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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 19:51
Homélie du dimanche 7 mars 2021

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 2, 13-25. 
"Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem. 
Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. 
Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, 
et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » 
Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : ‘L’amour de ta maison fera mon tourment.’ 
Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » 
Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » 
Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » 
Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. 
Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. 
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait. 
Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous 
et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme."

 

Homélie

Le temple de Jérusalem, construit par Hérode le Grand à partir de 20 avant Jésus Christ, était une belle et grande construction. Il y avait le sanctuaire, le Saint des Saints, la cour des hommes, celle des femmes, et une immense esplanade : le parvis des païens. C’est là que beaucoup se rassemblaient pour traiter leurs affaires, écouter les docteurs de la Loi, acheter des animaux pour les sacrifices et changer de la monnaie. C’est dans ce brouhaha de souk oriental que se place l’incident rapporté par Jean : Jésus chasse les marchands du temple. Sa protestation concerne surtout l’utilisation faite du Temple, le fait qu’il soit devenu un lieu de marchandage plus que de prière. La raison première du Temple est menacée. C’est comme ça que Jésus se sentit obligé de faire son ménage de printemps : “Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce”, dit-il, en accomplissant son geste prophétique.

L’évangile de Jean a été écrit vers l’an 100, c’est à dire 30 ans après la destruction du Temple. A cette époque Jérusalem est une ville interdite aux juifs qui sont chassés de la Palestine. Et le Temple n’est qu’un tas de ruines. Plus de prêtres ni de scribes, plus de pèlerins ni de vendeurs. Saint Jean est très âgé et il revoit la scène que nous venons d’entendre avec les yeux de ses 20 ans, et l’expérience du dernier témoin peut-être qui a vu le Christ vivant au matin de Pâques. C’est à la lumière de la résurrection qu’il a compris le sens de la parole de Jésus : “Détruisez ce sanctuaire et en 3 jours je le relèverai”. Jésus parlait du sanctuaire de son corps. C’est l’essentiel de cette page d’évangile. C’est son corps, ce corps qui sera crucifié et ressuscité, qui est le nouveau temple. Ainsi, le lieu de la Présence de Dieu, n’est plus un édifice, c’est Quelqu’un !  Toute la liturgie chrétienne se déroule autour de cette mystique du Corps du Christ.

Il y a déjà très longtemps qu’Israël a reçu de Moïse les dix commandements, une sorte de consensus pour vivre ensemble en peuple : on respecte les autres et leurs biens et on respecte celui qui a inspiré ces paroles de sagesse. Pour vivre ces commandements, Israël a possédé une terre, un roi, un système politique comme les peuples des alentours. Et puis il a pensé qu’il convenait de bâtir un lieu de rendez-vous, considéré comme la Maison de Dieu, le lieu de l’Alliance, le Temple. Mais Dieu a mal accepté cette proposition. Dieu ne peut être lié à un lieu où  il n’y a pas de vie.  On  ne peut pas assigner Dieu à résidence, même pas à résidence sacrée. Israël a mis beaucoup de temps à comprendre ça. Le Temple de Jérusalem construit par Salomon au 10° siècle avant Jésus Christ sera détruit et reconstruit plusieurs fois pour être enfin réduit à l’état actuel. Des fastes anciens, il ne reste qu’un mur de soutènement, le mur des lamentations. C’est le drame de tout un peuple que Jésus a prédit et pleuré. Le Temple ne sera  plus jamais comme l’avaient rêvé les rois d’Israël. Et c’est dans cet état de dépouillement, devant un mur, la tête en plein air, qu’aujourd’hui les enfants d’Israël viennent adorer la présence de Dieu.

L’épisode musclé du Temple va permettre à Jésus de nous faire progresser dans la rencontre Dieu-homme. Le véritable lieu de la rencontre n’est pas une église de pierres. Les prophètes nous y avaient préparés : le lieu de la rencontre c’est le cœur de l’homme. Même si ce cœur doit être sans cesse purifié car tout ce qui l’habite n’est pas toujours très beau ! C’est pour ça que nous disons de Jésus qu’il est le seul médiateur entre son Père et nous, parce qu’en lui l’amour est pur, et parce que le mal ne peut l’anéantir, sa résurrection en est le signe. Mais parce qu’il nous a donné son Esprit, voici que nous aussi devenons des temples de Dieu : “vos corps sont les Temples du Saint-Esprit,” dit Saint Paul.

Pour le chrétien, plus de barrière entre le profane et le sacré. Le seul lieu sacré c’est l’homme-fils de Dieu, le seul culte véritable est celui d’une vie vécue dans l’Esprit de Jésus, c’est à dire l’amour de Dieu et du prochain, aussi bien dans le quotidien que dans les engagements les plus risqués, sur nos chemins de joie comme sur nos chemins de croix. Et quand notre corps sera détruit nous avons foi que Dieu– comme il l’a fait pour Jésus – le relèvera dans la gloire. Aimer Dieu et le prochain sont les seuls commandements positifs : AIMER. Tout le reste est négatif. Autrement dit, on sait en détails ce qu’il ne faut pas faire. Ce qu’il faut faire, c’est aimer. Pas de détails, tout est à inventer.

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 15:35
Vitrail de Taizé : la Transfiguration

Vitrail de Taizé : la Transfiguration

Evangile selon saint Marc – Mc 9, 2-10

Chaque année liturgique, le deuxième dimanche de Carême célèbre la Transfiguration de Jésus. Un mot abstrait qui nous parle peu alors qu’il évoque le plus concret de notre vie commune : notre visage et notre regard. Le préfixe « trans » introduit des mots qui signifient des changements, des passages, des déplacements etc. Pour ceux qui nous regardent, notre visage et notre regard sont porteurs de notre être personnel unique et ils expriment nos sentiments dans les traversées de nos joies et de nos épreuves. Ils révèlent notre identité. Ils sont uniques pour chacune et chacun. Le « transport amoureux » change le regard.

Cependant, à mesure que nous changeons d’âge, de profession, que nous sommes revêtus de titres ou de responsabilités, nous sommes « transfigurés », comme si nous étions le même mais aussi quelqu’un d’autre. Notre personne est perçue comme un personnage. Quelle tristesse lorsqu’un visage est défiguré par un accident, une maladie, une torture. Mais de quelle joie il rayonne aussi quand nous sommes en fête, quand nous regardons avec tendresse ceux que nous aimons, et même quand s’y dessinent les rides de l’âge. Quel bonheur pour l’enfant quand il voit s’éclairer le visage de ses parents. « Que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés » (ps 79), l’une des plus belles prières qu’adresse Israël au Dieu de l’Alliance. Le visage se découvre, se cherche, s’imprime dans les pensées et les cœurs au fil des lunes de miel et des heures sombres, dans les moments de transfigurations mais aussi de disparitions. C’est ainsi que les choses se sont passées aussi pour les disciples de Jésus, pour Abraham et pour saint Paul.

Appelés par Jésus, ses disciples l’ont suivi. Mais ils découvrent et redécouvrent sans cesse le mystère de sa personne. À chaque page de son Évangile, Marc raconte leur étonnement ainsi que celui des foules ou des blessés de la vie qu’il a guéris, relevés, enseignés. Qui donc est-il cet homme et cet ami qu’ils ont suivi ? Est-il le Messie attendu ? Le prophète Élie qui revient ? Le nouveau Moïse ? Où veut-il les conduire ? Et eux-mêmes, où voudraient-ils le conduire ? Son enseignement, ses choix, ses actes de libération les déroutent. Suit-il le chemin d’Élie et de Moïse ? Est-il l’agneau qui se prépare à son propre holocauste, celui que préfigurait Isaac, celui que désignait Jean Baptiste ? Pourquoi choisit-il de marcher sur un chemin qui risque de le conduire à l’échec et à la mort ? Il nourrit avec Dieu qu’il appelle son Père, une relation familière, qui leur semble étrange. Trois des disciples de Jésus sont témoins d’une illumination de toute sa personne.

