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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 06:58
Saint Jean-Baptiste El Greco Musée des Beaux Arts de Valence (Espagne)

Saint Jean-Baptiste El Greco Musée des Beaux Arts de Valence (Espagne)

Evangile de Marc 1,1-18
« Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu.
Il est écrit dans Isaïe, le prophète :
Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin.
Voix de celui qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert.
Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui,
et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés.
Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ;
il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ;
je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales.
Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

Homélie
« Commencement… »
Ce sont les premiers mots de l’Evangile de Marc en ce deuxième dimanche de l’Avent.
Le commencement c’est l’inattendu, la nouveauté…. un surgissement !
Une voix crie dans le désert « Préparez le chemin du Seigneur » !
Le désert est ce lieu hostile, de la soif, de la faim, du froid ou de la chaleur torride !
Le désert c’est le lieu du silence, de l’absence et du manque !
C’est là justement, au désert, que tout « commence » !
Dieu vient parler à son peuple et il est venu lui parler « au cœur » !
Alors que les pharisiens et les scribes avaient enfermé la loi dans des règles inaccessibles pour la plupart des gens : les petits, les sans grade ou sans fortune. Dieu se donne gratuitement à qui veut bien lui ouvrir son cœur !
Jean le Baptiste offrait un baptême pour le « pardon des péchés » ! Le péché : ce mot n’a pas d’abord un sens moral : c’est la condition humaine dans sa plus grande fragilité qui l’éloigne de Dieu et du pardon !
Alors qu’à l’époque seul le grand prêtre pouvait donner ce pardon le jour du « Yom Kippour » aux hommes « choisis », ceux qui s’étaient acquittés de leurs charges au temple de Jérusalem, voici que désormais ce pardon est donné gratuitement dans le désert à tous ceux qui désirent se « convertir », c’est-à-dire « revenir à l’essentiel » : vivre dans l’Amour, la Paix et la Justice !
Il leur faut pour cela se libérer de ses entraves : le superflu, l’accessoire, le bruit et les idoles !
L’Evangile est une « Bonne Nouvelle » : « Bienheureux les pauvres, les doux, les miséricordieux… ceux qui ont faim et soif de la justice… » L’Evangile est « Bonne Nouvelle » pour tous les hommes, à commencer par les pauvres et les exclus !
Le désert est ce lieu des « commencements » : pour Abraham, Moïse, Elie… et aussi pour Jésus où après quarante jours au désert il sera « tenté par le diable » !
Nous préparer à Noël dans ce temps de l’Avent, c’est accueillir ce « commencement », cette extraordinaire nouveauté de la venue de Dieu parmi les hommes : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice… » (Psaume 84)

Denis Chautard
Prêtre de la Mission de France
 

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 19:54
Belle entrée en « Avent », dimanche 29 novembre, le temps de l’avènement de « Sa Présence » !

« Puisque Dieu lui-même n'est pas un pouvoir, puisque Dieu lui-même est l'Amour, puisque Dieu lui-même ne possède rien, puisqu'il ne peut nous toucher que par son cœur, comme nous ne pouvons l'atteindre que par le nôtre, comment l'Église-Christ pourrait-elle être un pouvoir ? Elle ne peut être qu'un lavement des pieds pour introduire l'homme dans l'univers de l'Esprit.
Par notre seule présence, nous pouvons susciter la vie, faire tomber les murs de séparation, être un évangile vivant. Et c'est le plus persuasif. Davantage ! la seule action vraiment humaine, irremplaçable, qu'aucune machine ne pourra jamais accomplir à notre place, c'est celle-là : une présence toute recueillie en son amour et qui le laisse transparaître, et qui, en créant un espace de respect, comme Jésus au lavement des pieds, suscite en l'autre le sentiment qu'il y a quelque chose en lui qu'il n'a pas encore découvert et qu'il va découvrir maintenant parce que, à votre approche, à travers votre visage, il a vu luire le Visage déjà imprimé dans son cœur.
C'est cela qui est l'âme de tout apostolat. Nous n'avons pas à prêcher, nous n'avons pas à parler de Dieu ; moins on en parle, mieux ça vaut. Nous n'avons pas à faire un prosélytisme qui amène les autres à penser comme nous, puisque nous n'avons pas à penser quelque chose, mais à vivre Quelqu'un. Il s'agit de communiquer une Présence qui ne fait pas de bruit, une Présence qui est au cœur du silence et que le silence seul peut transmettre.
Le témoignage que nous avons à donner, le témoignage de notre vie : apporter à tous ces hommes pourvus des techniques les plus parfaites la révélation de l'amour par la lumière et l'amour du Christ. C'est pourquoi il faut apprendre à baisser les yeux devant les âmes. Il ne s'agit pas de convertir les êtres en leur jetant des paquets d'arguments, mais de baisser les yeux avec tant d'amour qu'ils comprennent qu'il y a en eux une valeur tellement grande et tellement belle. Les êtres ne croiront en lui, le Dieu vivant, que lorsqu'ils découvriront en nous une source de vie. C'est cela, être missionnaire, prêtre, saint. Si souvent, la religion s'est réduite à un ensemble de rites, d'exclusivismes étroits, parce qu'on ne l'a pas comprise comme l'ouverture à la vie. Comment pourront-ils résister à la religion, quand elle sera la vie, la vie qui chante, qui assume toute créature pour la porter à l'appel du Christ ?...
Dire les mots avec cette plénitude intérieure qui les rend efficaces. Ne jamais prendre soin de soi-même.
Il faut que le sourire commence à luire dans les ténèbres. C'est cela, la merveille de la parole: c'est que nous pouvons vraiment engendrer le Christ sans le nommer, sans qu'il soit jamais question de lui, sans qu'il soit jamais fait allusion à la religion ou à l'Église, car il remplit tous les mots, dès lors que la parole est ouverte sur lui. Le son devient l'harmonique de l'éternelle Musique qui fait lever dans la parole le rayonnement de l'Amour.
Notre vocation ? C'est d'être le sacrement collectif d'une Présence qui est la liberté dans sa source, un sacrement de silence où toute l'humanité contemporaine subira l'attraction de cette Présence qu'il est inutile de nommer si l'on n'en vit pas, car on ne fait que l'abîmer, la défigurer, la limiter et la rendre odieuse. Il nous faut vivre (de) cette liberté, vivre (de) cette Présence qui est universelle et en chacun de nous, la vie de tout l'univers. Car si nous sommes axés sur le Dieu vivant, nous sommes au cœur des autres. C'est la seule manière d'atteindre les autres, d'atteindre leur intimité sans la violer, c'est d'aller, justement, nous-mêmes, jusqu'à la racine de notre être, c'est la même racine que les autres plongent dans le cœur de Dieu. Nous pouvons agir sans prosélytisme, sans indiscrétion. Nous pouvons agir les yeux baissés, à condition que nous écoutions cet appel, que nous soyons atteints et fascinés par un Amoureux, un Dieu qui est totalement engagé dans notre vie, (...) un Dieu qui ne peut pas s'exprimer dans cette création, si nous ne sommes pas translucides à sa Présence. »
Maurice Zundel
Dans "Les Minutes étoilées de M. Zundel", d'Emmanuel Latteur. (page 40-42, Editions Anne Sigier)
 
