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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 16:52
Coronavirus - “Dans cette tragédie, vous demeurez un chant à la vie”, écrit Mgr Aiello au personnel soignant italien

Cinquième lettre de Mgr Aiello, évêque d’Avellino (Italie) au personnel soignant :

 « À vous, médecins et infirmier(e) s, personnel soignant et équipes du Samu, ainsi qu’à tous ceux qui collaborent, jour et nuit, pour le service sanitaire en ce temps de guerre, j’adresse une pensée reconnaissante, un encouragement, une prière et une bénédiction. Hier soir, de nombreuses voitures de gendarmes, de pompiers et des agents de police, les phares allumés et les feux clignotants, ont encerclé l’hôpital San Giuseppe Moscati d’Avellino au rythme de l’hymne de Mameli [hymne italien] diffusé à volume élevé. Ce fut une embrassade chorale, une douloureuse sérénade, pour vous et pour les malades, un signe de proximité et d’espoir, de la part des forces de l’ordre, pour tous ceux qui combattent ces jours-ci, au risque d’être contaminés, sans pourtant se lasser de prêter service aux « blessés », fidèles à leur mission. Ces jours-ci, nous comprenons de façon plus claire et plus dramatique, que votre profession est une vocation, elle naît à l’intérieur de vous comme un impératif, mais elle vient d’en-haut, elle est au service des hommes et des femmes, mais elle a une source d’inspiration « verticale », elle est un signe de responsabilité à l’égard de l’histoire et de Dieu.

L’ennemi Covid-19 a mis, en peu de temps, les nations à genoux, fait s’écrouler nos systèmes sanitaires, arrêté le manège du pays des merveilles, fait dégringoler les bourses, moissonné de si nombreuses victimes, mais n’a pas arrêté votre dévouement et force d’âme. Bravo !!! En cette tragédie qui nous a frappés tous, vous demeurez un bastion du bien, un chant à la vie, une étreinte de fraternité, les crocus qui fleurissent dans le froid de l’hiver en transperçant la neige. Depuis les tribunes de nos maisons, de nos clochers, index pointés vers le ciel, de nos églises désertes mais peuplées spirituellement de prières, nous vous acclamons, vous qui, plus près, au nom de la collectivité, portez secours aux blessés graves.

Votre vie a été bouleversée par des horaires frénétiques, par des messages transmis dans vos yeux, par un va-et-vient qui laisse des traces de fatigue non seulement sur vos visages rougis par l’élastique du masque, mais aussi dans vos cœurs effrayés qui sont appelés à donner des messages d’espoir. Non seulement sur le plan professionnel, mais aussi sur celui personnel, vos vies portent les signes de cette guerre actée.

« Excellence, ma vie a été bouleversée, quand je rentre à la maison le soir, fatigué, exténué, je voudrais embrasser mes enfants, mais je sais que je ne peux pas le faire, je ne dois pas…, je voudrais embrasser ma femme, mais je me sens comme si j’avais la peste, privé même d’un peu de tendresse…, depuis quatre semaines, nous dormons séparément par précaution…, mais moi, je n’ai pas choisi le célibat…, je voulais être médecin, pas moine, je suis un homme moi aussi, je n’ai pas l’étoffe d’un héros ! » me disait l’un d’entre vous, me montrant ainsi la peur, que vous pouviez, avec la fatigue et la contagion aussi, apporter à la maison. Valerio, enfant de chœur de ma paroisse, il y a vingt ans, et aujourd’hui médecin apprécié en cardiochirurgie, n’a pas souhaité me saluer par affection, et m’a dit, derrière le voile de son masque, « sur dix contaminés, deux sont médecins ou infirmiers ! »

La guerre, chaque guerre, même celle-ci, met à nu égoïsmes et grandeurs, cœurs mesquins déjà morts et cœurs généreux qui savent « être plus grands que l’amour ». Je sais que nombre d’entre vous, vous tous, mettez en péril votre vie chaque jour en devenant icône d’une parole de Jésus qui affirme : « Il n’y a pas de plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis ». Ce ne sont pas vos amis tous ceux qui arrivent dans vos hôpitaux après l’examen du test, mais ils appartiennent à la famille humaine, ce sont vos frères et n’en sauvant même qu’un seul, vous sauvez le monde entier. Un proverbe africain dit : « celui qui sauve un homme sauve tout le village » et vous œuvrez, depuis les temps d’Hippocrate, déterminés à sauver la vie, dans le village global qu’est devenu le monde.

Vous êtes les prêtres de la vie, soyez-le même lorsque, pour un patient, les valeurs chutent soudainement et qu’il devient « hors de contrôle » tombant dans la mort.

Il vous est donné, à vous, (en ce moment les chapelains, selon les normes, ne peuvent que rester en prière devant Jésus Eucharistie !) de poser un geste de compassion, de fermer les yeux du défunt, de réciter une prière, de faire avec le pouce un signe de croix sur le front qui se refroidit, avant que le cadavre ne soit lavé et enveloppé. À vous et à personne d’autre, il n’est permis de poser des gestes et de dire des paroles qu’auraient posé, dans d’autres situations, prêtres et proches, n’ayez crainte de vous arrêter un instant, vous êtes en ce moment, quelle que soit la foi du défunt, les sentinelles de la vie appelées à célébrer aussi l’acte extrême de la vie. Je sais qu’il est difficile de trouver les mots à dire face à la colère de l’échec, mais l’Esprit en vous, vous les suggèrera avant de tourner la page, avant de passer à un autre lit, à un autre patient, à une autre histoire.

Je vous rejoins tous et je fais une caresse à chacun, sans gants, pour que vous sentiez la proximité de votre évêque, de vos prêtres, de tous ceux qui prient pour vous.

Je vous rejoins dans votre enfer qui, d’ici, depuis la Place de la liberté, pour votre service héroïque, me semble déjà être l’avant-goût du paradis.

Peut-être parce qu’il a un goût de miracle ? Je vous bénis. »

 

Mgr Aiello, évêque d’Avellino (Italie)

 Lien à la Source

 (*) Traduction française de Sophie Lafon d’Alessandro pour La DC. Titre de La DC.

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