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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 17:58

Jacques Noyer 1

Un évêque engagé et conciliaire

 

               Né en 1927, prêtre en 1950, Jacques Noyer fut un professeur de philosophie très engagé, pour le désarmement et contre l’OAS. Évêque d’Amiens entre 1987 et 2003, sa proximité avec Jacques Gaillot et son ministère très conciliaire lui causeront quelques inimitiés. Retiré au Touquet, sa ville natale dont il fut également le curé durant une décennie, il est engagé dans la vie culturelle de la ville et diverses universités populaires. Pour TC, il est l’auteur d’Écrits intérieurs et a accompagné plusieurs voyages en Israël-Palestine.

               Comme prêtre puis évêque, Jacques Noyer a toujours cherché de nouvelles voies pour annoncer le message du Christ dans notre société et remonter le moral des catholiques pouvant parfois désespérer de l’Église.

                  « Le 8 Mai 1945! L’armistice! C’est au cours du Te Deum que je décide d’entrer au séminaire. Le pays entier a besoin de retrouver une dignité que non seulement la défaite de 1940 mais les veuleries et les ignominies de la collaboration lui avaient fait perdre. Il fallait certes reconstruire le pays. Il fallait lui redonner une âme. Et il ne suffisait pas pour cela de tondre quelques femmes ou de fusiller quelques lâches.

               L’Église de France n’avait pas été très brillante pendant tout ce temps. J’avais connu des prêtres qui avaient résisté. Je rencontrais alors des voix qui semblaient ouvrir un nouveau chemin. La revue Esprit et le personnalisme me guidèrent. Témoignage Chrétien et quelques autres journaux ou revues, montraient dans l’Évangile la Source de la Résistance que je cherchais. J’ai pu hésiter sur les voies que certains proposaient: travailler en usine, s’enfouir dans l’anonymat, se politiser ou se marier. Avec tous, nous étions convaincus que l’Église devait changer de siècle si elle voulait éclairer les hommes d’aujourd’hui. La découverte du peuple réel où les quelques lambeaux de chrétienté flottaient encore sur des consciences perdues nous appelaient à inventer un autre langage, une nouvelle manière d’être prêtre, un regard plus fraternel, plus compréhensif vers les « autres », tous les « autres ».

               Le Concile Vatican II arriva comme une surprise : l’Église elle-même changeait son regard sur le monde et acceptait de remettre en cause son discours et ses mœurs. Il était possible d’y vivre heureux et fiers. Nous aimions cette Église qui ouvrait enfin ce chemin que nous cherchions, chacun de notre côté, avec parfois un sentiment de culpabilité. Un nouveau souffle nous a permis d’accepter de jouer le jeu encore maladroit de cette Église en route. Nous savions qu’il fallait du temps. J’acceptais avec joie de devenir évêque au milieu d’autres qui, en grande majorité, partageaient la même espérance conciliaire. Nous déplorions entre nous bien souvent la grande machinerie qui opposait son inertie à l’élan que nous portions.

              Bien vite il y a eu quelques obstacles. Des réactions minoritaires trouvèrent la possibilité de bloquer tout changement et même faire revenir en arrière. Peu à peu les évêques et les prêtres de notre génération se sont sentis regardés comme des témoins d’une préhistoire dépassée. Et l’impression d’inefficacité a pu conduire à ce renoncement du cardinal Martini qui avait cessé de rêver pour prier.

             Depuis que je suis émérite, j’éprouve comme un devoir de maintenir un peu d’espérance chez trop de prêtres, de religieux et de laïcs qu’un sentiment d’échec attriste. Sans doute faut-il accepter de mourir et comprendre que des plus jeunes donnent un autre style à l’Église qui continue. La lumière que nous avons reçue par et dans le Concile est trop précieuse pour qu’on accepte de la mettre sous le boisseau. Même timide, même momentanément « fumeuse », nous devons l’offrir à notre Église. Pas seulement pour nous garder dans l’espérance mais parce qu’évidemment viendra le temps où, quand l’Histoire aura usé les dernières illusions nostalgiques de ceux qui l’ignorent, l’Esprit Saint secouera les consciences.

               Pour cette lumière il faut des lampadaires et non des boisseaux. Témoignage Chrétien en est un et non des moindres. Né dans la Résistance, il doit rester un lieu où brille cette lumière d’un Évangile donné au monde. Nous avons besoin d’une lumière qui permette à de nouveaux regards de lire les événements du monde avec le regard de confiance, de compassion, d’encouragement que le Christ portait sur tout ce qu’il appelait la foi.

              L’honneur de TC, je crois, est de porter un regard chrétien sur les événements et les personnes d’aujourd’hui. Dépister la foi dans le cœur d’un centurion romain ou d’une Syrienne inquiète pour son enfant, dans les pauvres oubliés de tous ou dans les romanciers prophètes, dans le combat où les hommes «gagnent leur vie ». Cette foi devient chrétienne parce quelle est admirée et célébrée par le Christ. »

              Témoignage Chrétien n°3513 du 1er novembre 2012

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Published by Denis CHAUTARD - dans foi
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commentaires

claudine onfray 06/11/2012 22:56


et merci à lui d'avoir été là au Rond Point pour écouter quelques passages de Vatican II


simple manifestation de" pieds dans le bénitier" qui ne se taisent pas ni  ne partent


et gardent espoir dans le Christ et l'Esprit qui ouvrent  les fenêtres en regardant la lune!


claudine