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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 22:02
Le pape François, au Vatican, le 4 octobre 2020, jour de la parution de son encyclique "Fratelli tutti". Crédit : REUTERS/Remo Casilli

Le pape François, au Vatican, le 4 octobre 2020, jour de la parution de son encyclique "Fratelli tutti". Crédit : REUTERS/Remo Casilli

L’aumônier responsable des œuvres de charité du pape François a annoncé qu’un centre d’accueil pour réfugiés allait être ouvert pour héberger une soixantaine de personnes au cours de leurs premiers mois en Italie.

Un centre d’accueil pour réfugiés va être créé dans un immeuble de Rome appartenant à des religieuses, a annoncé lundi 12 octobre le cardinal Konrad Krajewski, l'aumônier responsable des oeuvres de charité du pape François.

Ce Polonais, parfois surnommé le "Robin des bois" du pape par la presse italienne, a précisé dans un communiqué que le centre accueillerait tout particulièrement des femmes seules ou avec enfants, ou encore des familles vulnérables, au cours de leurs premiers mois en Italie après leur arrivée grâce à des couloirs humanitaires.

Konrad Krajewski a rappelé l’appel du pape François à accueillir dignement les migrants. Appel réitéré dans la deuxième encyclique "Fratelli tutti" du pape François diffusée le 3 octobre. Le pape y dénonce, une fois de plus, le manque de solidarité des pays européens vis à vis des migrants. Il demande notamment d’appliquer le concept de "citoyenneté" lorsqu’ils sont arrivés "depuis quelque temps et intégrés", de les considérer non pas comme "des usurpateurs qui n’offrent rien" mais comme la chance de découvrir "qu’aujourd’hui ou bien nous nous sauvons tous ou bien personne ne se sauve", rapporte le quotidien Le Monde.

L'immeuble romain destiné à l’accueil des réfugiés a été mis gratuitement à la disposition du pape par les soeurs siciliennes de "la Divine Providence de Catane". Selon le site Vatican News, cette "Villa Serena" est situé Via della Pisana, dans l'Ouest de la capitale italienne.

Ce centre sera géré par la communauté catholique laïque italienne Sant'Egidio, qui organise depuis 2015 des couloirs humanitaires depuis la Syrie, la Corne de l'Afrique et la Grèce.

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 08:51
Le Pape François en 2014 en Corée - Photo Korea.net - Cretative Commons (CC BY-SA 2.0)

Le Pape François en 2014 en Corée - Photo Korea.net - Cretative Commons (CC BY-SA 2.0)