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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 05:18
Homélie du dimanche 22 novembre 2020, fête du « Christ Roi »

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25, 31-46. 
« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire.
Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs :
il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.
Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;
j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”
Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ?
tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?
tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?”
Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges.
Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;
j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.”
Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?”
Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.”
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

Homélie
La fête du Christ-Roi date de 1925 au temps du page Pie XI. Une époque où beaucoup d’états Européens ont pris une certaine autonomie par rapport à l’Église. Des chrétiens sont encore nostalgiques du temps où le Pape et les Évêques exerçaient une tutelle sur la vie de la cité. Certains rêvent de reconquête. En France, le souvenir de la séparation de l’Eglise et de l’Etat est bien présent. Ici ou là on chante le Christ-Roi avec des accents revanchards. Il y a erreur sur notre roi ! Et elle existe encore quelquefois cette nostalgie d’un Christ tout puissant :
- “Jésus était Dieu. Et Dieu, c’est le tout puissant.” Et on ne parle plus de Jésus que pour insister sur ses miracles. L’homme Jésus a disparu.
- Noël ! La naissance de Jésus en grande pauvreté devient quelquefois une fête enluminée de sacrée où disparaît le message chrétien.
- La défense que Jésus prend des indéfendables est souvent oubliée. Et au nom de Jésus, on a pu faire des lois de moralité. Et il fallait se confesser souvent car on avait peur pour soi d’abord. Les plus anciens se souviennent sûrement qu’ils ont chanté : “Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver ?”
Le texte d’aujourd’hui (Matthieu 25) conclut l’enseignement de Jésus avant sa Passion. Ce sont les Béatitudes, au chapitre 5, qui inauguraient cet enseignement. Jésus y avait annoncé son programme royal autour du mot Heureux. Il l’a accompli en fidélité à son Père, et c’est sur cette base qu’il jugera les hommes au dernier jour. Michel Scouarnec a écrit deux réflexions à ce sujet :
1 – « Dans la parabole, le Roi s’exprime au passé : « J’avais faim, j’avais soif… » Et les gens aussi : « Quand t’avons-nous vu ? » Au jour du jugement, Dieu dira : mon Royaume ce n’est pas seulement celui d’après la mort. Votre monde est aussi le mien. J’y suis présent. M’y reconnaissez-vous ? Faites que règnent amour et partage sur votre terre, et vous vivrez déjà ce que vous espérez.” »
2 – « Le roi ne dit pas : vous n’avez pas nourri les affamés. Il dit : “Moi, j’avais faim et vous ne m’avez pas donné à manger”. Il s’identifie en quelque sorte à l’affamé, au prisonnier, au malade. Voilà la grande nouveauté de l’Evangile. »
Notez bien les critères évoqués dans le récit de Matthieu : ils ne sont pas religieux. Ils sont humains et concernent les droits de chacun. Le texte met en rapport le Christ et tous les humains sans indications d’une appartenance à une nation, une religion, un âge, un sexe.
- Il y a le critère économique : nourriture et boisson sont nécessaires pour vivre et survivre. 
- Il y a le critère social : sans vêtement et sans logement ou hébergement, comment vivre dans la dignité ? Comment entrer en relation avec les autres
- Et il y a le critère éthique et politique. Chacun doit pouvoir se déplacer librement pour rencontrer, pour être aidé, pour être soigné et visité s’il est alité, s’il est infirme ou en prison. 
Pour y voir plus clair, je vous propose les deux questions qui furent posées à Jésus :
1ère question : “Es-tu roi ?”  Question posée par Pilate. Réponse de Jésus : “Ma royauté ne vient pas de ce monde.” Il est roi, mais pas à la manière de ce monde :
- Jésus-Roi, oui, mais la veille de sa mort, il a lavé les pieds de ses disciples.
- Jésus-Roi, oui, mais ce jour-là son manteau royal était le manteau rouge des fous. Et il allait être torturé. La croix est le seul trône élevé sur lequel il ait accepté de siéger.
- Jésus-Roi, oui, mais roi fraternel : “Ce que vous faites au plus petit, c’est à moi…” Au jour de Dieu, tout dépendra de la réponse à la question du Seigneur : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »
- Jésus-Roi, oui, mais tellement discret. “Quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim ?” Très importante la surprise de tous en apprenant le lien du Christ à l’humain en détresse. Ça veut dire que générosité et solidarité ont valeur en elles-mêmes et que le Royaume de Dieu a les traits du frère en difficulté. Le plus court chemin pour aller vers le Christ est le détour par l’autre.
2ème question à Jésus : « Où est ton Royaume ? » Réponse : “Il est au milieu de vous.” C’est en vivant notre vie d’hommes que nous le construisons ou non. “Le Royaume est là, dit Hyacinthe Vulliez, non pas dans le pauvre, comme on l’a dit, mais dans le partage avec le pauvre. Dieu est fait présent par le partage du pain.” Alors, quand on partage de ce pain devenu Corps du Christ, c’est que nous voulons partager chaque jour avec les frères les plus pauvres.

