Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
  • Contact

Recherche

Articles Récents

19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 08:09
A Evreux, les conversions de chrétiens à l'islam interrogent l'Eglise

Un certain nombre de chrétiens, surtout des jeunes, se convertissent chaque année à l'islam.

Dans le diocèse d'Évreux, des responsables d'Église reconnaissent que ces démarches leur posent parfois question.

Elle sera abordée aujourd'hui dans un colloque organisé par l'Institut catholique de Paris, pour le 50e anniversaire de la déclaration Nostra aetate du concile Vatican II sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes.

ÉVREUX, VERNON [Eure)

De notre envoyée spéciale

Même cachés par une barbe blonde ou un voile, les convertis à l'islam sont bien visibles dans les mosquées de l'Eure, à Évreux, Vernon ou Val-de-Reuil... Étaient-ils chrétiens avant d'embrasser leur nouvelle foi ? Pratiquants ? Impossible de le dire, mais, dans le diocèse, nombreux sont ceux qui connaissent des jeunes qui, après avoir été baptisés, catéchisés, voire confirmés - comme Maxime Hauchard, ce jeune homme qui a rejoint les rangs de Daech en Syrie - ont choisi de devenir musulmans

Si le mouvement n'a rien d'un raz de marée, le P. Jean-François Berjonneau, délégué relations avec l'islam et co-animateur du service Carrefour des cités dans le diocèse d'Évreux, le reconnaît : « Comme pasteur, ces conversions me posent question. » Le sujet reste pourtant encore difficile à aborder dans l'Église catholique. Sur la dizaine de membres du petit groupe Carrefour des cités, qui se forme chaque mois à l'église Saint-Jean-Baptiste située dans la ZUP de Vernon, nul ne semble avoir remarqué le phénomène. Tout juste Josette constate-t-elle que le nombre de couples mixtes augmente et que, « le plus souvent, la femme, qui était chrétienne, se convertit ».

Membre de l'équipe d'animation paroissiale et d'origine sénégalaise, Irène, elle, est bien consciente du travail à mener. « Cela fait plusieurs années que je demande une formation pour nous apprendre à nous défendre », lance la jeune femme. À ses côtés, le curé, le P. Jean-Marc Le Cam, tique sur ce dernier terme. « Tous les jours, j'entends des remarques de mes voisines sur ma religion, par exemple si je me mets un foulard sur la tête un matin, parce que je n'ai pas eu le temps de me coiffer », poursuit-elle, citant aussi ce dimanche où elle a repris son fils qui « n'osait pas dire à ses copains qu’ 'il allait à la messe ». « Eux, les musulmans, sont fiers d'aller à la mosquée », constate-t-elle.

Preuve que le sujet est sensible, une initiative interreligieuse dans le quartier populaire de La Madeleine à Évreux a tourné court : engagés tous les deux dans un dialogue islamo-chrétien, Bissenty, jeune chrétien d'origine sénégalaise, et Grégory, musulman, converti, avaient eu l'idée d'une célébration commune de la fête des mères. Pas question, ont répondu les mères chrétiennes d'origine sénégalaise, critiquant avec véhémence « ces musulmans qui nous piquent nos enfants ». « Certains jeunes d'origine africaine m'ont rapporté que des musulmans les invitaient explicitement à la mosquée en leur affirmant que "l'islam est la religion des Noirs" », confirme le P. Berjonneau.

« Nous avons encore du mal à aborder le sujet, d'autant que la problématique est nouvelle », reconnaît sœur Yannique, religieuse des Filles de la Charité, qui co­anime les activités de Carrefour des cités. Malgré leurs maigres moyens, sans animosité aucune, et avec le soutien de leur évêque, Mgr Christian Nourrichard, les responsables de ce service diocésain actif dans les quartiers populaires souhaitent que la réflexion s'engage, d'abord pour comprendre le phénomène.

Si le prosélytisme musulman est, parfois, indéniable, la religion musulmane semble, également, exercer un véritable attrait sur les jeunes. Et ce d'autant plus facilement que, comme le note Mgr Nourrichard, « la présence chrétienne est souvent très très légère dans ces quartiers ». La « convivialité » - notamment à l'occasion des fêtes -, la « simplicité » de la foi musulmane, la « clarté » des règles du permis/interdit sont souvent mises en avant, constate le P. Berjonneau, à qui un jeune converti a confié être « désormais en paix grâce aux rites et obligations de sa nouvelle religion qui lui disent ce qu'il faut faire pour prier ».

« J'ai quelques amis et cousins qui se sont convertis. À mes yeux, il ne s'agit pas d'un vrai rejet de la religion catholique. C'est plutôt qu'ils n'y avaient pas trouvé leur place et restaient dans une quête de sens, de discipline et de partage », confirme Bissenty. « Peut-être les choses auraient-elles été différentes si un ami les avait amenés vers le < Christ, mais il s'en est trouvé un qui leur a k fait découvrir le Prophète. » « Nous avons c besoin d'être enracinés pour oser nous affirmer comme chrétiens », confirme Irène, qui constate que les parents d'origine étrangère, maîtrisant mal le français, ont à du mal à transmettre leur foi à leurs enfants nés en France...

Même si le travail n'en est qu'à ses débuts, l'idée d'une pastorale spécifique pour « soutenir » ces jeunes chrétiens et les aider à « témoigner sans honte et sans peur de leur foi », selon la formule de l'évêque, fait son chemin. « Il faut les aider à trouver une stature de croyants et qu'ils ne soient pas démunis, quand on les interroge, pour dire en qui ils croient », appuie sœur Yannique. Autrement dit, résume le P. Berjonneau, à confesser, « avec des mots audibles par des musulmans, cette foi en Jésus qui les pousse à aller vers l'autre ».

ANNE-BÉNÉDICTE HOFFNER

« Le dialogue, un impératif de notre foi »

« Qu'en est-il de l'islam, de son vrai visage ? Peut-il y avoir une inscription pacifique de la présence des musulmans dans nos sociétés européennes ? Ne constate-t-on pas une radicalisation de certains musulmans ? Que penser de ces jeunes qui se "convertissent " et sont tentés de rejoindre les forces armées de l'État islamique ? » Pendant trois jours, les évêques et délégués des conférences épiscopales d'Europe pour les rapports avec les musulmans ont débattu de ces questions à Saint-Maurice, en Suisse. Dans leur déclaration finale publiée vendredi, ils affirment être convaincus que le dialogue entre chrétiens et musulmans n'est pas seulement nécessaire « plus que jamais pour construire la paix, mais que c’est un impératif de notre foi ».

Source : La Croix mardi 19 mai 2015 page 18

www.la-croix.com

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans islam
commenter cet article

commentaires