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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 09:38

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 06:49
Coronavirus: ne pas s'affoler mais ne pas sous-estimer

Le coronavirus, apocalypse planétaire ou broutille sur laquelle on fait trop de battage ? Ni l'un ni l'autre, répondent les experts à cette question qui taraude le grand public : les risques, bien réels, pèsent sur les plus fragiles et sur les hôpitaux qui doivent éviter d'être débordés.

- Qui est le plus à risque ?

La mortalité augmente nettement avec l'âge: c'est ce que montre l'analyse la plus complète à ce jour, publiée le 17 février par les autorités chinoises, puis le 24 dans la revue médicale américaine Jama.

Sur près de 45.000 cas confirmés, le taux moyen de mortalité est de 2,3%. Mais aucun décès n'est à déplorer parmi les enfants de moins de 10 ans. Jusqu'à 39 ans, le taux de mortalité reste très bas, à 0,2%, puis passe à 0,4% chez les quadragénaires, 1,3% chez les 50-59 ans, 3,6% chez les 60-69 ans et 8% chez les 70-79 ans.

Les personnes âgées de plus de 80 ans sont les plus à risque avec un taux de mortalité de 14,8%.

"Le problème, c'est que quand on parle d'un mort lié au coronavirus, on ne précise presque jamais la raison pour laquelle il est mort", dit à l'AFP Michel Cymes, médecin et animateur télé très populaire en France.

"Quand quelqu'un de 85 ans meurt du coronavirus, ce n'est pas le coronavirus qui le tue", mais plus souvent "les complications qui atteignent des organes qui n'étaient pas en bon état", ajoute-t-il.

Autre facteur de risque: le fait d'avoir une maladie chronique (insuffisance respiratoire, pathologie cardiaque, antécédent d'AVC, cancer...).

Mais les millions de personnes qui souffrent de ces maladies ne doivent pas paniquer pour autant.

Pour le professeur français Jean-Christophe Lucet, le risque concerne avant tout les patients atteints des formes sévères de ces maladies. "Il faut être extrêmement clair" sur ce point, souligne-t-il à l'AFP.

"Le patient qui a un diabète, le patient qui a une hypertension artérielle, c'est des patients qui ne sont pas des patients à risque", rassure-t-il. "Les patients à risque, ce sont ceux qui ont des maladies cardiaques graves, des maladies respiratoires sévères, par exemple des bronchopneumathies chroniques obstructives (BPCO) avancées".

- A quel nombre de morts s'attendre?

Plus mortel que la grippe saisonnière, mais moins virulent que les précédentes épidémies liées à un coronavirus: voilà où semble se situer la dangerosité du Covid-19, même si l'on ne connaît pas encore avec précision son taux de mortalité.

Selon l'étude du 24 février, la maladie est bénigne dans 80,9% des cas, "grave" dans 13,8% des cas et "critique" dans 4,7% des cas.

A ce stade, 3,4% des patients confirmés positifs dans le monde sont décédés. Mais sur quelque 100.000 cas positifs au total, plus de la moitié sont déjà guéris, selon l'université américaine Johns Hopkins, qui tient un décompte quotidien.

La dangerosité d'une maladie ne dépend pas seulement du taux de mortalité dans l'absolu, mais aussi de sa faculté à se répandre plus ou moins largement.

"Même si seuls 3% des cas décèdent, ça peut faire des chiffres importants si 30% ou 60% d'une population sont infectés", souligne le Dr Simon Cauchemez, de l'Institut Pasteur à Paris.

"Nous n'allons pas tous mourir : dans le pire scénario, 0,4% des Belges mourront, en large majorité dans les plus de 80 ans. Arrêtez la psychose", a écrit cette semaine sur son blog le médecin belge Philippe Devos, dans une analyse du risque intitulée "Coronavirus: Armageddon ou foutaise?"

- Les hôpitaux vont-ils être débordés?

C'est le principal danger de l'épidémie en cours.

Alors que le nombre de cas augmente un peu partout, l'enjeu est de "ne pas saturer les capacités d'hospitalisation des établissements de santé et (...) réserver les ressources des établissements de santé aux cas les plus graves", selon un guide du ministère de la Santé français destiné aux soignants.

Au fur et à mesure que les cas se multiplient, les patients atteints par une forme légère du Covid-19 ne sont plus hospitalisés mais restent chez eux. De même, des hospitalisations non urgentes sont repoussées pour laisser la place aux malades les plus touchés par le Covid-19.

Si l'hôpital sature, "on a un gros risque de monter à (...) 33.150 morts sur 11 millions d'habitants (0,3% de la population belge qui meurt). C'est +peu+ (on ne va pas tous mourir comme on l'entend parfois) mais quand même 100 fois plus que le nombre de tués sur les routes chaque année", écrit le Dr Devos.

L'autre priorité est d'éviter que les soignants soient eux-même contaminés en nombre, ce qui rendrait encore plus difficile la prise en charge des malades.