Robert TIREAU
Prêtre du Diocèse de Rennes

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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 11:35
Homélie du dimanche 15 novembre 2020

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25, 14-30. 
« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Un homme qui partait en voyage appela ses serviteurs et leur confia ses biens.
À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt,
celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres.
De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres.
Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes.
Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : “Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.”
Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”
Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : “Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.”
Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”
Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : “Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.
J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.”
Son maître lui répliqua : “Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.
Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.
Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix.
À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a.
Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !” »

Homélie
A l’époque de Jésus, on ne parlait pas des “hommes de talent” ; on ne disait pas d’un tel : “il a du talent”. Et je crois bien que ces expressions ont pour origine notre parabole d’aujourd’hui. Jésus raconte donc une histoire des serviteurs à qui leur patron avait confié sa fortune avant de partir en voyage. Le talent dont il parle ne symbolisait ni un quotient intellectuel ni des aptitudes humaines. C’était du métal, du vrai qui pesait 35 à 60 kg et représentait une somme colossale équivalent environ à 6000 journées de travail. 

Jésus dépasse sans doute les limites du vraisemblable pour laisser entendre qu’il parle en réalité d’un autre genre de dépôt : la nature à cultiver et protéger, les conditions de vie à humaniser, les capacités de chacun à développer, ou enfin l’annonce de l’amour de Dieu pour tous. Toutes ces actions concrètes qui s’essaient à incarner l’amour de Dieu. Ce qui faisait dire un jour à Friedrich Hölderlin : “Dieu crée le monde comme la mer crée la plage : en se retirant.”

Les deux premiers serviteurs sont apparemment présentés pour le suspense. Eux ont fait ce qu’il fallait, et on se demande naturellement ce qui va arriver au troisième. Si, au moins, il avait placé le talent quelque part pour qu’il rapporte ! Mais non ! Il l’a mis en terre ! Ceci dit, le droit rabbinique lui donnait raison : enfouir dans le sol un dépôt confié était à l’époque un moyen légitime et très sûr contre les voleurs. Pourtant, le maître, n’en tient aucun compte et l’accuse d’être un serviteur mauvais. Et, sur cet homme, légalement irréprochable, la sentence tombe. Une fois de plus, Jésus ne s’inquiète pas beaucoup du droit !

Quand Matthieu écrit son évangile, les chrétiens ont déjà longtemps cru que le retour de Jésus allait être immédiat. Et la fin du monde n’arrivant pas, ils se relâchaient et doutaient sans doute un peu. En leur redisant la parabole des talents, l’évangéliste les invitait au courage et à l’action. Sans doute il vise surtout les pharisiens et les scribes qui pensaient être de bons serviteurs de la Loi et qui la mettaient à l’abri de toute déformation. Ils l’enfouissaient dans des formules et des règles minutieuses. Le message de Dieu était ainsi en sécurité. Que pouvait-on leur reprocher ? Et Jésus leur déclare : “De ce trésor, de cette Parole qui est semence de vie, qu’en avez-vous fait ?” 

Rien à voir avec le sens appauvri de cette parabole toutes les fois qu’on l’a lue comme une petite histoire pour donner des leçons de morale ? En réalité, la question est : que faisons-nous de la Parole de Dieu qui nous est confiée ? “Dieu veut, dit G. Ringlet, qu’on risque sa Parole comme un financier audacieux risque son capital. Avec l’immense différence que ce pardon multiplié, cet amour qui rapporte gros sont vraiment à la portée de tous les porte-monnaie.” En bref, Jésus décrit deux manières contraires de gérer sa vie : ou bien sous le registre de la confiance, ou bien dans la peur. La foi et l’amour, la confiance et la générosité ne peuvent rester enfermées, ni dans la terre ni dans un coffre. Le 3° serviteur est mauvais parce qu’il a pris Dieu pour un homme dur et qui fait peur. Il y a erreur sur la personne puisque Dieu n’est qu’amour. Le cœur qui aime ne craint jamais de rencontrer à l’improviste celui ou celle que son cœur ne cesse d’attendre.

Et le cœur qui aime exerce ses talents d’une tout autre manière. Connaissez-vous l’histoire des trois tailleurs de pierre ? Ils sont en train de travailler sur un chantier. Un passant s’arrête et demande à chacun d’eux ce qu’il fait. Le premier répond : “Je taille des cailloux, tu le vois bien !” Le deuxième : “Je gagne de l’argent pour nourrir ma famille.” Le troisième, enfin, dit : “Je bâtis une cathédrale”.  Tous trois font le même travail. Mais chacun d’eux donne un sens différent à son travail. Et nous, quel sens donnons-nous à toutes nos activités de ce monde ? 

Trois petites phrases comme je les aime pour notre semaine :

- “Enterrer ou semer ? C’est la même geste, mais l’un est d’avarice, l’autre de générosité.”

- “L’homme est tellement occupé à améliorer les conditions matérielles de sa vie qu’il ne trouve guère le temps de s’améliorer lui-même.”

- “A quoi bon entasser pour garder ? Vous ne pourrez pas toujours vous promener avec vos citernes. Soyez donc des sources. C’est moins encombrant et plus efficace.”

