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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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26 novembre 2020 4 26 /11 /novembre /2020 17:35
Lors de l’évacuation du campement de migrants sur la place de la République, à Paris, dans la soirée de lundi 23 novembre. MARTIN BUREAU/AFP

Lors de l’évacuation du campement de migrants sur la place de la République, à Paris, dans la soirée de lundi 23 novembre. MARTIN BUREAU/AFP

Mgr Benoist de Sinety, vicaire général du diocèse de Paris, revient sur la violente évacuation de centaines de migrants lundi 23 novembre, place de la République à Paris.
Entretien :
La Croix : L’évacuation violente de centaines de migrants, qui s’étaient installés place de la République à Paris et conduits jusqu’à la Porte d’Aubervilliers lundi 23 novembre, a choqué. Comment réagissez-vous à cet événement ?
Mgr Benoist de Sinety : Cette violence qui a explosé au cœur de Paris n’est jamais qu’une violence ordinaire qui existe ailleurs, y compris en France. Ce qui est sidérant et spectaculaire est de le voir au cœur de la capitale. Mais il ne faut pas s’imaginer que quand ce n’est pas à Paris ça n’existe pas. Cela a lieu de manière effroyable tous les jours à Calais et ailleurs.

Dire qu’il ne faut pas que ces miséreux restent dans la belle ville de Paris pour ne pas polluer le paysage, dans une véritable chasse aux migrants, c’est insupportable pour ceux à qui on fait subir cela, et aussi pour ceux à qui on demande de jouer ce rôle. Car dans les deux cas, on déshumanise les gens. On ne peut pas reprocher à des policiers leurs débordements quand on leur dit d’y aller « franco ».
Cet événement nous force à considérer que la question des migrants ne peut pas se régler par la violence, à coups de matraque. Car cela participe à une forme de déshumanisation des rapports sociaux. Les migrants ne peuvent pas être les boucs émissaires des incapacités de l’État à régler le problème.
N’y a-t-il pas une forme d’instrumentalisation de la part des associations qui ont poussé ces migrants à s’installer place de la République ?
Mgr B. de S. : Si les associations sont poussées à agir d’une manière que je ne trouve pas correcte, car on ne peut pas instrumentaliser les gens même pour de bonnes fins, c’est qu’elles ne trouvent pas d’autres solutions. C’est cette absence de solution qui pose problème.
L’État doit comprendre qu’il n’est pas omniscient et qu’il doit travailler avec toutes les composantes de la société. En dehors de cette urgence, si on veut réfléchir à la façon d’accompagner ces personnes, y compris de celles qui doivent rentrer chez elle, il faut comprendre que les policiers ne peuvent pas tout faire, du maintien de l’ordre au rôle d’assistants sociaux.

Pour que la loi soit respectée, il faut que les conditions nécessaires soient posées. Il y a d’un côté un travail à faire en amont avec les pays de provenance, sur la question du codéveloppement, de la dégradation des conditions sanitaires et écologiques qui poussent les gens à partir. Et un travail à faire ici, où les bonnes volontés ont du mal à travailler ensemble, car il n’y a pas au niveau de l’État de volonté qu’une synergie se mette en place. La question du logement ne peut pas simplement être réglée par décision préfectorale. Elle doit être coordonnée avec ce que les associations et Églises proposent.
Quelles sont les actions du diocèse de Paris en ce domaine ?
Mgr B. de S. : Nous sommes en train d’étudier comment ces personnes peuvent être accueillies dans des paroisses, des familles. Quelques centaines de migrants sont déjà accompagnés par l’Église à Paris. Mais il faut qu’on puisse être encouragés et soutenus par l’État, qu’un certain nombre de questions bureaucratiques soient simplifiées.
Le problème est que l’État n’a pas suffisamment de logements à proposer à ces personnes alors que la loi l’y oblige. Ainsi, ceux qui pourraient bénéficier de ces logements restent dans les centres de premier accueil, et empêchent ainsi les nouveaux arrivants d’accéder à ces centres. la France est le seul pays où ça se passe de manière si catastrophique.

