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  • : Journal de Denis Chautard
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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 21:42
Homélie du dimanche 11 août 2019

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 32-48

« En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Sois sans crainte, petit troupeau :
votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.
    Vendez ce que vous possédez
et donnez-le en aumône.
Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas,
un trésor inépuisable dans les cieux,
là où le voleur n’approche pas,
où la mite ne détruit pas.
    Car là où est votre trésor,
là aussi sera votre cœur.
    Restez en tenue de service,
votre ceinture autour des reins,
et vos lampes allumées.
    Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces,
pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte.
    Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée,
trouvera en train de veiller.
Amen, je vous le dis :
c’est lui qui, la ceinture autour des reins,
les fera prendre place à table
et passera pour les servir.
    S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin
et qu’il les trouve ainsi,
heureux sont-ils !
    Vous le savez bien :
si le maître de maison
avait su à quelle heure le voleur viendrait,
il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
    Vous aussi, tenez-vous prêts :
c’est à l’heure où vous n’y penserez pas
que le Fils de l’homme viendra. »
    Pierre dit alors :
« Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole,
ou bien pour tous ? »
    Le Seigneur répondit :
« Que dire de l’intendant fidèle et sensé
à qui le maître confiera la charge de son personnel
pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ?
    Heureux ce serviteur
que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi !
    Vraiment, je vous le déclare :
il l’établira sur tous ses biens.
    Mais si le serviteur se dit en lui-même :
‘Mon maître tarde à venir’,
et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes,
à manger, à boire et à s’enivrer,
    alors quand le maître viendra,
le jour où son serviteur ne s’y attend pas
et à l’heure qu’il ne connaît pas,
il l’écartera
et lui fera partager le sort des infidèles.
    Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître,
n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté,
recevra un grand nombre de coups.
    Mais celui qui ne la connaissait pas,
et qui a mérité des coups pour sa conduite,
celui-là n’en recevra qu’un petit nombre.
À qui l’on a beaucoup donné,
on demandera beaucoup ;
à qui l’on a beaucoup confié,
on réclamera davantage. »

 

Homélie

Grâce à la foi, Abraham, Sarah et tout un peuple ont vécu des choses inouïes. L’extrait de la lettre aux Hébreux est comme une relecture chrétienne de la foi d’Abraham, de Sarah et de tout un peuple. Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu et partit. Et il fallait bien avancer chaque jour, dans le désert, pour que les troupeaux trouvent à manger. Grâce à la foi, Sarah eut une descendance. Grâce à la foi, tout le peuple, sans avoir connu la réalisation des promesses de Dieu, l’avait salué de loin dit le texte très joliment. Grâce à la foi, cet homme de 36 ans gravement malade parle de guérison d’une manière très surprenante : “Ma maladie m’a complètement changé. Aujourd’hui j’ai rencontré le Christ. Je me considère comme guéri, car Dieu a guéri ce qui en moi en avait le plus besoin. Il m’a éveillé à un nouveau regard sur moi, sur ma vie, sur les autres. Il m’a donné l’espérance totalement insensée de pouvoir un jour traverser la mort sans mourir à son amour. Dans ma vie d’avant, j’étais, à bien des égards, plus mort que je ne le serai jamais. La perle de l’évangile, je l’ai trouvée. C’est la présence de Dieu dans ma vie et son regard d’amour.”

Grâce à la foi. La foi qui permet même l’impossible : Pensez au langage des sportifs : “On y croit ! Untel, il y croit, il se démène !” Ou bien l’inverse : “S’ils y croyaient seulement un peu !” Pensez au langage courant au sujet d’un conférencier par exemple : “On sent qu’il y croit.”

Chacun de nous peut élargir ce langage au domaine familial, professionnel, associatif. Il y a comme une dynamique de la foi, de l’espérance et de la promesse : on n’est jamais euphoriques de ce qu’on a parce qu’on ne le tient jamais définitivement ; on n’est jamais désespérés de ce qui nous manque parce qu’on est déjà heureux de ce qu’on n’a pas encore et qu’on attend. Voilà ce qu’est un homme de foi, un veilleur en tenue de service, en attente, tourné vers demain. Le contraire de celui qui est occupé à ressasser le passé même le plus réussi. 

L’homme de foi est un veilleur. Non pas un couche-tard. C’est vrai, on a tous vécu de ces soirées qui n’en finissent pas. C’est chouette, on est bien, tellement qu’il est impossible d’arrêter. On en rajoute : encore une danse, encore un verre. Ça finit par épuisement, quelquefois même en catastrophe. Ce sont des soirées qui réunissent des couche-tard, mais pas des veilleurs. Le veilleur, lui, est tourné vers demain. Il faut bien à un moment qu’il y ait la volonté, la foi de se tourner vers demain, vers la vie qui doit continuer. Comme si veiller engageait Dieu lui-même.

Je pense aux célébrations d’obsèques : il faut bien que ce soit des moments tournés vers demain, vers la vie qui doit continuer. Sinon ce serait simplement insupportable. Ensemble, on se redonne vie. Comme si veiller engageait Dieu lui-même. Veiller est proche de la foi.  Il faut croire pour veiller. “Qui de nous, a pu écrire un poète, qu’il soit mère ou qu’il soit père, épouse ou époux, amante ou amant, n’a regardé dormir celle ou celui qu’il aime, veillé sur son sommeil au comble du respect et dans l’émerveillement. Veiller, c’est tout attendre de la vie et s’en remettre à elle. Veiller, c’est refuser que la vie ne s’éteigne.” J’aime bien que pour les jeunes enfants on parle depuis longtemps déjà d’Eveil à la foi plutôt que de catéchisme.

“Soyez des veilleurs !” pourquoi pas des bien-veillants ? Des prenant soin ! “Restez en tenue de service !” Pas simplement des prestataires de services qui rendent service et s’en vont laissant l’autre servi, mais souvent seul… 

 “Soyez comme des gens qui attendent.”  Dans la revue Signes, il y avait un jour cette petite réflexion : “Mais justement, qui peut avoir encore le temps d’attendre ? Est-ce que le temps ce n’est pas de l’argent ? Il est temps de ne plus confondre l’attente et l’impatience. L’attente du Royaume de Dieu n’est pas celle d’un départ de T.G.V. L’attente du Royaume de Dieu est un cœur en désir et non la peur d’être en retard. Celui qui attend, c’est celui qui trouve encore au fond de lui un petit peu d’espérance allumée.” J’ai retrouvé là la distinction que faisait Simone Weil évoquant deux femmes au travail : l’une prisonnière et remplissant par contrainte un morne labeur de couture ; l’autre tricotant une layette pour l’enfant qu’elle porte. Les gestes sont comparables et pourtant, il s’agit pour l’une d’une peine et pour l’autre d’un bonheur.

