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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 20:00
Homélie du dimanche 25 juin 2017

Evangile Mt 10, 26-33

Arrêtez d’avoir peur de ceux qui peuvent vous harceler. Car il n’y a rien de ce qu’on a cherché à dissimuler qui ne sera révélé au grand jour, et aucun secret ne sera finalement connu.

Ce que je vous ai dit en cachette, allez le dire au grand jour. Ce que vos oreilles ont entendus, proclamez-le du haut de vos balcons.

N’ayez pas peur de ceux qui peuvent faire mourir votre corps, mais sans être capables de faire mourir votre flamme intérieure. Prenez plutôt garde à ce qui peut faire en sorte qu’à la fois votre flamme intérieure et votre corps soient jetés à la poubelle.

Est-ce que deux moineaux ne valent pas plus qu’un sou? Pourtant aucun d’eux n’ira s’écraser au sol à l’insu de votre Père.

Et vous, même tous les cheveux que vous avez sur la tête ont été inventoriés. Arrêtez donc d’avoir peur. Vous êtes plus importants que les moineaux.

Quiconque saura affirmer devant les autres ce qui j'ai mis dans son coeur, moi aussi je saurai défendre ce qu'il est devenu devant mon Père dans les cieux.

Mais si jamais quelqu’un a eu peur devant les autres de ce que j'ai mis en lui, alors je ne pourrai que désavouer ce qui en est résulté devant mon Père dans les cieux.

 

Homélie

J’étais peureuse. » Voilà comment une vieille dame dans un centre d’hébergement, célibataire et sans enfant, résume une vie où elle a passé 48 ans comme vendeuse dans une librairie. Imaginons un instant ce qui se serait passé si elle avait osé exprimer ce qui la passionnait, ce qu’elle désirait, ce qui l’intéressait, les lubies qui lui passaient par la tête. Peut-être serait-elle devenue attachée de presse pour un ministre quelconque, ou directrice de la Bibliothèque Nationale du Canada, ou encore membre du Service canadien du renseignement et de sécurité. Et peut-être aurait-elle rencontré un homme qui l’aurait soutenue et avec lequel elle aurait eu des enfants. Cela, on ne le saura jamais. La peur peut malheureusement déterminer le cours d’une existence.

La peur semble jouer un rôle considérable dans notre société moderne. Le 11 septembre 2001 nous a fait basculer dans un monde où le mot « terrorisme » se retrouve sur toutes les lèvres. Ce qui est étranger, différent ou nouveau est devenu menaçant. Et voilà que les chrétiens se retrouvent dans un monde où ils sont soit minoritaires, soit marginaux en considérant leurs valeurs ou leurs préoccupations. Mais ce qui s’applique au chrétien, s’applique à tout être humain qui, dans la découverte de ce qu’il est vraiment, rencontre le sarcasme ou l’opposition. C’est dans ce contexte que je veux relire l’évangile de ce dimanche.

« Arrêtez d’avoir peur. » Voilà ce que répète Jésus. « Ce que vous êtes vraiment, finira par éclater au grand jour. Aussi bien l’exprimer tout de suite. » Puis il ajoute : « Votre véritable ennemi, ce n’est pas ceux et celles qui peuvent vous harceler et vous causer des torts physiques ou financiers, mais ce sont ceux et celles qui feront en sorte que vous ne deviendrez jamais ce que vous êtes vraiment, si bien que vous n’exprimerez jamais ce souffle ou cette flamme que Dieu a déposé en vous. »

Facile à dire tout cela. Mais comment trouver l’assurance nécessaire. C’est ici qu’il ajoute ce qui est l’assise de notre foi : « Si Dieu se préoccupe des petits moineaux que vous trouvez insignifiants, si Dieu est capable de s’intéresser au nombre de poils que vous avez sur la tête, combien plus est-il capable d’être à côté de vous à chaque seconde de votre vie. » Jésus a pu dire ces choses parce que lui-même s’arrêtait, ému, devant des oiseaux qui pépiaient autour d’une graine, parce que lui-même prenait le temps de détailler un visage, et qu’il pouvait comprendre à travers ses propres sentiments que Dieu s’intéresse à tout cela. Et si Dieu s’intéresse à tout cela, c’est sûr qu’il s’intéresse à ce que je suis, à ce que j’ai d’unique, à ce que je vis.

Que ferions-nous si nous n’avions peur de rien? Nous dirions peut-être avec amour et affection certaines vérités difficiles à exprimer à des gens qui sont cause de préoccupation. Nous oserions nous opposer à certaines initiatives que nous trouvons dommageables. Nous prendrions le risque d’une nouvelle carrière, plus près des habiletés et des désirs que nous portons. Nous ferions confiance à l’avenir et suivrions notre désir d’avoir un enfant. Nous accueillerions des gens qui appartiennent à un univers qui nous déroute. Que sais-je? La liste est infinie comme l’éventail des possibilités de notre être.