Robert Tireau
Prêtre du Diocèse de Rennes

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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 05:00
Homélie du dimanche 8 novembre 2020

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25, 1-13. 
« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : 
« Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes :
les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile,
tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile.
Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
Au milieu de la nuit, il y eut un cri : “Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.”
Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe.
Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.”
Les prévoyantes leur répondirent : “Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter.”
Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée.
Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !”
Il leur répondit : “Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.”
Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Homélie
Chaque dimanche jusqu’au temps de l’Avent, nous lisons le chapitre 25 de Matthieu. Il a été notre évangéliste toute l’année et c’est lui qui donne le plus de place à la parabole du jugement dernier. Sans doute les communautés chrétiennes à qui il s’adresse sont sous le choc du saccage de Jérusalem par les Romains. Il écrit en effet dans les années 80, peu de temps après la chute de Jérusalem en 70. Les chrétiens issus du judaïsme sont donc en train de vivre réellement la fin d’un monde. Peut-être même croient-ils que c’est la fin du monde, puisqu’ils attendent le retour du Christ.
Mais le monde est toujours là, et nul ne connaît ni le jour ni l’heure de sa fin. Ce que nous savons c’est qu’il n’est pas sans fin. Les jours et les années ont une fin, les civilisations et les cultures aussi, et même la terre puisque les scientifiques nous disent que le soleil s’éteindra un jour. C’est dans ce provisoire que l’Esprit de Dieu construit l’éternité de l’amour. La parabole dit de ne pas perdre de vue le caractère provisoire de notre condition et nous invite à la sagesse, en nous mettant en garde contre une inconscience folle. On peut mettre côte à côte sagesse et folie, à travers les détails de la parabole.
Le sage sait prévoir : il tire des leçons de son passé ; il anticipe et envisage l’avenir avec ses risques et ses limites. Le fou a le nez sur le guidon. Pour lui il n’y a que le présent qui compte. Il est sans mémoire et sans perspective. Il est fataliste. Il dit : “c’est le destin.” La version moderne de ce fatalisme, c’est l’épuisement des ressources de la planète et le fossé entre pauvres et riches. On est conscients qu’on va dans le mur mais on dit souvent qu’on ne sait pas faire autrement.
Prévision, provision et prudence vont ensemble pour le sage. Il sait que la nuit peut être longue et emporte avec lui une provision d’huile. Pour le fou, inutile de s’encombrer et de faire des réserves. Inutile de penser aux générations à venir : “Après nous le déluge.” La Fontaine aurait dit qu’il s’est habitué à être cigale et qu’il se moque des fourmis. Il est dépendant et assisté. Il se dit que les autres auront fait des provisions pour lui. Il est même capable de se fâcher si les autres ne partagent pas avec lui. Il ne voit pas que lui-même ne partage souvent rien. Il est incapable de se prendre en main, comment penserait-il aux autres ?
Le sage a l’esprit et le cœur toujours en éveil, en attente et en patience. Veilleur, il ne veut pas se laisser surprendre par le mal qui rode en lui et autour de lui. Amoureux, il savoure, en gardant son cœur éveillé, la venue de la personne bien-aimée. Quelle que soit l’heure, il se tient prêt. Le fou, lui, s’assoupit et s’endort. Il n’a pas d’autre désir ni d’autre amour que de lui-même. La patience n’est pas son fort et son espérance est vide.
Chacun peut facilement trouver comment cette parabole est actuelle. Je veux juste souligner un appel qui nous concerne tous : si l’on peut comparer la foi à l’huile d’une lampe qui éclaire nos nuits, qui entretient notre espérance et notre amour de Dieu, ils nous faut aujourd’hui, plus qu’autrefois, compter davantage sur nous-mêmes. Il nous faut nous-mêmes faire réserve d’huile. Autrefois la foi de l’Eglise dispensait beaucoup de personnes d’entretenir leur foi personnelle. Aujourd’hui, sans l’huile de la réflexion, de la prière et de la lecture de la Parole, nous risquons d’être vite incapables de rendre compte de notre foi personnelle, nous risquons de rater beaucoup de passages de notre Dieu et beaucoup de signes du ressuscité.
Au fait, comment va la lampe de chacun ? Nous pourrions la remplir avec l’huile de la sincérité pour aller à la rencontre des autres et de Dieu. Nous oublions souvent l’huile de la patience et celle du temps qu’il faut pour écouter l’appel au secours de nos frères. Et l’huile de la confiance en l’action de Dieu dans notre monde beaucoup déchiré ? Même la fantaisie et l’imagination peuvent être une huile qui nous nous aide à oser créer des choses nouvelles. 
Notre désir et notre espérance sont l’huile avec laquelle nous pouvons faire devenir réalité en notre cœur le Royaume de Dieu qui nous est annoncé. Ecoutez la conclusion du poème intitulé Parti pris de Colette Nys-Masure : « Je ne maudirai pas les ténèbres, je tiendrai haut la lampe. »

Robert Tireau
Prêtre du Diocèse de Rennes

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 09:24
Homélie du dimanche 1er novembre 2020, fête de Toussaint

J’ai regardé la définition du mot « Saint »  dans le dictionnaire : c'est « quelqu’un d’irréprochable », « qui suit entièrement les obligations et les commandements de sa religion » !
Ce n’est pas vraiment engageant et même plutôt triste !
Et je me suis souvenu de cette devise de mon enfance : « un Saint triste est un triste Saint ! »
Or l’Evangile de cette fête de Toussaint est une invitation au bonheur, à être heureux. « Heureux » est même le premier mot des paroles de Jésus dans cet extrait de l’Evangile de Saint Mathieu.
L'Evangile est une invitation au bonheur, à être heureux. Et le secret du bonheur c’est d’aimer et d’être aimé. Il n'y a pas de plus grand bonheur, de plus grand Amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime : c'est une autre parole de Jésus. Et c'est bien d'Amour dont il est question dans ce texte des Béatitudes. (Matthieu 5, 3-12) 
« Heureux les pauvres de cœur » :  L'amour n'aime pas ceux qui sont imbus d'eux-mêmes, les suffisants, ceux qui s'accrochent à leurs sécurités ou à leur compte en banque, qui étalent leurs privilèges ou bien leurs diplômes. L'amour aime la simplicité, la franchise, la parole qui vient du cœur. Le pauvre de cœur est celui qui ne se place jamais au-dessus de son frère. 
« Heureux les doux » :  L'Amour ne supporte pas la violence. Tant de gens se déchirent et ne peuvent plus s'aimer : ils se sont fait trop mal. Ils ont détruit l'Amour.  L'Amour aime la douceur. Il fait reculer la bestialité grâce au respect et à la non-violence. 
« Heureux ceux qui pleurent » :  L'Amour est capable de remettre debout ceux qui souffrent, ceux qui pleurent, tous les blessés de la vie. L'Amour recrée et redonne vie. 
« Heureux ceux qui ont faim et soif de justice » :  L'Amour ne supporte pas l'injustice. L'Amour fait craquer les privilèges. Il renverse les puissants de leurs trônes. Il élève les humbles. Il comble de bien les affamés et renvoie les riches les mains vides.
« Heureux les miséricordieux » :  Le plus grand signe d'Amour, c'est la miséricorde, c'est-à-dire donner à l'autre la possibilité de se relever d'un échec. L'aimer malgré, ou plutôt, avec ses échecs. Aimer c'est pardonner, et c'est ce qu'il y a sûrement de plus difficile en Amour. 
« Heureux les cœurs purs » Les cœurs purs sont les cœurs entiers, qui ne sont pas partagés ; je ne peux pas en même temps aimer quelqu'un et lui faire des coups tordus ou bien dire du mal de lui dans son dos !
« Heureux les artisans de paix » :  L'envers de la foi c'est la peur ! C'est la peur qui conduit à la violence. L'Amour est la seule force capable de refuser la peur et de construire la paix : aimez vos ennemis, aimez ceux qui vous haïssent nous dit Jésus.  C'est à l'Amour que l'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, dit Jésus ! 

