Arcabas : la transfiguration et 5 témoins - peinture de 2009

Arcabas : la transfiguration et 5 témoins - peinture de 2009

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 9, 2-10
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne.
Et il fut transfiguré devant eux.
Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.
Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus.
Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici !
Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande.
Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »
Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».

Homélie
Jésus a emmené trois amis sur le mont Thabor, ceux qui seront témoins plus tard de sa défiguration. Une heure de rude grimpée. On imagine Jésus en sueur, fatigué. Et voici que son humanité fragile s’éclaire d’une façon éblouissante, en présence d’Elie et de Moïse qui avaient été, eux-aussi, en leur temps, persécutés par leurs contemporains. La nuée aussi est là, qui disait la présence de Dieu pendant l’Exode, et puis une voix : “Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé. Écoutez-le !” Transparence divine à travers le corps fatigué de Jésus. Une vision qui va aider les disciples à garder l’espérance. Jésus leur demande de ne pas en parler trop vite. Il sait combien nous pouvons nous laisser prendre aux pièges de l’apparence. Il sait ce qu’est la défiguration de l’homme. Lui-même passera par les humiliations et la mort. Nous aussi, nous ne voyons que trop l’homme défiguré : celui qui n’a plus rien, celui qui détruit sa santé par l’alcool et la drogue, celui qui voudrait tant exister et qui ne trouve ni oreille, ni regard. Et ce visage angoissé et fatigué, il est le nôtre si nous ne rencontrons pas des gens qui nous reconnaissent et nous aiment lorsque la maladie ou les conditions de vie nous épuisent.

A travers Jésus transfiguré, Dieu dit que la défiguration de l’homme n’est pas son état normal, ni son état fatal : nous ne sommes pas nés pour le trou noir de la tombe. “Nous avons été rendus participants de la nature divine”, dira saint St Pierre. Tout ce qui en nous est chair fragile doit devenir lumière. Nous sommes “Capax Dei”, dit Bernard Feillet. Dieu met en nous son amour pour que nous sachions aider sans humilier, combattre sans haïr, nous redresser quand nous sommes abattus. Si nous pouvons faire la fête, c’est parce que notre espérance tient malgré tout. La foi chrétienne n’est pas potion magique. Elle est accueil du don de Dieu qu’est Jésus. La transfiguration de Jésus entre dans notre mémoire qui, comme un semis, conserve les semences enfouies. Elle nous parle du bourgeon dont la promesse s’annonce. Elle est l’un de ces éclairs d’avenir qui déchirent les ténèbres de l’Histoire. Jésus s’est dressé contre tout ce qui écrasait les hommes. Les pouvoirs en place se sont ligués contre lui. Sa transfiguration est une éclaircie. Sa passion va suivre, implacable. Mais en descendant de la montagne il parle à ses disciples de sa résurrection. Et eux “se demandaient ce que voulait dire ressusciter”. Nous, nous ne savons pas trop ce que sera ressusciter. Mais nous croyons que les artisans de paix et les assoiffés de justice accueilleront de Dieu toutes les résurrections et les feront jaillir de leurs mains.

Pierre souhaite que ce moment dure le plus possible : “Dressons donc trois tentes”. On voudrait bien mettre la main sur Jésus et le garder. Mais justement, c’est ça qui n’est pas possible. “Soudain ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.” Seulement un homme. La première transfiguration, c’est que Dieu se fait homme. Dieu transfigure à travers l’homme. La seconde transfiguration, c’est que Jésus ressuscite. La Vie désormais transfigure la mort. Les voilà donc retournant à leur quotidien. Jésus vient de leur apprendre que l’homme ne peut pas retenir un instant de sa vie. On est dans le temps de l’humain. Il faut redescendre de la montagne. Il faut y monter pour prier mais pas y rester. L’invisible est bien là mais au travers de Signes. C’est le temps du Sacrement. Le Père Saint-Macary disait : “Symboliquement, le Christ nous revêt d’un habit neuf, il nous fait émerger de l’eau du baptême pleins de vitalité, il nous donne sa lumière, il nous offre un pain pour nous réconforter, il nous fait prier, manger, faire la fête ensemble. Mais tout se passe dans le secret de notre cœur où nous accueillons ses paroles et où nous risquons nos existences dans un amour des autres reçus comme des frères. Pour chacun qui recevra le Corps du Christ dans un instant, ce sera selon son cœur. Mais je pense à ceux qui donneront l’eucharistie. Eux, ils peuvent déjà habiter leur don d’un visage transfiguré. Et ce brin de fraternité ouvrira la porte encore plus grande à la présence du ressuscité qui veut se donner à chacun pour le transfigurer.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes
1949-2022

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