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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 12:21
Christelle
En ce jour où les chrétiens fêtent la croix du Christ, victoire sur la mort, je vous recommande ce commentaire « lumineux » de la première lecture de la messe du jour par Christelle Seguenot, laïque consacrée en mission à Madagascar

Livre des Nombres 21,4b-9

Au cours de sa marche à travers le désert, le peuple d’Israël à bout de courage, récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! » Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël. Le peuple vient vers Moïse et lui dit : « Nous avons péché en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent et ils vivront ! » Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet d’un mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il conservait la vie !

 

Ce passage est riche d’expressions populaires à retenir (dans l’ordre) :

mourir de peur

être mordu de…

regarder le mal en face

 

Je lis ce texte et, une fois de plus, je pleure, malgré moi : ces paroles réveillent sans doute cette « morsure brûlante » en moi, qui n’est pas celle d’un serpent mais celle de Dieu.

 

Ce n’est pas la première fois que le peuple récrimine ! Cf. entre autres, Nb 14, 1+. Le peuple, comme un seul homme, élève la voix (récrimine) contre Moïse et Aaron, après que des explorateurs aient vu la « terre promise » et ses habitants. Devant la perspectives des combats à mener contre ces habitants qui leurs paraissent plus forts, plus grands, mieux armés qu’eux, le peuple se sent vaincu d’avance et regrette une mort sans combat, en Égypte. Ils ne se voient que perdants, et donc morts. Cette bataille semble inutile : Dieu n’a t-il pas promis une terre, comme un don gratuit ? Pourquoi faut-il se battre contre un peuple qui semble plus fort ? Pourquoi faut-il finalement aller à la mort ?

 

Combien d’obstacles, dans nos vies, nous paraissent insurmontables, infranchissables : nous baissons les bras avant d’avoir commencé le combat ! Mais la vie, c’est ça ! Remonter ses manches, ne pas rester sur place, refaire sans cesse le pari de la confiance.

 

Ici, en Nb 21, de quoi est-il question ? Encore des récriminations devant de nouvelles peurs : celle de mourir de faim et de soif. Peur de la mort donc. Pourtant Dieu a donné la manne ! Cette nourriture semble ne pas convenir au peuple, qui pourtant reçoit chaque jour ce qui lui est nécessaire pour continuer la route : « nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! » On (le peuple + moi) attend toujours autre chose que ce qui nous est donné. Ici, voici qu’est exprimée cette peur fondamentale : cette nourriture semble insuffisante, elle ne correspond pas à ce qu’on désire, on a donc peur de mourir de faim. Ce qu’il faut, c’est du pain et de l’eau, pas cette manne qui reste finalement inconnue, bien qu’elle donne les forces nécessaires pour continuer la route. On veut revenir à ce qu’on connaît. La nouveauté de cette nourriture n’a pas fait ses preuves. La peur de manquer reprend le dessus. On s’en fait une montagne, on va mourir ! Voilà que nous sommes mis devant nos peurs ancestrales, peur de manquer, peur de mourir de faim : Dieu nous met face à cette peur par l’élévation du serpent. Ces peurs sont signifiées dans les serpents à la morsure brûlante : ce sont eux qui font mourir, pas la faim ! Ici, on meurt de peur, pas de faim ! Ce sont nos peurs, nos angoisses existentielles qui nous paralysent, comme ces serpents. On ne peut plus avancer, on meurt. On s’imagine que c’est la faim, mais Dieu pourvoit, il l’a déjà dit, déjà fait. C’est nous-mêmes qui nous faisons mourir… de peur ! Le serpent d’airain : se tourner vers Dieu (en Jésus pour le chrétien), c’est accepter de regarder cette peur de mourir en face, seul moyen de l’exorciser ! Ne pas voir, c’est fuir, c’est mourir. Lever les yeux, regarder en face, c’est guérir, c’est vivre, c’est continuer la route à travers le désert. Sur notre route, se révèleront nos peurs, tels des serpents à la morsure brûlantes. Nous ne devons pas nous laisser paralyser, ce qui est équivalent à mourir. Nous devons continuer, et pour cela, les reconnaître en les fixant du regard pour les exorciser, les dépasser et vivre. Voilà notre route.

 

« Tous ceux qui ont été mordus, qu’ils regardent et ils vivront ! » Ce verset est vraiment extraordinaire ! C’est le résumé de tout cela, c’est le programme à appliquer devant nos peurs. Il est dit ensuite qu’effectivement, ceux qui regardaient conservaient la vie. Regarder la vie en face, c’est d’abord reconnaître nos peurs, qui se résument en une peur de la mort, les regarder en face pour ne pas se laisser paralyser et mourir. Celui qui regarde en haut, en face, c’est le chercheur de vérité. Celui-là il vit, il conserve la vie et, bien plus, il vivra… Futur plein de promesse ! Je ne sais pas si c’est l’éternité (l’éternité, ça fait trop peur pour nous qui sommes dans le temps), mais, c’est plus que le présent, c’est au-delà. Ce n’est pas l’au-delà, c’est au-delà : il y a une grande différence ! Christ, si on le regarde en face, a fixé nos peurs, notre peur de la mort, en lui elle est exorcisée, en lui nous vivons, nous vivrons… Nous vivons d’une vie entièrement nouvelle dans ce monde si actuel. Pas de vie après… Mort et vie mêlés, un seul mystère à deux faces, pas dans la succession du temps. Nous vivons et vivrons en même temps.

 

Christelle SEGUENOT

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Published by Denis CHAUTARD - dans foi
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