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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 05:28
Homelie du dimanche 23 avril 2017

Deuxième dimanche de Pâques – A – 23 avril 2017 Actes 2, 42-47 ; Psaume 117 ; 1 Pierre 1, 3-9 ; Jean 20, 19-31

“Moi, je suis comme Thomas, je ne crois qu’à ce que je vois”.

La phrase est passée dans le langage courant. Ça veut dire que beaucoup se reconnaissent dans ce Thomas hésitant. Moi, j’aime bien tous ceux qui doutent avec sincérité. Car ils ne sont pas indifférents, ils mettent toute leur honnêteté, leur intelligence et parfois leur grande culture dans la réflexion, et ils ne voient pas le moyen de croire. Mais ils donneraient quelquefois des leçons à des croyants qui n’ont guère réfléchi. En réalité, Thomas est aussi un bel exemple de croyant. Car la foi n’est jamais aussi solide que lorsqu’elle a surmonté le doute.

Il n’y a pas de foi chrétienne qui ne passe par l’hésitation. Avoir la foi, c’est avoir assez de lumière pour porter ses doutes. Thomas veut voir pour croire ! Voir pour croire ! Avez-vous réalisé qu’il est tout aussi vrai de dire : il faut croire pour voir.

Car on peut, grâce à la foi, apercevoir ce qui est invisible au premier abord. Et c’est par ce chemin que la confiance peut devenir plus forte que les doutes. “Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas !” Pourquoi une telle insistance ?

Peut-être parce que Jean écrit son Évangile vers la fin du 1er siècle. Une époque où beaucoup sont déjà tentés de regarder vers un Christ désincarné en oubliant qu’il a vécu un quotidien bien concret, qu’on l’a arrêté, qu’on l’a jugé et exécuté.

C’est peut-être pour ça que Jean a choisi un tel réalisme presque insoutenable, pour asséner que le Fils de Dieu a “pris chair” fragile, qu’il a été affronté aux ténèbres de la vie et qu’il continue de venir vers nous en nous montrant les plaies de ceux qui donnent leur vie pour que naisse et grandisse la véritable humanité. Les premiers disciples ont cru en la Résurrection parce qu’ils ont rencontré vivant celui qui était mort. Nous sommes invités à la même expérience.

Alors où trouver aujourd’hui les signes qui nous permettront d’être témoins de la résurrection ? Je vous propose trois chemins :

1 – Une absence qui est présence. Jésus n’est plus là. Le tombeau vide dit que le Ressuscité ne se laisse enfermer ni dans nos églises, ni dans nos textes, même les plus officiels. Il ne se laisse accaparer par personne. Il est absent, ça veut dire qu’il est présent autrement : depuis le matin de Pâques, il est en route, tellement plongé dans l’humanité qu’on peut le prendre pour un jardinier ou un inconnu. Présence discrète, mais efficace, cette présence qui, depuis 2000 ans, agit en tous ceux-là dont l’engagement a permis qu’on ne désespère pas de l’humanité ! Quelqu’un disait un jour : “Pas facile de croire à la résurrection avec tout ce qu’on voit de négatif dans le monde. - Mais c’est l’inverse, s’écria un autre, sans la résurrection comment expliquer l’ardeur des témoins ? Et que tel timide devienne audacieux, et que celui qui a toutes raisons de se plaindre affiche de la joie ?”

2 – La trace des plaies de Jésus. Les cicatrices de la passion sont restées visibles dans son corps transfiguré : étonnante “marque de re-connaissance.” Thomas a pu les toucher, et nous aussi puisqu’elles continuent d’exister : nous les apercevons dans le corps souffrant de l’humanité. Elles sont les signes que la Passion du Fils de l’Homme n’est toujours pas achevée.

3 – Les témoins envoyés. Chaque apparition du Christ se termine par un envoi : “Allez annoncer ! – De toutes les nations faites des disciples ! – Comme mon Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie !” C’est bien dans la résurrection du Christ que la mission prend sa source. L’envoi est le signe que rien n’est fini. Jésus est vivant. Ce sont ses disciples qui sont enterrés, verrouillés à double tour, paralysés par la peur. La Bonne Nouvelle du Dieu Père qui aime doit être annoncée.

Cette mission naît du baptême. Louis Rétif disait : “Nous ne sommes pas baptisés pour être sauvés mais pour devenir des sauveurs.”

Et Véronique Margron, en parlant elle-aussi du jour du baptême : “On entre dans l’église enfants de Dieu, on en sort prêtres, prophètes et rois.” Si tout ça vous semble compliqué, je vous propose de vous laisser porter par la foi de la petite Lucile. Un adulte lui dit : “Je te donne un florin si tu me dis où Dieu habite”. Elle répond : “Moi je t’en donne deux si tu me dis où il n’habite pas.”

 

 

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 06:14
Homélie du Dimanche de Pâques 16 avril 2017

« Christ est ressuscité… Vraiment ressuscité ! » C’est avec cette parole d’étonnement et d’enthousiasme que nous sommes accueillis ce matin. Cette nuit, au cours de la veillée pascale, près de 3.600 adultes ont été baptisés en France. Pourquoi ? C’est que le message de la résurrection est arrivé jusqu’à eux.

Avec tous les chrétiens, ils croient que le Christ est vivant et ils ont décidé de suivre son chemin. Mais je devine ce que certains d’entre vous pensent. Je le pense, moi aussi, parfois. Est-ce que c’est vrai tout cela ? Est-ce que c’est vrai que le Christ est ressuscité ? Depuis plus de 2.000 ans, une rumeur court : après une vie passée à aimer Dieu et à aimer ses frères les hommes, Jésus a été ressuscité, Dieu l’a relevé d’entre les morts.

Est-ce que c’est vrai ? Nous n’avons pas de preuves. Nous n’avons qu’un tombeau ouvert. Si nous croyons, c’est à cause des témoignages des disciples de Jésus qui nous semblent dignes de foi. Ils avaient partagé la vie de cet homme Jésus, pendant 3 ans. Ils admiraient leur Maître qui était proche des malades, des infirmes, des petites gens, qui accueillait tous ceux et celles que la société et la religion méprisaient. Ils assistaient réellement à l’inauguration d’une société où les hiérarchies se renversaient, où une foule d’exclus, d’oubliés sortaient de l’ombre pour découvrir qu’ils avaient du prix aux yeux de Dieu.