L’évangile de ce jour est un extrait du discours de Jésus où il explique ce qui attend le disciple. À moins de vivre dans certains coins du monde où on brûle encore des églises, le défi qui nous attend comme chrétien n’est pas la persécution religieuse. Le défi est de résister à toutes les idéologies et toutes les tendances qui refusent l’unicité de chaque être humain, qui veulent l’empêcher de cultiver librement ce qui a été semé au creux de son être, qui se moquent de sa peine devant la misère des autres, qui ridiculisent son désir d’infini et ses aspirations à trouver la source de son être.

La finale de l’évangile peut sembler dure : « Celui qui m’aura renié devant les hommes, à mon tour je le renierai devant mon Père dans les cieux. » En fait, l’idée pourrait être mieux rendue comme ceci : « Celui qui aura refusé par peur de devenir l’être qu’il est, je ne pourrai pas dire oui au personnage qui en est résulté. » Alors courage ! N’ayons pas peur de l’être que nous sommes, des désirs et des pensées qui nous habitent. C’est ça qui peut faire une différence dans notre monde, si vraiment nous avons la foi, si vraiment nous croyons que Dieu porte attention à ce que avons d’unique.

André GILBERT, Bibliste (Canada)

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 08:31
Homélie du dimanche 18 juin 2017

Fête du Corps et du Sang du Christ

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6,51-58.
En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »
Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.
Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Homélie

“Manger la chair” de Jésus, “boire son sang” ! Le réalisme de Saint Jean pourrait nous faire passer pour des anthropophages. En réalité l’expression chair et sang, dans la mentalité hébraïque, désigne l’homme concret. Et il est probable que Jean ait voulu insister sur l’humanité de Jésus parce que, dès la fin du premier siècle, beaucoup le considéraient déjà comme un être céleste désincarné. D’autres passages de l’Ecriture parlent de l’eucharistie : “Quand vous mangez ce pain et buvez à cette coupeVoici mon corps, voici mon sang …” La clé pour comprendre ce langage sacramentel, c’est le mot symbolique. Non pas au sens minimum qu’on lui donne quelquefois : “Oh ! Il a fait une offrande seulement symbolique,” c’est à dire pas grand chose. Non le symbole, en langage sacramentel, a le sens fort et dit une réalité plus grande que ce qu’on voit, bien plus profonde que les apparences.

Je me rappelle comment, un jour, avec des enfants, le beau stylo de François nous avait aidés à comprendre le mot symbole : car ce n’était pas un stylo, c’était un cadeau ; ce n’était pas de l’utile, c’était du gratuit ; ce n’était pas du fonctionnel, c’était du relationnel. En bref, il y avait quelqu’un derrière. Par chance, ce stylo écrivait. Mais combien de ces objets sont seulement du relationnel : tel merveilleux coupe-papier qui ne coupe rien du tout, telle superbe lampe de chevet qui n’éclaire rien, tel instrument de musique dont personne ne pourrait sortir une seule note : mais c’est peut-être le stradivarius de l’arrière grand-Père !

Le stylo de François était le stylo de la mémoire. Il y avait quelqu’un derrière. L’Eucharistie est le pain de la mémoire : “Faites cela en mémoire de moi”. Mémoire d’une vie brisée, d’une vie donnée. Il y a quelqu’un derrière. Un jour, notre évêque a dit : “Ceux qui s’ennuient à la messe, c’est parce qu’ils n’y apportent rien de leur vie. Finalement, ils ne sont pas tellement présents.” Le pain offert à la messe symbolise ce que nous appelons notre pain quotidien. Il nous faut apporter quelque chose de notre vie à chaque messe, sinon, il n’y a personne derrière le pain. Pour que Dieu transforme le pain en sa propre vie il faut qu’il y ait du pain. “Nous te présentons ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, il deviendra le pain de la vie.” À la communion, Dieu nous redonne ce pain, habité de la présence réelle du Christ. Et nous repartons avec une énergie divine pour continuer de vivre avec la force de l’Esprit de Jésus.

La messe, c’est la rencontre de deux présences réelles : la présence réelle du Christ, qui ne fait aucun doute, et notre présence réelle, qui, elle, est parfois moins sûre. Nous communions à la présence réelle du Christ pendant la messe pour devenir nous-mêmes une présence réelle du Christ après la messe. Saint Jean Chrysostome (4ème siècle) a quelques mots très forts pour dire la mission que l’eucharistie nous donne : “Tu veux honorer le Corps du Christ, ne le méprise pas lorsqu’il est nu.” J’aime beaucoup cette phrase qui dit bien de quelle manière l’Eucharistie est sacrée.

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 05:57
Homélie du dimanche 11 juin 2017, Fête de la Sainte Trinité

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3,16-18.
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Homélie

Une déclaration d’amour ne s’embrouille pas dans des phrases compliquées. “Je t’aime”: c’est simple, direct, et ça va à l’essentiel. C’est vrai : l’amour est à la fois simple et mystérieux, tellement il concerne chaque être en sa profonde intériorité ! Jésus, pour dire l’amour du Père, n’entame pas un grand discours abstrait. Il dit : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique !” De quoi ébranler l’intellectuel Nicodème avec qui il vient de parler du baptême. Dieu a tellement aimé le monde que sa Parole s’est faite homme en Jésus. Et Jésus a consacré toute sa vie, jusqu’à la croix, à proclamer cette Parole du Père. Mais le Père l’a ressuscité car Dieu ressuscite ce qui est donné par amour.

