Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
  • Contact

Recherche

Articles Récents

5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 18:26
Dante par Sandro Botticelli vers 1495.SUPERSTOCK / AURIMAGES

Dante par Sandro Botticelli vers 1495.SUPERSTOCK / AURIMAGES

On savait l’inclination personnelle du pape François pour l’œuvre de Dante Alighieri (1265-1321), souvent citée dans ses discours depuis son élection. À l’automne, recevant une délégation de l’archidiocèse de Ravenne – où le poète passa les dernières années de sa vie –, François avait indiqué vouloir revenir substantiellement sur les écrits et l’expérience de Dante, notamment celle de l’exil, afin d’éclairer ce qu’il peut nous apporter pour « traverser les nombreuses forêts obscures de notre terre ».
Le pape a surpris et réjoui ce jeudi 25 mars à midi en honorant sa promesse sous la forme d’une lettre apostolique (1), ouvrant ainsi les célébrations des 700 ans de la mort de l’écrivain italien. Le jour de la fête liturgique de l’Annonciation et l’heure de l’angélus n’ont pas été choisis au hasard pour publier ce texte dont le titre, Candor lucis aeternae (« Splendeur de la Lumière éternelle »), invite à méditer l’Incarnation. Il convoque le souvenir de Marie chantée par saint Bernard sous la plume de Dante : « Vierge mère, fille de ton fils,/humble et haute plus que créature,/terme arrêté d’un éternel conseil,/tu es celle qui a tant anobli notre nature humaine que son créateur daigna se faire sa créature/Dans ton ventre, l’amour s’est rallumé,/par la chaleur de qui, dans le calme éternel/cette fleur ainsi est éclose. »
Cette lettre apostolique, belle et littéraire, profonde et éclairée par la voix du poète, salue d’emblée la puissance de la littérature pour dire la profondeur de l’Amour. Et elle veut tout autant manifester de l’œuvre de Dante son actualité, « saisir ces avertissements et ces réflexions qui encore aujourd’hui sont essentiels pour toute l’humanité, pas seulement pour les croyants ».
Un appel à la fraternité
Inscrivant sa parole dans la continuité de ses prédécesseurs (François rappelle qu’en conclusion des travaux du concile Vatican II, Paul VI offrit aux pères conciliaires une édition artistique de La Divine Comédie), l’auteur de Fratelli tutti invite à contempler l’héritage vivant constitué par cette œuvre italienne médiévale comme un appel à la fraternité. Cette fraternité contemporaine, le pape la voit aussi dans le miroir tendu à tous les exilés, le poète ayant été banni de Florence et contraint à l’errance en 1302 après les troubles politiques entre guelfes blancs et noirs. François souligne la créativité et la vitalité que Dante y puisa : « En réfléchissant en profondeur sur sa situation personnelle d’exil, d’incertitude radicale, de fragilité, de mobilité continuelle, Dante transforme celle-ci en la sublimant dans un paradigme de la condition humaine, laquelle se présente comme un chemin, intérieur avant d’être extérieur. »

Rejoignant Paul VI qui insistait sur la finalité transformatrice de La Divine Comédie, François trouve aussi dans cette lecture un fort appel à la conversion. Dante est pour lui un « prophète d’espérance »,messager de la miséricorde et du libre arbitre autant qu’il sait décrire l’ardeur du désir humain, qu’il évoquait dans le premier chant de l’Enfer : « Mais toi, pourquoi retournes-tu vers cette angoisse ?/Pourquoi ne vas-tu pas à la douce montagne/qui est principe et cause de toute joie ? »

Un récit contemporain

Le pape propose ainsi Dante comme un modèle à imiter afin d’atteindre « la voie droite pour vivre pleinement notre humanité », a fortiori à notre temps marqué par « beaucoup d’ombres, par des situations qui dégradent l’humanité, par un manque de confiance et de perspectives d’avenir ». François insiste sur la contemporanéité du récit dantesque, composé jadis, ce fut une première, en italien et non en latin : « Si Dante raconte tout cela en utilisant la langue du peuple, celle que tous peuvent comprendre l’élevant au rang de langue universelle, c’est parce qu’il a un message important à nous transmettre, une parole qui veut toucher notre cœur et notre esprit, destinée à nous transformer et à nous changer dès maintenant, en cette vie. »
Enfin, le pape prend plaisir à commenter avec un regard très neuf la brève apparition de François d’Assise parmi les nombreux saints évoqués par Dante, marquant leur proximité : « Le premier est sorti du cloître avec les siens, il est allé parmi les gens dans les rues des villages et des villes, prêchant au peuple, s’arrêtant dans les maisons. Le second a fait le choix, incompréhensible à l’époque, d’utiliser la langue de tous pour son grand poème de l’au-delà, et de peupler son récit de personnages, connus et moins connus, mais absolument égaux en dignité aux puissants de la terre. Un autre trait rapproche les deux personnages : l’ouverture à la beauté et à la valeur du monde des créatures, miroir et “trace” du Créateur. »

(1) Les deux précédentes avaient été consacrées à saint Joseph (décembre 2020) et à la crèche (décembre 2019).

Sabine Audrerie

Lien à la Source


 

Partager cet article

Repost0
7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 10:28
À la Maison d'Abraham, à Ur dans le sud de l'Irak, le pape François a présidé une rencontre interreligieuse en présence de représentants musulmans le 6 mars 2021.À la Maison d'Abraham, à Ur dans le sud de l'Irak, le pape François a présidé une rencontre interreligieuse en présence de représentants musulmans le 6 mars 2021. • AHMAD AL-RUBAYE / AFP

À la Maison d'Abraham, à Ur dans le sud de l'Irak, le pape François a présidé une rencontre interreligieuse en présence de représentants musulmans le 6 mars 2021.À la Maison d'Abraham, à Ur dans le sud de l'Irak, le pape François a présidé une rencontre interreligieuse en présence de représentants musulmans le 6 mars 2021. • AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Lors d'une rencontre interreligieuse à Ur, le 6 mars, les représentants chiites, sunnites, yazidis et sabéens d'Irak ont prononcé, avec le pape François, une prière commune.
   
«  Dieu Tout-Puissant, notre Créateur qui aime la famille humaine et tout ce que tes mains ont accompli, nous, fils et filles d’Abraham appartenant au judaïsme, au christianisme et à l’islam, avec les autres croyants et toutes les personnes de bonne volonté, nous te remercions de nous avoir donné comme père commun dans la foi Abraham, fils éminent de cette noble et bien-aimée terre.

Nous te remercions pour son exemple d’homme de foi qui t’a obéi jusqu’au bout, en laissant sa famille, sa tribu et sa patrie pour aller vers une terre qu’il ne connaissait pas.

Nous te remercions aussi pour l’exemple de courage, de résistance et de force d’âme, de générosité et d’hospitalité que notre père commun dans la foi nous a donné.

Nous te remercions en particulier pour sa foi héroïque, manifestée par sa disponibilité à sacrifier son fils afin d’obéir à ton commandement. Nous savons que c’était une épreuve très difficile dont il est sorti vainqueur parce qu’il t’a fait confiance sans réserve, que tu es miséricordieux et que tu ouvres toujours des possibilités nouvelles pour recommencer.

Nous te remercions parce que, en bénissant notre père Abraham, tu as fait de lui une bénédiction pour tous les peuples.

Nous te demandons, Dieu de notre père Abraham et notre Dieu, de nous accorder une foi forte, active à faire le bien, une foi qui t’ouvre nos cœurs ainsi qu’à tous nos frères et sœurs ; et une espérance irrépressible, capable de voir partout la fidélité de tes promesses.

Fais de chacun de nous un témoin du soin affectueux que tu as pour tous, en particulier pour les réfugiés et les déplacés, les veuves et les orphelins, les pauvres et les malades.

Ouvre nos cœurs au pardon réciproque et fais de nous des instruments de réconciliation, des bâtisseurs d’une société plus juste et plus fraternelle. 

Accueille dans ta demeure de paix et de lumière tous les défunts, en particulier les victimes de la violence et des guerres.

