. Alors notre parabole s’oppose aussi à tout ce qui ferait de la foi un moyen en vue d’un but. Croire et travailler à la vigne pour avoir la vie, la vie éternelle.

Mais la vie éternelle n’est pas récompense, à venir, elle est vie avec Dieu, déjà, ici et maintenant. Que voulons-nous de plus que Dieu qui s’offre à nous ? Des sucreries, du réconfort ? Enfants gâtés qui veulent la barbe à Papa quand ils ont les mains pleines !

Enfin, notre parabole s’oppose à tout ce qui nous mettrait en première ligne. Nous croyons assez facilement que c’est l’homme qui cherche Dieu, que nous aurions soif de Dieu. Or c’est le Père qui a aimé le premier. C’est lui qui ne cesse de sortir à la rencontre des hommes, à toute heure du jour, et de la nuit. Nous ne faisons que répondre. Nous ne sommes pas croyants pour que Dieu nous réponde. Lui répondre, entendre comme une bénédiction son don, voilà qui fait de nous les disciples de Jésus.

Patrick ROYANNAIS

Curé de la Paroisse Saint Louis des Français de Madrid

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 21:12
Homélie du dimanche 17 septembre 2017

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
    Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander :
« Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi,
combien de fois dois-je lui pardonner ?
Jusqu’à sept fois ? »
    Jésus lui répondit :
« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
mais jusqu’à 70 fois sept fois.
    Ainsi, le royaume des Cieux est comparable
à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
    Il commençait,
quand on lui amena quelqu’un
qui lui devait dix mille talents
(c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).
    Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser,
le maître ordonna de le vendre,
avec sa femme, ses enfants et tous ses biens,
en remboursement de sa dette.
    Alors, tombant à ses pieds,
le serviteur demeurait prosterné et disait :
‘Prends patience envers moi,
et je te rembourserai tout.’
    Saisi de compassion, le maître de ce serviteur
le laissa partir et lui remit sa dette.

    Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons
qui lui devait cent pièces d’argent.
Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant :
‘Rembourse ta dette !’
    Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait :
‘Prends patience envers moi,
et je te rembourserai.’
    Mais l’autre refusa
et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.
    Ses compagnons, voyant cela,
furent profondément attristés
et allèrent raconter à leur maître
tout ce qui s’était passé.
    Alors celui-ci le fit appeler et lui dit :
‘Serviteur mauvais !
je t’avais remis toute cette dette
parce que tu m’avais supplié.
    Ne devais-tu pas, à ton tour,
avoir pitié de ton compagnon,
comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’
    Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux
jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.


    C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera,
si chacun de vous ne pardonne pas à son frère
du fond du cœur. »

Homélie

 

PARDONNER 70 FOIS SEPT FOIS"

Les lectures bibliques de ce dimanche nous parlent du pardon. Bien avant la venue de Jésus, Ben Sirac écrivait : "Rancune et colère, voilà des choses abominables ou le pécheur s'obstine". L'auteur dénonce la vengeance et recommande le pardon. C'est un combat de tous les jours contre nos tendances naturelles. Mais la Bible nous dit que Dieu ne pourra pas nous pardonner si nous-mêmes nous ne pardonnons pas aux autres.

L'apôtre Pierre pensait être très généreux en pardonnant jusqu'à sept fois (sept est un chiffre symbolique qui signifie "sans limite"). Mais Jésus va bien plus loin : il nous dit qu'il faut pardonner jusqu'à 70 fois 7 fois. La mesure du pardon c'est d'être sans mesure. Le vrai pardon ne compte pas ; on n'a jamais fini de pardonner et d'être pardonné. Le Christ ne tolère aucune concession sur ce point : c'est absolument incontournable. Pour y parvenir c'est vers la croix de Jésus que nous nous tournons : livré aux mains des hommes, il a été torturé, bafoué et mis à mort, mais il a pardonné. Lui seul peut nous donner la force et le courage d'aller jusqu'au bout du pardon.