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 09:50
Homélie du dimanche 5 août 2019

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 12,13-21. 

« En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »
Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »
Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »
Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté.
Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”
Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.
Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”
Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”
Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

 

Homélie

Pour comprendre l’évangile, un mot sur la législation à l’époque de Jésus. Pour sauvegarder le patrimoine familial, le droit juif prévoyait que la totalité des propriétés immobilières revenait au fils aîné, ainsi qu’une double part des biens mobiliers. C’était le droit d’aînesse. Ce qui est raconté ici c’est sans doute qu’un aîné s’est emparé de tout l’héritage et refuse de remettre à son cadet la petite part qui lui revient. Et on demande l’arbitrage de Jésus.

« Ah les affaires d’héritages ! dit Gabriel Ringlet. On sait comme elles peuvent empoisonner l’existence quand le partage des biens ravive les jalousies et réveille des blessures d’enfance. Ici, un homme en appelle à l’intervention de Jésus auprès d’un frère qui préfère, semble-t-il, laisser l’héritage indivis. Cette demande d’arbitrage devrait honorer Jésus. L’homme qui l’interpelle « du milieu de la foule » montre en effet la considération dont jouissait le jeune maître. Mais Jésus refuse de jouer ce rôle. Il n’est pas notaire. Il ne dit pas le droit. Sa mission est d’une autre nature : il donne sens, il interpelle, il avertit.

L’Évangile de Thomas, un texte poétique découvert en Égypte en 1945, vient souvent jeter sur les Évangiles canoniques une lumière subtile qui élargit parfois l’interprétation. Comme ici, justement, quand Jésus réplique un peu durement : “Qui m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ?”Dans L’Évangile de Thomas, cela devient : “ô homme, qui a fait de moi un diviseur ? Il se retourna vers ses disciples et leur dit : vraiment, suis-je un diviseur? ”Bouleversante question, si proche de ce que pouvait ressentir Jésus à ce moment-là. Car il est vrai que les autorités religieuses l’accusent de diviser le peuple. Et manifestement cette accusation le blesse. »

C’est une tentation permanente des hommes de demander à la religion de sacraliser leurs options ou leurs intérêts. Jésus ne veut pas entrer dans ce que l’homme doit résoudre lui-même. Mais il indique où est l’essentiel. Il invite à prendre de la hauteur : “Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un… ne dépend pas de ce qu’il possède.” C’est la vie de l’homme   qui est première, pas la richesse ! Et il raconte sa parabole du riche propriétaire. Le gars avec sa récolte et ses greniers est totalement préoccupé par l’en-bas. En fait, il est déjà mort : “Cette nuit-même, on va te redemander ta vie. ”Évident puisque tu n’en fais rien. Dans certains rites funéraires antiques on mettait une pièce d’or dans la bouche du mort, pour payer son passage sur le fleuve obscur. Mais les archéologues retrouvent les monnaies : elles n’ont pas servi, elles n’ont pas cours en ce pays si lointain et si proche.

Saint Paul disait : “Pensez aux réalités d’en-haut, non à celles de la terre.” Il y a le monde des apparences, le visible, le concret. Mais il ne peut donner un sens à notre vie. Et puis ce monde est traversé par un nouveau monde en train de germer au-delà des apparences. Ne vous enchaînez pas au service du faux-dieu-argent qui déshumanise. La vie de l’homme ne s’achève pas ici-bas. Le coffre fort ne suit pas le cercueil ! Dieu est la seule valeur stable. Tout le reste est passager, “vanité des vanités” disait la 1èrelecture. La richesse n’est pas mauvaise pour autant. Mais la bonne question est de savoir pour qui elle est dépensée. Jamais on ne s’est assuré autant que de nos jours : accidents, incendie, intempéries. Tout ça est du progrès et on le voudrait pour tous. Mais quelle compagnie, quel groupe nous assurera contre la sécheresse du cœur et l’anémie du goût de vivre ? Ce serait ça la véritable Assurance-Vie, celle qui nous garderait fervents et joyeux jusqu’au jour où l’on part, les mains ouvertes, sans rien, pour le plus grand des voyages.

Et si tout ça était une invitation à comprendre que les réalités d’en-haut sont une manière de vivre l’en-bas, une manière de prendre de la hauteur. Le chemin est bien celui de l’incarnation et de la résurrection, celui de Jésus qui s’est immergé dans le quotidien humain, tout en y prenant sa hauteur de ressuscité. J’aime bien ce petit mot de Pierre Schaeffer, intitulé performance : “Tous nous sommes des encombrés. Nos voitures se touchent, nos pare-chocs se frôlent et font du mieux qu’ils peuvent pour ne pas se choquer. Nos journaux foisonnent, nos dialogues se superposent. Aussi, faut-il continuer, ne pas se taire, parler encore, fabriquer un message, un discours, un véhicule, une fusée, tirer, viser, aller plus haut, plus vite, plus loin, établir un nouveau score, une performance jamais atteinte : par exemple dire un mot à son voisin, un mot qui serait compris.”

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse e Rennes

 

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23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 09:39
homélie du dimanche 28 juillet 2019

vangile de Jésus-Christ selon saint Luc 11, 1-13. 

« Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. »
Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne.
Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour.
Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation.»
Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : “Mon ami, prête-moi trois pains,
car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.”
Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : “Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose.”
Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut.
Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira.
En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira.
Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ?
ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ?
Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

 

Homélie

Avez-vous remarqué que le Notre Père est d’abord un extrait de la Parole de Dieu- On vient de l’entendre selon Saint Luc, plus brève que selon Saint Matthieu qu’on connaît mieux. Comme toute parole d’Evangile elle est d’abord faite pour être écoutée. La prière est donc un rendez-vous avec Dieu, d’abord pour l’écouter.

Notez aussi qu’On dit Notre PèreOn dit Nous et pas Je. On se trouve devant Dieu dans la communion de ceux qui se reconnaissent enfants du même Père. La prière qui ne conduirait pas les humains à devenir frères n’est pas une prière que Dieu peut exaucer.

