Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
  • Contact

Recherche

Articles Récents

20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 18:29
Diacre et premier préfet handicapé de France, Jean-Christophe Parisot est mort

Atteint d’une maladie génétique évolutive, la myopathie, l’auteur du Manifeste des humains fragiles, haut-fonctionnaire et premier handicapé à être nommé préfet, était considéré comme un porte-parole hors du commun, essentiel à la société et porté par une foi vive. Après une vie consacrée à la défense des exclus et des plus vulnérables, Jean-Christophe Parisot est mort ce dimanche 18 octobre à l’âge de 53 ans.
Atteint d’une maladie génétique évolutive, la myopathie, Jean-Christophe Parisot a eu le temps d’avoir une vie bien remplie et accomplie. Père de famille de quatre enfants, diacre, romancier à ses heures (Ce mystérieux Monsieur Chopin), il a été, en 2012, le premier préfet atteint de handicap et a même été fait Chevalier de la Légion d’Honneur des mains de Manuel Valls. Il a eu à coeur de porter la parole des personnes handicapées afin qu’elle soit entendue dans la société. En janvier 2020, il invitait d’ailleurs, à travers la publication de son Manifeste, à reconnaître le rôle essentiel joué par les humains fragiles dans le développement durable. Car il était aussi un relais fidèle de la Parole de l’Évangile.

“Le temps qu’il nous est donné de vivre est un cadeau du Ciel”
Dans sa dernière homélie en tant que diacre, le 4 octobre dernier, il rappelait l’importance du temps accordé sur la Terre. “Vous endormez-vous sans remercier Dieu pour cette journée passée? Vous réveillez-vous sans remettre à Dieu le jour qui vient? Le temps qu’il nous est donné de vivre est un cadeau du Ciel. Pour beaucoup, le temps s’écoule si vite qu’on ne prend plus le temps de vivre. Il faut du bruit tout le temps, comme le silence était dangereux.”

Au-delà de son engagement auprès des plus faibles, ce message dit beaucoup de son esprit de gratitude et d’un autre engagement tout aussi important dans sa vie. Celui d’éveiller l’homme à la présence de Dieu et à la beauté de la vie. C’est en devenant diacre en 2002 qu’il a répondu à cet appel, devenant alors le plus jeune diacre permanent de l’Église catholique en France. Sa foi a toujours été là. En octobre dernier, il témoignait de son expérience du sens de la Croix du Christ dès l’enfance, sur KTO.

Ses derniers voeux, très inspirés, ont été publiés sur sa page Facebook : “Avant de quitter ce monde, il tenait absolument à remercier tous ceux qui ont suivi ses actions, l’ont encouragé dans son combat contre l’indifférence et l’injustice liées au handicap, l’ont accompagné avec bonté et amitié dans ses indicibles souffrances. Il a aimé la vie, aimé ceux qui font de la faiblesse une force. Il espérait que l’esprit de résistance puisse s’intensifier dans les générations à venir. De là où il serait, il a promis d’intercéder, autant que possible et si Dieu le permet, en faveur de ceux qui sont enfermés par leur handicap et qui luttent en faveur des fragiles.” 
Ces mots ont été rédigés par sa famille peu après l’annonce de son décès. Ils traduisent un engagement qui ne s’arrêtera pas à sa mort, à l’image de la force de vie dont il a fait preuve dans tous ses combats. De son côté, sa soeur Anne-Sophie Parisot a ajouté qu’il “n’avait cessé d’affirmer combien le handicap était une chance pour notre société.” Elle rappelle notamment son rôle “d’initiateur de mouvements citoyens favorables à la participation des personnes en situation de handicap à la vie démocratique française”, ainsi que son travail, en tant que préfet, aux côtés de François Chérèque “dans la mise en oeuvre du plan de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale.”
Le rédacteur en chef de Ombres & Lumière, Cyril Douillet, a salué l’homme qui “portait avec détermination sans faille la voix des personnes fragiles, la voix de l’Évangile. Un prophète, vraiment.”
Rappelant la force du texte de son livre La voie de la fragilité, dans lequel il dialogue avec le directeur de l’Office chrétien des personnes handicapées, Monseigneur Matthieu Rougé y a souligné “le magnifique témoignage de courage et d’espérance.”

