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  • : Journal de Denis Chautard
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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 21:15
Homélie du dimanche 26 septembre 2021


Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 9,38-43.45.47-48.

« En ce temps-là, Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. »
Jésus répondit : « Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ;
celui qui n’est pas contre nous est pour nous. »
Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
« Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.
Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas.
Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds.
Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux,
là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. »

 

Homélie

Immense liberté de Jésus

Dans cette période de recherche d'identité où chaque groupe se définit trop souvent par rapport à ce qui le sépare des autres, la parole de Dieu nous arrive aujourd'hui comme une bouffée d'air frais. « Il n'est pas des nôtres. » Qui d'entre nous peut se vanter de n'avoir jamais porté ce jugement ?
Les textes d'aujourd'hui nous présentent deux beaux cas d'intolérance. Josué, lui, était au service de Moïse depuis sa plus tendre enfance et quand Moïse s'était choisi un groupe de soixante-dix collaborateurs, deux d'entre eux, Eldad et Médad, avaient manqué à l'appel. Josué ne pouvait pas admettre que ces hommes choisis par Moïse mais qui n'avaient pas répondu à sa convocation puissent agir eux aussi sous l'impulsion de l'Esprit. Et Moïse au contraire s'était réjoui et avait reproché à Josué cette forme de jalousie. De la même manière, Jésus interdit aux Douze cet esprit d'exclusion. Quand Jean lui dit : « Nous avons vu quelqu'un qui chassait les démons en ton nom sans faire partie de notre groupe, nous avons cherché à l'en empêcher », Jésus intervient très fermement : « Ne l'empêchez pas...».
On a très certainement là une preuve de l'extraordinaire paix intérieure qui l’habite : il ne prétend pas tout maîtriser. Il constate le bien qui est fait et il admet que quelqu'un puisse faire un miracle en son nom, bien que n'appartenant pas au groupe qu'il a lui-même choisi. En quelque sorte, sa mission lui échappe, il la partage avec des gens qu'il ne connait même pas. Et il invite du coup ses disciples à ouvrir la porte : « Celui qui n'est pas contre nous est pour nous », manière de leur dire qu'il y a des gens qui sont des nôtres même s'ils ne sont pas sur nos listes! On a peut-être là une illustration d'une autre phrase de Jésus : « On reconnaît l'arbre à ses fruits. » Il y a de bons fruits à l'extérieur de la communauté ; c'est donc qu'il y a de bons arbres même à l'extérieur de la communauté. Jésus porte sur les hommes le regard de Dieu. Et Dieu voit large, très large.
Les exclusions, toutes les religions les connaissent ! Les ultra-orthodoxes Juifs veillent jalousement sur la bonne interprétation de la volonté de Dieu, rejetant tous ceux qui ne s'y conforme pas. En Inde, les castes ont la vie dure. Dans l'Islam, l'intolérance est portée à son comble par ses fanatiques. Dans le christianisme, nous avons eu les croisades, les guerres de religion, les bûchers cathares et ceux de l'inquisition. Jean-Paul II a demandé pardon pour tant de crimes et d'intolérance dans l'histoire de l'Eglise.
La Tentation existe, encore et toujours, dans notre église de se rendre propriétaire, sinon de la parole de Dieu, du moins de son interprétation, de se proclamer seul dépositaire de la Vérité. La Vérité, c'est Jésus lui-même. Personne ne peut se rendre propriétaire de Jésus.
Je pense souvent à cette parole de Pierre Claverie, évêque d'Oran, assassiné : « L’autre a en lui une vérité qui me manque. »
Je ne peux pas aujourd'hui me reconnaître chrétien catholique, si je n'accueille pas toute la vérité qu'il y a chez nos frères protestants et orthodoxes. Je ne peux pas me reconnaître chrétien si je n'accueille pas mes frères juifs comme mes frères ainés. Et nos frères de l'Islam, n'ont-ils rien à nous dire ! Mais alors, si notre foi chrétienne n'est pas nécessaire pour mener une vie joyeuse, sensée et généreuse, si la foi chrétienne n'est pas un chemin obligé pour être engendré à la vie de Dieu et avoir accès à son Royaume, à quoi sert-il encore d'annoncer l'évangile ?
Et pourquoi faudrait-il l'annoncer ! Par amour. C’est l'amour de l'autre, en effet, qui nous presse d'annoncer l'Evangile. Elle offre à l'autre, par amour, ce que l'on a de plus précieux que l'on puisse lui offrir : gouter au bonheur, à la joie de se savoir aimé ainsi, comme fils et fille de Dieu, promis à une vie qui ne finira pas. « En Christ, dit Paul, vous êtes une créature nouvelle »
Demandons au Seigneur de ranimer en nous l'Esprit, de nous donner l'humilité de Moïse « l'homme le plus humble de la terre » et de Jésus, le Fils « doux et humble de cœur. »

Louis DURET

Prêtre du Diocèse de Chambéry

 

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14 septembre 2021 2 14 /09 /septembre /2021 08:57
Mausolée de Bourgogne - Croix Glorieuse - Mosaïque de René Martin

