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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 09:00
Homélie du dimanche 13 septembre 2015

Isaïe 50, 5-8a ; Psaume 114 ; Jacques 2, 14-18 ; Marc 8, 27-35

Jésus interroge ses disciples : “Pour les gens, qui suis-je ?” Les uns disent qu’il est Jean-Baptiste, d’autres Élie, ou bien un prophète. Ils ont leurs catégories. Ils trouvent des références dans le passé. On pourrait dire qu’ils font de l’étiquetage ; bienveillant, positif, mais étiquetage quand même. C’est du passé, du classement, et quand une affaire est classée, quand quelqu’un est classé… J’aime bien la phrase d’un enfant qui disait après une bagarre un peu forte : “Lui, là, il m’a traité de tous les noms, sauf du mien.”

Jésus relance la question : “Mais pour vous, qui suis-je ?” Alors Pierre répond : “Tu es le Messie”. Sans doute parce qu’il a su regarder Jésus autrement, parce qu’il a su voir plus que le visible en Jésus. Il a vu le présent et l’avenir, il a vu l’invisible. Il a vu le mystère de la personne, il a eu le regard du respect, celui qui envisage au lieu de dévisager. D’aucuns veulent voir pour croire. Ici, il est clair que c’est parce qu’il croit que Pierre voit. Il voit tout autre chose et surtout il voit beaucoup plus loin, même si la suite va montrer que son regard est encore fragile. En effet, le Messie dont il parle sera, à son avis, libérateur de l’occupant romain, manu militari. Dès que Jésus parle d’incarnation réelle, de souffrance, de rejet, de mise à mort, Pierre perd les pédales.

2000 ans après, on est dans le même état que Pierre. On trouverait tellement bien que Jésus ne soit plus fragile mais qu’il soit seulement Dieu, le fort, le tout-puissant. Si ça ne dépendait que de nous, il serait celui qui remettrait les choses en ordre et ferait triompher le bien. Or la seule toute puissance de notre Dieu est celle de son amour manifesté à travers son Fils et, depuis, à travers chacun des hommes et des femmes, jusqu’à chacun de nous aujourd’hui. Accepter que Jésus soit quelqu’un d’autre que l’idée que je me fais de lui et, en même temps reconnaître, croire, que c’est bien aux hommes que Dieu a voulu confier son visage à montrer, à incarner.

Je repense aux membres de cette famille venus me parler de problèmes graves. Des phrases leur échappaient, bien compréhensibles : “Dieu pourrait faire quelque chose. Vous pourriez prier.” Et petit à petit le ton change. Ils disent leur surprise de n’avoir pas craqué : c’est inexplicable, au fond. Et ils évoquent ce qu’on peut appeler des signes : “On fait face ensemble avec les enfants. On a de bons voisins : ils nous ont invités à de bons moments simples : ça remet debout.” Alors j’ai pu leur dire : “Il est là, le Dieu de Jésus Christ”, le Dieu dont l’amour est tout-puissant. Pour eux des gestes d’amour ont dit (fait) Dieu, ont fait exister pour eux la présence de Dieu amour.

Il y a quelques années nos amis protestants ont édité un petit fascicule qui s’appelle Dieu s’approche. J’y ai lu ceci : “Les chrétiens croient qu’en Jésus Christ Dieu s’est approché de nous. Qu’il nous rejoint dans notre humanité. Qu’il rejoint chacune, chacun d’entre nous dans ce que nous avons d’unique… En Jésus, Dieu a éprouvé notre condition humaine. Il a connu la joie et les peines, l’amitié et la fidélité, le rejet et la trahison, le doute et l’espérance, la tentation, l’angoisse et la mort. Comment être plus proche de l’humanité qu’en vivant la réalité d’une vie d’homme ? Ainsi, ce Dieu qui vit, qui souffre et qui meurt en Jésus comprend ce que veut dire vivre et mourir. Et du même coup, regardant ce qu’a été la vie de Jésus, nous comprenons ce que signifie véritablement l’existence humaine.

S’il y a un lieu où Dieu n’aurait pas dû être présent, c’est bien celui de la mort ! Or c’est précisément là que Dieu choisit de se révéler pleinement en Jésus. Comment pourrions-nous l’imaginer plus proche de nous ? La croix où meurt Jésus n’est pas la démonstration sensationnelle de l’existence de Dieu. C’est le contre signe qui révèle la présence de Dieu là où on l’attendait le moins. Au travers de son existence, Jésus a toujours été le visage d’un Dieu présent, proche et solidaire de nous. Et non pas le messager d’un Dieu qui s’imposerait, qui briserait notre liberté de croire par la force ou le sensationnel… ”

Le théologien Henri Denis écrivait : “Le Christ est celui qui a transfiguré le sacré en sainteté… Le sacré implique la distance, tandis que la sainteté est le fruit de l’Alliance… Seul Jésus peut se présenter comme le médiateur de l’Alliance nouvelle.”

Pour moi, disait joliment Paul Guth, Jésus Christ est le Dieu que nous pourrions être.”

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes


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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 10:14
Homélie du dimanche 6 septembre 2015

Isaïe 35, 4-7a ; Psaume 145 ; Jacques 2, 1-5 ; Marc 7, 31-37

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus a tout l’air d’être un faiseur de miracles qui épaterait les gens pour les attirer. En réalité, si Saint Marc nous raconte en détail comment Jésus redonne à cet infirme l’usage de ses oreilles et de sa langue, c’est pour révéler qui est Jésus. Isaïe avait annoncé : quand le Messie viendra libérer son peuple, “alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds.” Il mettra fin à la surdité, à la cécité, au mutisme et à la paralysie. Il fera des hommes nouveaux. Et voici qu’avec Jésus, ça correspond puisque les aveugles voient, les sourds entendent, les muets parlent et les paralysés marchent. “Jésus fait toutes choses nouvelles.”

Ainsi la venue du Messie s’accomplit chaque fois que des hommes passent de Babel où ils ne se comprennent pas à Pentecôte où chacun écoute l’autre, quelle que soit la différence de langue, de race ou de civilisation.

La venue du Messie s’accomplit quand la parole de ceux qui ne peuvent pas s’exprimer dans les réunions ou les assemblées est enfin libérée. Et quand sont changées les conditions de travail qui rendent impossible ou simplement difficile la communication entre les personnes.