Denis Chautard

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 08:56
Homélie du dimanche 25 octobre 2020

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22, 34-40

« En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve :
    « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
    Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement.
    Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
    De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

Homélie

Frères et Sœurs,

Dans l’Évangile de saint Matthieu, le récit de la fin du ministère public de Jésus rassemble un certain nombre de controverses suscitées autour de lui. Dimanche dernier, nous avons entendue comment les pharisiens tentaient de piéger Jésus en lui demandant s’il convenait ou non de payer l’impôt à César. Après la question des saducéens sur la résurrection, nous entendons aujourd’hui comment, dans le passage suivant de l’Évangile, les pharisiens cherchent à prendre Jésus en défaut en lui demandant quel est le grand le commandement. (Mt 22, 36)

Pour comprendre la difficulté posée par cette question, il nous faut chasser de notre esprit une vision trop critique et trop noire du rôle des pharisiens dans le judaïsme au temps de Jésus. Nous avons quelquefois tendance à les considérer comme les « mauvais élèves » de la religion, alors qu’ils en sont au contraire les plus assidus. L’objectif constant de leurs efforts et de progresser dans l’obéissance aux commandements de Dieu et de correspondre le plus parfaitement possible aux exigences qu’ils proposent. Pour cela, ils ont - en termes modernes - décliné ces commandements : à partir des Dix Paroles reçues par Moïse au Mont Sinaï, ils ont détaillé plus de six cents préceptes qui explicitent comment observer les Dix Paroles dans toutes les situations concrètes de la vie de l’homme au long de toute son existence, comme au cours de chacune de ses journées. Intégrer ces six cents préceptes représentait un bel effort de mémoire, mais induisait également une complexité certaine de l’existence. Toute activité, toute situation devait être rattachée à une application définie des commandements. Les pharisiens étaient donc les plus zélés dans l’observance de la Loi. Saint Paul ne revendiquera-t-il pas d’avoir été « pharisien quant à l’observance de la Loi » (Ph 3, 5) pour prouver qu’il excellait dans le judaïsme ?

Ainsi, la volonté incontestable de fidélité aux commandements et de perfection des pharisiens, au lieu d’ouvrir un chemin à la conversion, les conduisait à s’imposer des obstacles impossibles à surmonter. Ils formulaient des exigences qu’eux-mêmes ne pouvaient pas observer. Ils étaient prisonniers de cet émiettement de l’essentiel dans une foule de préceptes secondaires. C’est ce que Jésus leur reproche dans le chapitre suivant de l’Évangile (Mt 23) à propos du serment sur le Temple ou sur l’or du Temple. Nous comprenons donc que le défi qu’ils posent à Jésus dans le passage que nous avons entendu est un débat, pourrait-on dire, entre professionnels. Cette question est envisagée depuis la conviction des pharisiens qui est qu’une quantité considérable de préceptes assure seule la fidélité aux Dix commandements. Elle devient donc un piège : quoique Jésus choisisse, il trouvera parmi ses interlocuteurs des gens pour dire qu’il se trompe, qu’il est bien plus important de faire ceci ou de faire cela…

Comment Jésus sort-il de ce piège ? Il réoriente ce qu’il y a de positif dans la volonté d’obéir aux commandements de Dieu, en montrant l’unité de leur source pour échapper à l’éparpillement des préceptes. Le grand commandement, c’est celui qui est l’origine, la source et le pôle de compréhension de tous les autres. Le grand commandement, c’est d’adorer Dieu de toutes ses forces et le second, c’est d’aimer son prochain comme soi-même. Cela, les pharisiens le savent, mais, pour la première fois, ils entendent que ce second commandement est semblable au premier. Bien-sûr, ce n’est pas la même chose d’adorer Dieu ou d’aimer son prochain, mais Jésus révèle que c’est de valeur comparable. A travers l’unité de ces deux commandements, il veut manifester que la fidélité à l’appel de Dieu ne s’accomplit pas dans une infinité de préceptes tous plus particuliers les uns que les autres, mais dans l’enracinement de notre fidélité dans la communion avec Dieu.

