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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 07:04
Saint Pierre Vitrail de la Collégiale de Montbrison

Saint Pierre Vitrail de la Collégiale de Montbrison

Saint Matthieu rapporte la confession de foi de saint Pierre, ainsi que la déclaration de Jésus concernant les clés du Royaume des cieux. La scène se passe en terre étrangère, à Césarée de Philippe. Jésus demandait à ses disciples :

« Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ;
pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas :
ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ;
et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre
sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre
sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie. 

Deux moments dans ce récit. D’abord celui du dialogue entre Jésus et ses disciples, puis celui de la déclaration à Pierre. Jésus leur pose deux questions. L’une a des allures de sondage impersonnel : qui est-il, le Fils de l’homme pour les gens ? Que pense-t-on de lui, à quel personnage ressemble-t-il ? Les réponses des disciples sont vagues et se limitent à des « on-dit ». L’autre question est personnelle : « Pour vous, qui suis-je ? » Elle requiert une réponse bien plus engageante car elle concerne leur relation à Jésus, présent devant eux. Pierre répond au nom de tous sans doute : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Dans sa confession de foi, il passe du « il » au « tu », du « parler de » au « parler à ». Il en est de même dans la messe : l’Eglise passe du Credo à la prière eucharistique.

Vient ensuite la déclaration à Pierre. Une remise de clés n’est jamais un acte banal. Elle est solennelle quand on entre en possession d’un domicile ou quand on le quitte. C’est un geste de confiance quand on remet les clés de sa maison, au moment de s’absenter. C’est aussi une charge, une responsabilité pour la personne à qui sont remises les clés. Jésus confie à Pierre les clés du Royaume des cieux, les clés de l’univers de Dieu ; quelle charge ! Notre époque plus que toute autre aime à personnaliser les dirigeants, les artistes, les chefs religieux au risque d’en faire des stars ou des autocrates. Jésus ne confie pas les clés à Pierre de manière exclusive. Pierre reçoit du Christ une fonction importante dans l’Église, mais il n’est pas l’Église à lui seul. Saint Augustin au 4e s. disait dans une homélie sur l’Évangile d’aujourd’hui : « Ce n’est pas un homme seul, mais l’Eglise dans son unité, qui a reçu les clés du Royaume. Ceci met en relief la prééminence de Pierre, car il a représenté l’universalité et l’unité de l’Église lorsqu’il lui fut dit : « Je te confie », alors que c’était confié à tous. En effet, pour que vous sachiez que c’est l’Église qui a reçu les clés du Royaume des cieux, écoutez ce que le Seigneur dit à tous ses apôtres en saint Jean (20, 22-23) et à tous ses disciples en saint Matthieu (18, 18) : ‘ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les cieux’. »

C’est donc à Pierre en tant que représentant de toute l’Église que sont remises les clés du Royaume. Et donc aussi à chaque communauté chrétienne, à chaque baptisé, et bien sûr aux responsables dans l’Église et à Pierre de manière particulière. Quel usage en faire ? Le même usage que Jésus : un usage fraternel et paternel. Ce que fait le Père quand il voit revenir le fils prodigue : il ouvre les portes de sa maison, de ses bras, il accueille, il pardonne, il relève, il délie son enfant de son péché. Quant au frère aîné du prodigue, il ferme sa porte à clés et refuse la réconciliation. Son frère s’était empêtré dans les liens du péché et il refuse de le délier. Que fait Jésus encore quand une brebis s’est égarée ? Il laisse les quatre-vingt-dix-neuf brebis fidèles pour aller la chercher. Il ne ferme pas la porte aux pécheurs et ne les condamne pas. Il ne lie pas de pesants fardeaux sur les épaules des gens, des petites gens, en les accablant de préceptes secondaires qui leur font perdre confiance en la miséricorde de Dieu.

Jésus ne fait pas usage de clés pour condamner, pour fermer ou enfermer, mais pour libérer, pour ouvrir les cœurs et les intelligences. Il place chacun devant sa responsabilité et il lui propose toujours le salut, la libération, la guérison. Il se présente comme une porte grande ouverte aux pécheurs, aux blessés de la vie (Jn 10, 7).

Faisons donc le même usage que lui des clés qui nous sont confiées. Qu’elles ne servent pas à nous enfermer sur nous-mêmes, mais au contraire à ouvrir à quiconque frappe à notre porte, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Ainsi, grâce à nous, la maison – le Royaume – de Dieu, leur apparaîtra toujours grande ouverte. Quelle confiance Dieu fait à son Église en lui remettant les clés de son royaume ! Comment en être digne ? En se comportant comme le Père qu’il est pour tous, le Père des miséricordes, comme Jésus son Fils et notre frère. « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu », écrit Paul aux Romains. Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables !

Poursuivons notre réflexion, en lisant le texte d’Isaïe proposé ce dimanche.

Parole du Seigneur adressée à Shebna le gouverneur :
« Je vais te chasser de ton poste, t’expulser de ta place.
Et, ce jour-là, j’appellerai mon serviteur, Éliakim, fils de Hilkias.
Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe, je lui remettrai tes pouvoirs :
il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda.
Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David :
s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira.
Je le rendrai stable comme un piquet qu’on enfonce dans un sol ferme ;
il sera comme un trône de gloire pour la maison de son père. »

La clé que Dieu confie à Eliakim après l’avoir retirée à Shebna est celle de sa maison, de son projet et non de celle de sa personne de gouverneur. Il la lui confie pour qu’il soit un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Comme il en a fait mauvais usage, le Seigneur la lui enlève et décide de la confier à un autre. Il est bon pour l’Église, à ses pasteurs et à ses membres de retenir la leçon. Les clés qui leur sont confiées par Jésus – notons bien qu’il y en a plusieurs, et que ce n’est pas une clé unique – sont celles du Royaume des cieux, d’une maison qui n’est pas la leur, mais celle de Dieu lui-même.

A peine Pierre a-t-il reçu les clés qu’il va en faire mauvais usage, en voulant emprisonner Jésus dans ses propres visées, qui ne correspondent en rien à celles de celui qui les lui a confiées. Mais une chance pour lui : la confiance de son maître ne fait usage d’aucun verrou ! La suite de l’Évangile nous apprendra que Jésus ne le chassera pas de son poste pour autant, qu’il ne lui retirera pas les clés pour les confier à un autre. Il est moins sévère que Dieu dans le récit d’Isaïe. Quand Pierre reçoit les clés, il n’a pas encore traversé la Passion, renié son maître, été délié par lui de son péché. C’est seulement après avoir été pardonné qu’il sera à même d’en faire bon usage pour délier ses frères et les raffermir dans la foi.

Notons que Jésus ne parle pas seulement de délier, mais aussi de lier. Un verbe qu’on pourrait comprendre dans le sens d’une condamnation, d’un emprisonnement de quelqu’un qu’on ligote et à qui on passe les menottes. Mais on peut le comprendre aussi dans le sens d’une responsabilisation, d’une culpabilité à reconnaître. Quiconque ne se reconnaît pas lié, coupable et responsable de ses actes, attaché en quelque sorte au mal qui est en lui, au mal qu’il a fait, quiconque ne reconnaît pas et n’assume pas ses péchés, et ne demande pas d’en être délivré, délié, que peut-on pour lui ? C’est la dimension prophétique de l’Église de dénoncer le mal pour susciter la conversion du pécheur, comme le prophète Natan l’avait fait devant David devenu meurtrier : « C’est toi cet homme », lui avait-il dit, après lui avoir raconté la parabole de l’homme pauvre qui n’avait qu’une petite agnelle. Un homme riche s’en était emparé pour la tuer et festoyer avec un hôte riche comme lui. (2 Sm 12, 4). Cette parabole du prophète avait provoqué chez David le choc libérateur de la reconnaissance de son péché, de sa conversion, puis du pardon de Dieu. C’est cette conversion qui avait fait de lui un modèle spirituel pour son peuple et les générations à venir.

Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 08:37
Homélie du Dimanche 20 août 2017

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 15,21-28. 

« En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. 
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » 

Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » 

 Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » 
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » 
Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » 
Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » 

Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. »

 

 

Homélie

La foi d'une païenne

On ne sait même pas son nom. On l'appelle « la Cananéenne ». Pourtant, cette femme a joué un rôle unique. Elle va faire franchir à Jésus, une frontière jusque-là jalousement fermée. Israël étant le seul Peuple élu, les autres nations, sans distinctions, étaient tout simplement censées être païennes, non concernées directement par le salut promis par Dieu à son Peuple. C'est même la doctrine que Jésus semble faire sienne avant d'avoir rencontré cette païenne. Elle a beau étaler la détresse de sa fille devant les yeux de Jésus, celui-ci, contrairement à ses habitudes, ne s'émeut pas. Il laisse cette femme crier et ne s'occupe pas d'elle.

Lorsque ses disciples, mis à bout par ses insistances bruyantes, viennent plaider sa cause - « donne-lui satisfaction car elle nous poursuit de ses cris » - Jésus refuse net, et pour un motif qui n'admet aucune réplique, puisqu'il touche à la mission même qu'il a reçue de son Père : « Je n'ai été envoyé, dit-il, qu'aux brebis perdues d'Israël » En clair : cette femme est une étrangère. Elle n'appartient pas au Peuple élu.