Le pape François serait-il en train de replacer L’Église au milieu du village occidental, d’assigner au catholicisme une mission révolutionnaire à l’instar de ce qu’elle a été dans les premier siècles de notre ère ?
Poser la question est sans doute déjà y répondre par l’affirmative au regard de son œuvre depuis le début de son pontificat. On se rappelle des images de François lavant les pieds des humbles. Mais les images ne font pas tout. L’œuvre papale se mesure aussi à la force de ses écrits à travers les encycliques, ces textes qui propagent à toutes les paroisses l’enseignement du pape, la doctrine officielle de L’Église qu’il appartiendra à chaque officier du culte d’enseigner à son tour aux fidèles. Elles forment ainsi un corpus général, corpus de ce que l’on pourrait finalement nommer une « politique de l’âme » des croyants. 
À travers ces textes, que les Papes publient librement, l’Église répond finalement aux grandes questions de son temps en inscrivant la doctrine dans le combat des idées. L’Église catholique ne renonce ainsi jamais à peser dans le débat. On se souvient bien évidemment de Rerum Novarum publiée par Léon XIII le 15 mai 1891. L’Encyclique ancrait les fondements de la doctrine sociale de l’Église en venant apporter un soutien à la condition ouvrière contre les dérives du travail et du libéralisme économique au XIXe siècle. Léon XII enseignait rien moins que le travail ne pouvait être une marchandise puisqu’il impliquait les hommes, que la propriété privée – même des moyens de production – ne pouvait s’exercer hors d’une vision de l’utilité de tous, que l’État ne pouvait se désintéresser de l’économie et de la sauvegarde des travailleurs dont il est le garant… Sévère mise au point.      
Ces textes sont aussi l’occasion de répondre parfois aux évolutions qui minent les institutions catholiques, comme a pu le faire Pie XI sur le mariage avec l’Encyclique Casti Connubii le 31 décembre 1930 où il rappelait la sacralité de l’institution maritale – instituée par Dieu lui-même – que les « principes faux d’une morale nouvelle » foulaient au pied.  
L’Encyclique est donc un message aux chrétiens qui s’ouvre au monde pour tenter d’inspirer des orientations politiques par une morale universelle.
De ce point de vue, il est difficile de dire que le Pape François ne soit pas inspiré par l’air du temps, que L’Église n’ai pas quelque chose à dire à notre époque troublée. Dans un appel écologique du 18 juin, 2015 cette fois, avec Laudato si, il prenait en charge la question environnementale pour sauvegarder « la maison que nous partageons ». Écologie intégrale, ici. Radicalisme d’un Pape qui n’a pas pris le nom de François par hasard, tant il vénère Saint François d’Assise, homme de pauvreté et de paix qui préserve la Création… Voilà le modèle à suivre.
C’est donc bien entendu dans les pas de Saint François d’Assise que s’inscrit encore Fratelli Tutti sur la fraternité et l’amitié sociale. Le Saint « invite à un amour qui surmonte les barrières de la géographie et de l’espace » écrit le Pape dès les premières lignes du texte. Le ton est donné d’une « fraternité ouverte qui permet de reconnaître, de valoriser et d’aimer chaque personne indépendamment de la proximité physique, peu importe où elle est née ou habite ». Le message est limpide : « Je forme le vœu qu’en cette époque que nous traversons, en reconnaissant la dignité de chaque personne humaine, nous puissions tous ensemble faire renaître un désir universel d’humanité ».
Le constat n’est pas tant sévère que lucide sur l’état du monde. Après des décennies de progrès de la paix, en Europe, en Amérique latine – deux continent qu’il cite pour les connaître parfaitement – mais aussi ailleurs, « l’histoire est en train de donner des signes de recul ».  Partout, « des nationalismes étriqués, exacerbés, pleins de ressentiments et agressifs réapparaissent ». Le constat est que la globalisation économique n’a pas fait progresser la paix, que l’économie rapproche les hommes sans en faire des frères, ainsi qu’enseignait Benoît XVI. Les mots pontificaux sont durs : « On observe la pénétration culturelle d’une sorte de ‘‘déconstructionnisme’’, où la liberté humaine prétend tout construire à partir de zéro. Elle ne laisse subsister que la nécessité de consommer sans limites et l’exacerbation de nombreuses formes d’individualisme dénuées de contenu. »
Le texte, comme son prédécesseur est donc dans la veine des grands textes politiques. Il prend appui sur la déréliction des valeurs, l’effondrement de la conscience historique qui favorise l’effondrement culturel pour privilégier l’avidité. « Que signifient aujourd’hui des termes comme démocratie, liberté, justice, unité ? Ils ont été dénaturés et déformés pour être utilisés comme des instruments de domination, comme des titres privés de contenu pouvant servir à justifier n’importe quelle action ».
François s’inscrit pleinement dans les débats bouillants de l’Humanité qui affronte les périls du dérèglement climatique et de la montée des haines et égoïsmes de tous genres. Il heurte de front aussi les dérives de la politique, tant « le marketing, que les différentes formes de maquillage médiatique. Tout ce que ces choses arrivent à semer, c’est la division, l’inimitié et un scepticisme désolant, incapable de susciter un projet commun ». L’exergue aux politiques du moment est cinglante : « la politique n’est plus une discussion saine sur des projets à long terme pour le développement de tous et du bien commun, mais uniquement des recettes de marketing visant des résultats immédiats qui trouvent dans la destruction de l’autre le moyen le plus efficace. Dans ce jeu mesquin de disqualifications, le débat est détourné pour créer une situation permanente de controverse et d’opposition ». Comment mieux dire son sentiment de vacuité des politiques actuels, leur peu d’empressement – sinon leur indifférence – à régler les vraies questions que nous affrontons tous et leur incapacité à sortir d’une forme de petitesse du pouvoir toute tournée vers l’objectif de sa préservation plutôt que vers le bien commun.
Il dit aussi sa désapprobation de l’économie telle qu’elle fonctionne désormais, où la cupidité et les ravages sont camouflés sous la construction d’une fausse rationalité : « Bien souvent, les voix qui s’élèvent en faveur de la défense de l’environnement sont réduites au silence ou ridiculisées, tandis qu’est déguisé en rationalité ce qui ne représente que des intérêts particuliers. Dans cette culture que nous développons, culture vide, obnubilée par des résultats immédiats et démunie de projet commun », « il est prévisible que, face à l’épuisement de certaines ressources, se crée progressivement un scénario favorable à de nouvelles guerres, déguisées en revendications nobles ». Le monde a décidé qu’une partie de l’humanité ne servait plus à rien, qu’on pouvait la laisser de côté… les faibles, les personnes âgées sont de ce nombre… La crise du Coronavirus a mis en exergue cet abandon des personnes âgées, estime le Pape : « Elles ne devaient pas mourir de cette manière ».
La fraternité serait un remède à cet abandon. « Nous ne nous rendons pas compte qu’isoler les personnes âgées, tout comme les abandonner à la charge des autres sans un accompagnement adéquat et proche de la part de la famille, mutile et appauvrisse la famille elle- même. En outre, cela finit par priver les jeunes de ce contact nécessaire avec leurs racines et avec une sagesse que la jeunesse laissée à elle seule ne peut atteindre. »
Au fond, le mépris des hommes a gagné l’esprit de système d’une économie et d’un système politique globalisé qui ne poursuit plus d’abord que le profit, où croissance économique et « développement humain intégral » ne sont plus jumeaux. L’égalité, les droits fondamentaux ne sont pour beaucoup d’humains que des mots sans effet sur leurs conditions réelles. « Lorsqu’on affirme que le monde moderne a réduit la pauvreté, on le fait en la mesurant avec des critères d’autres temps qui ne sont pas comparables avec la réalité actuelle ». C’est toute la pensée économique que le pape François appelle à réviser.
Peut-être la pandémie, d’ailleurs, devrait-elle être un signal d’épuisement du modèle que nous n’avons pu le luxe d’ignorer. Le texte, ici ne laisse guère de doute sur la pensée de son rédacteur. « Mais nous oublions vite les leçons de l’histoire, « maîtresse de vie ». Après la crise sanitaire, la pire réaction serait de nous enfoncer davantage dans une fièvre consumériste et dans de nouvelles formes d’auto-préservation égoïste. Plaise au ciel qu’en fin de compte il n’y ait pas ‘‘les autres’’, mais plutôt un ‘‘nous’’ ! Plaise au ciel que ce ne soit pas un autre épisode grave de l’histoire dont nous n’aurons pas su tirer leçon ! Plaise au ciel que nous n’oublions pas les personnes âgées décédées par manque de respirateurs, en partie comme conséquence du démantèlement, année après année, des systèmes de santé ! Plaise au ciel que tant de souffrance ne soit pas inutile, que nous fassions un pas vers un nouveau mode de vie et découvrions définitivement que nous avons besoin les uns des autres et que nous avons des dettes les uns envers les autres, afin que l’humanité renaisse avec tous les visages, toutes les mains et toutes les voix au-delà des frontières que nous avons créées ! »
Evidemment, dans cet environnement, les hommes politiques sont pointés du doigt par François qui en appelle à leur conscience, à l’idée qu’ils se font d’aux mêmes et à l’héritage qu’ils veulent laisser. On peut même se demander s’il ne fait pas appel à leur vanité… pêché qui serait ici peut-être seulement véniel. C’est à eux d’agir :  pour juger de leur action, plus tard, les questions qu’ils devraient se poser ne sont pas les chiffres d’approbation et d’élection. « Les questions, peut-être douloureuses, seront plutôt : “Quel amour ai-je mis dans le travail ? En quoi ai-je fait progresser le peuple ? Quelle marque ai-je laissée dans la vie de la société, quels liens réels ai-je construits, quelles forces positives ai-je libérées, quelle paix sociale ai-je semée, qu’ai-je réalisé au poste qui m’a été confié ? » On pense évidemment à Trump et aux dirigeants des hyper puissances, mais en fait il s’adresse à tous tant la fraternité qu’il appelle ne peut exister sans l’humilité du puissant à l’égard des « derniers » pour « dialoguer ».
L’Encyclique accuse les populismes. Elle dit par exemple la complexité des phénomènes migratoires actuels. La migration est d’abord un arrachement à sa culture, à sa géographie, à son histoire. Elle fragilise tant le migrant que sa communauté d’origine qui perd avec lui une force vive. « Par conséquent il faut aussi « réaffirmer le droit de ne pas émigrer, c’est-à-dire d’être en condition de demeurer sur sa propre terre ». » Attention, ceci est un appel à la fraternité, à une révolution des équilibres économiques et sociaux qui gouvernent le monde, et aucunement un appel à la retiration, comme dirait l’extrême droite.
D’ailleurs, Fratelli Tutti met au pilori les populistes qui dénigrent l’humanité aux frontières, marquant d’opprobre pontificale les politiques qui rejettent l’immigration sans vergogne tout en affichant leur attachement aux racines chrétiennes, en affichant leur catholicisme qu’ils trahissent dans leurs actes : dans certains pays, « Les migrants ne sont pas jugés assez dignes pour participer à la vie sociale comme toute autre personne et l’on oublie qu’ils ont la même dignité intrinsèque que quiconque. C’est pourquoi ils doivent être « protagonistes de leur propre relèvement ». On ne dira jamais qu’ils ne sont pas des êtres humains, mais dans la pratique, par les décisions et la manière de les traiter, on montre qu’ils sont considérés comme des personnes ayant moins de valeur, moins d’importance, dotées de moins d’humanité. Il est inacceptable que les chrétiens partagent cette mentalité et ces attitudes, faisant parfois prévaloir certaines préférences politiques sur les convictions profondes de leur foi : la dignité inaliénable de chaque personne humaine indépendamment de son origine, de sa couleur ou de sa religion, et la loi suprême de l’amour fraternel ». Certaines oreilles très catholiques de notre pays peuvent se sentir viser, comme d’autres ailleurs.
Face à la peur de l’étranger qu’il comprend, le pape fait appel à la culture, à la force de l’histoire européenne. C’est de « son grand patrimoine culturel et religieux » que l’Europe peut faire apparaître les instruments pour échapper au pire à l’égard de migrants… « L’hospitalité est une manière concrète de ne pas se priver de ce défi et de ce don qu’est la rencontre avec l’humanité, indépendamment du groupe d’appartenance ».
Il n’y a pas d’angélisme dans l’Encyclique. L’heure n’est pas à la naïveté. Le pape rappelé par exemple que « les Etats ne peuvent pas trouver tout seuls les solutions adéquates ». Pour « penser et gérer un monde ouvert », la réponse du pape François se situe dans la promotion du dialogue permanent, entre les peuples, les générations, les conditions…. Il insiste sur l’unité, sur la dangerosité de ce qu’en France on appellerait en ce moment sans doute : des séparatismes, à l’œuvre partout. Pas seulement au plan religieux, mais plus généralement au plan social puisque « Certains essaient de fuir la réalité en se réfugiant dans leurs mondes à part ».
Sans dialogue social, la violence prend la pas. C’est ce que nous voyons sur les réseaux sociaux, expose François, dans des média pas toujours fiables, où l’habitude prévaut de « disqualifier instantanément l’adversaire en lui appliquant des termes humiliants ». C’est la société entière qui est frappée de cette folle dérive « Je ne pense pas seulement à un gouvernement en fonction, car ce pouvoir manipulateur peut être économique, politique, médiatique, religieux ou de tout autre genre. Parfois, on justifie cette pratique, ou on l’excuse, quand sa dynamique répond à des intérêts économiques ou idéologiques, mais, tôt ou tard, cela se retourne contre ces mêmes intérêts ». Or, sans dialogue, il n’y a pas de souci de promouvoir le bien commun, enseigne le pontife.
 Et le texte reprend une devise que les Français connaissent bien : « Liberté, égalité et fraternité » pour lui conférer une dimension fraternelle. Il place la fraternité au centre de la possibilité de développer la liberté et l’égalité. La fraternité est donc la condition de la liberté et de l’égalité. « Que se passe-t-il sans une fraternité cultivée consciemment, sans une volonté politique de fraternité, traduite en éducation à la fraternité, au dialogue, à la découverte de la réciprocité et de l’enrichissement mutuel comme valeur ? ». Il ne faut donc pas confondre le diptyque Liberté et Egalité avec la promotion de l’individualisme. « L’individualisme ne nous rend pas plus libres, plus égaux, plus frères. La simple somme des intérêts individuels n’est pas capable de créer un monde meilleur pour toute l’humanité. Elle ne peut même pas nous préserver de tant de maux qui prennent de plus en plus une envergure mondiale. Mais l’individualisme radical est le virus le plus difficile à vaincre. Il nous trompe. Il nous fait croire que tout consiste à donner libre cours aux ambitions personnelles, comme si en accumulant les ambitions et les sécurités individuelles nous pouvions construire le bien commun ».
Et le pape de redire l’importance du don, des échanges et de l’écoute entre les cultures. Il appelle singulièrement les jeunes à s’y attacher et à ne pas répondre aux sirènes es réseaux du rejet de l’autre. C’est ainsi une transformation par l’enrichissement que le pape a en tête, particulièrement à partir de son pays, l’Argentine, qu’il prend en exemple avec l’apport de l’immigration italienne : « Les migrants, si on les aide à s’intégrer, sont une bénédiction, une richesse et un don qui invitent une société à grandir ». Discours difficile, on en conviendra. Discours qui, concernant l’Amérique latine, souffre aussi de la condition que l’on a fait aux peuples autochtones, toujours aujourd’hui largement rejetés. C’est ici aussi que l’humanité intégrale que développe le pape pourrait prendre son sens.
Évidemment, cette orientation a aussi tout son sens dans le dialogue entre Orient et Occident. François n’élude aucunement le sujet et rappelle son dialogue avec « le Grand Imam Ahmad Al-Tayyeb » d’où il ressort que les deux hommes de Dieu estiment que chacune des deux cultures peut trouver chez l’autre des remèdes à sa crise actuelle. Déclin spirituel chez l’une, déclin scientifique, technique et culturel chez l’autre. C’est « l’échange fécond » qui vise un « horizon universel ».
C’est donc un renouveau politique ouvert que le souverain pontife appelle de ses vœux. Les populistes, ici, seront mis à l’index. Ils trahissent le peuple et la démocratie. « Les groupes populistes fermés défigurent le terme « peuple », puisqu’en réalité ce dont il parle n’est pas le vrai peuple. En effet, la catégorie de « peuple » est ouverte. Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est ouvert de façon permanente à de nouvelles synthèses intégrant celui qui est différent. Il ne le fait pas en se reniant lui-même, mais en étant disposé au changement, à la remise en question, au développement, à l’enrichissement par d’autres ; et ainsi, il peut évoluer ». Voilà une nouvelle pierre dans le jardin politique florissant des démagogues.
Et l’on rejoint ainsi Léon XIII dans la doctrine sociale catholique puisque « la grande question, c’est le travail ». Les politiques se battront ici sur le sens de la doctrine qui consiste à dire qu’« aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être une solution provisoire pour affronter des urgences. Le grand objectif devrait toujours être de leur permettre d’avoir une vie digne par le travail ». Restera à débattre sereinement des conditions de cette aide provisoire, de ce travail, des discours qui pointent les chômeurs du doigt comme responsables de leur situation de sans emploi… François n’est pas de ceux qui s’abaissent à de tel discours. C’est bien par la transformation des cadres de la pensée et de l’économie qu’il estime que le progrès adviendra. « Le marché à lui seul ne résout pas tout, même si, une fois encore, l’on veut nous faire croire à ce dogme de foi néolibéral. Il s’agit là d’une pensée pauvre, répétitive, qui propose toujours les mêmes recettes face à tous les défis qui se présentent. Le néolibéralisme ne fait que se reproduire lui-même, en recourant aux notions magiques de “ruissellement” ou de “retombées” – sans les nommer – comme les seuls moyens de résoudre les problèmes sociaux. Il ne se rend pas compte que le prétendu ruissellement ne résorbe pas l’inégalité, qu’il est la source de nouvelles formes de violence qui menacent le tissu social ».
Le texte est décidément résolument dur. Il impose une vision de combat doctrinal contre les idées dominantes dans les sphères économiques et sociales. Dans les pensées populistes aussi. Ce combat-là avait été mené par Léon XIII notamment. Il semble répondre aussi à l’expérience singulière du premier pape non européen. Celui qui a vu des pays ravagés par la pauvreté, par la cupidité économique comme politique. 
Les derniers mots de l’Encyclique synthétisent à eux seuls le projet social pontifical érigé au long des 80 pages de texte. Parlant de Saint François d’Assise, François explique : « Il voulait en définitive être « le frère universel ». Mais c’est seulement en s’identifiant avec les derniers qu’il est parvenu à devenir le frère de tous. Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous. Amen ! »
Dans un pays laïc comme le nôtre, il n’est pas certains que certaines formules de François restent cantonnées au religieux sans franchir le mur de la séparation de l’Église et de l’État.

