Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
  • Contact

Recherche

Articles Récents

14 juillet 2021 3 14 /07 /juillet /2021 09:52
Francois Lecointre © Sipa Press

Francois Lecointre © Sipa Press

Prévu depuis fin 2020, le départ du chef d’état-major des armées n’est lié ni à l’affaire des « tribunes de militaires », ni à l’évolution de l’engagement au Mali

Le chef d’état-major des armées, le général François Lecointre, a annoncé son départ ce dimanche 13 juin à l’antenne du Grand-Jury sur RTL. Le 21 juillet, il sera remplacé par le général Thierry Burkhard, confirme le ministère des armées. François Lecointre, 59 ans, avait été nommé suite à la démission du général Pierre de Villiers en 2017.

Le général François Lecointre va quitter son poste de chef d’état-major des armées (CEMA) courant juillet. Il sera remplacé par le général Thierry Burkhard, actuellement chef d’état-major de l’armée de terre.
Cette annonce n’est pas une surprise. Elle n’est liée ni à la récente crise provoquée par les « tribunes de militaires », ni aux décisions d’Emmanuel Macron sur l’opération Barkhane au Mali. Selon nos informations, le général Lecointre a fait part au président de la République de sa volonté de quitter son poste dès le mois de décembre 2020. Le chef de l’Etat a tenté, en vain, de le retenir. Son départ a été définitivement acté fin février – ainsi que le nom de son probable successeur.
Le général Lecointre, 59 ans, s’en va au terme de quatre années comme CEMA, une durée comparable à celle de ses prédécesseurs. Il souhaitait que la nomination de son successeur soit découplée du calendrier politique de 2022. En effet, les chefs d’état-major – qu’ils soient CEMA ou CEMP (chef d’état-major particulier, à l’Elysée) – servent une fonction et non un homme, comme le veut la tradition républicaine.
Le général Lecointre estime, par ailleurs, qu’il a accompli l’essentiel de l’objectif qu’il s’était fixé en s’installant à Balard : restaurer la « singularité militaire » au sein de l’Etat, telle qu’il l’exposait dans un texte de 2018.
François Lecointre va désormais s’engager dans une tout autre voie, humanitaire et sociale, dans les prisons. Ce choix est l’expression d’une foi catholique très prégnante chez lui. Il ne se reconvertira pas dans l’industrie, n’aura pas une ambassade ou n’atterrira pas à la tête de la Légion d’honneur – le poste étant occupé par le général Puga jusqu’à l’été 2022.
Epreuve. Les quatre années au poste de chef d’état-major des armées ont parfois été une épreuve pour lui. Avant les récentes attaques dont il a été l’objet de la part de militaires d’extrême droite, suite aux « tribunes », ses premiers pas avaient été délicats. Il avait été nommé le 20 juillet 2017, suite au départ fracassant du général Pierre de Villiers. Le succès médiatique de son prédécesseur lui a d’abord fait de l’ombre. D’autant que François Lecointre n’avait pas eu le temps de se préparer à l’exercice de cette fonction. Sa nomination était envisagée, mais plus tard au cours du quinquennat de Macron. Il était, depuis moins d’un an, chef du cabinet militaire du Premier ministre, successivement Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe.
François Lecointre connaissait bien ce dernier, pour l’avoir fréquenté depuis plusieurs années, grâce à une forme de « binomage » mis en place par l’armée de terre entre des officiers de réserve et d’autres d’active, jugés à fort potentiel. Animateur de la revue intellectuelle Inflexions, il est également proche de l’avocat-écrivainFrançois Sureau et du grand rabbin Haïm Korsia, influents en macronie.
Le parcours de François Lecointre a pu séduire Emmanuel Macron, peu au fait de la chose militaire. Sa vraie culture littéraire, son intérêt pour les questions éthiques, son expérience opérationnelle comme jeune officier, sa belle allure, sa relative jeunesse (55 ans) en faisait un candidat de choix pour le nouveau Président.
A la fois « tradi » et ouvert, François Lecointre était depuis longtemps une figure de l’armée de terre. Le 27 mai 1995, à Sarajevo, à la tête de sa compagnie du 3e régiment d’infanterie de marine (RIMa), il mène l’assaut du pont de Verbanja, face aux Serbes. Sur les 31 « marsouins » engagés, il y a deux morts et dix-sept blessés. Ce combat met fin à des années d’humiliation des militaires français engagés en Bosnie. L’armée de terre, avec les généraux Thorette et Bachelet, veut voir dans le capitaine Lecointre l’illustration des vertus militaires : le courage, le sacrifice, mais aussi la réflexion sur l’usage de la force. Bouclant la boucle, le général Lecointre est retourné, jeudi dernier, sur le pont de Verbanja, dans le cadre d’une visite officielle en Bosnie.
En 1995, le jeune officier en était revenu très marqué, comme il l’avait été, l’année précédente, de sa participation à l’opération Turquoise en Rwanda. Cette confrontation à la violence fera que, devenu chef d’état-major, il aura parfois du mal à cacher son émotion lorsqu’il devra réagir à la mort de militaires en opération.
Après Sarajevo, la suite de sa carrière sera celle d’un officier promis aux plus hauts postes – il commandera le 3e RIMa puis la 9eBrigade d’Infanterie de marine – mais n’aura plus une carrière opérationnelle de premier plan, contrairement à beaucoup d’officiers de sa génération. Ce qui suscitera quelques grincements de dents lors de sa nomination en 2017.
Sur le plan de la gestion des armées, il aura eu une situation plus facile que beaucoup de ses prédécesseurs : le Président Macron a en effet tenu sa promesse d’augmenter sensiblement le budget des armées (+1,7 milliard chaque année), sans exiger de profondes réformes. A ses côtés, il a bénéficié de l’appui de l’amiral Jean Casabianca, major-général, dont l’adieu aux armes a eu lieu vendredi 11 juin. Avec ce sous-marinier, le général Lecointre, lui-même fils de sous-marinier, se retrouvait en terrain de confiance.
Le choix de son successeur au poste de Cema tenait de l’évidence, tant Thierry Burkhard fait l’unanimité. Issu de la Légion étrangère, ce général de 56 ans va prendre les rênes d’une armée française respectée. Et certainement plus apaisée que le bruit fait autour des récentes tribunes ne pourrait le laisser croire.

 Jean-Dominique Merchet

Lien à la Source

 


 

Partager cet article

Repost0

commentaires