Quand Jésus parle de Dieu, ce n’est pas le Dieu au-dessus des nuages, ni l’architecte suprême, ni le gendarme embusqué, ni le vieillard-papa-gâteau qui laisse tout passer. Non ! Le Dieu de Jésus est PÈRE, qui invite chacun à grandir avec la patience qu’il faut. On le sait : ce qui fait le cœur de l’homme, c’est son désir d’aimer et d’être aimé ; ce qui le fait vivre, ce sont des relations d’amour, et rien n’est plus grand que cet amour qui bouleverse la vie et rend le monde plus beau. Pour les chrétiens, cet amour est, dans le cœur de l’homme, la signature de Dieu qui s’appelle l’Esprit Saint : la relation forte entre le Père et le Fils en plein cœur de notre cœur ! “Dieu Père a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique !” Et chacun est habité de la force de l’Esprit.

Dieu Père, Fils et Esprit, c’est la Trinité. Si notre foi s’attache au Père seul, nous risquons un vague déisme. Si nous nous adressons au Fils seul, nous risquons un humanitarisme qui manque d’élan. Et si nous regardons l’Esprit seul, nous risquons un illuminisme inconsistant, où Dieu peut se confondre avec les agitations de notre cœur.

“Jamais Dieu sans trois” titrait joliment un article qui disait : “Puisque le mystère de Dieu n’est pas un point d’interrogation (question sans réponse), mais un point d’exclamation (merveille à découvrir), la liturgie a prévu nous faire vivre cet émerveillement entre deux fêtes, celle de la Pentecôte, comme si l’Esprit était la porte d’entrée pour dire Dieu, et celle du Corps et du Sang du Seigneur, parce que l’Eucharistie restera toujours la Présence du Christ au milieu de nous.”

La Trinité, Dieu qui se donne à rencontrer au cœur de la relation entre les humains. Dès l’Ancienne Alliance, Dieu s’est révélé comme « le Dieu tendre et miséricordieux, plein d’amour et de fidélité » (1ère lecture). Et saint Jean a cette phrase chaleureuse : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ». Fameuse nouvelle. En fait c’est LA Bonne Nouvelle. Jésus aurait pu séparer l’ivraie du bon grain ou accabler ceux qui avaient quitté le droit chemin. Non ! Il s’est juste un peu moqué de ceux qui s’enfermaient dans la suffisance de l’argent et du pouvoir et qui ne voyaient pas l’essentiel qui est la Relation d’amour. Lui, il allait manger avec les pécheurs, i1 libérait les corps crispés et les esprits dérangés, il invitait à aller de l’avant et à inventer l’amour. Et c’était subversif de dépasser les barrières traditionnelles de la société. Il se réclamait toujours de son Père pour réveiller les cœurs et bousculer le désordre établi. Et il disait envoyer bientôt l’Esprit qui continuerait à mettre le feu au cœur des relations entre les humains ! Jésus parlait de Dieu comme nous parlons d’Amour. Dieu, l’imprononçable de l’ancien Testament, il lui a choisi les noms humains qui viennent de l’expérience la plus forte que puisse donner notre terre : le nom Père, puis le nom Fils, et le nom Esprit qui est la relation entre le Père et le Fils.

Je pense aux gens qui viennent, nombreux et souvent de loin, à l’église pour une raison “relationnelle”. Ils viennent à un baptême, une première eucharistie ou un mariage. L’un des leurs est concerné au plus profond de lui-même, l’un des leurs “met en jeu quelque chose de fondamental pour son existence”, comme disait Mgr Rouet, évêque de Poitiers. Tertullien, au 3° siècle, avait appelé ça le sacrement du frère. Eh bien ! La Trinité nous dit que ces relations humaines riches conduisent à Dieu, comme Jésus a su nous y conduire, comme son Esprit continue de nous y conduire à travers les frères. Le relationnel humain fort qui remplit les églises à certains moments, la Trinité nous dit qu’il est aussi le cœur de Dieu lui-même.

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 05:37
Homélie du dimanche de Pentecôte – 4 juin 2017

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20,19-23.
C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

Homélie

Deux textes bien différents (Actes des apôtres et Saint Jean) pour dire la même réalité Pentecôte. Heureusement que notre foi n’est pas accrochée au mot à mot des textes.

La 1ère lecture, au livre des Actes, est tout entière symbolique : Le temps est symbolique : 50 jours après Pâques : la Pentecôte juive. Le lieu est symbolique : les disciples sont réunis dans la chambre haute (leur refuge depuis l’Ascension). Le groupe est symbolique : ils sont tous ensemble autour des Douze. Il y a un grand bruit comme au Sinaï de la première alliance. Il y a un grand vent comme pour la traversée de la mer rouge. Il y a du feu comme autrefois sur la montagne fumante du Sinaï. Il y a du monde qui vient de partout. Ce texte dit que les apôtres ont compris l’événement Pentecôte dans la suite de l’Ancien Testament, comme une même histoire de libération qui se poursuit. Ce texte est donc clairement pédagogique.