Si ces questions sont déjà cruciales dans les pays riches, elles se posent avec encore plus d'acuité dans les pays pauvres.

- Quelle transmission, quels symptômes?

Le virus se transmet essentiellement par voie respiratoire et par contact physique. La transmission par voie respiratoire se fait dans les gouttelettes de salive expulsées par le malade, par exemple quand il tousse. Les scientifiques estiment que cela nécessite une distance de contact rapprochée (environ un mètre).

Pour éviter la contagion, les autorités sanitaires insistent sur l'importance des mesures-barrières: éviter de se serrer la main et de s'embrasser, se laver les mains fréquemment, tousser ou éternuer dans le creux de son coude ou dans un mouchoir jetable, porter un masque si on est malade...

Les symptômes les plus courants "comprennent les troubles respiratoires, de la fièvre, une toux, un essoufflement et des difficultés respiratoires", indique l'OMS. "Dans les cas les plus graves, l'infection peut entraîner une pneumonie, un syndrome respiratoire aigu sévère, une insuffisance rénale, voire la mort". 

Il n'existe ni vaccin ni médicament et la prise en charge consiste à traiter les symptômes. Certains patients se voient malgré tout administrer des antiviraux ou d'autres traitements expérimentaux, dont l'efficacité est en cours d'évaluation.

- Quid des animaux domestiques?

Le cas d'un chien testé "faiblement positif" à Hong-Kong, alors que son maître était lui-même contaminé, a soulevé des questions sur les infections homme-animal.

Mais les scientifiques insistent sur le fait que ce cas est isolé et qu'on ne peut en tirer aucune conclusion.

"Il faut faire la différence entre une vraie infection et le fait de simplement détecter la présence du virus", souligne le Pr Jonathan Ball, de l'université anglaise de Nottingham.

"Cela nécessite d'en savoir plus, mais il ne faut pas paniquer, ajoute-t-il. Je doute que ce chien puisse transmettre le virus à un autre chien ou à un homme, en raison du faible niveau de virus détecté. Le vrai moteur de l'épidémie, c'est la transmission d'humain à humain." 

 AFP

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 20:21
Santé : alerte sur l’hôpital public, par Jérôme BULTEL, médecin , chef de service à l’hôpital de Vernon (Eure)

Trois milliards et demi d’euros en moins sur trois ans pour les hôpitaux. Suite à des années de restrictions budgétaires, les hôpitaux doivent encore se serrer la ceinture. Et cette coupe réglée se passe quasiment à l’insu des usagers qui, pour l’instant, ont intégré le discours officiel : si les hôpitaux sont en déficit, c’est qu’ils sont mal gérés. Par ailleurs, ils persistent à penser que nos hôpitaux français sont parmi les meilleurs mondiaux.

Or de nombreux lits sont supprimés, la souffrance des personnels dans leur travail est maintenant patente. Si beaucoup de syndicats se sont groupés lors de la grève du 8 novembre dernier, ce n’est pas un hasard. Un tel regroupement ne s’était pas vu depuis longtemps.

En fait, ce que les usagers ignorent, c’est que ce rationnement est organisé par l’Etat car tous les leviers financiers sont dans les mains des ARS (agences régionales de santé), elles-mêmes aux ordres du ministère de la Santé (et du budget). Le directeur n’a quasiment aucune marge de manœuvre. Il est devenu un simple exécutant des consignes de l’ARS.

Deux mots pour comprendre le principal financement des hôpitaux : la T2A (Tarification A l’Activité). L’Etat a mis en place un découpage des activités de soins (ceux qui s’y prêtent, essentiellement les soins techniques) et leur a attribué un tarif. Les hôpitaux (et les cliniques privées) doivent compter sur ces tarifs pour établir leur budget. Le soin relationnel, pourtant si fondamental, est laissé pour compte. Chaque acteur de soin gère ce temps relationnel comme il peut, sachant qu’il ne rapportera rien à l’établissement. Les ARS ont dit aux hôpitaux : augmentez l’activité, vous réduirez votre déficit. Beaucoup d’hôpitaux ont joué le jeu mais les ARS ont maintenant sifflé la fin de la partie. Elles jouent désormais sur deux tableaux : diminution des tarifs et réduction des effectifs. En effet, la T2A s’est révélée un véritable leurre car, devant l’augmentation d’activité mise en place par les acteurs pour réduire le déficit, les ARS annoncent qu’en raison des contraintes budgétaires (l’enveloppe qui leur est allouée est fermée) les tarifs T2A vont baisser, cette année encore, de 1 % ; ce qui veut dire que pour une même activité (mêmes nombres d’actes, même nombre de séjours etc.), les recettes de l’hôpital sont réduites d’autorité de 1 %.