Mausolée de Bourgogne - Croix Glorieuse - Mosaïque de René Martin

L’Église catholique fête aujourd’hui « la Croix glorieuse ».
Étrange choc des mots !
C’est un peu comme si on disait « la guillotine glorieuse », ou encore « le peloton d’exécution glorieux »…
Comment donc pouvons-nous nous retrouver à faire la fête autour de l’un des plus abjects instrument de torture ?
En quoi le gibet du supplice peut-il être « glorieux » ?
Oui, c’est - lorsqu’on prend un peu de recul et qu’on y songe vraiment - un bien étrange signe de ralliement que les chrétiens se sont choisis !
Tardivement d’ailleurs, notons-le, car les premiers disciples lui préfèrent le signe du pain et des poissons, comme en témoignent certaines mosaïques anciennes…
Mais que veut dire ce choix de la croix comme signe de la foi chrétienne ?
Avons-nous à honorer l’instrument infâme par lequel le sang d’une victime sacrificielle innocente fut versé pour le rachat d’une faute originelle dont nous porterions, toutes et tous, le poids ?
Le rachat de nos fautes doit-il se faire dans un bain de sang ?
Le christianisme peut-il se résumer à un immense sacrifice, n’échappant pas aux traditions ancestrales les plus païennes ?
Parfois, dans son histoire chaotique, l’Église a exalté la croix. C’était – et cela reste – une façon forte de faire mémoire du don total du Christ. Une manière de nous rappeler que la foi est aussi à certaines heures un chemin rude et exigeant de dépouillement et d’abandon.
Mais, cette exaltation de la croix fut parfois tellement prégnante que cela en devenait louche !
Dans chaque pièce, les crucifix rivalisaient de laideur sanguinolente pour nous rappeler que le Fils de Dieu souffrait pour nous, mourrait à cause de nous, que c’était « notre faute, notre très grande faute » s’il y était cloué, que nous étions responsables de son éternelle agonie…
Toutes les religions savent user de la culpabilité pour asservir leurs troupeaux et le christianisme n’y a pas toujours échappé.
Comme si la souffrance en elle-même était une « bienheureuse épreuve » que Dieu nous envoie pour mieux nous éprouver.
Comme si la souffrance brutale et aveugle pouvait être d’emblée rédemptrice !
Il faut tout un chemin spirituel souvent rude et long pour trouver un peu de sens et de lumière au cœur de l’absurde…
A trop chercher à vouloir à tout prix expliquer l’inexplicable on s’embourbe dans des fadaises prétendument « spirituelles » qui n’ont plus grand chose à voir avec l’Évangile !
Non, Dieu n’est pas un Dieu pervers qui, volontairement, nous assomme d’épreuves et de croix à porter pour mieux nous rapprocher de lui.
La vie se charge déjà suffisamment de nous blesser pour que Dieu ne rajoute pas de sel dans les plaies pour notre « édification » !
Alors, comment cette croix que nous fêtons aujourd’hui est-elle glorieuse ?
Eh bien, parce que c’est un bois nu.
Parce que c’est un bois nu où Dieu n’est plus !
La gloire de la Croix, c’est qu’elle est vide !
Vide comme le tombeau du matin de Pâques.
Lorsque nous regardons les croix où le Christ agonise, nous les regardons avec le regard de la foi, avec cette espérance rivée au cœur que bientôt, que déjà le Christ n’y est plus.
La croix est glorieuse parce que Dieu l’a désertée pour venir habiter à la seule adresse où il souhaite désormais vivre : au cœur de notre humanité dont il vient prendre sur son épaule forte et secourable le fardeau des jours gris.
Depuis le grand matin de Pâques, il vient au cœur de toutes nos détresses, de toutes nos fragilités et pauvretés pour mieux nous relever.
Et sa croix, alors, est une planche de salut, le bois où agripper nos vies quand la tempête risque de nous submerger.
J’ai eu, par mon métier de journaliste, la grâce de rencontres fortes et amicales avec Sœur Emmanuelle. Lorsque, à la fin de sa vie, je me rendais dans la petite chambre de sa maison de retraite près de Nice, mon regard était toujours attiré par une croix au-dessus de son lit.
Une croix magnifique dont un antiquaire n’aurait pourtant pas donné trois sous !
Un chiffonnier de la décharge d’ordure du Caire l’avait fabriquée avec deux vieux morceaux de cageot, une ficelle douteuse et un fil de fer rouillé symbolisant le corps du Christ.
Croix façonnée de tous les rejets de l’humanité, croix de l’injustice, de l’exclusion, de la pauvreté, de la maladie, de la solitude, du désamour…
Croix fragile mais croix, ô combien « glorieuse » !
 
Bertrand REVILLION, Diacre, Journaliste, Philosophe et Editeur

 
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12 septembre 2021 7 12 /09 /septembre /2021 22:30
Homélie du dimanche 19 septembre 2021

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 9, 30-37.

« En ce temps-là, Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu’on le sache,
car il enseignait ses disciples en leur disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. »
Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger.
Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? »
Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »
Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit :
« Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »

Homélie
L’audace de l’humilité 
Chers frères et sœurs, 
 La vie et l’éducation d’un humain ne sont-elles pas remplies de contradictions? Dans les premiers mois de notre existence, nous avons appris à marcher, et puis… on nous a invités à rester assis, à ne pas bouger! Après nous avoir appris à parler, nos parents nous ont appris… à nous taire! Que dire alors du paradoxe de l’évangile de ce jour? "Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous." Faut-il donc se rabaisser pour grandir?  
 Les disciples, en traversant la Galilée, discutaient entre eux pour savoir qui était le plus grand. Jésus les invite alors à sortir de cette spirale de la comparaison. Si quelqu’un cherche à s’accomplir, si quelqu’un cultive ce désir orgueilleux de ‘réussir sa vie’, qu’il prenne alors la seule voie qui n’amène pas de la comparaison, et donc inévitablement de la déception: c’est le chemin de l’humilité. 
En ce sens, grandir selon l’évangile n’est en rien de l’abnégation ou de la dépréciation, comme cela a été si souvent mal compris. Humble est celui qui s’enracine en lui-même, dans son humanité et ses talents, mais qui place néanmoins son centre de gravité dans le cœur de l’autre, sans se comparer à lui. Celui qui prend ce chemin d’humilité a fait le deuil de la toute-puissance. Il met de la joie dans ce qu’il est, son histoire, et ne convoite pas ce qu’il n’a pas. Il ne regarde pas la reconnaissance comme un objectif à atteindre ou un critère de réussite, mais seulement comme la conséquence possible de ses actes. Humble est celui qui a la sagesse de conjuguer sa vie au présent. Il ne l’espère pas plus épanouie dans un futur simplifié, ne la regrette pas dans un passé décomposé. Voilà pourquoi, seule une personne vraiment humble peut vivre pleinement sa propre vie, telle qu’elle est. Elle résiste ainsi à toutes les petites blessures narcissiques du quotidien car elle n’a pas besoin de sa ration quotidienne de reconnaissance. En ce sens, humble est celui qui sait rire de lui-même. Il a l’audace de ne pas trop se prendre au sérieux, mais de recevoir sa vie simplement, telle qu'elle lui est donnée. Dans son cœur pacifié, il n’y a pas d’écart entre ce qu’il est et ce qu’il veut être. Il est libre face à cette recherche effrénée de l’accomplissement personnel.  
En s’acceptant lui-même, il accueille Celui dont il reçoit l’être et la vie. Humble est celui qui se sait aimé de Dieu, élevé par Lui. C’est pourquoi il est capable grandir, de se laisser éduquer, d’accueillir ce qui le dépasse: la sagesse de Dieu venue d’en-haut, avec ses dons les meilleurs.  
L’humilité est donc une bien curieuse qualité qu’on ne peut jamais s’attribuer à soi-même. Pour le dire autrement, elle est ce principe de vie, cet horizon qui refuse toute logique de comparaison, et donc de convoitise. "D’où viennent les conflits? N’est-ce pas de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes", nous dit Jacques dans sa lettre. Et il ajoute, comme pour nous fournir la clé pour sortir de cette impasse de la comparaison: "Vous êtes pleins de convoitises. Et vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas"! Voilà donc l’invitation toute simple que je nous propose d’accueillir en ce jour: la vraie grandeur de l’homme passe par cette capacité à demander, comme des petits enfants. Demander, c’est finalement faire preuve d’humilité, en reconnaissant son manque, comme un enfant.  
Dans la culture juive de l’époque, un enfant n’a presque pas d’existence. Il est celui qu’on ne voit pas. Il est bien loin de l’enfant-roi de nos sociétés occidentales, qui attire tous les regards. Cependant, la caractéristique de tout enfant, quel qu’il soit, est de demander. Un enfant sait qu’il est petit, qu’il a tout à apprendre, à recevoir. Mais il demande. Il n’est qu’attente de relation. Trop souvent, nous avons peur de demander, par fausse humilité, parce que nous craignons un refus, ou parce que notre ego a peur d’être redevable. Et pourtant, en demandant la sagesse venue d’en haut, comme des enfants qui ont tout à recevoir, on en ressort toujours élevé, grandi. 
Alors, ne cherchons pas la reconnaissance, mais accueillons cette grâce de l’humilité. Ayons cette audace de demander comme des enfants, - avec ardeur et persévérance - les dons les plus hauts pour nous-même, comme pour les autres. Alors, notre vie s’épanouira en joie. Amen. 
 