Pour nous aider à mieux comprendre cet appel, Jésus nous raconte une parabole. Il compare Dieu à un roi qui décide de régler ses comptes avec ses serviteurs. On lui en amène un qui devait dix mille talents (soixante millions de pièces d'argent). C'est une somme énorme, absolument impossible à rembourser. En nous racontant cette parabole, Jésus veut nous faire comprendre où nous en sommes envers Dieu. Cette démesure de la dette n'est qu'une image de ce qui se passe entre Dieu et nous. Devant lui, nous sommes tous des débiteurs incapables de rembourser.

Et pourtant, quand nous le supplions, Dieu ne se contente pas de nous accorder un délai. Il va jusqu'à nous faire grâce, tout cela au nom de l'amour qu'il nous porte. L'Évangile nous dit qu'il est "saisi de pitié". C'est une expression que nous rencontrons souvent, par exemple quand Jésus se trouve devant un malade, un lépreux, un paralysé. C'est le cœur qui parle. Le pardon est donné pour permettre un avenir à celui qui n'en a pas d'autres possibles.

Tous l'Évangile nous dit que Dieu est "pardonneur". Ce mot n'existe pas dans nos dictionnaires mais il définit très bien qui est Dieu. "Nos péchés les plus graves, disait le curé d'Ars, ne sont qu'un grain de sable face à la montagne de miséricorde du Seigneur." Oui, Dieu pardonne ; il n'en finit pas de pardonner ; il ne fait pas payer. Jésus n'a pas fait payer à la femme adultère, ni à la samaritaine, ni à Pierre qui l'a renié, ni à ses bourreaux. Ce qu'il nous demande aujourd'hui, il l'a vécu jusqu'au bout.

Si le Seigneur se comporte ainsi à l'égard des hommes c'est pour nous apprendre à suivre son exemple en pardonnant à ceux qui nous ont fait souffrir. C'est vrai que l'offense d'un frère nous fait mal. Mais elle est bien peu de choses par rapport à tous nos manques envers Dieu. Cent euros, c'est insignifiant par rapport aux soixante millions que je dois. Malheureusement, trop de gens sont fâchés jusqu'à la mort. On enferme l'autre dans son passé et sa réputation. On ne lui laisse aucune chance de faire un geste de paix. Mais quand on reste enfermé dans la rancœur, ça ne donne rien de bon : on souffre et on fait souffrir.

Comprenons bien : il ne s'agit pas d'oublier mais de tendre la main à l'offenseur pour l'aider à se relever. Pardonner c'est aimer, c'est repartir ensemble sur de nouvelles bases. Dieu est un Père qui aime chacun de ses enfants. Le grand désir d'un père et d'une mère c'est que leurs enfants s'entendent bien et qu'ils soient unis et solidaires. C'est pour cela que Jésus nous a laissé son grand commandement : "aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés" (autant que je vous ai aimés, jusqu'au pardon.

En parlant du pardon, nous n'oublions pas que Jésus nous a donné un sacrement pour l'accueillir. Chaque fois que nous nous adressons à un prêtre pour le demander, c'est Jésus qui est là pour nous tendre la main. Il ne demande qu'à nous décharger de nos fautes pour nous rapprocher de Dieu. Il vient renouveler en nous la grâce du baptême. C'est ainsi que nous retrouvons notre place d'enfants de Dieu. Dans la seconde lecture, saint Paul nous dit que "nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes" ; nous vivons et nous mourrons pour le Seigneur. Avec lui, tout est cadeau. Sa miséricorde est source de joie, de sérénité et de paix. Elle nous ouvre à l'espérance d'être aimés pour toujours malgré nos limites et nos péchés. Pour toutes ces merveilles, nous pouvons chanter : "Gloire à Dieu, paix aux hommes, joie du ciel sur la terre. AMEN

Jean Compazieu, prêtre en Aveyron

 

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 05:58
Homélie du dimanche 10 septembre 2017

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,15-20. 
« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : 
« Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. 
S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. 
S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. 
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. 
Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. 
En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

Homélie

« S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (Mt 18, 15-20)

Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute.” C’est une invitation exigeante, mais qui comporte d’abord une évidence simple. Il est écrit : “Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul.” Et non pas : “Quand ton frère a fait une bêtise, raconte ça tout de suite à tout le voisinage !”