Le deuxième volet, récent mais très alarmant, c’est la réduction du personnel. En effet, geler les grilles de salaires, mutualiser les achats, regrouper des services, toutes ces réformes sont déjà faites et atteignent leur limite. Ce sont les salaires qui coûtent cher, il faut donc s’en prendre aux ressources humaines. Il faut diminuer la masse salariale, mais en toute discrétion (grâce notamment à la multitude de contrats précaires, facilement révocables, mis en place par la politique frileuse de ces dernières années), par le non-remplacement des départs, par la « mutualisation », c’est-à-dire demander à ceux qui restent de faire, en plus de leur travail, celui de ceux qui sont partis.

Le vocabulaire des discours officiels est d’ailleurs consternant d’hypocrisie, formulée dans la langue du « politiquement correct » : optimisation, plan de performance, efficience, mutualisation, modernisation, pour finalement ne désigner qu’une seule réalité : gérer la pénurie.

Des soins trop rapides, réalisés par un personnel épuisé, deviennent de médiocre qualité. Mais les soignants ne peuvent même pas invoquer la nécessité d’une prise en charge « de qualité » et de « sécurité des soins » (démarche obligatoire très louable mais très chronophage et non budgétée) pour demander davantage de personnel, car cet argument peut se retourner contre eux. En effet il peut alimenter le cynisme des décideurs et leur rouleau compresseur sur la casse du service public de santé. Certains affirment, la main sur le cœur : il vaut mieux moins d’hôpitaux plus sécures que trop d’hôpitaux insécures. Il faut donc fermer des services et si possible des hôpitaux.

L’informatisation généralisée des soins, loin d’être un gain de temps, demande une présence énorme sur l’ordinateur. Tous les patients le constatent : les infirmières sont plus souvent sur leur écran qu’au lit du malade, sacrifiant leur temps à la « traçabilité ». Ces injonctions paradoxales – faire plus et mieux avec moins – rendent les soignants vraiment malades. Cela tourne à une maltraitance organisée. Ce constat est vrai aussi pour les maisons de retraite publiques (EHPAD publics) où les soignants n’en peuvent plus.

On a déjà « optimisé » presque tout de qui pouvait l’être. Le ministère a créé récemment les Groupement hospitalier de territoire (GHT), pour, dit-il, « fluidiser » le parcours du patient et rendre l’accès aux soins plus égalitaire. Pour les médecins c’est en fait une mutualisation supplémentaire : ils seront priés de consulter aussi dans les hôpitaux voisins, tout cela pour éviter de nouvelles embauches.

Finalement à l’hôpital, les directeurs ne peuvent envisager aucun investissement nouveau, sauf les travaux de mise aux normes que voudront bien financer les ARS. Leur vision est seulement celle de leurs tableaux trimestriels, car ils ont deux à trois ans pour prouver qu’ils peuvent mettre en place des économies drastiques. Aucune vision de leur hôpital dans 10 ans n’est possible.

Alors que faire ? Les acteurs et les usagers doivent se réveiller avant qu’une anesthésie très progressive ne les tue. Rétablir aussi de la démocratie, car elle a largement abandonné le domaine de la santé depuis plusieurs années.

En 1996 les ordonnances « Juppé » et la loi de financement ont aligné les dépenses de santé sur le modèle des autres dépenses budgétaires. L’enveloppe nationale est fixée chaque année par les députés : c’est l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM), budget qui finance aussi les hôpitaux et distribue à chaque ARS sa quote-part, enveloppe fermée qui ne peut être dépassée. Depuis plusieurs années le taux d’augmentation de l’ONDAM est très souvent inférieur à l’inflation.

Mais la législation la plus délétère, et de loin, pour les hôpitaux est assurément la loi HPST, dite loi Bachelot. Créée pour « moderniser » l’hôpital, mettre en place un « vrai patron », selon les mots de Nicolas Sarkozy, pour le gérer « comme une entreprise » cette loi a été promulguée en 2009. Au-delà de ces intentions, mensongères pour les raisons expliquées plus haut, faisant croire qu’un hôpital peut être « rentable », elle a considérablement diminué la démocratie à l’hôpital. Les instances n’ont plus aucun pouvoir. Le conseil d’administration a été remplacé par un conseil de surveillance, où les élus, les médecins, les syndicats sont peu représentés, et n’ont qu’un seul pouvoir, celui de mécontenter le directeur et l’ARS, quand ce conseil s’oppose aux injonctions budgétaires, car l’ARS fera quand même ce qu’elle avait prévu. (cf. l’hôpital de Lavaur). Même chose pour les autres instances, la Commission médicale d’établissement (CME), le Comité technique d’établissement (CTE), que beaucoup de membres désertent car leur présence ne change rien.

Marisol Touraine a persisté dans cette politique de coups de rabot et n’a pas rétabli davantage de démocratie. Elle a commandé le rapport Couty qui, en 2013, voulait ce rétablissement, mais il a été enterré.

En février dernier, écœuré, Thomas Dietrich a démissionné avec fracas de son poste de secrétaire de la Conférence nationale de santé (CNS), instance consultative ouverte aux patients, pour dénoncer la « vaste mascarade » que constitue selon lui la « démocratie en santé ».

