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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 18:46
Le vaccin contre le Covid-19 doit être un bien universel à disposition de tous, affirme le pape François

Lors de l’audience générale du 19 août 2020, qui s’est tenue dans la bibliothèque du Palais apostolique, le pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la manière dont les chrétiens sont appelés à réagir face à la pandémie de Covid-19.

Chers frères et sœurs, bonjour !

La pandémie a mis en lumière la situation difficile vécue par les pauvres et les grandes inégalités qui règnent à travers le monde. Et le virus, qui ne fait aucune distinction entre les personnes, a rencontré au long de son parcours dévastateur, de grandes inégalités et discriminations. Et il les a accrues !

La réponse à apporter à la pandémie est donc double. D’un côté, il est indispensable de trouver un traitement contre un virus petit mais très virulent, qui est en train de mettre à genoux le monde entier. De l’autre, nous devons guérir d’un grand virus, celui de l’injustice sociale, de l’inégalité des chances, de la marginalisation et du manque de protection envers les plus faibles. Dans cette double réponse à apporter, il y a un choix incontournable, selon l’Évangile : l’option préférentielle pour les pauvres (1). Et ce n’est pas une option politique, ni une option idéologique, pas plus une option partisane. L’option préférentielle pour les pauvres est au cœur de l’Évangile. Et le premier à avoir fait ce choix est Jésus : nous l’avons entendu dans l’extrait de la Lettre aux Corinthiens qui a été lu au début. Lui, qui est riche, s’est fait pauvre pour nous rendre riches. Il s’est fait l’un de nous, et c’est pour cela que cette option est au cœur de l’Évangile, au cœur de l’annonce de Jésus.

Le Christ lui-même, qui est Dieu, s’est dépouillé, se rendant semblable aux hommes, et il n’a pas choisi une vie de privilégié, mais il a choisi la condition de serviteur (cf. Ph 2, 6-7). Il s’est anéanti lui-même en se faisant serviteur. Il est né dans une humble famille, et il a travaillé en tant qu’artisan. Au début de sa prédication, il a annoncé que les pauvres étaient heureux dans le Royaume de Dieu (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20) (2). Il a été au milieu des malades, des pauvres, des exclus, leur montrant l’amour miséricordieux de Dieu (3). Très souvent, il a été jugé comme un homme impur car il est allé auprès des malades, des lépreux qui, selon la loi de l’époque, étaient impurs. Et il a pris ces risques pour être proche d’eux.

C’est pourquoi les disciples de Jésus se reconnaissent à leur proximité avec les pauvres, les petits, les malades et les prisonniers, les exclus, les oubliés, ceux qui sont privés de vêtements et de nourriture (cf. Mt 25, 31-36) (4). Nous pouvons lire ce qu’est ce fameux critère selon lequel nous serons tous jugés. C’est dans Matthieu au chapitre 25. C’est le critère essentiel d’un christianisme authentique (cf. Ga 2, 10) (5). Certains pensent à tort que cet amour préférentiel pour les pauvres est un devoir qui ne concerne que quelques-uns, mais c’est en réalité la mission de toute l’Église, comme le disait saint Jean-Paul II (6). « Chaque chrétien et chaque communauté sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération et la promotion des pauvres » (7).

La foi, l’espérance et la charité nous poussent nécessairement vers cette préférence pour les plus pauvres (8), qui va au-delà de la simple assistance indispensable (9). Elle implique en effet d’avancer ensemble, de se laisser évangéliser par eux, eux qui connaissent bien le Christ souffrant, de se laisser « contaminer » par leur expérience du salut, leur sagesse et leur créativité. Partager avec les pauvres signifie s’enrichir à leur contact. Et si ce sont des structures sociales déficientes qui les empêchent de rêver à leur futur, nous devons travailler ensemble pour guérir ces structures, pour les changer (10). C’est à cela que nous conduit l’amour du Christ, qui nous a aimés jusqu’à la mort (cf. Jn 13, 1), et qui arrive jusqu’aux extrémités, aux marges, aux frontières existentielles. Mettre les périphéries au centre signifie centrer notre vie sur le Christ, qui « s’est fait pauvre » pour nous, pour nous enrichir « par sa pauvreté » (2 Co 8, 9) (11).