On est bien loin dans cet Evangile des langues de vipères que nous sommes trop souvent et qui, une fois que leurs frères ont le dos tourné, s’empressent de déverser à qui veut les entendre, leurs jugements et leurs récriminations contre ceux-ci !

Nous sommes invités à la discrétion, à la retenue et à l’intelligence dans nos relations humaines.

Jésus nous enseigne une vraie pédagogie de la médiation et de la gestion des conflits. Combien de fois des conflits de voisinage ou des conflits d’intérêts partent directement chez le juge sans qu’il n’y ait eu au préalable la moindre tentative de conciliation.

On le voit bien pour les divorces par exemple. Lorsqu’il y a déchirure brutale, donc souffrance aigue, donc réactions violentes et irrationnelles, les deux conjoints - ou l’un des deux qui se considère comme la victime- passe(nt) brutalement de l’amour à la haine. Ce sont toujours les enfants qui en font les frais – sans compter des traumatismes graves pour les deux protagonistes !

C’est « la parole » qui met à distance, qui libère et qui guérit ! C’est la parole qui crée ou re-crée la relation !

La pédagogie de cette « parole qui guérit » c’est une pédagogie de l’amour ! Dans les conflits je ne cesse de considérer l’autre comme « mon frère » ! Et lorsque Jésus dit, alors que l’on arrive au bout des tentatives de dialogue : « considère-le » comme un païen et un publicain, cela veut dire « littéralement » : redouble d’amour pour lui ! C’est le témoignage que Jésus lui-même nous donne dans l’Evangile !

Denis Chautard

 

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 16:49
La Passion du Christ - Arcabas

La Passion du Christ - Arcabas

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16,21-27.
Pierre avait dit à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ?
Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun se
lon sa conduite.

Homélie

“Seigneur, tu as voulu me séduire et je me suis laissé séduire,” disait Jérémie dans la première lecture. Le mot séduire n’a pas forcément bonne réputation. Mais on sait que quelqu’un qui est séduit est animé d’un ressort extraordinaire, et qu’il est prêt à tous les dépassements. “Il n’est plus lui-même,” disent certains. À moins que ce ne soit précisément à ce moment que la personne devienne elle-même. Impossible en tous cas d’empêcher Jérémie de jouer son rôle de prophète.

Dans son livre “Ils m’ont donné tant de bonheur”, Jacques Gaillot écrivait : “J’ai été séduit par la manière dont le Christ a mené sa vie d’homme. Séduit par Dieu, disait Jérémie. Séduit par la vie d’homme de Jésus, dit le Père Gaillot. J’aime bien le rapprochement. Instinctivement on distingue l’humain du divin, alors que le rapprochement est riche car il donne à penser l’incarnation. Il éveille à la foi chrétienne et rend possible la compréhension et les engagements communs entre ceux qui sont chrétiens et ceux qui ne le sont pas.

Quelqu’un a dit au sujet de l’Evangile d’aujourd’hui : “Si être chrétien c’est renoncer à tout, être méprisé, injurié, alors je vais me mettre à envier ceux qui ne le sont pas.” Cette personne distinguait vivre en homme et vivre en chrétien : si c’est trop dur d’être chrétien, alors je vais seulement être homme. Mais y a-t-il une autre manière d’être homme que celle de donner sa vie par amour, à la manière de Jésus ? C’est si vrai qu’on a pu, dans le passé, qualifier des gens de chrétiens sans le savoir parce qu’ils vivaient comme des chrétiens. On avait tort car être chrétien comporte l’affirmation consciente de sa foi. Mais leur manière de vivre était la même. Quant à la difficulté d’être homme vraiment, des théologiens expriment quelquefois qu’un seul être a pu être homme vraiment dans l’histoire : il s’appelait Jésus. Et que ce n’est que par lui, avec lui et en lui, selon la formule liturgique, que nous pouvons devenir hommes chaque jour un peu plus.