Or il faut affirmer haut et fort que les soins aux malades n’ont pas vocation à être rentables financièrement, même si chacun est d’accord pour que chaque dépense soit gérée au mieux, avec pertinence et économie.

Je ne suis pas économiste mais je vois, de là où je suis, le désastre humain que ces coupes claires répétées, de droite ou de gauche, entraînent, et je sais que la « santé » de l’économie ne peut justifier tous ces reculs. Le culte qui lui est rendu permet tous les reniements démocratiques (regardons les 49-3 récents.). Elle recouvre le politique jusqu’à l’étouffer. L’ogre financier devient un dieu monstrueux qui, tel Cronos, dévore ses enfants pour leur conserver un père.

A l’hôpital de Vernon où je travaille, des lignes de gardes sont supprimées, des services viennent de fermer alors que cette petite ville de 25 000 habitants est dans l’Eure. Ce département est particulièrement sinistré en matière de santé car il est le 90e département (ex-æquo avec la Guyane) pour le nombre de praticiens, de kinés et d’infirmières par habitant. Ici, les postes de soignants sont sacrifiés, mais pas les postes de sous-directions diverses et de « contrôleurs de gestion » qui, eux, se portent bien.

Tout se passe comme si les politiques publiques étaient en priorité au service de la dette, certes considérable. Cette dette est dite « souveraine », mais en réalité ce sont les financiers qui sont souverains. Les faillites des banques sont désormais protégées par les états.

Il est donc indispensable que les citoyens – tous tôt ou tard usagers des services de santé – soient informés de ces réalités, certes complexes, et se dressent pour arrêter cette machine infernale en marche sur le service public de santé depuis des années.

Jérôme Bultel, praticien hospitalier, médecin chef de service, gériatre à l’Hôpital de Vernon (Eure).

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 18:36
 « Fragilité et bonheur, un bonheur fragile ? »

Réflexion de Mgr Maurice Gardès, Archevêque d’Auch, sur le thème du Dimanche de la Santé, le 8 février 2015 : « Vivants…et fragiles ».

Avouons-le, il peut paraître scandaleux d’associer ces deux mots fragilité et bonheur ; comment l’un et l’autre peuvent-ils s’épouser, sachant que notre aspiration sera souvent celle que chantait Petula CLARK… tout le monde veut aller au ciel, oui, mais personne ne veut mourir, personne ne veut mourir… Nous sommes créés avec une intelligence, une capacité de penser, de prendre un peu de recul par rapport à une perception du monde, trop souvent marquée par la sensibilité et par l’émotionnel. Il est difficile d’entrer d’emblée dans le champ de l’objectivité, marqué par cette capacité de recul, de regard, de constat, d’analyse et d’essai de compréhension de ce qui nous arrive.

Nous connaissons l’histoire de Job. Sa voix se fait entendre : J’ai en partage des mois de déception, à mon compte des nuits de souffrance… (Jb 7, 3). Et pourtant Job est un juste, Dieu serait-il alors injuste en le marquant de tant d’épreuves ? Le pourquoi de sa fragilité, de sa maladie, de ses épreuves devient un leitmotiv dans sa pensée et dans son cœur. Si Dieu est bon et tout-puissant, pourquoi cela ? Ah… ce leitmotiv des pourquoi habite notre humanité depuis son existence ! Pourquoi la mort, pourquoi la fragilité… la vie n’est pas un long fleuve tranquille ! La vie de l’homme sur terre est une corvée, Job nous le rappelle. Aujourd’hui cette phrase prend tout son poids. Les corvées ne manquent pas, les épreuves non plus : métro-boulot-dodo, la vie apparait comme une corvée, une longue monotonie qui nous laisse trop peu de temps pour répondre à nos rêves et à nos désirs ; maladies et souffrances à peine soulagées malgré les antalgiques ; femmes battues, divorces, chômage, violence, deuil… épreuves que nous rencontrons un jour ou l’autre sur notre route ! Et alors ? Que devient le bonheur ? Il devient tout à fait impossible ?…

À nous de réfléchir sur ce que nous mettons sous le mot bonheur et même si nous ne sommes pas habités par la foi… beauté, argent, sexe, réussite professionnelle, familiale, amitié… Quels termes associons-nous spontanément au mot bonheur ? Y-a-t-il une place pour notre fragilité, notre faiblesse, voire nos péchés, pour ne pas nous laisser écraser… ?

Alexandre JOLLIEN, un jeune philosophe, meurtri par la vie, déclare que la fragilité ne lui fait plus peur. Il a essayé de combattre contre la fragilité, mais, lors d’un entretien, il avoue que c’est l’acceptation de cette fragilité, l’abandon à cette fragilité, qui lui permet de gagner en sérénité. Écoutons ce qu’il dit lors de cet entretien !