Ils l’avaient entendu dénoncer l’hypocrisie de ceux qui se contentaient de pratiques desséchées. Il disait qu’il venait de Dieu, son Père. Ce n’était pas du goût de tout le monde. On l’avait arrêté, jugé, torturé, tué. Pour ses disciples, c’était la fin d’un rêve fou. Ils ont fui, découragés. Et pourtant, ce sont ces mêmes disciples, trois jours plus tard, qui n’ont pu dire les choses autrement qu’en échangeant cette certitude impossible : Jésus est vivant. Certains disaient : « Dieu l’a ressuscité, il l’a relevé ». Ils diront aussi qu’ils avaient vécu des expériences mystérieuses, comme des apparitions. Eh bien ! Nous croyons à la résurrection, parce que les disciples ont cru et que leur vie a été complètement transformée par cet évènement.

Et l’un après l’autre, ils ont préféré mourir plutôt que de dire que l’évènement n’avait pas eu lieu. Et ce n’est pas tout ! Les apôtres ont compris soudain des paroles que Jésus leur avait dites et nous les ont transmises. « Je veux que là où je suis, vous y soyez aussi » - « Je suis le chemin pour aller vers le Père » - « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ». Ils ont compris que, sur la croix, toute la haine du monde avait été tenue en échec par l’amour, un excès d’amour. Pour la première fois depuis l’origine des mondes, des cœurs humains ont osé espérer l’inespéré : Dieu vainqueur de la mort. L’homme vivant, debout, ressuscité à la suite de Jésus, le premier ressuscité. « Cherchez les réalités d’en haut… » nous a dit saint Paul.

Cela ne signifie pas que ces paroles sont une invitation à s’évader, le regard perdu vers le ciel en oubliant les injustices, les fractures sociales de notre continent, les souffrances de ce monde ; non, elles nous invitent à prendre au sérieux les conséquences de la résurrection de Jésus pour notre engagement dans cette vie présente. La résurrection, ce n’est pas un lot de consolation pour plus tard, c’est notre vocation aujourd’hui. Désormais nous croyons que la haine, l’indifférence, les intérêts des puissants de ce monde, la souffrance et la mort, n’ont pas eu, en Jésus, le dernier mot. Pour celui qui essaye d’être uni au Christ ressuscité, il y a au fond du cœur une espérance folle. Il sait que le désespoir, le découragement n’ont plus le dernier mot, ni sur les situations de violences humaines dont on ne voit pas l’issue, ni pour le handicapé, le torturé, le sans papier, le condamné….

Depuis la résurrection de Jésus, depuis le premier matin de Pâques, un chemin est ouvert, il n’y a plus de fatalité. Christ est ressuscité ! Soyons des vivants ! Depuis l’arrivée à Rome d’un pape venu du bout du monde, un vent du grand large souffle sur notre Eglise. Des paroles toutes simples, des gestes de tendresse envers les malades, les jeunes prisonniers, les demandeurs d'asile, un sourire qui éclaire un visage deviennent une bonne nouvelle pour tous. ! Que ce vent du grand large donne un air de joyeuse résurrection en ce matin de Pâques ! Qu’il nous donne envie d’aller porter la bonne nouvelle à tous ceux qui ne connaissent pas encore la beauté de l’Evangile ;

Bonne fête de la résurrection à tous !

Louis DURET

Prêtre du Diocèse de Savoie

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 06:11
Homélie du dimanche des « Rameaux » : 9 avril 2017

Ce dimanche en la fête des Rameaux nous lirons le texte le plus ancien de l'Evangile, celui que les premières communautés Chrétiennes considéraient comme un véritable trésor : le récit de la Passion. Ce récit nous met au cœur du scandale et du mystère de la haine, de la violence et du mal qui se déchaîne contre Jésus, le juste, le prophète, le Fils de Dieu, arrêté, insulté et bafoué comme un « malfaiteur» ! Comment comprendre cette « avalanche » du mal ? Comment comprendre d'autant plus qu'au début de la messe des Rameaux nous célébrons l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Jésus est « acclamé » comme un roi, alors même qu'il est monté sur un petit âne, par ceux là même qui vont très peu de temps après réclamer sa mort !

La Passion de Jésus c'est le mélange des oppositions et des contraires !

Jésus est le sauveur, et sur la croix on lui reproche d'être incapable de se sauver lui-même Jésus est nommé « le roi des Juifs », et il apparaît incapable de s’imposer. Jésus est le messie et les romains restent toujours maîtres de la Palestine.

En guérissant les malades, en ressuscitant les morts, en rendant la vue aux aveugles, Jésus s'était fait une belle réputation dans ce si petit pays. On attendait de lui pouvoir et puissance, gestes d'éclats et on a fait erreur sur sa mission.

En guérissant les aveugles, Jésus a voulu nous montrer notre aveuglement, incapables que nous sommes d'accueillir et de regarder les autres avec les yeux du cœur !

En libérant les paralysés, les boiteux, les pêcheurs de leurs entraves et de leurs péchés trop lourds, Jésus a voulu combien nous montrer que nous sommes paralysés, boiteux et pêcheurs quand nous sommes comme les pharisiens, enfermés dans notre suffisance et nos jugements sur les autres.

Jésus a découvert la plus petite miette de foi chez la cananéenne (une païenne pourtant) ou chez le centurion romain.

Ce n'est pas en utilisant la puissance ou la contrainte que Jésus a rempli sa mission, c'est par Amour. Ce n'est pas par des actions extraordinaires qu'il nous a montré qui il était, c'est en donnant sa vie. Là où l'on attendait une réponse à nos besoins immédiats : la nourriture, la santé, la sécurité, le confort, Jésus nous a ouvert les yeux sur des besoins plus profonds et plus importants encore : l'accueil de l'autre, le respect et l'amour. Jésus n'a négligé aucun des besoins de l'homme : il a connu la faim, la soif, la peur, l'angoisse et la souffrance ; mais il est venu nous montrer qu'il n'y a pas de «plus grand amour » que de donner sa vie pour ceux qu'on aime et que l'on ne peut pas prétendre aimer Dieu si l'on n'aime pas d'abord le plus petit parmi ses frères !

Il est bien difficile d'aimer en esprit et en vérité ! Alors dans cette semaine sainte, empruntons avec Jésus ce chemin du serviteur, où l'on découvre que c'est en donnant le meilleur de nous-même que l'on reçoit en surabondance !