Louise Alméras - Domitille Farret d'Astiès 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 10:13
Timothy Radcliffe reprend dans soin denier livre une phrase forte du cardinal Newman : « Ne craignez pas que votre vie prenne fin, craignez plutôt qu’elle n’ait jamais de commencement. » DAVID HARTLEY/SHUTTERST/SIPA

Timothy Radcliffe reprend dans soin denier livre une phrase forte du cardinal Newman : « Ne craignez pas que votre vie prenne fin, craignez plutôt qu’elle n’ait jamais de commencement. » DAVID HARTLEY/SHUTTERST/SIPA

Pour l’ancien maître de l’ordre dominicain, « le christianisme tourne autour d’une seule et unique chose : être vivant ». Dans un livre foisonnant, il nous convainc que « la plénitude de la vie commence dès aujourd’hui ». 
(Choisis la vie ! le livre de Timothy Radcliffe Traduction de l’anglais par Robert Sctrick Cerf, 500 p., 20 €)

Il y a quelques années, une série de conférences à l’université de Newcastle a donné à Timothy Radcliffe l’occasion de réfléchir au lien entre religion et pensée contemporaine sous l’angle de « l’imaginaire ». Ce thème ne pouvait pas déplaire à l’ancien maître de l’ordre dominicain qui, depuis toujours, aime nourrir sa prédication de références à la littérature, au cinéma ou à la chanson. Cette fois, il pouvait essayer de dire comment les chrétiens conçoivent, se représentent et expriment ce qui les anime. De cette expérience, est né un livre qui a donc pour sous-titre « Un imaginaire chrétien ».
Un livre profus, foisonnant, truffé de toutes sortes de citations, plein d’humour et, souvent, d’autodérision ; bref, débordant de vie. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Dans son projet d’« ouvrir aux laïcs et aux athées une porte sur l’imaginaire chrétien », Timothy Radcliffe démontre - y compris aux chrétiens - « que le christianisme tourne autour d’une seule et unique chose : être vivant ».
Le livre cite bien sûr d’entrée ce verset évangélique : « Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante » (Jn, 10,10). Mais aussi ce mot du cardinal Newman : « Ne craignez pas que votre vie prenne fin, craignez plutôt qu’elle n’ait jamais de commencement. » Car Timothy Radcliffe veut nous en convaincre : « La plénitude de la vie commence dès aujourd’hui. »

« Si tu n’aimes pas, tu es déjà mort»

Ne pas en conclure que Choisis la vie ! est un manuel de développement personnel parfumé à l’eau de rose et vantant un bonheur facile. Ce livre nous parle de la maladie, de la fatigue, du mal, de la pauvreté. « Suivre le Seigneur est une aventure risquée que ne couvre aucune assurance », écrit Timothy Radcliffe, qui cite aussitôt un autre dominicain, Herbert McCabe : « Si tu aimes, attends-toi à être blessé, peut-être tué. Si tu n’aimes pas, tu es déjà mort. »

Vivre pleinement à la suite du Christ, sous la plume du dominicain est une réponse, presque un défi, à la culture utilitariste contemporaine, à sa volonté de tout étroitement contrôler, à commencer par le temps, et de tout tarifer. Dans un très beau chapitre sur la liturgie, Timothy Radcliffe observe : « En ce lieu, nous est promis un bonheur qui ne peut être acheté mais qui nous est donné gratuitement. »

Refus du dualisme

Ce qui frappe, une nouvelle fois, dans la réflexion de Timothy Radcliffe, c’est sa réfutation éclatante du dualisme, de la séparation entre un esprit qui serait noble et un corps qui serait mauvais. La tentation a bien sûr toujours été présente au sein du christianisme. Mais, paradoxalement, elle habite désormais la culture scientifique contemporaine qui « rêve souvent le salut comme évasion hors du physique ». Le transhumanisme apparaît ainsi comme l’antithèse de l’incarnation qui est le cœur même du christianisme.
« Le christianisme est une religion très physique, nous dit Timothy Radcliffe. De même que nous nous représentons mieux la « vie spirituelle » dès lors que nous la rapportons à cette activité physiologique essentielle qu’est la respiration, de même toute notre vie corporelle, l’ouïe, la vue, le tact, marcher boire et manger, est sanctifié dans le Seigneur. » Lui qui, « au cours de sa dernière nuit sur terre, lava les pieds sales et fatigués de ses disciples et leur ordonna de faire de même entre eux ».