Saint Pierre a été séduit également par Jésus. C’était l’évangile de dimanche dernier : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !” Mais il a lui aussi très vite cherché à séparer le divin de l’humain : Jésus est Dieu, donc tout-puissant, donc il peut éviter de souffrir : “Cela ne t’arrivera pas”. La réponse a fusé : “Passe derrière moi, Satan !” En réalité, Dieu est tout-puissant d’amour. Il est Dieu dont l’amour est tout-puissant, Dieu Père tout-puissant ! Et les papas et les mamans savent bien que l’amour est souvent appelé à passer par la croix !

La formule de Matthieu : “Il fallait” (souffrir et mourir) étonne beaucoup. On dit : “Mais alors Jésus était programmé, prédestiné à mourir comme ça !” En réalité il s’agit d’une manière habituelle de parler de quelqu’un qui donne sa vie dans des engagements forts et risqués. On n’est pas très surpris de la mort violente de tel ou tel et on entend régulièrement la formule : “Il fallait que ça se termine comme ça !” Mais inéluctable ne veut pas dire prédestiné.

Jésus dit : “Si quelqu’un veut marcher derrière moi (être homme vraiment), qu’il prenne sa croix et qu’il me suive !” Lytta Basset, théologienne, a regardé de près la langue d’origine de ce texte et elle précise qu’on devrait traduire : “qu’il lève sa croix”. Le mot lever signifie alors la résurrection présente même dans le négatif de notre vie. Oh ! La croix en question n’est pas un étendard pour cortège triomphal. Mais la phrase n’est pas menace mais plutôt appel : si quelqu’un veut être homme, dit Jésus, qu’il choisisse, comme moi, d’aimer en donnant sa vie. Michel Pinchon précise le mot suivre : Suivre évoque trop souvent l’image d’un troupeau à la remorque de son berger qui décide pour lui des directions à prendre. Il serait plus exact de traduire le mot grec original par marcher, être compagnon de route. Jésus ne cherche pas des suiveurs, mais des amis qui prennent la route avec lui, pour risquée que soit cette route. Il les choisit pour être avec lui. Pour partager sa vie, sa mission et, librement, son destin quel qu’il soit. Ce compagnonnage est libre. « Si tu veux !» A leur tour, quand Jésus les aura quittés, ses disciples, déjà habitués à aller deux par deux, chercheront des compagnons de route pour partir, continuer la mission.

Pensons à tel ou tel que nous connaissons, qui a été séduit par le Christ et sur le visage de qui ça se voit. Pensons-y et laissons-nous séduire et inviter à être hommes nous aussi !

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 07:04
Saint Pierre Vitrail de la Collégiale de Montbrison

Saint Pierre Vitrail de la Collégiale de Montbrison

Saint Matthieu rapporte la confession de foi de saint Pierre, ainsi que la déclaration de Jésus concernant les clés du Royaume des cieux. La scène se passe en terre étrangère, à Césarée de Philippe. Jésus demandait à ses disciples :

« Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ;
pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas :
ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ;
et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre
sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre
sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie. 