Denis Chautard

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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 05:56
Homélie du dimanche 2 avril 2017

Textes de ce dimanche : Ezéchiel 37, 12-14 ; Psaume 129 ; Romains 8, 8-11 ; Jean 11, 1-45

“Vous saurez que je suis le Seigneur quand je vous ferai sortir de vos tombeaux.” C’était Ezéchiel tout à l’heure. On aimerait mieux que le Seigneur nous évite le tombeau ! Mais non : il n’a pas évité le tombeau à Lazare, ni à personne, pas même à son fils Jésus.

Saint Jean, lui, était sûrement à Béthanie. Il donne en effet beaucoup de détails dans cette scène d’évangile remplie d’amitié. Il est comme fasciné par Jésus, par sa tristesse, son émotion et toute son affection pour cette famille dont il a raconté tant de souvenirs : Marie qui lavait les pieds de Jésus et les essuyait avec ses cheveux, et Marthe qui faisait la cuisine pour lui.

Jean n’est pas un reporter avec sa caméra et il écrit un demi-siècle après les événements. Donc impossible pour lui de faire de la résurrection de Lazare un scoop journalistique.

Jean n’est pas davantage un historien. Même s’il raconte des faits qui ont eu lieu, il n’a pas cherché à bâtir un système de pensée. Il est resté narrateur de ce qu’il a vu : Jésus est avec ses disciples quand il reçoit le message des deux sœurs ; il retient son désir de voir tout de suite ses amis, et il dit d’abord sa mission : aller à la rencontre de l’homme à travers ses misères et jusqu’à la limite de sa vie, c’est à dire la mort.

Jean est un évangéliste : il a vécu la résurrection qui lui permet d’annoncer ce que Jésus a voulu révéler en guérissant les malades et en ressuscitant les morts. Jean dit la Bonne Nouvelle. Il explique qu’un miracle est toujours un signe qui révèle qui est Jésus :

- Jésus guérit des paralysés, non pas pour qu’il n’y ait plus jamais de paralysé, mais pour révéler qui il est : celui qui sauve de toutes les paralysies, et qui nous veut debout.

- il guérit des aveugles, non pas pour qu’il n’y ait plus jamais d’aveugles, mais pour dire : “Je suis la lumière du monde, qui marche à ma suite ne marche pas dans les ténèbres.”

- il ressuscite Lazare, non pas pour qu’il n’y ait plus jamais de mort, mais pour dire : “Je suis la Résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.”

Jésus est venu pour annoncer la vie au-delà de la mort !

Et si Lazare, comme l’aveugle de la semaine dernière, nous représentaient ? Notre humanité est quelquefois sans espoir, aveugle, sourde, sentant mauvais, à la dérive ! C’est dans cet état que Jésus a trouvé son ami : non plus un homme mais un cadavre. Et il a pleuré. Pourquoi ? Parce qu’à certaines heures, c’est la seule façon qu’il nous reste d’aimer et de prier. Le père Varillon a écrit des pages étonnantes sur La souffrance de Dieu : Pourquoi a-t-on pu imaginer un Dieu impassible et lointain ? Non ! Jésus montre que Dieu souffre avec les hommes qui souffrent. Il n’est pas l’inventeur de la mort-punition. Il est l’accompagnateur de la mort qui nous éprouve.

Jésus dit : “Enlevez la pierre” ! Il n’aime pas les tombeaux, ni les pierres devant les tombeaux. Il n’aime pas la mort. Voilà pourquoi il ne dit pas, il ordonne : “Enlevez la pierre ! Puis : “Lazare, viens dehors !” et le mort sortit, vivant ! Et Jésus continue : “Déliez-le, et laissez-le aller !Jésus n’aime pas les tombeaux. Il ne supporte pas non plus les bandelettes, ni tout ce qui enchaîne. Ce que Jésus a fait pour Lazare, il veut le faire pour l’humanité entière. C’est un clown canadien qui disait : “Jésus est un ouvreur de tombeau et un dérouleur de bandelettes !”

Petite précision : Ce sont les amis de Lazare remis debout par Dieu qui vont délier ses mains et ses pieds. Jamais quelqu’un ne retrouve vie et espérance tout seul comme par miracle. Mais le moindre geste réchauffe et ranime. La seule force qui ait jamais ouvert les tombeaux et déroulé les bandelettes, c’est l’amour et le pardon !

Ce week-end, en France, les militants du CCFD répercutent la parole de Jésus : Viens dehors”. Une parole qui traverse les siècles. Nous avons beau être empêtrés dans les bandelettes de nos étroitesses et de nos peurs, ou ficelés dans la culpabilité, Jésus nous appelle dehors : regarde au-delà des frontières et va rejoindre – à ta façon – ceux qui agissent pour un monde plus solidaire. Ce cri de Jésus a fait se lever beaucoup de femmes et d’hommes qui refusent que le monde soit que ce qu’il est ! Incontestable victoire de l’obstination et de l’espérance sur la détresse et l’injustice.

Robert Tireau, prêtre du diocèse de Rennes

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 08:20
Arcabas : Guérison de "l'aveugle-né"

Arcabas : Guérison de "l'aveugle-né"

Après le dimanche de l’eau vive et de la Samaritaine en saint Jean, voici celui de la lumière et de l’aveugle de naissance. Devenir disciple de Jésus, recevoir le Baptême en son nom, c’est faire l’apprentissage de la lumière. « Et j’ai vu désormais le monde à ta façon », écrivait Aragon dans un poème d’amour. Il en va de même pour le croyant qui apprend par le Baptême à tout regarder à la façon du Christ. C’est ce que saint Paul rappelle aux chrétiens d’Éphèse.

« Frères, autrefois, vous n’étiez que ténèbres ;
maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ;
vivez comme des fils de la lumière –
or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité –
et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur.
Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres,
elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt. »

Saint Jean présente la guérison de l’aveugle de naissance dans un récit sous forme de scénario que l’on peut lire en plusieurs moments. Les protagonistes ont leur point de vue sur les choses, sur le monde, sur la pratique religieuse. Comme la femme de Samarie, ils sont marqués par des préjugés de toutes sortes qui vont les empêcher d’accueillir la lumière de la foi, de reconnaître le Christ comme la Lumière du monde. De même que la Samaritaine avait été capable de changer d’attitude vis-à-vis de Jésus, de manière de voir les choses, de le regarder, de même dans le récit de ce dimanche, seul l’aveugle de naissance va accéder à la lumière de la foi, tandis que les pharisiens qui se croient détenteurs de la lumière, resteront prisonniers de leur aveuglement.