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean,
et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne.
Et il fut transfiguré devant eux.
Ses vêtements devinrent resplendissants,
d’une blancheur telle que personne sur terre
ne peut obtenir une blancheur pareille.
Élie leur apparut avec Moïse,
et tous deux s’entretenaient avec Jésus.
Pierre alors prend la parole et dit à Jésus :
« Rabbi, il est bon que nous soyons ici !
Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande.
Survint une nuée qui les couvrit de son ombre,
et de la nuée une voix se fit entendre :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »
Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
Ils descendirent de la montagne,
et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu,
avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
Et ils restèrent fermement attachés à cette parole,
tout en se demandant entre eux ce que voulait dire :
« ressusciter d’entre les morts ».

Sur la montagne de la transfiguration les disciples découvrent que Jésus appartient à la lignée de Moïse et d’Élie. Mais ils entendent la voix du Père leur révélant qu’il est son Fils bien-aimé. C’est la lumière du Dieu d’amour que Pierre, Jacques et Jean voient resplendir sur le visage de Jésus. C’est son être profond qu’ils découvrent et contemplent. Leurs yeux ne s’ouvriront pleinement que lorsqu’ils auront vu ses blessures de crucifié. C’est quand ils auront vu le sacrifice que Jésus va accepter de vivre, qu’ils découvriront en lui le visage du Père. Ils ne s’en remettront pas. Eux-mêmes s’en trouveront marqués pour la vie. Leur visage portera toujours le reflet de celui de Jésus ressuscité.

Nous reprenons la lecture du livre de la Genèse. Après le déluge, Dieu avait annoncé à Noé son alliance définitive avec toute l’humanité, tous les êtres vivants, dont le signe était l’arc-en-ciel. Cette Alliance allait prendre forme – sur la terre cette fois – de manière nouvelle avec Abraham. Dieu l’avait appelé et invité à quitter son pays pour un pays qu’il lui montrerait. Il lui avait promis qu’il serait le père d’une nation, et qu’en lui, seraient bénies toutes les familles de la terre. Il lui avait donné un fils alors que son épouse était âgée et stérile. Mais pour Abraham, qui donc était ce Dieu ? Que voulaient dire ses promesses ?

Abraham venait de Chaldée, avec les représentations de sa culture religieuse. Les divinités y étaient muettes et versatiles. Comme on ignorait leurs pensées, on leur offrait des sacrifices pour calmer leurs colères, attirer leur bienveillance et surtout les tenir à distance. Qui donc était ce Dieu unique qui l’appelait pour une alliance personnelle avec lui ? Aucune divinité n’agissait ainsi. Ce Dieu qui prenait l’initiative de faire alliance avec lui, avait sans doute vis-à-vis de lui, comme ces divinités, des arrière-pensées. Fallait-il aussi lui sacrifier les premiers-nés, et donc son Fils Isaac ? C’est le temps de l’épreuve pour lui, ce temps des soupçons qui minent la confiance mutuelle et peuvent ruiner les alliances. Le temps d’une révélation décisive. Celle d’un Dieu qui refuse l’offrande de tout sacrifice humain. Un Dieu qui est hostile aux meurtres des victimes émissaires pour résoudre des conflits entre humains.

On pourrait imaginer aussi que Dieu voulait tester la foi de son allié. Pouvait-il faire totalement confiance à un homme, à cet homme ? Ils y tenaient tous les deux à ce fils de la promesse et les voilà qu’ils semblent prêts tous deux à s’en désapproprier, à le sacrifier plutôt que d’établir leur alliance sur de mauvaises bases. Le cœur du récit est très émouvant :

Après ces événements, Dieu mit Abraham à l’épreuve.
Il lui dit : « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! »
Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac,
va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste
sur la montagne que je t’indiquerai. »
Abraham se leva de bon matin, sella son âne,
et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac.
Il fendit le bois pour l’holocauste, et se mit en route.
Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué.
Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois ;
puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel, par-dessus le bois.
Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils.
Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit :
« Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! »
L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur le garçon !
Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu :
tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »
Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson.
Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
Abraham donna à ce lieu le nom de « Le-Seigneur-voit ».
On l’appelle aujourd’hui : « Sur-le-mont-le-Seigneur-est-vu. »
Du ciel, l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham.
Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur :
parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique,
je te comblerai de bénédictions,
je rendrai ta descendance aussi nombreuse
que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, […]

Ainsi ce n’est pas l’agneau, son fils, qu’Abraham offre à Dieu mais à sa place, comme un sacrifice de substitution, un bélier, symbole de sa paternité dont il accepte de se désapproprier. Voilà pourquoi Dieu lui redonne son fils et lui révèle que ce fils est totalement le fruit de sa promesse et de sa grâce. Le verset 14 est une clé importante pour comprendre le récit : « Abraham nomma ce lieu : « Le Seigneur voit » ; aussi dit-on aujourd’hui : « C’est sur la montagne que le Seigneur est vu ». Ce verset permet en effet, de faire le lien entre ce qui se passe entre Dieu et Abraham et ce qui se passera entre Jésus et trois de ses disciples sur le mont Thabor. Dieu a vu la grandeur de la foi d’Abraham et celui-ci a découvert la gratuité absolue du Dieu avec qui il entre en Alliance. Ils se sont vus, et leurs visages se sont découverts et révélés l’un à l’autre à travers leur désappropriation mutuelle. Le récit du sacrifice d’Abraham est déjà un récit de transfiguration, de révélation, comparable à un « transport amoureux ».

Le premier regard de saint Paul sur la personne de Jésus qu’il n’avait pas rencontré de son vivant était négatif et hostile. C’est sur son chemin de Damas qu’il vivra une transfiguration. Une lumière venant du ciel l’enveloppera de sa clarté, et il entendra une voix qui lui dira : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire. » (Ac 9, 3-6) Il écrira plus tard aux chrétiens de Rome :

Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous :
comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ?
Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste :
alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ;
bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous.

« Illuminés par le Christ et comme lui, avançons dans la vie en enfants de lumière, fidèles à la foi de notre baptême », pour reprendre la belle formule du rituel du baptême. Notre foi doit demeurer brillante tout au long de notre vie pour que le Seigneur nous trouve vigilants quand il viendra à notre rencontre !

Michel SCOUARNEC
Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 12:36
Duccio di Buoninsegna. Maestà. Tentation du Christ au Pinacle du Temple. 1308-11. Musée dell’Opera del Duomo, Sienne, Italie.

Duccio di Buoninsegna. Maestà. Tentation du Christ au Pinacle du Temple. 1308-11. Musée dell’Opera del Duomo, Sienne, Italie.

Evangile selon saint Marc – Mc 1, 12-15


Homélie
Voici venu le temps de la « quarantaine » spirituelle des chrétiens et du retour aux sources de leur foi. Tous les trois ans les lectures des dimanches sont changées. Celles d’aujourd’hui nous rejoignent fortement dans notre actualité. Elles parlent de déluge et d’inondations, d’isolement dans le désert. Elles parlent surtout d’alliance. Un mot-clé dans toute la Bible, et notamment en ce carême. L’alliance est une expérience humaine commune et vitale. Habitant la même terre, sous le même soleil, nous sommes tous des êtres de relation, et d’alliance. Dépendants et solidaires les uns des autres, nous vivons d’échanges et de partages. Plus que jamais, en ce temps de crise nous prenons conscience de la nécessité de nous interroger sur la qualité de nos alliances humaines, et la qualité de nos liens sociaux, souvent menacée par la recherche de profit, l’importance donnée aux prouesses techniques et numériques, les replis individualistes ou communautaristes, et aussi les évolutions climatiques.