 
 Frère Didier Croonenberghs
 
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6 septembre 2021 1 06 /09 /septembre /2021 21:00
Nativité de Marie - Maitre Italien du XVIIème siècle

Nativité de Marie - Maitre Italien du XVIIème siècle

Nous célébrons la naissance de Marie, c’est-à-dire « l’aurore qui annonce le soleil de justice » selon une formule très ancienne qui remonte à saint Jean Damascène au début du VIII° siècle et qui marque la liturgie de ce jour. Jésus est le soleil de justice que commence à annoncer la naissance de Marie.
La grâce des commencements porte toujours en elle quelque chose de lumineux.
Peut-être qu’en regardant ensemble ce mystère de la naissance de Marie, nous pouvons songer aussi à nos propres commencements, aux moments de nos vies où un nouvel élan nous a été donné. Pour les prêtres, les diacres ou les religieux et religieuses, il y a ces lumières de nos vocations qui ont fait qu’à un moment nous avons été certains que c’était bien le Seigneur qui nous appelait. Chacun porte en lui, dans sa mémoire, ces moments intenses de lumière où il devient évident que c’est là qu’il nous faut donner nos vies. Ceux qui se marient ou qui s’engagent dans toute forme de projet de vie humain connaissent également, au commencement, cette grâce très unifiante qui pousse à se donner tout entier, à ne plus rien voir d’autre que la beauté de s’offrir entièrement, sans réserve.
Tout au long de nos vies, il existe aussi des commencements moins fondamentaux, mais non moins marquants comme le début d’une nouvelle mission, l’engagement dans un nouveau projet qui va nécessiter un fort investissement personnel et collectif, une nouvelle étape de vie.
A l’inverse, nous traversons aussi parfois des crises où la part de naïveté contenue dans nos commencements s’émousse ou se détruit presque complètement. Dans la généalogie de Jésus en saint Matthieu (Mt 1,1-16), c’est particulièrement lorsque des femmes sont citées que sont évoquées ces crises de l’histoire sainte. Un peu comme si ces crises qui font partie de l’histoire sainte étaient d’abord révélées par des femmes : quand une femme est mentionnée au milieu de cette liste d’hommes qu’est la généalogie de Jésus, c’est qu’il y a eu des ruptures. Aucune n’est de ces femmes de l’Ancien Testament comme Ève, Sara, Rebecca, Débora, Judith ou Esther, dont les initiatives ont déterminé l’histoire. Non, ici, c’est Thamar, la mal aimée qui prend sa revanche en manipulant son beau-père pour obtenir deux enfants de lui ; c’est Rahab, la prostituée de Jéricho ; c’est Ruth, la fille païenne ; c’est la femme d’Ourias que le roi David a prise avec violence. Ce sont à chaque fois des drames personnels inscrits dans l’histoire, des injustices subies ou des renoncements. Ces femmes paient en quelque sorte le prix de l’histoire sainte. Et à la fin, arrive Marie, promise à Joseph mais dont va mystérieusement naître Jésus, notre Sauveur. En Marie, se cristallise cette endurance féminine, ce renoncement à son projet personnel, cet effacement qui pourtant porte d’immenses fruits dans l’histoire du Salut.
Cela nous montre que l’Évangile n’idéalise pas l’histoire du Salut. Et quand éclate, comme à bien des heures sombres de l’histoire de l’Église, tel ou tel scandale, telle ou telle injustice ou autre crise douloureuse, même si nous en avons beaucoup de peine, nous n’avons pas à en être surpris. Pas plus que la généalogie de Jésus ni que le groupe de Douze Apôtres, l’Église n’a jamais été une communauté idéale et sa sainteté ne se confond jamais avec l’improbable impeccabilité de ses membres. Venir à l’Église pour y trouver autre chose que le Christ sauveur, comme l’avait écrit Georges Bernanos, c’est s’assurer d’être déçu, mais celui qui attend de l’Église qu’elle le mène au Christ ne sera pas déçu. « Ce n’est pas la parole de l’Église qui nous fait accepter Jésus, mais c’est la parole de Jésus qui nous fait accepter l’Église » écrit le père Raniero Cantalamessa (Aimer l’Église, Ed. des béatitudes, 2005, p. 21). L’Église n’a pas la prétention de parler mais de transmettre la parole de Jésus. La généalogie que nous avons entendue conduit à Jésus, mais par l’intermédiaire de Joseph qui a dû renoncer à son rôle initial pour n’être que celui qui prend chez lui la mère du Christ.
Néanmoins, c’est vrai aussi que nos communautés, nos façons de vivre entre chrétiens, doivent se réformer. Et nous en sommes tous responsables. La méditation que j’ai proposé cette année sur la lettre aux Ephésiens a ce but précis de revoir nos comportements communautaires et de les convertir en profondeur dans le Christ, pour demeurer dans son amour. Nous résigner à nos imperfections serait une grave perversion du dogme de la sainteté de l’Église.
Pas plus que d’idéaliser l’histoire sainte ou l’Église, il n’y a pas lieu d’idéaliser nos histoires personnelles avec le Seigneur. Dans la tradition des pères du désert, on raconte qu’un novice envisageant de quitter sa communauté parce qu’il souffrait de ses imperfections vint consulter un vieux sage pour se faire conseiller une autre communauté qu’il puisse rejoindre. Le sage répondit : Quand bien même tu trouverais une communauté parfaite, elle deviendra imparfaite dès que tu y seras entré. La prise de conscience par chacun personnellement de ses propres imperfections et ses difficultés est indispensable pour purifier son intention initiale et en retrouver la sève, la force réelle, indépendante des besoins de reconnaissance, d’efficacité ou d’auto-promotion. Car les crises ou les épreuves de notre vie ne suppriment pas l’authenticité de l’élan premier dont nous avons pu garder la mémoire, de cette rencontre fondamentale avec la lumière du Seigneur dans notre vie qui a donné un cap, une direction à notre existence et à notre générosité.
Aujourd’hui où nous célébrons, avec la nativité de la Vierge Marie, « l’aurore qui annonce le soleil de justice », il nous est bon de refaire chacun mémoire de cette aurore lumineuse de nos commencements. … Et, en considérant aussi à la lumière de l’Évangile toutes nos faiblesses, nos ambiguïtés et nos déceptions, il nous est bon également de laisser le Seigneur purifier notre vie.
Nous pouvons demander à la Vierge Marie, la mère toute pure, de nous aider à retrouver l’enthousiasme de nos débuts de façon à surmonter nos faiblesses d’aujourd’hui et de toujours.
Rappelons-nous ce que dit saint Paul dans la lettre aux Romains : « Ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire » (Rm 8,30). C’est le fruit de la grâce du baptême que d’être ainsi rendus justes, à la lumière de l’appel du Seigneur sur nous : « ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ». C’est l’œuvre de Dieu en nous, pour sa gloire. Voilà le don à cultiver, en vue du ciel.
Pour laisser cette œuvre de justification s’accomplir dans notre vie, tout au long de notre existence, sur terre déjà, il suffit d’ouvrir nos cœurs à la grâce de Dieu qui est toujours à l’œuvre. Prendre le temps de méditer la Parole de Dieu chaque jour et se laisser travailler intérieurement pour que l’Esprit Saint unifie nos cœurs en les recentrant sur l’appel que nous avons reçu dès les commencements de nos élans les plus beaux.
L’habitude de vivre un moment diocésain de prière autour du 8 septembre, au commencement de l’année scolaire qui rythme aussi nos vies pastorales, me paraît vraiment une excellente chose. Je suis persuadé que cela est source de grande force spirituelle pour ceux qui y participent et pour l’ensemble du diocèse.
Que Notre-Dame de Rocamadour vous obtienne à tous la grâce de retrouver l’élan le plus pur de vos commencements. Laissons-nous éclairer par la lumière qui jaillit déjà de la naissance de Marie, « l’aurore qui annonce le soleil de justice », afin d’ouvrir mieux nos cœurs au feu de l’Esprit Saint.
Amen.

Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors

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6 septembre 2021 1 06 /09 /septembre /2021 05:59
Simone Martini Le Portement de Croix (vers 1335)

Simone Martini Le Portement de Croix (vers 1335)

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8, 27-35. 

« En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? »
Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. »
Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. »
Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne.
Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite.
Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches.
Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »


Homélie
Jésus interroge ses disciples : “Au dire des gens, qui suis-je ?” Les uns disent qu’il est Jean-Baptiste, d’autres Élie, ou un prophète. Ils ont leurs catégories. Ils trouvent des références dans le passé. On pourrait dire qu’ils font de l’étiquetage, bienveillant, mais étiquetage quand même. C’est du passé, du classement, et quand une affaire est classée, quand quelqu’un est classé…

Jésus relance la question : “Mais pour vous, qui suis-je ?” Alors Pierre répond : “Tu es le Christ”. Sans doute parce qu’il a su regarder Jésus autrement, parce qu’il a su voir plus que le visible en Jésus. Il a vu le présent et l’avenir, il a vu l’invisible. Il a vu le mystère de la personne, il a eu le regard du respect, celui qui envisage au lieu de dévisager. D’aucuns veulent voir pour croire. Ici, il est clair que c’est parce qu’il croit que Pierre voit. Il voit tout autre chose et surtout il voit beaucoup plus loin, même si la suite va montrer que son regard reste fragile. En effet, le Messie dont il parle sera, à son avis, libérateur de l’occupant romain, manu militari. Dès que Jésus parle d’incarnation réelle, de souffrance, de rejet, de mise à mort, Pierre perd les pédales.

2000 ans après, on est dans le même état que Pierre. On trouverait tellement bien que Jésus ne soit plus fragile mais qu’il soit seulement Dieu, le fort, le tout-puissant. Si ça ne dépendait que de nous, il serait celui qui remettrait les choses en ordre et ferait triompher le bien. Or la seule toute puissance de notre Dieu est celle de son amour manifesté à travers son Fils et, depuis, à travers chacun des hommes et des femmes, jusqu’à chacun de nous aujourd’hui. Croire que c’est bien aux hommes que Dieu a voulu confier son visage à montrer, à incarner.

Je repense à ces gens venus me parler de problèmes graves. Des phrases douloureuses leur échappaient : “Dieu pourrait faire quelque chose. Vous pourriez prier.” Et petit à petit leur ton change. Ils disent leur surprise de n’avoir pas craqué : c’est inexplicable, au fond. Et ils évoquent ce qu’on peut appeler des signes : “On fait face ensemble avec les enfants. On a de bons voisins : ils nous ont invités à de bons moments simples : ça remet debout.” Alors j’ai pu dire : “Il est là, le Dieu de Jésus Christ”, le Dieu dont l’amour est tout-puissant. Pour eux ces gestes d’amour ont dit (fait) Dieu, ont fait exister la présence de Dieu qui remet debout. Ils m’ont fait penser à la traduction étonnante que propose la théologienne Lytta Basset à la phrase d’aujourd’hui : “Si quelqu’un veut marcher à ma suite, … qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.” La traduction qu’on vient d’entendre a pu engendrer des idées doloristes ou pessimistes : pour être chrétien, il faut en baver. Lytta Basset, elle, fait remarquer que le mot hébreu qu’on a traduit par prendre peut aussi être traduit par lever. Et ce mot lever est le même que ressusciter. Alors la phrase pessimiste devient tout autre : “Si quelqu’un veut marcher à ma suite, … qu’il soulève (qu’il exalte) sa croix et qu’il me suive.” Comme pour ces gens qui se sont laisser remettre debout par leurs proches…
Il y a quelques années nos amis protestants ont édité un petit livre qui s’appelle Dieu s’approche. J’y ai lu ceci : “Les chrétiens croient qu’en Jésus Christ Dieu s’est approché de nous. Qu’il nous rejoint dans notre humanité. Qu’il rejoint chacune, chacun d’entre nous dans ce que nous avons d’unique… En Jésus, Dieu a connu la joie et les peines, l’amitié et la fidélité, le rejet et la trahison, le doute et l’espérance, la tentation, l’angoisse et la mort. Comment être plus proche de l’humanité qu’en vivant la réalité d’une vie d’homme ? Ainsi, ce Dieu qui vit, qui souffre et qui meurt en Jésus comprend ce que veut dire vivre et mourir. Et du même coup, regardant ce qu’a été la vie de Jésus, nous comprenons ce que signifie véritablement l’existence humaine.
S’il y a un lieu où Dieu n’aurait pas dû être présent, c’est bien celui de la mort ! Or c’est précisément là que Dieu choisit de se révéler pleinement en Jésus. Comment pourrions-nous l’imaginer plus proche de nous ? La croix où meurt Jésus n’est pas la démonstration sensationnelle de l’existence de Dieu. C’est le contre signe qui révèle la présence de Dieu là où on l’attendait le moins.” Là où nous avons besoin d’une présence d’amour qui nous aide à lever notre croix.
Le théologien Henri Denis a écrit : “Le Christ est celui qui a transfiguré le sacré en sainteté… Le sacré implique la distance, tandis que la sainteté est le fruit de l’Alliance…” 
“Pour moi, disait joliment Paul Guth, Jésus Christ est le Dieu que nous pourrions être.”