Aucun domaine de la vie et de la foi n’est passé sous silence. Notre amitié avec le Christ qui doit conduire les chrétiens à « nouer des amitiés que le monde considère comme impossibles ». La nécessité pour les chrétiens d’une « réappropriation de la non-violence radicale de Jésus ». L’importance, aussi, pour eux, de se consacrer à l’étude, Timothy Radcliffe n’hésitant pas à affirmer : « La doctrine nous délivre de tout ce qui est étroit et ennuyeux. » Ce livre en est une assez belle démonstration.


Guillaume Goubert

Lien à la Source


 

Partager cet article

Repost0
28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 18:32
Dieu a-t-il crée le mal ? La réponse de Albert Einstein.

Un professeur a défié ses étudiants avec cette question.
-Est-ce que Dieu a créé tout ce qui existe?
Un étudiant a bravement répondu : – oui, Il l’a fait!
Le professeur a dit : – Dieu a tout créé?
-Oui, monsieur, a répliqué l’étudiant.
Le professeur a répondu : si Dieu a tout créé, il a donc aussi créé le mal, Puisque le mal existe et selon le principe de nos travaux qui définissent ce que nous sommes, alors Dieu est mauvais.
L’étudiant était resté silencieux devant une telle réponse. Le professeur était tout à fait heureux de lui-même et il se vantait aux étudiants qu’il avait prouvé encore une fois que la foi était un mythe.

Un autre étudiant a levé sa main et a dit : – Puis-je vous poser une question professeur ?
-Bien sûr, a répondu le professeur.
L’étudiant a répliqué : – Professeur, le froid existe-t-il?
– Quel genre de question est-ce, cela ? Bien sûr qu’il existe. Vous n’avez jamais eu froid ? a répliqué le professeur.
Le jeune homme a répondu : – En fait monsieur, le froid n’existe pas. Selon la loi de physique, ce que nous considérons comme le froid, est en réalité l’absence de chaleur. Tout individu ou tout objet possède ou transmet de
l’énergie. La chaleur est produite par un corps ou par une matière qui transmet de l’énergie. Le zéro Absolu (-460°F) est l’absence totale de chaleur ; toute la matière devient inerte et incapable de réagir à cette température. Le Froid n’existe pas. Nous avons créé ce mot pour décrire ce que nous ressentons si nous n’avons aucune chaleur.
L’étudiant a continué : – Professeur, l’obscurité existe-t-elle?
Le professeur a répondu : – Bien sûr qu’elle existe !
L’étudiant a répondu : – Vous avez encore tort Monsieur, l’obscurité n’existe pas non plus. L’obscurité est en réalité l’absence de lumière. Nous pouvons étudier la Lumière, mais pas l’obscurité. En fait, nous pouvons utiliser le
prisme de Newton pour fragmenter la lumière blanche en plusieurs couleurs et étudier les diverses longueurs d’onde de chaque couleur. Vous ne pouvez pas mesurer l’obscurité. Un simple rayon de lumière peut faire irruption dans
un monde d’obscurité et l’illuminer. Comment pouvez-vous savoir l’espace qu’occupe l’obscurité ? Vous mesurez la quantité de lumière présente. N’est-ce pas vrai ? L’obscurité est un terme utilisé par l’homme pour
décrire ce qui arrive quand il n’y a pas de lumière.
Finalement, le jeune homme a demandé au professeur :-Monsieur, le mal existe-t-il?
Maintenant incertain, le professeur a répondu :- Bien sûr comme je l’ai déjà dit. Nous le voyons chaque jour. C’est dans les exemples quotidiens de l’inhumanité de l’homme envers l’homme. C’est dans la multitude des crimes
et des violences partout dans le monde. Ces manifestations ne sont rien d’autre que du mal!
L’étudiant a répondu :- le Mal n’existe pas Monsieur, ou du moins il n’existe pas de lui-même. Le Mal est simplement l’absence de Dieu en soi. Il est comme l’obscurité et le froid, un mot que l’homme a créé pour décrire l’absence de Dieu en soi. Dieu n’a pas créé le mal. Le Mal n’est pas comme la foi, ou l’amour qui existe tout comme la lumière et la chaleur. Le Mal est le résultat de ce qui arrive quand l’homme n’a pas l’amour de Dieu dans son coeur. Il est comme le froid qui vient quand il n’y a aucune chaleur ou L’obscurité qui vient quand il n’y a aucune lumière.
Le professeur s’est assis.
Le nom du jeune homme? Albert Einstein né le 14 mars 1879 à Ulm, dans le Wurtemberg, et mort le 18 avril 1955 à Princeton, dans le New Jersey 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 18:29
A l’aube du déconfinement : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » ( Jean 14,6 )