Clémence Houdaille

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 20:22
Au total, 70 bus doivent acheminer les migrants vers 26 centres d’accueil et gymnases d’Ile-de-France. CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Au total, 70 bus doivent acheminer les migrants vers 26 centres d’accueil et gymnases d’Ile-de-France. CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Des hommes et femmes s’étaient progressivement installées depuis août dans ce camp situé sous une bretelle d’autoroute. Elles doivent être conduites dans 26 centres d’accueil et gymnases d’Ile-de-France.
Les forces de l’ordre ont entamé, mardi 17 novembre, l’évacuation d’un vaste campement de migrants situé sous une bretelle d’autoroute au pied du Stade de France, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où environ 2 800 personnes s’étaient progressivement installées depuis le mois d’août.
Encadrée par un important dispositif policier, l’opération a débuté vers 7 heures. Les personnes évacuées ont pris la direction de 26 centres d’accueil et gymnases d’Ile-de-France. Leur transport suivait toujours son cours en début d’après-midi.
Dès 4 h 30, des migrants attendaient d’être pris en charge dans le cadre de cette opération conjointement menée par la Préfecture de police de Paris, la région Ile-de-France et la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Vers 10 heures, les premiers des 70 bus prévus, remplis d’une cinquantaine de migrants – dont des familles –, sont partis vers des centres, le plus souvent dans le calme, mais parfois dans la confusion. Selon des associations présentes dans le camp, les forces de l’ordre ont aspergé de gaz lacrymogène plusieurs migrants, dont des enfants attendant de monter dans ces bus.
Selon le décompte de l’association France terre d’asile, opératrice de l’Etat, environ 2 400 migrants vivaient la veille encore dans ce camp qui n’a cessé grossir depuis août en dessous de l’autoroute 1 (A1). Une centaine de familles – soit environ 400 personnes – ne vivant pas sur place avaient également rejoint la foule, mardi matin, pour être « mises à l’abri pour quelques jours », a précisé Yann Manzi, cofondateur de l’association Utopia 56.
« Ces camps ne sont pas acceptables, a déclaré à la presse le préfet de police de Paris, Didier Lallement. Cette opération a lieu pour faire en sorte que les personnes en situation régulière soient mises à l’abri et celles en situation irrégulière n’ont pas vocation à rester sur le territoire. » Dans un tweet, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a salué cette opération.
Toutes les personnes prises en charge feront, dans un premier temps, l’objet d’un test de dépistage du Covid-19 au sein de l’un des centres mis en place par l’agence régionale de santé (ARS). Par la suite, elles seront soit isolées en cas de résultat positif, soit « mises à l’abri » dans le cas contraire.
A Saint-Denis, le campement était majoritairement constitué d’hommes seuls, originaires d’Afghanistan pour la plupart, mais aussi du Soudan, d’Ethiopie et de Somalie. Beaucoup sont des demandeurs d’asile, et étaient auparavant passés par d’autres campements en périphérie de Paris, démantelés les uns après les autres. Depuis la crise migratoire de 2015, il s’agit du soixante-cinquième démantèlement de grande ampleur, comptant pour l’une des trois cents opérations dites de « mise à l’abri ».
« Comment ce campement a-t-il pu se développer en plein état d’urgence sanitaire, alors que le respect des gestes barrières y est impossible et que les personnes vivent dans l’insalubrité totale ? », regrette Louis Barda, coordinateur général de Médecins du Monde à Paris.
Alix Geoffroy, chargée du programme Cedre (Centre d’entraide pour les demandeurs d’asile et les réfugiés) mis en place par le Secours catholique, se dit « soulagée » par cette mise à l’abri, mais aussi « inquiète ». Elle souhaite qu’« il y ait une pause de la rue pour ces personnes le temps du confinement », se demandant si « le prochain campement sera […] encore plus éloigné en banlieue – éloigné des douches, des distributions alimentaires et des démarches administratives ».
Début octobre, Médecins sans frontières a publié une enquête analysant le niveau d’exposition au Covid-19 parmi les grands précaires en Ile-de-France. L’étude révèle de fortes disparités selon les types de sites sur lesquels les personnes ont été testées : ainsi, dans les 10 centres d’hébergement où cette dernière intervient, le taux de positivité atteint 50,5 %, contre 27,8 % sur les sites de distribution alimentaire et 88,7 % dans les deux foyers de travailleurs migrants. L’étude révèle ainsi que les raisons principales à cette surcontamination sont la « promiscuité et les conditions d’hébergement, qui ont généré des clusters ». Il y a ainsi fort à craindre au sein des gymnases dans lesquels les occupants du camp démantelé vont être mis à l’abri.
Dans un communiqué publié ce mardi, une trentaine d’associations et collectifs tels que la Cimade ou Solidarité Migrants Wilson dénoncent le « cycle sans fin et destructeur » des évacuations.