Daniel Perron

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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 11:11
Photo by Handout / VATICAN MEDIA / AFP

Photo by Handout / VATICAN MEDIA / AFP

Longue de 90 pages, disponible en huit langues, Fratelli tutti est la troisième encyclique du pape François et a pour sous-titre « sur la fraternité et l’amitié sociale ». Un texte qui parachève sept années d’engagement et de paroles du souverain pontife.
La nouvelle encyclique du pape François tient ses promesses. Annoncé comme le « texte de la maturité » de son pontificat, Fratelli tutti s’articule comme un véritable guide pratique de la pensée du pontife accumulée au fil des ans et des expériences. Abordant tous les aspects de l’existence humaine, l’encyclique prend ainsi des allures de manuel universel de fraternité applicable à tous les plans de la société. 
Tous les défis rencontrés par le pontife pendant son pontificat sont passés au crible. Le Pape revient ainsi bien sûr sur la crise sanitaire mais évoque aussi les guerres récentes exhortant à ériger une « architecture de la paix » venue d’en haut et un « artisanat de la paix » venant du bas. « La vraie réconciliation, loin de fuir le conflit, se réalise plutôt dans le conflit, en le dépassant par le dialogue et la négociation transparente, sincère et patiente », insiste le pontife.
Le pontife condamne une fois de plus la peine de mort et s’engage résolument à proposer qu’elle soit abolie dans le monde entier. Il appelle encore à l’abandon de l’arme nucléaire, comme lors de son voyage au Japon en novembre 2019.

« L’amour politique »
Il appelle encore à une réforme de l’organisation des Nations unies auprès de laquelle il délivrait encore récemment un message fort le 25 septembre dernier. Rempli de phrases fortes, l’encyclique de 90 pages propose de nouveaux concepts, tel « l’amour politique », visant à interpeller les responsables politiques afin qu’ils délaissent une politique de l’immédiateté et de « jeux mesquins » pour mettre au centre la conscience pure du bien commun. Pour mieux inspirer les individus, le pontife consacre un chapitre entier (sur neuf) à la parabole du bon samaritain qu’il érige ni plus ni moins en modèle à tous les niveaux.

Intégrant à sa réflexion le grand imam d’Al-azhar, Ahmed Al-Tayyeb, le pape François dédie également le dernier chapitre de son ouvrage au dialogue interreligieux, condamnant fermement avec son confrère toute forme de violence commise au nom de la religion.

Le « miracle d’une personne aimable »
Ce texte se veut donc une charge générale aux dérives du monde d’aujourd’hui, au niveau global comme au niveau individuel. Ainsi, il dénonce fermement « l’individualisme radical », mais aussi les l’abus de réseaux sociaux offrant seulement aux individus l’illusion de la liberté.