« En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage
un homme qui était aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent :
« Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ?
Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents.
Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui.
Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé,
pendant qu’il fait encore jour ;
déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir. »

Cet aveugle de naissance est puni pour ses péchés ou ceux de ses parents, pensent les disciples. C’est ce qu’on pense couramment en Israël : toute maladie ou infirmité résulte d’un péché, même s’il a été commis par des parents. Jésus refuse cette manière de penser et déclare que selon lui c’est une occasion pour Dieu de manifester sa gloire. Et il leur révèle qu’il est lui-même lumière et salut pour tout homme. On peut faire le lien entre cet aveugle-né et Adam, figure d’une humanité malvoyante dès ses origines que Jésus vient guérir, recréer dans la bonté de ses origines et à laquelle il vient apporter la vraie lumière.

« Tant que je suis dans le monde, je suis la Lumière du monde. »
Cela dit, il cracha sur le sol et avec la salive il fit de la boue
qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle, et il lui dit :
« Va te laver à la piscine de Siloé » (ce nom signifie : Envoyé).
L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. »

Jésus dénonce l’erreur de croire qu’une faute pourrait être à l’origine d’une infirmité humaine et donc de croire que Dieu punirait un pécheur en le condamnant à vivre dans le malheur. Il dénonce le « mauvais œil » que tous posent sur cet aveugle. Son geste de guérison rappelle le geste créateur de Dieu qui avait pétri l’homme de la glaise du sol et trouvé très bon ce qu’il avait fait. Le crachat de Jésus n’est pas un crachat de condamnation et de dégoût, mais il fait de sa salive comme une eau vive qui lave le regard de cet homme.

« Les voisins de l’aveugle, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer
— car il était mendiant – dirent alors :
« N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. »
Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. »
Mais lui affirmait : « C’est bien moi. »

Les voisins sont prudents, ne se « mouillent » pas et n’aiment pas trop ceux qui sortent de leur place sociale. Impossible pour eux de porter sur cet homme infirme et mendiant de surcroît, un regard nouveau. Il en sera de même pour les pharisiens.

« On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue
et lui avait ouvert les yeux.
A leur tour, les pharisiens lui demandèrent :
« Comment se fait-il que tu voies ? »
Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux,
je me suis lavé, et maintenant je vois. »
Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu,
puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres répliquaient :
« Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? »
Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle :
« Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »
Il dit : « C’est un prophète. »

Après le regard des voisins emprisonnés dans les pensées habituelles communes, voici celui des pharisiens pour qui tout doit être jugé à partir du respect des règles religieuses. Rompre les coutumiers, désobéir aux règles légales peut exclure celui qui ose ne pas les respecter. Les enfreindre c’est offenser Dieu et remettre en cause les prescriptions établies selon sa Loi. Cet aveugle est un pécheur. Sa guérison est suspecte. Celui qui l’a guéri est suspect : c’est un pécheur public, car il a transgressé la loi du sabbat. Cependant parmi les pharisiens certains n’ont pas l’air d’être de cet avis. Ils sont troublés et mènent l’enquête auprès des parents.

« Les pharisiens demandèrent aux parents :
« Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ?
Comment se fait-il qu’il voit maintenant ? »
Les parents répondirent :
« Nous savons que c’est bien notre fils, et qu’il est né aveugle.
Mais comment il peut voir à présent, nous ne le savons pas ;
et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus.
Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs.
En effet les Juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue
tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie.
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Elle est forte la pression du pouvoir religieux, surtout dans un contexte où le religieux et le social sont étroitement liés. Contester le pouvoir religieux c’est risquer l’exclusion sociale. Les parents ont peur et se défilent. Il est guéri, nous ne voulons pas le savoir, il a l’âge de répondre lui-même, et puis… ça pourrait se retourner contre eux. Ils étaient bien plus tranquilles quand il était aveugle et mendiait sa pitance. Vient alors la confrontation décisive cette fois entre les pharisiens et l’aveugle guéri : un dialogue savoureux.

« Les pharisiens lui dirent : « Rends gloire à Dieu !
Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien ;
mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et maintenant je vois. »
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté.
Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ?
Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ;
nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.
Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ;
quant à celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant !
Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux.
Comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs,
mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.
Jamais encore on n’avait entendu dire
qu’un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.
Si cet homme-là ne venait pas de Dieu,
il ne pourrait rien faire. » Ils répliquèrent :
« Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance,
et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. »

Aux yeux des pharisiens, l’aveugle est un pécheur de naissance à qui ils veulent faire reconnaître que cet homme appelé Jésus – qu’il n’a pas encore vu – est un pécheur lui aussi. Ils n’en démordent pas, lui font dire et redire ce qui s’est passé, et c’est l’aveugle guéri qui a l’audace, avec humour et insolence, de les placer face à leurs contradictions et à leur aveuglement. Leur vision des choses n’est pas sans rappeler celle d’Adam et Eve face au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Une prétention au savoir dernier, à la totale clairvoyance, au nom d’une référence à Moïse, à La loi et à ses prescriptions, au nom d’un pouvoir de juger les gens, et de juger sans erreur ce qui est bien et ce qui est mal. Une prétention que l’on croit détenir comme notable religieux, que l’on soit prêtre, scribe ou pharisien. Quiconque la dénonce ne saurait être qu’un insolent, voire un blasphémateur.

Face aux pharisiens, deux êtres humains, l’un vivant dans le malheur d’une infirmité que tous jugent liée à un péché, mais il ne sait pas lequel. L’autre, Jésus, est un homme de passage qui le regarde non pas comme ayant commis un quelconque péché, mais qui le regarde comme Dieu regardait l’homme et la femme aux premiers matins lumineux du monde, à son image et à sa ressemblance, appelés à la lumière glorieuse et à la communion avec lui. Ses frères humains, Jésus les regarde comme objets permanents de la bienveillance de son Père, et il les respecte dans leur dignité d’êtres humains quelle que soit leur condition sociale, leurs infirmités physiques ou morales. Magnifique est la conclusion du récit : la rencontre finale entre l’aveugle guéri et son bienfaiteur.

« Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit :
« Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit :
« Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit : « Je crois, Seigneur », et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question :
pour que ceux qui ne voient pas puissent voir,
et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent :
« Serions-nous des aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ;
mais du moment que vous dites : « Nous voyons ! » votre péché demeure. »

Apprenons du Christ et de l’aveugle de naissance à devenir modestement lucides sur nous-mêmes, sur le monde, sur les événements, à faire la lumière, car la lumière n’est pas un état ni un privilège ; mais un modeste travail, semblable à celui du Christ lumière du monde. La foi en lui n’est-elle pas en effet le lent et long travail de sa main et de la nôtre, qui lavent nos yeux pour apprendre au jour le jour la lucidité chrétienne ?

Il y a une grande harmonie encore entre les textes de ce dimanche. Pour choisir le successeur de Saül, roi d’Israël, Dieu apprend à Samuel à regarder les personnes avec un autre regard que celui des hommes.

« Le Seigneur dit à Samuel : « J’ai rejeté Saül. Il ne régnera plus sur Israël.
Je t’envoie chez Jessé de Bethléem, car j’ai découvert un roi parmi ses fils.
Prends une corne que tu rempliras d’huile, et pars ! »
En arrivant, Samuel aperçut Éliab, un des fils de Jessé, et il se dit :
« Sûrement, c’est celui que le Seigneur a en vue pour lui donner l’onction ! »
Mais le Seigneur dit à Samuel :
« Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté.
Dieu ne regarde pas comme les hommes,
car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »

Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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Published by Denis CHAUTARD - dans homélie
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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 06:33
Homélie du dimanche 19 mars 2017

Evangile de Saint Jean 4,1-42

Si tu savais comme Dieu t’aime !

Voilà un texte qui ressemble à une histoire vécue, avec deux interlocuteurs : une femme et Jésus ; un récit comportant un début et une "happy end" ; un lieu de rencontre, le puits de Jacob ; des dialogues… bref, on pourrait croire que "c'est bien comme ça que cela s'est passé" !... Sauf que, dans l'évangile de Jean, les histoires racontées ne le sont pas pour elles-mêmes, mais pour servir de support à un enseignement, on dit aujourd’hui de façon un peu pédante, ‘’une catéchèse’’. Un peu comme les paraboles que racontent Matthieu, Marc et Luc.

Plusieurs portes d’entrée sont possibles pour pénétrer dans ce texte. Je choisis celle de la tendresse respectueuse de Jésus pour les méprisés, les gens infréquentables.

On imagine facilement les titres de la presse "people" de l'époque, si elle avait existé ; en surtitre : Scandale devant le puits de Jacob ! et en cinq colonnes à la Une "Le soi-disant prophète de Galilée, ‘’le Rabbin de Nazareth’’, surpris en pleine conversation, seul à seule avec une Samaritaine de mauvaise réputation !" Et l'article aurait continué : un juif se manque de respect à lui-même s’il parle à une femme en public ; car, comme tout le monde le sait, toutes les femmes sont impures parce que femmes. - La religion juive, en effet, fascinée comme beaucoup d'autres religions (peut-être bien la nôtre aussi) par la sexualité et le sang, considérait les femmes comme impures dès le berceau et durant toute leur vie et plus encore à certaines périodes –

Impure parce que femme, et, en plus, samaritaine. Les Juifs détestaient les Samaritains. Ils leur vouaient une haine séculaire. À leurs yeux, c'était un peuple de bâtards hérétiques et méprisables. À l’époque, c’était rendre un hommage à Dieu que de détester les samaritains. Alors, une samaritaine !

Impure parce que femme, impure parce que samaritaine, impure parce que femme de mauvaise réputation. Elle en est à son cinquième mari ! C’est cette femme infréquentable que Jésus va séduire, avec cette aisance toute simple et cette liberté qui n'appartient qu'à lui. A travers le comportement de Jésus, (qui me voit le Père) le message est très clair : pour Dieu, il n'y a pas d'exclus, il n'y a pas de maudits, il n'y a pas d'impardonnables, il n'y a pas d'irrécupérables ! On peut se sentir chez soi avec eux.

D'où que tu viennes, Jésus est venu pour toi. Aucun obstacle ne peut venir de ta race, de ta culture, de ton origine religieuse, de ton passé. Dieu se propose à toi pourvu que tu le cherches. Toutes les femmes, tous les hommes ont droit à l'eau vive de sa Parole et de· son Amour.

Jésus va séduire le cœur de cette femme en lui demandant un service "Donne-moi à boire ! " Dieu a besoin de l'assentiment des hommes pour se donner à eux. Rien n'est impossible à Dieu, sauf d'habiter le cœur d'un homme ou d'une femme qui refuse d'être aimé. Oui, Dieu a besoin de l'accord des hommes pour les aimer. La Samaritaine est nullement intimidée : Tu veux me donner de l'eau et tu n'as même pas de seau pour atteindre le fond du puits. Vous connaissez la suite : de cette femme scandaleuse, désinvolte, impudique, méprisée par les Juifs et probablement par les Samaritains eux-mêmes, de cette femme, Jésus va faire sa confidente : il lui dit qu'il est le Messie attendu par Israël, un secret qu'il n'a pas encore révélé à ses disciples les plus proches parce qu'ils ne l'auraient pas compris et auraient voulu faire de lui un roi guerrier vainqueur de l'occupant romain.

Enthousiasmée par ce que lui révèle Jésus, la Samaritaine devient sa messagère auprès des gens de son village, qui, à leur tour sont fascinés par ce Juif hors du commun. Il va rester chez deux jours tellement il se sent bien avec eux et eux avec lui. Pour les Pharisiens et autres docteurs de la loi, c'est impensable, scandaleux et même blasphématoire : au nom du respect dû à Dieu, on ne fréquente pas ces gens-là.

Or, aujourd'hui comme hier, Jésus fait jaillir l'eau vive de sa Parole chez les païens, les hérétiques et les impurs. Qui sont Samaritains, ces Samaritaines que l'Evangile nous demande d'accueillir et de respecter ? Cherchons bien. Peut-être cet(te) homosexuel(le} que la famille rejette parce qu'elle en a honte ? Peut-être ce collègue de travail dont le militantisme nous agace ? Ce croyant d'une autre religion ? Cet homme suspecté à cause de ses idées, de sa race, de son ethnie, ou tout simplement de son "look" ? À qui pensons-nous encore ? Pas trop difficile de trouver le Samaritain qu'on méprise !

Peut-être, nous sentons-nous nous-mêmes un peu samaritains ... Il y a des chrétiens qui désespèrent, tant ils ont perdu l'estime d'eux-mêmes : "J’ai tellement honte de ma vie que Dieu ne peut pas m'aimer". Frères et sœurs en désarroi, ne désespérez pas, Jésus propose l'eau vive de sa Parole à tous les hommes, à toutes les femmes, à commencer par les pécheurs impardonnables que vous pensez être !