Dans le texte de Saint Jean, la Pentecôte a lieu dès le soir de Pâques. Les apôtres ont verrouillé leur porte. Mélange de peur, de discrétion et de silence. Et Jésus vient. Et on arrive directement au fait, sans aucune préoccupation pédagogique. Pour les envoyer en mission, Jésus leur donne (leur fait) le souffle léger de son Esprit :

* Comme dans la Genèse (Gn 2), lors de la première création : “Dieu insuffla dans les narines de l’homme le souffle de vie”. Première naissance au début des temps.

* Comme dans Ezéchiel (Ez 37), lors de la dernière création : “Souffle sur ces ossements desséchés, et ils revivront”. Création de l’avenir, résurrection finale, au dernier jour.

Première et dernière création ! Entre les deux, il y a la création actuelle, en train de se faire : le Souffle de Dieu est chaque jour à l’œuvre. Saint Jean décrit la présence et l’action de Dieu par ce qui est à la fois le plus commun et le plus fondamental : respirer ! Tous les vivants respirent le même oxygène. Image saisissante de Dieu qui nous fait vivre ! Voilà donc Jésus qui “souffle” sur ces hommes en disant : “Recevez l’Esprit Saint”, comme Dieu, à l’origine, avait “soufflé dans les narines de l’homme l’haleine de vie”. Tout se passe comme si Jésus était en train de recommencer l’homme, de le créer à nouveau ?

“Les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des juifs.” C’est si vite fait, l’enfermement : non seulement celui dont on peut être victime, mais aussi celui dans lequel on s’enferme soi-même. Jésus franchit les verrous et annonce : “La paix soit avec vous !” Aux hommes anxieux, il veut d’abord donner “la paix”, cette paix avec soi-même, souvent la plus difficile à trouver. Ailleurs il précise : ma paix. Ce n’est pas une paix ordinaire. Ce n’est pas la tranquillité d’une petite vie sans histoires. Ce n’est pas : je vous fiche la paix. On sait trop comment son existence fut mouvementée et risquée. Et on se souvient qu’en souhaitant la paix, il montra ses plaies. Nos textes d’aujourd’hui parlent de la paix comme d’une immense transformation intérieure, d’un véritable bouleversement arrivé aux premiers chrétiens, dans le sens d’une ouverture aux autres, d’un envoi en mission : chacun les entendait proclamer les merveilles de Dieu dans sa propre langue. On rêve quelquefois d’une langue commune pour se faire comprendre. Non ! C’est l’inverse. C’est à l’Eglise qu’il revient d’assumer les langues et les cultures des hommes. Il ne s’agit pas pour elle d’amener les hommes à comprendre son langage à elle, mais bien de leur parler leur langue à eux, de retraduire sans cesse son message pour le rendre compréhensible à tous.

Le théologien Rey Mermet, dans un de ses livres intitulés Croire, écrit : “A la Pentecôte, les apôtres ont lu l’Ecriture avec des yeux tout neufs. « Ce Jésus que vous avez mis à mort, il est ressuscité. Nous en sommes témoins. Il nous envoie apporter la Bonne Nouvelle. » Et ces hommes peureux, qui s’enfermaient à double tour pour éviter le contrecoup du Vendredi Saint, ne trembleront plus jamais devant un tribunal humain. L’Evangile est enfin compris comme une Bonne Nouvelle. Et avec les apôtres, c’est l’humanité entière qui est soulevée par la foi, l’espérance et la charité.”

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 13:52
Homélie du dimanche 28 mai 2017

Imaginons l’ambiance du Cénacle où l’auteur de l’évangile de Jean situe la prière de Jésus à son Père. La nuit est tombée sur Jérusalem. Dans la chambre haute du Cénacle, les torches et les flambeaux jettent des lueurs incertaines et changeantes sur le visage des apôtres et aussi des disciples, hommes et femmes qui viennent de partager le repas pascal. Ils sont fascinés par ce que leur dit le Maître dans une sorte de longue méditation, une fervente incantation, et qui ne leur a jamais parlé avec autant d’intensité et de passion contenues. Il leur livre le fond de son cœur.

Jésus sait que sa mort est imminente : Judas est déjà sorti pour indiquer à ses ennemis où ils pourront l’arrêter sans craindre les réactions de la foule.

S’adressant directement à celui qu’il appelle son Père il dit, L’heure est venue où tu vas être glorifié et ou tu vas me glorifier.

Ce mot ‘’glorifier’’ n’a pas pour nous une signification très claire. C’est un terme biblique qu’on peut traduire par  ‘’manifester au grand jour, dévoiler, révéler‘’ ce qu’est une personne, un être, au-delà des apparences.

Le Dieu qui va être manifesté clairement n’est pas celui que les compagnons de Jésus espéraient : un Dieu qui enverrait un Messie guerrier qui chasserait les Romains hors de la Palestine et rétablirait la suprématie d’Israël sur tous les autres peuples, les autres peuples qui viendraient adorer Dieu dans son Temple à Jérusalem. Oui, Dieu serait alors vraiment glorifié dans sa Toute Puissance et sa splendeur et Israël avec lui.