L’abandon ne doit pas être une souffrance, mais un repos, une confiance. Vivre plus librement, ce n’est pas forcément moins souffrir. Mais accepter la souffrance peut aider à la limiter. Plus jeune, je voulais zigouiller la douleur, je ne comprenais pas que c’était justement cet acharnement épuisant à la combattre qui la nourrissait. Aujourd’hui j’ai compris. Pour moi, le saut décisif réside dans cette acceptation, dans l’abandon. Avant, même dans mon approche philosophique, je portais un masque. Je jouais un rôle. Un rôle devant les autres, mais je me mentais également à moi-même. J’étais sûr qu’il fallait accepter la blessure et aller de l’avant. Je pensais y être arrivé. Mais en fait, cette blessure, je la combattais, je luttais contre. (Entretien avec Violaine GELLY).

Une main sur la beauté du monde, une main sur la souffrance des hommes

Cet entretien nous paraît très révélateur d’une conversion de comportement qui, dans l’abandon, amène paix et sérénité, confiance et bonheur. Il n’y a pas de bonheur hors nos fragilités, le bonheur est possible au cœur même de ma fragilité, tout dépend de sa réception et de son vécu. Mesurons bien que le témoignage de ce philosophe n’a rien à voir avec une attitude passéiste, mais au contraire, elle est le fruit d’un combat de la pensée et d’un comportement pratique.

Que disent l’Évangile et l’Église à ce sujet ? N’oublions pas que Jésus, lorsqu’il s’adresse aux disciples sur la montagne, il leur promet le bonheur. Nous connaissons bien la litanie heureuse et douloureuse des béatitudes qui ne va pas du tout de soi ! Elle est plutôt l’anti-béatitude de la société, d’un bonheur qui se réduirait au plaisir ! Dans cette série des heureux ceux qui…prononcée par Jésus, le Seigneur nous indique un chemin incontournable, celui de la relation aux autres, de la relation à Dieu et à ses frères : ne pas dépouiller l’autre… heureux les pauvres… ne pas oublier l’autre, victime de la faim, la soif, la maladie, la torture, la violence, l’exclusion… oui, heureux les artisans de justice et de paix…chacun peut reprendre à son compte et en Église ces béatitudes… toutes nos révèlent un rapport à Dieu et à nos frères. Dans notre fragilité, la présence d’un frère, d’un ami, près de nous, devient une huile qui radoucit la plaie, comme un sacramentaire du sacrement des malades accompagné de l’onction d’huile qui radoucit et pénètre… le bonheur devient intérieur et ne reste pas superficiel ! À cette condition la fragilité peut même devenir chemin de la beauté de l’amour humain. Nous connaissons la devise du Père François VARILLON : Une main sur la beauté du monde, une main sur la souffrance des hommes, et les deux pieds dans le devoir du moment présent.

Cela est admirablement exprimé dans les actes posés par Jésus lorsqu’il guérit les malades (1), ou encore dans l’Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium, la Joie de l’Évangile, donnée par le pape François ce 24 novembre 2013, § 209 :

Jésus, l’évangélisateur par excellence et l’Évangile en personne, s’identifie spécialement aux plus petits (Mt 25, 40). Ceci nous rappelle que nous tous, chrétiens, sommes appelés à avoir soin des plus fragiles de la terre. Mais dans le modèle actuel de succès et de droit privé, il ne semble pas que cela ait un sens de s’investir, afin que ceux qui restent en arrière, les faibles ou les moins pourvus, puissent se faire un chemin dans la vie.

Ainsi donc le pape nous rappelle qu’il n’y a pas d’Évangile possible, qu’il n’y a pas de vie chrétienne possible sans acceptation de cette fragilité, sans esprit de service des plus petits, des plus pauvres, des plus faibles. Que le Seigneur nous donne la force et la douceur de son Esprit pour être des témoins vivants de cette conviction : Fragilité et bonheur ne sont possibles que si, ENSEMBLE, nous avançons sur le chemin du bonheur donné par Jésus ! Bonne route à tous !

Mgr Maurice Gardès

Archevêque d’Auch

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 18:06
Témoignage de Dominique Trimoulet au Congrès du « Toucher Massage » à Dijon

Extraits du témoignage de Dominique Trimoulet, Aide Soignant et Prêtre de la Mission de France lors du 6ème Congrès Européen du « Toucher – Massage » au Palais des Congrès à Dijon les 2 et 3 juin 2014 :

Et si on parlait d’amour ?

Je suis aide-soignant depuis 1976, prêtre depuis 1992, formé en toucher-massage en 2003 et 2005 et formateur-facilitateur toucher-massage en 2OO8. Actuellement je travaille dans un Service de Soins Infirmiers à Domicile et assure une trentaine de journées par an de formation « toucher-massage » auprès de soignants. J’ai désiré me former en massage après 25 ans de pratique hospitalière. J’éprouvais le besoin de me renouveler, lassé de cette médecine qui parfois fait des merveilles, mais qui a une vision très mécanique de l’homme. Je cherchais une approche plus globale.