L’Église catholique défend « une culture de la rencontre qui aille au-delà des dialectiques qui s’affrontent ».

À l’inverse, le chef de l’Église catholique défend « une culture de la rencontre qui aille au-delà des dialectiques qui s’affrontent » et qui intègre les périphéries, les pauvres et les faibles. « La paix sociale est difficile à construire, elle est artisanale », reconnaît-il, avant d’appeler à « créer des processus de rencontre ». Le « miracle d’une personne aimable », écrit-il, est précieux et s’il vient à se multiplier, il agit comme « des étoiles dans l’obscurité » d’un monde fermé.

Charles de Foucauld, le « frère de tous »
Assez étonnamment, le pape François confie au terme de sont texte avoir été « stimulé » pour la réalisation de ce texte de réflexion sur la fraternité universelle non seulement par saint François mais aussi par des figures non catholiques telles que le Mahatma Gandhi, père de la protestation non violente, mais aussi Martin Luther King, pasteur baptiste et militant non-violent afro-américain pour le mouvement des droits civiques des noirs américains aux États-Unis. Le pontife mentionne également parmi ses inspirateurs, Desmond Tutu, archevêque anglican sud-africain qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1984 auteur de la théologie ubuntu de la réconciliation.

Lui réservant une place toute particulière, le pontife conclue son encyclique sur la figure du bienheureux Charles de Foucauld. « Il a orienté le désir du don total de sa personne à Dieu vers l’identification avec les derniers, les abandonnés, au fond du désert africain ». « Il voulait en définitive être “le frère universel“ ». Mais c’est seulement en s’identifiant avec les derniers « qu’il est parvenu à devenir le frère de tous », souligne la pape François avant de conclure : « Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous. »

Arthur Herlin 

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 18:46
Le vaccin contre le Covid-19 doit être un bien universel à disposition de tous, affirme le pape François

Lors de l’audience générale du 19 août 2020, qui s’est tenue dans la bibliothèque du Palais apostolique, le pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la manière dont les chrétiens sont appelés à réagir face à la pandémie de Covid-19.

Chers frères et sœurs, bonjour !

La pandémie a mis en lumière la situation difficile vécue par les pauvres et les grandes inégalités qui règnent à travers le monde. Et le virus, qui ne fait aucune distinction entre les personnes, a rencontré au long de son parcours dévastateur, de grandes inégalités et discriminations. Et il les a accrues !

La réponse à apporter à la pandémie est donc double. D’un côté, il est indispensable de trouver un traitement contre un virus petit mais très virulent, qui est en train de mettre à genoux le monde entier. De l’autre, nous devons guérir d’un grand virus, celui de l’injustice sociale, de l’inégalité des chances, de la marginalisation et du manque de protection envers les plus faibles. Dans cette double réponse à apporter, il y a un choix incontournable, selon l’Évangile : l’option préférentielle pour les pauvres (1). Et ce n’est pas une option politique, ni une option idéologique, pas plus une option partisane. L’option préférentielle pour les pauvres est au cœur de l’Évangile. Et le premier à avoir fait ce choix est Jésus : nous l’avons entendu dans l’extrait de la Lettre aux Corinthiens qui a été lu au début. Lui, qui est riche, s’est fait pauvre pour nous rendre riches. Il s’est fait l’un de nous, et c’est pour cela que cette option est au cœur de l’Évangile, au cœur de l’annonce de Jésus.

Le Christ lui-même, qui est Dieu, s’est dépouillé, se rendant semblable aux hommes, et il n’a pas choisi une vie de privilégié, mais il a choisi la condition de serviteur (cf. Ph 2, 6-7). Il s’est anéanti lui-même en se faisant serviteur. Il est né dans une humble famille, et il a travaillé en tant qu’artisan. Au début de sa prédication, il a annoncé que les pauvres étaient heureux dans le Royaume de Dieu (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20) (2). Il a été au milieu des malades, des pauvres, des exclus, leur montrant l’amour miséricordieux de Dieu (3). Très souvent, il a été jugé comme un homme impur car il est allé auprès des malades, des lépreux qui, selon la loi de l’époque, étaient impurs. Et il a pris ces risques pour être proche d’eux.

C’est pourquoi les disciples de Jésus se reconnaissent à leur proximité avec les pauvres, les petits, les malades et les prisonniers, les exclus, les oubliés, ceux qui sont privés de vêtements et de nourriture (cf. Mt 25, 31-36) (4). Nous pouvons lire ce qu’est ce fameux critère selon lequel nous serons tous jugés. C’est dans Matthieu au chapitre 25. C’est le critère essentiel d’un christianisme authentique (cf. Ga 2, 10) (5). Certains pensent à tort que cet amour préférentiel pour les pauvres est un devoir qui ne concerne que quelques-uns, mais c’est en réalité la mission de toute l’Église, comme le disait saint Jean-Paul II (6). « Chaque chrétien et chaque communauté sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération et la promotion des pauvres » (7).

La foi, l’espérance et la charité nous poussent nécessairement vers cette préférence pour les plus pauvres (8), qui va au-delà de la simple assistance indispensable (9). Elle implique en effet d’avancer ensemble, de se laisser évangéliser par eux, eux qui connaissent bien le Christ souffrant, de se laisser « contaminer » par leur expérience du salut, leur sagesse et leur créativité. Partager avec les pauvres signifie s’enrichir à leur contact. Et si ce sont des structures sociales déficientes qui les empêchent de rêver à leur futur, nous devons travailler ensemble pour guérir ces structures, pour les changer (10). C’est à cela que nous conduit l’amour du Christ, qui nous a aimés jusqu’à la mort (cf. Jn 13, 1), et qui arrive jusqu’aux extrémités, aux marges, aux frontières existentielles. Mettre les périphéries au centre signifie centrer notre vie sur le Christ, qui « s’est fait pauvre » pour nous, pour nous enrichir « par sa pauvreté » (2 Co 8, 9) (11).

Nous sommes tous préoccupés par les conséquences sociales de la pandémie. Tous. Beaucoup veulent revenir à une situation normale et que l’activité économique reparte. Mais cette « normalité » ne devrait pas inclure les injustices sociales et la dégradation de l’environnement. La pandémie est une crise, et d’une crise on ne ressort pas inchangé : soit on en ressort meilleur, soit on en ressort plus mauvais. Nous devrions en ressortir meilleurs, pour lutter contre les injustices sociales et la dégradation de l’environnement. Nous avons aujourd’hui l’occasion de construire quelque chose de différent. Nous pouvons par exemple favoriser une économie de développement intégral pour les plus pauvres et non pas une économie d’assistanat. En disant cela, je ne veux pas condamner l’assistance, les œuvres d’assistance sont importantes. Pensons au système de volontariat, qui est l’une des plus belles actions de l’Église italienne. Mais nous devons aller plus loin, et trouver une solution aux problèmes qui nous conduisent à porter assistance. Favoriser une économie qui n’a pas recours à des remèdes qui, en fait, empoisonnent la société, comme par exemple la recherche de rentabilité conduisant à supprimer des postes de travail sources de dignité (12). Ce type de profit est sans lien avec l’économie réelle, celle qui devrait profiter à tous (13), et semble parfois indifférent aux dommages infligés à la maison commune. L’option préférentielle pour les pauvres, cette exigence éthique et sociale qui vient de l’amour de Dieu (14), nous donne l’impulsion pour penser et concevoir une économie dans laquelle les personnes, et surtout les plus pauvres, sont au centre. Et cela nous encourage aussi à prévoir un traitement contre le virus privilégiant ceux qui en ont le plus besoin. Ce serait bien triste si l’on devait donner la priorité aux plus riches pour le vaccin contre le Covid-19. Ce serait bien triste si ce vaccin devait devenir la propriété de telle ou telle nation, et non un bien universel à disposition de tous. Et quel scandale ce serait si tous les programmes de soutien à l’économie que nous voyons - la plupart avec de l’argent public - se concentraient sur un soutien aux secteurs qui ne contribuent pas à l’inclusion des exclus, à la promotion des plus faibles, au bien commun ou au soin de la création. Voilà des critères qui permettent de choisir les secteurs qui doivent être soutenus : ceux qui contribuent à l’inclusion des exclus, à la promotion des plus faibles, au bien commun et au soin de la création. Quatre critères.

