Ce mercredi, quatre cars de police se sont garés devant le squat de la rue Revel à Rouen et vingt-cinq policiers ont procédé à l'interpellation de Mariana et de ses deux enfants, cette famille rom de Roumanie ayant reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français et ne s’y étant pas soumise. La mère et les deux enfants (une fille de onze ans et un garçon de quatorze ou quinze ans) ont aussitôt été embastillés au Centre de Rétention de Oissel.
Jeudi matin, une manifestation où figurait Eric de Falco, Conseiller Général socialiste, parrain d’un des enfants, dénonçait cette situation devant les grilles du Centre. L’après-midi, la Police emmenait les membres de cette famille à l’Ambassade de Roumanie à Paris où leur était fourni des passeports pour ce pays. La famille était ensuite ramenée à Oissel.
Vendredi midi, à l’appel du Réseau Education Sans Frontières et de Droit au Logement, je suis devant le Tribunal Administratif de Rouen qui doit statuer sur la régularité de la présence de Mariana et de ses enfants au Centre de Rétention. Le fourgon de police arrive, d’où descendent la famille et une femme mongole, elle aussi retenue à Oissel.
Nous sommes nombreux à attendre dans la grande salle d’audience (il faut même ajouter quelques chaises). Certains des policiers mangent des kebabs dans une petite salle à côté. L’une de nous, prof à la retraite, retrouve deux de ses anciennes élèves : une parmi les soutiens et une devenue policière. Le Juge et sa greffière se présentent un peu après treize heures.
Le cas de la femme mongole est d’abord évoqué, laquelle a également fait une demande d’asile en Pologne avant d’arriver en France. Son avocat tente de la sortir de ce mauvais pas. Maître Demir intervient ensuite pour Mariana et ses enfants. Il s’appuie évidemment sur l’arrêt Popov de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui vient de condamner la France pour la rétention d’enfants à Oissel. « C’est une bombe dans la justice administrative », déclare-t-il. Il cite le point quatre-vingt-quinze de cet arrêté qui décrit le lieu où sont enfermés les enfants à Oissel et parle de situation inhumaine et dégradante. Il reproche à la Préfecture de ne pas avoir cherché une autre solution, assignation à domicile ou à l’hôtel.
La représentante de la Préfecture explique la rétention par le risque de fuite de cette famille dont le concubin de la mère (qui n’est pas le père des enfants) n’a pu être arrêté, pas plus qu’un autre enfant majeur. Elle affirme que le Centre de Rétention c’est mieux qu’un squat. « Un squat n’est pas un domicile », dit-elle. Elle ajoute que cette mère de famille s’est mise elle-même dans cette situation en refusant l’aide au retour et en ignorant l’Obligation de Quitter le Territoire Français. « La Préfecture a tout fait afin de raccourcir l’expulsion, l’avion c’est pour dimanche » dit-elle. Elle évoque le risque de disparition dans la nature en cas de libération.
Le juge se retire pour délibérer. Nous sortons prendre l’air. Un jeune homme en profite pour photographier les deux policières qui n’aiment pas ça du tout. Elles lui demandent d’effacer la photo. Il refuse et préfère partir. Elles vont voir une fille qui était assise près de lui et qui leur dit qu’elle ne le connaît pas.
Quand le Juge revient, il annonce qu’il confirme la rétention de la femme mongole qui sera expulsée vers la Pologne (premier pays d’Europe où elle a fait une démarche) et qu’il annule celle de la famille roumaine. Il dira plus tard s’il s’appuie pour cela sur l’arrêt Popov ou sur le fait que la Préfecture n’ait pas cherché de solution alternative ou sur les deux. Il rappelle que cette famille rom est dans l’obligation de retourner en Roumanie.
L’autre solution pour elle sera de se cacher.
Grâce à madame la représentante de la Préfecture de Rouen, j’apprends comment on nomme les embastillés des Centres de Rétention : des rétentionnaires.
Ce même jour, Dominique Baudis, Défenseur des Droits, invité des Matins de France Culture, commente l’arrêt Popov. Il est lui aussi contre l’enfermement des enfants en Centre de Rétention, il faut assigner les familles à domicile ou à l’hôtel.
Michel Perdrial
Réseau Education Sans Frontières
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