La venue du Messie s’accomplit quand passe dans les familles et les groupes le courant de la communication qui devient communion. Quand, à travers ce que disent les hommes, les croyants discernent la voix de Dieu. Et quand les amis de Jésus ne bégayent plus pour annoncer sa Bonne nouvelle et chanter ses merveilles. Chaque fois, c’est la venue du Messie qui s’accomplit.

Dans notre monde d’aujourd’hui, qui sont les aveugles, les sourds, les boiteux et les muets qu’il faut guérir ? Il y a les aveugles qui ne peuvent pas voir les montagnes enneigées, ni les magnifiques cathédrales ; il y en a d’autres aussi qui ne veulent pas voir la pauvreté qui les entoure et qui ferment les yeux sur tout ce qui les dérange. Il y a les sourds qui ne peuvent pas entendre la musique ou le chant des oiseaux ; il y en a d’autres qui ne veulent pas entendre la demande silencieuse de celui qui est seul ou les cris de ceux qu’on maltraite. Il y a les boiteux qui ne peuvent pas courir ou même se déplacer partout avec un fauteuil roulant ; il y en a d’autres qui ne bougent pas d’un centimètre dans leurs convictions ou qui refusent de faire le premier pas vers l’autre pour se réconcilier. Il y a les muets qui ne peuvent utiliser les mots pour dire leur amour ou leur tendresse ; il y a d’autres muets au cœur desséché, qui n’ont jamais osé dire leur foi avec d’autres.

Et puis il y a en chacun de nous un sourd muet, fermé à ses frères et incapable de parler à Dieu. Pour écouter Dieu nous sommes tellement sourds. Pour proclamer sa Parole nous restons souvent muets. Jésus, lui, est ouvert. Alors que scribes, pharisiens, esséniens, sadducéens élèvent des barrières pour s’isoler des pécheurs et des publicains, des païens et des Samaritains, Jésus, lui, recherche le contact avec tous. L’évangile d’aujourd’hui nous le montre en Phénicie et en Décapole, à l’aise partout, mettant tout le monde à l’aise. Il est le Maître qui sait écouter, l’Ami qui sait parler. Satan ferme l’homme en lui-même, Jésus brise ce monde clos d’un mot : “Effata, Ouvre-toi !”

Quelques réflexions en forme de conclusion :

- On amène un sourd-muet à Jésus : on ne peut pas venir de soi-même. On est amené. Qui m’a amené ? Qui j’ai amené depuis ?

- Jésus éloigne d’abord le sourd-muet de la foule. Désormais elle ne peut plus le blesser ou le juger avec ses préjugés. Ce n’est qu’une fois à l’écart qu’il peut se sentir protégé et retrouver confiance.

- Ouvre-toi ! Deviens capable d’impossible ou d’impensable. Deviens ce que tu es (en germe).

- Plus moyen de faire taire ces gens-là…

- J’ai lu quelque part : quand je médite ce texte je me demande qui doit s’ouvrir, le malade ou le ciel ? La tournure du texte rend les deux possibles. Je soupçonne que c’est le ciel à qui s’adresse Jésus, car il sait ce qui se passe lorsque le ciel s’ouvre. Cela fait du bien à l’homme et le guérit.

- Enfin, c’est par ses gestes que Jésus nous guérit et nous libère. “Il lui mit les doigts dans les oreilles, et lui toucha la langue avec sa salive, puis, levant les yeux au ciel, il soupira…” Il y aussi le repas de la Cène, le sang versé de la croix, la pierre roulée du tombeau vide. Les sacrements sont dans cette ligne : rencontrer Dieu passe par les oreilles, et par la langue et par les yeux.Laissons Le Christ nous déployer !

Robert Tireau, prêtre du Diocèse de Rennes

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 09:39
Homélie du dimanche 30 août 2015

Deutéronome 4,1-2.6-8 Psaume 14 Jacques 1, 17-18.21b-22.27 Marc 7, 1-8.14-15.21-23

Des Pharisiens reprochent aux disciples de Jésus de ne pas être fidèle à la tradition ! Ils “mangent sans s’être lavé les mains”. La loi juive obligeait les prêtres à se laver les mains avant le service liturgique (Exode 30, 17-21) pour donner au repas une signification sacrée : on mange devant Dieu et on le remercie de nous donner le pain. Belle tradition ! Mais voilà qu’avec le temps ces pratiques de respect sont devenues, avec les Pharisiens, des façons de séparer les hommes : les Juifs sont préservés de contact mauvais avec les païens ; les justes sont écartés des pécheurs ; les bien portants sont éloignés des malades. Savez-vous qu’un jour quelqu’un est venu me demander de bénir des médailles pour se protéger des bougnouls. Eh oui ! Sans même s’en rendre compte, il me demandait très exactement le contraire de ma mission.

Mais revenons au texte. Les rabbins ajoutèrent plein de détails à cette règle de se laver les mains. Et ils l’imposèrent à tous les Juifs avant qu’ils ne se mettent à table sous prétexte que tout repas est un acte religieux et que tout Israël est un peuple sacerdotal. Les disciples de Jésus, eux, sont des Galiléens assez loin de la stricte Jérusalem. Ils sont de simples travailleurs et ils ont du mal à se conformer à tous ces détails. D’où le reproche dans le texte.

Donc les pharisiens attaquent. Ils ont l’air de questionner mais déjà ils condamnent : “Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leur repas avec des mains impures.” Réplique cinglante : la tradition des ancêtres ? Lisez donc Isaïe, le grand prophète de Jérusalem dont on répète les oracles depuis huit siècles : “Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile, leur culte… Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes.” En somme vous prétendez servir Dieu mais, en fait, c’est pour imposer vos règlements ! Jésus, lui, dit que Dieu est ouvert à tous les hommes. Il accueille le contrôleur d’impôts méprisé, le centurion de l’armée d’occupation, le lépreux ou la femme de mauvaise vie. A quoi ça sert de se laver les mains selon les rites si le cœur est plein de mépris ou de haine ? À quoi bon se laver les mains si le cœur n’y est pas ? C’et comme ça que Pilate se lavera les mains en condamnant l’innocent.

Jésus se sert de deux oppositions : le pur et l’impur, le dedans et le dehors. “Rien d’extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur ; mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur.” Des mains rituellement bien lavées n’empêchent pas d’avoir un cœur sale. C’est ton cœur mauvais qui te sépare de Dieu et des autres. Il y a perversion quand l’extérieur l’emporte sur l’intérieur, quand l’apparence l’emporte sur le cœur. Si vous trouvez compliquées ces distinctions entre le dedans et le dehors,

Relisez Saint Jacques : il invite à des travaux pratiques simples, même s’ils ne sont pas faciles : « Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde. »

• Et souvenez-vous la parabole du bon samaritain avec le débat entre la loi et le prochain. Le prêtre et le lévite choisissent le respect de la loi et refusent de se souiller au contact du sang. Le samaritain, lui, n’est pas prisonnier de cette loi et est donc libre d’aimer. Il choisit d’aimer l’autre, plutôt que d’aimer la règle.