Aide les autorités civiles à chercher et à retrouver les personnes qui ont été enlevées, et à protéger de façon particulière les femmes et les enfants.

Aide-nous à prendre soin de la planète, maison commune que, dans ta bonté et générosité, tu nous as donnée à tous.

Soutiens nos mains dans la reconstruction de ce pays, et donne-nous la force nécessaire pour aider ceux qui ont dû laisser leurs maisons et leurs terres à rentrer en sécurité et avec dignité, et à entreprendre une vie nouvelle, sereine et prospère. Amen. »

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 08:22
Le pape François au palais présidentiel de Bagdad, en Irak, le 5 mars. VATICAN MEDIA / VIA REUTERS

Le pape François au palais présidentiel de Bagdad, en Irak, le 5 mars. VATICAN MEDIA / VIA REUTERS

Le souverain pontife a entamé vendredi une visite inédite en Irak par un discours devant les dignitaires du pays, lors duquel il a appelé à cesser la corruption et à consolider la justice.
« Que se taisent les armes ! », a lancé le pape François, vendredi 5 mars à son arrivée en Irak, pour la première visite papale de l’histoire du pays, ravagé par les guerres. S’adressant aux autorités irakiennes – dont le président Barham Saleh –, le chef des 1,3 milliard de catholiques du monde a évoqué tous les sujets brûlants.
Il est notamment revenu sur le sort de la minorité yézidie, prise pour cible par les membres de l’organisation Etat islamique (EI) à partir de 2014, et dont des milliers de femmes ont été réduites à l’esclavage sexuel.
« Je ne peux pas ne pas rappeler les yézidis, victimes innocentes de barbaries insensées et inhumaines, persécutés en raison de leur appartenance religieuse, dont l’identité même et la survie ont été menacées. »
« Assez de violences, d’extrémismes, d’intolérances », a aussi martelé le souverain pontife. Assez également de la « corruption », qui a conduit des centaines de milliers d’Irakiens à manifester durant des mois fin 2019. A l’époque, le pape avait exhorté l’Irak à cesser de réprimer ses jeunes en demande de justice. Il faut « édifier la justice », a de nouveau plaidé le dignitaire argentin.
Il faut en outre que « personne ne soit considéré comme citoyen de seconde zone », a-t-il fait valoir. Notamment les chrétiens, qui représentent 1 % de la population du pays − ils ne sont plus que 400 000 actuellement, contre 1,5 million il y a vingt ans. Le pape a donc rappelé leur « présence très ancienne sur cette terre », plaidant pour « leur participation à la vie publique » en leur qualité de « citoyens jouissant pleinement de droits, de liberté et de responsabilité ».
Des dizaines de fosses communes
Sous haute protection, circulant seul et masqué sous un strict confinement face à l’épidémie de Covid-19, le pape, âgé de 84 ans, est venu en « pèlerin de paix » réconforter l’une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde, étiolée par violence et pauvreté.
Dimanche, il participera à une prière œcuménique à Ur, dans le sud du pays, berceau du patriarche Abraham (présenté par la tradition comme le père des monothéismes). A ses côtés se tiendront des dignitaires yézidis, chiites, sunnites et sabéens.
Le chef des enquêteurs des Nations unies, Karim Khan, a estimé vendredi que la visite papale délivrait « un message d’union, de paix et de coexistence entre communautés ». « Les visites du Saint-Père à Mossoul et à Karakoch », des villes « ravagées par les crimes de l’EI, seront des instants profonds et personnels pour les chrétiens d’Irak », a-t-il ajouté. Et cela soulignera que « chaque vie compte », a poursuivi le chef d’une mission qui a déjà entamé l’examen de dizaines de fosses communes, notamment yézidies.
« Notre détermination commune à promouvoir la justice, la tolérance et la réconciliation est la meilleure façon de combattre l’héritage de l’EI », a conclu le responsable, présent au moment de l’adresse papale aux hommes politiques et aux diplomates à Bagdad.
Au cours de son séjour − qui s’achèvera lundi au terme de 1 445 km parcourus principalement par les airs pour éviter les zones où se terrent toujours des djihadistes −, François tendra la main aux musulmans en rencontrant le grand ayatollah Ali Al-Sistani, plus haute autorité de l’islam pour de nombreux chiites d’Irak et du monde.

Le Monde avec AFP

Lien à la Source


 

Partager cet article

Repost0
4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 09:51
Mossoul Attend Le Pape François @MosulEye

Mossoul Attend Le Pape François @MosulEye

Un voyage « pas permis » à Jean-Paul II
« Un pas de plus vers la fraternité entre les croyants »: le pape François annonce ainsi son « pèlerinage de trois jours en Irak » (5-8 mars), à la fin de l’audience générale de ce mercredi 3 mars 2021, depuis la bibliothèque privée du Vatican. Il n’a pas hésité à parler de la « déception » des Irakiens quand on a « interdit » au pape Jean-Paul II de venir, en l’an 2000.

Le pape a confié qu’il songea depuis longtemps à ce voyage sur les pas d’Abraham: « Après-demain, si Dieu le veut, je me rendrai en Irak pour un pèlerinage de trois jours. Je désire depuis longtemps rencontrer ce peuple qui a tant souffert; rencontrer cette Eglise martyre sur la terre d’Abraham. »

Il y voit une nouvelle étape sur le chemin de la « fraternité » entre croyants et il demande la prière des catholiques pour cela: « Avec les autres responsables religieux, nous accomplirons également un pas en avant dans la fraternité entre les croyants. Je vous demande d’accompagner par la prière ce voyage apostolique, afin qu’il puisse se dérouler de la meilleure façon et porter les fruits espérés. »

Il a souligné la déception des Irakiens quand Jean-Paul II, en l’an 2000 a dû renoncer à son projet, avec des termes forts pour dire « l’interdiction » faite à son prédécesseur: « Le peuple irakien nous attend; il attendait saint Jean-Paul II, à qui il n’a pas été permis de s’y rendre. On ne peut pas décevoir un peuple pour la deuxième fois. Prions afin que ce voyage se déroule bien. »
 
Le pape François avait annoncé sa volonté de se rendre en Irak devant les participants à la 92e Assemblée plénière de la ROACO (Réunion des Œuvres d’Aide aux Églises Orientales), le 10 juin 2019.

Et en juillet 2019 déjà nous annoncions cette visite comme envisagée en 2020: le gouvernement avait débloqué les crédits nécessaires. La pandémie de covid-19 aura imposé un délai supplémentaire.

« Nous sommes honorés d’annoncer que Sa Sainteté le Pape François a accepté l’invitation du Président de la République d’Irak, Dr. Barham Saleh et de Sa Béatitude, le Patriarche Louis Raphaël Card. Sako », écrit encore le patriarcat chaldéen.

Le pape François réalise ainsi le rêve de Jean-Paul II qui n’a pas pu faire le pèlerinage à Ur, sur les pas d’Abraham, en l’an 2000.

On se souvient de la sollicitude de Jean-Paul II, comme le rapportait récemment le cardinal Parolin: « A la veille de  guerre en Irak en 2003, qu’il chercha à conjurer par tous les moyens. Devant le Corps diplomatique, Jean-Paul II lança ce cri : « Non à la guerre : la guerre n’est jamais une fatalité ; elle est toujours un échec de l’humanité ». »

Le cardinal français Roger Etchegaray s’était rendu sur place en février 2003, en avion et en voiture, pour une ultime tentative diplomatique visant à empêcher la guerre.

Plus tôt encore, ses pèlerinages aux Lieux saints pour entrer dans le Troisième millénaire incluaient au départ l’Irak.