Tout ceci pourrait nous sembler être un débat rabbinique dépassé. La problématique des pharisiens n’est pas forcément la nôtre ! Mais, il nous faut cependant nous interroger quelques instants. Si nous ne nous posons pas la question du grand commandement, ne cherchons-nous pas souvent à énoncer ce qu’il faut faire pour être chrétien ? Ne finissons-nous pas régulièrement par aligner des préceptes parfois un peu étranges, permettant d’investir notre désir d’être chrétien dans une diversité d’obligations, de gestes et de paroles que l’on peut toujours démultiplier ? Nous connaissons bien des gens autour de nous pour qui la vie chrétienne est un empilement de pratiques. Nous devons respecter leur intention d’être fidèles à Dieu, mais nous pouvons néanmoins nous interroger pour savoir quel est le but de ces pratiques. S’agit-il de garantir notre fidélité ou de tourner vraiment notre vie vers le Seigneur ? Être chrétien, c’est croire en Dieu de toutes nos forces et mettre en œuvre notre foi par une prière conforme à ce que le Seigneur nous a enseigné, et non pas conforme à notre imagination, nos goûts ou nos fantaisies. Être chrétien, c’est aimer notre prochain comme nous-mêmes, en sachant que le prochain ne porte pas une pancarte autour du cou pour se signaler à notre attention. Vous vous souvenez que pour Jésus, mon prochain est celui de qui je me fais proche. Aimer notre prochain comme nous-mêmes, c’est être constamment disponible et attentif à l’égard de nos frères. C’est laisser ce dynamisme de l’amour nous conduire à trouver des gestes et des paroles pour manifester notre bienveillance.

N’est-il pas bon que, de temps en temps, l’Évangile nous ramène au cœur de la foi en Dieu et au cœur de la charité à l’égard du prochain. Il nous replonge ainsi dans l’espérance : nous pouvons mettre en pratique tous les commandements de Dieu parce qu’ils se résument tous en un seul : « aimer Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit … aimer son prochain comme soi-même » (Mt 22, 37.39). Dieu n’a pas envoyé son Fils pour nous compliquer le chemin, mais pour ouvrir un chemin devant tout homme. Il ne l’a pas envoyé pour ajouter des exigences à d’autres exigences, mais pour rassembler notre attention sur la seule exigence qui se déploie à travers toutes les circonstances de la vie.

Prions le Seigneur, pour que la Bonne nouvelle dont nous sommes les témoins ne soit par reçue par les hommes et les femmes qui nous entourent comme une sorte de chape de plomb que l’on voudrait plaquer sur leur vie. Qu’elle soit accueillie comme un chemin de liberté qui ouvre nos cœurs à l’amour de Dieu et à l’amour de nos frères. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque émérite de Paris

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 16:42
Homélie du dimanche 18 octobre 2020

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22, 15-21. 
Alors les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler.
Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens.
Alors, donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? »
Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?
Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier.
Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? »
Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Homélie
Comment piéger Jésus ? C’était l’obsession des pharisiens. Et ils ont trouvé une occasion avec cette histoire d’impôt : si Jésus demande de le payer à l’empereur, il devient collaborateur d’un pouvoir idolâtre ;  s’il dit le contraire, il est un rebelle politique.

On sait que l’Ancien Testament interdisait les images humaines sur les pièces de monnaie pour ne pas avoir l’air de dire que ce visage serait Dieu lui-même. Les gouverneurs romains respectaient cette sensibilité juive et ne frappaient sur le territoire juif que des monnaies sans image, sauf pour l’impôt impérial qui était une pièce avec effigie. Ça y est ! On le tient !

Gabriel Ringlet dans son livre Éloge de la fragilité a un petit mot délicieux sur ce texte :

“Alors, Maître, dis-nous : est-il permis de payer l’impôt à César oui ou non ?

- Comédiens ! Montrez-moi la pièce qui sert à payer l’impôt.”

Ils lui présentent une pièce de monnaie. Ils en avaient donc sur eux. Ils s’en servaient ! Ils collaboraient ! Retour de la monnaie à l’expéditeur : “Rendez donc à César ce qui est à César. A Dieu ce qui est à Dieu !” Voilà les piégeurs piégés. La grenade explose, oui, mais pas là où ils l’avaient déposée.

Depuis lors, nous nous sommes souvent bouché les oreilles pour ne pas entendre la déflagration. Nous avons aménagé le territoire, la semaine à César, le dimanche à Dieu. Alors que Jésus, lui, ne sépare pas. Et ne confond pas non plus : à César et à Dieu. La mystique et la politique. Pour Jésus, le spirituel est au cœur du temporel.

“Stupéfaits de ce qu’ils viennent d’entendre, ils le laissent et s’en vont”, nous dit l’Évangile. Pas pour longtemps. Ils reviendront bientôt. Avec César. Pour arrêter Dieu.

En demandant de “Rendre à César ce qui est à César” Jésus donne son autonomie au domaine profane et politique. Désormais les chrétiens ont les mêmes responsabilités que les autres hommes dans la cité pour rendre ce monde plus juste et plus humain. En ce sens, on peut dire que tout est profane, que tout est politique.

Mais “Rendre à Dieu ce qui est à Dieu !” veut dire que la politique n’est pas le tout de l’homme. Et que la religion chrétienne ne peut jamais être un pouvoir. Elle doit inspirer des conduites et des choix, mais jamais dégénérer en pouvoir. La confusion entre politique et religion ne cause que des malheurs, car elle ouvre la porte à tous les intégrismes. Aucun Messie n’est jamais sorti des urnes. Attention aux gourous de toutes sortes : ils ne sont pas Dieu. C’est pourtant clair : notre Dieu, pour se montrer à nous, a pris le chemin du Serviteur. Dès l’Ancien Testament, l’événement fondateur du Judaïsme était un acte de libération : “J’ai vu la misère de mon peuple, … je suis descendu pour le délivrer.” (Ex 3, 7) Et Dieu a toujours été du côté du plus pauvre. Ses références sont l’enfant de la crèche et le crucifié du Vendredi Saint. Pas de danger de se tromper…

Je disais à l’instant : “Tout est profane.” On peut dire aussi que si tout porte l’empreinte de Dieu il n’y a plus rien de profane. Même si, hélas, l’homme peut être profané quand on le bafoue dans sa dignité. Alors, la vraie morale chrétienne c’est : 

- quel est le choix qui va me rendre plus humain, en même temps que mon prochain ? Et ça peut commencer sur la cour de récré : si j’inventais quelque chose… pour faire plaisir.

- Comment faire en sorte que tout serve aux êtres humains et que personne ne se serve d’eux comme un moyen d’enrichissement ?