Si le virus devait à nouveau s’intensifier dans un monde injuste envers les plus pauvres et les plus fragiles, alors nous devons changer ce monde. À l’exemple de Jésus, ce médecin de l’amour divin intégral, c’est-à-dire de la guérison physique, sociale et spirituelle (cf. Jn 5, 6-9) - comme l’étaient les guérisons de Jésus -, nous devons agir maintenant, pour guérir les épidémies provoquées par de petits virus invisibles, et pour guérir celles provoquées par les injustices sociales, grandes et visibles. Je propose que ce soit fait en partant de l’amour de Dieu, en mettant les périphéries au centre et les derniers à la première place. N’oublions pas ce critère selon lequel nous serons jugés, de Matthieu, chapitre 25. Mettons-le en pratique avec cette reprise de l’épidémie. Et à partir de cet amour concret, ancré dans l’espérance et fondé sur la foi, un monde meilleur sera possible. Si nous ne le faisons pas, nous ressortirons plus mauvais de cette crise. Que le Seigneur nous aide, qu’il nous donne la force pour sortir meilleurs, en répondant aux besoins du monde d’aujourd’hui.

(*) Traduction française de Violaine Ricour-Dumas pour La DC. Titre de La DC.

(1) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 195 ; DC 2014, n. 2513, p. 59.

(2) Ibid., n. 197 ; p. 59.

(3) cf. Catéchisme de l’église catholique, n. 2444.

(4) cf. Ibid., n. 2443.

(5) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 195 ; DC 2014, n. 2513, p. 59.

(6) cf. Pape Jean-Paul II, Lettre encyclique Sollicitudo rei socialis, 1988, n. 42 ; DC 1988, n. 1957, p. 252.

(7) Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 187 ; DC 2014, n. 2513, p. 56.

(8) cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction sur quelques aspects de la Théologie de la libération, 6 août 1984, n. 5 ; DC 1984, n. 1881, p. 893.

(9) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 198 ; DC 2014, n. 2513, p. 59.

(10) cf. Ibid., n. 195 ; p. 59.

(11) Pape Benoît XVI, Discours inaugural de la Ve Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, 13 mai 2007, n. 3 ; DC 2007, n. 2381, p. 534-536.

(12) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 204 ; DC 2014, n. 2513, p. 61.

(13) cf. Pape François, Lettre encyclique Laudato si’, 24 mai 2015, n. 109 ; DC 2015, n. 2519, p. 34.

(14) cf. Ibid., n. 158 ; p. 47.

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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 18:24
Le pape François soutient le “non” du gouvernement italien à la messe avec fidèles

A partir du 4 mai, l’Italie commence sa phase 2 du déconfinement : les Italiens pourront refaire du sport, aller au parc, toujours seuls, les entraînements collectifs des professionnels reprendront progressivement, la voix est libre pour la réouverture des grossistes mais pas des petits magasins, les restaurants et bars pourront mi-mai recommencer à recevoir des clients avec modération, l’auto-certification reste obligatoire, les écoles et universités resteront fermées jusqu’en septembre, et les messes publiques sont toujours proscrites, seules les funérailles avec 15 personnes maximum sont autorisées.

Une fois n’est pas coutume, la Conférence des évêques italiens, qui avait même anticipé les fermetures des églises au tout début et soutien visible de ce gouvernement socialo-libéral italien, n’a pas apprécié cette dernière disposition concernant le maintien de l’interdiction du culte public alors que bien des secteurs rouvrent leurs portes. Dans un communiqué au ton vif, elle a fait connaître au gouvernement Conte sa désapprobation  :

« Les évêques italiens ne peuvent, écrivent-ils, accepter de voir compromis l’exercice de la liberté de culte. Il devrait être clair à tous que l’engagement au service des pauvres, si significatif durant cette période, naît de la foi qui doit pouvoir se nourrir à ses sources, en particulier la vie sacramentelle. »

Le Cavaliere Berlusconi, toujours présent dans la vie politique italienne, a renchéri en déclarant cette interdiction « aux limites de la persécution : pourquoi les personnes peuvent aller à l’usine ou au bureau mais pas à l’église ? Les évêques italiens ont bien fait de faire entendre leur voix ».

Une voix qu’ils croyaient être en phase avec la pensée du pape François qui le 17 avril dernier avait, en effet, plaidé pour le retour d’une « Eglise en sortie » c’est-à-dire pour un retour au culte public et aux sacrements pour les fidèles.

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, enfin Conte a donné sa feuille de route pour le déconfinement, et le pape François a choisi l’obéissance aux lois républicaines italiennes, « l’Église en sortie » ce sera pour plus tard ! Douche froide donc pour les évêques italiens qui se sont fait rappeler à l’ordre par l’évêque de Rome :

« En cette période où nous commençons à avoir des dispositions pour sortir de la quarantaine, a-t-il dit lors de la messe à Sainte Marthe, prions le Seigneur de donner à son peuple, à nous tous, la grâce de la prudence et de l’obéissance aux dispositions afin que le la pandémie ne revienne pas. »

Un ordre auquel la CEI a obtempéré de suite rapporte l’Agence presse italienne Adnkronos : « L’appel du pape est décisif et approprié. Malheur à fouler aux pieds les souffrances du pays » a déclaré le porte-parole de l’instance épiscopale, don Maffeis.

« Sous-estimer les indications de l’autorité sanitaire signifierait en fait une irresponsabilité qu’aucun citoyen ne peut se permettre. Pour cette raison, en tant qu’Église, nous ne pouvons en aucun cas justifier des fuites en avant. »

En clair, les Italiens pourront courir, aller dans des magasins, s’entraîner à plusieurs, reprendre le travail, mais de messes, ils n’en auront pas, à cause de la volonté du pape François de soutenir les dispositions gouvernementales plutôt que d’apporter son aide à la demande légitime de la CEI, demande que cette dernière a vite oubliée elle-aussi, pour rentrer dans le rang de la soumission à la dictature sanitaire et Bergoglienne.

Francesca de Villasmundo

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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 19:40
Coronavirus. Emmanuel Macron et le pape François unis pour répondre à la crise

Le président de la République s’est entretenu par téléphone, mardi, avec le souverain pontife. Ensemble, ils ont notamment évoqué l’effacement de la dette des pays pauvres et le besoin de solidarité en Europe.

Emmanuel Macron et le pape François ont échangé mardi sur la crise du coronavirus avec de beaucoup de convergences sur les réponses à y apporter, notamment sur la réduction de la dette des pays les plus pauvres, a indiqué l’Élysée.

Durant un appel de 45 minutes en espagnol et en français, le pape a salué les initiatives constructives prises par la France au niveau international depuis le début de la crise sanitaire, selon la présidence.

Il y a beaucoup de convergences dans la vision et les réponses sur la dette des pays les plus pauvres, l’aide à l’Afrique, la nécessité d'une trêve et d’une pause humanitaire dans les conflits et le besoin d’une Europe solidaire et unie, a précisé l’Élysée.

Le soutien du pape à la France

Dans son message de Pâques, le 12 avril, le pape François avait proposé de réduire voire d’annuler la dette des pays pauvres, une demande qui rejoint celle d’Emmanuel Macron d’annuler la dette des pays africains pour leur permettre de mieux lutter contre la crise.

Le pape a également exprimé au président français son soutien dans l’épreuve traversée par la France, où le coronavirus a fait plus de 20 000 morts, selon l’Élysée.

Cet entretien, sollicité par Paris, était le troisième entre les deux dirigeants après une visite d’Emmanuel Macron au Vatican en juin 2018 et une discussion téléphonique en mai 2019 à la suite de l’incendie de Notre-Dame de Paris.

À la suite de cet entretien, Emmanuel Macron a débuté une audioconférence avec les responsables religieux et laïcs en présence du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. Celle-ci, la seconde après celle du 23 mars, est destinée à réfléchir sur la cohésion morale du pays face à la crise et les moyens de rebondir, a précisé l’entourage du président.