Chaque temps de Carême est un temps de réengagement des baptisés à leur Baptême. Il est le sacrement d’une Alliance entre Dieu et chaque baptisé dans laquelle tous deux ne sont pas à égalité de niveau. Les alliances humaines sont souvent bilatérales, comme des contrats comportant promesses et engagements réciproques. L’Alliance de Dieu avec les hommes se révèle d’abord comme unilatérale, semblable à celle des parents par rapport à leur enfants à naître, puis à élever et accompagner. C’est lui qui en prend l’initiative, par pure gratuité et bienveillance, sans condition. Il promet une fidélité indéfectible à ses alliés humains. Soumis à certains aléas, ceux-ci peineront et peinent encore à vivre à son image et à sa ressemblance. Ils refuseront ou trahiront son Alliance. L’Alliance éternelle de Dieu va se manifester sous le mode d’une pédagogie tout au long de l’histoire humaine dont chaque dimanche du Carême évoque une péripétie. Comme un Père, il accompagne ses enfants, marche avec eux, les prend par la main, les éduque, les aide à discerner ce qu’il y a de positif dans leur vie. Il ne leur ferme jamais ni la porte ni les bras. Pour les rassembler, les enseigner, il leur envoie des guides et des prophètes, des sages et des rois.

Deux aspects du baptême sont mis en relief ce premier dimanche, à travers deux grands symboles : celui de l’eau, et celui du désert. Les eaux de la vie d’abord qui se transforment en eaux de la mort lorsque le déluge engloutit l’humanité envahie par le mal. Un cataclysme climatique, rapporté et présenté par l’auteur biblique dans un récit dont la portée est plus spirituelle qu’historique. Les choses avaient déjà mal tourné avec Adam et Ève, puis avec Caïn et bien d’autres. Mais voici qu’au temps de Noé elles ont empiré, et Dieu en est profondément déçu.

Dieu vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre
et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée.
Il se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur.
Et il dit : Je vais effacer de la surface du sol
les hommes que j’ai créés – et avec les hommes,
les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel -,
car je me repens de les avoir faits. »

La Bible ne se prive pas de prêter à Dieu des émotions et des sentiments humains, notamment dans les premiers récits de la Genèse. Son Alliance avec les hommes est amoureuse. Elle n’est ni un marché, ni un contrat, ni une obligation formelle et légaliste, mais une profonde bienveillance et amitié. Dieu semble « tenté » par le découragement, face à tous les malheurs que suscite la méchanceté humaine, face aux horreurs dont elle a été et est toujours capable. Il avait créé l’homme à sa ressemblance pour qu’il vive dans la liberté et la bonté, mais l’homme a trahi son projet, est devenu l’esclave du mal et a fait ainsi son propre malheur. D’où sa déception. Mais Dieu a le cœur solide et il résiste au découragement. La première création ayant échoué, il en entreprend une nouvelle que raconte l’histoire du déluge dans le livre de la Genèse. Celle de l’arche de Noé et du sauvetage de quelques humains ainsi que de représentants d’espèces animales. Vient à la fin du récit ne déclaration solennelle de Dieu.

Après le déluge, Dieu dit à Noé et à ses fils :
« Voici que moi, j’établis mon Alliance avec vous, avec tous vos descendants,
et avec tous les êtres vivants qui sont autour de vous […]
Oui, j’établis mon Alliance avec vous: aucun être vivant
ne sera plus détruit par les eaux du déluge,
il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. »
Dieu dit encore: « Voici le signe de l’Alliance que j’établis entre moi et vous,
et avec tous les êtres vivants qui sont autour de vous,
pour toutes les générations à venir:
Je mets mon arc au milieu des nuages,
pour qu’il soit le signe de l’Alliance entre moi et la terre.
Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre,
et que l’arc-en-ciel paraîtra au milieu des nuages,
je me souviendrai de mon Alliance avec vous
et avec tous les êtres vivants, et les eaux ne produiront plus le déluge,
qui détruit tout être vivant. »

C’est à ce moment, après la déception de Dieu face à la méchanceté des hommes et après la réussite du sauvetage grâce à Noé, qu’arrive pour la première fois dans le récit de la Genèse (ch 6) le mot « Alliance ». Une Alliance universelle, établie solennellement non seulement avec toutes les générations de l’humanité pécheresse, mais aussi avec la terre et tous les êtres vivants. Une vision déjà écologique de la création nouvelle. Une Alliance dont le signe est un arc – symbole de la force dans la Bible – que Dieu fait paraître au milieu des nuages. Forte et sans faille sera désormais sa fidélité, envers et contre tout. Elle a résisté déjà au péché des premiers humains puis à leur méchanceté. Elle résistera encore à celui des générations à venir. Au fil de la « série » des dimanches du Carême, nous découvrirons comment s’est manifestée la fidélité de Dieu à son Alliance.

Les eaux du déluge ont été reliées par les Pères de l’Église aux eaux du baptême. Ces eaux accomplissent en la personne du baptisé une œuvre de salut et de recréation. Le péché est comme noyé et le baptisé vit une renaissance : il reçoit en lui-même l’Esprit Saint pour combattre le mal, et Dieu établit avec lui son Alliance indélébile, de manière personnelle. Dieu s’engage à lui être fidèle, et l’appelle lui aussi à s’engager dans le combat contre le mal. Comme l’écrit saint Pierre dans sa première lettre, ce dimanche.

Le déluge était une figure du baptême qui vous sauve maintenant :
le baptême ne purifie pas de souillures extérieures,
mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite
et il sauve par la résurrection de Jésus Christ. […]

Après le récit des quarante jours du déluge, voici la brève évocation des quarante jours de Jésus au désert de la soif et de la faim, dans l’Évangile selon saint Marc.

Jésus venait d´être baptisé.
Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert,
il resta quarante jours, tenté par Satan.
Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Après l’arrestation de Jean,
Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ;
il disait : « Les temps sont accomplis :
le règne de Dieu est tout proche.
Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

Comme Pierre, Marc évoque le baptême de Jésus, immédiatement suivi pour lui d’un temps d’épreuve et de tentation au désert par Satan. Ce n’est pas à construire une arche, que l’Esprit le pousse. Il le laisse s’en aller au désert, pour expérimenter les tentations vécues par ses ancêtres humains et se préparer aux combats qui l’attendent au cœur du monde. Il lui faudra débusquer et chasser les esprits mauvais qui nourrissent la méchanceté, les mauvais desseins et les crimes, en lui et dans le cœur et l’esprit de ses frères et sœurs en humanité. L’Esprit lui donnera la force de les démasquer chez ceux qui font le mal mais aussi chez les gens qui souffrent et se culpabilisent ou se découragent. Il les démasquera même dans le cœur et les pensées de ses propres disciples ainsi que des responsables politiques et religieux de son temps. En lui, s’accomplit la dernière et nouvelle étape de l’Alliance de Dieu. Une Alliance qui se réalise en son propre Fils. Tenté comme tout être humain par Satan, par les esprits du mal, Jésus vient le vaincre au cœur même de la famille humaine, de l’histoire humaine.

Au jour de son baptême le baptisé renonce à Satan, à tout ce qui en lui le tente, le pousse à la méchanceté et aux mauvais desseins. Son combat contre le mal est à vivre chaque jour, car les esprits mauvais – ou les mauvais esprits, comme on voudra – ont plus d’un tour dans leur sac. Ce sont des esprits caméléons qui changent de visage à chaque moment critique de la vie. Des esprits acariens qui empoisonnent l’atmosphère à l’insu de chacun. Et il n’est pas trop d’un temps de carême par an, pour faire un nettoyage de printemps dans sa propre maison intérieure. Ce travail est bien plus efficace s’il est accompli en commun.