• Et souvenez-vous quand Jésus se met à genoux pour laver les pieds de ses disciples : le maître se fait esclave de ses frères.

• Et quand il guérit le jour du sabbat sans se tracasser de l’interdit. Il finit même par déclarer : “Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat.” (Marc 2). Les Pharisiens ont choisi l’amour de la règle, Jésus choisit la règle de l’amour.

“Un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde”, disait Saint Jacques. Un commentateur a pu écrire : “Le service n’est pas une vertu parmi d’autres qui devait être exercée par l’Église : il est sa raison d’être. S’il n’y a pas le service, la présence devient un rêve et l’absence, un abandon.” À l’approche de la rentrée, les travaux pratiques ne vont pas manquer : il suffit de nous demander qui sont aujourd’hui nos orphelins et nos veuves dans le malheur, et qui partagera le pain de la Parole et le pain de l’amour à tout ce monde-là.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 17:51
Homélie du dimanche 23 août 2015

Josué 24, 1-2a.15-17.18b Psaume 33 Ephésiens 5, 21-32 Jean 6, 60-69

Josué (1ère lecture) : Choisissez qui vous voulez servir : les dieux (au pluriel), ou bien le Seigneur (l’unique) ! Nous sommes en 1200 avant Jésus Christ, et Josué s’adresse à des tribus qui se retrouvent : il y a ceux qui n’on pas été déportés en Égypte et ceux qui viennent de rentrer de déportation.

Ceux qui n’ont pas été déportés se sont forcément installés dans leurs habitudes tranquilles. Ils ont moins souffert, moins bougé. Ils ont gardé leurs dieux païens, protecteurs de leur bétail, de leur terre et de leur sécurité.

Ceux qui ont vécu la déportation et qui viennent de vivre une histoire de libération, Il leur a fallu se bouger et sortir d’Égypte où l’esclavage avait tout de même des avantages. On se souvient des marmites de viande et des célèbres oignons d’Egypte. Ceux-là ont eu une expérience du Dieu qui les a fait bouger et vivre à plein, au prix d’exode et de traversée de désert dans tous les sens du terme.

En bref, les uns ont fait l’expérience des dieux qui protègent leur stabilité, les autres ont fait une expérience de Dieu qui libère, qui met en route, qui pousse à partir, à grandir, qui dérange. Il y a dieux et Dieu.

Aujourd’hui, il y a les deux en chacun de nous. On a tous l’expérience des premiers, de ceux qui sont restés sur place : on a peur de bouger, de partir, on préfère rester là, rester enfant, ne pas changer de travail, ne pas quitter nos habitudes, notre confort même relatif. Et c’est le chemin vers les intégrismes de toutes sortes. Impossible de comprendre l’Évangile d’aujourd’hui si on ne comprend pas ce qu’est une vie donnée, une libération, un arrachement, une mise en route. Si on n’entend pas Matthieu au chapitre 25 : “Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites,” on est alors avec ceux qui disent : “Intolérable qu’il nous donne sa chair à manger.”

Fort heureusement on a tous aussi l’expérience des seconds, de ceux qui se sont bougés pour vivre une expérience de libération. Quand on est père ou mère de famille, quand on se donne au service des autres, quand on ose se laisser déraciner, quand on ose prendre des responsabilités, donner sa vie, se faire manger, alors l’Évangile devient clair. Et il est évident que la vraie vie est là. Avec le Christ on est dans une lutte réaliste au milieu des sœurs et des frères pétris de chair et de sang. Et on comprend la réponse sans ambiguïté de Pierre : “Vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle.” Si nous lui emboîtons le pas, nous savons que nous sommes invités au partage, à l’ouverture. Car l’Eucharistie est une nourriture et non un remède ou une récompense. Et qui dit nourriture dit forces pour faire le travail soi-même. C’est comme une transfusion pour nous rendre capable de transformer nos existences, nos sociétés, nos communautés.

Et je laisse la conclusion à Gérard Bessière : « Jésus était de chair et de sang. Il fut tenté. Il connut la lassitude. Il se mit en colère. Il eut peur de la mort. Jésus n’était pas un être éthéré, entre ciel et terre.

Il ne refusait pas les invitations. Il racontait des histoires, brèves et vertigineuses. Il était capable de clouer le bec à ses adversaires, de chasser marchands et bétail à coups de corde sur l’esplanade du Temple, de donner de la voix en plein air pour parler à une foule. Il pouvait faire de longues journées de marche. Il aimait ses amis. Il lui arrivait de frémir, de bouillir intérieurement, de pleurer…

Ceux qui veulent lui emboîter le pas n’ont pas à s’évader de la vie, de notre pauvre et magnifique vie. Bien au contraire… Manger sa chair et boire son sang, c’est accueillir cet être si intense, c’est l’avoir dans la peau, dans le sang, comme dit la langue verte. Une transfusion de sang divin. Pour transformer nos existences, nos sociétés, le monde…

Car il respirait l’Esprit de Dieu. Il nous propose à jamais de prêter nos poitrines à ce souffle et de travailler obstinément à rénover la face de la terre. Lui qui était de chair et de sang, la chair et le sang de Dieu. »

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 20:15
Homélie du dimanche 9 août 2015

La vie humaine est une longue marche. Pour garder l’espérance et le courage de continuer et de reprendre la route après des épreuves, des échecs, on a besoin de pain. Pour le corps, bien sûr, mais pour le cœur et l’esprit aussi. Saint Jean nous présente Jésus comme le pain que Dieu nous donne pour notre marche et pour notre vie. C’est ainsi que nous le recevons des mains de Dieu son Père, comme du bon pain. Il continue de nourrir ceux qui l’aiment et croient en lui, ceux qui écoutent sa parole et partagent son corps et son sang à chaque eucharistie. Mais lorsqu’il se présente ainsi à la foule après le partage du pain sur la montagne, beaucoup ont peine à le croire.