Deux moments dans ce récit. D’abord celui du dialogue entre Jésus et ses disciples, puis celui de la déclaration à Pierre. Jésus leur pose deux questions. L’une a des allures de sondage impersonnel : qui est-il, le Fils de l’homme pour les gens ? Que pense-t-on de lui, à quel personnage ressemble-t-il ? Les réponses des disciples sont vagues et se limitent à des « on-dit ». L’autre question est personnelle : « Pour vous, qui suis-je ? » Elle requiert une réponse bien plus engageante car elle concerne leur relation à Jésus, présent devant eux. Pierre répond au nom de tous sans doute : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Dans sa confession de foi, il passe du « il » au « tu », du « parler de » au « parler à ». Il en est de même dans la messe : l’Eglise passe du Credo à la prière eucharistique.

Vient ensuite la déclaration à Pierre. Une remise de clés n’est jamais un acte banal. Elle est solennelle quand on entre en possession d’un domicile ou quand on le quitte. C’est un geste de confiance quand on remet les clés de sa maison, au moment de s’absenter. C’est aussi une charge, une responsabilité pour la personne à qui sont remises les clés. Jésus confie à Pierre les clés du Royaume des cieux, les clés de l’univers de Dieu ; quelle charge ! Notre époque plus que toute autre aime à personnaliser les dirigeants, les artistes, les chefs religieux au risque d’en faire des stars ou des autocrates. Jésus ne confie pas les clés à Pierre de manière exclusive. Pierre reçoit du Christ une fonction importante dans l’Église, mais il n’est pas l’Église à lui seul. Saint Augustin au 4e s. disait dans une homélie sur l’Évangile d’aujourd’hui : « Ce n’est pas un homme seul, mais l’Eglise dans son unité, qui a reçu les clés du Royaume. Ceci met en relief la prééminence de Pierre, car il a représenté l’universalité et l’unité de l’Église lorsqu’il lui fut dit : « Je te confie », alors que c’était confié à tous. En effet, pour que vous sachiez que c’est l’Église qui a reçu les clés du Royaume des cieux, écoutez ce que le Seigneur dit à tous ses apôtres en saint Jean (20, 22-23) et à tous ses disciples en saint Matthieu (18, 18) : ‘ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les cieux’. »

C’est donc à Pierre en tant que représentant de toute l’Église que sont remises les clés du Royaume. Et donc aussi à chaque communauté chrétienne, à chaque baptisé, et bien sûr aux responsables dans l’Église et à Pierre de manière particulière. Quel usage en faire ? Le même usage que Jésus : un usage fraternel et paternel. Ce que fait le Père quand il voit revenir le fils prodigue : il ouvre les portes de sa maison, de ses bras, il accueille, il pardonne, il relève, il délie son enfant de son péché. Quant au frère aîné du prodigue, il ferme sa porte à clés et refuse la réconciliation. Son frère s’était empêtré dans les liens du péché et il refuse de le délier. Que fait Jésus encore quand une brebis s’est égarée ? Il laisse les quatre-vingt-dix-neuf brebis fidèles pour aller la chercher. Il ne ferme pas la porte aux pécheurs et ne les condamne pas. Il ne lie pas de pesants fardeaux sur les épaules des gens, des petites gens, en les accablant de préceptes secondaires qui leur font perdre confiance en la miséricorde de Dieu.

Jésus ne fait pas usage de clés pour condamner, pour fermer ou enfermer, mais pour libérer, pour ouvrir les cœurs et les intelligences. Il place chacun devant sa responsabilité et il lui propose toujours le salut, la libération, la guérison. Il se présente comme une porte grande ouverte aux pécheurs, aux blessés de la vie (Jn 10, 7).

Faisons donc le même usage que lui des clés qui nous sont confiées. Qu’elles ne servent pas à nous enfermer sur nous-mêmes, mais au contraire à ouvrir à quiconque frappe à notre porte, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Ainsi, grâce à nous, la maison – le Royaume – de Dieu, leur apparaîtra toujours grande ouverte. Quelle confiance Dieu fait à son Église en lui remettant les clés de son royaume ! Comment en être digne ? En se comportant comme le Père qu’il est pour tous, le Père des miséricordes, comme Jésus son Fils et notre frère. « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu », écrit Paul aux Romains. Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables !

Poursuivons notre réflexion, en lisant le texte d’Isaïe proposé ce dimanche.

Parole du Seigneur adressée à Shebna le gouverneur :
« Je vais te chasser de ton poste, t’expulser de ta place.
Et, ce jour-là, j’appellerai mon serviteur, Éliakim, fils de Hilkias.
Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe, je lui remettrai tes pouvoirs :
il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda.
Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David :
s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira.
Je le rendrai stable comme un piquet qu’on enfonce dans un sol ferme ;
il sera comme un trône de gloire pour la maison de son père. »

La clé que Dieu confie à Eliakim après l’avoir retirée à Shebna est celle de sa maison, de son projet et non de celle de sa personne de gouverneur. Il la lui confie pour qu’il soit un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Comme il en a fait mauvais usage, le Seigneur la lui enlève et décide de la confier à un autre. Il est bon pour l’Église, à ses pasteurs et à ses membres de retenir la leçon. Les clés qui leur sont confiées par Jésus – notons bien qu’il y en a plusieurs, et que ce n’est pas une clé unique – sont celles du Royaume des cieux, d’une maison qui n’est pas la leur, mais celle de Dieu lui-même.

A peine Pierre a-t-il reçu les clés qu’il va en faire mauvais usage, en voulant emprisonner Jésus dans ses propres visées, qui ne correspondent en rien à celles de celui qui les lui a confiées. Mais une chance pour lui : la confiance de son maître ne fait usage d’aucun verrou ! La suite de l’Évangile nous apprendra que Jésus ne le chassera pas de son poste pour autant, qu’il ne lui retirera pas les clés pour les confier à un autre. Il est moins sévère que Dieu dans le récit d’Isaïe. Quand Pierre reçoit les clés, il n’a pas encore traversé la Passion, renié son maître, été délié par lui de son péché. C’est seulement après avoir été pardonné qu’il sera à même d’en faire bon usage pour délier ses frères et les raffermir dans la foi.

Notons que Jésus ne parle pas seulement de délier, mais aussi de lier. Un verbe qu’on pourrait comprendre dans le sens d’une condamnation, d’un emprisonnement de quelqu’un qu’on ligote et à qui on passe les menottes. Mais on peut le comprendre aussi dans le sens d’une responsabilisation, d’une culpabilité à reconnaître. Quiconque ne se reconnaît pas lié, coupable et responsable de ses actes, attaché en quelque sorte au mal qui est en lui, au mal qu’il a fait, quiconque ne reconnaît pas et n’assume pas ses péchés, et ne demande pas d’en être délivré, délié, que peut-on pour lui ? C’est la dimension prophétique de l’Église de dénoncer le mal pour susciter la conversion du pécheur, comme le prophète Natan l’avait fait devant David devenu meurtrier : « C’est toi cet homme », lui avait-il dit, après lui avoir raconté la parabole de l’homme pauvre qui n’avait qu’une petite agnelle. Un homme riche s’en était emparé pour la tuer et festoyer avec un hôte riche comme lui. (2 Sm 12, 4). Cette parabole du prophète avait provoqué chez David le choc libérateur de la reconnaissance de son péché, de sa conversion, puis du pardon de Dieu. C’est cette conversion qui avait fait de lui un modèle spirituel pour son peuple et les générations à venir.

Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 08:37
Homélie du Dimanche 20 août 2017

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 15,21-28. 

« En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. 
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » 

Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » 

 Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » 
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » 
Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » 
Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » 

Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. »

 

 

Homélie

La foi d'une païenne

On ne sait même pas son nom. On l'appelle « la Cananéenne ». Pourtant, cette femme a joué un rôle unique. Elle va faire franchir à Jésus, une frontière jusque-là jalousement fermée. Israël étant le seul Peuple élu, les autres nations, sans distinctions, étaient tout simplement censées être païennes, non concernées directement par le salut promis par Dieu à son Peuple. C'est même la doctrine que Jésus semble faire sienne avant d'avoir rencontré cette païenne. Elle a beau étaler la détresse de sa fille devant les yeux de Jésus, celui-ci, contrairement à ses habitudes, ne s'émeut pas. Il laisse cette femme crier et ne s'occupe pas d'elle.