Le Monde avec AFP

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 06:21
Adriana et Frédéric aident Sekou et Bakari à trouver un logement pour poursuivre leur formation de cuisinier. #PRESSE30

Adriana et Frédéric aident Sekou et Bakari à trouver un logement pour poursuivre leur formation de cuisinier. #PRESSE30

À leur majorité, les migrants se retrouvent dans l’incapacité de se loger. Welcome Rouen Métropole lance une campagne de financement participatif pour payer le premier loyer ou encore la caution.
 Ils sont des centaines de jeunes migrants mineurs à arriver à Rouen depuis plusieurs années. Rapidement pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE), ils sont scolarisés, suivis par un éducateur et logés. « 80 % sont des Guinéens. On ne l'explique pas directement, mais nous savons que ce sont des warriors. Ils ont survécu à tout : plusieurs traversées de la Méditerranée ou encore l'esclavage. Ils ont des parcours incroyables, souvent pour des raisons culturelles ou économiques », explique Adriana Machado Masse de Welcome Rouen Métropole.
Cette association aux 300 adhérents se charge de donner un toit « à ceux qui cherchent refuge en France ». « Nous avons trois pôles, dit-elle : à domicile, dans des appartements que nous louons ou dans des maisons partagées mises en disposition par la ville de Rouen. Notre but est d'emmener les migrants vers l'autonomie ».

À l'âge de 18 ans, tout se complique
Seulement, dès leur majorité, ces jeunes hommes, qu'ils soient apprentis salariés, scolarisés en CFA ou sans emploi « se retrouvent dans l'incapacité de se loger et de poursuivre leurs études, car pour cela il faut une carte de séjour. La préfecture tarde de plus en plus à les délivrer. Cela peut prendre plusieurs mois voire une année pour certains d'entre eux. Sans ce titre, pas de droits à l'APL, pas de garants sociaux, ni d'accès aux foyers de jeunes travailleurs. Ils sont dans la rue. C'est une véritable injustice. La loi devrait leur permettre d'avoir les mêmes droits que tous », estime la bénévole.

Une cagnotte pour payer le loyer
Alors, pour répondre à cette demande de plus en plus croissante Welcome Rouen Métropole a monté une campagne de financement participatif grâce au projet « Les Petites Pierres ». Nous voulons récolter 10 000 € en 90 jours qui seront doublés par une fondation. Cela permettra d'aider dans un premier temps cinquante jeunes à payer leur premier loyer ou encore la caution. C'est une goutte d'eau, mais nous ne pouvons pas ignorer la situation. Ils veulent s'intégrer et les Normands doivent montrer leur solidarité, assure Adriana Machado Masse. L'épidémie complique la situation, il est difficile de faire un bilan mais la situation continue d'être dramatique pour ces jeunes. »

Frédéric Durand

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 07:07
Journée mondiale du migrant et du réfugié 2020

La 106ème Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié (JMMR) sera célébrée dimanche 27 septembre 2020. Le Saint-Père a choisi comme titre de son traditionnel message : « Contraints de fuir comme Jésus-Christ : Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les déplacés internes ». Ce Message se concentrera sur la pastorale des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et dont le nombre s’élève aujourd’hui à plus de 41 millions dans le monde.
Comme le titre le met en évidence, la réflexion partira de l’expérience de l’Enfant Jésus et de ses parents, à la fois déplacés et réfugiés. Cette expérience fournit une base christologique spécifique de l’accueil chrétien et de l’hospitalité.
Au cours des mois qui viennent, le thème principal sera développé en six thèmes secondaires, explicités par autant de verbes associés : connaître pour comprendre / s’approcher pour servir / écouter pour réconcilier / partager pour grandir / impliquer pour promouvoir / collaborer pour construire.
Cette année encore, la Section Migrants et Réfugiés du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral va soutenir et préparer cette Journée et lancera prochainement une campagne de communication. Chaque mois, des réflexions seront proposées, ainsi que du matériel d’information et des instruments multimédias, utiles pour approfondir le thème choisi par le Saint-Père.