Robert TIREAU
Prêtre du Diocèse de Rennes

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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 15:53
Homélie du dimanche 5 septembre 2021

Dans l’Évangile selon saint Marc  7, 31-37 Jésus se déplace beaucoup, et les indications de lieux où il se rend et se trouve sont toujours importantes. De sédentaire qu’il était, le charpentier de Nazareth s’est fait itinérant comme son ancêtre Abraham « l’araméen errant » (Dt 26,5). Dans le récit d’aujourd’hui. Jésus sort résolument des frontières de son pays pour aller en pays étrangers et païens pour les juifs.

Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon,
il prit la direction de la mer de Galilée
et alla en plein territoire de la Décapole (dix villes).
Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler
et supplient Jésus de poser la main sur lui.
Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule,
lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue.
Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit :
« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement.
Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ;
mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient.
Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses :
il fait entendre les sourds et parler les muets. »

La guérison de cet homme est double : « ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia ». Cet homme guéri en terre païenne est un infirme parmi d’autres. Mais dans l’Évangile de Marc, il représente sans doute tous les peuples non-juifs visités par Jésus, qui sont concernés par la Bonne Nouvelle du salut annoncé et réalisé par lui. Ses miracles ne sont pas seulement des gestes de guérison, ils sont aussi et surtout les signes d’une transformation spirituelle chez les personnes guéries, et aussi chez les gens qui sont témoins de son œuvre de salut, qu’ils soient juifs ou païens. Ils ne savent pas bien qui est Dieu et parlent difficilement de lui. Leurs oreilles ne se sont pas encore ouvertes à sa Parole et donc leur langue n’a pas appris à bien parler de lui, à bien lui parler et le prier.

Jésus guérit d’abord la surdité de cet homme. Chez les humains, le sens premier est celui de l’écoute. L’ouïe les rend aptes à entendre la parole des personnes qui les appellent dès leur naissance et leur donnent un nom. Elle leur fait prendre conscience qu’ils existent et éveille en eux le désir et la capacité de répondre à ceux qui les entourent, en balbutiant puis en prenant la parole à leur tour. Il en va de même dans la Bible, en ce qui concerne la foi. Le Dieu de l’Alliance a pris l’initiative de parler à son peuple et le premier mot qu’il leur a dit est : « Écoute Israël » les paroles que je t’adresse : qu’elles soient toujours présentes à ton cœur (Dt 6, 4-9). C’est ensuite que vient la réponse du peuple de l’Alliance : « Béni sois-tu, Seigneur ! ». Et l’Alliance se fondera toujours sur une conversation entre ce peuple et son Dieu.

On peut noter l’importance du contact physique entre Jésus et cet infirme. D’abord l’usage des doigts dans les deux oreilles, puis de la salive, source présumée de vie, proche de la parole. Des gestes qui ne sont pas sans rappeler la création d’Adam (Gn 2,7) et la guérison de l’aveugle de naissance (Jn 9,6). Avant de le guérir, Jésus lève les yeux au ciel. Il commence souvent par bénir son Père avant d’agir. Cette fois il ajoute un soupir comme s’il mesurait l’immensité de l’œuvre de salut qu’il doit accomplir au milieu des hommes.

Après l’usage des oreilles vient celui de la langue porteuse de la parole. Sa langue se délie et il parle correctement. On peut noter la traduction littérale du texte grec : « le lien de sa langue fut délié ». Symboliquement il s’agit de la rupture d’un lien qui handicape cet homme et d’une naissance à la correction de sa parole. Jésus guérit en même temps cet homme et les témoins de la réalisation du miracle. La guérison de ce sourd qui parle mal a eu lieu à l’écart, mais quand il rejoint la foule, il parle correctement et la foule elle aussi prend la parole : elle reconnaît en Jésus un être exceptionnel qui fait entendre les sourds et parler les muets. Qui est-il celui-là qui vient accomplir une telle merveille chez les humains ? Les langues des nations païennes elles aussi se délient et deviennent capables de dire : « Tout ce qu’il fait est admirable ». Il en sera de même au jour de Pentecôte quand se répandra sur la foule l’Esprit du ressuscité pour un usage nouveau de leurs langues. Notons une remarque humoristique à la lecture du texte. Jésus fait parler cet infirme mais fait taire la foule. Toujours cette réserve en saint Marc qui invite à l’attente du dévoilement du secret messianique. C’est seulement au pied de la croix que l’on pourra dire comme le centurion : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » (Mc 15, 39)

Jésus a fait entendre et parler cet homme ainsi que cette foule, parce que lui-même a entendu leur attente, leur détresse. Entendre est plus fort qu’écouter. On peut écouter sans entendre, sans être touché par ce qui est dit. On se murmure en secret « cause toujours ! ». On peut aussi écouter et ne pas être d’accord, et rester sourd à ce qui est dit. « Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ». Dieu n’est pas sourd, dit le psalmiste : « Je t’appelle, toi le Dieu qui répond : écoute-moi, entends ce que je dis » (ps 16, 6). Dans le livre de l’Exode, Dieu a entendu les cris de son peuple sous les coups de ses chefs de corvée. Plus tard il entendra aussi les plaintes et les souffrances de son peuple déporté, comme le rapporte Isaïe.

Dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas.
Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu.
Il vient lui-même et va vous sauver. »
Alors se dessilleront les yeux des aveugles,
et s’ouvriront les oreilles des sourds.
Alors le boiteux bondira comme un cerf,
et la bouche du muet criera de joie ;
car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride.
La terre brûlante se changera en lac,
la région de la soif, en eaux jaillissantes.

Isaïe ose parler de vengeance, de revanche de Dieu. Des mots qui, pris au premier degré, semblent conforter tous les fous de Dieu qui ne rêvent en son nom que d’inquisition, de contraintes et de radicalisme pour convertir le monde entier et vont jusqu’à faire de Dieu un chef de parti ou un tyran sans pitié, un instrument pour leurs causes. Des mots qui pourraient faire frémir des lecteurs de la Bible non-initiés et contribuer à les en dégoûter.