Lorsque ses disciples, mis à bout par ses insistances bruyantes, viennent plaider sa cause - « donne-lui satisfaction car elle nous poursuit de ses cris » - Jésus refuse net, et pour un motif qui n'admet aucune réplique, puisqu'il touche à la mission même qu'il a reçue de son Père : « Je n'ai été envoyé, dit-il, qu'aux brebis perdues d'Israël » En clair : cette femme est une étrangère. Elle n'appartient pas au Peuple élu.

Essayons de comprendre. Jésus ne vient pas fonder une nouvelle religion. Il vient renouveler de l'intérieur la foi du peuple d'Israël. C'est ensuite, que ce peuple choisi par Dieu pourra se tourner vers les païens.

Certes, Jésus a conscience d'être l'unique sauveur pour tous les hommes. Comment serait-il moins universaliste que son lointain devancier, Isaïe, annonçant qu'un jour le Seigneur rassemblerait les étrangers eux-mêmes en sa maison ?

Mais on comprend sans peine qu'il ne pouvait se tourner vers les païens sans se couper des Juifs et par là, d'emblée, se condamner à l'échec. Le Fils de Dieu a connu les limites de toute condition humaine. Cet écartèlement entre son amour sans frontière et son enracinement bien particulier, Jésus l'a vécu sans tricher, se donnant tout entier à sa mission jour après jour, et s'en remettant à son Père pour l' avenir. Ce qu'il ne pourrait faire lui-même, d'autres le feraient après lui. C'est chose faite quand Matthieu nous fait relire l'histoire de la Cananéenne. L'évangéliste écrit à des chrétiens d'origine juive, qui, bien que rejetés eux-mêmes par leurs frères de race, vivent une certaine tension avec les païens qui, de plus en plus nombreux, s'ouvrent à l'Evangile et entrent dans l'Eglise.

Revenons à notre texte.

« Seigneur, viens à mon secours » reprend la Cananéenne. Jésus lui répond qu'il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. La femme saisit la nuance de bienveillance qu'il y a dans le diminutif « petit ». Elle insiste. « C'est vrai. Mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître; et quand on est pas grand chose, quand on est rien du tout, la moindre miette d'attention, de respect, la moindre miette d'amour vous redonne le courage de vivre. »

Sa foi fait l'émerveillement de Jésus. Le pain de sa Parole que les Juifs refusent, elle, l'étrangère, la païenne, l'accueille et de quelle façon ! « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux » Jésus, malgré toutes les barrières que nous avons évoquées se laisse bousculer par la foi de cette femme.

Sa foi ! Elle n'aurait pas eu grand-chose à dire s'il lui avait demandé de s'en expliquer un peu. Pas plus que le soldat romain auquel Jésus avait dit : « Chez personne je n'ai trouvé pareille foi en Israël. »

Alors la foi ? Avant d'être un crédo ou l'adhésion à un ensemble de croyance, elle consiste, tout simplement mais vigoureusement à tourner son cœur vers Jésus et à jouer sur lui l'essentiel de nos vies.

Et aujourd'hui, n'avons-nous pas à vivre le même déplacement que Jésus ?

Qui sont-ils ces « païens >> d'aujourd'hui qui frappent à la porte de l'Eglise ? Ils sont présents dans nos assemblées au moment de baptêmes, des mariages, des sépultures, plus attentifs qu'on ne le pense. Ils s'approchent pour voir, écouter, dialoguer, trouver un réconfort.

Saurons-nous, comme Jésus, nous émerveiller de leur foi ?

Louis DURET

Prêtre du Diocèse de Chambéry

 

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