Il sera plus fructueux dans la mesure où il sera un temps de partage. Partage de la parole de Dieu, des expériences, des questions. Partage de la prière pour raviver l’Alliance avec Dieu. Partage du temps pour une attention renouvelée à nos alliances, nos relations. Partage de l’avoir avec les plus démunis. Partage d’une espérance active dans les épreuves. Mais pour qu’il y ait partage, il est nécessaire qu’il y ait rencontre, rassemblement. Cela pourrait être une excellente résolution de Carême, pour tous ceux qui sont enclins à déserter leurs assemblées, et bien peu à se réunir pour un soutien spirituel. Pour rejoindre les sources de leur foi et pour lui donner un « coup de jeune » (avec ou sans accent circonflexe !)

Michel Scouarnec
Prêtre du diocèse de Quimper et Léon

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 07:42
Homélie du dimanche 14 février 2021

Le fait de lire les Évangiles de manière continue à chaque année liturgique met en relief des aspects qui peuvent passer inaperçus, quand on lit isolément chacun des récits. Quand on ne s’attarde pas à considérer la logique de la construction d’ensemble qui a sans doute guidé les évangélistes. La succession des lieux – considérés comme espaces de vie sociale – où se manifestent les premiers signes de libération de Jésus en saint Marc est pleine de sens. Est signifiante aussi la succession des personnes que rencontre Jésus. Après l’espace religieux de la synagogue et la guérison du possédé par l’esprit mauvais, après l’espace familial et le relèvement de la belle-mère de Simon fiévreuse, après l’espace de la ville et de toute la Galilée où il poursuit son œuvre, voici l’espace du ban, de la marge, celui des lépreux mis à l’écart, infréquentables, coupés de toute communication. Les intouchables. Le premier texte de ce dimanche, extrait du Livre des Lévites, rappelle les règles qui les concernent.

« Quand un homme aura sur la peau une tumeur, une inflammation ou une tache,
qui soit une marque de lèpre,
on l’amènera au prêtre Aaron ou à l’un des prêtres ses fils.
Le lépreux atteint de cette plaie portera des vêtements déchirés
et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres,
et il criera : ‘Impur ! Impur !’
Tant qu’il gardera cette plaie, il sera impur.
C’est pourquoi il habitera à l’écart, sa demeure sera hors du camp. » Lv 13

II habitera à l’écart, sa demeure sera dehors… La lèpre, une maladie qui concerne la peau, cette enveloppe sensible du corps qui tient lieu de limite et de frontière. Enveloppe fragile, altérable, salissable, qui demande soins et purifications. Elle nous protège, mais nous la protégeons aussi contre le froid et les agressions extérieures. Avec la main elle est l’organe du contact, de la relation. N’importe qui ne peut la caresser, la toucher. Quand elle est de couleur différente, elle peut susciter la méfiance. Quand elle est malade, elle suscite l’évitement, car on craint la contagion.

Les maladies de peau affectent fortement la sociabilité. On pensait qu’au vingt-et-unième siècle la lèpre serait éradiquée. Ce n’est pas le cas, et d’autres lèpres que celles qui concernent la peau ont envahi nos espaces sociaux… provoquant des mises à l’écart, obligeant à vivre dehors, sans logement, ou enfermés dans des lieux d’isolement. Il y a même des peuples pauvres qui font l’objet d’exclusion et de mise à l’écart des peuples dits « développés ! L’Évangile de ce dimanche en saint Marc est le récit de la rencontre entre Jésus et un lépreux. Suivons-le pas à pas.

Un lépreux vient trouver Jésus ;
il tombe à ses genoux et le supplie : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »
Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main,
Le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »
À l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié.

Comme souvent, Marc est bref et précis. Le lépreux ose enfreindre la règle de se tenir à l’écart. II vient trouver Jésus, tombe à genoux et le supplie. Jésus ne le rabroue pas, ne s’écarte pas. II est pris de pitié, de compassion et, devant ce frère en humanité, il enfreint lui aussi les prescriptions : il pose un geste dangereux à cause des risques de contagion, et interdit par la loi car ce geste le rend impur. Jésus étend la main et touche le lépreux. Ému et touché par cet homme souffrant, il prend le risque d’être considéré lui-même comme impur. Comme pour la belle-mère de Simon, c’est par un geste humain de contact, de relation fraternelle que Jésus guérit : il étend la main et touche l’intouchable. Avec la force de la parole dans toute son efficacité. « Je le veux, sois purifié, lui dit-il », reprenant les paroles mêmes du lépreux. Vient ensuite un passage étonnant, qui semble en contradiction par rapport au précédent.

Aussitôt Jésus le renvoya avec cet avertissement sévère :
Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre.
Et donne pour ta purification ce que Moïse prescrit dans la Loi :
ta guérison sera pour les gens un témoignage.

A la compassion succèdent curieusement de la part de Jésus, la sévérité et la rigueur. D’abord l’interdiction de parler de la guérison : « Ne dis rien à personne ». Cela doit rester entre le lépreux et lui. Pourquoi cette volonté de discrétion ? Jésus ne désire pas instrumentaliser les miracles qu’il accomplit : ils ne sont pas pour lui des moyens de mettre en avant ses dons de guérisseur, d’attirer, de convaincre, de séduire ainsi les foules. Ils ne sont pas des preuves de sa divinité. Ils sont des signes de la foi. C’est la confiance de ce lépreux envers lui qui importe d’abord à Jésus : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Et puis dans tout l’Évangile de Marc il faut tenir secret que Jésus est le Messie. II ne faut pas le dire trop tôt. C’est seulement quand il sera crucifié, quand on le verra en croix, humilié, impuissant, qu’il faudra être capable de le dire et de le reconnaître comme le Messie et le Fils de Dieu, et non pas devant ses miracles de guérison. Pour l’instant, Jésus demande au lépreux d’obéir aux prescriptions de la Loi, alors que lui-même vient de les transgresser. Va te montrer au prêtre, lui dit-il… Il pourra constater ta guérison, et puis tu pourras retrouver une vie sociale normale. Mais le lépreux transgresse encore les recommandations de son bienfaiteur avant d’aller vers le prêtre.

Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle,
de sorte qu’il n’était plus possible à Jésus d’entrer ouvertement dans une ville.
II était obligé d’éviter les lieux habités, mais de partout on venait à lui.

Guérie de sa fièvre, la belle-mère de Simon s’était mise à les servir. Le lépreux, quant à lui se met à témoigner et répand la nouvelle de sa guérison par Jésus. Tant pis pour la démarche officielle de se montrer au prêtre. Place tout de suite au témoignage. Mais il ne mesure sans doute pas les conséquences de sa trop grande hâte. Lui, l’exclu, se retrouve réintégré, mais de ce fait, il contribue à faire de Jésus un exclu, à hâter son procès. Cette guérison rend Jésus à la fois dangereux, car il a transgressé les règles de pureté, et victime de son succès. Il risque ainsi d’être pris pour le Messie triomphant et un faiseur de prodiges, ce qu’il refuse d’être. Le voilà obligé de vivre à l’écart comme un lépreux contagieux, d’éviter les lieux habités. Et cependant de partout l’on quitte les lieux habités pour venir à lui.

Ce qu’écrit saint Paul aux Corinthiens au sujet de sa manière d’annoncer l’Évangile éclaire de manière intéressante notre réflexion de ce dimanche.