« Où vas-tu ? » Jésus profite de la question de Thomas pour préciser son identité. Il est le Chemin… Chemin qui passe par la croix, et qui ouvre une voix vers Dieu pour une vie en plénitude. Il est le passage obligé pour connaître Dieu. Encore aujourd’hui, Jésus nous indique le chemin vers notre vraie destinée sans nous perdre après ce long confinement. 

Nous allons progressivement reprendre une vie différente des dernières semaines de confinement. Je sais que ce temps a été difficile à vivre pour certains à cause d’un isolement accru ou d’une proximité trop forte. Pour des familles, le repas pour tous à la maison a fortement pesé́ sur le budget et rendu ce temps plus douloureux.

Dans les dommages du confinement, nous n’oublions pas les couples impactés par l’annulation de la célébration de leur mariage. Et aussi, les enfants qui s’apprêtaient à recevoir le baptême ou le pain eucharistique ; sans oublier toutes les obsèques célébrées en catimini sans pouvoir se rassembler. Personnellement, j’ai redécouvert notre fragilité. Franchement, nous ne maîtrisons pas beaucoup de choses ! Un petit rien invisible à l’œil perturbe nos vies, notre organisation sociale, ecclésiale et économique.  J’ai redécouvert le dévouement de tous ces travailleurs trop méconnus qui ont fait face. Puissent-ils avoir droit à notre reconnaissance personnelle et commune dans le monde d’après ! 

J’ai redécouvert que nous partageons un même destin et que nous sommes frères. La seule et véritable manière de réussir cette vie, c’est la fraternité. Nous sommes tous connectés et interdépendants. Le confinement nous l’a encore montré. La fraternité s’est manifestée par des mots sincères d’encouragement, par des prières, en se souhaitant le meilleur les uns aux autres. D’ailleurs, racontons-nous les différentes initiatives que nous avons prises pour rester en lien : appels téléphoniques, groupe WhatsApp, Groupe Viber, Zoom, liens Facebook, Microsoft Teams, Skype et autres vidéos... Mais ce sont aussi ces entraides de voisinage, de parents d’élèves, cette coopération au sein des couples et des familles. 

Nous pouvons rendre grâce pour cette fraternité́ qui se joue dans le confinement. Puissions-nous entretenir ces mailles qui tissent la fraternité́ humaine au-delà̀ des liens du sang et du cœur ! Ainsi, nous manifestons en acte notre foi au Dieu créateur. Nous avons un seul Père ! Jésus a été et restera le chemin incontournable qui nous conduit vers cette vérité incontestable. C’est Jésus le Chemin….

Nous espérions pouvoir reprendre la célébration des messes et des sacrements dès le début du déconfinement. Il nous faut encore attendre. Continuons à vivre les célébrations grâce à la radio ou la télévision et à entretenir la prière. Osons ces échanges à plusieurs !  Ne laissons pas la lassitude et l’inquiétude nous écraser ! Aidons-nous mutuellement à accueillir ce que ce temps particulier nous a permis de (re)découvrir. Sachons accueillir le Seigneur dans la prière personnelle, le partage de la Parole, l’attention fraternelle et les gestes de solidarité́.