- François Varone dans son livre Ce Dieu absent qui fait problème écrit ceci : “Le soleil est déjà levé. Ouvrir mes volets ne fait pas lever le soleil, ça permet seulement au soleil d’entrer dans ma maison, de la réchauffer et de l’illuminer. Telle est la 1èrefonction de la prière : Dieu est déjà levé sur ma vie, je le laisse entrer.”

Il y en a qui prétendent que la prière est toujours exaucée. Vous croyez ça, vous ? dit Jean Corbineau. Et il continue : “Le croyant qui prie est toujours exaucé. Il n’est pas épargné, il est exaucé. Il n’est pas assisté, il est exaucé. J’ai toujours été exaucé, je préférerais dire exhaussé. La prière me grandit, me fait voir de plus haut, me fait passer à l’étage supérieur.” Et il cite une maman : “J’ai déjà expérimenté l’efficacité de la prière. Je sais qu’en priant il me faudra changer. Si je prie pour quelqu’un qui souffre, je vais être obligée d’être logique et de me laisser envoyer par Dieu vers lui. Si je prie pour quelqu’un que je n’aime pas trop, cette prière ne me laissera pas la possibilité de me défouler dans la critique. Si je prie, je ne peux pas laisser ce coin d’ombre qui m’arrange dans mon couple ou ma profession. Ça m’arrangerait, mais la prière me dérange.”

Et le Cardinal Etchegaray“Si je demande notre pain de chaque jour, je dois donner moi-même ce pain à ceux qui en manquent. Si je prie pour la paix, je dois m’engager sur le chemin de la paix. C’est ça l’Evangile : prier les bras en croix le Dieu qui n’aime pas les bras croisés.”

- Encore2 évocations pour donner à penser. La 1èreesttrès brève (soyez attentifs) : Saint Augustin s’adresse à Dieu : “Tu étais en moi. Mais moi j’étais hors de moi : je te cherchais dehors. Tu étais avec moi ; je n’étais pas avec toi, puisque je n’étais pas chez moi.” 

La 2èmeest de Timothy Radcliffe (ancien maître des dominicains) : “Dès la naissance, les parents commencent à parler à l’enfant. Bien avant qu’il ne soit capable de comprendre, un enfant est nourri et bercé de mots. Le père et la mère ne parlent pas à l’enfant pour l’informer. Ils l’animent de leur parole. Il devient humain dans cet océan de langage. Petit à petit, il saura trouver une place dans l’amour que partagent ses parents. Sa vie grandit en humanité. De même nous sommes transformés par l’immersion dans la Parole de Dieu. Nous ne lisons pas la Parole pour y chercher information. Nous y réfléchissons, nous l’étudions, la méditons, la buvons et la mangeons. « Que ces paroles que je te dicte aujourd’hui restent dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route…» (Dt 6, 6…) Un couple de mes amis a adopté un enfant. Ils l’ont trouvé dans un hôpital à Saïgon, orphelin de la guerre du Viêt-Nam. Les 1ersmois, personne n’avait eu le temps de s’en occuper. Il a grandi sans savoir sourire. Mais ses parents adoptifs lui ont parlé et souri, œuvre d’amour. Je me souviens du jour où pour la 1èrefois il a renvoyé un sourire. La Parole de Dieu nous nourrit, afin que nous prenions vie, en humains, et devenions même capables de renvoyer le sourire de Dieu.”

Enfin pour conclure, ces mots du Frère Philippe Jaillot : “Dans l’Évangile, Jésus donne un nom surprenant à l’audace. Il parle de « sans-gêne ». « Même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami. » Mais est-ce que ça s’apprend, le sans-gêne dont parle Jésus ? Il suffit peut-être d’avoir conscience que ce sans-gêne porte un nom ? Il s’appelle Esprit Saint. Saint Paul dit bien : « C’est l’Esprit qui crie en nous : ‘Abba, Père’. » (Romains 8, 15) Notre Dieu nous donne deux conseils de prière. Le Notre Père et le sans-gêne. Comme s’il nous disait : apprenez le langage de la foi mais ayez aussi l’audace des amoureux ! ”

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 06:10
Homélie du dimanche 21 juillet 2019

Le thème de l’accueil et de l’hospitalité est très présent dans les textes bibliques de ce dimanche et il rejoint notre actualité : tant de personnes s’enfuient de leur pays où règnent les guerres, les famines, et frappent à nos portes. Le temps des vacances peut aussi nous donner l’occasion d’ouvrir nos portes à des inconnus, des étrangers, des nouvelles connaissances. Deux récits d’hospitalité ce dimanche : chez Abraham, puis chez Marthe et Marie. L’hospitalité proverbiale des nomades est sympathiquement attestée, dans le récit de la Genèse, par l’attitude d’Abraham, « l’araméen nomade » passant de « camping en camping » et accueillant dans sa tente les hôtes de passage (Gn 18). Il lui arrivera même de recevoir Dieu lui-même sans trop le reconnaître. L’auteur de la Lettre aux Hébreux leur écrira à ses lecteurs : « N’oubliez pas l’hospitalité, car grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges ». (13, 1-2) Prenons le temps de savourer le récit du livre de la Genèse qui a inspiré particulièrement le peintre Chagall.

« Aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham,
qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour.
Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui.
Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente
et se prosterna jusqu’à terre.
Il dit : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux,
ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur.
Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau,
vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre.
Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces
avant d’aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! »
Ils répondirent : « Fais comme tu l’as dit. »
Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, et il dit :
« Prends vite trois grandes mesures de fleur de farine,
pétris la pâte et fais des galettes. »
Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre,
et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer.
Il prit du fromage blanc, du lait, le veau que l’on avait apprêté,
et les déposa devant eux ;
il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient.
Ils lui demandèrent : « Où est Sara, ta femme ? »
Il répondit : « Elle est à l’intérieur de la tente. »
Le voyageur reprit : « Je reviendrai chez toi au temps fixé pour la naissance,
et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. »

Abraham a vu trois hommes et pourtant il s’adresse à eux comme à un seul. Il s’agit sans doute du Seigneur entouré des deux anges qui sont sur le chemin de Sodome pour une punition car ses fautes sont lourdes, et Dieu fait un détour pour consulter le partenaire de son Alliance : « Le Seigneur s’était dit : « Est-ce que je vais cacher à Abraham ce que je veux faire ? Car Abraham doit devenir une nation grande et puissante, et toutes les nations de la terre doivent être bénies en lui ». (Gn 18 17-18)
Fidèle au devoir d’hospitalité, Abraham reçoit Dieu lui-même en la personne des trois étrangers. Sa prière d’invitation est émouvante : « Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur ». Elle annonce déjà la prière des marcheurs d’Emmaüs : « Jésus fit semblant d’aller plus loin ». Ils lui dirent alors : « Reste avec nous… et il entra pour rester avec eux… » Et voilà que l’hôte de passage annonce à Abraham que son épouse âgée et stérile va enfanter. Dommage que l’on ait coupé dans les missels la fin savoureuse du récit de la Genèse. Mais rien n’empêche de la lire.