Les Juifs récriminaient contre Jésus parce qu’il avait déclaré :
« Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. »
Ils disaient : « Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ?
Nous connaissons bien son père et sa mère.
Alors comment peut-il dire maintenant : “Je suis descendu du ciel” ? »
Jésus reprit la parole : « Ne récriminez pas entre vous.
Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire,
et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même.
Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi.
Certes, personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu :
celui-là seul a vu le Père. Amen, amen, je vous le dis :
il a la vie éternelle, celui qui croit. Moi, je suis le pain de la vie.

La nouveauté de l’Evangile peut se résumer, à partir de ce texte, en une phrase paradoxale : le pain descendu du ciel vient de la terre. Il est à la fois don de Dieu, don du ciel et fruit de la terre. L’essentiel de l’enseignement de Jésus en saint Jean, dans son long chapitre VI, tient dans cette affirmation contradictoire, difficile à « avaler et à digérer ». Comme l’a rappelé le concile Vatican 2, « Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché. » (GS 12)
Mais ce Jésus, fils de Joseph dont tous connaissent le père et la mère, comment peut-il dire : « Je suis descendu du ciel » ? Comment croire que le « Verbe s’est fait chair », que Dieu s’est fait homme en ce Jésus de Nazareth ? Surtout si l’on croit qu’il n’existe pas ou bien si on pense qu’il est au ciel et qu’il agit comme les divinités de la plupart des religions, comme un être invisible et tout-puissant, récompensant les uns et punissant les autres, muet et impassible face aux malheurs, laissant triompher le mal ? Même les prophètes, ses porte-parole avant Jésus ont défendu sa cause, mais aussi l’ont accusé parfois de trahison et d’abandon dès lors qu’il n’intervenait pas dans les situations difficiles. C’est le cas du prophète Elie dont le découragement nous est raconté ce dimanche dans le premier Livre des Rois. Lui aussi fut un jour nourri par un ange, d’un pain venu du ciel.

Le prophète Élie, fuyant l’hostilité de la reine Jézabel,
se hâta de partir pour sauver sa vie. Il marcha toute une journée dans le désert.
Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson, et demanda la mort en disant :
« Maintenant, Seigneur, c’en est trop !
Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. »
Puis il s’étendit sous le buisson, et s’endormit.
Mais voici qu’un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange ! »
Il regarda, et il y avait près de sa tête
une galette cuite sur des pierres brûlantes et une cruche d’eau.
Il mangea, il but, et se rendormit.
Une seconde fois, l’ange du Seigneur le toucha et lui dit :
« Lève-toi, et mange, car il est long, le chemin qui te reste. »
Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture,
il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu.

Voilà un géant de la foi saisi par la peur, l’envie de mourir, le doute sur l’efficacité de sa mission. Déprimé après des échecs et menacé de mort, Élie s’est enfui pour mourir au désert. Il s’en va vers le mont Horeb, qui est le lieu où le Deutéronome place l’épisode de la remise du Décalogue à Moïse par Dieu. Aux paroles désabusées d’Élie, le Seigneur répondra avec une pointe d’humour et l’invitera dans la suite du récit, à la lucidité ou à l’humilité. Il lui demandera de rebrousser chemin, de trouver un successeur pour prendre la relève et lui rappellera que beaucoup ont gardé la foi : « Il y a en Israël au moins « sept mille hommes dont les genoux n’ont pas ployé devant Baal et dont les bouches ne lui ont pas envoyé de baisers », lui dira-t-il ! (1 Rois,19, 18). « L’Ange du Seigneur » va le guider jusqu’aux sources de l’Alliance entre Dieu et son peuple. Le récit souligne ainsi l’effet de la nourriture merveilleuse offerte par le Seigneur. Tout cela peut, aujourd’hui encore, servir de leçon et de réconfort à tous les envoyés de Dieu tentés par le découragement.

Saint Paul voit aussi le découragement surgir aussi chez beaucoup de chrétiens d’Ephèse entourés de païens. Il les nourrit de son courage et leur donne des conseils. Il les invite à vivre comme du bon pain et à résister au nom du Christ et comme lui, dans un monde qui se nourrit de méchanceté et de mépris à leur égard.

Frères, n’attristez pas le Saint Esprit de Dieu,
qui vous a marqués de son sceau en vue du jour de votre délivrance.
Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes,
tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté.
Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse.
Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.
Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés.
Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés
et s’est livré lui-même pour nous, s’offrant en sacrifice à Dieu,
comme un parfum d’agréable odeur.

Mais il y a plus encore à retenir de l’Evangile. Le Christ n’est pas seulement un fortifiant, une source de courage. Il se présente lui-même comme une nourriture qui transforme et divinise celui qui la mange. Reprenons le récit de Jean et les paroles de Jésus.

Moi, je suis le pain de la vie.
Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ;
mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas.
Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel :
si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.
Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.

Saint Augustin, pour présenter le sens de la communion eucharistique, faisait dire par le Christ : « Je suis en toi comme la nourriture des forts : grandis et tu me mangeras, Tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ton corps, c’est toi qui seras changé en moi ». Le pain, nous le digérons, nous le transformons en nous. Dans l’Eucharistie, c’est l’inverse. C’est le pain de Dieu, la personne du Christ qui nous transforme en lui, nous divinise, nous instruit. Nous devenons ce que nous recevons. Durant des siècles on a focalisé la réflexion sur le changement du pain en corps du Christ, et l’on a laissé dans l’ombre ce que pensaient les Pères de l’Eglise : la transformation la plus importante est celle que vivent ceux qui mangent le corps du Christ et deviennent ainsi son corps ecclésial.
Parmi les paroles de Jésus il en est une qui est centrale. Il cite en une phrase ce qu’annonçaient les prophètes Isaïe et Jérémie : « Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. » En sa personne, cette promesse se réalise. « Moi, je suis le pain vivant » dit-il. Moi, je suis, c’est le nom même de Dieu. Jésus se présente comme l’Emmanuel, Dieu présent avec les hommes, au milieu d’eux, en eux. Parole vivante qui les instruit et pain vivant qui les nourrit. Et cela, à partir de son expérience humaine qu’il vit avec eux et de sa connaissance du Père dont il est le Fils. C’est ce qu’exprime la prière du prêtre ajoutant au vin un peu d’eau : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité ».

Michel SCOUARNEC, Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 07:20
Homélie du Dimanche 2 août 2015

Exode 16, 2-4. 12-15 ; Psaume 77 ; Ephésiens 4, 17. 20-24 ; Jean 6, 24-35

Des besoins à n’en plus finir… La société de consommation, ce n’est pas d’aujourd’hui : elle est déjà présente dans les textes d’aujourd’hui (aussi bien dans l’ancien que dans le nouveau Testament). Des besoins à n’en plus finir, sauf quand le pain devient quelqu’un. Car alors, il ne s’agit plus de consommer seul dans son coin, mais de communier, d’entrer en relation.

