L'amour et le bien commun en politique par le pape François

Chers frères et sœurs, bonjour!

(…)

L’amour ne se limite donc pas aux relations entre deux ou trois personnes, ou aux amis, ou à la famille, il va au-delà. Il comprend les rapports civiques et politiques (cf. Catéchisme de l'Eglise catholique [CEC], nn. 1907-1912), y compris le rapport avec la nature (Enc. Laudato si’ [LS], n. 231). Etant donné que nous sommes des êtres sociaux et politiques, l'une des plus hautes expressions de l'amour est précisément celle sociale et politique, décisive  pour le développement humain et pour affronter chaque type de crise (ibid., n. 231). Nous savons que l'amour féconde les familles et les amitiés; mais il est bon de rappeler qu'il féconde également les relations sociales, culturelles, économiques et politiques, en nous permettant de construire une “civilisation de l'amour”, comme aimait le dire saint Paul VI et, dans son sillage, saint Jean-Paul II. Sans cette inspiration prévaut la culture de l'égoïsme, de l'indifférence, du rebut, c'est-à-dire mettre au rebut celui que je n'aime pas, celui que je ne peux pas aimer ou ceux qui me semblent inutiles dans la société. Aujourd'hui, à l'entrée, un couple m'a dit: “Priez pour nous, parce que nous avons un fils porteur de handicap”. J'ai demandé: “Quel âge a-t-il? – Il est grand – Et qu'est-ce que vous faites? – Nous l'accompagnons, nous l'aidons”. Toute la vie des parents donnée à ce fils porteur de handicap.  C'est de l'amour. Et les ennemis, les adversaires politiques, selon notre opinion, semblent être des porteurs de handicap politiques et sociaux, mais ils semblent. Dieu seul sait s'ils le sont ou pas. Mais nous devons les aimer, nous devons dialoguer, nous devons construire cette civilisation de l'amour, cette civilisation politique, sociale, de l'unité de toute l'humanité. Tout cela est l'opposé des guerres, des divisions, des envies, également des guerres en famille. L'amour inclusif est social, il est familial, il est politique: l'amour envahit tout!

(…) Si dans ta famille, dans ton quartier, tu commences avec l'envie, avec la lutte, à la fin il y aura la “guerre”. En revanche, si tu commences avec l'amour, à partager l'amour, le pardon, alors, il y aura l'amour et le pardon pour tous.

(…) Pour construire une société saine, inclusive, juste et pacifique, nous devons le faire sur le roc du bien commun. Le bien commun est un roc. Et c'est la tâche de tous, pas seulement de quelques spécialistes. Saint Thomas d'Aquin disait que la promotion du bien  commun est un devoir de justice qui incombe à chaque citoyen. Chaque citoyen est responsable du bien commun. Et pour les chrétiens c'est aussi une mission. Comme l'enseigne saint Ignace de Loyola, orienter nos efforts quotidiens vers le bien commun est une manière de recevoir et de diffuser la gloire de Dieu.

Malheureusement, la politique ne jouit pas souvent d'une bonne réputation, et nous savons pourquoi. Cela ne veut pas dire que les politiciens soient tous mauvais, non, je ne veux pas dire cela. Je dis seulement que, malheureusement, la politique ne jouit pas souvent d'une bonne réputation. Il ne faut cependant pas se résigner à cette vision négative, mais réagir en démontrant par les faits qu'une bonne politique est possible, et même un devoir, celle qui met au centre la personne humaine et le bien commun. Si vous lisez l'histoire de l'humanité, vous trouverez beaucoup d'hommes politiques saints, qui sont allés sur cette voie. Cela est possible dans la mesure ou chaque citoyen et, en particulier qui assume des engagements et des responsabilités sociales et politiques, enracine sa propre action dans les principes éthiques et l'anime avec l'amour social et politique. Les chrétiens, en particulier les fidèles laïcs, sont appelés à donner un bon témoignage de cela et ils peuvent le faire grâce à la vertu de la charité, en cultivant sa dimension sociale intrinsèque.

Il est donc temps d'accroître notre amour social – je veux souligner cela: notre amour social –, en contribuant tous, à partir de notre petitesse. Le bien commun demande la participation de tous. Si chacun y met du sien, et si personne n'est laissé de côté, nous pourrons régénérer de bonnes relations au niveau communautaire, national, international et également en harmonie avec l'environnement (cf.  LS, n. 236). Ainsi dans nos gestes, même les plus humbles, deviendra visible quelque chose de l'image de Dieu que nous portons en nous, parce que Dieu est Trinité, Dieu est amour. C'est la plus belle définition de Dieu de la Bible. Elle nous est donnée par l'apôtre Jean, qui aimait tant Jésus: Dieu est amour. Avec son aide, nous pouvons guérir le monde en travaillant tous ensemble pour le bien commun, pas seulement pour notre propre bien, mais pour le bien commun, de tous.

Pape François

Audience générale du 9 septembre 2020

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