- Comment juger quelqu’un, non pas selon ce qu’il rapporte ou ce qu’il coûte, non pas sur la marque de ses vêtements ou de ses chaussures, mais sur ce qu’il est ?

Questions toujours d’actualité avec les difficultés économiques, et aussi parce que le 17 octobre est chaque année la Journée Mondiale du Refus de la Misère !  Le chemin de Jésus passe par la libération effective et concrète de la misère et de l’oppression pour que chaque personne puisse reconnaître de quel amour elle est aimée. C’est Maurice Zundel qui écrivait : “Quand y aura-t-il un partage équitable du commun patrimoine ? Combien doivent douter qu’ils aient un Père, n’ayant pas de frères pour leur en montrer l’image ?”

Robert TIREAU
Prêtre du Diocèse de Rennes

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 06:52
Homélie du dimanche 11 octobre 2020

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu 22, 1-14
«   En ce temps-là,  Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens, et il leur dit en paraboles :  « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : ‘Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bśufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.’ Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence.  Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’ Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

Homélie 
1. Après la parabole des vignerons homicides, dimanche dernier, Matthieu nous fait entendre aujourd’hui la parabole des invités à la noce (Mt 22, 1-14).
Je ne sais pas, frères et soeurs, si vous aimez beaucoup ces deux paraboles. En tout cas, il n’est pas très facile de les entendre. Le climat est dramatique, marqué de multiples refus, de violences, de meurtres – et alors même qu’il devrait s’agir de la joie des noces et du festin, puisque « tout est prêt ». On saisit le tragique de l’histoire de Dieu avec son peuple. On sent que s’approchent la Passion du Christ, et sa mise à mort sur la Croix. Mais ce que dévoile la parabole, ce ne sont pas seulement des refus et des violences passées.
Elle ne met pas seulement en cause les pharisiens, ou les grands prêtres, ou les chefs du peuple il y a 2 000 ans… Ce que révèle la parabole, ce sont les refus et les violences qui habitent l’histoire de notre humanité, qui nous habitent chacun.
Et pourtant, en même temps, l’appel de Dieu se maintient, se redouble même. Dieu va toujours plus loin. Il va à la recherche de chacun, à la recherche de tout être humain, nous dit l’évangile.
2. Mais, tout d’abord, frères et soeurs, entendons le verdict de Dieu. Ce qui est dénoncé, ce qui est jugé et condamné, c’est le refus et le mal au sein de notre humanité. Le tragique de l’histoire biblique s’inscrit dans le tragique plus large de l’histoire de l’humanité entière. Le refus, le mensonge, l’accaparement, le meurtre ne cessent d’y accomplir leur oeuvre de mort.
Et cela ne vaut pas que pour le passé. C’est aussi notre Terre aujourd’hui. Un monde blessé par les violences et les injustices. Les guerres, les exploitations de toute sorte, l’indifférence et l dureté du cśur, l’égoïsme de ceux qui vont « l’un à son champ, l’autre à son commerce ». 
Nombreuses sont les victimes, notamment parmi les plus faibles. L’être humain est souvent écrasé, chosifié, envoyé vers la mort. La Terre est menacée et l’humanité risque d’être détruite. Caïn tue Abel chaque jour.
Et puis, il y a le rejet du don le plus précieux de Dieu : le Christ est rejeté, trahi, condamné, moqué ou simplement ignoré, aujourd’hui comme hier. « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font », demandera Jésus dans sa passion (Lc 23, 34).
Et, au plus profond, il y a un refus contre Dieu, et qui mène à la mort. Parfois, c’est un refus par omission plus que par action. Parfois, c’est un refus violent.
Aujourd’hui, dans nos sociétés, le plus souvent, le refus se fait insidieux ou sceptique, ironique ou tranquillement indifférent. Mais, en chacun, il va vers l’anéantissement des valeurs, vers un relativisme, un repli sur les égoïsmes, un endormissement complice. Ce refus de Dieu s’associe aux multiples idolâtries que nous connaissons bien : idolâtries de l’argent, du plaisir, du succès ou de la mode. Il protège les petits arrangements médiocres. Il laisse faire le mal.
Oui, nous sommes idolâtres : comme les hébreux, à la place du Dieu vivant et vrai, nous
adorons des veaux de métal fondu, nous adorons des idoles faites de mains d’homme (cf. Ex 32, 8 ; Is 40, 9-20 ; Jr 10, 9 ; Os 8, 4-6 ; Sg 14).
3. Alors, nous avons envie de crier : « Où est Dieu ? Pourquoi l’ivraie avec le bon grain, dans notre monde, dans nos coeurs ? Pourquoi Dieu laisse-t-il faire ? Où donc est Dieu ? » Cette question, ce cri, je crois que Dieu les entend. Et y répond.
Mais la parabole nous renvoie aujourd’hui une autre question. « Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ »
Cette question s’adresse à chacun de nous. Nous avons été invités gratuitement, nous sommes parmi les convives. En ce dimanche, nous essayons de comprendre quelque chose de la Parole de Dieu. Et voici que Dieu demande à chacun : « Où es-tu ? » Il interroge : « Quel est ton vêtement ? Quelle est ta disposition ? Où est ton coeur ? »
Il n’est jamais agréable d’être réveillé en pleine nuit. Il n’est jamais facile de devoir répondre de notre vie. Si cette parabole n’est pas agréable à entendre, ce n’est pas seulement parce qu’elle dénonce et condamne les violences et les injustices de notre monde, c’est parce qu’elle nous met aussi en cause. 
Laissons retentir en nous la question : « Où es-tu en ce jour ? Quel est l’état de ton coeur ? Es-tu prêt à vivre les noces de l’Agneau, à porter le vêtement du Christ, à suivre un peu mieux le Fils de Dieu venu en notre Terre ? »
4. Alors, seulement alors, nous pourrons redire notre question à Dieu, une question devenue prière : « Où es-tu, Seigneur ? Où es-tu, Seigneur, pour que je te suive ? ».
Alors, nous verrons où est Dieu, nous verrons où est le Christ : enseignant la joie du Royaume, dénonçant le mal, guérissant les malades, appelant les pauvres que nous sommes à sa suite, présent aux victimes de notre Terre, présent jusqu’à l’extrême, jusqu’à la mort sur la Croix, et vivant, vivant pour notre vie.
Alors, notre prière, avec celle du psalmiste, sera celle d’un coeur humble et ouvert : « Guide-moi, Seigneur. Guide-moi en ce monde pour que j’agisse pour le bien et pour ta louange. Conduis-moi par le juste chemin pour l’honneur de ton nom » (cf. Ps 22, 3).
Alors, au coeur de cette messe, nous entendrons pleinement l’invitation : « Heureux les invités au repas du Seigneur ». Et nous pourrons recevoir, en nos mains et en nos vies, « l’Agneau de Dieu qui porte et enlève le péché du monde ».
Alors, avec les prophètes, nous pourrons attendre et espérer pour tous les peuples et toutes les nations.
L’Esprit vivifiant de Dieu appellera toute chair pour la purifier et la vivifier ; le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages ; il viendra lui-même essuyer les larmes des yeux de chacun de ses enfants (cf. Is 25, 8 ; Ap 21, 4).