Anita Bourdin

 

Lien à la Source


 

Partager cet article

Repost0
27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 15:30
Le voyage apostolique du pape François en Irak

« Vous êtes tous frères » (Mt 23,8)
Le pape François va se rendre prochainement en Irak, du 5 au 8 mars 2021. Il s'agit de son premier voyage après 15 mois d'interruption des visites apostoliques en raison de la pandémie, et la première visite d'un souverain pontife en Irak. Ce voyage représente un geste concret de proximité à toute la population de ce pays martyrisé depuis plusieurs années.
Cette visite en Irak, le pape François envisageait déjà le 10 juin 2019 lors de l'audience aux participants à la Rencontres des Œuvres d'aide aux Églises orientales (ROACO) : « Une pensée récurrente m'accompagne en pensant à l'Irak- avait-il déclaré, partageant sa volonté d'y venir en 2020- et souhaitant que le pays « puisse regarder vers l’avant à travers la participation pacifique et partagée à la construction du bien commun de toutes les composantes – y compris religieuses – de la société, et ne retombe pas dans les tensions venant des conflits jamais éteints des puissances régionales ».
 La volonté de préserver la présence historique des chrétiens
Cette visite fait suite à la venue de Barham Salih, président de la République d'Irak, au Vatican le 25 janvier 2020. Reçu par le pape François, le chef d'état irakien avait également rencontré le cardinal-Secrétaire, Pietro Parolin, et Mgr Paul Richard Gallagher, Secrétaire pour les relations avec les États. Ils ont évoqué ensemble les défis du pays, comme celui de « favoriser la stabilité et le processus de reconstruction, en encourageant la voie du dialogue et la recherche de solutions adéquates en faveur des citoyens et dans le respect de la souveraineté nationale ». Ainsi, « l’importance de préserver la présence historique des chrétiens » et «la nécessité de leur garantir la sécurité et une place dans l’avenir » du pays, figuraient au centre de ces défis.
L’annonce du voyage du Saint Père en Irak est une formidable nouvelle pour les Irakiens mais aussi pour tout le Moyen-Orient et pour tous les amis des chrétiens d’Orient. 
Ce voyage aura certainement un grand retentissement dans l’Église et dans le monde. Qu’il puisse être reçu comme l’occasion d’un renouvellement spirituel individuel et social pour chacun.
Un programme au service du dialogue interreligieux
Depuis la guerre du Golfe (1990 – 1991), les voyages pontificaux au Moyen-Orient ont été rendus particulièrement difficiles malgré la mission de paix dont les papes depuis Jean-Paul II se sont sentis investis. Toutefois, les trois derniers souverains pontifes Jean Paul II, Benoît XVI et François ont pu se rendre dans plusieurs pays du Moyen-Orient : Liban, Égypte, Terre Sainte et Jordanie, Syrie, Turquie, Abu Dhabi, Arménie et Azerbaïdjan.
On peut souligner le lien entre Abu-Dhabi avec la déclaration commune sur la fraternité humaine, Rabat avec les déclarations sur le passage du statut de minorité à la pleine citoyenneté et celui en Irak qui se situe sur les traces d’Abraham (Ur), père des croyant et de Jonas (Ninive - Mossoul) qui appelle tout homme et tous les hommes à la conversion. 
 Le pape Jean-Paul II voulait déjà se rendre en Irak en 1999 (Lettre du pape Jean-Paul sur le pèlerinage aux lieux qui sont liés à l'histoire du Salut, 29 juin 1999), mais cela n'a pas pu aboutir du fait du contexte socio-politique en Irak comme l'explique frère Amir Jajé, dominicain irakien et membre du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux :
Cela fait 20 ans que les papes successifs souhaitaient se rendre en Irak sur les traces d’Abraham. Ce voyage tenait à cœur au pape Jean-Paul II, qui souhaitait déjà s’y rendre en décembre 1999, et qui a transmis son ambition à ses successeurs. Or, à cette période, l’Irak était sous le gouvernement de Saddam Hussein. Et celui-ci voyait dans la venue du pape des objectifs contraires à ce que Jean-Paul II pouvait réaliser en tant que chef de l’Église. Le pape a été obligé de refuser ces conditions et finalement s’est rendu symboliquement en Jordanie.
De nouveau, le pape François s’est engagé à venir en Irak. Après 2014, à Noël 2015, il avait promis aux déplacés chrétiens de la plaine de Ninive de venir à leur rencontre pour les soutenir dans leur épreuve face à l’invasion de Daesh.
Mais il vient surtout pour soutenir le pays tout entier, un Irak fort qui, petit à petit, se remet debout. Dans ce cadre, le pape François veut transmettre un message de paix et de fraternité au-delà de toutes religions car c’est en dépassant les sectarismes religieux que tous les Irakiens peuvent et doivent reconstruire l’Irak. Cette visite est donc pour tous les Irakiens et tous les Irakiens attendent la venue du pape. Ils ont besoin du message de soutien et de paix d’une personne aussi symbolique que le pape. Un message qui pourra même resonner dans tous les pays voisins du fait du lien qui unit les religions monothéistes à travers la fraternité fondée sur l’appartenance à un même père, Abraham.
Le pape François a un esprit prophétique et saura aller au-delà des différences religieuses sans donner l’impression aux chrétiens qu’il les délaisse. 
Frère Amir Jajé
 Le programme officiel du voyage apostolique 
Ce voyage emmènera le pape François entre autres dans les villes de Bagdad, Ur, Erbil, Mossoul et Qaraqosh.
Vendredi 5 mars
Accueil à l'aéroport par le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi
Cérémonie officielle de bienvenue au palais présidentiel, suivie d'un entretien de courtoisie avec le président de la République irakienne Barham Salih & d'une rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique irakien
Rencontre avec les évêques, prêtres, religieux et séminaristes du pays, en la cathédrale syro-catholique Notre-Dame de l'Intercession de Bagdad
Samedi 6 mars 
Rencontre avec le Grand Ayatollah Sayyid Ali Husayni Al-Sistani (plus haute autorité musulmane chiite en Irak) à Nadjaf (200 km au sud de la capitale)
Rencontre interreligieuse à Ur au milieu des « plaines d'Abraham »
Messe avec le clergé chaldéen à Bagdad, en la cathédrale latine Saint-Joseph
Dimanche 7 mars
Rencontre avec les communautés chrétiennes ayant fui les exactions du groupe État islamique à Erbil (capitale du Kurdistan irakien), Mossoul et Qaraqosh dans la plaine de Ninive
​Rencontre avec le président et le premier ministre de la région autonome du Kurdistan irakien à Erbil
Prière de suffrage pour les victime de la guerre à Mossoul (Place de l'Église)
Visite de la communauté de Qaraqosh, en l'église de l'Immaculée Conception
Messe au stade "Franso Hariri" d'Erbil
Lundi 8 mars
Cérémonie de départ à l'aéroport de Bagdad
 
Des enjeux diplomatiques et politiques
Les Irakiens attendent avec beaucoup d’impatience la venue du pape en Irak, avec espérance, non seulement pour la communauté chrétienne dont la présence est menacée, mais aussi pour le peuple tout entier qui attend une exhortation à la paix et à la fraternité. Ils attendent un message qui permettra de mettre en lumière les incohérences politiques et de promouvoir l’unité, la stabilité au sein du pays et dans les relations de l’Irak vis-à-vis de ses voisins. C'est également l'occasion d'une considération nouvelle de la part du monde entier.  À la suite de l’annonce du voyage du pape, Noël a été officiellement déclaré fête nationale en Irak.  