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 12:53
A Lesbos, après les flammes

L'incendie du camp de Moria sur l'île grecque de Lesbos a laissé sans abri des milliers de réfugiés, qui tentent désormais de s'organiser le long d'une route menant à la zone industrielle de Mytilène.
Mathias Benguigui

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A Lesbos, après les flammesA Lesbos, après les flammesA Lesbos, après les flammes
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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 17:47
Claire Rossignol est déléguée diocésaine à la pastorale des Migrants. © D.R.

Claire Rossignol est déléguée diocésaine à la pastorale des Migrants. © D.R.

Dimanche 27 septembre, se tient la 106e Journée mondiale du migrant et du réfugié. L’occasion de renouveler son regard sur ces personnes en situation de migration en s’appuyant sur l’exemple du Christ. Explications avec Claire Rossignol, déléguée diocésaine à la pastorale des Migrants.

Paris Notre-Dame – La 106e Journée mondiale du migrant et du réfugié se tient cette année dans un contexte très parasité par la Covid-19. Pourquoi est-il si important de continuer à porter l’attention sur la situation des personnes en situation de migration aujourd’hui ?

Claire Rossignol – La crise sanitaire nous a appris à nous protéger des autres en pratiquant ce que l’on a appelé les « gestes barrières ». Elle a accru une certaine méfiance de l’autre et en particulier de celui que l’on connaît moins, l’étranger qui a marché jusqu’à nous. Les associations ont rivalisé de talents et de créativité pour maintenir le lien et soutenir les personnes migrantes pendant le confinement, mais ces acteurs investis sur le terrain mesurent encore aujourd’hui combien les personnes migrantes ont été fragilisées par le confinement (fermeture des lieux d’accueil, difficultés administratives, isolement, exploitation…). Les gestes barrières doivent surtout être des « gestes pour prendre soin de l’autre » – de tous les autres – et en particulier des personnes les plus vulnérables, ce que sont nos frères et sœurs migrants. C’est aussi le moment, à l’heure où se négocie le Pacte européen sur les migrations, de porter nos dirigeants dans la prière.

P. N.-D. – Cette année, le thème de la journée est Contraints de fuir comme Jésus-Christ. Comment le percevez-vous ?

C. R. – Il s’agit, il me semble, de regarder avec un œil neuf le Christ, qui, depuis sa naissance dans un pays où personne ne l’a accueilli, n’a cessé de voyager et de vivre de l’hospitalité qui lui était offerte en « demeurant » chez ses hôtes. L’enjeu est de relire le parcours du Christ sous ce regard, puisqu’il est le Chemin, et de prendre au sérieux la place qu’il a lui-même accordée à l’étranger chez qui il a trouvé la foi la plus vive. « Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 18).

P. N.-D. – Qu’est-il proposé à Paris ?

C. R. – Le vicariat pour la Solidarité a désiré lier cette journée à un autre événement qui se tient le même week-end : le Congrès Mission (voir ci-contre). L’idée est de proposer la charité comme composante intégrante du message évangélique et de l’évangélisation. Les paroisses peuvent aussi mettre en place des initiatives en s’aidant notamment des outils délivrés par la Conférence des évêques de France (eglise.catholique.fr). Le pape François invite à « faire avec » plutôt qu’à « faire pour » les personnes migrantes. Cela résonne pour moi comme un appel à se reconnaître partenaires de l’Alliance avec Dieu et à construire ensemble le royaume de Dieu qui est déjà parmi nous. Si le Pentateuque commence par la Création et s’achève par l’Alliance, n’est-ce pas précisément pour signifier que la finalité de la Création est l’Alliance ?

Propos recueillis par Isabelle Demangeat @LaZaab

Pratique
Dans le cadre du Congrès Mission :

Une table-ronde se tiendra le samedi 26 septembre, de 15h à 16h30, autour du thème Peut-on être missionnaire sans accueillir les migrants ?
Une soirée festive animée par l’association JRS France autour de mezzés préparés et offerts par des personnes migrantes et des paroissiens est organisée le samedi soir, de 19h à 20h30.
Dans les paroisses :
Chaque paroisse est invitée à laisser une place privilégiée, dans ses célébrations, aux personnes migrantes. Une vidéo, en cours de préparation, pourra être projetée dans les paroisses qui le souhaitent.