Frères, tout ce que vous faites : manger, boire, ou n’importe quoi d’autre,
faites-le pour la gloire de Dieu.
Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs,
ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu.
Faites comme moi : en toutes circonstances
je tâche de m’adapter à tout le monde ;
je ne cherche pas mon intérêt personnel,
mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés.
Prenez-moi pour modèle ; mon modèle à moi, c’est le Christ.

Dans son service de l’Évangile, Paul imite le Christ. Aucun obstacle ne l’empêche de se rendre proche de qui que ce soit : ni la maladie, ni la religion, ni le péché, ni le sexe, ni les interdits alimentaires. II se fait le prochain de tous, en toutes circonstances. Comme Jésus, Paul s’adapte à tout le monde et n’exclut personne du salut. Belle leçon d’humanité pour tous les chrétiens et les serviteurs de l’Évangile ! Belle leçon pour l’Église dont la mission n’est pas de dresser des barrières, de procéder à des mises à l’écart, mais de se rendre proche des exclus, de se laisser toucher par leurs cris, quitte pour elle, à subir des rejets et des mises à l’écart. Belle leçon aussi pour ceux qui prêtent serment sur la Bible de respecter son message.

Evangile selon saint Marc Mc 1, 40-45

Michel SCOUARNEC
Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 09:12
Homélie du dimanche 7 février 2021 : « Prendre soin, s’approcher »

Evangile Marc (1, 29-39)
« En ce temps-là, aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm, Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade. Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était.
Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche. Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. » Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. »
Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons. »

Homélie
La première lecture que nous avons entendue se fait l’écho d’un cri qui traverse les siècles, celui de l’humanité souffrante. ‘’A peine couché, je me dis : quand pourrais-je me lever ? Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube’’. Dieu notre Père entend le cri des hommes.
Le livre de job ne donne pas d’explication au problème de la souffrance. Mais il indique un chemin : ne pas retenir nos cris et tenir fort la main que Dieu nous tend.

Pour mieux comprendre que Dieu est vraiment un Père qui prend soin de tous ses enfants, il envoie son fils Jésus. Regardons le dans cette journée qu’il passe à Capharnaüm.
‘’En quittant la synagogue, Jésus alla chez Simon et André’’. C’est le jour du sabbat. Jésus a participé à la réunion de prière. On pense à une sortie de messe. Il revient à la maison en compagnie de ses amis. Il passe de la prière publique à la maison, lieu de la vie privée, puis à la porte de la ville, lieu de la vie publique. Il ne quitte pas son Père mais il y reste en allant à la rencontre de l’humanité souffrante : ‘’La belle-mère de Simon est malade’’.

Jésus n’agit jamais sans le consentement des personnes, et prendre soin, chez lui, n’est jamais un acte solitaire mais toujours une réponse à une démarche des malades ou de leur entourage : ‘’on parle à Jésus de la malade… On lui amène tous les malades’’.

Combien de fois dans l’évangile voyons-nous des personnes servir d’intermédiaires entre les malades et Jésus ! Quand nous sommes en souffrance nous avons besoin de solidarités actives et empressées : ‘’sans attendre’’. ‘’Jésus s’approcha’’. Prendre soin, c’est ensuite réduire la distance. ‘’Il la prit par la main’’.

Ce jour là il le fit dans une maison de Palestine. C’est ce que font aujourd’hui ceux qui visitent et accompagnent les malades : depuis le service évangélique des malades, jusqu’aux associations de soins palliatifs, en passant par toutes les solidarités de voisinage. ‘’Il la fit lever’’. On emploie le même verbe pour dire la résurrection de Jésus. Prendre soin, c’est toujours, d’une certaine manière, remettre debout.

‘’La fièvre la quitta et elle les servait’’. La belle-mère de Pierre est réintégrée dans son rôle familial. Quand Jésus prend soin, il restaure les personnes dans leur corps, dans leur cœur, dans leur fonction sociale. Mais l’attente des hommes est telle que Jésus passe bien vite du prendre soin d’une personne à l’attention à tous.

Celles et ceux qui nous interpellent aujourd’hui sont des millions d’hommes et de femmes marginalisés économiquement et socialement, âgés ou sans travail, sans avenir et sans relation, vivant dans l’inquiétude, tous meurtris dans leurs corps, leur tête ou leur cœur. Le service des professionnels de santé leur est nécessaire. Mais ils ont d’abord besoin que l’on prenne vraiment soin d’eux : d’un regard qui rend confiance, d’une proximité qui réchauffe, d’une bienveillance qui réconcilie avec les autres et avec soi-même. Ils ont besoin de nous mais nous avons aussi besoin d’eux. Tous nous avons en commun l’expérience de la fragilité humaine. A travers la fragilité reconnue et acceptée, nous faisons l’expérience fondatrice de ‘’nous en remettre à d’autres’’ pour vivre.

Comme l’écrivait Xavier Thévenot, un grand théologien moraliste : ‘’Il y a une seule façon de croire encore à l’amour quand on désespère, c’est d’expérimenter la présence de quelqu’un qui, auprès de vous, humblement, est là en train de vous respecter. Quand je désespère, quand l’amour semble loin, la seule façon de croire que l’amour et que Dieu existent, c’est d’expérimenter qu’il y a une petite source d’amour pour moi ici et maintenant : la présence d’un ami. Alors, s’il y a une petite source d’amour, c’est peut-être qu’il y a une grande nappe d’amour qui l’alimente.

Louis DURET, Prêtre du du diocèse de Chambéry

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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 07:01
Homélie du dimanche 31 janvier 2021

Evangile Marc (1, 21-28)

« Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. » Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée. »

Homélie

« Viens chasser nos peurs »

Ils furent tous tellement saisis qu'ils se demandaient les uns aux autres : qu'est-ce que cela veut dire ?

Chers amis, aujourd'hui laissons-nous aussi saisir par le Christ et par la force de son amour qui vient libérer l'homme du tourment qui l'habite et qui l'enferme. Il nous arrive nous-mêmes d'être confrontés au surgissement du mal en nous ou dans la vie de nos frères. En effet, qui d'entre nous n'a pas ressenti dramatiquement, au plus profond de lui-même, cette sorte d'énigme que constitue le mal lorsqu'il s'empare d'un autre, à fortiori de nous-mêmes ? Le mal, lorsqu'il surgit avec cette sorte de brutalité dans notre vie, nous tient stupéfaits et résiste à toutes les tentatives d'explication que nous pouvons élaborer.

Dans le récit de ce jour, le mal s'impose là où on ne l'attendait pas. On était bien entre soi dans la synagogue. Jésus adressait son message de Bonne Nouvelle et son appel à se tourner vers Dieu qui n 'est qu'amour et pardon. Et voici que soudain, un homme tourmenté par un esprit mauvais se met à crier.

Un homme tourmenté... son cri vient peut-être nous rejoindre dans notre propre souffrance intérieure ; ce déchirement qui faisait dire à l'apôtre Paul : Le mal que je ne voudrais pas faire, je le fais ; le bien que j'aimerais faire je ne le fais pas.

Oui, nous le connaissons bien cet être humain qui ne trouve plus de paix en lui-même tant il est dominé par les réalités obscures qui l'habitent. Il est comme déchiré entre cette partie profonde de lui-même qui ne demande qu'à être aimée et cet esprit mauvais qui le domine et l'isole. Je pense à cet homme qui, dans sa cellule, faisait cette remarque : « Dans le fond, moi j'ai deux prisons : la première c 'est ma cellule avec la porte blindée et les barreaux aux fenêtres. Mais la deuxième, c'est la plus dure, c'est la haine que j'ai en moi. Comment je vais pouvoir m'en sortir ? »

Voilà ce qu'il faut entendre derrière les cris de l'homme tourmenté. Il crie parce que, dans son désordre intérieur, il n'est plus capable d'une parole qui ouvre à un échange avec l'autre.