 

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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 19:35
Lettre du Pape François aux mouvements populaires : penser « l’après »

Remettre la vie et la dignité au coeur de l’existence

Dans une lettre aux mouvements populaires, le Pape François propose notamment d’instaurer un salaire universel pour garantir le droit de chaque travailleur à un revenu digne. Plus fondamentalement, il appelle à modifier en profondeur nos conceptions, nos modes de vie, de production et de consommation afin d’opérer "une conversion humaniste et écologique" de transformation de la société.

Aux frères et aux sœurs des mouvements et organisations populaires Chers amis,

Je pense souvent à nos rencontres : deux au Vatican et une à Santa Cruz de la Sierra et je vous avoue que ce « souvenir » me fait du bien, me rapproche de vous, me fait repenser à tant de discussions partagées durant ces rencontres et aux nombreux projets qui en sont nés et y ont mûri, et dont beaucoup sont devenus réalité. Aujourd’hui, en pleine pandémie, je pense particulièrement à vous et je tiens à vous dire que je suis à vos côtés.

En ces jours de grande angoisse et de difficultés, nombreux sont ceux qui ont parlé de la pandémie dont nous souffrons en utilisant des métaphores guerrières. Si la lutte contre le COVID-19 est une guerre, alors vous êtes une véritable armée invisible qui combattez dans les tranchées les plus périlleuses. Une armée sans autres armes que la solidarité, l’espoir et le sens de la communauté qui renaissent en ces jours où personne ne peut s’en sortir seul. Vous êtes pour moi, comme je vous l’ai dit lors de nos rencontres, de véritables poètes sociaux qui, depuis les périphéries oubliées, apportez des solutions dignes aux problèmes les plus graves de ceux qui sont exclus.

Je sais que très souvent vous n’êtes pas reconnus comme il se doit, car dans ce système vous êtes véritablement invisibles. Les solutions prônées par le marché n’atteignent pas les périphéries, pas plus que la présence protectrice de l’État. Vous n’avez pas non plus les ressources nécessaires pour remplir sa fonction. Vous êtes considérés avec méfiance parce que vous dépassez la simple philanthropie à travers l’organisation communautaire, ou parce que vous revendiquez vos droits au lieu de vous résigner et d’attendre que tombent les miettes de ceux qui détiennent le pouvoir économique. Vous éprouvez souvent de la colère et de l’impuissance face aux inégalités qui persistent, même lorsqu’il n’y a plus d’excuses pour maintenir les privilèges. Toutefois, vous ne vous renfermez pas dans la plainte : vous retroussez vos manches et vous continuez à travailler pour vos familles, pour vos quartiers, pour le bien commun. Votre attitude m’aide, m’interroge et m’apprend beaucoup.

Je pense aux personnes, surtout des femmes, qui multiplient le pain dans les cantines communautaires, en préparant avec deux oignons et un paquet de riz un délicieux ragoût pour des centaines d’enfants ; je pense aux malades, je pense aux personnes âgées. Les grands médias les ignorent. Pas plus qu’on ne parle des paysans ou des petits agriculteurs qui continuent à travailler pour produire de la nourriture sans détruire la nature, sans l’accaparer ni spéculer avec les besoins du peuple. Je veux que vous sachiez que notre Père céleste vous regarde, vous apprécie, vous reconnaît et vous soutient dans votre choix.

"Pas de travailleurs sans droits !"

Comme il est difficile de rester chez soi pour ceux qui vivent dans un petit logement précaire ou qui sont directement sans toit. Comme cela est difficile pour les migrants, pour les personnes privées de liberté ou pour celles qui se soignent d’une addiction. Vous êtes là, physiquement présents auprès d’eux, pour rendre les choses plus faciles et moins douloureuses. Je vous félicite et je vous remercie de tout mon cœur. J’espère que les gouvernements comprendront que les paradigmes technocratiques (qu’ils soient étatistes ou fondés sur le marché) ne suffisent pas pour affronter cette crise, ni d’ailleurs les autres grands problèmes de l’humanité. Aujourd’hui plus que jamais, ce sont les personnes, les communautés, les peuples qui doivent être au centre de tout, unis pour soigner, pour sauvegarder, pour partager.

Je sais que vous avez été privés des bénéfices de la mondialisation. Vous ne jouissez pas de ces plaisirs superficiels qui anesthésient tant de consciences. Et pourtant, vous en subissez toujours les préjudices. Les maux qui affligent tout un chacun vous frappent doublement. Beaucoup d’entre vous vivent au jour le jour sans aucune garantie juridique pour vous protéger. Les vendeurs ambulants, les recycleurs, les forains, les petits paysans, les bâtisseurs, les couturiers, ceux qui accomplissent différents travaux de soins. Vous, les travailleurs informels, indépendants ou de l’économie populaire, n’avez pas de salaire fixe pour résister à ce moment… et les quarantaines vous deviennent insupportables. Sans doute est-il temps de penser à un salaire universel qui reconnaisse et rende leur dignité aux nobles tâches irremplaçables que vous effectuez, un salaire capable de garantir et de faire de ce slogan, si humain et chrétien, une réalité : pas de travailleur sans droits.

Mettre fin à l’idolatrie de l’argent

Je voudrais aussi vous inviter à penser à « l’après », car cette tourmente va s’achever et ses graves conséquences se font déjà sentir. Vous ne vivez pas dans l’improvisation, vous avez une culture, une méthodologie, mais surtout la sagesse pétrie du ressenti de la souffrance de l’autre comme la vôtre. Je veux que nous pensions au projet de développement humain intégral auquel nous aspirons, fondé sur le rôle central des peuples dans toute leur diversité et sur l’accès universel aux trois T que vous défendez : terre, toit et travail. J’espère que cette période de danger nous fera abandonner le pilotage automatique, secouera nos consciences endormies et permettra une conversion humaniste et écologique pour mettre fin à l’idolâtrie de l’argent et pour placer la dignité et la vie au centre de l’existence. Notre civilisation, si compétitive et individualiste, avec ses rythmes frénétiques de production et de consommation, ses luxes excessifs et des profits démesurés pour quelques-uns, doit être freinée, se repenser, se régénérer. Vous êtes des bâtisseurs indispensables à ce changement inéluctable. Je dirais même plus, vous avez une voix qualifiée pour témoigner que cela est possible. Vous connaissez bien les crises et les privations… que vous parvenez à transformer avec pudeur, dignité, engagement, effort et solidarité, en promesse de vie pour vos familles et vos communautés.

Continuez à lutter et à prendre soin de chacun de vous comme des frères et sœurs. Je prie pour vous, je prie avec vous et je demande à Dieu, notre Père, de vous bénir, de vous combler de son amour et de vous protéger sur ce chemin, en vous donnant la force qui nous permet de rester debout et qui ne nous déçoit pas : l’espoir. Veuillez aussi prier pour moi, car j’en ai besoin.

Fraternellement,

François

Cité du Vatican, dimanche de Pâques, le 12 avril 2020

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28 mars 2020 6 28 /03 /mars /2020 17:29
Le pape affronte «la tempête» du coronavirus, seul sur la place Saint-Pierre

C'est une première historique: seul sur le parvis désert de la basilique Saint-Pierre, le pape François a présidé vendredi une prière face à «la tempête» de la pandémie, exhortant le monde «apeuré et perdu» à revoir ses priorités et à renouer avec la foi.

«D'épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d'un silence assourdissant et d'un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage».

Sous une pluie drue résonnant sur les pavés de la place Saint-Pierre interdite d'accès, protégé par un auvent, le pape a ainsi dressé dans une homélie un terrifiant état des lieux de «la tempête» du coronavirus, qui a mis tout le monde dans «la même barque».

Elle «démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas», a relevé le pape, dans un plaidoyer visant à relancer la foi endormie ou oubliée de nombreux catholiques.

Ceux qui sont avant tout chose «avides de gains», «de toute-puissance» et «de possessions» ne se sont «pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires», a-t-il regretté.

«Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade», a noté François, jugeant qu'il est temps de se «réorienter».