Jésus, aujourd’hui, se présente comme le pain véritable qui s’offre à notre faim véritable. Mais cette faim spirituelle qui nous creuse, nous la trompons souvent avec des produits de consommation qui étouffent en nous le désir. Comme les fils d’Israël, dans leur traversée du désert, nous sommes tentés de préférer le confort des installés, même esclaves, à la liberté des nomades. Le livre de l’Exode raconte que pour faire taire les récriminations des Hébreux, le Seigneur fit pleuvoir un pain étrange, une fine croûte, dit le texte, quelque chose de fin comme du givre. Une manne comme nous disons. Un mot qui nous vient de la réaction des Hébreux qui se disaient entre eux : “Man hou”, c’est-à-dire “Qu’est-ce que c’est ?” On se posera un jour la même question au sujet de Jésus :“Quel est donc cet homme” qui prétend être une nourriture de vie et nous combler au-delà de tout désir ? Et quel est ce pain que l’Église continue de nous donner en son nom ?

Oh ! Nous savons, ou plutôt nous croyons qu’à travers ce pain et cette coupe nous communions à l’amour dont Dieu nous a aimés. Nous le croyons et pourtant le pain que Jésus nous offre, comme la manne, demeure une question : man hou, qu’est-ce que c’est ? Comme si nos cœurs de croyants n’étaient jamais assez grands pour l’accueillir, tellement Jésus n’est pas venu nous gaver de certitudes mais nous combler de son amour. Et c’est bien différent : les certitudes durcissent le cœur, tandis que l’amour lui donne des ailes et creuse le désir d’aimer.

Le livre de l’Exode raconte que Moïse interdit aux fils d’Israël de faire provision de la manne que le ciel donnait chaque jour. Certains le firent quand même. Mais la manne dont ils avaient rempli leurs sacs devint vite immangeable. Et si ça signifiait que le chrétien ne peut pas être un homme aux poches bourrées de provisions ! Péguy disait : “Jésus nous a donnés des paroles vivantes [...] nullement conservées moisies dans de petites boîtes [...] des paroles vivantes qui ne peuvent se conserver que vivantes.” Le croyant ne possède pas la vérité, il s’en nourrit comme d’un pain qui donne faim d’un avenir toujours plus grand. Le croyant est un nomade qui voyage léger parce qu’il compte chaque jour sur Dieu qui s’est fait pour lui parole et pain. Le croyant est homme de désir qui, comme dit saint Paul, se laisse “guider intérieurement par un esprit renouvelé.

Des besoins à n’en plus finir… sauf quand le pain devient quelqu’un. On a souvent le choix entre consommation et communion. C’est la saison des vacances. On y va avec un désir bien légitime de tranquillité et de repos. On rêve de consommer du repos, et on en revient avec, comme souvenirs les plus riches, les rencontres et les découvertes, c’est à dire les moments où il y a eu communion, relation avec d’autres personnes, d’autres formes de vie. Ils sont bien malheureux ceux qui s’enferment dans une solitude de vacances, même somptueuse. Quand le pain devient quelqu’un, il ne s’agit plus de consommer, mais d’entrer en relation, d’entrer en communion.

Des besoins à n’en plus finir… sauf quand le pain devient quelqu’un. Soyons heureux nous autres d’être sur ce chemin humain de la rencontre de notre Dieu, sur ce chemin où le pain devient quelqu’un. La rencontre, la relation, la communion, l’amitié, toutes ces valeurs qui ne rouillent pas en prenant de l’âge. Le reste, il faut petit à petit apprendre à s’en détachercomme le raconte avec humour cette petite histoire de touriste américain visitant un rabbin célèbre au siècle dernier. Le touriste est étonné de voir que le rabbin n’a pour tout logement qu’une simple pièce remplie de livres. Et pour seul mobilier, une table et un banc.

- “Où sont vos meubles ?” demande le touriste.

- “Où sont les vôtres ?” rétorque le rabbin.

- “Les miens ? Mais je ne suis qu’un visiteur, ici ; je ne fais que passer”, dit l’Américain.

- “Moi-aussi”, réplique le rabbin.

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 07:51
Homélie du dimanche 26 juillet 2015

Dimanche dernier, l’évangéliste Marc nous laissait au seuil du récit de la multiplication des pains. Cependant, la liturgie de l’année B préfère la version de saint Jean, puisque son récit nous prépare au discours sur le Pain de Vie que nous offre l’évangéliste pour les quatre prochains dimanches. Tous les évangiles mentionnent la multiplication des pains par Jésus, avec deux versions différentes chez Marc et Matthieu. C’est dire toute l’importance que revêt pour l’Église primitive ce geste de Jésus ressuscité. Et pour saint Jean, c’est le signe par excellence qui sert de point de départ à l’enseignement du Christ sur le Pain de Vie. On peut y déceler une connotation eucharistique. Mais quelles sont les caractéristiques du récit de Jean? Quels sont les messages pour l’Église d’aujourd’hui?

1. Un signe pour les païens. Chez saint Jean, ce récit de la multiplication des pains ou plutôt ce récit du don et du partage du pain n’a pas d’abord pour but de nourrir les foules, mais bien de révéler le Christ aux païens. Jésus est au premier plan; c’est lui qui distribue les pains et les poissons, contrairement aux autres évangélistes, où ce sont les disciples qui le font. La scène se passe en territoire païen : « Jésus était passé de l’autre côté du lac de Tibériade (appelé aussi mer de Galilée) » (Jn 6,1). Aussi, Jean est le seul à faire intervenir Philippe et André considérés comme proches des Grecs (Jn 12,22), et il précise : « C’était un peu avant la Pâque, qui est la grande fête des Juifs » (Jn 6,4), pour bien montrer qu’il s’adresse aux chrétiens de son Église, issus du paganisme. De fait, il s’agit bien d’un récit d’Eucharistie, de vocabulaire typiquement grec et non pas de bénédiction juive : eucharistein (rendre grâce) (Jn 6,11a), diadidonai (distribuer) (Jn 6,11b), sunagein (recueillir), klasmata (morceaux) (Jn 6,12). Il faut cependant noter que, des quatre termes rituels de l’Eucharistie : prendre, rendre grâce, rompre et donner, saint Jean omet le troisième, soit rompre, car son récit vise aussi le partage du pain de la Parole en plus du pain de l’Eucharistie.

