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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 07:17
Être chrétien

Petit exercice, en une page, dire ce qu'est être chrétien.

 

Depuis bientôt 2000 ans, des hommes et des femmes se disent disciples de Jésus de Nazareth. Cet homme « passait en faisant le bien » (Actes des Apôtres 10, 38). Les disciples demeurent attachés à sa manière de vivre avec les autres, de mourir (Evangile de Marc 15, 39), de parler de Dieu (Evangile de Luc 4, 36), d’être homme pour les autres (Evangile de Matthieu 20, 28), de s’effacer pour qu’ils soient premiers (ib., 19, 30), d’aimer jusqu’au bout (Evangile de Jean 13, 1).

Ce n’est pas un hasard si la parole de Jésus la plus connue est « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Evangile de Jean 15, 12)

Après sa mort par le supplice de la croix le 7 avril 30 (date la plus probable), ses disciples le reconnurent vivant. Son corps déposé au tombeau et au vide s’est relevé comme un corps de frères (Première lettre de Paul aux Corinthiens 11, vers l’an 53). Plongés dans la mort et la résurrection de Jésus, les baptisés sont membres de ce corps qu’anime l’Esprit de Jésus.

Suivre Jésus, cela voulut de suite dire choisir de vivre comme lui. L’un des titres les plus anciens pour parler de Jésus est celui de messie, (qu’on traduit en grec par Christ) ; dès les années 60 de notre ère, le nom de chrétien est donné aux disciples (Actes des Apôtres 11, 26).

On a fini par identifier le christianisme avec la civilisation de l’Europe. Cela mène parfois à détester l’Eglise à cause de la violence des croyants (croisades, inquisition, collusion du pouvoir et des clercs contre la liberté, etc.) ou inversement à l’idolâtrer (les cathédrales, la culture, les hôpitaux et écoles, etc.) L’Eglise est l’assemblée de pécheurs qui reçoit sa sainteté de Dieu. Sans le Christ, elle n’a pas de sens.

Alors que les actes criminels de prêtres sont révélés, on peut se demander comment demeurer chrétien et catholique. Pourtant, l’urgence de l’amour du prochain, de faire que tout homme puisse trouver en nous un prochain (Evangile de Luc 10, 36) est telle que la vie et la mort de Jésus, la Parole de Dieu, demeurent une source indépassable de paix pour le monde et le sens de la mission.

Jésus a choisi de servir d’abord ceux qui sont exclus de la société (malades, handicapés, étrangers, pauvres, prisonniers, etc.). Son rapport aux étrangers, par exemple, interdit toute xénophobie ou ethnocentrisme. Etre disciples de Jésus en Eglise est un engament politique, témoigner et agir dans la cité (polis en grec) parce que la fraternité est le but de l’humanité. Si Dieu est le Père de tout homme, tous ne sont-ils pas frères ? (Cf. Evangile de Matthieu 25, 31-46)

Les chrétiens ne sont pas les seuls à vivre l’amour des frères, la charité, la solidarité ou la sollicitude et nombre de chrétiens n’y sont guère fidèles. La frontière entre chrétiens et non-chrétiens ne passe pas tant entre les personnes qu’à l’intérieur de chacune. Assurer le service de la fraternité et de l’amour « au nom de Jésus », « à cause de Jésus », c’est reconnaître que tout n’est pas dit sur l’homme avec l’homme, qu’en l’homme il y a une vie, une source de vie. Dieu se donne : il est créateur. « Prenez, ceci est mon corps, buvez, c'est mon sang. » (Evangile de Marc, 22 et 24)

Pour parler de Dieu, c’est le vocabulaire de la relation et de l’amour qu’il faut emprunter. Paul, moins de vingt ans après la mort de Jésus, tient ces drôles de propos : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Paul aux Galates 2, 20, vers 55), « pour moi, vivre c’est le Christ » (Paul aux Philippiens 1, 21, vers 61). C’est ce que disent les amants ! Pour moi, vivre, c’est elle, c’est lui. Prends, c’est mon corps pour toi.

Cela explique le sens de la prière. Non pas amadouer une divinité hostile ou obtenir d’elle ce qui est inespéré, non un culte des morts, non pas non plus dire des prières ou accomplir des rites, mais exister devant Dieu, avec et pour lui. Cela ne relève pas de l’utilité et en ce sens ne sert à rien. C’est pure gratuité, gracieux, selon la grâce. Les chrétiens sont les prophètes de cette gratuité.


 

Patrick ROYANNAIS

Prêtre à la paroisse Saint-Edme de la Vallée du Serein (Diocèse de Sens Auxerre)

 

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