Il crie et c'est l'appel de l'homme perdu qui, en Jésus, vient rejoindre dans le cœur de Dieu qui n'a qu'une passion : celle de l'homme sauvé, remis debout et libre pour aimer.

« Es-tu venu pour nous perdre ? »

Dans ce combat, il faudra bien perdre quelque chose. Je pense à toutes ces puissances qui gouvernent le monde. Amour de l'argent, culte de notre propre image, jalousie en face du bien que l'on voit chez un autre, culte du succès, course à la première place. Nous n'en finirons pas de dresser la liste des démons qui nous habitent. « Es-tu venu pour nous perdre ? » demande l'esprit mauvais. Remarquons le « nous ». Les esprits mauvais sont légions dira Saint Marc.

Mais oui ! Jésus est bien venu pour les perdre. Dès son départ de Nazareth, nous le voyons renoncer à la puissance qui lui permettrait de dominer le monde. Sa seule puissance, c'est celle de l'amour. Il n'a d'autre autorité que celle de sa vie donnée. C'est pour cela qu'il refuse la note de toute-puissance qu'évoque l'expression de l'homme tourmenté : « Tu es le Saint, le saint de Dieu. »

« Silence ! » dit-il. Et c'est désormais dans ce silence que cet homme jadis tourmenté va renaitre à la paix intérieure.

« Silence ! » Qu'est-ce que le Seigneur nous invite à faire taire en nous ?

Viens faire taire en nous Seigneur tout ce qui nous tourmente.

Viens chasser nos peurs. Donne-nous ta paix.

Cette semaine nous avons célébré le 76ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz. Comment ne pas évoquer Etty Hillesum et cette parole qu'elle adresse à Dieu : Il m'apparait de plus en plus clairement mon Dieu que tu ne peux pas nous aider, mais, que c'est à nous de t'aider et de défendre jusqu'au bout la demeure qui t'abrite en nous.

Louis DURET, Prêtre du Diocèse de Chambéry (Savoie)

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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 10:40
Homélie du dimanche 24 janvier 2021

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 1, 14-20. 
 

« Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; 
il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » 
Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. 
Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » 
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. 
Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets. 
Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite. »

 
Homélie

“Convertissez-vous et croyez à l’Evangile.”
Jonas (1ère lecture) était chargé d’aller inviter les gens de Ninive à se convertir. Je crois bien que, pour les skieurs, le demi-tour s’appelle conversion et que ce n’est pas si commode quand on débute. Moi je n’ai jamais osé aller jusque là. Je ne suis pas sûr d’être plus fort en conversion dans le quotidien. Heureusement, dans ce domaine, on a le droit d’être toujours des débutants.
Jonas était donc chargé d’aller inviter les gens de Ninive à se convertir. Pour le juif qu’il était, Ninive était la ville païenne avec laquelle il ne fallait pas avoir de contact. Et c’était la capitale assyrienne, ennemie héréditaire d’Israël. Deux bonnes raisons de ne pas y aller.
Trois messages, au moins, dans ce texte :
• Celui qui porte la parole du Seigneur ne choisit pas les destinataires. Jonas est sommé d’aller à Ninive. Il est convoqué à la solidarité hors frontières.
• Ce n’est pas sa force personnelle qui agit, c’est la force de la Parole de Dieu.
• Ce livre montre avec humour que Dieu est le Dieu de tous, y compris des ennemis.

“Convertissez-vous et croyez à l’Evangile.”
Ce qui m’a toujours frappé dans cet Évangile, c’est l’audace et le mouvement. Bien sûr, les événements racontés brièvement ont sûrement été étalés dans le temps. Mais tout de même, quelle activité ! Ça bouge de partout : “Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André… en train de jeter les filets … Il leur dit : venez. … et ils le suivirent.” Un peu plus loin, deux autres : il les appela “et ils partirent à sa suite.” Cette capacité à être prêt tout de suite, comme si on attendait ça depuis toujours. Il y a là une sorte de secret du bonheur.
En tous cas, il y a de quoi nous interroger sur notre action ou notre inaction.
• Je me rappelle, il y a beaucoup d’années, ces personnes heureuses d’être toujours les mêmes dans leur groupe d’action catholique, depuis au moins 15 ans. Ils disaient même avoir acquis une telle profondeur de réflexion que c’était devenu impensable d’inviter un nouveau dans leur groupe ! Ils étaient exactement dans le sens contraire de l’évangile.
• Je me rappelle aussi heureusement beaucoup plus d’exemples positifs de ce remue-ménage de l’évangile et de toute la joie qui en sort : les grands changements pour la catéchèse des enfants et les messes des familles, la démarche que de beaucoup d’adultes en direction du baptême.
Sans doute il y a des gens qui croient que la Bonne Nouvelle a un peu vieilli, et qu’elle n’est peut-être plus aussi bonne. Ils ne se rendent pas compte que c’est eux, c’est nous qui avons vieilli.

“Convertissez-vous et croyez à l’Evangile.”
Y a-t-il encore une Bonne Nouvelle pour notre monde d’aujourd’hui, se demande Jean-Marie Ploux dans son livre Le Christianisme a-t-il fait sont temps ? Après le temps de la Tradition où la foi en Dieu allait de soi, et celui de la modernité où l’on a essayé de la défendre, nous sommes dit-il au temps de la relativité où elle ne pourra s’inscrire que dans la gratuité et la confiance. “Il reste, dit-il, la seule confiance d’hommes et de femmes qui, dans les merveilles de la vie quotidienne qu’ils savent voir et dans les souffrances qu’ils essaient de supporter ou de porter avec les autres, s’en remettent à Dieu du quotidien et de l’ultime. La confiance en Dieu et la confiance en ses témoins qui, depuis toujours, ont cru que l’insatisfaction en eux était signe d’une soif de Dieu. Qui ont cru que tous les gestes de compassion des hommes pour les vivants et pour le morts, toutes les paroles de pardon, toutes les expressions de gratuité, dessinaient l’image d’un homme appelé par un Autre à quelque chose qui passe l’homme.”
Et plus loin : “Devant la souffrance de l’autre et réduits à l’impuissance, quand l’autre semble abandonné à lui-même et voué à la dernière solitude, la seule chose que l’on puisse offrir, c’est de ne pas fuir et d’être présent. … Cette solidarité des éprouvés dans et par la souffrance ne supprime pas la souffrance,  ne lui donne pas un «sens» mais fonde une fraternité. Oui, Jésus a été un trait de lumière dans l’humanité, il a laissé entrevoir l’espérance que rien de l’amour et de la peine de l’homme ne sera perdu.”

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 20:36
Homélie du dimanche 17 janvier 2021

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (1, 35-42)
« Ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui »
En ce temps-là, Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses
disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il
dit : « Voici l’Agneau de Dieu. » Les deux disciples entendirent ce
qu’il disait, et ils suivirent Jésus. Se retournant, Jésus vit qu’ils le
suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent :
« Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu? » Il leur dit :
« Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième
heure (environ quatre heures de l’après-midi).
André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui
avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus. Il
trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons
trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ. André amena son
frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon,
fils de Jean; tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre. »

Homélie
« Parle, Seigneur, ton ami t’écoute »

C’était la première fois. La première rencontre entre Jésus et nous. Le premier regard. Il y avait là André. Et l’autre disciple : nous ne savons pas son nom, mais c’est peut-être lui qui nous raconte cet épisode, le ²disciple que Jésus aimait². Et ce qui commence ce jour là, à quatre heures du soir, c’est aussi ce qui se continue aujourd’hui, avec vous-mêmes, avec moi, avec chacun de ceux qui sont croyants, car la foi chrétienne, c’est une amitié, une rencontre. Depuis Abraham jusqu’à aujourd’hui, la foi, pour les Juifs, les Musulmans, les Chrétiens, c’est une amitié avec Dieu ; et si l’on est chrétien, une amitié avec Jésus-Christ. Une amitié, de celles qui durent toute une vie.