- «Urbi et Orbi» inédit -

Même le réalisateur italien Paolo Sorrentino, auteur de deux séries très provocatrices campées au Vatican avec des hommes en blanc iconoclastes, n'avait pas imaginé un pape sans fidèles place Saint-Pierre.

Le chef des catholiques - 1,3 milliard de fidèles dans le monde - leur avait demandé de se joindre à lui durant une heure. Le portail internet du Saint-Siège avait mis en place des retransmissions en direct en huit langues, dont le chinois ou l'arabe, y ajoutant un canal avec la langue des signes, une nouveauté.

Le pape argentin a magnifié le dévouement «des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux» et qui «sont en train d'écrire aujourd'hui les événements décisifs de notre histoire».

 

«Médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d'entretien, fournisseurs de soins à domicile, transporteurs, forces de l'ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d'autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul», a énuméré François.

En temps normal, la bénédiction «Urbi et Orbi» (à la ville de Rome et au monde) se fait depuis la célèbre loggia du palais apostolique, uniquement à Noël et Pâques, temps forts du calendrier chrétien, ou à l'occasion de l'élection d'un pape. Elle est précédée d'un tour d'horizon des conflits de la planète.

Le pape avait choisi exceptionnellement de donner cette bénédiction vendredi après s'être concentré sur un seul adversaire, un virus qui a infecté plus d'un demi-million de personnes dans le monde dont plus de 26.000 sont décédées.

- Reprendre la main -

A la mi-mars, il s'était rendu en pèlerinage surprise dans deux églises de Rome, filmé à pied dans la principale artère d'une ville fantôme.

A l'une de ces églises, il a emprunté un «crucifix miraculeux» qui aurait sauvé Rome de la grande peste au XVIe siècle, placé vendredi devant la basilique Saint-Pierre.

«Au temps de la peste au Moyen-Age, l'Eglise était la seule présente sur la scène publique à travers les processions de prêtres qui devaient produire des miracles», rappelle le vaticaniste italien Marco Politi.

Or l'Eglise, même si elle opère en coulisses, s'avère grandement éclipsée dans la communication de crise sanitaire de pays de plus en plus sécularisés, donnant la parole aux médecins et aux élus. «Le pape a senti qu'il devait faire quelque chose», «reprendre une part de la scène et de l'imaginaire collectif», souligne Marco Politi.

A l'heure d'un strict confinement en Italie, les services de l'Eglise catholique universelle sont au ralenti.

Sur la santé du pape, qui a souffert d'un rhume avec toux en mars et serait entouré d'un strict cordon sanitaire, le Saint-Siège reste des plus discrets. Même si un prélat italien travaillant à la Secrétairerie d'Etat (gouvernement) et vivant dans sa résidence a été testé positif mercredi, selon des médias italiens.

Un religieux travaillant également à la Secrétairerie d'Etat vient aussi d'être contaminé, a rapporté vendredi le quotidien romain Il Messaggero, soulignant que les tests faits jusqu'ici sur le pape s'étaient tous avérés négatifs.

 AFP

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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 14:03
© AP Photo / Osservatore RomanoLors de son voyage en Terre Sainte en mai 2014, juste avant de célébrer la messe, François a accompli un geste fort en s'arrêtant devant le mur de séparation israélien, pour se recueillir un instant.

© AP Photo / Osservatore RomanoLors de son voyage en Terre Sainte en mai 2014, juste avant de célébrer la messe, François a accompli un geste fort en s'arrêtant devant le mur de séparation israélien, pour se recueillir un instant.

À l’occasion du septième anniversaire de l’élection du pape François ce 13 mars, Christophe Dickès, historien et spécialiste du Vatican, décrypte pour Aleteia les temps forts de son pontificat.

Élu 266e pape de l’Église catholique le 13 mars 2013, celui qui était jusqu’alors archevêque de Buenos Aires a choisi le nom de François. Sa mission ? réformer l’Église et la Curie. « Pour cela il fallait un pape politique », assure Christophe Dickès, historien, journaliste et auteur de plusieurs ouvrages dont Le Vatican, vérités et légendes et L’héritage de Benoît XVI. Entretien.

Aleteia : On retient souvent du pape François son appel à aller aux périphéries… Peut-on dire que c’est un axe fort – voire central – de son pontificat ?
Christophe Dickès : Il en fait partie mais ce n’est pas le seul. Le début du pontificat a été marqué par exemple par le thème de la miséricorde. Et, d’un point de vue personnel, je pense que ses entretiens avec Andrea Tornielli sur le sujet, constituent un des plus beaux textes du pontificat (Le nom de Dieu est miséricorde, ndlr). Son livre Politique et sociétés me semble au contraire décevant, bien loin par exemple des réflexions d’un Jean Paul II sur la nation, l’identité, la culture et l’histoire. Un pontificat est en fait protéiforme. Il est donc difficile de le réduire à un seul axe. Je dirai que celui de François possède une double dimension à la fois pastorale et politique, mais peu théologique.

C’est un pape tourné vers le monde –ad extra– comme l’a été Jean Paul II, moins Benoît XVI dont la dimension théologique et enseignante s’adressait avant tout aux fidèles –ad intra. Par ailleurs, François souhaite décentraliser l’Église et réfléchir sur les structures du pouvoir en son sein. Ce sera le thème du prochain synode en 2022. Mais on sait déjà que le Pape souhaite donner davantage de pouvoir aux évêques, sur le fondement de ce qu’on appelle le principe de subsidiarité. La question étant de savoir comment vont s’articuler les choses. Là aussi le dossier est ouvert et va prendre un certain temps. Il faut par exemple rappeler que si Rome a centralisé les affaires de pédophilies, c’est bien parce que des évêques n’ont tout simplement pas été à la hauteur de leur tâche.

Quels sont les principaux changements opérés au sein de l’Église depuis l’élection de François, le 13 mars 2013 ?
François a d’abord été élu pour réformer la curie. Il fallait pour cela un pape politique. On attend encore une grande partie de cette réforme même si plusieurs choses ont été entreprises, comme la réorganisation de l’organigramme des structures financières du Saint-Siège. La Secrétairerie d’État a ainsi été vidée, en partie, de son pouvoir à la suite de la création du poste de Secrétaire à l’Économie qui dépend directement du Pape. La toute puissance financière de la Secrétairerie d’État a été atteinte. Ce qui montre un changement d’époque bien que la secrétairerie d’État a beaucoup évolué depuis sa création en 1551. À cet égard, il est intéressant de voir qu’elle s’est développée historiquement pour mettre fin au népotisme et aux abus de ce qu’on appelait le cardinal neveu (XVIᵉ-XVIIᵉ siècles). Au XXᵉ siècle, le secrétaire d’État avait pris une place très importante, notamment après la réforme de la curie de Paul VI. François a corrigé cela.

« François a aussi travaillé à réduire cette véritable ‘bombe à fragmentation’ que sont les scandales de pédocriminalité dans l’Église. »

Il a aussi rationalisé les structures du Saint-Siège en mettant fin à l’inflation de tous les conseils et autres commissions. Il a ainsi créé un grand Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie et un Dicastère pour le service du Développement humain intégral. Même chose pour les services de communication qui, sous la houlette de Mgr Vigano, ont été réformés. Cela s’est fait malheureusement à marche forcée et de façon abrupte. Par ailleurs, dans la continuité de Benoit XVI, François a réalisé un gros travail d’assainissement des finances, même si l’Institut de contrôle international Moneyval a souligné le fait qu’aucune affaire de blanchiment de capitaux n’a encore été introduite devant les tribunaux du Saint-Siège. Il n’y a pas eu davantage de confiscation de capitaux. La tâche est donc loin d’être terminée, même si des progrès ont été enregistrés. Elle était, il faut bien le dire, titanesque. Toujours dans la continuité de Benoît XVI, François a aussi travaillé à réduire cette véritable « bombe à fragmentation » que sont les scandales de pédocriminalité dans l’Église. Mais là aussi, il s’agit d’un travail sur le temps long.