(…)

I) Ma rencontre avec un souffle, un esprit, une animation qui m’est familière

Dans tous les services hospitaliers où j'ai travaillé, j'ai toujours rencontré au moins une collègue avec qui j'ai vécu ce qu'aujourd'hui j'appelle l'expérience de la reconnaissance. Nous nous reconnaissions auprès des personnes soignées, dans une attitude commune, une certaine manière d'être, une allure, une posture, un style, une présence, un esprit... Je multiplie les mots parce que « cela » ne rentre pas dans une définition. Cela traverse les écoles, les chapelles, les groupes d'appartenance, les types de caractères... J'ai retrouvé « cela » à hautes doses chez ceux que le « Toucher-Massage » attire. Le fait que les organisateurs de ce congrès me donnent la parole aujourd'hui n'est pas étranger à cette reconnaissance.

Une pédagogie commune pour des domaines si différents

Dans mes premiers pas en « Toucher-Massage », je fus surpris de reconnaître une certaine similitude dans la pédagogie du formateur avec celle que je mets en œuvre dans l'animation de groupes de lecture biblique. Il n'est pas besoin d'être expert pour masser comme pour lire un texte, source d'une tradition religieuse : cela est accessible pratiquement à toute personne qui en a le désir. Dans les deux cas, ce n'est pas d'abord la technique ou le savoir qui importent : il n’est pas nécessaire d’enseigner l'anatomie aux stagiaires qui désirent se former en « toucher-massage », pas plus que j'enseigne un savoir sur la façon dont les textes ont été écrits et à qui ils s'adressaient. Certains pensent que ce savoir est indispensable et qu'il est dangereux de s'en passer. Pas nous.

Mais alors qu'est-ce qui importe ?

Rentrer en présence d'autrui avec des mains bienveillantes pour le « Toucher-Massage » et devenir le sujet d'une interprétation d'un texte. L'autre par le « Toucher-Massage », comme le texte par la lecture me convoquent, m'appellent à répondre présent. J’y reviendrai. Toutes les techniques, les tours de main et les savoirs ne servent à rien si mes mains ne sont pas habitées, si je n'y suis pas présent. De même, j'aurais beau lire des tas de commentaires pieux et savants, faire des études sur l'histoire de la rédaction d'un texte, il restera lettre morte tant que je ne me serais pas risqué à une interprétation : « oui cette histoire là me parle et voilà ce que j'entends. ».

Je n'ai rien contre le savoir. Certains se sont battus et se battent pour que tous puissent y avoir accès : merci à eux. Mais le savoir objective, et ici il est question de sujets, de ce qui les anime, de ce qui les inspire, de ce qui les relie. En un mot il s'agit de spiritualité.

Une lecture du cheminement des stagiaires à travers leur mémoire de fin de formation.

J'ai la chance de faire passer les validations de fin de formation et de lire tous les ans plusieurs mémoires. Dans une grande majorité, il est fait référence avec reconnaissance au formateur de base avec qui les stagiaires ont fait leurs premiers pas en Toucher-Massage. Ces premiers pas sont parfois bouleversants, bousculant, troublants, mais plus ou moins rapidement, ils sont heureux. Ce bonheur là, c'est pour moi celui, j'emploie des gros mots, celui de l'avènement du sujet. Et cet avènement peut être difficile, si la personne a connu et connait plus de méfiance que de confiance. Le merci des stagiaires va au formateur qui a su garantir un climat et un cadre de confiance pour le groupe des stagiaires et croire en chacun d'eux.

(…)

II) Méditation au carrefour de ma pratique et de ce qui m’inspire…

La présence

Vous voyez, pour moi, le thème de ce Congrès vient comme le fruit mur d'une longue histoire. L'aventure que j'ai décrite se déroule depuis plus de trente ans. La plupart des soignants qui y ont participé en ont été marqués. Dans le bilan d'une formation, une aide-soignante l’exprime ainsi: « Je fais les mêmes choses qu'avant mais pas avec les mêmes mains ». Je dirais, maintenant mes mains sont habitées. Et cela est perçu par la plupart des personnes soignées. Je garde en mémoire une scène qui m’a marqué. C’était un de ces matins où tout va de travers : la bousculade pour arriver à l’heure au travail, une collègue est absente : il faut se répartir sa tournée. On part plus tard que d’habitude pour une plus grosse tournée… Je commence, stressé. Au troisième patient, je ne suis pas encore arrivé à me poser. C’est une femme âgée originaire d’Afrique du nord. Elle est toute recroquevillée dans son lit et ne communique plus depuis longtemps. Elle garde les yeux fermés pendant le début de la toilette. Quand j’en viens à lui laver le dos, je la masse en même temps. Le balancement fait son effet : enfin je me pose, mes gestes sont moins rapides, plus souples. Je retrouve mon calme intérieur. La femme a ouvert les yeux et me regarde dans les yeux. Après l’avoir installée dans son fauteuil, je me mets à sa hauteur et lui dis : « Je ne sais pas si vous me comprenez, mais je tiens à vous dire merci, vous m’avez fait du bien » Nous restons un moment les yeux dans les yeux… La fin de la matinée s’est déroulée paisiblement.