Des réserves avaient été émises sur le voyage pontifical le 10 janvier 2021 en raison de la pandémie. Le patriarche Louis Raphaël Sako a proposé de réciter une prière pendant la messe dominicale pour la venue du pape en Irak : 

« Seigneur notre Dieu, accorde au pape François santé et prospérité, afin qu’il puisse mener à bien cette visite attendue. Bénissez ses efforts pour renforcer le dialogue et la réconciliation fraternelle et pour instaurer la confiance, consolider les valeurs de paix et de dignité humaine, en particulier pour nous, les Irakiens, témoins d’événements douloureux qui nous ont touchés.
Seigneur, notre Créateur, illumine nos cœurs de ta lumière, afin que nous voyions le bien et la paix et que nous commencions à les réaliser.
Vierge Marie, notre Mère, nous confions à votre attention maternelle la visite du pape François, afin que le Seigneur nous accorde la grâce de vivre en pleine communion nationale, coopérant fraternellement pour construire un avenir meilleur pour notre pays et ses citoyens.
Amen. »

Prière de S. B le patriarche Sako pour la venue du pape en Irak
14 janvier 2020

Diocèse de Saint Dié (Vosges)

Lien à la Source


 

Partager cet article

Repost0
31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 19:09
Le pape François, le 21 octobre 2020.ANGELO CARCONI/EPA/MAXPPP

Le pape François, le 21 octobre 2020.ANGELO CARCONI/EPA/MAXPPP

Dans une rencontre avec le directeur de l’agence italienne AdnKronos, le pape François a accepté de revenir sur sa lutte pour la transparence des finances vaticanes. Pour le pape qui ne se dit « pas très optimiste » quant à l’issue de son combat, « la corruption est un problème de fond, qui se perd dans les siècles ».
« Si je suis seul ? J’y ai pensé. » Cette étonnante confession vient du pape François, lors d’une rencontre récente avec Gian Marco Chiocci, le directeur de l’agence de presse italienne AdnKronos. Le journaliste a tiré de leurs échanges un long article publié vendredi 30 octobre sous forme de récit.
Un peu plus d’un mois après la brutale éviction du cardinal Angelo Becciu, accusé d’avoir fait bénéficier sa famille de fonds normalement destinés aux pauvres, cette discussion est l’occasion pour le pape de revenir sur son combat contre la corruption – sans jamais cependant citer une seule fois le nom du cardinal déchu. « La corruption est un problème de fond, qui se perd dans les siècles », avance François.
Ainsi, explique-t-il, la lutte contre ce phénomène ne commence pas avec lui, mais était déjà menée par son prédécesseur. « Au début de mon pontificat, je suis allé voir Benoît [XVI]. (…) Il m’a donné une grande boîte : "Dedans, m’a-t-il dit, il y a les actes avec les situations les plus difficiles, je suis arrivé jusque-là, je suis intervenu dans telle situation, j’ai éloigné telle personne… et maintenant, c’est ton travail." Ainsi, je n’ai rien fait d’autre que de prendre le relais du pape Benoît, j’ai continué son œuvre. »
Les deux niveaux de solitude
Poursuite d’un combat donc, dont François reconnaît ne pas connaître l’issue. Ainsi, si d’une part il affirme n’être « pas très optimiste », il veut aussi croire « qu’il n’y a pas une seule personne, ici [au Vatican] ou dehors, qui soit opposée à arracher la mauvaise herbe de la corruption ». Mais l’Église, considère le pape en reprenant les mots de saint Ambroise, est une « casta meretrix » – une chaste prostituée. Ou plutôt, se corrige-t-il, « une partie de l’Église, car la grande majorité va dans la direction opposée, poursuit le bon chemin ».
C’est ainsi que le pape François en vient à se poser la question de sa propre solitude. « Il existe deux niveaux de solitudes : il est possible de dire que l’on se sent seul car qui devrait collaborer ne le fait pas, car qui devrait se salir les mains pour l’autre ne le fait pas, car les choses ne vont pas comme je le voudrais… c’est une solitude fonctionnelle. »
Le pape ne le dira pas, mais derrière les mots semble transparaître qu’il éprouve ce sentiment. En revanche, « il y a une solitude substantielle, que je n’éprouve pas, car j’ai trouvé beaucoup de gens qui prennent des risques pour moi, mettent leur vie en jeu, combattent avec la conviction d’avoir raison et d’emprunter le bon chemin emprunté, malgré mille obstacles et résistances ».
Benoît XVI, « la sainteté faite homme »
Les affaires vaticanes ne constituent cependant pas le seul sujet de la rencontre entre le directeur d’AdnKronos et le pape François. Alors que l’épidémie de Covid-19 reprend en Europe, « je prie beaucoup, je suis très, très, très proche de ceux qui souffrent, je prie pour ceux qui les aident ».
Alors que le monde traverse des « jours de grande incertitude », le pape confie une anecdote « déplaisante ». Selon lui, un évêque a affirmé que les fidèles s’étaient « déshabitués » à venir à la messe en raison de la pandémie. Si ces personnes « venaient à l’église par habitude, il vaut mieux qu’elles restent chez elles. C’est l’Esprit Saint qui appelle les personnes. Peut-être qu’après cette dure épreuve, avec ces nouvelles difficultés, avec la souffrance qui pénètre dans les foyers, les fidèles seront plus réels, plus authentiques ».
Enfin, la discussion avec Gian Marco Chiocci a été l’occasion pour le pape François de revenir sur sa relation avec Benoît XVI, au-delà du combat commun pour assainir les finances vaticanes : « Benoît est pour moi un père et un frère (…) la relation est très vraiment très bonne, nous sommes d’accord sur ce qu’il faut faire. Benoît est un homme bon, la sainteté faite homme. »

Xavier Le Normand

Lien à la Source


 

Partager cet article

Repost0
14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 22:02
Le pape François, au Vatican, le 4 octobre 2020, jour de la parution de son encyclique "Fratelli tutti". Crédit : REUTERS/Remo Casilli

Le pape François, au Vatican, le 4 octobre 2020, jour de la parution de son encyclique "Fratelli tutti". Crédit : REUTERS/Remo Casilli

L’aumônier responsable des œuvres de charité du pape François a annoncé qu’un centre d’accueil pour réfugiés allait être ouvert pour héberger une soixantaine de personnes au cours de leurs premiers mois en Italie.

Un centre d’accueil pour réfugiés va être créé dans un immeuble de Rome appartenant à des religieuses, a annoncé lundi 12 octobre le cardinal Konrad Krajewski, l'aumônier responsable des oeuvres de charité du pape François.

Ce Polonais, parfois surnommé le "Robin des bois" du pape par la presse italienne, a précisé dans un communiqué que le centre accueillerait tout particulièrement des femmes seules ou avec enfants, ou encore des familles vulnérables, au cours de leurs premiers mois en Italie après leur arrivée grâce à des couloirs humanitaires.

Konrad Krajewski a rappelé l’appel du pape François à accueillir dignement les migrants. Appel réitéré dans la deuxième encyclique "Fratelli tutti" du pape François diffusée le 3 octobre. Le pape y dénonce, une fois de plus, le manque de solidarité des pays européens vis à vis des migrants. Il demande notamment d’appliquer le concept de "citoyenneté" lorsqu’ils sont arrivés "depuis quelque temps et intégrés", de les considérer non pas comme "des usurpateurs qui n’offrent rien" mais comme la chance de découvrir "qu’aujourd’hui ou bien nous nous sauvons tous ou bien personne ne se sauve", rapporte le quotidien Le Monde.

L'immeuble romain destiné à l’accueil des réfugiés a été mis gratuitement à la disposition du pape par les soeurs siciliennes de "la Divine Providence de Catane". Selon le site Vatican News, cette "Villa Serena" est situé Via della Pisana, dans l'Ouest de la capitale italienne.

Ce centre sera géré par la communauté catholique laïque italienne Sant'Egidio, qui organise depuis 2015 des couloirs humanitaires depuis la Syrie, la Corne de l'Afrique et la Grèce.

 Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 08:51
Le Pape François en 2014 en Corée - Photo Korea.net - Cretative Commons (CC BY-SA 2.0)

Le Pape François en 2014 en Corée - Photo Korea.net - Cretative Commons (CC BY-SA 2.0)

Le pape François serait-il en train de replacer L’Église au milieu du village occidental, d’assigner au catholicisme une mission révolutionnaire à l’instar de ce qu’elle a été dans les premier siècles de notre ère ?
Poser la question est sans doute déjà y répondre par l’affirmative au regard de son œuvre depuis le début de son pontificat. On se rappelle des images de François lavant les pieds des humbles. Mais les images ne font pas tout. L’œuvre papale se mesure aussi à la force de ses écrits à travers les encycliques, ces textes qui propagent à toutes les paroisses l’enseignement du pape, la doctrine officielle de L’Église qu’il appartiendra à chaque officier du culte d’enseigner à son tour aux fidèles. Elles forment ainsi un corpus général, corpus de ce que l’on pourrait finalement nommer une « politique de l’âme » des croyants. 
À travers ces textes, que les Papes publient librement, l’Église répond finalement aux grandes questions de son temps en inscrivant la doctrine dans le combat des idées. L’Église catholique ne renonce ainsi jamais à peser dans le débat. On se souvient bien évidemment de Rerum Novarum publiée par Léon XIII le 15 mai 1891. L’Encyclique ancrait les fondements de la doctrine sociale de l’Église en venant apporter un soutien à la condition ouvrière contre les dérives du travail et du libéralisme économique au XIXe siècle. Léon XII enseignait rien moins que le travail ne pouvait être une marchandise puisqu’il impliquait les hommes, que la propriété privée – même des moyens de production – ne pouvait s’exercer hors d’une vision de l’utilité de tous, que l’État ne pouvait se désintéresser de l’économie et de la sauvegarde des travailleurs dont il est le garant… Sévère mise au point.      
Ces textes sont aussi l’occasion de répondre parfois aux évolutions qui minent les institutions catholiques, comme a pu le faire Pie XI sur le mariage avec l’Encyclique Casti Connubii le 31 décembre 1930 où il rappelait la sacralité de l’institution maritale – instituée par Dieu lui-même – que les « principes faux d’une morale nouvelle » foulaient au pied.  
L’Encyclique est donc un message aux chrétiens qui s’ouvre au monde pour tenter d’inspirer des orientations politiques par une morale universelle.
De ce point de vue, il est difficile de dire que le Pape François ne soit pas inspiré par l’air du temps, que L’Église n’ai pas quelque chose à dire à notre époque troublée. Dans un appel écologique du 18 juin, 2015 cette fois, avec Laudato si, il prenait en charge la question environnementale pour sauvegarder « la maison que nous partageons ». Écologie intégrale, ici. Radicalisme d’un Pape qui n’a pas pris le nom de François par hasard, tant il vénère Saint François d’Assise, homme de pauvreté et de paix qui préserve la Création… Voilà le modèle à suivre.
C’est donc bien entendu dans les pas de Saint François d’Assise que s’inscrit encore Fratelli Tutti sur la fraternité et l’amitié sociale. Le Saint « invite à un amour qui surmonte les barrières de la géographie et de l’espace » écrit le Pape dès les premières lignes du texte. Le ton est donné d’une « fraternité ouverte qui permet de reconnaître, de valoriser et d’aimer chaque personne indépendamment de la proximité physique, peu importe où elle est née ou habite ». Le message est limpide : « Je forme le vœu qu’en cette époque que nous traversons, en reconnaissant la dignité de chaque personne humaine, nous puissions tous ensemble faire renaître un désir universel d’humanité ».
Le constat n’est pas tant sévère que lucide sur l’état du monde. Après des décennies de progrès de la paix, en Europe, en Amérique latine – deux continent qu’il cite pour les connaître parfaitement – mais aussi ailleurs, « l’histoire est en train de donner des signes de recul ».  Partout, « des nationalismes étriqués, exacerbés, pleins de ressentiments et agressifs réapparaissent ». Le constat est que la globalisation économique n’a pas fait progresser la paix, que l’économie rapproche les hommes sans en faire des frères, ainsi qu’enseignait Benoît XVI. Les mots pontificaux sont durs : « On observe la pénétration culturelle d’une sorte de ‘‘déconstructionnisme’’, où la liberté humaine prétend tout construire à partir de zéro. Elle ne laisse subsister que la nécessité de consommer sans limites et l’exacerbation de nombreuses formes d’individualisme dénuées de contenu. »
Le texte, comme son prédécesseur est donc dans la veine des grands textes politiques. Il prend appui sur la déréliction des valeurs, l’effondrement de la conscience historique qui favorise l’effondrement culturel pour privilégier l’avidité. « Que signifient aujourd’hui des termes comme démocratie, liberté, justice, unité ? Ils ont été dénaturés et déformés pour être utilisés comme des instruments de domination, comme des titres privés de contenu pouvant servir à justifier n’importe quelle action ».
François s’inscrit pleinement dans les débats bouillants de l’Humanité qui affronte les périls du dérèglement climatique et de la montée des haines et égoïsmes de tous genres. Il heurte de front aussi les dérives de la politique, tant « le marketing, que les différentes formes de maquillage médiatique. Tout ce que ces choses arrivent à semer, c’est la division, l’inimitié et un scepticisme désolant, incapable de susciter un projet commun ». L’exergue aux politiques du moment est cinglante : « la politique n’est plus une discussion saine sur des projets à long terme pour le développement de tous et du bien commun, mais uniquement des recettes de marketing visant des résultats immédiats qui trouvent dans la destruction de l’autre le moyen le plus efficace. Dans ce jeu mesquin de disqualifications, le débat est détourné pour créer une situation permanente de controverse et d’opposition ». Comment mieux dire son sentiment de vacuité des politiques actuels, leur peu d’empressement – sinon leur indifférence – à régler les vraies questions que nous affrontons tous et leur incapacité à sortir d’une forme de petitesse du pouvoir toute tournée vers l’objectif de sa préservation plutôt que vers le bien commun.
Il dit aussi sa désapprobation de l’économie telle qu’elle fonctionne désormais, où la cupidité et les ravages sont camouflés sous la construction d’une fausse rationalité : « Bien souvent, les voix qui s’élèvent en faveur de la défense de l’environnement sont réduites au silence ou ridiculisées, tandis qu’est déguisé en rationalité ce qui ne représente que des intérêts particuliers. Dans cette culture que nous développons, culture vide, obnubilée par des résultats immédiats et démunie de projet commun », « il est prévisible que, face à l’épuisement de certaines ressources, se crée progressivement un scénario favorable à de nouvelles guerres, déguisées en revendications nobles ». Le monde a décidé qu’une partie de l’humanité ne servait plus à rien, qu’on pouvait la laisser de côté… les faibles, les personnes âgées sont de ce nombre… La crise du Coronavirus a mis en exergue cet abandon des personnes âgées, estime le Pape : « Elles ne devaient pas mourir de cette manière ».
La fraternité serait un remède à cet abandon. « Nous ne nous rendons pas compte qu’isoler les personnes âgées, tout comme les abandonner à la charge des autres sans un accompagnement adéquat et proche de la part de la famille, mutile et appauvrisse la famille elle- même. En outre, cela finit par priver les jeunes de ce contact nécessaire avec leurs racines et avec une sagesse que la jeunesse laissée à elle seule ne peut atteindre. »
Au fond, le mépris des hommes a gagné l’esprit de système d’une économie et d’un système politique globalisé qui ne poursuit plus d’abord que le profit, où croissance économique et « développement humain intégral » ne sont plus jumeaux. L’égalité, les droits fondamentaux ne sont pour beaucoup d’humains que des mots sans effet sur leurs conditions réelles. « Lorsqu’on affirme que le monde moderne a réduit la pauvreté, on le fait en la mesurant avec des critères d’autres temps qui ne sont pas comparables avec la réalité actuelle ». C’est toute la pensée économique que le pape François appelle à réviser.
Peut-être la pandémie, d’ailleurs, devrait-elle être un signal d’épuisement du modèle que nous n’avons pu le luxe d’ignorer. Le texte, ici ne laisse guère de doute sur la pensée de son rédacteur. « Mais nous oublions vite les leçons de l’histoire, « maîtresse de vie ». Après la crise sanitaire, la pire réaction serait de nous enfoncer davantage dans une fièvre consumériste et dans de nouvelles formes d’auto-préservation égoïste. Plaise au ciel qu’en fin de compte il n’y ait pas ‘‘les autres’’, mais plutôt un ‘‘nous’’ ! Plaise au ciel que ce ne soit pas un autre épisode grave de l’histoire dont nous n’aurons pas su tirer leçon ! Plaise au ciel que nous n’oublions pas les personnes âgées décédées par manque de respirateurs, en partie comme conséquence du démantèlement, année après année, des systèmes de santé ! Plaise au ciel que tant de souffrance ne soit pas inutile, que nous fassions un pas vers un nouveau mode de vie et découvrions définitivement que nous avons besoin les uns des autres et que nous avons des dettes les uns envers les autres, afin que l’humanité renaisse avec tous les visages, toutes les mains et toutes les voix au-delà des frontières que nous avons créées ! »