Pour être sauvé, il faut et il suffit d'accepter d'être aimé sans l'avoir mérité. Alors, tout change : la parole Jésus et son amour deviennent pour nous une source de vie, une source d'amour où nous pouvons boire pour en faire vivre les autres, à notre tour.

Accepter d'être aimé sans l'avoir mérité, c'est trop facile, pensent peut-être certains. "Facile" vraiment ? Avez-vous essayé ?

Roland Chesne, prêtre à Vernonnet, Diocèse d’Evreux

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 21:05
Homélie du dimanche 12 mars 2017

Le beau risque....

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie, écoutez-le ! »

Comme des parents fiers de leur grand garçon, un jour Dieu a pris le risque d’offrir le sien à l’humanité. Au lieu de demeurer un Dieu quelconque, sans visage, une sorte d’être supérieur que l’on sent à certains jours plus absent que présent, au lieu de demeurer un concept abstrait, une sorte d’énergie créatrice plus ou moins définie, il s’est donné un visage. Il s’est donné à voir sous les trait de son Fils. C’est ainsi que son visage est devenu celui d’une personne bien concrète, celui d’un juif du nom de Yéshua ben Ioseph, Jésus fils de Joseph, le Jésus de Nazareth.

L’objet de notre foi a donc un visage. Le Dieu de notre foi est quelqu’un et ce quelqu’un a parlé. Pierre, Jacques et Jean en font l’expérience sur la montagne. Dieu leur a parlé: Celui-ci est mon Fils, en qui je trouve ma joie, écoutez-le ! Mais prenons-nous toute la mesure d’un autre risque, celui des disciples qui se mettent à le suivre, nous qui avec presque nonchalance côtoyons le mystère comme si tout allait de soi. Et c’est aussi ce qu’Abraham a du expérimenter alors qu’il prend un risque - lui aussi - celui de faire confiance à une promesse: Pars de ton pays, laisse ta famille, je ferai de toi une grande nation.

L’expérience nous a habitués à nous méfier des promesses. 0r c’est une promesse qui fait se lever Abraham, la promesse d’une terre, d’un pays. Sa foi en la Parole de Dieu et une espérance à toute épreuve le mettent en route vers ce qu’on appelle la Terre Promise. Il sera parti un peu comme ces réfugiés qui sur le quai d’une gare ou caché à fond de cale attendent la liberté. Eux aussi se sont risqués. Ils ont fait confiance à une promesse.

À la transfiguration, l’aventure des disciples n’est pas sans parenté avec celle d’Abraham. Rappelons un peu le contexte. Quelque temps avant cette étrange expérience vécue sur la montagne, Jésus avait commencé à les prévenir de ce qui l’attendait au terme de sa montée vers Jérusalem: souffrance et mort. Résurrection aussi, mais tout cela était tellement incroyable. Les propos de Jésus scandaliseront Pierre. Non Jésus ne pouvait pas connaître une fin tragique comme il l’avait laissé entendre. Une fin qui risquait de l’emporter lui et ses compagnons ...

Et puis qui était ce Jésus. Certains jours compatissant, attentif aux plus fragiles, il guérit les malades. À d’autres, il étonne, scandalise même par ses propos et ses critiques de la religion.

Ce jour là, il se montre dans toute sa vérité. Il prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, ceux qui précisément seront un jour témoins de son visage défiguré à Gethsémanie. Il va leur donner à voir son corps d’homme transfiguré par cette divinité qu’il tenait voilée dans son humanité. Mais comment traduire une telle expérience, une telle prise de conscience, car c’est bien de cela dont il s’agit. Matthieu le fait en mots tout simples: Il fut transfiguré devant eux; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Deux grands témoins du passé comme venus authentifier cette vision fugitive sont là: Voici que leur apparurent Moïse et Élie qui s’entretenaient avec lui ...

La transfiguration du Christ devient alors comme une déchirure dans le voile qui nous cache l’au-delà. Le ciel est présent: le Christ est là dont le corps irradie la divinité qui l’habite alors qu’on entend le Père déclarer son amour pour son Fils: Il trouve en lui sa joie ...

En fait au coeur de cette rencontre, les disciples voient devant eux non pas une terre promise, non pas une terre nouvelle mais un état nouveau. Celui de Jésus après sa passion, après sa mort. Jésus en se transfigurant devant ses disciples est en train de leur dire que la mort a un au-delà, qu’elle est porteuse d’une promesse de vie, une promesse de vie cachée sous ce mot bien obscur de résurrection.

Au coeur de cette rencontre, Pierre, Jacques et Jean commencent également à comprendre avec encore plus de fermeté que seul le Christ peut les ouvrir à cette perspective d’éternité. La voix du Père leur en dit le chemin: Écoutez-le!

Abraham s’était vu offrir la promesse de voir sa famille devenir une grande nation. Il s’était vu offrir un pays. Pierre, Jacques et Jean reçoivent une promesse de vie et voilà qu’en retour ils sont invités, comme Abraham à se risquer avec Dieu. Ils sont invités eux aussi à vivre le risque de la foi car il fallait bien redescendre de la montagne.

Et nous qui réentendons encore ces récits familiers: sommes-nous prêts à nous risquer avec Dieu? Sommes-nous prêts à nous laisser interpeller par le Père qui nous dit parlant de Jésus: C’est mon Fils, en qui je trouve ma joie, écoutez-le! Sommes-nous prêts à laisser son Évangile avec tout ce qu’il a de radical, questionner nos valeurs, nos options, même nos gestes politiques?

C’est aussi cela le risque de la foi!