Quand je l’ai massée, elle était présente et j’ai répondu à sa présence. Présence, c’est un mot que j’aime bien. Un cadeau, c’est ce par quoi, je me rends présent à autrui. J’ai vécu cette présence réciproque comme un cadeau. D’où le besoin de dire merci. C‘est de cela que je parle quand je dis que l’autre me convoque.

J’ai beaucoup médité sur cette présence à l’autre, perçue à travers le toucher. Je viens de vous en donner un aperçu. En voici deux autres :

Le premier : c’est une surprise vécue au cours de mon premier stage de formation en grand groupe à Dijon. Dans la même matinée deux personnes avec qui j’avais peu parlé m’ont dit, suite à mon massage. « Je retrouve dans ton massage, la même attitude que celle que tu as dans le groupe ». Suite à un massage on ne me parlait pas d’abord de ce que j’avais fait mais de ce que les personnes massées avaient perçu de moi. Si je rentre dans la relation par le toucher, cela demande un certain engagement. D’une certaine façon, le masseur est aussi nu que le massé. Nous retrouvons bien là une des conséquences de la réciprocité immédiate du toucher : je ne peux toucher sans être touché. C’est ici que le cadre dont j’ai parlé est précieux. Je m’engage, je réponds présent, dans le cadre d’une relation de massage et ou de soin.

Le second est en référence à un texte biblique. Ce texte s’est imposé à moi au cours d’un massage. Je participais à une session de lecture biblique en montagne, proposée à des familles. L’après midi et les soirées étaient occupées par divers activités de vacances. Lors de la première soirée, nous nous sommes présentés et j’ai dis que je venais d’un stage de massage. Plusieurs ont manifesté le désir d’être massés, particulièrement des jeunes filles de 12/13 ans. Rendez-vous est pris et me voilà avec ces jeunes filles très impressionné de leur confiance ainsi que celle de leurs parents.

Au moment de poser mes mains sur ce corps jeune, en début de transformation, j’ai comme entendu cette phrase que Moïse s’entend dire par Dieu : « Ôtes tes sandales car la terre que foulent tes pieds est une terre sainte. » Oui, il me fallait une infinie délicatesse pour aborder ce corps. Il n’était pas question d’y aller avec de gros sabots, mais plutôt comme pieds nus sur une herbe tendre. J’ai été voir ce texte de plus prêt. C’est Moïse qui conduit son troupeau au delà du désert et qui voit un buisson qui brûle sans consumer. Il fait un détour pour voir et c’est là qu’il s’entend dire : « ôtes tes sandales ». S’en suit un dialogue où Dieu révèle son nom ; Yahvé qui se traduit par « je suis/ serai celui qui suis/sera » (en hébreu, il y a un temps de verbe qui est un présent qui dure dans le futur où un futur déjà présent). Cette terre de la rencontre est la terre de la présence. Le feu qui brûle sans consumer est une belle figure de « Je suis/sera » : une présence qui n’est pas un feu de paille. C’est aussi une belle figure de l’amour qui parfois brûle sans consumer. L’amour qui peut brûler sans s'éteindre ou se réduire en cendre comme cela arrive pour certains couples ou dans l’amitié. Le corps m’est apparu comme le lieu par excellence de la présence, le lieu de l’être, donc terre de sainteté ou terre sacrée si vous préférez : un lieu éminemment spirituel.

Il n’est donc pas étonnant que ceux qui découvrent le massage et reçoivent le respect qui leur est du en soient bouleversés parce que les lieux sont rares où il est possible de vivre cela. Un lieu où l’on n’est pas dévisagé dans un regard de jugement, mais un lieu où l’on est envisagé. Les mots d’Emmanuel Levinas me viennent : « Visage, déjà langage avant les mots, langage originel du visage humain, dépouillé de la contenance qu’il se donne - ou qu’il supporte – sous les noms propres, les titres et les genres du monde. » Je répète, laissez vous emporter par les mots : « Visage, déjà langage avant les mots, langage originel du visage humain, dépouillé de la contenance qu’il se donne - ou qu’il supporte – sous les noms propres, les titres et les genres du monde. » Ce sont de ces paroles poétiques dont on ne fait jamais le tour. Les mains respectueuses perçoivent ce langage originel du visage de celui qui, dans le toucher-massage les accueillent.