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5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 18:15
Image d'archives de migrants détenus dans une prison libyenne. Crédit : EPA

Image d'archives de migrants détenus dans une prison libyenne. Crédit : EPA

"Torture, disparitions forcées, violences sexuelles". Dans un rapport remis jeudi au Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU a une nouvelle fois dénoncé les conditions de détention des migrants en Libye et a réclamé leur fermeture.

"Rien ne peut justifier les conditions horribles dans lesquelles les réfugiés et migrants sont détenus en Libye". Dans un rapport remis jeudi 3 septembre au Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, réclame une nouvelle fois la fermeture des centres de détention libyens.

"Je renouvelle mon appel aux autorités libyennes (...) de fermer tous les centres de détention en coordination étroite avec les entités de l'ONU", demande-t-il.

Selon son rapport "au 31 juillet, plus de 2 780 personnes, dont 22% d'enfants, étaient prisonnières" dans les centres fermés de migrants à travers la Libye. "Les enfants ne devraient jamais être détenus, notamment lorsqu'ils sont sans accompagnateur ou séparés de leurs parents", affirme Antonio Guterres. Il exhorte également Tripoli de remettre les enfants à des services spécialisés jusqu'à ce qu'une solution à long terme soit trouvée.

"Conditions horribles de détention"
Le document dénonce des "conditions horribles" de détention, avec des "informations faisant état de tortures, de disparitions forcées et de violences sexuelles et sexistes commises par les fonctionnaires gérant les centres, ainsi que d'un manque de nourriture et de soins de santé".

"Les hommes et les garçons sont régulièrement menacés quand ils appellent leurs familles afin de les pousser à payer des rançons. Des migrants et des réfugiés sont la cible de tirs lorsqu'ils cherchent à s'échapper, ce qui entraîne des morts et des blessés. Et quand ils sont estimés trop faibles pour survivre, ils sont souvent abandonnés dans un hôpital proche ou laissés à la rue pour y mourir", indique encore le rapport.

Dans les centres de détention où des stocks d'armes et de munitions sont conservés, les réfugiés et migrants, lorsqu'ils ne sont pas recrutés de force, sont souvent astreints à réparer ou recharger des armes appartenant à des groupes armés, signale aussi le chef de l'ONU.

Plus d'un an après la frappe aérienne du 2 juillet 2019 qui a tué plus de 50 réfugiés et migrants et fait des dizaines de blessés dans le centre de détention de Tajoura, près de Tripoli, aucune personne n'a encore été obligée de rendre des comptes, déplore-t-il par ailleurs.

Ces faits dénoncés par Antonio Guterres ne sont pas nouveaux. Depuis des années, la rédaction d'InfoMigrants reçoit quotidiennement des témoignages de migrants qui racontent les atrocités subies dans les centres de détention officiels en Libye. Les exilés font notamment état de tortures, rackets, viols, travaux forcés, surpopulation, malnutrition, disparitions etc. Début mars, un jeune Erythréen a trouvé la mort dans la prison de Zintan après qu'un incendie s'est déclenché dans le centre.

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31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 11:38
Environ 300 personnes vivent dans le campement de Saint-Denis installé depuis début août sous le pont de l'autoroute A1. Crédit : InfoMigrants

Environ 300 personnes vivent dans le campement de Saint-Denis installé depuis début août sous le pont de l'autoroute A1. Crédit : InfoMigrants

À peine un mois après le démantèlement du campement d’Aubervilliers, environ 300 personnes vivent dans un campement installé à Saint-Denis, sous le pont de l’autoroute A1. Loin des distributions alimentaires et de vêtements, ils souffrent aussi du harcèlement policier.

Il y a de la colère ce vendredi matin dans la voix et sur les visages des hommes qui vivent dans le camp installé depuis un petit peu moins d’un mois à Saint-Denis, sous le pont de l’autoroute A1.

Comme tous les matins, la police est passée vers 6 heures et a ordonné aux personnes installées sur l’esplanade qui s’étend devant les lettres tricolores "UEFA Euro 2016" de "dégager".

Seules les tentes installées sur la pente de terre entre la route et l’esplanade ont le droit de rester. Le campement est contenu dans la partie la plus invisible et la plus dangereuse de cet endroit en tout point inhabitable.