Evidemment, dans cet environnement, les hommes politiques sont pointés du doigt par François qui en appelle à leur conscience, à l’idée qu’ils se font d’aux mêmes et à l’héritage qu’ils veulent laisser. On peut même se demander s’il ne fait pas appel à leur vanité… pêché qui serait ici peut-être seulement véniel. C’est à eux d’agir :  pour juger de leur action, plus tard, les questions qu’ils devraient se poser ne sont pas les chiffres d’approbation et d’élection. « Les questions, peut-être douloureuses, seront plutôt : “Quel amour ai-je mis dans le travail ? En quoi ai-je fait progresser le peuple ? Quelle marque ai-je laissée dans la vie de la société, quels liens réels ai-je construits, quelles forces positives ai-je libérées, quelle paix sociale ai-je semée, qu’ai-je réalisé au poste qui m’a été confié ? » On pense évidemment à Trump et aux dirigeants des hyper puissances, mais en fait il s’adresse à tous tant la fraternité qu’il appelle ne peut exister sans l’humilité du puissant à l’égard des « derniers » pour « dialoguer ».
L’Encyclique accuse les populismes. Elle dit par exemple la complexité des phénomènes migratoires actuels. La migration est d’abord un arrachement à sa culture, à sa géographie, à son histoire. Elle fragilise tant le migrant que sa communauté d’origine qui perd avec lui une force vive. « Par conséquent il faut aussi « réaffirmer le droit de ne pas émigrer, c’est-à-dire d’être en condition de demeurer sur sa propre terre ». » Attention, ceci est un appel à la fraternité, à une révolution des équilibres économiques et sociaux qui gouvernent le monde, et aucunement un appel à la retiration, comme dirait l’extrême droite.
D’ailleurs, Fratelli Tutti met au pilori les populistes qui dénigrent l’humanité aux frontières, marquant d’opprobre pontificale les politiques qui rejettent l’immigration sans vergogne tout en affichant leur attachement aux racines chrétiennes, en affichant leur catholicisme qu’ils trahissent dans leurs actes : dans certains pays, « Les migrants ne sont pas jugés assez dignes pour participer à la vie sociale comme toute autre personne et l’on oublie qu’ils ont la même dignité intrinsèque que quiconque. C’est pourquoi ils doivent être « protagonistes de leur propre relèvement ». On ne dira jamais qu’ils ne sont pas des êtres humains, mais dans la pratique, par les décisions et la manière de les traiter, on montre qu’ils sont considérés comme des personnes ayant moins de valeur, moins d’importance, dotées de moins d’humanité. Il est inacceptable que les chrétiens partagent cette mentalité et ces attitudes, faisant parfois prévaloir certaines préférences politiques sur les convictions profondes de leur foi : la dignité inaliénable de chaque personne humaine indépendamment de son origine, de sa couleur ou de sa religion, et la loi suprême de l’amour fraternel ». Certaines oreilles très catholiques de notre pays peuvent se sentir viser, comme d’autres ailleurs.
Face à la peur de l’étranger qu’il comprend, le pape fait appel à la culture, à la force de l’histoire européenne. C’est de « son grand patrimoine culturel et religieux » que l’Europe peut faire apparaître les instruments pour échapper au pire à l’égard de migrants… « L’hospitalité est une manière concrète de ne pas se priver de ce défi et de ce don qu’est la rencontre avec l’humanité, indépendamment du groupe d’appartenance ».
Il n’y a pas d’angélisme dans l’Encyclique. L’heure n’est pas à la naïveté. Le pape rappelé par exemple que « les Etats ne peuvent pas trouver tout seuls les solutions adéquates ». Pour « penser et gérer un monde ouvert », la réponse du pape François se situe dans la promotion du dialogue permanent, entre les peuples, les générations, les conditions…. Il insiste sur l’unité, sur la dangerosité de ce qu’en France on appellerait en ce moment sans doute : des séparatismes, à l’œuvre partout. Pas seulement au plan religieux, mais plus généralement au plan social puisque « Certains essaient de fuir la réalité en se réfugiant dans leurs mondes à part ».
Sans dialogue social, la violence prend la pas. C’est ce que nous voyons sur les réseaux sociaux, expose François, dans des média pas toujours fiables, où l’habitude prévaut de « disqualifier instantanément l’adversaire en lui appliquant des termes humiliants ». C’est la société entière qui est frappée de cette folle dérive « Je ne pense pas seulement à un gouvernement en fonction, car ce pouvoir manipulateur peut être économique, politique, médiatique, religieux ou de tout autre genre. Parfois, on justifie cette pratique, ou on l’excuse, quand sa dynamique répond à des intérêts économiques ou idéologiques, mais, tôt ou tard, cela se retourne contre ces mêmes intérêts ». Or, sans dialogue, il n’y a pas de souci de promouvoir le bien commun, enseigne le pontife.
 Et le texte reprend une devise que les Français connaissent bien : « Liberté, égalité et fraternité » pour lui conférer une dimension fraternelle. Il place la fraternité au centre de la possibilité de développer la liberté et l’égalité. La fraternité est donc la condition de la liberté et de l’égalité. « Que se passe-t-il sans une fraternité cultivée consciemment, sans une volonté politique de fraternité, traduite en éducation à la fraternité, au dialogue, à la découverte de la réciprocité et de l’enrichissement mutuel comme valeur ? ». Il ne faut donc pas confondre le diptyque Liberté et Egalité avec la promotion de l’individualisme. « L’individualisme ne nous rend pas plus libres, plus égaux, plus frères. La simple somme des intérêts individuels n’est pas capable de créer un monde meilleur pour toute l’humanité. Elle ne peut même pas nous préserver de tant de maux qui prennent de plus en plus une envergure mondiale. Mais l’individualisme radical est le virus le plus difficile à vaincre. Il nous trompe. Il nous fait croire que tout consiste à donner libre cours aux ambitions personnelles, comme si en accumulant les ambitions et les sécurités individuelles nous pouvions construire le bien commun ».
Et le pape de redire l’importance du don, des échanges et de l’écoute entre les cultures. Il appelle singulièrement les jeunes à s’y attacher et à ne pas répondre aux sirènes es réseaux du rejet de l’autre. C’est ainsi une transformation par l’enrichissement que le pape a en tête, particulièrement à partir de son pays, l’Argentine, qu’il prend en exemple avec l’apport de l’immigration italienne : « Les migrants, si on les aide à s’intégrer, sont une bénédiction, une richesse et un don qui invitent une société à grandir ». Discours difficile, on en conviendra. Discours qui, concernant l’Amérique latine, souffre aussi de la condition que l’on a fait aux peuples autochtones, toujours aujourd’hui largement rejetés. C’est ici aussi que l’humanité intégrale que développe le pape pourrait prendre son sens.
Évidemment, cette orientation a aussi tout son sens dans le dialogue entre Orient et Occident. François n’élude aucunement le sujet et rappelle son dialogue avec « le Grand Imam Ahmad Al-Tayyeb » d’où il ressort que les deux hommes de Dieu estiment que chacune des deux cultures peut trouver chez l’autre des remèdes à sa crise actuelle. Déclin spirituel chez l’une, déclin scientifique, technique et culturel chez l’autre. C’est « l’échange fécond » qui vise un « horizon universel ».
C’est donc un renouveau politique ouvert que le souverain pontife appelle de ses vœux. Les populistes, ici, seront mis à l’index. Ils trahissent le peuple et la démocratie. « Les groupes populistes fermés défigurent le terme « peuple », puisqu’en réalité ce dont il parle n’est pas le vrai peuple. En effet, la catégorie de « peuple » est ouverte. Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est ouvert de façon permanente à de nouvelles synthèses intégrant celui qui est différent. Il ne le fait pas en se reniant lui-même, mais en étant disposé au changement, à la remise en question, au développement, à l’enrichissement par d’autres ; et ainsi, il peut évoluer ». Voilà une nouvelle pierre dans le jardin politique florissant des démagogues.
Et l’on rejoint ainsi Léon XIII dans la doctrine sociale catholique puisque « la grande question, c’est le travail ». Les politiques se battront ici sur le sens de la doctrine qui consiste à dire qu’« aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être une solution provisoire pour affronter des urgences. Le grand objectif devrait toujours être de leur permettre d’avoir une vie digne par le travail ». Restera à débattre sereinement des conditions de cette aide provisoire, de ce travail, des discours qui pointent les chômeurs du doigt comme responsables de leur situation de sans emploi… François n’est pas de ceux qui s’abaissent à de tel discours. C’est bien par la transformation des cadres de la pensée et de l’économie qu’il estime que le progrès adviendra. « Le marché à lui seul ne résout pas tout, même si, une fois encore, l’on veut nous faire croire à ce dogme de foi néolibéral. Il s’agit là d’une pensée pauvre, répétitive, qui propose toujours les mêmes recettes face à tous les défis qui se présentent. Le néolibéralisme ne fait que se reproduire lui-même, en recourant aux notions magiques de “ruissellement” ou de “retombées” – sans les nommer – comme les seuls moyens de résoudre les problèmes sociaux. Il ne se rend pas compte que le prétendu ruissellement ne résorbe pas l’inégalité, qu’il est la source de nouvelles formes de violence qui menacent le tissu social ».
Le texte est décidément résolument dur. Il impose une vision de combat doctrinal contre les idées dominantes dans les sphères économiques et sociales. Dans les pensées populistes aussi. Ce combat-là avait été mené par Léon XIII notamment. Il semble répondre aussi à l’expérience singulière du premier pape non européen. Celui qui a vu des pays ravagés par la pauvreté, par la cupidité économique comme politique. 
Les derniers mots de l’Encyclique synthétisent à eux seuls le projet social pontifical érigé au long des 80 pages de texte. Parlant de Saint François d’Assise, François explique : « Il voulait en définitive être « le frère universel ». Mais c’est seulement en s’identifiant avec les derniers qu’il est parvenu à devenir le frère de tous. Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous. Amen ! »
Dans un pays laïc comme le nôtre, il n’est pas certains que certaines formules de François restent cantonnées au religieux sans franchir le mur de la séparation de l’Église et de l’État.