Telle n’est pas la manière de comprendre ce qu’est la revanche de Dieu promise rapportée par Isaïe. Il ne rend pas coup pour coup, voire plusieurs coups pour un seul. On tue en son nom mais lui se venge en faisant vivre. On rêve en son nom de domination et d’oppression face aux injustices ou à l’esclavage qu’on a subis, mais sa revanche est de servir et de libérer. On rêve de punir et d’exterminer en son nom, mais sa revanche est de pardonner. On rêve en son nom de purifier et de faire table rase des adversaires, mais sa revanche est de faire jaillir l’eau vive dans les déserts des cœurs et des têtes.

Ainsi donc Dieu se venge du mal qu’on lui fait, qu’on lui veut, en multipliant sa miséricorde et en faisant preuve de tendresse sans mesure vis-à-vis de ceux qui le blessent. Quand on le frappe sur une joue, il tend l’autre. Il se venge de ses ennemis en les aimant, et Jésus préconisera d’aimer comme lui ses propres adversaires, de faire du bien à ceux qui font du mal. Saint Jacques s’adresse à une communauté chrétienne et l’invite à se comporter comme Jésus.

Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire,
n’ayez aucune partialité envers les personnes.
Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps
un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale.
Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant
et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ;
et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien :
« Assieds-toi au bas de mon marchepied ».
Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous,
et juger selon de faux critères ?
Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui,
n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde
pour en faire des riches dans la foi,
et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ?

En Jésus son Fils, Dieu a pris sa revanche. Jésus aurait pu se faire chef de guerre, lever une armée puissante, contraindre les nations à la foi. Il aurait pu aussi choisir ses apôtres parmi une élite intellectuelle, guerrière, politique, parmi les riches aux vêtements rutilants portant des bagues en or. Il a fait tout le contraire, il a choisi des pauvres, pêcheurs et pécheurs, pas toujours très intelligents ni ouverts. Il fallait que la revanche de Dieu se fasse à travers des formes et des personnes pauvres aux yeux du monde. Une revanche qui s’est accomplie par des gestes de service et de pauvreté, de guérison, de pardon. Et qui s’est réalisée et manifestée sur la croix de son Fils bien-aimé.

Michel SCOUARNEC
Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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22 août 2021 7 22 /08 /août /2021 18:46
LUCAS CRANACH (1472 - 1553) | Christ and the Adulteress - 1532. Szépmûvészeti Múzeum, Budapest.

LUCAS CRANACH (1472 - 1553) | Christ and the Adulteress - 1532. Szépmûvészeti Múzeum, Budapest.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (7, 1-8. 14-15. 21-23) 
« En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. — Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger par attachement à la tradition des anciens; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. » Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »


Homélie
Des Pharisiens reprochent aux disciples de Jésus de ne pas être fidèle à la tradition ! Ils “mangent sans s’être lavé les mains”. La loi juive obligeait les prêtres à se laver les mains avant le service liturgique (Exode 30, 17-21) pour donner au repas une signification sacrée : on mange devant Dieu et on le remercie de nous donner le pain. Belle tradition ! Mais voilà qu’avec le temps ces pratiques de respect sont devenues, avec les Pharisiens, des façons de séparer les hommes : les Juifs sont préservés de contact mauvais avec les païens ; les justes sont écartés des pécheurs ; les bien portants sont éloignés des malades. Savez-vous qu’un jour quelqu’un est venu me demander de bénir des médailles pour se protéger des bougnouls. Eh oui ! Sans même s’en rendre compte, il me demandait très exactement le contraire de ma mission.
Mais revenons au texte. Les rabbins ajoutèrent plein de détails à cette règle de se laver les mains. Et ils l’imposèrent à tous les Juifs avant qu’ils ne se mettent à table sous prétexte que tout repas est un acte religieux et que tout Israël est un peuple sacerdotal. Les disciples de Jésus, eux, sont des Galiléens assez loin de la stricte Jérusalem. Ils sont de simples travailleurs et ils ont du mal à se conformer à tous ces détails. D’où le reproche dans le texte.
Donc les pharisiens attaquent. Ils ont l’air de questionner mais déjà ils condamnent : “Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leur repas avec des mains impures.” Réplique cinglante : la tradition des ancêtres ? Lisez donc Isaïe, le grand prophète de Jérusalem dont on répète les oracles depuis huit siècles : “Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile, leur culte… Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes.” En somme vous prétendez servir Dieu mais, en fait, c’est pour imposer vos règlements ! Jésus, lui, dit que Dieu est ouvert à tous les hommes. Il accueille le contrôleur d’impôts méprisé, le centurion de l’armée d’occupation, le lépreux ou la femme de mauvaise vie. A quoi ça sert de se laver les mains selon les rites si le cœur est plein de mépris ou de haine ? À quoi bon se laver les mains si le cœur n’y est pas ? C’et comme ça que Pilate se lavera les mains en condamnant l’innocent.
Jésus se sert de deux oppositions : le pur et l’impur, le dedans et le dehors. “Rien d’extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur ; mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur.” Des mains rituellement bien lavées n’empêchent pas d’avoir un cœur sale. C’est ton cœur mauvais qui te sépare de Dieu et des autres. Il y a perversion quand l’extérieur l’emporte sur l’intérieur, quand l’apparence l’emporte sur le cœur. Si vous trouvez compliquées ces distinctions entre le dedans et le dehors,
• Relisez Saint Jacques : il invite à des travaux pratiques simples, même s’ils ne sont pas faciles : « Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde. »
• Et souvenez-vous la parabole du bon samaritain avec le débat entre la loi et le prochain. Le prêtre et le lévite choisissent le respect de la loi et refusent de se souiller au contact du sang. Le samaritain, lui, n’est pas prisonnier de cette loi et est donc libre d’aimer. Il choisit d’aimer l’autre, plutôt que d’aimer la règle.
• Et souvenez-vous quand Jésus se met à genoux pour laver les pieds de ses disciples : le maître se fait esclave de ses frères.
• Et quand il guérit le jour du sabbat sans se tracasser de l’interdit. Il finit même par déclarer : “Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat.” (Marc 2). Les Pharisiens ont choisi l’amour de la règle, Jésus choisit la règle de l’amour.
“Un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde”, disait Saint Jacques. Un commentateur a pu écrire : “Le service n’est pas une vertu parmi d’autres qui devait être exercée par l’Église : il est sa raison d’être. S’il n’y a pas le service, la présence devient un rêve et l’absence, un abandon.” À l’approche de la rentrée, les travaux pratiques ne vont pas manquer : il suffit de nous demander qui sont aujourd’hui nos orphelins et nos veuves dans le malheur, et qui partagera le pain de la Parole et le pain de l’amour à tout ce monde-là.


Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 15:37
Rembrandt : "Jésus et ses Disciples"- Teylers Museum

Rembrandt : "Jésus et ses Disciples"- Teylers Museum

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6, 60-69.