Or Dieu va se manifester, se montrer,  cloué sur une croix d’infamie, couvert de sang et de crachats, avec sur la tête le signe dérisoire de sa soi-disant royauté, une couronne de ronces entrelacées. Les disciples seront tellement déconcertés qu’ils prendront la fuite.

Pour eux, et aussi pour beaucoup de nos contemporains, Dieu est le Tout Puissant, qui punit ceux et celles qui lui déplaisent, qui, arbitrairement, appelle à l’existence, puis ‘’rappelle à lui’’ comme le disent encore certains faire-part de décès.

Pour les pharisiens, les scribes, l’aristocratie sacerdotale, complices des occupants, Jésus, le charpentier de Nazareth est un imposteur, un blasphémateur. Ils vont l’envoyer à une mort ignoble. C’est la victoire du Dieu vengeur sur le Dieu d’amour prêché par le soi-disant prophète de Galilée.

Or, ce Jésus humilié, qui n’a plus figure humaine, ce Jésus abandonné de tous et, semble-t-il, même de son Dieu Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné !  Dieu va le glorifier, le révéler comme celui qui est  vainqueur de la mort par l’amour, car seul l’amour est tout puissant, car seul l’amour peut donner la vie éternellement, la Vie avec Dieu, la vie de Dieu, la vie divine.

Bientôt, les disciples comprendront. Jésus a glorifié son Père, l’a manifesté, l‘a rendu visible  Qui me voit le Père, par son amour pour Lui et pour tous les hommes. Et Dieu va glorifier Jésus en le ressuscitant.

Tout s’éclairera pour les disciples : Jésus a glorifié, révélé Dieu par son amour et Dieu a glorifié, révélé Jésus comme son Fils en le ressuscitant. Dieu et Jésus, c’est tout un. ‘’Ne vois-tu pas, Philippe, que je suis dans le Père et que le Père est en moi’’ La vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus, ton Fils bien aimé.

À nous de nous interroger pour y voir plus clair et ‘’glorifier Dieu’’. En quel Dieu croyons-nous ? À quel Dieu donnons-nous notre confiance ? Quel Dieu glorifions-nous, révélons-nous par notre manière  de vivre. Quelle gloire espérons-nous de ce Dieu qui s’est manifesté à nous ?

Quelle densité d’amour, quel poids d’amour, donne à nos paroles, à nos actions, à nos vies un rayonnement, une lumière intérieure, une stabilité, un centre de gravité, une assise, un socle intérieur. Autrement dit, quelle place laissons-nous à l’Esprit de Dieu pour qu’il fasse en nous sa demeure, pour densifier nos vies, pour manifester, glorifier le Dieu que nous aimons. Ô Seigneur envoie ton Esprit qui  renouvelle la face de la terre !  Ce chant de la Pentecôte peut être aussi, dans la sérénité, notre prière quotidienne. 

Roland Chesne

Prêtre à Vernonnet (Diocèse d'Evreux)

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 17:02
L'Ascension : Arcabas

L'Ascension : Arcabas

Tout le monde rêve d'ascension...

... Monter en grade, professionnellement, croître et embellir quand on est jeune, élever ses enfants quand on est parent, avancer en âge tout en restant actif, ouvert en pleine forme.... Haut les cœurs !

Et pourtant, la vie nous réserve des descentes inéluctables, à nous humains épris d'altitude ! Etapes marquées de tant d'événements, d'avancées et de reculs, de montées et de descentes, de renoncements forcés, d'usures, d'affaiblissement, de déchéance peut-être ! Nous savons bien que la vie physique a ses limites ....

La Parole nous dit : debout i Le mouvement est vertical et infini ! Le Christ que l'on a cru au fond du tombeau s'est levé et l'Ecriture nous dit aujourd'hui « qu'il est emporté au ciel ». Il disparaît en montant ! Etonnant déni des funèbres logiques de la vie ! A ses disciples, Jésus dit : « II fallait que s'accomplisse ce qui était annoncé.... Vous en êtes les témoins ». Et les voilà envoyés, eux qui ont si souvent douté, qui ont si souvent mal compris, hésité ! Le voyant debout aujourd'hui, élevé.... Ils adhèrent pleinement. Ils se prosternent, ils louent et bénissent. Comme ils ont changé !

Que de sujets d'étonnement dans l'évangile : le baptême, la transfiguration, la résurrection, l'ascension, la Pentecôte.... Evénements qui ont souvent peu de témoins. L'ascension partage cette humilité : pour nous, elle correspond à l'absence du Christ. Dans la grandeur de l'humilité !

Et voilà qu'est confiée aux disciples « la conversion de toutes les nations », alors que lui. Jésus, s'en va ! Démesure l La conversion, le « retournement » que Jésus souhaite n'est pas seulement celui des consciences personnelles. C'est aussi celle des nations, des sociétés. En réalité c'est le rêve de Jésus : une humanité guérie de ses perversions, de sa violence, de ses forces aveugles, une humanité neuve, transfigurée ! Celle qu'il avait inaugurée, ardemment, douloureusement !

Au long des siècles, les disciples ne cesseront pas de regarder vers le ciel, mais aussi de regarder autour d'eux sur la terre des hommes. Tant de responsabilités à prendre ! « Et moi, dit Jésus, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. » Cette promesse de Dieu, que Jésus annonce, n'est ni la conquête, ni le pouvoir, ni la réussite, ni la gloire au regard des hommes : c'est la force qui met l'homme debout !