Daniel Perron

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 11:11
Photo by Handout / VATICAN MEDIA / AFP

Photo by Handout / VATICAN MEDIA / AFP

Longue de 90 pages, disponible en huit langues, Fratelli tutti est la troisième encyclique du pape François et a pour sous-titre « sur la fraternité et l’amitié sociale ». Un texte qui parachève sept années d’engagement et de paroles du souverain pontife.
La nouvelle encyclique du pape François tient ses promesses. Annoncé comme le « texte de la maturité » de son pontificat, Fratelli tutti s’articule comme un véritable guide pratique de la pensée du pontife accumulée au fil des ans et des expériences. Abordant tous les aspects de l’existence humaine, l’encyclique prend ainsi des allures de manuel universel de fraternité applicable à tous les plans de la société. 
Tous les défis rencontrés par le pontife pendant son pontificat sont passés au crible. Le Pape revient ainsi bien sûr sur la crise sanitaire mais évoque aussi les guerres récentes exhortant à ériger une « architecture de la paix » venue d’en haut et un « artisanat de la paix » venant du bas. « La vraie réconciliation, loin de fuir le conflit, se réalise plutôt dans le conflit, en le dépassant par le dialogue et la négociation transparente, sincère et patiente », insiste le pontife.
Le pontife condamne une fois de plus la peine de mort et s’engage résolument à proposer qu’elle soit abolie dans le monde entier. Il appelle encore à l’abandon de l’arme nucléaire, comme lors de son voyage au Japon en novembre 2019.

« L’amour politique »
Il appelle encore à une réforme de l’organisation des Nations unies auprès de laquelle il délivrait encore récemment un message fort le 25 septembre dernier. Rempli de phrases fortes, l’encyclique de 90 pages propose de nouveaux concepts, tel « l’amour politique », visant à interpeller les responsables politiques afin qu’ils délaissent une politique de l’immédiateté et de « jeux mesquins » pour mettre au centre la conscience pure du bien commun. Pour mieux inspirer les individus, le pontife consacre un chapitre entier (sur neuf) à la parabole du bon samaritain qu’il érige ni plus ni moins en modèle à tous les niveaux.

Intégrant à sa réflexion le grand imam d’Al-azhar, Ahmed Al-Tayyeb, le pape François dédie également le dernier chapitre de son ouvrage au dialogue interreligieux, condamnant fermement avec son confrère toute forme de violence commise au nom de la religion.

Le « miracle d’une personne aimable »
Ce texte se veut donc une charge générale aux dérives du monde d’aujourd’hui, au niveau global comme au niveau individuel. Ainsi, il dénonce fermement « l’individualisme radical », mais aussi les l’abus de réseaux sociaux offrant seulement aux individus l’illusion de la liberté.

L’Église catholique défend « une culture de la rencontre qui aille au-delà des dialectiques qui s’affrontent ».

À l’inverse, le chef de l’Église catholique défend « une culture de la rencontre qui aille au-delà des dialectiques qui s’affrontent » et qui intègre les périphéries, les pauvres et les faibles. « La paix sociale est difficile à construire, elle est artisanale », reconnaît-il, avant d’appeler à « créer des processus de rencontre ». Le « miracle d’une personne aimable », écrit-il, est précieux et s’il vient à se multiplier, il agit comme « des étoiles dans l’obscurité » d’un monde fermé.

Charles de Foucauld, le « frère de tous »
Assez étonnamment, le pape François confie au terme de sont texte avoir été « stimulé » pour la réalisation de ce texte de réflexion sur la fraternité universelle non seulement par saint François mais aussi par des figures non catholiques telles que le Mahatma Gandhi, père de la protestation non violente, mais aussi Martin Luther King, pasteur baptiste et militant non-violent afro-américain pour le mouvement des droits civiques des noirs américains aux États-Unis. Le pontife mentionne également parmi ses inspirateurs, Desmond Tutu, archevêque anglican sud-africain qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1984 auteur de la théologie ubuntu de la réconciliation.

Lui réservant une place toute particulière, le pontife conclue son encyclique sur la figure du bienheureux Charles de Foucauld. « Il a orienté le désir du don total de sa personne à Dieu vers l’identification avec les derniers, les abandonnés, au fond du désert africain ». « Il voulait en définitive être “le frère universel“ ». Mais c’est seulement en s’identifiant avec les derniers « qu’il est parvenu à devenir le frère de tous », souligne la pape François avant de conclure : « Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous. »

Arthur Herlin 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0
23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 18:46
Le vaccin contre le Covid-19 doit être un bien universel à disposition de tous, affirme le pape François

Lors de l’audience générale du 19 août 2020, qui s’est tenue dans la bibliothèque du Palais apostolique, le pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la manière dont les chrétiens sont appelés à réagir face à la pandémie de Covid-19.

Chers frères et sœurs, bonjour !

La pandémie a mis en lumière la situation difficile vécue par les pauvres et les grandes inégalités qui règnent à travers le monde. Et le virus, qui ne fait aucune distinction entre les personnes, a rencontré au long de son parcours dévastateur, de grandes inégalités et discriminations. Et il les a accrues !