« En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? »
Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ?
Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !…
C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait.
Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner.
Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »
Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »

Homélie
Josué (1ère lecture) : Choisissez qui vous voulez servir : les dieux (au pluriel), ou bien le Seigneur (l’unique) ! Nous sommes en 1200 avant Jésus Christ, et Josué s’adresse à des tribus qui se retrouvent : il y a ceux qui n’on pas été déportés en Égypte et ceux qui viennent de rentrer de déportation.
Ceux qui n’ont pas été déportés se sont forcément installés dans leurs habitudes tranquilles. Ils ont moins souffert, moins bougé. Ils ont gardé leurs dieux païens, protecteurs de leur bétail, de leur terre et de leur sécurité.
Ceux qui ont vécu la déportation et qui viennent de vivre une histoire de libération, Il leur a fallu se bouger et sortir d’Égypte où l’esclavage avait tout de même des avantages. On se souvient des marmites de viande et des célèbres oignons d’Egypte. Ceux-là ont eu une expérience du Dieu qui les a fait bouger et vivre à plein, au prix d’exode et de traversée de désert dans tous les sens du terme.
En bref, les uns ont fait l’expérience des dieux qui protègent leur stabilité, les autres ont fait une expérience de Dieu qui libère, qui met en route, qui pousse à partir, à grandir, qui dérange. Il y a dieux et Dieu.
Aujourd’hui, il y a les deux en chacun de nous. On a tous l’expérience des premiers, de ceux qui sont restés sur place : on a peur de bouger, de partir, on préfère rester là, rester enfant, ne pas changer de travail, ne pas quitter nos habitudes, notre confort même relatif. Et c’est le chemin vers les intégrismes de toutes sortes. Impossible de comprendre l’Évangile d’aujourd’hui si on ne comprend pas ce qu’est une vie donnée, une libération, un arrachement, une mise en route. Si on n’entend pas Matthieu au chapitre 25 : “Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites,” on est alors avec ceux qui disent : “Intolérable qu’il nous donne sa chair à manger.”
Fort heureusement on a tous aussi l’expérience des seconds, de ceux qui se sont bougés pour vivre une expérience de libération. Quand on est père ou mère de famille, quand on se donne au service des autres, quand on ose se laisser déraciner, quand on ose prendre des responsabilités, donner sa vie, se faire manger, alors l’Évangile devient clair. Et il est évident que la vraie vie est là. Avec le Christ on est dans une lutte réaliste au milieu des sœurs et des frères pétris de chair et de sang. Et on comprend la réponse sans ambiguïté de Pierre : “Vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle.” Si nous lui emboîtons le pas, nous savons que nous sommes invités au partage, à l’ouverture. Car l’Eucharistie est une nourriture et non un remède ou une récompense. Et qui dit nourriture dit forces pour faire le travail soi-même. C’est comme une transfusion pour nous rendre capable de transformer nos existences, nos sociétés, nos communautés.
Et je laisse la conclusion à Gérard Bessière : « Jésus était de chair et de sang. Il fut tenté. Il connut la lassitude. Il se mit en colère. Il eut peur de la mort. Jésus n’était pas un être éthéré, entre ciel et terre.
Il ne refusait pas les invitations. Il racontait des histoires, brèves et vertigineuses. Il était capable de clouer le bec à ses adversaires, de chasser marchands et bétail à coups de corde sur l’esplanade du Temple, de donner de la voix en plein air pour parler à une foule. Il pouvait faire de longues journées de marche. Il aimait ses amis. Il lui arrivait de frémir, de bouillir intérieurement, de pleurer…
Ceux qui veulent lui emboîter le pas n’ont pas à s’évader de la vie, de notre pauvre et magnifique vie. Bien au contraire… Manger sa chair et boire son sang, c’est accueillir cet être si intense, c’est l’avoir dans la peau, dans le sang, comme dit la langue verte. Une transfusion de sang divin. Pour transformer nos existences, nos sociétés, le monde…
Car il respirait l’Esprit de Dieu. Il nous propose à jamais de prêter nos poitrines à ce souffle et de travailler obstinément à rénover la face de la terre. Lui qui était de chair et de sang, la chair et le sang de Dieu. »

Robert Tireau,

Prêtre du Diocèse de Rennes

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8 août 2021 7 08 /08 /août /2021 18:15
Vitrail de Taizé : "La Visitation"

Vitrail de Taizé : "La Visitation"

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1, 39-56
« En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.  Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »  Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !  Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.  Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. » Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle. »

Homélie
Marie vient de découvrir qu’elle est enceinte. Marie a tellement accueilli la Parole de Dieu dans sa vie que la Parole a pris chair en elle. Croire tellement, dire oui tellement fort à la naissance de Dieu en soi qu’un jour ou l’autre ça se concrétise.
Marie vient de découvrir qu’elle est enceinte, et son premier réflexe est de se mettre en route. Comme si Saint Luc tenait à nous dire que la naissance de Jésus ne représente pas un terme pour Marie mais un commencement. Elle part chez sa cousine Élisabeth. Et c’est la Visitation : deux femmes enceintes qui se rencontrent et partagent les joies de l’attente. La Visitation, – le titre pourrait être la complicité féminine -  deux femmes font l’expérience qu’au plus profond d’elles-mêmes il y a de l’autre. Un autre qui les a mises en mouvement, cet autre les a mues et en même temps émues. Leur existence s’est faite ouverture, accueil, joie, tressaillement. Du neuf va apparaître. La grossesse est une période exceptionnelle puisque les femmes peuvent parler d’un autre tout en parlant d’elles-mêmes, elles peuvent parler d’elles-mêmes tout en parlant d’un autre. 
Marie portait en elle l’espérance du monde. De qui portons-nous l’espérance ? Qui a pu nous dire : “Tu comptes beaucoup pour nous.” Visitation, rencontre de deux personnes déjà habitées, déjà visitées. Dans nos rencontres, dans nos visites – c’est le même mot que visitation, – savons-nous reconnaître en ceux que nous visitons l’Autre qu’ils portent en eux ? Croire que l’autre mérite attention et respect, qu’il porte en lui des possibilités infinies, croire que rien n’est impossible à Dieu. Une visite, une visitation, si banale soit-elle, réalise la visite de Dieu qui s’intéresse à notre terre.
Et la rencontre de ces deux femmes sera l’occasion du fameux Magnificat. Vous pensez peut-être : “Dans notre monde d’aujourd’hui pas très brillant, comment se laisser emporter dans cette jubilation du Magnificat ?” C’est vrai ! Mais, au fait, le monde dans lequel la jeune Marie chantait sa joie, dans quel état était-il ? Sa Galilée natale n’était pas en paix, les puissants opprimaient les petits, les riches prospéraient à côté des pauvres. A l’époque non plus il n’y avait pas vraiment de quoi chanter un magnificat. Mais voilà ! Marie sentait bouger en elle l’enfant de l’avenir. C’est lui qui proclamerait un jour : “Heureux les pauvres, les doux, les affamés.” C’est lui qui allait rudoyer les orgueilleux et les nantis. C’est lui qui allait révéler la richesse des pauvres et offrir aux foules démunies un pain de vie inconnu. Marie portait en elle cet avenir ardent.
Très actuel, ce Magnificat, ce chant de marche obstinée des humbles. C’est bien un chant de louange à Dieu, mais c’est aussi un langage dur qui appelle par leur nom les malheurs du monde. Et c’est un chant de protestation porteur d’espoir parce que nous croyons que Dieu ne nous enlèvera jamais la force de continuer d’aimer. « Comment est-ce Dieu possible ! » Un cri que Marie a dû prononcer souvent. Mais elle était heureuse que Dieu se soit penché sur l’humilité de l’illettrée qu’elle était sans doute, comme pour lui dire : “Tu es celle que j’ai créée !” Lorsque vous réalisez que Dieu vous a choisi, ça vous donne déjà la force de continuer d’aimer !
À travers les siècles, on a souvent vénéré Marie, au risque d’oublier son message. On aimait bien les cantiques à Marie au risque d’oublier le cantique de Marie et son message tellement dérangeant. C’est maintenant du passé. On a mieux compris que, si Marie prononce son Magnificat, ce n’est pas pour qu’on le traduise en louange à son égard. Non elle nous invite à célébrer avec elle les merveilles de Dieu accomplies en faveur de ceux qui espèrent le salut du monde et qui luttent pour ça. Elle dit sa joie à cause de Dieu qui choisit les petits et disperse les orgueilleux, qui renvoie les puissants et élève les humbles, qui comble les affamés et renvoie les riches les mains vides. Elle dit que, lorsque Dieu vient, ce n’est pas à côté de l’existence des hommes. Quand il s’approche, toutes les cloisons des sociétés s’écroulent. Une vie autre commence.
Dans le regard et le cœur de Marie, quand elle accomplissait ses tâches quotidiennes, quand elle vibrait d’indignation devant les orgueilleux et les puissants, quand elle appelait la dignité pour les humbles et le pain pour les pauvres, Dieu était déjà en train de naître.

