« Vigies » par Samuel LIEVEN, directeur de la rédaction du magazine Le Pèlerin

Vigies

Telles des vigies, elles se tiennent aux extrémités du monde. Ces villes aux noms si difficiles à prononcer, témoins avant les autres des bouleversements en cours sur notre boule bleue. Malgré la fonte des glaces et le surtourisme, la beauté affleure encore sous l'œil de la photographe. Elle fait vivre les habitants de ces deux pôles extrêmes. Elle éclate de toutes ses couleurs dans nos pages - faisant de nous, à notre tour, des vigies.

Il est d'autres «Terre de Feu», mais intérieures. Elles poussent de jeunes gens vers les couvents et les monastères, à une époque où les vocations fondent encore plus vite que la banquise. Certes, pas la foule des grands jours ! Mais suffisamment pour que cette soif d'absolu et de radicalité nous interpelle, à l'occasion de la Journée mondiale de la vie consacrée, lundi 2 février. Et assez pour que le cinéma s'en empare, trouvant public et consécration artistique dans une Europe où la foi étonne de nouveau. Les religieuses et religieux qui accueillent et accompagnent ces jeunes veillent à ce que leur vocation, parfois précoce, ne soit pas juste une manière de rejeter un monde où tout va trop vite. Un monde qu'il s'agit d'abord d'aimer, comme on se tient en silence auprès d'un être cher. Comme une vigie.

D'autres, à l'heure où nous écrivons, sortent du silence. Citoyens américains, gens ordinaires attachés à la démocratie et au respect élémentaire de toute vie humaine, ils refusent que leur pays bascule dans un régime arbitraire. En larmes devant les caméras, sidérés par ce qui ressemble sur les images - l'enquête doit encore l'établir -à l'exécution d'un manifestant dans une rue de Minneapolis, ils sont l'autre visage d'une Amérique à la recherche d'elle-même.

Vigies aux côtés de la plus grande démocratie du monde, dont les turpitudes pourraient bien un jour être celles de l'Europe si l'attention de ses citoyens venait à son tour à faiblir. Sentinelles du bout du monde ou du cœur de l'homme, elles n'ont pas le pouvoir de tout changer du jour au lendemain. D'arrêter les guerres, la violence, l'injustice.

Les vigies ne sont pas des héros. Mais elles nous rappellent à chaque instant que le monde n'est pas encore perdu.

 

Samuel Lieven

Directeur de la Rédaction du magazine Le Pèlerin

Le 28 janvier 2026

 

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