 

Théophile PAKU MWAKU

 

Prêtre à la Paroisse Saint Louis Pays de Vernon

Editorial du Bulletin Paroissial n° 415 du 9 au 17 mai 2020

 

Partager cet article

Repost0
30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 19:39
Hervé GIRAUD, Archevêque de Sens et d'Auxerre et Prélat de la Mission de France

Hervé GIRAUD, Archevêque de Sens et d'Auxerre et Prélat de la Mission de France

 « Travailler pour la nourriture qui demeure

… jusque dans la vie éternelle » (Jn 6,27)

En ce temps de confinement, qui est venu bouleverser le cours ordinaire de nos activités, cette fête du travail prend évidemment un accent particulier. Par l’absence de travail, certains ont pu expérimenter l’importance de celui-ci pour vivre en société. D’autres, par un surcroît de travail, ont vécu l’épuisement, le stress ou le découragement : travailler pour quoi ? travailler pour qui ? travailler jusqu’où ? Nous pourrions reprendre autrement une formule de Jésus sur le sabbat : « le travail a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le travail. » En effet, le travail n’est pas qu’un droit universellement reconnu : il constitue un des éléments fondamentaux de la personne humaine comme de la société. Devant les nécessités sanitaires, les impératifs économiques ont su s’effacer, montrant qu’ils n’étaient jamais mieux ordonnés qu’au service de l’Homme. Le travail et ce qu’il produit permettent de vivre et de faire vivre son prochain, sa famille et la société tout entière.

La pensée de l’Eglise en matière sociale rejoint un sentiment largement partagé au sein du monde du travail quand elle encourage un exercice du travail qui soit orienté vers l’épanouissement de chacun et vise le Bien commun. Dans ces semaines de crise, la lumière s’est faite sur l’importance de tous ces travailleurs de l’ombre que nous ne pouvons citer sans risquer d’en oublier. Mais chacun peut ajouter à la liste des personnels hospitaliers, éboueurs, caissières, pompiers, transporteurs… tous ceux dont le travail a enfin été reconnu. Le pape François les évoquait au jour des Rameaux : « regardez les vrais héros, qui apparaissent ces jours-ci : ce ne sont pas ceux qui ont renommée, argent et succès, mais ceux qui se donnent eux-mêmes pour servir les autres. » Comme tous, ils peuvent connaître le travail qui use quand la fatigue nerveuse s’ajoute à la lassitude physique, l’humiliation du chômage, du recours aux minima sociaux, d’une vie sous le seuil de pauvreté, l’angoisse de devoir procéder à des licenciements quand la situation ne laisse aucune autre alternative… autant de situations qui doivent préoccuper solidairement l’ensemble des acteurs du monde économique, syndical et politique. A ce titre, le recours plus commun au télétravail, comme les aménagements du mode de travail rendus nécessaires par une situation sanitaire inédite, ouvriront peut-être des pistes de réflexion pour un développement plus harmonieux, notamment dans les territoires ruraux. Et comment venir en aide à toutes les détresses qui se révèleront au sortir du confinement ?

Car la nécessité du travail n’en fait pas un tout. L’excès de travail comme le ralentissement forcé de ces derniers mois nous obligent à jeter un regard de vérité sur toutes nos activités. Personne n’aime être totalement inactif : chacun désire se réaliser lui-même comme personne humaine, dans le travail rémunéré, dans le bénévolat ou toute autre activité. L’homme se réalise dans et par ses œuvres. Dans l’Évangile de Jean, Jésus demande de « travailler pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle » (Jn 6,27). Ce faisant, il nous invite à réfléchir à la finalité ultime de notre travail et à dépasser l’immédiateté tout en ayant conscience que c’est d’abord Dieu qui travaille pour nous et avec nous. Il travaille afin que nous reconnaissions que son amour « a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » : on en trouve déjà beaucoup d’exemples à travers autant de gestes fraternels qui s’expriment dans bien des domaines de nos sociétés modernes, mais combien d’intérêts individuels viennent encore les entraver ?

En croyant que tout homme ou femme, créé à la ressemblance de Dieu, coopère à son oeuvre créatrice, les chrétiens donnent au travail un sens qui engage chacun au-delà de son propre intérêt. Car ainsi cette oeuvre, comme tout travail, devra toujours être considérée comme une collaboration, et cela quel que soit notre poste. À la question « pour quoi, pour qui et jusqu’où travaillons-nous ? » pourrait se substituer une autre question : « avec qui travaillons-nous ? » Saurons-nous y répondre en déconfinant nos intérêts pour mieux servir le Bien commun ?