Cerné d’autoroutes et de routes nationales, le lieu n’a pas un banc où s’asseoir, pas de toilettes et un seul point d’eau pour quelque 300 personnes. Une seule et unique chaise en bois a été posée au milieu du campement mais personne ne semble oser s’y asseoir.

Des distributions de plus en plus loin
Le campement compte environ 200 petites tentes et, chaque jour, de nouvelles s’y ajoutent a constaté l’association Utopia 56 qui passe très régulièrement sur le campement habité par des hommes seuls, originaires d’Afghanistan pour la grande majorité.

En cette fin de matinée, il n’y a qu’une cinquantaine de personnes sur le campement. Les autres sont partis chercher à manger ou bien tenter de trouver un moyen de contacter l’Ofii (Office de l’intégration et de l’immigration) dont le numéro unique d’enregistrement pour les demandeurs d’asile est injoignable ce matin.

Plus les campements de migrants sont éloignés de Paris, plus il est difficile pour les personnes qui y vivent de se rendre aux distributions de nourriture et de vêtements. Depuis le campement de Saint-Denis, il leur faut prendre le métro ou marcher près d’une heure pour rejoindre la porte de Saint-Ouen où l’Armée du Salut a déménagé sa distribution de petits déjeuners (rue André Bréchet), depuis le 24 août.

Nourriture et conseils administratifs
Les petits déjeuners sont l’occasion de se remplir l’estomac et de boire chaud mais aussi de profiter du petit confort qu’apportent les tables et bancs installés à côté du stand de distribution. Les demandeurs d’asile peuvent aussi faire un point sur leur situation auprès de France Terre d’Asile qui a installé son camion un petit peu plus loin. Quelques membres d’Utopia 56 sont également présents pour répondre à des questions.

Gulkhan, 25 ans, et Taher, 16 ans, ont l’air un peu perdus. Les deux amis originaires d’Afghanistan sont arrivés d’Allemagne la veille et ont été orientés vers le camp de Saint-Denis par un ami d’ami. Utopia 56 leur explique que Taher doit aller passer une évaluation pour faire valoir sa minorité et être pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). L’adolescent dont le visage est mangé par un masque et de lourdes boucles noires qui lui tombent sur le front n’a pas l’air d’y croire.

Ce soir, il passera sans doute une nouvelle nuit dans le campement de Saint-Denis avec Gulkhan comme tous ceux qui, n’ayant pas pu obtenir une tente, s’étendent avec une simple couverture sur le sol, à côté des tentes.

Ce sont eux que la police cherche à évacuer tous les matins. Et parfois, l’opération est musclée. Khan, un jeune Afghan de 23 ans habillé d’une tenue à l’imprimé militaire, assure qu’une semaine plus tôt, les policiers ont fait usage de gaz lacrymogène pour déloger ces personnes.

Primo-arrivants et déboutés
"Le plus difficile, c’est que la police vient tous les matins nous dire de dégager", affirme-t-il. "Parfois, des gens extérieurs viennent aussi nous attaquer pour faire des bagarres et nous voler nos téléphones", raconte-t-il. Pour tenter de se protéger, les migrants du campement organisent désormais des tours de garde.

Khan vit depuis un mois environ sur le campement. Jusqu’à l’évacuation du 29 juillet dernier, il vivait dans celui d’Aubervilliers. Débouté du droit d’asile, il a déposé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA).

Le campement compte aussi des primo-arrivants et des "Dublinés" qui ont échoué sur ce coin inhabitable de Saint-Denis après des mois, voire des années, à sillonner l’Europe à la recherche d’une protection internationale qu’aucun pays ne veut leur accorder.

"Il faut fuir"
Quand on leur demande pourquoi ils sont partis de chez eux, beaucoup d’Afghans ont la même réaction : une sorte de sourire douloureux suivi d’un souffle et de quelques mots pour dire que la vie dans leur pays est tout simplement impossible. "L’Afghanistan est en train de sombrer, il faut fuir", résume un homme qui ne souhaite pas donner son nom, ni son prénom.

Les associations d’aide aux migrants dénoncent régulièrement les conditions de vie des exilés dans le nord de Paris et réclament des solutions d’hébergement pérennes pour les demandeurs d’asile et les personnes déboutées en recours.

"La rue, c’est l’école de la folie tout autant que de l’indignité", mettait récemment en garde Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile, dans une interview à InfoMigrants.