Si vous deviez résumer ces sept années de pontificat en un mot, lequel choisiriez-vous ?
C’est une question très difficile. Je me demande si ce ne serait pas celui d’utopie. Après son élection, le cardinal Bergoglio a choisi le nom d’un saint, inédit dans l’histoire : celui de François. Or comme l’a bien montré le grand médiéviste André Vauchez, il existe une part d’utopie dans l’idéal franciscain. On sait qu’au début du XIIIᵉ siècle, saint François a eu pour vocation de « réparer l’église du Christ », une église en crise structurellement. Et Vauchez montre bien que François rompt avec la tradition monastique en partant à la conquête du monde, sur fond d’exaltation de la pauvreté. Mais on sait que François d’Assise entretenait aussi une fidélité profonde à l’égard de l’institution ecclésiale et notamment du pape. Tout en étant paradoxalement à la marge. C’est ce paradoxe qui me semble une utopie, ce que l’on retrouve chez le pape François, ce « pape anticlérical » comme l’a très bien nommé Jean-Pierre Denis dans l’hebdomadaire La Vie. C’est sa définition la plus vraie. Et c’est ce qui constitue à mon sens une forme d’utopie. Cependant on retrouve dans cette utopie cette question essentielle : celle du changement du cœur de l’homme, ce cœur malade à cause du péché originel et du mystère du mal. C’est pourquoi François parle tant du diable mais aussi du péché.

En sept ans, le pape François s’est beaucoup exprimé, a entrepris de nombreux voyage… Si vous ne deviez retenir qu’une image de lui, quelle serait-elle ?
Sans aucune hésitation : celle à l’occasion de son voyage en Terre sainte en 2014, alors que, sortant du protocole, il a fait arrêter sa voiture afin de prier près du mur qui sépare la Palestine d’Israël. Le Pape, tout en touchant ce mur couvert de graffitis, s’est plongé dans une prière grave et profonde. Cette image illustre à mon sens parfaitement toute la dimension politique du pontificat : sa volonté de construire des ponts et non des murs. Elle souligne sa spiritualité : le moyen de la prière. Elle indique aussi sa pensée cosmopolite héritée de ses origines familiale et argentine, où il puise ses discours sur l’accueil de l’autre. Elle révèle ensuite le communicant qu’il est : il sait parfaitement qu’une image vaut mille mots et que cette image fera le tour du monde. Enfin, elle dit ses limites parce qu’il se heurte à un mur malgré tout. Mais François a une formation de scientifique : il essaie de rendre les choses possibles en pariant sur le temps long. Il essaie et quand il échoue, il tente à nouveau.

Au moment de son élection et dans les mois qui ont suivi, nombre d’observateurs se sont réjouis de la ‘modernité’ de ce pape…
Le mot de modernité tout comme le mot de révolution est une tarte à la crème du commentaire religieux. Elle révèle une vision simpliste et une profonde méconnaissance de l’histoire de l’Église, de sa plasticité surtout. L’Église, parce qu’elle est dirigée par des hommes, s’est réformée à plusieurs moments de son histoire. D’où la complexité de cette histoire et sa richesse intellectuelle. Mais cette réforme n’est pas une révolution permanente. On a pu entendre chez un commentateur que le Pape mettait fin à des abus « depuis des siècles ». C’est bien évidemment risible tant les réformes dans l’histoire de l’Église sont nombreuses : au VIe siècle, Grégoire le Grand renvoie l’archidiacre Laurent et met fin aux abus d’une clique romaine ; au XIᵉ siècle, la réforme grégorienne veut mettre fin aux abus des… laïcs dans l’Église ; au XVIᵉ siècle Pie V rejette les richesses du pape de la Renaissance ; au XXᵉ siècle, Pie X met fin à tous les privilèges d’une curie qui vivait au rythme des États pontificaux, disparus depuis trente ans. Bref, l’histoire de l’Église est pleine de papes « disruptifs ». Même Alexandre VI Borgia, en dépit de sa vie dissolue, est un pape disruptif puisqu’il ouvre la chrétienté aux grandes découvertes et pense l’église à l’échelle du monde.

Le pape François en fait-il partie ?
François est-il un pape disruptif ? Si je reprends mes mots sur sa part utopique, il peut apparaître comme tel tant son style semble aussi déroutant. Mais le pouvoir d’un pape est, dans les faits, beaucoup plus limité qu’on ne le croit. Il faut aussi du temps pour en mesurer l’efficacité et la papolâtrie n’y aide pas. François a des priorités différentes de ses prédécesseurs parce que son charisme, tout comme ses origines latino-américaines, sont différents de celles de ses prédécesseurs. Les ruptures -s’il y en a, ce qui reste à démontrer- se trouvent là : à savoir dans les priorités. Mais même sur l’écologie, comme l’a montré le père Thomas Michelet dans son livre sur le sujet, il existe une continuité. François se distinguant simplement par le fait d’en avoir fait le thème exclusif d’une encyclique.

 Agnès Pinard Legry

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18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 18:44
Le palais du Pape pour les sans-abris de Rome - © Tous droits réservés

Le palais du Pape pour les sans-abris de Rome - © Tous droits réservés

Rome / Le pape fait don d'un palais 18e aux sans-abris - 15/01/2020 Voir la vidéo sur Auvio

Une chambre avec vue sur la place St-Pierre, c’est le cadeau du Pape Francois aux sans-abris de Rome. Désormais quand le soleil se couche derrière la coupole de la basilique, les touristes se réfugient dans les restaurants, mais les sans-abris restent au froid, sous les arches de la colonnade du Bernin. Rome compte 8000 sans abris, dont 3000 qui ne trouvent aucune place dans les dortoirs communaux. Mais désormais un petit groupe d’entre eux se retrouve chaque soir devant la porte du Palazzo Migliori, du nom d’un immeuble historique du XVIIIe siècle, donné au Vatican par une riche famille romaine en 1930.

Lillia vient ici chaque soir. “En journée je passe d’église en église, j’ai vu toutes les crèches des églises de Rome” dit cette femme qui vit à la rue depuis plusieurs années mais qui n’a pas perdu le sourire et la gentillesse, “je vais aussi dans les bibliothèques, car j’adore lire, mais le soir je viens ici pour le souper qui commence à 19 heures, je dors et j’ai droit au petit-déjeuner de sept à huit heures le matin, ensuite nous devons retourner dehors dans la rue, mais c’est la règle de tous les dortoirs.”

Le Pape François a inauguré le dortoir en novembre, il est géré par la communauté de San’t Egidio, dont le porte-parole Massimiliano Signifredi, était présent lorsque les clochards sont entrés pour la première fois dans l’immeuble découvrant les plafonds voûtés et les fresques égyptiennes peintes sur les murs. “La première fois qu’ils sont entrés ici, ils étaient stupéfaits, ils l’ont même dit au Pape, il y en a un qui l’a pris par le bras et lui a dit qu’il dormait sous les colonnes de la place St-Pierre, il lui a fait voir l’endroit depuis la fenêtre, en ajoutant je dormais là, maintenant je dors ici, il était tout ému. Le Pape l’a bien souligné, la beauté guérit les personnes, même les sans-abris ont droit à la beauté !”

Dortoir pour clochards, plutôt qu’un hôtel de luxe

A 50 ans, Alessandro, a tout perdu, après de mauvaises affaires et un long procès. “Depuis trois ans je dormais sous les colonnes de la place, une dame m’a envoyé ici tout près, à la congrégation des sœurs de Jérusalem, elles m’ont parlé du dortoir du Pape, ici je retrouve la force de continuer car il y a des personnes qui ont encore des problèmes plus graves que moi !” Il était lui aussi présent lorsque le Pape est venu manger avec les sans-abris. “C’est une grande et belle personne, mais en même temps, il est tendre et humble, petit, je ne sais pas comment vous expliquez, quand je l’ai vu, je voulais lui parler mais je n’ai rien réussi à dire !”

En donnant le Palazzo Migliori aux invisibles de Rome, le Pape Francois dit vouloir montrer l’exemple, mais certains ont sans doute grincé des dents, l’immeuble situé juste devant la place aurait pu rapporter gros aux caisses du Vatican s’il avait été transformé en hôtel de luxe. Mais le Pape Francois reste fidèle à sa parole, il veut transformer l’Eglise en une institution pauvre, pour les pauvres !

 Valérie Dupont depuis Rome

 

 

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