La réponse à apporter à la pandémie est donc double. D’un côté, il est indispensable de trouver un traitement contre un virus petit mais très virulent, qui est en train de mettre à genoux le monde entier. De l’autre, nous devons guérir d’un grand virus, celui de l’injustice sociale, de l’inégalité des chances, de la marginalisation et du manque de protection envers les plus faibles. Dans cette double réponse à apporter, il y a un choix incontournable, selon l’Évangile : l’option préférentielle pour les pauvres (1). Et ce n’est pas une option politique, ni une option idéologique, pas plus une option partisane. L’option préférentielle pour les pauvres est au cœur de l’Évangile. Et le premier à avoir fait ce choix est Jésus : nous l’avons entendu dans l’extrait de la Lettre aux Corinthiens qui a été lu au début. Lui, qui est riche, s’est fait pauvre pour nous rendre riches. Il s’est fait l’un de nous, et c’est pour cela que cette option est au cœur de l’Évangile, au cœur de l’annonce de Jésus.

Le Christ lui-même, qui est Dieu, s’est dépouillé, se rendant semblable aux hommes, et il n’a pas choisi une vie de privilégié, mais il a choisi la condition de serviteur (cf. Ph 2, 6-7). Il s’est anéanti lui-même en se faisant serviteur. Il est né dans une humble famille, et il a travaillé en tant qu’artisan. Au début de sa prédication, il a annoncé que les pauvres étaient heureux dans le Royaume de Dieu (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20) (2). Il a été au milieu des malades, des pauvres, des exclus, leur montrant l’amour miséricordieux de Dieu (3). Très souvent, il a été jugé comme un homme impur car il est allé auprès des malades, des lépreux qui, selon la loi de l’époque, étaient impurs. Et il a pris ces risques pour être proche d’eux.

C’est pourquoi les disciples de Jésus se reconnaissent à leur proximité avec les pauvres, les petits, les malades et les prisonniers, les exclus, les oubliés, ceux qui sont privés de vêtements et de nourriture (cf. Mt 25, 31-36) (4). Nous pouvons lire ce qu’est ce fameux critère selon lequel nous serons tous jugés. C’est dans Matthieu au chapitre 25. C’est le critère essentiel d’un christianisme authentique (cf. Ga 2, 10) (5). Certains pensent à tort que cet amour préférentiel pour les pauvres est un devoir qui ne concerne que quelques-uns, mais c’est en réalité la mission de toute l’Église, comme le disait saint Jean-Paul II (6). « Chaque chrétien et chaque communauté sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération et la promotion des pauvres » (7).

La foi, l’espérance et la charité nous poussent nécessairement vers cette préférence pour les plus pauvres (8), qui va au-delà de la simple assistance indispensable (9). Elle implique en effet d’avancer ensemble, de se laisser évangéliser par eux, eux qui connaissent bien le Christ souffrant, de se laisser « contaminer » par leur expérience du salut, leur sagesse et leur créativité. Partager avec les pauvres signifie s’enrichir à leur contact. Et si ce sont des structures sociales déficientes qui les empêchent de rêver à leur futur, nous devons travailler ensemble pour guérir ces structures, pour les changer (10). C’est à cela que nous conduit l’amour du Christ, qui nous a aimés jusqu’à la mort (cf. Jn 13, 1), et qui arrive jusqu’aux extrémités, aux marges, aux frontières existentielles. Mettre les périphéries au centre signifie centrer notre vie sur le Christ, qui « s’est fait pauvre » pour nous, pour nous enrichir « par sa pauvreté » (2 Co 8, 9) (11).

Nous sommes tous préoccupés par les conséquences sociales de la pandémie. Tous. Beaucoup veulent revenir à une situation normale et que l’activité économique reparte. Mais cette « normalité » ne devrait pas inclure les injustices sociales et la dégradation de l’environnement. La pandémie est une crise, et d’une crise on ne ressort pas inchangé : soit on en ressort meilleur, soit on en ressort plus mauvais. Nous devrions en ressortir meilleurs, pour lutter contre les injustices sociales et la dégradation de l’environnement. Nous avons aujourd’hui l’occasion de construire quelque chose de différent. Nous pouvons par exemple favoriser une économie de développement intégral pour les plus pauvres et non pas une économie d’assistanat. En disant cela, je ne veux pas condamner l’assistance, les œuvres d’assistance sont importantes. Pensons au système de volontariat, qui est l’une des plus belles actions de l’Église italienne. Mais nous devons aller plus loin, et trouver une solution aux problèmes qui nous conduisent à porter assistance. Favoriser une économie qui n’a pas recours à des remèdes qui, en fait, empoisonnent la société, comme par exemple la recherche de rentabilité conduisant à supprimer des postes de travail sources de dignité (12). Ce type de profit est sans lien avec l’économie réelle, celle qui devrait profiter à tous (13), et semble parfois indifférent aux dommages infligés à la maison commune. L’option préférentielle pour les pauvres, cette exigence éthique et sociale qui vient de l’amour de Dieu (14), nous donne l’impulsion pour penser et concevoir une économie dans laquelle les personnes, et surtout les plus pauvres, sont au centre. Et cela nous encourage aussi à prévoir un traitement contre le virus privilégiant ceux qui en ont le plus besoin. Ce serait bien triste si l’on devait donner la priorité aux plus riches pour le vaccin contre le Covid-19. Ce serait bien triste si ce vaccin devait devenir la propriété de telle ou telle nation, et non un bien universel à disposition de tous. Et quel scandale ce serait si tous les programmes de soutien à l’économie que nous voyons - la plupart avec de l’argent public - se concentraient sur un soutien aux secteurs qui ne contribuent pas à l’inclusion des exclus, à la promotion des plus faibles, au bien commun ou au soin de la création. Voilà des critères qui permettent de choisir les secteurs qui doivent être soutenus : ceux qui contribuent à l’inclusion des exclus, à la promotion des plus faibles, au bien commun et au soin de la création. Quatre critères.

Si le virus devait à nouveau s’intensifier dans un monde injuste envers les plus pauvres et les plus fragiles, alors nous devons changer ce monde. À l’exemple de Jésus, ce médecin de l’amour divin intégral, c’est-à-dire de la guérison physique, sociale et spirituelle (cf. Jn 5, 6-9) - comme l’étaient les guérisons de Jésus -, nous devons agir maintenant, pour guérir les épidémies provoquées par de petits virus invisibles, et pour guérir celles provoquées par les injustices sociales, grandes et visibles. Je propose que ce soit fait en partant de l’amour de Dieu, en mettant les périphéries au centre et les derniers à la première place. N’oublions pas ce critère selon lequel nous serons jugés, de Matthieu, chapitre 25. Mettons-le en pratique avec cette reprise de l’épidémie. Et à partir de cet amour concret, ancré dans l’espérance et fondé sur la foi, un monde meilleur sera possible. Si nous ne le faisons pas, nous ressortirons plus mauvais de cette crise. Que le Seigneur nous aide, qu’il nous donne la force pour sortir meilleurs, en répondant aux besoins du monde d’aujourd’hui.

(*) Traduction française de Violaine Ricour-Dumas pour La DC. Titre de La DC.

(1) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 195 ; DC 2014, n. 2513, p. 59.

(2) Ibid., n. 197 ; p. 59.

(3) cf. Catéchisme de l’église catholique, n. 2444.

(4) cf. Ibid., n. 2443.

(5) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 195 ; DC 2014, n. 2513, p. 59.

(6) cf. Pape Jean-Paul II, Lettre encyclique Sollicitudo rei socialis, 1988, n. 42 ; DC 1988, n. 1957, p. 252.

(7) Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 187 ; DC 2014, n. 2513, p. 56.

(8) cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction sur quelques aspects de la Théologie de la libération, 6 août 1984, n. 5 ; DC 1984, n. 1881, p. 893.

(9) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 198 ; DC 2014, n. 2513, p. 59.

(10) cf. Ibid., n. 195 ; p. 59.

(11) Pape Benoît XVI, Discours inaugural de la Ve Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, 13 mai 2007, n. 3 ; DC 2007, n. 2381, p. 534-536.

(12) cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 204 ; DC 2014, n. 2513, p. 61.

(13) cf. Pape François, Lettre encyclique Laudato si’, 24 mai 2015, n. 109 ; DC 2015, n. 2519, p. 34.

(14) cf. Ibid., n. 158 ; p. 47.

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0