1er mai 2020

+ Hervé GIRAUD

Archevêque de Sens-Auxerre

Prélat de la Mission de France

Partager cet article

Repost0
7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 15:32
Sœur Véronique Margron, en avril 2018. © ERIC PIERMONT / AFP

Sœur Véronique Margron, en avril 2018. © ERIC PIERMONT / AFP

ENTRETIEN. En cette semaine sainte si particulière, sœur Véronique Margron, porte-voix des religieux et religieuses de France, livre son regard de théologienne.

Sœur Véronique Margron est une voix écoutée des chrétiens, et même au-delà. Cette dominicaine est à la fois une grande intellectuelle et la gestionnaire d'une communauté de religieuses ayant des ramifications dans plusieurs pays d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'Asie, notamment. Théologienne, auteur de plusieurs essais à succès et prieure, Véronique Margron est aussi présidente de la Conférence des religieuses et religieux en France (Corref).

En cette semaine sainte particulière pour les chrétiens et les juifs, les lieux de culte seront, pour la première fois de l'histoire, fermés aux fidèles en raison du confinement. Véronique Margron a accepté de répondre à nos questions depuis la maison mère de sa congrégation, dans le quartier de Montparnasse à Paris, où cette religieuse intrépide, qui ne tient pas en place, est confinée, auprès de « ses » sœurs en Dieu.

Le Point : Comment vivez-vous cette crise exceptionnelle ?

Sœur Véronique Margron : D'abord, je suis habitée par l'inquiétude. Plusieurs de nos frères et de nos sœurs, dans l'ensemble des instituts religieux en France, ont été touchés par le virus ; dans certaines communautés, l'effectif est presque atteint dans sa totalité et nous avons des décès à déplorer. Beaucoup de nos membres dépassent les 80 ans et font donc partie des populations à risque. Dans une communauté religieuse, il est plus facile de se tenir à distance qu'en famille, mais, comme nous vivons tout le temps ensemble, la transmission du virus est aussi plus aisée. Je pense beaucoup à mes sœurs qui vivent en Afrique, en Amérique latine, en Inde… Si nous, en France, notre système hospitalier est débordé, imaginez là-bas les conditions sanitaires !

Mais je suis aussi inquiète de façon plus globale. J'ai été choquée de nombre de discours relayés dans les médias, tenus par des écrivains, des psys, des philosophes et même des religieux parfois, sur un certain confinement de « luxe » qui nous offrirait l'opportunité de nous retrouver nous-mêmes et de nous cultiver tranquillement. Je trouve ces propos indécents dans le contexte qui est le nôtre. Jour et nuit, je suis taraudée par l'inquiétude pour mes sœurs religieuses, mes proches, beaucoup d'autres visages connus, et notre avenir à tous. Je pense qu'il faut consentir à ce sentiment et non pas se réfugier dans une fausse psychologie positive. En ce moment, je n'ai guère envie de positiver ! Ma vie spirituelle me conduit à assumer cette inquiétude, la porter, la rendre active pour d'autres, et surtout à ne pas m'abandonner à une angoisse paralysante. Mais il ne faut pas se voiler la face ! Avec ce confinement, je n'ai pas le sentiment de vivre un temps de retrait. C'est un moment de sédentarité, certes, mais non de recul comme si nous étions dans une longue retraite spirituelle.

Ce qui se donne à entendre, en tout cas, c'est bien, de façon dramatique, le rappel de notre extrême fragilité, de la condition finie de l'humain.

Quel regard spirituel, justement, portez-vous sur ces événements qui bousculent le monde ?

Pour moi qui suis chrétienne et religieuse, je crois que nous vivons un long samedi saint. Le Christ est mort le vendredi, nous disent les Écritures. Ce samedi-là, c'est un long silence qui prévaut ; « le roi dort », comme l'écrit Épiphane dans une grande homélie écrite à la fin du IVe siècle. Dans la tradition, ce samedi symbolise Jésus descendant visiter les enfers pour nous tirer de l'obscurité vers la lumière au dimanche de Pâques : « Il s'en va chercher le premier père, comme la brebis perdue. Il veut aller visiter ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort : Adam le captif, Ève la captive, à qui il va dire, pour les délivrer de leurs douleurs, lui leur Dieu et leur fils : « Réveille-toi, toi qui dors, lève-toi d'entre les morts… » »