« Or, Sara écoutait par-derrière, à l’entrée de la tente.
Abraham et Sara étaient très avancés en âge,
et Sara avait cessé d’avoir ce qui arrive aux femmes.
Elle se mit à rire en elle-même ; elle se disait :
« J’ai pourtant passé l’âge du plaisir, et mon seigneur est un vieillard ! »
Le Seigneur Dieu dit à Abraham : « Pourquoi Sara a-t-elle ri, en disant :
“Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, vieille comme je suis ?”
Y a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ?
Au moment où je reviendrai chez toi, au temps fixé pour la naissance, Sara aura un fils. »
Sara mentit en disant : « Je n’ai pas ri », car elle avait peur.
Mais le Seigneur répliqua : « Si, tu as ri. »

Grand branle-bas dans la maisonnée. Abraham court au troupeau, prend le veau gras, le donne à un serviteur, qui se hâte de le préparer. Sara prend trois grandes mesures de farine, pétrit la pâte et fait des galettes. Trois mesures de farine, ce qui équivaut à 135 litres, un chiffre qui exprime la surabondance et que reprendra Jésus dans une parabole (Lc 13, 17-21) du Royaume. On peut noter que Sara est à l’intérieur de la tente. Elle écoute ce que disent les hommes à son sujet. Elle est bien concernée cependant, puisque l’hôte de passage a annoncé à son époux que dans un an elle sera mère. Sa réaction d’éclater de rire – peut-être intérieure – a été entendue ou devinée par lui et il en semble contrarié. Quand le Seigneur en demande la raison à Abraham, elle se défend d’avoir ri. Il ne s’adresse plus alors à Abraham mais à elle en personne et lui dit : « Si ! tu as ri ». Décidément les premières fois que Dieu s’adresse directement aux femmes dans la Bible, c’est pour les accuser ! Il avait reproché à Eve d’avoir écouté le serpent et il reproche à Sara de n’avoir pas pris au sérieux ses promesses !
Dans l’évangile, encore un récit de Luc – comme celui du bon samaritain –, qu’il est le seul à rapporter. Jésus est invité chez deux sœurs, Marthe et Marie, dont il ne nous est pas dit si elles sont épouses, mères ou célibataires. Dans l’univers palestinien du temps de Jésus, les Douze, comme les hommes de leur temps, ne parlaient guère aux femmes, du moins en public. Ils étaient choqués de voir Jésus s’entretenir avec la samaritaine (Jn 4,27), comme l’était Simon quand il s’adressait chez lui à une pécheresse publique. Une seule exception, la réponse de Pierre à la servante qui le reconnaît au soir du jeudi saint : « Je ne sais pas ce que tu veux dire ». Dans les évangiles, Jésus quant à lui, dialogue couramment et en diverses circonstances avec les femmes. C’est là une grande nouveauté. Il entend leurs questions, écoute leurs réponses et souvent reconnaît en elles la force de l’Esprit. Elles sont les premières à entendre, recueillir et annoncer son message de ressuscité, nous l’avons déjà signalé à Pâques.
Dans l’évangile de Luc, Jésus est reçu chez Marthe et sa sœur Marie. Marthe s’affaire au moins autant qu’Abraham, Sara et leur serviteur.

« Chemin faisant, Jésus entra dans un village.
Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie
qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service.
Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien
que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. »
Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci
et tu t’agites pour bien des choses.
Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part,
elle ne lui sera pas enlevée. »

Comment comprendre l’agacement de Marthe ? Jésus est accueilli par deux femmes, et l’une d’entre elles, Marie, assise aux pieds du Seigneur, en écoutant son enseignement, contrevient aux règles les plus élémentaires de la religion au temps de Jésus : les femmes sont exclues en effet de l’enseignement religieux. « Apprendre la Loi à sa fille est comme lui apprendre la débauche », lit-on dans la Mishna (recueil de traditions juives) à la fin du premier siècle. N’oublions pas qu’au temps de Molière, il était inconvenant encore pour une femme d’être savante ! Or Jésus encourage une femme à suivre son enseignement, alors que la place des femmes est celle de Marthe, celle du service aux cuisines. Nous avons peine à percevoir aujourd’hui l’aspect provoquant de ce récit. Il témoigne d’une nouveauté chrétienne attestée surtout dans les écrits de Luc et certaines lettres de Paul. Le fait que les femmes aussi seront baptisées, recevront un enseignement et se verront confier de grandes responsabilités dans les Eglises des commencements (cf Phoebé et Prisca ; Rm 16, 1-4). Marie est une femme, elle a choisi la meilleure part, celle jusque-là réservée aux hommes. Elle ne lui sera pas enlevée, dit Jésus. L’histoire de l’Eglise ne lui donnera pas toujours raison !
Trois belles figures de femmes dans ces récits. Sara, âgée et stérile, par qui va naître Isaac, « l’enfant du rire » et de la promesse. Lorsque survient l’alliance entre Dieu et l’humanité, cela donne lieu à un éclat de rire ! Marthe la maîtresse de maison besogneuse et attentionnée, et enfin Marie sa sœur, en qui toutes les femmes sont appelées à l’égal des hommes à être disciples du Christ. Saint Paul considèrera que toutes les nations sont appelées à la connaissance du Christ. Il écrira aux Chrétiens de Colosses :

« La mission que Dieu m’a confiée,
c’est de mener à bien pour vous l’annonce de sa parole,
le mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations,
mais qui maintenant a été manifesté à ceux qu’il a sanctifiés.
Car Dieu a bien voulu leur faire connaître
en quoi consiste la gloire sans prix de ce mystère parmi toutes les nations :
le Christ est parmi vous, lui, l’espérance de la gloire !
Ce Christ, nous l’annonçons : nous avertissons tout être humain,
nous instruisons chacun en toute sagesse, afin de l’amener à sa perfection dans le Christ.
C’est pour cela que je m’épuise à combattre,
avec la force du Christ dont la puissance agit en moi. »

Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 20:56
"Le Bon Samaritain" Delacroix

"Le Bon Samaritain" Delacroix

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10, 25-37. 