Jacques Houle, c.s.v., prêtre

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 08:22
Homélie du dimanche 5 mars 2017

Evangile de Matthieu 4,1-11

« Jésus fut alors conduit par l'Esprit au désert pour y être tenté par le diable. Il resta quarante jours et quarante nuits sans manger, après quoi il eut faim. Le tentateur s'approche donc et lui dit : «Si tu es Fils de Dieu, dis à ces pierres qu'elles deviennent des pains. » Mais Jésus lui répond : «Il est écrit que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Alors le diable l'emmène à la Ville Sainte et le dépose sur le rempart du Temple. Et il lui dit: « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il a donné pour toi un ordre à ses anges; de leurs mains ils te tiendront, de peur que ton pied ne heurte quelque pierre. » Mais Jésus lui répond : «Il est écrit aussi: Tu ne mettras pas au défi le Seigneur ton Dieu. » Une fois encore le diable l'emmène à une très haute montagne et lui montre toutes les nations du monde, dans toute leur splendeur. Et il lui dit: «Je te donnerai tout cela si tu tombes à mes pieds pour m'adorer. » Mais Jésus Iui dit : « Retire-toi, Satan ; car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, c'est lui seul que tu serviras. » Alors le diable le laisse. Aussitôt des anges s'approchent, et ils le servent. »

Homélie

Cet Évangile s'appelle habituellement le récit des Tentations. Il serait préférable de l'appeler l'Évangile des victoires de Jésus. En effet, là où, dans le désert, le peuple hébreu avait succombé, Jésus, lui, sort vainqueur. Commencer le Carême par la contemplation d'une victoire est intéressant pour nous car nous avons besoin de cette victoire, besoin de comprendre que, dans la Personne de Jésus, le mal est vaincu, le mal a trouvé son maître, le mal s'est comme brisé. Toute la vie du Christ est une victoire sur le mal, toute sa vie est un non à la mort, au mensonge, à l'idolâtrie, à la haine, au péché.

Toute la vie du Christ est un oui à la vie, à la vérité, à la justice, à la bonté, au pardon. Toute sa vie est une victoire et la croix, dans cette perspective, est la victoire absolue, puisqu'elle est victoire de l'amour et du pardon qui vont jusqu'au bout. Cette victoire nous révèle que La Trinité s'offre à nous par la Parole faite chair pour que nos vies, notre humanité, notre histoire, soient sauvées en Elle, définitivement. Est introduite ainsi, dans notre monde, pour tous les temps, pour aujourd'hui, pour hier et pour demain, la semence de sa victoire. Toutes nos vies étant marquées d'une manière ou d'une autre par une souffrance, un échec, une faute, il nous est bon de regarder cette victoire du Christ, gage de cette victoire définitive. Elle nous est promise ; elle est semence qui travaille le monde à la manière d'un ferment. Venu habiter de sa présence le désert de nos vies, Il est donc là, avec nous, à côté de nous, d'une présence définitive. Il nous rejoint jusque dans les recoins les plus désertiques de nos vies. Que nous reste-t-il à faire? La seule chose, c'est de croire et de nous laisser aimer par lui, s'offrir à son amour, au cœur même des déserts de nos vies : nos pauvretés, nos fragilités, nos blessures, nos souffrances, nos choix tordus, nos cœurs étriqués... Et même notre péché ! Accepter sa présence au cœur même de notre misère, ce n'est pas facile, car notre réaction spontanée c'est de penser que nous serons dignes de Dieu quand nous serons impeccables. Non ! Dieu nous veut tout de suite et il nous prend dans ses bras. Une pauvreté habitée par sa présence est toujours une pauvreté mais cela devient un lieu de rencontre avec l'Amour qui est Dieu, un lieu d'ouverture à la Grâce, une brèche où Dieu peut enfin laisser couler sa vie. Voilà notre lieu de conversion, une attitude qui va permettre à Dieu d'agir et de faire du neuf dans nos vies. Pour cela, il nous confie trois paroles : «L'homme vivra de la Parole de Dieu»: un appel à écouter l'Evangile « Tu ne mettras pas à l'épreuve, le Seigneur ton Dieu»: un appel à la confiance en Dieu. « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et c'est à lui seul que tu rendras un culte» : un appel à nous libérer des idoles qui pourrissent notre vie. Ces trois paroles sont le secret de la victoire du Christ pendant ces 40 jours au désert et durant toute sa vie. Ce sont les paroles de notre victoire et de notre bonheur.

Sœur Michèle JEUNET, Religieuse du Cénacle.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 06:39
Homélie du dimanche 26 février 2017

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 6,24-34.


« Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
C’est pourquoi je vous dis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?
D’ailleurs, qui d’entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ?
Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.
Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’eux.
Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?
Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : ‘Qu’allons-nous manger ? ‘ ou bien : ‘Qu’allons-nous boire ? ‘ ou encore : ‘Avec quoi nous habiller ? ‘
Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché.
Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »

Homélie

“Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’Argent”. Le verbe servir (serviteur) s’appliquait à l’époque aux esclaves, et l’Argent, avec son A majuscule, était le dieu-Argent que les textes appellent quelquefois par son nom Mammon. “Nul ne peut servir Dieu et Mammon (le dieu-Argent)”. Cette phrase était en fait un proverbe du moment, que Jésus répète à ses disciples pour en faire une ligne de conduite. Et Mammon était le nom araméen de la richesse élevée à la dignité d’un dieu. Les prophètes se dresseront toujours contre toute divinité empruntée au panthéon mésopotamien ou cananéen car Israël n’a qu’un seul Dieu. Impossible de mettre au même rang le Dieu d’Israël et Mammon. Impossible d’accueillir Dieu si l’argent tient la première place dans ta vie.

Jésus emploie aussi le mot maître (quelqu’un ou quelque chose qui nous domine) :“Vous ne pouvez servir deux maîtres”. Si tu t’attaches à l’argent, tu méprises Dieu, car alors l’argent devient ton dieu. Il te faut choisir. Que tu aies de l’argent, rien de plus normal. Mais évite d’être possédé par ton argent. Te faire du souci pour ta vie, ta nourriture, tes vêtements, oui bien sûr, mais pas tant (ce tant revient quatre fois !). Il ne faut pas que l’argent soit l’essentiel de tes préoccupations. En bref : l’argent te sert ou tu sers l’argent ?

On dit souvent : “L’argent est roi, l’argent est fou.” En réalité l’homme croit se faire roi par l’argent et c’est sa vie qui devient folle :

- une vie dés-axée, qui a perdu son axe.

- une vie in-sensée, qui a perdu son sens.

- une vie dés-ordonnée, sans ordre ni loi. Ou plutôt si, celle de la jungle où le fort dévore le faible.

- une vie dés-orientée, déboussolée, et qui tourne le dos à l’horizon d’où vient la lumière.

L’argent n’est pas plus démon qu’il n’est dieu. Ce sont les hommes qui le détournent de son rôle d’outil d’échange. Ce sont les hommes qui se déshumanisent pour de l’argent. Ce n’est pas l’argent, ce sont les hommes qui blessent et qui écrasent.