Ce temps de pandémie, c'est un long silence qui enveloppe notre humanité. Un temps où il nous faut tenter de demeurer là, présents silencieusement. Ce, d'autant que l'Église catholique est très attachée aux rites, nombreux et magnifiques en cette semaine sainte. Pour la première fois, les fidèles ne peuvent pas se rassembler. Aujourd'hui, nous sommes tous pauvres. Je crois qu'en ce moment c'est bien le Christ crucifié et descendant dans les ténèbres qui nous rejoint. Pour nous, chrétiens, cette période est un acte de foi. Jésus vient à nous pour partager nos inquiétudes, notre impuissance. Certaines douleurs sont inhumaines, comme pour tous ceux qui ne peuvent même pas accompagner leurs parents en train de mourir… Le silence du samedi saint est un silence douloureux. Les disciples ont vu mourir, impuissants, celui qu'ils aimaient, celui en qui ils croyaient. Alors juste tenter de comprendre pourquoi, relire l'événement et demeurer présents.

Percevez-vous dans l'irruption de ce virus dans la marche du monde un signe qui nous dépasse ?

Je ne sais pas. Comment oser parler de signe quand des vies meurent ainsi ? Dans un combat si inégal. Ce qui se donne à entendre, en tout cas, c'est bien, de façon dramatique, le rappel de notre extrême fragilité, de la condition finie de l'humain. Notre humanité tient à un fil, et peut être anéantie par un virus. Nous avons investi des milliards dans la défense militaire, sans doute le fallait-il, je ne sais pas. Mais aujourd'hui que représentent nos armes sophistiquées face à ce virus ? Comment notre société va-t-elle pouvoir continuer à être démocratique, technoscientifique, assurer la promotion des droits, toutes choses auxquelles nous n'avons aucune raison de renoncer, et avoir une conscience autrement vive de l'extrême précarité de la vie humaine ? Faire du soin d'humanité comme du soin médical et social une priorité. Si nous parvenons à cela, alors, dans ce malheur, nous aurons appris quelque chose.

Nous, chrétiens, croyons en Dieu fait homme, un dieu bien différent alors d'un être tout-puissant. Un dieu du « très bas », comme l'exprime joliment Christian Bobin à propos de François d'Assise… Je pense beaucoup à tout cela ces jours-ci. Il y a quelques semaines encore, nous nous interrogions sur le transhumanisme, l'homme augmenté, et aujourd'hui notre problème principal est le nombre de lits de réanimation, la résistance des soignants, les stocks de curare, de morphine, donc de soins élémentaires pour prendre en charge nos malades. Nos questionnements d'hier reviendront, espérons néanmoins que nos débats seront éclairés à l'aune de la catastrophe que nous sommes en train de vivre.

Le confinement est un état souvent abordé dans la Bible. Quelle en est votre interprétation ?

L'Évangile pourrait se traduire par une injonction : « Sors dehors ! » Sortir, cela signifie nous extraire de nous-mêmes. Notre foi nous pousse continuellement à quitter nos préconçus, l'entre-soi, nos enclos, et, en ce moment, on nous demande de rester chez nous… C'est une tension permanente pour nous. Comment peut-on se « déconfiner » à l'intérieur de soi-même ? Ne pas avoir seulement comme seuls soucis nos cercles affectifs les plus proches – ce qui reste bien légitime, évidemment, mais aussi montrer notre attention aux plus fragiles, connus et inconnus. D'ici et de bien ailleurs. Garder le souci de l'avenir de la terre-mère, de l'avenir de tous. Comment sortir de soi en restant chez soi ? Pour moi, voilà un enjeu spirituel de cette crise.

Propos recueillis par Jérôme Cordelier

 Lien à la Source

 

Partager cet article

Repost0
25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 16:27
Les murmures du vieux noyer... Quand les statues s'effondrent

Les murmures du vieux noyer

Quand les statues s’effondrent…

 

Je savais depuis mon enfance que les saints avaient des choses à cacher : sinon pourquoi allaient-ils se confesser ?

Je savais depuis St Paul que nous ne sommes jamais tout à fait ce que nous voulons être : il y a deux hommes en chacun de nous.