« En ce temps-là, voici qu’un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »
Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? »
L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. »
Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »
Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »
Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort.
Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté.
De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté.
Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion.
Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.
Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.”
Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? »
Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

 

Homélie

Une vielle légende hindoue raconte qu’il y eut un temps où tous les hommes étaient des dieux. Mais ils abusèrent tellement de leur divinité que Brahma, le maître des dieux, décida de leur ôter le pouvoir divin et de le cacher à un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Le grand problème fut de lui trouver une cachette. 

Lorsque les dieux mineurs furent convoqués à un conseil pour résoudre ce problème, ils proposèrent ceci : “Enterrons la divinité de l’homme dans la terre.” Mais Brahma répondit : “Non, cela ne suffit pas, car l’homme creusera et la trouvera.” Alors les dieux répliquèrent : “Dans ce cas, jetons la divinité dans le plus profond des océans.” Mais Brahma répondit à nouveau : “Non, car tôt ou tard, l’homme explorera les profondeurs de tous les océans, et il est certain qu’un jour il la trouvera et la remontera à la surface.” Alors les dieux mineurs conclurent : “Nous ne savons pas où la cacher car il ne semble pas exister sur terre ou dans la mer d’endroit que l’homme ne puisse atteindre un jour.” Alors Brahma dit : “Voici ce que nous ferons de la divinité de l’homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher.” Depuis ce temps-là, conclut la légende, l’homme a fait le tour de la terre, il a exploré, escaladé, plongé et creusé, à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui.

Tout à fait ce que Moïse disait dans la 1èrelecture : “Cette loi que je te prescris… n’est pas dans les cieux… pas au-delà des mers… Elle est tout près de toi… dans ta bouche et dans ton cœur…”

Dans l’évangile, le juif pieux qui interroge Jésus considère sans doute que le prochain du juif est le juif, et celui du païen le païen. Il demande ce qu’il faut faire pour avoir la vie. La réponse de Jésus déplace radicalement les conceptions habituelles : son critère premier de proximité est l’appartenance à l’humanité commune : partager la même humanité passe avant tout le reste ; et son second critère c’est que la différence, l’appartenance à une communauté ou à une religion ne doivent pas empêcher le rapprochement et le partage, au contraire. Il s’agit non plus d’aimer seulement ceux qui nous ressemblent, mais ceux qui sont différents de nous, même nos adversaires, et même nos ennemis. Car le prochain est celui qui se rend proche.

A la question “Qui est mon prochain,” Jésus répond par la parabole du Bon Samaritain qui est comme une clé pour comprendre ses pratiques de libération, de guérison et de pardon. La parabole conduit en effet au cœur du débat entre la loi et le prochain, entre les principes ou les personnes. C’est clair : le prêtre et le lévite choisissent le respect de la loi qui leur interdisait de se souiller au contact du sang qui les rendrait inaptes au service du temple. Le samaritain, lui, n’a pas de religion et n’est donc pas prisonnier de la loi. Alors pendant que les autres sont obligés de préférer la règle, il est libre, lui, d’aimer l’autre. Et Jésus nous dit à chacun : « Va, et toi aussi, fais de même ».

A longueur d’évangile, Jésus nous est présenté comme un prophète qui remet en cause les rigueurs légalistes des responsables religieux. Il ose même transgresser certaines prescriptions au nom de l’exigence de se rendre proche de toute personne dans le besoin. Michel Scouarnec a pu écrire : “Jésus déplace la conception du sacré. De manière générale, ce mot veut dire séparé, mis à part… Il désigne des lieux, des personnes, des objets, investis d’une double dimension. Celle du tabou, d’abord : ils sont dangereux… Celle du magique ensuite : on leur attribue un pouvoir caché ou divinisé… Cette conception du sacré donne lieu à des ségrégations… Pour Jésus, tout être humain est sacré, parce qu’aimé de Dieu. Le sacré qu’il préconise est un sacré de relation.”

Son habileté est de retourner la question du docteur de la loi : “Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé entre les mains des bandits ?” Tout autre manière d’envisager le prochain qui n’est pas forcément celui avec qui j’aurais en commun des liens de sang ou des d’affinités. Il est celui que moi je deviens quand je me rapproche de quelqu’un. 

En fait, il vaudrait mieux parler, non pas de mon prochain, mais du prochain que moi je suis réellement. De qui je me fais proche ? “Je n’ai pas de prochain, expliquait Paul Ricœur, je me fais le prochain de quelqu’un.” 

 

Robert TIREAU,

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 06:34
Homélie du dimanche 7 juillet 2019

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10, 1-12.17-20. 

« En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.
Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.
Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin.
Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’
S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.
Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.
Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté.
Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” »
Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites :
“Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.”
Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville. »
Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. »
Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair.
Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire.
Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »

 

Homélie

“Réjouissez-vous…, exultez. Isaïe, en 400 avant Jésus Christ, invite à la joie dans le contexte catastrophique du retour d’exil. Il invite à la joie des gens colonisés, en pleine désillusion. Combien de fois, au cœur de la morosité, la Bible annonce la joie. Et ce n’est pas pour bercer d’illusion. Nous avons tous l’expérience de la joie qui finit par venir après les difficultés. Et notre foi contient un bonheur à dimension future, comme la nature qui renaît chaque printemps. Notre foi, c’est même le mot résurrection: la joie, la vie possible au cœur même de la souffrance et au-delà de la mort. Comme cet ancien, près de son épouse décédée, qui disait à ses enfants : “C’est qu’il faut quand même vivre… Et puis vous êtes là, vous.” Comme dans cette famille où les parents âgés et malades sont en train de resserrer les liens entre les enfants et par rapport aux parents.

L’Eucharistie est sacrement du partage joyeux de la présence de celui qui est mort par amour. Juste le contraire de telle communauté où l’on priait pour la résurrection de l’enfant qui venait de mourir au lieu de mettre tout en œuvre pour aider les proches à vivre, au lieu même de faire le simple nécessaire quand il y a un décès. Honte que ce réflexe prétendument religieux ! 