Robert Tireau
Prêtre du Diocèse de Rennes

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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 07:58
"Transfiguration", peinture de Lewis Bowman

"Transfiguration", peinture de Lewis Bowman

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 9, 2-10
« En ce temps-là,  Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.  Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus. Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.  Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».

Homélie

Beaucoup de gens disent : “je suis chrétien non pratiquant”. Si on s’étonne, ils disent : “Mais je crois en Dieu !” Ont-ils réalisé que ce Je crois en Dieu ne dit pas chrétien à lui seul ? Juifs, musulmans et d’autres croient en Dieu et ne sont pas chrétiens. Dans notre Credo où deux lignes suffisent à dire notre croyance en Dieu, notre foi chrétienne occupe seize lignes. C’est la foi au Christ qui fait le chrétien ; c’est Jésus, Dieu devenu homme, qui remplit notre Credo. Il était homme comme nous, avec de vraies mains et de vrais yeux qui savaient pleurer. Quelques temps avant sa mort épouvantable, il avait pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, et, sur la montagne, on avait vu transparaître, dans son corps, la lumière de sa divinité. La foi chrétienne, ce n’est pas seulement penser que Dieu existe, mais c’est oser affirmer que la gloire du Dieu unique est sur le visage d’un homme en chair et en os !
La transfiguration éclaire la question la plus importante pour nous : la vie a-t-elle un sens ? Beaucoup de réalités humaines ont un sens évident : l’amitié, l’amour, la culture, la justice et tant de valeurs reconnues. Mais il y a aussi beaucoup de non-sens : cet enfant qui souffre et qui va mourir, ces massacres de populations, cet ouragan et ces avalanches. Alors on se demande qui va l’emporter du sens ou du non-sens ? De la mort ou de la vie ? Notre foi chrétienne répond : l’être humain n’est pas fait pour finir dans un trou. L’homme est destiné à être transfiguré en Dieu. (...)
Je me rappelle des jeunes qui, à l’occasion d’une confirmation, disaient avoir vu une  transfigurée. Et ils ne parlaient pas de chirurgie esthétique. Ils parlaient d’une jeune en grande difficulté pour qui, d’un jour à l’autre, il y avait eu changement visible. Or, ses problèmes n’étaient pas réglés, mais elle avait reçu assez de force pour les affronter. Dieu continue de susciter des êtres radieux qui embellissent et transfigurent la vie. Car il a donné aux hommes mission de transfigurer le monde. Les chrétiens n’en ont pas le monopole, mais, au nom même de leur foi en l’amour que Dieu donne, ils doivent être capables de créer la lumière.
Qui n’a jamais entendu : “Ce jour-là, tu as été lumière pour moi.” ou bien : “Ta présence a ensoleillé notre dimanche.”  Ça veut dire qu’il y avait de la transfiguration dans l’air. La transfiguration, c’est comme une éclaircie. Ça ne supprime pas la nuit, mais ça l’éclaire. A Nantes une équipe accueille les familles qui viennent rendre visite à l’un des leurs en prison. Leur lieu d’accueil s’appelle… l’Eclaircie.
La transfiguration a eu lieu peu de temps avant la Passion. Dans un autre contexte elle aurait pu signifier puissance et éclat. Mais là, non ! Jésus est transfiguré… très peu de temps avant d’être défiguré ! Comme pour répondre par avance à l’ébranlement de la foi de ses amis : Pierre, Jacques et Jean seront tellement désemparés quand ils verront Jésus défiguré et mourant sur une croix dans le silence de Dieu ! Moment bref que la transfiguration. Ils sont toujours brefs ces moments-là, et il faudra bientôt redescendre dans le quotidien. Gérard Naslin le dit dans un raccourci saisissant : “Jésus invite ses disciples à s’élever pour une ascension. Il faut prendre de la hauteur pour rencontrer Celui qui vient éclairer nos vies. Il leur demande de s’asseoir pour une contemplation, pour admirer,  pour entrer dans le mystère. Il les prie de redescendre pour résister à une tentation. Ils voudraient tellement que la lumière brille sans cesse, mais il leur faudra connaître les ténèbres du Vendredi Saint avant de connaître la lumière du matin de Pâques.” Jésus fait donc entrevoir sa résurrection à ses apôtres, les laissant deviner à quelle lumière conduit sa vie droite et sa fidélité à Dieu. Il mourra en croix, mais sa mort se changera en lumière. La mort n’a jamais le dernier mot sur ce qui est partagé par amour dans une vie.
Le récit de la Transfiguration montre que Jésus est l’homme qui prie. Quand on entre dans la prière, Dieu est là, et sa réponse immédiate est de laisser sur le visage de la personne qui prie le rayonnement de sa présence

Robert Tireau
Prêtre du Diocèse de Rennes

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