2. Le miracle du partage. Partager c’est multiplier. C’est ce que raconte le second livre des Rois, dans ce quatrième miracle d’une série de dix légendes concernant le prophète Élisée, héritier du prophète Élie (2 R 4,1-8,15). Ce récit a servi de schéma aux évangélistes pour raconter la multiplication des pains accomplie par Jésus ressuscité. Mais attention! Il ne s’agit pas d’un geste magique de la part d’un prophète ou d’un thaumaturge. Il s’agit simplement de démontrer que le don et le partage viennent à bout de toutes les faims et les soifs du monde. Lorsqu’on décide de faire don du peu que nous avons, en vue d’un partage avec les autres, le miracle se produit. Imaginez maintenant, si le fondateur du cirque du soleil, Guy Laliberté décidait de donner 40 millions à un organisme de charité, au lieu de le donner aux Russes pour un séjour de douze jours dans l’espace, combien de faims seraient rassasiées et combien de soifs seraient étanchées…

Dans l’évangile de Jean, Philippe parle d’achat : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain » (Jn 6,7), auquel André va opposer le don : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde! » (Jn 6,9). C’est pourtant suffisant pour nourrir tout le monde et même plus, puisqu’il en reste : « Ils les ramassèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d’orge après le repas » (Jn 6,13). Douze paniers, de quoi nourrir toute l’Église!

3. La naissance d’un nouveau Peuple. Saint Paul, dans sa lettre aux Éphésiens, nous rappelle que le baptême chrétien transcende tous nos clivages sociaux et ethniques : « Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même, il n’y a qu’un seul Corps et un seul Esprit. Il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne au-dessus de tous, par tous, et en tous » (Ép 4,4-6). Mais pour y arriver, des qualités sont requises : « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour » (Ép 4,2). Pour saint Jean, le récit de la multiplication des pains révèle le Christ aux païens, afin de les faire naître comme disciples du Christ, comme Église. L’exégète français Jean Debruynne écrit : « Le vrai miracle n’est pas la multiplication des pains, mais la naissance d’un Peuple. Les mots le disent. Au début du texte, il s’agit d’une foule nombreuse et, à la fin, ils sont devenus cinq mille hommes. Au début, la réaction des apôtres est prisonnière du système de l’argent et du commerce où les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres : Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas!... Heureusement il y a un petit garçon qui a cinq pains et deux poissons. Ce n’est pas un économiste. C’est le cœur d’un enfant qui fait entrer dans le partage ».

En terminant, que sont devenues nos eucharisties d’aujourd’hui? Un acte de dévotion où l’on écoute distraitement une Parole et où l’on mange un morceau de pain? Ou bien une occasion de nous rassembler pour nous rencontrer et faire don de ce que nous sommes, pour le partager avec les autres? Une chose est certaine : à la messe, le pain que nous rompons et que nous mangeons, s’il ne dit rien de ce que nous avons à donner et à partager, il a beau être consacré, ce pain ne peut nous nourrir et nous transformer, ni non plus nous faire naître comme Église, comme nouveau Peuple de Dieu, comme disciples du Christ ressuscité. Peut-être y a-t-il là une des raisons de l’abandon de la majorité des chrétiens à nos rassemblements eucharistiques? Il faudrait quand même se poser la question si on veut y répondre…

Raymond Gravel,

Prêtre au Québec décédé en 2013

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 07:53
Homélie du dimanche 19 jullet 2015

Après l’effort, le réconfort ! Voici venu le temps des vacances, le temps d’un répit et d’un repos, d’une pause dans les activités. Le commencement du passage de l’évangile de Marc que nous lisons ce dimanche tombe bien. Jésus invite les apôtres à prendre un temps de repos au retour de leur première mission.

Les Apôtres se réunirent auprès de Jésus,
et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.
Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. »
De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux,
et l’on n’avait même pas le temps de manger.
Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart.

Jésus parle de repos mais il semble bien que ce temps se transforme pour les Douze en réunion de travail. Ils rendent compte à Jésus de ce qu’ils viennent de vivre : Jésus les écoute rapporter tout ce qu’ils ont fait et enseigné au cours de la mission à laquelle il les a envoyés. Deux par deux, les poches et les mains vides, sans provisions ni argent, avec le bâton du marcheur et du pasteur, avec des sandales, et peut-être un peu d’huile pour soigner les blessures. Il les invite maintenant à raconter ce qu’ils ont vécu, comment ils s’y sont pris, comment a été accueillie l’annonce de la Bonne Nouvelle du Royaume. Il veut les initier à la mission pastorale qui est la sienne et doit être la leur. Une mission dont la priorité doit être accordée à la compassion pour les foules affamées et accablées par les épreuves et le malheur, qui souffrent de la désunion et de l’injustice. Leur modèle de pasteur doit être différent de celui de leurs responsables politiques et religieux. Un modèle dénoncé avant Jésus par bien des prophètes et notamment par le prophète Jérémie dans le passage de son livre que nous lisons aujourd’hui.

Quel malheur pour vous, pasteurs !
Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage !
C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël,
contre les pasteurs qui conduisent mon peuple :
Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées,
et vous ne vous êtes pas occupés d’elles.
Eh bien ! Je vais m’occuper de vous, à cause de la malice de vos actes.
Puis, je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis
de tous les pays où je les ai chassées.
Je les ramènerai dans leur enclos, elles seront fécondes et se multiplieront.
Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront ;
elles ne seront plus apeurées ni effrayées, et aucune ne sera perdue.
Voici venir des jours – oracle du Seigneur –,
où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi,
il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice.
En ces jours-là, Juda sera sauvé, et Israël habitera en sécurité.
Voici le nom qu’on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »

C’est à partir du mal que l’on dénonce qu’on peut rappeler ce qui est bien. On peut considérer ce message de Jérémie comme un reproche mais aussi comme une feuille de route pour toute responsabilité pastorale et un portrait du bon pasteur comme le fera Jésus. Retenons quelques expressions verbales riches de sens :
* Le bon pasteur doit conduire et guider le peuple avec intelligence.
* il doit rassembler et non disperser les membres de la communauté et s’occuper des blessés et prendre soin d’eux.
* il doit ne pas laisser périr ceux qui sont sans ressources et ramener à l’enclos les égarés qui se sont perdus.
* il doit rassurer et apaiser les victimes de la peur et l’angoisse et par-dessus tout exercer le droit et la justice.
Mais reprenons le récit évangélique :