Que dit l’Evangile d’aujourd’hui : Priez, allez, guérissez, entrez, mangez ! Des gestes humains. Dans l’humain fraternel Dieu a des chances d’être là. On est même sûr qu’il y est si ça commence par prier. Car l’évangélisation n’est pas publicité ou propagande. Elle est œuvre de l’Esprit qui ne passe qu’à travers des cœurs priants. “Prie, disait Saint Ignace, comme si tout dépendait de Dieu, agis comme si tout dépendait de toi”.

“Le Seigneur en désigna encore soixante-douze…”: l’évangélisation concerne tout chrétien. “Il les envoya deux par deux…”: on ne peut pas évangéliser seul. Pas de gros bagages…: l’évangélisation est à la portée des vies les plus modestes. Apportez la paix… guérissez…: l’évangélisation commence par du concret : faire du bien, pacifier, soulager, guérir. Pas des discours, mais une manière de vivre. N’emportez pas de gros bagages - Apportez la paix… guérissez…Monique Rosaz interprète cette consigne : il y a deux catégories de gens dans ce texte, ceux qui marchent sur la route et ceux qui sont dans les maisons. Ceux qui marchent n’ont rien, sinon un bien immense à apporter : la paix. Et peut-être ont-ils faim. Ceux qui sont dans les maisons ont ce qu’il faut pour vivre, et peut-être qu’ils ont faim d’autre chose. Alors l’échange est possible.

Les 72 sont envoyés deux par deux. Un témoin seul risque d’être pris pour un gourou. Être envoyés par deux, c’est être appelés à faire équipe, à faire Église et à participer à l’expérience des disciples d’Emmaüs. Par deux, on peut parler avec un frère des événements vécus, au point de reconnaître, dans le partage, le visage de celui qui rejoint toujours en chemin ceux à qui il donne mission de prendre la route. Être envoyés deux par deux conduit à découvrir que l’autre nous met toujours en appétit. Seul on avance aussi loin qu’on peut. Avec d’autres, on va plus loin que le possible. Portés par la fraternité, la force du groupe et la mission confiée, on repousse les frontières de nos limites personnelles. 

La Moisson est abondante, les ouvriers peu nombreux. J’aime bien la traduction d’un exégète belge sur beaucoup d’appelés, peu d’élus: il dit : il y a deux alternatives :

- ou bien : les places sont chères en paradis : il n’y en aura pas pour toi, Dieu est tellement avare.

- ou bien : vous êtes tous invités à travailler pour un monde réconcilié. Vous êtes tous invités. Mais, toi viendras-tu ? Suspense ! Le projet de Dieu dépend de la réponse de l’homme. Il y a un proverbe qui dit : l’homme propose et Dieu dispose. Eh bien là, c’est le contraire : c’est Dieu qui propose, et l’homme qui dispose. Comme si le Messie était prisonnier quelque part, ligoté par notre violence dans l’un de ces lieux que chaque siècle invente. Ce n’est pas l’homme qui attend le Messie, c’est le Messie qui attend l’homme. 

Et Jean Pierre Manigne explique : “Le règne de Dieu s’est approché de vous. ”Ça ne veut pas dire que nous n’allons plus l’attendre longtemps, ça veut dire qu’il est à notre portée et qu’il suffit de l’accueillir pour qu’il se manifeste.

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 05:56
Homélie du dimanche 30 juin 2019

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9, 51-62.
« Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem.
Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue.
Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.
Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? »
Mais Jésus, se retournant, les réprimanda.
Puis ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. »
Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »
Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. »
Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas
fait pour le royaume de Dieu. »

 

Homélie

Appelés à la liberté.

Nous sommes à la fin d'une année pastorale pour l’Église, à la fin d'une année scolaire pour le monde enseignant et pour les jeunes, à la veille des vacances pour un certain nombre. En cette période, nombreux sont ceux qui devront répondre à un nouvel appel, envisager un changement d'orientation ou de responsabilité. Laissons l'évangile d'aujourd'hui nous interpeler.

Mais comment comprendre les paroles si étonnantes, voire choquantes de Jésus ? Comment expliquer le ton de Jésus prononçant ces paroles. Les paroles de Jésus ? Il ne faut pas les interpréter au pied de la lettre. On a tous compris que Jésus ne veut pas dicter des conduites pratiques du style : il ne faut plus aller enterrer ses parents… Ces formules très fortes ne sont pas des règles de conduite. Je pense à d'autres paroles qui font sursauter : « Si ton œil te scandalise, arrache-le. Si c'est ta main, coupe-la. » Ce ne sont pas des ordres à exécuter. Mais des formules à l'emporte-pièce pour nous réveiller.

Toute la prédication de Jésus n'est que bonne nouvelle et promesse de bonheur. Mais il a rencontré un obstacle majeur chez les hommes de son temps, de même qu'il rencontre aujourd'hui le même obstacle majeur chez nous. Cet obstacle, c'est notre dureté de cœur. Alors Jésus essaye de toutes les manières d'entamer cette dureté, de briser cette croûte de nos cœurs. Nous sommes durs d'oreille, pas étonnant que Jésus élève le ton pour nous réveiller de notre somnolence. Nous sommes lents pour nous mettre en route. Pas étonnant que Jésus élève le ton pour dire : « C'est maintenant, c'est tout de suite, c'est urgent, convertissez-vous, c'est important, voyez l'état de notre mère la terre ! » Nous sommes durs de cœur. Le monde est dur. Alors Jésus insiste : « Malheur à celui qui méprise ou scandalise un de ces petits. » Et les petits ce sont les pauvres de ce monde, les réfugiés, les sans travail…

Jésus n'est pas violent, mais il est ferme parce qu'il ne tolère pas l'intolérable. Ce n'est pas un Jésus doucereux et mièvre, mais un homme courageux et exigeant. C'est pour cela que nous l'aimons. Et nous devons, nous aussi, à sa suite, parler haut et fort pour dénoncer l'intolérable.

Tous nous sommes appelés à prendre avec courage la route de Jérusalem. Route du don et du pardon. Chemin de liberté. Nous ne sommes pas des femmes et des hommes du passé, mais nous sommes résolument tournés vers l'avenir, tous appelés à la liberté.

Les vacances pour ceux qui peuvent en prendre sont un temps libre. Puissent ces mois d'été nous faire grandir dans cette liberté-là.