"On attend que les pouvoirs publics réfléchissent à une solution sur le long terme", avance Pierre Jothy, intervenant social au sein d’Utopia 56. "Si la seule la seule présence de l’État pour eux, c’est la police qui les repousse toujours plus loin, ce n’est pas acceptable."

Jusqu’ici, la réponse de l’État a en effet consisté à démanteler les campements de migrants et à pousser les exilés – par une forte présence policière dans le nord de Paris – à se déplacer plus loin, en périphérie. Les évacuations se suivent et les campements se reforment. Tout porte à croire que celui de Saint-Denis ne fera pas exception. D’ici là, le campement aura grossi.

Non loin des tentes, un homme s’est assis sur la chaise en bois. Les jambes croisées et les yeux rivés sur son téléphone, il semble avoir oublié le vacarme des camions qui passent en contrebas, sur la nationale.

Julia Dumont 

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29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 20:51
Le navire Louise Michel, affrété par le street-artiste Banksy, le 22 août 2020 au large de la Libye / M.V. LouiseMichel/AFP

Le navire Louise Michel, affrété par le street-artiste Banksy, le 22 août 2020 au large de la Libye / M.V. LouiseMichel/AFP

Deux navires humanitaires sont en route pour porter assistance au bateau affrété en Méditerranée par le street artist Banksy, qui compte 219 migrants à bord et a lancé un appel de détresse, a-t-on appris samedi de sources concordantes.

Parti le 18 août d'Espagne dans le plus grand secret, le Louise-Michel est actuellement dans l'incapacité d'avancer après avoir sauvé vendredi 130 naufragés supplémentaires et a demandé «une assistance immédiate», affirmant avoir sollicité les autorités italiennes et maltaises. Un migrant est mort sur le bateau et plusieurs sont blessés.

Actuellement en Méditerranée, où il a sauvé 201 migrants et est lui-même en quête d'un port d'accueil, le Sea-Watch 4 a décidé de venir en aide au Louise-Michel «face à l'absence de réaction» des autorités, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'ONG allemande Sea-Watch qui affrète ce bateau avec Médecins sans frontières.

«Nous avons une clinique à bord du Sea-Watch 4 et on va voir comment on peut les aider. On pourra aussi peut-être prendre des migrants à bord même si nous avons des procédures Covid à respecter», a complété Hassiba Hadj-Sahraoui, chargée des questions humanitaires de MSF aux Pays-Bas, qui dénonce la «situation intenable» des navires humanitaires en Méditerranée.

Parallèlement, le collectif italien de gauche Mediterranea a annoncé l'envoi du navire Mare Ionio depuis le port d'Augusta en Sicile pour porter assistance au Louise-Michel, invoquant lui aussi l'absence de réponse de l'Italie ou de Malte face «au danger de mort imminent» encouru par les migrants.

«La situation est dramatique (...) Il y a beaucoup de femmes et d'enfants, beaucoup de gens ont de graves problèmes médicaux à cause de brûlures d'essence et de nombreuses heures passées en mer», affirme le collectif dans un communiqué.

Selon les dernières données du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les tentatives de départ augmentent en Méditerranée, route migratoire la plus meurtrière du monde. Entre début janvier et fin juillet, les tentatives au départ de la Libye ont augmenté de 91%, comparé à la même période l'an dernier, représentant 14.481 personnes ayant pris la mer.

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20 août 2020 4 20 /08 /août /2020 07:03
Des migrants arrivent sur l'île de Lesbos, en Grèce. Crédit : Reuters/Alkis Konstantinidis

Des migrants arrivent sur l'île de Lesbos, en Grèce. Crédit : Reuters/Alkis Konstantinidis

Dans une récente enquête, le New York Times affirme que la Grèce a expulsé plus de 1 000 demandeurs d’asile hors des frontières européennes au cours des derniers mois. Interrogé par InfoMigrants, Matthieu Tardis, chercheur au Centre migrations et citoyennetés de l'IFRI, ne se dit pas particulièrement surpris par ces faits.

L’enquête publiée par le New York Times vendredi 14 août confirme les témoignages recueillis ces derniers mois par InfoMigrants sur des refoulements d’embarcations de migrants par des garde-côtes grecs en mer Égée.