D’après la revue Signe

 

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 06:18
Homélie du dimanche 21 mai 2017

Evangile Jean 14, 15-21)

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.

D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »

Homélie

 

Grâce à la foi nous passons de la mort à la Vie !

La mort du Christ nous laisse orphelins.

Le don de l’Esprit fait de nous des héritiers.

La foi n’est pas une doctrine, une morale ou un code de bonne conduite.

La foi consiste à Aimer : Aimer Dieu et Aimer son prochain.

C’est l’Amour qui atteste que nous « gardons les commandements » et que l’Esprit « repose en nous » ! C’est l’Esprit qui nous donne « d’aimer en vérité » car Aimer c’est Vivre !

Aimer c’est voir nos frères avec le regard du Christ : un regard qui ne s’arrête pas à l’extérieur, aux apparences, un regard du cœur qui découvre ce « qui est invisible pour les yeux » !

Et si vivre c’était déjà cela : accueillir, écouter, voir … aimer !

Mourir c’est « s’enfermer » … c’est-à-dire : « vivre en enfer » !

Vivre c’est « ouvrir » … ouvrir un chemin de foi, de confiance, c’est prendre le risque d’aller vers les autres.

« Je suis en mon Père, vous êtes en moi et moi en vous »

« Ce n’est plus moi qui vis… c’est le Christ qui vit en moi » (Epitre aux Galates 2,20)

Ce n’est pas une dépossession, mais une « visitation » : nous sommes « habités » !

 

Denis CHAUTARD

Prêtre de la Mission de France à Vernon (Diocèse d’Evreux)

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 04:41
Homélie du dimanche 14 mai 2017

Actes 6, 1-7, Psaume 32 (33), 1 Pierre 2, 4-9, Jean 14, 1-12

Parmi les longues confidences que Jésus a faites à ses disciples, quelques jours avant sa mort, et que l’évangile de ce dimanche nous rapporte, je n’ai retenu que trois mots de Jésus, trois mots seulement : ‘’Je suis le chemin’’.

Cela suffit pour ce dimanche, car ces trois mots ont une signification intense pour notre vie de croyants. C’est un message plein d’espérance.

Au moment où Jésus parlait à ses apôtres, ceux-ci étaient bouleversés.

Les adversaires de Jésus, qui avaient mis en œuvre tous les moyens de faire échec à sa mission sans y parvenir, étaient décidés à employer la manière forte pour le faire disparaître. Jésus le pressentait et l’avait dit à ses apôtres qui en étaient bouleversés.

Jésus leur dit : ‘’Ne soyez pas bouleversés, vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Je suis le chemin’’… c’est un chemin de vie. L’amour peut transfigurer la vie, l’amour peut aussi transfigurer la mort.

Au moment où s’écrit l’évangile de Jean, soixante ans après les évènements, les communautés chrétiennes étaient aussi bouleversées. Les chrétiens, en Palestine, au Proche-Orient et ailleurs, avaient beaucoup souffert, ils avaient subi les attaques persistantes de milieux juifs, ils avaient enduré les persécutions du pouvoir romain. Légitimement ils se demandaient si la foi en Jésus servait à quelque chose et si le Christ ne les avait pas conduits à une impasse.

L’apôtre Jean leur rappelle les paroles de Jésus : ‘’Ne soyez pas bouleversés, je suis le chemin’’. Non, Jésus ne vous a pas conduits à une impasse. Il est le chemin, c’est un chemin de vie même à travers la mort.

Et aujourd’hui, c’est à nous que Jésus adresse cette parole, et ces trois mots sont pour nous aussi un message d’espérance.

Fameux message d’espérance en l’an 2017 où le monde cherche sa route, où les sociétés se heurtent bien souvent à des murs.

Fameux message d’espérance pour chacun de nous. Quand nous ne savons plus trop où nous en sommes, il nous est bon d’entendre cette parole de Jésus : ‘’je suis le chemin’’.

Oui, nous pouvons risquer notre existence derrière Jésus, dans la recherche quotidienne et obstinée de l’amour. Affection, tendresse, dévouement à nos proches, attention aux plus petits, combat pour la justice, lutte pour le partage des biens.

C’est le bon chemin, un chemin de vie, le chemin, disons le mot, de la vie éternelle.

Mais, attention, la vie éternelle n’est pas une vie qui ne commencerait qu’après la mort. C’est aujourd’hui, c’est maintenant qu’il faut suivre le Christ, vivre de sa vie, s’accrocher à ses pas. C’est aujourd’hui qu’il faut bâtir, édifier comme une esquisse, un avant-goût du royaume à venir. C’est notre façon d’aimer ici-bas, aujourd’hui qui sera agrandie, accomplie. Jésus est le chemin qui conduit vers le Père.

Revenons à la première lecture : quel chemin nouveau la jeune communauté de Jérusalem va-t-elle ouvrir pour résoudre un problème de cohabitation entre les frères de langue grecque et ceux de langue hébraïque ?