Et puis il y a l’invitation à choisir la qualité de la vie, toujours d’actualité :“la vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ?” Être avant d’Avoir. Les deux jolies comparaisons des oiseaux du ciel « qui ne font ni semailles ni moissons » et des lys champs “qui ne travaillent ni ne filent” ne sont pas éloge de la paresse. Jésus lui-même dénoncera le paresseux qui ne fait pas fructifier son talent (Mt 25, 26). Mais ces comparaisons s’attaquent à notre maladie du rendement qui empoisonne la vie. J’entends d’ici le cri du cœur : “Ah si tout le monde mettait ça en pratique, la face du monde changerait.” Je préfère une autre formulation : non pas “Ah si tout le monde !”, mais dès que quelques uns y croient et s’y mettent, ça change tout.” Car la pointe de ces comparaisons c’est de croire à la bonté du Père céleste qui nourrit les oiseaux et qui habille l’herbe des champs. Et s’il le fait pour les oiseaux et les fleurs, combien plus le fera-t-il pour nous qui valons davantage ? C’est bien à ce moment-là en effet que tombe, dans le texte, le mot qui caractérise notre inquiétude maladive : hommes de peu de foi !

“Cherchez d’abord le Royaume de Dieu.” C’est sans doute le sommet de la méditation : la seule chose en effet à ne pas manquer, c’est le Royaume, c’est à dire Dieu lui-même ou le prix de la vie. Il faut souvent hélas traverser un grave danger pour reprendre cette conscience du prix de la vie.

“Cherchez le Royaume et sa justice”, une manière hébraïque de parler qu’on pourrait traduire : Vivez de telle sorte que Dieu juge bon de vous compter parmi les siens.

“Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et le reste vous sera donné par dessus le marché”. Je n’aime pas trop cette traduction par dessus le marché. Je préfère la traduction œcuménique qui dit : “le reste vous sera donné par surcroît,” parce que surcroissance veut dire que ça poussera dessus. Si on met le Royaume en premier, si on met Dieu en premier, le reste en sera nourri et grandira par surcroît, le reste poussera dessus. Le plus souvent, on fait notre travail et s’il reste du temps, il est pour Dieu. C’est l’inverse qu’il faut faire : on commence par Dieu pour donner le ton à sa vie. Tout comme au concert on donne le la avant de commencer… sinon !

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 06:27
Homélie du Dimanche 19 février 2017

Evangile de Matthieu 5,38-42

« Vous avez entendu qu'il a été dit : « Œil pour œil, dent pour dent. » Mais moi, je vous dis de ne pas vous opposer au mauvais. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre. Si quelqu'un veut te faire un procès pour te prendre ta tunique, laisse-lui aussi ton vêtement. Si quelqu'un te réquisitionne pour faire un mille, fais-en deux avec lui. Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter quelque chose. »

Homélie

Chiche, si on essayait !

Ya-t-il un sens de l'histoire ? Le monde irait-il inexorablement vers plus de civilisation et moins de violence ? Ce passage des Evangiles pourrait illustrer cette thèse optimiste. «Œil pour œil, dent pour dent» nous semble aujourd'hui une maxime barbare. Mais à l'époque, c'était un progrès. Précédemment, dans les traditions du Moyen-Orient, dans les habitudes des tribus, si un adversaire vous crevait l'œil ou vous cassait une dent, vous ne vous vengiez pas seulement d'un œil ou d'une dent : vous creviez les yeux et vous cassiez les dents de toute sa famille. Limiter à «un pour un» était donc un immense progrès. C'était déjà une importante limitation de la violence. Nos systèmes législatifs sont d'ailleurs globalement restés sur ce principe. Nos peines de prison se veulent proportionnées au délit commis. On emploie le même terme de « proportionné » quand on parle de l'emploi de la force par la police face aux exactions des délinquants ou des manifestants.

Quelle est l'étape suivante dans le progrès ? Celle qu'on apprend aux enfants à l'école : ne pas se venger du tout. «Tu es plus intelligent, tu ne réponds pas. » On sait bien que c'est difficile pour les enfants. Ça donne le sentiment « d'un impuni », et ça n'est pas faux. On apprend alors à faire appel à l'autorité qui prononcera une peine juste.

Est-ce cela que nous dit Jésus ? Oui, à un premier niveau. Il refuse l'escalade. Comme le dira Martin Luther King: «Œil pour œil, dent pour dent est un raisonnement qui rendra le monde aveugle. » Mais Jésus va beaucoup plus loin. Il commence par désamorcer la force de l'autre : « Tu crois avoir prise sur moi en me donnant une gifle ? Regarde, je te tends l’autre joue. » Il enlève à la violence sa force en montrant qu'elle n'a pas d'influence sur lui.

Aux actes d'autorité de l'autre - le mauvais -que sont le procès ou la réquisition, sont opposés des gestes d'un autre ordre. Laisser son vêtement, faire avec, donner... A la force de la violence ou de l'autorité sont opposés des gestes de fraternité. Une autre citation de Luther King me revient : «Nous vivrons comme des frères ou nous mourrons comme des fous. » L'opposé de l'escalade de la violence n'est pas seulement la fin de l'escalade mais le basculement dans un autre mode de relation, la fraternité. À cette étape, nous sommes encore dans l'évolution que connaissent les sociétés : du conflit à la relation apaisée, médiatisée par une autorité puis à la relation entre citoyens égaux, voire en frères en humanité. Mais le texte de Jésus va plus loin encore. Après le basculement dans le mode de relation fraternelle, c'est la logique de surabondance qui apparaît : donner le vêtement quand seule la tunique est demandée, courir deux mille quand seulement un est demandé. A la violence, il n'est pas seulement opposé la civilisation et la cessation de la vengeance, pas seulement la fraternité mais la surabondance de l'amour. Appliquer dans nos vies, à notre tour, la surabondance de l'amour et de la grâce que fait pleuvoir Dieu sur nous en permanence. Un pari fou est ainsi lancé : face au méchant, il ne s'agit pas seulement de se protéger ou de limiter la violence, mais de le considérer en frère, de faire pleuvoir sur lui une pluie d'amour surabondante et d'espérer qu'il va changer de l'intérieur, que son cœur va s'éveiller. Car l'espérance n'est pas seulement de se protéger, mais de le transformer de l'intérieur par la force de l'amour. Pari fou : la sagesse de Dieu est folie pour les hommes...

Stéphane LAVIGNOTTE

Pasteur à la Mission populaire évangélique de La Maison Verte à Paris 18e

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