Louis Duret

Prêtre du Diocèse de Chambéry

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 20:33
Homélie du dimanche 23 juin 2019, Fête Dieu

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9,11b-17.
« En ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin.
Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. »
Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. »
Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. »
Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde.
Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule.
Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela
faisait douze paniers. »

 

Homélie

L’histoire (légende) se passe en Inde. Un homme pauvre marche sur les sentiers brûlés par le soleil. Il mendie sa nourriture. La légende dit que c’est du blé qu’il recueille. À la fin de ses journées, son petit sac de toile est loin d’être rempli.

Un jour, son cœur a battu très fort quand il a aperçu, dans un nuage de poussière, quatre chevaux qui tiraient un carrosse : «Ah ! Si seulement ce prince me voyait et daignait s’arrêter ! S’il me donnait une pièce d’argent ou d’or !»

Eh oui ! Les chevaux ralentissent, s’arrêtent. La porte du carrosse s’entrouvre. Un homme au regard plein de bonté fait signe au mendiant de s’approcher et lui dit : «Donne-moi ton blé». Le malheureux, déconcerté, hésite, puis retire un grain de blé de son petit sac. L’attelage repart laissant le pauvre désespéré, qui rentre chez lui, plus triste que jamais. Le soir, en vidant son sac de blé dans un bol, quelle ne fut pas sa surprise d’apercevoir un petit grain d’or ! «Ah si seulement je lui avais donné tout le contenu de mon sac !»

À chaque eucharistie, le Seigneur nous demande à nous aussi : Donne-moi ton blé, donne-moi quelque chose de ta vie. C’est pour ça que le pain et le vin viennent à chaque fois du milieu de notre assemblée. C’est notre blé qu’on donne au Seigneur. Une catéchumène nous a raconté un jour que tout a changé pour elle quand elle a compris cet échange entre nos offrandes et la communion. “Je me demandais ce que chacun allait chercher dans la communion. Quand j’ai eu compris que c’était la consécration de ce qu’il avait apporté de sa vie, ce fut une vraie révélation pour moi.” La question est donc, quand nous venons à la messe, de savoir ce que nous offrons réellement de notre vie ? Trop souvent, nous laissons au prêtre le soin de présenter à Dieu le pain… là-bas, loin de nous, comme si ce pain offert n’avait rien à voir avec nous !

Le pain ! Il représente le travail de plein de monde. Pas seulement le travail des autres, mais le nôtre, la vie de chacun de nous, ce que nous appelons notre pain quotidien, nos joies, nos peines, notre travail, nos responsabilités, nos amours. Nous avons bien raison d’apporter toute cette vie quotidienne, chaque dimanche à la messe. Et nous l’offrons à chaque messe, cette vie quotidienne, en offrant le pain pour que Dieu le transforme en sa propre vie. Pour que ces grains de blé – comme dans la légende – deviennent précieux comme de l’or… Pour que notre pain quotidien soit transformé, transfiguré, habité, divinisé par la présence réelle du Christ. «Nous te présentons ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, il deviendra le pain de la vie.» Ça veut dire en clair qu’à la communion, Dieu nous redonne ce pain, habité de la présence réelle du Christ.

Quand nous partageons et quand nous mangeons ce pain, nous recevons en nous l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus. Alors nous repartons avec une véritable énergie divine, pour continuer notre travail, pour tenir dans nos responsabilités, pour vivre toute notre vie avec la force de l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus, l’Esprit d’amour.

C’est important de comprendre ce qui se passe à la messe. Quelquefois, certains arrivent à la messe comme des désœuvrés… Ils n’apportent rien de ce qui fait leur vie. Eh bien je propose deux petites phrases que chacun pourrait retenir facilement :

- La première : la messe, c’est la rencontre de deux présences réelles :

• la présence réelle du Christ, qui, elle, ne fait aucun doute,

• et notre présence à nous qui a quelquefois du mal à être réelle.

- Et la seconde : nous communions à la présence réelle du Christ pendant la messe pour devenir nous-mêmes présence réelle du Christ auprès des frères après la messe. Écoutez cet extrait de prière eucharistique que vous connaissez par cœur : «Regarde avec amour, Père très bon, ceux qui vont recevoir le corps du Christ, fais qu’ils deviennent ensemble par la force de l’Esprit Saint, le corps de ton Fils ressuscité.» C’est clair : après la messe, nous avons à devenir ensemble le corps du Christ, le signe visible de sa présence dans le monde. En fait, c’est après la messe que l’on sait si la messe a été vraie. Une messe vivante, c’est une messe qui fait vivre. Et quand ça arrive, personne ne se demande plus ce que nous sommes venus faire à la messe.

Robert Tireau, prêtre du Diocèse de Rennes

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 21:43
Homélie du dimanche 16 juin 2019, Fête de la Sainte Trinité

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 16,12-15.

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire con
naître. »

 

Homélie

« J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. » C’est l’Esprit de Dieu qui est chargé de nous guider vers la vérité tout entière. Comment mieux dire que la vérité est bien un chemin, une approche, un pas à pas, une histoire. L’Esprit nous guide vers la vérité. L’Esprit est une personne. L’Esprit est la troisième personne de la Trinité.

Trinité : le mot est lâché ? Compliqué ? Oui ! Autant, mais pas plus que notre famille humaine : personne n’a attendu de savoir ce que c’est qu’une famille pour venir au monde et y vivre. Trinité : j’ai cru moi aussi que c’était réservé aux intellectuels. En réalité le mot Trinité est le mot que l’Eglise a trouvé pour dire au mieux à la fois ce que l’Evangile nous dit de Dieu et ce que notre vie nous dit de Dieu :

dans l’Evangile, Jésus, le Fils, parle souvent du Père, et quand il s’en va, il annonce qu’il nous enverra l’Esprit pour rester avec nous.

et dans notre vie, Dieu Trinité peut aider à comprendre pourquoi nous sommes différents ; et notre vie peut nous dire beaucoup de Dieu Trinité parce que nous sommes créés à l’image de Dieu. Il arrive régulièrement que deux personnes qui s’aiment très fort deviennent un couple. Et autour d’eux, on continue de dire leurs deux prénoms, mais il arrive qu’on parle des deux ensembles, le coupe untel, comme d’une nouvelle réalité, deux qui ont un même Esprit.

La Trinité n’est pas une énigme, c’est une clé pour comprendre qui est Dieu et qui nous sommes. Jésus dit qu’il nous est possible de connaître le Père. Saint Jean le raconte : “Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique,… lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui 1’a fait connaître.(Jean 1, 18). Jésus, tout le portrait de son Père !” disait un théologien. Ce visage du Père, Saint Jean le décrit en disant : “Dieu est amour.” (1 Jean 4, 8) Et Jésus parle de Dieu comme nous parlons d’Amour, avec trois dimensions : l’initiative, l’accueil, la communion..