Il est quatre heures du soir et il y aura toute cette longue soirée où ils vont demeurer ensemble : première découverte, premier repas ensemble sans doute. Ce qu’ils se sont dit, nous ne le savons pas ; mais ce regard de Jésus, ils ne l’oublieront jamais. Bien sûr, il y aura, comme pour nous, le quotidien avec ses hauts et ses bas, il y aura des éloignements, les leurs, les nôtres. Mais il y aura désormais ce lien ²si fort que rien ne pourra le défaire² : rien, pas même nos infidélités, pas même le reniement de Pierre ou le nôtre.

La foi nait parce qu’un jour nous avons été ainsi ²regardés², toi, moi, chacun, de ce regard lumineux, plein de tendresse de Dieu. Aussi voudrais-je le dire à tous ceux d’entre nous qui ont des difficultés à croire ou des critiques envers l’Eglise : ces difficultés, ces critiques, ce sont aussi les nôtres, ce sont bien souvent les miennes ! Mais ce qui nous a menés ici aujourd’hui, c’est cette amitié et le désir de vivre un moment. C’est simplement le désir de ²demeurer² un moment avec le Christ. Ensemble, car vous l’avez remarqué, ils étaient deux déjà pour cette première rencontre, comme un début d’Eglise. Le reste, tout le reste : les dogmes, la morale, les engagements, ou encore le pape, les évêques, les structures de l’Eglise, rien de cela n’a de sens en dehors de ce regard et de cette amitié.

Souvent nous nous posons la question : « Comment transmettre notre foi ? », en particulier, comment la transmettre à nos proches, à nos enfants et petits enfants ? Voyez alors ce qui s’est passé ce jour-là : il ne s’agit ni de convaincre, ni de convertir, ni d’expliquer, ni de justifier ! Faisons plutôt comme quand nous invitons des amis ensemble pour qu’ils se connaissent : « Tiens, j’aimerais bien que tu rencontres telle personne. Tu verras c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup ! Je vais vous inviter ensemble à la maison, ainsi vous pourrez faire connaissance ». C’est en quelque sorte à eux de jouer !

Par exemple, au catéchisme avec les enfants : le plus beau, le plus important de ce que nous faisons, c’est de les aider à se préparer à cette rencontre. Le reste, les activités, ce qu’on leur apprend n’a de sens que pour leur permettre une telle rencontre personnelle avec le Christ.

Vous avez entendu tout à l’heure l’histoire de l’enfant Samuel et du vieux prêtre Eli. Quand Eli finit par comprendre que Dieu appelle l’enfant, que lui dit-il ? Il lui dit : « Ecoute ! ». « Ecoute ce qu’il te dira dans ton cœur ». Il y a des paroles qui sont enfouies dans notre cœur à chacun. Elles sont là depuis longtemps peut-être, mais aurons-nous le courage de les écouter ?

Mon ami, écoute ton cœur, écoute et dis « Parle, Seigneur, ton ami t’écoute… ». Et si tu doutes de Dieu toi aussi, écoute ! Ecoute cette parole intérieure qui t’habite depuis si longtemps. Fais silence. Laisse monter en toi cette voix.

Louis DURET, prêtre en Savoie

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4 janvier 2021 1 04 /01 /janvier /2021 08:21
Homélie du dimanche 10 janvier 2021

A Noël nous avons fêté la naissance de Jésus, puis saint Luc nous a raconté sa présentation et son offrande au temple par ses parents, pour que la circoncision inscrive dans sa chair la marque de son appartenance au peuple de l’Alliance. Son choix de se faire baptiser par Jean comme beaucoup d’autres, témoigne de sa solidarité spirituelle avec ses frères humains qui se reconnaissent pécheurs et désirent se convertir, alors qu’il vient enlever le péché du monde et participer au combat contre le mal.

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée,
et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.
Et aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer
et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.
Il y eut une voix venant des cieux :
« Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert
et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan.
Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.

Ce bref récit est d’une grande densité. Jésus sort des eaux du Jourdain, ce fleuve traversé jadis par son peuple, avec à sa tête Josué – un nom qui est quasiment le même que Jésus –, quand il est entré en terre promise, en terre de liberté. Cette fois ce ne sont plus les eaux de la mer ou du fleuve qui se retirent, mais les portes des cieux qui s’ouvrent à la bienveillante déclaration de Dieu, pour y faire entrer à la suite du Christ tous ses frères humains.
Jésus voit les cieux se déchirer. La supplication du prophète Isaïe est exaucée. « Ah ! si tu déchirais les cieux », disait-il à Dieu, (cf 1er dimanche de l’Avent), lui disant ensuite qu’il était descendu pour libérer son peuple de l’esclavage et de l’exil. L’Evangéliste reprend les termes d’Isaïe dans un contexte nouveau, qui rappelle l’événement de la création. De même que le souffle de Dieu planait sur les eaux de la première création, l’Esprit, sous la forme d’une colombe plane sur cet homme qui émerge des eaux matricielles de l’humanité, des eaux baptismales du peuple de l’Alliance. Ce peuple qui vient se renouveler à l’appel de Jean son cousin. L’esprit descend sur cet homme qui vient accomplir une renaissance de l’humanité.
Les cieux se déchirent, cela veut dire qu’il n’y a plus séparation entre le ciel et la terre. L’univers n’est plus une prison dans laquelle l’humanité s’était enfermée par peur de Dieu. La communication entre Dieu et ses enfants est enfin rétablie. Jésus est celui qui vient renouveler, recréer l’homme pour qu’il soit réellement à l’image de Dieu. Il vient aussi révéler le vrai visage de Dieu tellement trahi par les caricatures inventées par les humains au cours du temps. Saint Marc évoquera une autre déchirure, au moment où Jésus poussera son dernier cri de nouveau-né crucifié-ressuscité (Mais, poussant un grand cri, Jésus expira. Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux du haut en bas. Mc 15, 37-38). Cette déchirure du voile dans le sanctuaire du temple à Jérusalem, signe la fin non plus de la séparation du ciel et de la terre, mais de celle dressée entre le peuple et Dieu, par l’intransigeance légaliste de ses responsables religieux. Le baptême chrétien dans la mort du Christ, dans son baptême du sang, inaugurera aussi, aux dires de saint Paul, une autre déchirure : celle des tentures, des murs et des barrières dressés par les cultures et les religions entre juifs et grecs, entre esclaves et hommes libres, entre hommes et femmes. (Ga 3, 27-28)
Jésus voit les cieux se déchirer, et il entend une parole qui lui est adressée personnellement : « C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour. » Luc et Marc sont les seuls à rapporter cette expression à la deuxième personne et non la troisième comme Matthieu. A cet homme Jésus, Dieu s’adresse comme un Père à son Fils, comme si se manifestait entre eux une relation familière et intime. Finies les manifestations divines dans des ambiances de terreur et de fureurs de la terre ou du ciel. Voilà que se réalise la promesse à David : « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils ». On pourrait comprendre : « Je suis ton Père et tu es mon Fils bien-aimé ».
On peut noter encore que cette reconnaissance de Jésus comme le Fils de Dieu sera formulée, à la toute fin de l’Evangile de Marc, par le centurion romain assistant à sa mort : « Le centurion qui se tenait devant lui, voyant qu’il avait ainsi expiré (remis son souffle), dit : Vraiment, cet homme était fils de Dieu » (Mc 15, 39).