(Jésus et les disciples étaient partis en barque pour un endroit désert, à l’écart).
Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention.
Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.
En débarquant, Jésus vit une grande foule.
Il fut saisi de compassion envers eux,
parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger.
Alors, il se mit à les enseigner longuement.
Déjà l’heure était avancée ; s’étant approchés de lui, ses disciples disaient :
« L’endroit est désert et déjà l’heure est tardive.
Renvoie-les : qu’ils aillent dans les campagnes
et les villages des environs s’acheter de quoi manger. »
Il leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Ce passage d’Evangile s’accorde bien avec le message de Jérémie. A la liste des verbes dans le texte de Jérémie on peut en ajouter d’autres à partir de ce que fait Jésus. Devant l’urgence Jésus se laisse déranger : il accorde une priorité à la Parole et il enseigne. Et surtout il donne de sa personne. Il parle vrai, il agit avec justice, il ne cherche pas à les berner, à les bercer de rêves illusoires, à les exploiter, à les accabler de préceptes rituels et d’interdits. Il s’adresse à autre chose que leur ventre. Il ne cherche même pas à tirer profit de son succès pour se faire roi. Du coup, les foules ne veulent pas le lâcher. Elles ont trouvé en lui un pasteur selon le cœur de Dieu. Ces gens rassemblés dans le désert ont faim et soif. Ils sont égarés, déboussolés. Jésus ne se situe pas au-dessus et en dehors d’eux. Il est en communion avec leur détresse, leur soif et leur faim. La leçon de pastorale que donne Jésus aux Douze ne sera pas cette fois une série de règles et de conseils, mais un exemple vivant. Il s’agit d’accepter de faire le maximum pour le service des autres, d’ouvrir son cœur, ses yeux et ses tripes à la détresse des foules sans berger. Il s’agit de laisser retentir en soi le souci pastoral du Christ. Nous ne lisons aujourd’hui que la première partie du récit de saint Marc. Après avoir nourri la foule de la Parole, Jésus va partager avec elle le pain et les poissons. Dimanche prochain c’est dans l’Evangile selon saint Jean que nous entendrons la deuxième partie du récit. Saint Paul dans sa lettre aux Ephésiens, dont nous lisons des extraits tous ces dimanches, ajoute le verbe « réconcilier ». Il rappelle ce qu’a été l’œuvre pastorale majeure du Christ.

Frères, maintenant, dans le Christ Jésus,
vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ.
C’est lui, le Christ, qui est notre paix :
des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ;
par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ;
il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse.
Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen,
il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix,
et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps
par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine.
Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix,
la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches.
Par lui, en effet, les uns et les autres,
nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père.

Aujourd’hui plus que jamais, être serviteurs de la paix et de l’unité accomplies par le Christ, être briseurs de guerres et de murs entre ceux qui sont loin et ceux qui sont proches, entre les Eglises, entre membres de l’Eglise, entre membres d’un même peuple, entre nations et religions, telle est par excellence la mission pastorale des serviteurs du Christ et des Eglises qui se réclament de lui et aussi de tous ceux qui gouvernent les peuples.

Michel SCOUARNEC, prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 15:20
Homélie du dimanche 12 juillet 2015

Le passage de l’évangile de Marc au chapitre VI, aujourd’hui, fait suite à celui de dimanche dernier. Jésus avait quitté Nazareth. Après un bref séjour, mal accueilli par ses compatriotes, il est reparti, constatant qu’aucun miracle n’était possible chez les gens sans foi en lui, sclérosés dans leurs coutumes. De sédentaire il se fait nomade comme Abraham. Il parcourt les villages d’alentour en enseignant, écrit saint Marc. Et aussitôt, il invite ceux qu’il a appelés à le suivre et l’imiter, à sortir eux aussi de leur petit monde et élargir leur horizon. Jésus envoie les Douze en mission. Son projet n’est pas de s’installer ni de bâtir avec eux des temples dont ils seraient les prêtres mais de les envoyer prophétiser, et surtout de se conduire comme des pasteurs. Son projet n’est pas de fonder une cité entourée de clôtures où ses disciples seraient bien au chaud entre eux, à l’abri du monde extérieur. Il les envoie sur les routes de l’humanité. Cet envoi en mission prophétique et pastorale plus que sacerdotale, a dû leur paraître à eux aussi fort imprévisible, compte tenu de leur situation, de leur profession. De plus les consignes qu’il leur donne sont assez inattendues.

Jésus appela les Douze ;
alors il commença à les envoyer en mission deux par deux.
Il leur donnait autorité sur les esprits impurs,
et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ;
pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture.
« Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
Il leur disait encore :
« Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ.
Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter,
partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir.
Ils expulsaient beaucoup de démons,
faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.

Jésus envoie les apôtres deux par deux et non en solitaires. Eux aussi ont quitté leur barque et deviennent nomades. Appelés personnellement pour constituer un groupe de Douze, c’est par deux, en équipe, qu’ils sont envoyés annoncer la Bonne Nouvelle, chasser les démons, oindre d’huile les malades. Ils sont appelés dans un cadre collégial. Tout disciple envoyé en mission a besoin de compagnons pour avoir plus d’assurance et aussi pour discerner, vérifier avec lui si ce qu’il dit, ce qu’il fait est en accord avec ce qu’a dit et fait le Christ, et ne le trahit pas. Travailler au service du Christ suppose un esprit d’Eglise, un esprit d’équipe. Ce qui est incompatible avec des mentalités ou des pratiques de faux-prophètes qui, au nom d’inspirations individuelles, se mettraient en avant, au mépris de tout esprit de collégialité, feraient bande à part et se constitueraient des chapelles privées, s’autoproclameraient fondateurs d’Eglises nouvelles et s’investiraient d’un pouvoir sacré.
Jésus leur prescrit de ne rien emporter si ce n’est un bâton, de l’huile et des sandales. Accepter une mission au service du Christ suppose donc d’avoir les mains vides, les poches vides, de se désencombrer de ce qu’on possède, de ce qu’on sait, de se désencombrer de soi pour être disposé au dialogue et à l’écoute de ceux à qui l’on est envoyé. L’accueil de l’autre est l’attitude spirituelle première de l’envoyé. D’abord, il se laisse accueillir puisqu’il n’a rien, et qu’il se présente démuni. Il reçoit l’hospitalité, ce qui est la marque de sa disponibilité, de sa pauvreté. C’est ainsi qu’il pourra voir, entendre les personnes dans leur différence, qu’il pourra goûter ce qu’on lui offre à manger. Quand lui-même prendra la parole à son tour, elle aura plus de chance d’être entendue, reçue, dégustée.
Les seuls objets recommandés pour l’envoyé en mission en expriment l’essentiel.
Le bâton du Pasteur et du marcheur, du gardien de ses frères et sœurs en humanité.
Le bâton de la bienveillance, de la défense aussi contre tous les ennemis de l’homme, qui le persécutent et le poussent au mal.
De l’huile pour adoucir la peine de ceux qui souffrent et pour soigner leurs blessures.
De bonnes sandales enfin, car ils devront beaucoup marcher et se déplacer.