• Le Père est initiative. Jésus nous dévoile le Père comme la source de tout ce que lui-même vient nous partager : la vie, la tendresse, le pardon. “Comme le Père m’a aimé, moi-aussi je vous ai aimés.” (Jean 15, 9) “De même que le Père m’a envoyé, moi-aussi je vous envoie.” (Jean 20, 21)

Jésus, le Fils, est tout entier accueil. Tout ce qu’il a, tout ce qu’il est, il le tient du Père.

• Et c’est dans l’Esprit que se vit cette communion. Comme si Dieu était ce couple que j’évoquais à l’instant, dont on parle des deux personnes (Les untel) comme d’une nouvelle réalité.

L’Eglise n’est pas une association du souvenir ; elle est communion d’amour parce que le cœur de Dieu a voulu battre dans un cœur d’homme, lui donnant le rythme de son amour. Laissons-nous saisir par l’amour du Père, initiative, commencement toujours nouveau. Laissons-nous habiter par l’amour du Fils, accueil, reconnaissance, partage – Il n’aime pas vraiment celui qui ne sait pas recevoir. Enfin, laissons l’Esprit ouvrir en nous des chemins de rencontre.

Baptisés « au nom du Père, du Fils et de l’Esprit « soyons comme le Père, éveilleurs de vie, ni paternalistes ni possessifs ; soyons comme le Fils qui se reçoit d’un Autre et qui se donne ; soyons comme l’Esprit, artisans de relations pleines de respect. C’est à l’amour que vivent les personnes divines qu’on reconnaît Dieu Amour. C’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres qu’on nous reconnaîtra chrétiens. Une jeune fille a un jour formulé magnifiquement cette richesse que chacun de nous porte en soi : “Dieu est le seul bonheur gratuit auquel tout le monde a droit”.

Le théologien Alain Durand a écrit La cause des pauvres en 1991. Souvent, dit-il, on a la foi et, en conséquence, on se soucie du plus pauvre. C’est bien. Mais ce n’est pas tout à fait la réalité ! Car notre souci des pauvres n’est pas conséquence de notre foi, il constitue notre foi. Les signes que Dieu est venu dans l’histoire sont tous des signes qui concernent les pauvres : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres. Si l’on s’imagine que la foi existerait en dehors de ces actions, écoutons la réponse terrible de saint Jean : “Si quelqu’un dit « j’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur.” (1 Jean 4,20)

 

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 08:39
Vitrail de Taizé

Vitrail de Taizé

A la Pentecôte l’Esprit nous conduit « dehors » à la rencontre des « autres » !

Les disciples sont enfermés, verrouillés. Ils ont peur. Et voilà qu’un grand coup de vent pénètre la pièce où ils sont réunis et du feu apparaît sur chacun. Le vent et le feu les pousse dehors.

Eux qui étaient paralysés se mettent à marcher : ils sortent de la maison à la rencontre du tout venant. Eux qui étaient muets se mettent à parler et tout le monde les comprend, chacun dans sa propre langue.

L’Esprit Saint est donné alors que Jésus est parti, retourné vers le Père.

L’Esprit ne remplace pas Jésus. Son absence est bien réelle. Mais l’Esprit révèle la flamme du divin que chacun porte en lui. L’Esprit se manifeste chaque fois que la communion, la charité, la paix et la justice grandissent entre les hommes. L’absence du Christ n’est pas un vide, un néant. L’absence du Christ est un appel, une invitation, une vocation pour l’homme et pour l’humanité ; réussir ce que Jésus est venu commencer : la fraternité universelle ; Nous sommes tous frères, enfants d’un même Père. C’est à la Pentecôte que cette universalité du message de l’Evangile prend toute sa dimension. C’est là l’œuvre de l’Esprit.

 

Ø  L’Esprit est souffle : la respiration de chaque être vivant. L’air que nous respirons est invisible, imperceptible, mais sans lui pas de vie. Il nous invite à connaître le plus intime de nous mêmes qui est toujours comme inconnu, étranger. L’Esprit c’est le vent, il est force, puissance, invitation au voyage, au changement. Il nous pousse à partir, à découvrir le monde jusqu’aux extrémités de la terre. Plus nous découvrons, plus encore il nous reste à découvrir. La vie est une immense aventure où chaque nouvelle conquête ouvre à un nouveau mystère qui nous remplit d’émerveillement.

Ø  L’Esprit est feu : C’est le souffle qui fait rougir la braise. C’est le vent qui propage le feu. C’est le feu qui donne chaleur, énergie, force et courage. Le feu de la foi c’est le feu de l’Amour. Le désir de vivre parce que la vie a un sens. La force de vivre mais pas n’importe comment. L’amour qui nous fait vivre peut aussi nous brûler. L’Esprit de Dieu nous remplit de la violence des doux, de la miséricorde des pauvres et de la patience des saints.

Ø  L’Esprit de Pentecôte nous conduit dehors. La Pentecôte se passe dans la rue et non dans le Temple. On n’enferme pas l’Esprit, ni dans des livres, ni dans des dogmes, ni dans des certitudes. L’Esprit traverse les barrières et les frontières. Notre Dieu est « le Dieu des grands espaces et des larges horizons ». « Le vent souffle où il veut : nul ne sait ni d’où il vient, ni où il va. Mais tu entends sa voix. » Le souffle de la Pentecôte nous libère de nos peurs, de nos angoisses et de nos résistances. Il nous fait oser nous rencontrer, nous écouter et nous parler. Grâce à l’Esprit nous pouvons croire à l’Amour, croire à la Vie : nous pouvons construire alors même que la vie nous paraît si fragile : construire une famille, construire une communauté, créer des associations de fraternité ou de solidarité entre les hommes. Grâce à l’Esprit nous pouvons fonder amour et amitié.

Ø  Poussés par l’Esprit qui fait de nous des fils, qui fait de nous des frères, nous crions vers Dieu : « Abba, Père ». Nous sommes héritiers de Dieu avec le Christ. Tout ce qu’il y a de meilleur, tout ce qu’il y a de plus grand, de plus fort en lui, Dieu l’a mis en nous : le vent et le feu !

 

Denis Chautard

Prêtre à Vernon (Eure)

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