Nous sommes tous préoccupés par les conséquences sociales de la pandémie. Tous. Beaucoup veulent revenir à une situation normale et que l’activité économique reparte. Mais cette « normalité » ne devrait pas inclure les injustices sociales et la dégradation de l’environnement. La pandémie est une crise, et d’une crise on ne ressort pas inchangé : soit on en ressort meilleur, soit on en ressort plus mauvais. Nous devrions en ressortir meilleurs, pour lutter contre les injustices sociales et la dégradation de l’environnement. Nous avons aujourd’hui l’occasion de construire quelque chose de différent. Nous pouvons par exemple favoriser une économie de développement intégral pour les plus pauvres et non pas une économie d’assistanat. En disant cela, je ne veux pas condamner l’assistance, les œuvres d’assistance sont importantes. Pensons au système de volontariat, qui est l’une des plus belles actions de l’Église italienne. Mais nous devons aller plus loin, et trouver une solution aux problèmes qui nous conduisent à porter assistance. Favoriser une économie qui n’a pas recours à des remèdes qui, en fait, empoisonnent la société, comme par exemple la recherche de rentabilité conduisant à supprimer des postes de travail sources de dignité (12). Ce type de profit est sans lien avec l’économie réelle, celle qui devrait profiter à tous (13), et semble parfois indifférent aux dommages infligés à la maison commune. L’option préférentielle pour les pauvres, cette exigence éthique et sociale qui vient de l’amour de Dieu (14), nous donne l’impulsion pour penser et concevoir une économie dans laquelle les personnes, et surtout les plus pauvres, sont au centre. Et cela nous encourage aussi à prévoir un traitement contre le virus privilégiant ceux qui en ont le plus besoin. Ce serait bien triste si l’on devait donner la priorité aux plus riches pour le vaccin contre le Covid-19. Ce serait bien triste si ce vaccin devait devenir la propriété de telle ou telle nation, et non un bien universel à disposition de tous. Et quel scandale ce serait si tous les programmes de soutien à l’économie que nous voyons - la plupart avec de l’argent public - se concentraient sur un soutien aux secteurs qui ne contribuent pas à l’inclusion des exclus, à la promotion des plus faibles, au bien commun ou au soin de la création. Voilà des critères qui permettent de choisir les secteurs qui doivent être soutenus : ceux qui contribuent à l’inclusion des exclus, à la promotion des plus faibles, au bien commun et au soin de la création. Quatre critères.

Si le virus devait à nouveau s’intensifier dans un monde injuste envers les plus pauvres et les plus fragiles, alors nous devons changer ce monde. À l’exemple de Jésus, ce médecin de l’amour divin intégral, c’est-à-dire de la guérison physique, sociale et spirituelle (cf. Jn 5, 6-9) - comme l’étaient les guérisons de Jésus -, nous devons agir maintenant, pour guérir les épidémies provoquées par de petits virus invisibles, et pour guérir celles provoquées par les injustices sociales, grandes et visibles. Je propose que ce soit fait en partant de l’amour de Dieu, en mettant les périphéries au centre et les derniers à la première place. N’oublions pas ce critère selon lequel nous serons jugés, de Matthieu, chapitre 25. Mettons-le en pratique avec cette reprise de l’épidémie. Et à partir de cet amour concret, ancré dans l’espérance et fondé sur la foi, un monde meilleur sera possible. Si nous ne le faisons pas, nous ressortirons plus mauvais de cette crise. Que le Seigneur nous aide, qu’il nous donne la force pour sortir meilleurs, en répondant aux besoins du monde d’aujourd’hui.

(*) Traduction française de Violaine Ricour-Dumas pour La DC. Titre de La DC.

(1) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 195 ; DC 2014, n. 2513, p. 59.

(2) Ibid., n. 197 ; p. 59.

(3) cf. Catéchisme de l’église catholique, n. 2444.

(4) cf. Ibid., n. 2443.

(5) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 195 ; DC 2014, n. 2513, p. 59.

(6) cf. Pape Jean-Paul II, Lettre encyclique Sollicitudo rei socialis, 1988, n. 42 ; DC 1988, n. 1957, p. 252.

(7) Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 187 ; DC 2014, n. 2513, p. 56.

(8) cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction sur quelques aspects de la Théologie de la libération, 6 août 1984, n. 5 ; DC 1984, n. 1881, p. 893.

(9) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 198 ; DC 2014, n. 2513, p. 59.

(10) cf. Ibid., n. 195 ; p. 59.

(11) Pape Benoît XVI, Discours inaugural de la Ve Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, 13 mai 2007, n. 3 ; DC 2007, n. 2381, p. 534-536.

(12) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 204 ; DC 2014, n. 2513, p. 61.

(13) cf. Pape François, Lettre encyclique Laudato si’, 24 mai 2015, n. 109 ; DC 2015, n. 2519, p. 34.

(14) cf. Ibid., n. 158 ; p. 47.

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