Jean-Bruno Durand, jésuite

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 09:08
homélie du dimanche 4 octobre 2020

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 21,33-43. 
"En ce temps-là,  Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. 
Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. 
Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. 
De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon. 
Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.” 
Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !” 
Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. 
Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » 
On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » 
Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : ‘La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’oeuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux !’ 
Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »


Homélie
Jésus a prononcé cette parabole à Jérusalem, dans une des grandes cours du Temple, quelques jours seulement avant d’être arrêté. Le contexte était lourd de menaces. On lui reprochait de ne pas observer la Loi de Moïse, de ne pas respecter le Temple, de blasphémer le nom sacré de Dieu en osant l’appeler Père. Il pouvait bien expliquer son message, on refusait de l’écouter. Il en venait à constater avec tristesse : “Ils ont des oreilles pour entendre et ils ne veulent pas entendre.”

C’est donc devant des notables sûrs d’eux-mêmes qu’il prononce cette parabole sévère qui raconte une série d’assassinats où prêtres et pharisiens se sentaient forcément visés. Au verset 45 (2 lignes après notre texte), il y a la fameuse petite phrase : “Les grands prêtres et les pharisiens avaient bien compris qu’il parlait d’eux.” Ce n’est pas si souvent qu’on comprend que l’évangile parle de nous. Jésus va même jusqu’à leur laisser le soin de conclure la parabole en les interrogeant : “Quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ?” Ils répondent : “Ces misérables, il les fera périr misérablement” (traduction littérale : “Ces méchants, il les tuera avec méchanceté”). 

Et, à travers leur réponse, on comprend bien qu’ils pensent que Dieu est comme eux, rendant coup pour coup, śil pour śil, dent pour dent. Jésus corrige leur réponse : lui, le fils envoyé par Dieu sera tué par les vignerons, mais Dieu ne répondra pas par la violence aux misérables qui vont tuer son Fils. En effet la mort du Christ ne sera suivie d’aucun massacre. Au contraire, faisant la volonté de son Père, Jésus pardonnera lui-même à ses juges et à ses bourreaux. Car Dieu n’est ni méchant ni vengeur. Comme le dit le psaume 108 : “Ils maudissent, toi tu bénis.” La revanche de Dieu, selon l’expression d’Isaïe, résidera dans le fait qu’il ne détruit pas sa vigne, qu’il la confie à d’autres en espérant que ceux-ci lui feront produire de meilleurs fruits.

Devant ces hommes passionnés par l’amour de leur patrie, Jésus annonce : “Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera porter ses fruits.” Il risque sa vie et il le sait. Dieu l’a chargé d’annoncer une Bonne Nouvelle qui tient en quelques mots : “Tout homme est aimé par un Dieu Père, tout homme est appelé à devenir fils de Dieu, tous les hommes sont frères.” Ce message bousculait la routine et suscitait colère et haine. Jésus restait fidèle à sa mission : il ne pouvait se renier lui-même. Mais la croix se profilait déjà. “Il est grand le mystère de la foi.” On le chante ! Et le plus grand mystère que nous sommes appelés à recevoir dans la foi, c’est celui de la croix du Christ qui continue de nous concerner encore aujourd’hui ! La phrase de Jésus reste vraie : “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.”

Donner sa vie comme le Christ ! Il arrive que des hommes soient conduits à donner leur vie pour sauver celle d’autres hommes : des sauveteurs dans un incendie ou un tremblement de terre, ou des volontaires de la paix dans un pays déchiré par la guerre. Les disciples du Christ sont appelés à être présents dans de telles situations. C’est d’ailleurs l’honneur des chrétiens que de l’être fréquemment. On  évoque souvent le Père Maximilien Kolbe qui échangea sa mort contre la vie d’un de ses compagnons de déportation. Ou le visage de mère Térésa qui donnait sa vie aux miséreux de Calcutta. Toutes ces femmes et tous ces hommes qui ont bien compris que c’est la vocation de l’homme que de donner parce qu’il ne possède pas.

Pour donner sa vie à la suite du Christ il y a ainsi des gestes héroïques. Mais il y a aussi des dons de soi plus modestes, plus discrets. Ça s’appelle écoute, partage, entraide avec tant d’hommes et de femmes écrasés par la maladie, le chômage, le mépris, la guerre. Le Christ crucifié s’est voulu solidaire de toutes les misères et notre regard sur la croix nous rappelle que mille gestes sont à inventer pour redire au monde que le don de soi fait exister un amour qui ne se paye pas de mots.

“La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle.” Quand les hommes tuent Jésus, quand tu rejettes le Christ, il continue d’être la base solide de tout l’édifice de l’humanité. En clair, dans cet évangile, c’est avec ce qui est exclu et rejeté que l’on bâtit l’avenir. Et quand on y arrive, comme dit saint Paul, “le Dieu de la paix est avec nous.”

Robert Tireau
Prêtre du Diocèse de Rennes

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