Des mains qui envisagent…

Encore une scène au travail. Je rentre pour la première fois chez une femme que nous prenons en charge suite à une ablation d’un sein porteur d’une tumeur cancéreuse. Quand elle voit que c’est un homme qui vient lui faire sa toilette, elle fait la grimace. Elle est couchée dans le lit conjugal : pas de lieu plus intime pour une femme atteinte dans son intimité. Je mets de suite des mots sur sa grimace. Puis nous commençons la toilette. D'emblée elle est réceptive au massage. Elle me quitte avec le regret que ce ne soit pas moi qui revienne le lendemain. Par la suite, elle ne manifestait aucune gène et se douchait devant moi en toute simplicité, je n’intervenais que pour lui masser le dos et le bras. J’associe cette simplicité à la joie de bon nombre de soignants que je rencontre dans les formations toucher-massage d’avoir pu oser se dénuder pour recevoir un massage, qui du dos, qui du ventre, qui des jambes. J’ai souvent entendu au moment du bilan : « si ce matin on m’avait dit qu'aujourd’hui je montrerai mon dos, je ne l’aurais pas cru. » Et c’est toujours heureux comme de découvrir que ce qui était impossible le devient. Une fois de plus, il y a eu croisement avec un récit biblique : le coup de la pomme d’Adam. Sauf que dans l’histoire ce n’est pas une pomme c’est le fruit de l’arbre « du connaitre bien et du connaitre mal. » Vous savez, ce prétendu savoir sur autrui. « 0h moi je te connais, tu es comme ceci ou comme cela ! Je sais ce qui est bon ou mal pour toi. Ce fruit, c’est le seul dans le jardin qu’il est interdit de manger. Le seul fruit qu’on ne peut pas saisir. Quand Adam et Eve l’eurent mangé, ils se cachèrent au milieu du feuillage parce qu’ils étaient nus et qu’ils avaient peur. Ils étaient comme un fruit dont on peut mettre la main dessus, que l’on peut saisir. Les mains qui envisagent ouvrent les portes du jardin d’Eden, de ce jardin où l’on ne met pas la main sur vous.

Quand on associe le geste de bien être au geste de soin, on ne répond pas seulement à un besoin de la personne, on s’adresse à elle, pour elle. Elle n’est plus seulement objet de soins, mais sujet recevant un soin. La plupart des personnes le perçoit. Dans le film dont je vous ai parlé au début une femme l'exprime ainsi : « on est obligé de se laisser toucher quand on a besoin de soins. Mais être touché sans être aimé, c’est compliqué… » Je pense particulièrement à une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. La toilette était souvent une épreuve de force, mais si je la massais avec le savon, la plupart du temps, la toilette se déroulait paisiblement et je recevais plutôt des mots doux que les insultes coutumières.

Pour conclure : aimer, c'est accepter d'entrer en réciprocité

Je cite une autre personne témoignant dans le film (1) : « Au début, quand Dominique me massait avec le savon au cours de la toilette, cela me faisait du bien. Il n'est pas obligé de le faire. Je me suis dit, 's'il le fait, c'est parce qu'il m'aime bien, comme il aime bien les autres personnes a qui il le fait » (Cette personne n'était pas au courant du thème de notre Congrès). Elle ajoute, en cherchant ses mots : « il m’aime comme un frère ». La relation de frère est une relation réciproque comme le toucher. Mais cette réciprocité n’empêche pas la différenciation. Dans la fratrie, il y a des frères et des sœurs, des ainés et des derniers : ils sont tous frères et sœurs les uns des autres. Les-uns-les-autres : en grec ancien, c’est un seul mot. Ce mot est présent dans des passages clés de l’Evangile selon St Jean. Jésus, au cours de son dernier repas avec ses disciples, se lève de table et se met à leur laver les pieds après avoir mis un tablier. Quand il a fini, il ôte son tablier, reprend sa place et dis : « Comprenez-vous ce que je viens de faire? Vous m’appelez maitre et seigneur et vous avez raison car je le suis. Si votre seigneur et votre maitre vous lave les pieds, vous devez le faire les-uns-les-autres » « Les-uns-les-autres» à hauteur des pieds, n’est pas une uniformisation, une confusion ou même une fusion. Mais c’est une invitation à entrer en relation de réciprocité, peau à peau, à raz de terre, à raz d’humus. Adam est tiré d’adama, en hébreu, c’est la terre, comme le mot « humain » trouve sa racine dans l’humus. « Les-un-les-autres » d’une commune humanité, une humanité différenciée faite de sujets. « Les-uns-les-autres » pour que parmi les sujets certains ne soient pas assujettis aux autres.

« Les-uns-les-autres », peau-à-peau, soignant-soignés pour sortir du faux dilemme entre une attitude dite professionnelle et la confusion affective. Dans le soin se reconnaitre d’une commune humanité. Une commune humanité appelée à s’aimer les-uns-les-autres.

Et pour finir : un dernier mot

Pour moi, la source de cet appel à un nom et c’est aussi en ce nom que je dis du bien de vous, de ce qui vous anime, de ce qui vous inspire, de ce qui vous donne du souffle, vous qui avez répondu à cette invitation : « Et si on parlait d’amour ? »

Dominique TRIMOULET

(1)Reportage de l’émission Le Jour du Seigneur sur France 2

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