Le quotidien américain a pu interroger plusieurs personnes ayant été victimes de ces refoulements illégaux alors même que certains se trouvaient déjà sur le sol grec. C’est le cas d’une demandeuse d’asile syrienne qui affirme avoir été interpellée fin juillet dans le centre de détention de Rhodes, en compagnie de 22 autres personnes, dont 2 bébés. Elle explique qu'ils ont été abandonnés en mer sur une embarcation de fortune sans moteur et secourus par les garde-côtes turcs.

Selon cette enquête, des migrants ont également été contraints de monter dans des canots de sauvetage percés et laissés à la dérive à la frontière entre les eaux turques et grecques, tandis que d'autres ont été laissés à la dérive dans leurs propres embarcations après que des fonctionnaires grecs ont débranché leurs moteurs.

Le New York Times a également recueilli le témoignage de Amjad Naim. Cet étudiant palestinien de 24 ans a raconté au quotidien qu'en mai dernier, alors qu'il approchait des côtes de Samos avec un groupe de 30 personnes, leur embarcation a été interceptée par des garde-côtes grecs. Ces derniers ont transféré les migrants à bord de deux petits canots gonflables, incapables de supporter le poids d'une quinzaine de personnes, puis les ont tractés en direction de la Turquie. 

Selon des experts, interrogés par le New York Times, ces pratiques illégales auraient pris de l’ampleur durant la période de confinement en Europe liée à la pandémie de coronavirus.

Matthieu Tardis, chercheur au Centre migrations et citoyennetés de l’IFRI (Institut français des relations internationales) a répondu aux questions d’InfoMigrants sur ces refoulements.

InfoMigrants : Que disent les lois européennes et grecques sur ces refoulements ?
Matthieu Tardis : Les refoulements, au sens juridique du terme, qui concernent les réfugiés et les demandeurs d’asile, sont interdits en droit international selon la Convention de Genève de 1951, et aussi en droit européen selon la Convention européenne des droits de l’Homme. Ils le sont encore plus dans les conditions décrites dans l’enquête du New York Times. Toute personne qui souhaite une protection en Europe doit pouvoir en faire la demande.

Est-ce la première fois que la Grèce adopte ce genre de pratiques ?
Non, j’ai le souvenir, dans les années 2000, d’un rapport de l’association allemande Pro Asyl sur des pratiques similaires de refoulements de bateaux qui arrivaient en mer Égée et des cas de mauvais traitements, y compris de la part de personnes dont on ne savait pas si elles étaient des officiers grecs parce qu’elles étaient masquées. Donc, [les faits rapportés par le New York Times] ne m’étonnent qu'à moitié.

C’est ce rapport-là qui avait contribué à lancer un débat au niveau du Parlement européen sur la suspension des renvois Dublin vers la Grèce parce qu’il n’y avait pas de bonnes conditions d’accueil des demandeurs d'asile dans le pays. Dans un arrêt de 2011, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) avait décidé qu’on ne pouvait plus renvoyer les demandeurs d'asile en Grèce. Cela a duré jusqu'en 2016-2017.

La CEDH pourrait certainement condamner la Grèce pour ces pratiques de ‘push-backs’ démontrées par le New York Times.

Le gouvernement conservateur du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis affiche volontiers sa fermeté vis-à-vis des demandeurs d’asile. Est-ce que ces refoulements font partie d’une stratégie politique ?
Ce que l’on voit aujourd’hui est lié au gouvernement actuel qui est pratiquement populiste. Beaucoup des politiques coercitives mises en œuvre contre les migrants sont en réalité destinées à l’opinion publique.

Le gouvernement grec a profité de la pandémie pour durcir sa politique migratoire. Aujourd’hui, la question de l’état de droit en Europe se pose vraiment. Les contre-pouvoirs sont affaiblis parce qu’il y a une prééminence de l’idée que pour la survie de l’Europe, il faut arrêter l’immigration dite irrégulière, que tout est permis pour cela. C’est la même chose en Italie.

Il est sans doute aussi temps de faire le bilan de l’investissement financier européen pour l’accueil des réfugiés en Grèce. La Grèce a reçu des centaines de millions d’euros ainsi que de l’aide humanitaire, sans parler des milliers de bénévoles d’associations internationales. Qu’est-ce qu’il reste de tout cela ? Pas grand chose j’ai l’impression.

Julia Dumont 

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