Très concrètement, la goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est l’inégalité flagrante dans les secours portés quotidiennement aux veuves.

Les apôtres convoquent toute l’assemblée des disciples et c’est en assemblée plénière que la décision sera prise. Il y a donc là un fonctionnement traditionnel de l’Eglise… Il faudrait sûrement tendre à le retrouver.

Ensuite, ils rappellent l’objectif : il s’agit de rester fidèles à trois exigences : la prière, le service de la Parole, et le service des frères. Enfin ils n’hésitent pas à proposer une organisation nouvelle : innover n’est pas manquer de fidélité. Au contraire, la fidélité exige de savoir s’adapter à des conditions nouvelles.

Si Jésus est le chemin, on n’a pas trop de toute sa vie pour le parcourir.

L’Esprit Saint saura toujours inspirer à chaque époque les innovations qui seront indispensables pour assurer les diverses mission et priorités de l’Eglise.

 

Louis DURET

Prêtre du Diocèse de Savoie

 

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 10:14
Homélie du dimanche 7 mai 2017

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10,1-10.
« En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis.
Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix.
Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus employa cette image pour s’adresser à eux, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait.
C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis.
Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.
Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »

Homélie

L’avez-vous remarquée en entrant ? Quand on arrive dans une église, on admire l’architecture, on regarde le chœur, l’autel, le tabernacle, l’orgue. Mais elle, y avez-vous fait attention ? C’est pourtant elle qui est chargée aujourd’hui de nous parler de Jésus : “Moi, je suis la porte !” dit Jésus. D’ordinaire, on laisse à la porte les objets encombrants. Quelquefois on met à la porte les indésirables. On dit aussi aux fidèles d’avancer et de ne pas rester près de la porte. Et les distraits se retournent quand on entend bouger la porte. Pourtant, “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Souvent les porches des églises de grand style sont décorées et quelquefois très belles, vues de l’extérieur. Mais voilà, Jésus n’est pas la porte d’entrée. Non ! Il appelle les brebis chacune par son nom et il les fait sortir. Jésus est une porte de sortie. C’est dehors qu’il nous entraîne. Son projet n’est pas de nous garder dans la sécurité de la bergerie, mais de nous conduire au plein air, dans les verts pâturages. Venez avec moi sur la route des hommes. “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Il y a des portes qui protègent, qui séparent, qui isolent ou qui enferment. Jésus, lui, est un passage, une communication. Quand les professionnels du bâtiment désignent portes et fenêtres, savez-vous qu’ils parlent des ouvertures ? Eh bien Jésus est une ouverture sur la rencontre. Il est celui qui marche devant et qui nous conduit ailleurs. A travers la route des hommes, il nous mène au Père. Écouter Jésus, ce n’est pas s’asseoir, c’est prendre le chemin. Portes ouvertes, murs brisés, pierre roulée, tombeau vide, brèche d’espérance. “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Quand tout à l’heure nous sortirons par cette porte, ne la fermons pas derrière nous comme on ferme un livre terminé, ou un passé révolu. Non ! La porte qui est là, qui s’ouvre sur la place et sur le monde, elle est un commencement. Jésus nous y précède. Alors, à notre tour, là où nous sommes au quotidien, à nous d’ouvrir les portes et de faire des brèches. À notre tour d’appeler à sortir : “Venez, rencontrons-nous, allons ensemble !” A notre tour d’être des portes.

Notre monde est plein de portes fermées. Chacun s’enferme dans ses privilèges et renforce les serrures pour mettre son petit patrimoine à l’abri. Chacun baisse les yeux dans l’ascenseur pour ne pas avoir à faire conversation avec le voisin de pallier. Chacun réclame des lois qui maintiennent les pauvres à distance et le tiers-monde hors de nos frontières. Chacun cherche son salut derrière des portes fermées. Eh bien, après avoir entendu Jésus nous dire qu’il est une porte de sortie, ayons l’audace d’ouvrir des portes, ayons l’audace d’ouvrir nos portes. Ouvrir le dialogue avec l’autre, rejoindre le dynamisme d’une association, permettre à l’étranger de prendre la parole, sortir de l’isolement la misère cachée, proposer un coup de main au voisin, vaincre la peur en offrant la présence, permettre l’espérance en risquant l’amitié, autant de portes ouvertes dans les murs de l’égoïsme qui permettent à chacun de changer le monde. Et si, quand vous ouvrez une porte, il y a quelques courants d’air, dîtes-vous que c’est peut-être le souffle de l’Esprit.

Sur la porte de cette église, comme sur la porte de notre maison, non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur, non pas pour les autres mais pour nous, regardons bien, c’est écrit en lettres d’or : “Moi, je suis la porte !” dit Jésus. Faire Église ce n’est pas écouter aux portes, ce n’est pas condamner une porte, ni se cacher derrière la porte, ni mettre à la porte, mais reconnaître une voix qui nous dit : “Moi je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.”

Un jour, un artiste avait réalisé une magnifique affiche. On pouvait voir Jésus frapper à une porte. Quelqu’un remarqua qu’il n’y avait ni poignée ni clenche ! En fait, l’artiste n’avait rien oublié. Mais il y a des portes qui ne s’ouvrent que de l’intérieur. Vous avez bien compris : si je n’ai pas de vie intérieure, si je n’ouvre pas ma porte au Christ, la rencontre ne sera pas possible.

“Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance.” Aujourd’hui, Dieu me dit : “Tu es vivant. Tu n’es pas un vivant voué à la mort, mais tu es un mortel promis à la Vie”. Et ça, ça change tout !

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 05:28
Homelie du dimanche 23 avril 2017

Deuxième dimanche de Pâques – A – 23 avril 2017 Actes 2, 42-47 ; Psaume 117 ; 1 Pierre 1, 3-9 ; Jean 20, 19-31

“Moi, je suis comme Thomas, je ne crois qu’à ce que je vois”.

La phrase est passée dans le langage courant. Ça veut dire que beaucoup se reconnaissent dans ce Thomas hésitant. Moi, j’aime bien tous ceux qui doutent avec sincérité. Car ils ne sont pas indifférents, ils mettent toute leur honnêteté, leur intelligence et parfois leur grande culture dans la réflexion, et ils ne voient pas le moyen de croire. Mais ils donneraient quelquefois des leçons à des croyants qui n’ont guère réfléchi. En réalité, Thomas est aussi un bel exemple de croyant. Car la foi n’est jamais aussi solide que lorsqu’elle a surmonté le doute.

Il n’y a pas de foi chrétienne qui ne passe par l’hésitation. Avoir la foi, c’est avoir assez de lumière pour porter ses doutes. Thomas veut voir pour croire ! Voir pour croire ! Avez-vous réalisé qu’il est tout aussi vrai de dire : il faut croire pour voir.

Car on peut, grâce à la foi, apercevoir ce qui est invisible au premier abord. Et c’est par ce chemin que la confiance peut devenir plus forte que les doutes. “Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas !” Pourquoi une telle insistance ?

Peut-être parce que Jean écrit son Évangile vers la fin du 1er siècle. Une époque où beaucoup sont déjà tentés de regarder vers un Christ désincarné en oubliant qu’il a vécu un quotidien bien concret, qu’on l’a arrêté, qu’on l’a jugé et exécuté.

C’est peut-être pour ça que Jean a choisi un tel réalisme presque insoutenable, pour asséner que le Fils de Dieu a “pris chair” fragile, qu’il a été affronté aux ténèbres de la vie et qu’il continue de venir vers nous en nous montrant les plaies de ceux qui donnent leur vie pour que naisse et grandisse la véritable humanité. Les premiers disciples ont cru en la Résurrection parce qu’ils ont rencontré vivant celui qui était mort. Nous sommes invités à la même expérience.

Alors où trouver aujourd’hui les signes qui nous permettront d’être témoins de la résurrection ? Je vous propose trois chemins :

1 – Une absence qui est présence. Jésus n’est plus là. Le tombeau vide dit que le Ressuscité ne se laisse enfermer ni dans nos églises, ni dans nos textes, même les plus officiels. Il ne se laisse accaparer par personne. Il est absent, ça veut dire qu’il est présent autrement : depuis le matin de Pâques, il est en route, tellement plongé dans l’humanité qu’on peut le prendre pour un jardinier ou un inconnu. Présence discrète, mais efficace, cette présence qui, depuis 2000 ans, agit en tous ceux-là dont l’engagement a permis qu’on ne désespère pas de l’humanité ! Quelqu’un disait un jour : “Pas facile de croire à la résurrection avec tout ce qu’on voit de négatif dans le monde. - Mais c’est l’inverse, s’écria un autre, sans la résurrection comment expliquer l’ardeur des témoins ? Et que tel timide devienne audacieux, et que celui qui a toutes raisons de se plaindre affiche de la joie ?”

2 – La trace des plaies de Jésus. Les cicatrices de la passion sont restées visibles dans son corps transfiguré : étonnante “marque de re-connaissance.” Thomas a pu les toucher, et nous aussi puisqu’elles continuent d’exister : nous les apercevons dans le corps souffrant de l’humanité. Elles sont les signes que la Passion du Fils de l’Homme n’est toujours pas achevée.

3 – Les témoins envoyés. Chaque apparition du Christ se termine par un envoi : “Allez annoncer ! – De toutes les nations faites des disciples ! – Comme mon Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie !” C’est bien dans la résurrection du Christ que la mission prend sa source. L’envoi est le signe que rien n’est fini. Jésus est vivant. Ce sont ses disciples qui sont enterrés, verrouillés à double tour, paralysés par la peur. La Bonne Nouvelle du Dieu Père qui aime doit être annoncée.

Cette mission naît du baptême. Louis Rétif disait : “Nous ne sommes pas baptisés pour être sauvés mais pour devenir des sauveurs.”

Et Véronique Margron, en parlant elle-aussi du jour du baptême : “On entre dans l’église enfants de Dieu, on en sort prêtres, prophètes et rois.” Si tout ça vous semble compliqué, je vous propose de vous laisser porter par la foi de la petite Lucile. Un adulte lui dit : “Je te donne un florin si tu me dis où Dieu habite”. Elle répond : “Moi je t’en donne deux si tu me dis où il n’habite pas.”

 

 

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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