Je savais depuis Adam et Eve que les fruits les plus beaux peuvent être mauvais et que les apparences sont trompeuses.

Je savais depuis l’évangile qu’on jugeait l’arbre à ses fruits mais que sur le même arbre il peut y avoir des fruits magnifiques et des fruits attaqués par les vers : la récolte demande toujours un tri.

Je savais que l’ivraie était toujours mêlée au bon grain et qu’il fallait attendre la moisson pour la jeter au feu.

Je ne demande pas à mon Eglise de séparer les bons et les méchants : il faut laisser à Dieu le soin de le faire au dernier jour.

Je n’attends pas d’elle qu’elle canonise les saints et excommunie les pécheurs.

Je n’attends pas d’elle qu’elle change sa vitrine au gré de l’opinion ou cache dans son arrière-boutique les crimes dont elle a honte.

J’attends d’elle autre chose qu’un examen de conscience.

J’attends qu’elle ose un état des lieux. Avoir honte ne suffit pas : il faut regarder les victimes. Le péché que nous portons devant Dieu n’est que l’ombre du mal que nous faisons dans la chair de nos frères.

 

Jacques NOYER

Evêque émérite d’Amiens

Lien à la Source

 

Partager cet article

Repost0
14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 17:48

Partager cet article

Repost0
28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 21:40

Partager cet article

Repost0
25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 17:42
Anniversaire. Moment où, comme le Petit Poucet, on regarde depuis un sommet le chemin parcouru.

Les moments dont je suis le plus heureux, ce sont ceux pendant lesquels j'ai pris la défense d'un frère humain injustement accusé.
Le jour de l'élection de Jorge Bergoglio, il était soupçonné de connivence avec la dictature d'Argentine. J'étais heureux de donner le témoignage du contraire sur 2 chaines et diverses radios.
Ce que Dieu nous dit avec le plus de force par Son incarnation c'est : "L’œil est la lampe du corps. Si ton regard est faussé tout ton être est dans les ténèbres"....
La blessure originelle c'est un regard faussé. Nous voyons Dieu comme L'ont vu nos premiers parents : "Il garde le meilleur pour Lui. Il ne nous aime pas." Les fils de Jacob ont vu Joseph comme un vaniteux, Il l'a payé de 10 ans de cachot sordide... Les juges de Jérusalem ont vu Suzanne comme une pervertie Un petit enfant l'a sauvée..., Les regards sur le plus innocent des hommes sont les plus infamants...L es moindres de ses plus beaux gestes, de ses plus belles paroles sont travestis en interventions démoniaques. Il sera puni des pires supplices. Nous continuons…
C’est après avoir communié que Torquemada mène au bûcher des prêcheurs innocents. L’évêque Cauchon se réjouit de faire brûler une sainte "schismatique, hérétique, relapse ». Pauvre Jeanne !
Et la fête continue. "Vous filtrez le moustique et vous avalez le chameau." répète Jésus. L’Autre nous dérange. Époux, épouse, fils, fille, ami, amie, frère, sœur... Personne n'est protégé.
Le "moustique" ce sont vos absolus, vos petites règles bien rassurantes ; casher, pas casher.
Le chameau : "Tsadaka ; plan de Dieu ; Emet : authenticité; Rahamim : miséricorde" Voilà ce que 89 années sur la planète m'ont appris. Je fus témoin de plus de 50 suicides de jeunes. Presque tous causés par un regard faussé. Je pense à Christelle (15 ans) laissant ce billet : "Je suis laide dans vos yeux" .(j'ai changé son prénom par respect)..Combien parmi les humains ont eu envie de hurler cela !..
Nous avons le gigantesque pouvoir de chosifier les êtres... Notre façon de nous rapporter au prochain est une question de regard... Le B.A.-BA de l'éducation devrait commencer là...
On m'accuse de croire ce que me dit pourtant "Nostra Aetate" : les autres religions contiennent des semences du Verbe"...On m'accuse de "ne pas croire à l'enfer" parce que je dis que c'est pour celui qui refuse d’être aimé "en connaissance réelle de l'amour que Dieu lui porte"...
Mais je crois aux propos : "On se servira pour vous du tamis dont vous vous êtes servi pour les autres" (et j'en tremble).

Stan ROUGIER

Prêtre, écrivain et conférencier

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0