Les Douze sont en partance pour leur première mission. Saint Paul quant à lui parle de la manière dont il a accompli la sienne. Il relit son expérience du travail apostolique et rend grâce à Dieu au début de la lettre aux Ephésiens d’avoir été appelé, choisi, envoyé en mission pour témoigner du Christ.

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ.
Dans les cieux, il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus-Christ.
En lui, il nous a choisis avant la création du monde,
pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard.

Il rend grâce aussi pour l’accueil de l’Evangile par les chrétiens d’Ephèse à qui il l’a annoncé et il leur dit :

Dans le Christ, vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité,
l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru,
vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. […]
C’est pourquoi moi aussi, […] je ne cesse pas de rendre grâce,
quand je fais mémoire de vous dans mes prières :
que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père dans sa gloire,
vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître.
Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur…

Ce que dit Jésus aux Douze au moment de leur envoi en mission est complété de manière heureuse par ce qu’écrit saint Paul après avoir accompli sa mission. C’est beau de l’entendre rendre grâce pour ce qu’il a reçu de ceux à qui il a été envoyé. C’est beau aussi de l’entendre exprimer sa joie face à la générosité dont ils ont fait preuve pour le recevoir chez eux et surtout pour accueillir l’Evangile du Christ.

Michel SCOUARNEC, Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 10:02
Homélie du Dimanche 5 juillet 2015

Ezéchiel 2, 2-5 ; Psaume 122 ; 2 Corinthiens 12, 7-10 ; Marc 6, 1-6

Les compatriotes de Jésus n’ont pas l’air contents dans la synagogue de Nazareth. Pourtant, ce qu’il annonçait était plutôt Bonne Nouvelle : guérisons, libération, soulagement des pauvres. Les gestes qu’il faisait étaient aussi des gestes de salut et de libération, et même s’il parlait de conversion, c’était pour faire découvrir la vraie joie.

En fait, ce n’est pas le message qui est contesté par les habitants de Nazareth, c’est le messager. Trop exigeant ? Non ! Trop déroutant ? Non plus. Non ! Seulement trop familier. Les gens de Nazareth le connaissaient trop bien, cet homme du pays :

- par sa profession : “N’est-il pas le charpentier ?”

- par sa mère : “N’est-il pas le fils de Marie ?”

- par sa parenté : “N’est-il pas le frère de Jacques, de Joseph, de Simon ?”

On connait la parenté et le cousinage. En bref, cet homme Jésus est trop humain pour révéler Dieu. Impensable que Dieu choisisse comme envoyé le charpentier dont chacun, à Nazareth, connaissait la famille. “Nul n’est prophète dans son pays.”Jésus se disait fils de Dieu, certains de ses disciples commençaient à entrevoir son mystère. Mais ses compatriotes disaient : “C’est le fils du charpentier.”

Attention ! Ne sourions pas de leur difficulté à croire, c’est la nôtre très souvent. Par exemple quand nous trouvons trop simple et trop humaine l’Église chargée d’annoncer la Bonne Nouvelle. Au long de son histoire, elle a eu ses moments édifiants mais aussi ses moments scandaleux. Et pourtant c’est bien cette Église, dont nous faisons partie, qui est le corps du Christ.

Et quand nous trouvons trop simple et trop humain ce prêtre qui a prononcé la parole du pardon ou qui a baptisé votre enfant. Il a pourtant reçu la mission de renouveler les gestes de Jésus Sauveur.

Et quand nous trouvons trop simple et trop humain cet étranger qui demande à être accueilli ou ce malade qui attend une visite. Et pourtant ils sont bien pour nous visages du Christ. “Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites.”

Et quand nous trouvons trop simple et trop humain ce monsieur tout le monde que la vie met sur notre route. Et pourtant il est habité par Dieu. “Tout homme est une histoire sacrée, tout homme est à l’image de Dieu.”

Et quand nous trouvons trop simple et trop humaine cette vie trop ordinaire qui est la nôtre. Tant d’années à recommencer les mêmes banalités, avec les mille soucis et les mille détails, apparemment sans importance. Tout ça semble trop humain pour être divin. Et pourtant cette vie ordinaire, la nôtre, Jésus l’a vécue lui-même. Le Fils de Dieu l’a divinisée. Plus elle est humaine, plus elle est divine ! Difficile à croire. Pourtant c’est bien ça qui s’appelle être chrétien.

Les contemporains de Jésus sont déçus. Ils attendaient un Messie triomphant qui chasserait les romains. Ils attendaient le jour fracassant du Seigneur pour restaurer Israël dans sa puissance. Ils sont choqués, déçus par la façon dont Jésus accomplit sa mission. Pas d’éclats : il enseigne, il guérit, il console, il pardonne. Ils sont déçus.

Nous aussi, nous sommes déçus par exemple quand nous disons : “Ah! S’il y avait un Bon Dieu, ça n’existerait pas.” Nous rêvons encore d’un Dieu qui interviendrait de façon visible pour mettre bon ordre dans notre monde. Non, il n’agit pas de cette façon. Il n’est pas providence d’intervention, mais plutôt d’inspiration. Il parle au cœur des hommes, il inspire, il anime notre liberté par son Esprit-Saint, son Esprit d’amour. Mais il est effectivement impuissant si l’homme n’accueille pas son Esprit.Rien ne lui résiste sinon notre incroyance.

Soyons heureux de croire en Dieu qui a vécu notre condition humaine, notre vie ordinaire, et la souffrance et la mort pour nous révéler que l’amour aura le dernier mot. Dans cette Eucharistie, recevons son Esprit pour essayer, dans notre vie ordinaire, de suivre son chemin de vie, d’amour et de joie.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de rennes

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