Cette fête du baptême de Jésus, rapportée par saint Marc, fonde la compréhension du baptême chrétien. Jésus est l’aîné d’une multitude de frères et de sœurs. Quiconque reçoit en toute conscience le baptême en son nom vit une renaissance, entre dans une relation neuve avec Dieu, devient son enfant, libre, fraternel, égal en dignité vis-à-vis de ses frères et sœurs en humanité. C’est ce que suggère saint Jean dans sa première lettre :

Celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ;
celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui.
Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu :
lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements.
Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ;
et ses commandements ne sont pas un fardeau,
puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde.
Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. […]
C’est lui, Jésus-Christ, qui est venu par l’eau et par le sang :
non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang.
Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité.

Saint Jean parle du lien entre le baptême de Jésus et de ceux qui croient qu’il est le Fils de Dieu, victorieux du mal. De ce fait, nous dit-il, « les commandements de Dieu ne sont plus un fardeau », car le baptême du sang que Jésus a vécu après son baptême de l’eau a signé pour toujours sa victoire sur le mal. Retenons deux choses importantes de ce texte de Jean. Le baptême – comme tout sacrement – n’a de sens que s’il est acte de foi en Jésus Fils de Dieu, né de lui. Cet acte de foi est clairement présenté comme trinitaire par Jean. Pas de foi sans œuvre de l’Esprit dans la personne du croyant. Le baptême – comme tout sacrement – est un engagement à aimer, comme Jésus aimera les siens jusqu’au don du sang. Cet engagement n’est pas un fardeau, car les commandements de Dieu ne sont pas des lois morales, mais des déclarations d’amour et des chemins de bonheur.

Un long et très beau texte du prophète Isaïe ce dimanche, aux couleurs baptismales aussi. Il parle d’une eau qui fait vivre, et ce qu’il en dit peut s’appliquer à l’eau du baptême, celle d’une renaissance à la vie divine qui apaise la soif profonde des hommes et qui fait accéder à l’univers de la grâce, au Royaume de Dieu.

Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau !
Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer,
venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer.
Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas,
vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?
Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses,
vous vous régalerez de viandes savoureuses !
Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez.
Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : […]

Ces paroles d’Isaïe nous révèlent encore un aspect essentiel du baptême – comme de tout sacrement -. Il ne s’achète ni se vend ni se mérite. Il signifie un don de Dieu purement gratuit et gracieux comme l’eau qui descend du ciel. Comme la pluie fait renaître la nature, la féconde et la renouvelle, la parole de Dieu transforme et fait renaître les cœurs et les esprits de ceux qui l’accueillent.

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ;
invoquez-le tant qu’il est proche.
Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées !
Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde,
vers notre Dieu qui est riche en pardon.
Car mes pensées ne sont pas vos pensées,
et vos chemins ne sont pas mes chemins.
Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre,
autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées,
au-dessus de vos pensées.
La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas
sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ;
ainsi ma parole, qui sort de ma bouche,
ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.
ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.

Le Fils bien aimé du Père, son Verbe ne descendra pas des cieux en vain. Il accomplira son œuvre baptismale. Il fécondera la terre et les cœurs de son Esprit, il abreuvera l’humanité de son eau vive, il la nourrira de son Pain de vie éternelle.

Michel SCOUARNEC, Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 11:42
Le Sommeil de l'Enfant Jésus de Giovanni Battista Salvi, dit SASSOFERRATO (1609-1685) Musée du Louvre

Le Sommeil de l'Enfant Jésus de Giovanni Battista Salvi, dit SASSOFERRATO (1609-1685) Musée du Louvre

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,16-21.

« En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.
Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.
Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.
Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. »

 Homélie

Sainte Marie, Mère de Dieu – 1er janvier (vœux) – Journée mondiale de la paix. Alors ce sont forcément des vœux de paix. A commencer par un extrait du message du pape François : « Si les droits de l’être humain sont sauvegardés, de même que l’égale dignité de tous sans discriminations ni distinctions, la non-violence comme méthode politique peut alors devenir une voie réaliste pour le dépassement des conflits armés. Dans cette perspective, il est important que l’on reconnaisse toujours davantage la force du droit au lieu du droit de la force. »

Aujourd’hui, en célébrant Marie, nous célébrons l’Église qui porte en elle le Christ, comme Marie a porté Jésus. Si l’Église porte en elle le Christ, elle doit témoigner du Dieu de Paix que le Christ a fait connaître. Les premiers annonceurs furent les bergers, ceux que souvent on marginalisait : “Après avoir vu l’enfant…, les bergers racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant” (Luc 2, 17). Et ils furent tellement convaincants que saint Luc ajoute : “Tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que racontaient les bergers” (Luc 2, 18). Alors je vous propose trois questions pour nous : Qui sont les bergers d’aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’ils annoncent ? Quels vœux formuler en ce premier jour de l’année 2020 ?

Qui sont les bergers d’aujourd’hui ? Au temps de saint Luc, les bergers étaient considérés comme de pauvres marginaux. C’est pourtant à eux que l’ange annonce en premier la naissance de Jésus : (texte de noël) “Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle… : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur” (Luc 2, 10-11). Ça veut dire une fois de plus que Dieu a un faible pour les petits et les mal aimés.

Quelle Bonne Nouvelle annoncent les bergers ? Ils annoncent quelque chose de neuf. C’est pour ça que tout le monde est étonné. En effet, pour que le message soit bonne nouvelle, il doit être neuf pour parler à un monde qui change. Saint Paul dit que la Bonne Nouvelle est chaque jour neuve, comme chaque matin est tout neuf pour l’enfant qui court dire bonjour à son papa. Nous sommes, dit-il, fils et filles de Dieu, habités de l’Esprit de Christ qui nous invite à appeler Dieu : “Abba !” (Ga 4, 6), c’est à dire Papa.

Quels vœux formuler aujourd’hui ? Pourquoi ne pas utiliser la belle formule de bénédiction du livre des Nombres (1ère lecture d’aujourd’hui) :

- “Que le Seigneur te bénisse et te garde !” (Nombres 6, 24) Le dominicain Léon Paillot dit que Bénir, en latin, signifie dire du bien. Mais que le mot bénédiction a une origine arabe qui se réfère à la force vitale de la fécondité. Ça veut donc dire qu’en bénissant quelqu’un, nous sommes responsables de la qualité de sa vie, de sa dignité. Sinon, la bénédiction de Dieu reste sans effet. Dieu a besoin de nous pour bénir.

- “Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage !” (Nombres 6, 25). Il s’agit d’être visage de Dieu pour les autres, visage souriant qui fait du bien et qui donne à espérer un avenir meilleur.

- “Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !” (Nombres 6, 26). La paix biblique, le shalom, c’est l’harmonie avec soi et les autres. Dieu ne peut la faire sans nous. Alors faisons-la… Et nous aurons de belles surprises, si l’on en croit François Varillon dans son livre La parole est mon Royaume : “Quand je fais mon travail d’homme qui est d’humaniser les relations entre les personnes, le Christ fait son travail de Dieu : il divinise ce que moi j’humanise.”

“Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage !” C’est possible parce que chaque humain a quelque chose de beau en lui. Ecoutez cette petite parabole : Il y avait un énorme bloc de pierre informe qui défigurait la place du village. On ne savait même plus d’où il venait. Ce fut décidé : il faut l’enlever. Un sculpteur passa par là et apprit la nouvelle. Il proposa : « Je peux faire de ce rocher une œuvre d’art dont vous serez fiers. » Marché conclu. Pendant des semaines, derrière la palissade qui entourait le bloc, on l’entendit travailler. Enfin on put dévoiler la sculpture et l’on découvrit un magnifique cheval. Applaudissements… Un enfant interrogea le sculpteur : “Comment savais-tu qu’il y avait un cheval dans ce bloc de pierre ? »

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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