Essayons de comprendre. Jésus ne vient pas fonder une nouvelle religion. Il vient renouveler de l'intérieur la foi du peuple d'Israël. C'est ensuite, que ce peuple choisi par Dieu pourra se tourner vers les païens.

Certes, Jésus a conscience d'être l'unique sauveur pour tous les hommes. Comment serait-il moins universaliste que son lointain devancier, Isaïe, annonçant qu'un jour le Seigneur rassemblerait les étrangers eux-mêmes en sa maison ?

Mais on comprend sans peine qu'il ne pouvait se tourner vers les païens sans se couper des Juifs et par là, d'emblée, se condamner à l'échec. Le Fils de Dieu a connu les limites de toute condition humaine. Cet écartèlement entre son amour sans frontière et son enracinement bien particulier, Jésus l'a vécu sans tricher, se donnant tout entier à sa mission jour après jour, et s'en remettant à son Père pour l' avenir. Ce qu'il ne pourrait faire lui-même, d'autres le feraient après lui. C'est chose faite quand Matthieu nous fait relire l'histoire de la Cananéenne. L'évangéliste écrit à des chrétiens d'origine juive, qui, bien que rejetés eux-mêmes par leurs frères de race, vivent une certaine tension avec les païens qui, de plus en plus nombreux, s'ouvrent à l'Evangile et entrent dans l'Eglise.

Revenons à notre texte.

« Seigneur, viens à mon secours » reprend la Cananéenne. Jésus lui répond qu'il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. La femme saisit la nuance de bienveillance qu'il y a dans le diminutif « petit ». Elle insiste. « C'est vrai. Mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître; et quand on est pas grand chose, quand on est rien du tout, la moindre miette d'attention, de respect, la moindre miette d'amour vous redonne le courage de vivre. »

Sa foi fait l'émerveillement de Jésus. Le pain de sa Parole que les Juifs refusent, elle, l'étrangère, la païenne, l'accueille et de quelle façon ! « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux » Jésus, malgré toutes les barrières que nous avons évoquées se laisse bousculer par la foi de cette femme.

Sa foi ! Elle n'aurait pas eu grand-chose à dire s'il lui avait demandé de s'en expliquer un peu. Pas plus que le soldat romain auquel Jésus avait dit : « Chez personne je n'ai trouvé pareille foi en Israël. »

Alors la foi ? Avant d'être un crédo ou l'adhésion à un ensemble de croyance, elle consiste, tout simplement mais vigoureusement à tourner son cœur vers Jésus et à jouer sur lui l'essentiel de nos vies.

Et aujourd'hui, n'avons-nous pas à vivre le même déplacement que Jésus ?

Qui sont-ils ces « païens >> d'aujourd'hui qui frappent à la porte de l'Eglise ? Ils sont présents dans nos assemblées au moment de baptêmes, des mariages, des sépultures, plus attentifs qu'on ne le pense. Ils s'approchent pour voir, écouter, dialoguer, trouver un réconfort.

Saurons-nous, comme Jésus, nous émerveiller de leur foi ?

Louis DURET

Prêtre du Diocèse de Chambéry

 

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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 06:57
Homélie du dimanche 13 août 2017

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 14,22-33. 
« Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.
Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. 
La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire. 
Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. 
En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. 
Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » 
Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » 
Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. 
Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » 
Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » 
Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. 
Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

Homélie

“Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau.” Hervé Bienfait épinglait un jour une expression excédée qu’on entend quelquefois : “Ah ! ça, c’est bien toi !” Et il disait : “C’est une petite phrase qui résume une manière de réduire quelqu’un à ce qu’on sait de lui par cœur. Du milieu de la tourmente, Pierre entrevoit Jésus et dit : « Si c’est bien toi ». Non pas prudence verbale, mais élargissement au mystère de l’autre. Ouverture sur l’air d’un « S’il te plaît » au cœur des possibilités de l’autre. J’imagine ce qui se passerait si nous savions miser chaque jour sur les ressources des autres. Passer du Ça qui sait tout au Si d’une parole de demande à d’autres, c’est un écart que je rêve de savoir vivre, un écart pour prier.

Revenons aux textes d’aujourd’hui et d’abord à leur contexte : accablé par la révolte d’Israël, Moïse avait craqué : “Si c’est ainsi que tu me traites, fais-moi plutôt mourir” (Nombres 11, 15) ; Jérémie aussi fut près d’abandonner sa mission ; en route vers l’Horeb, notre Elie de la 1ère lecture s’écriait : “Seigneur, reprends ma vie. Je ne vaux pas mieux que mes pères.” (1 Rois 19, 4) ; enfin, dans l’Évangile, Pierre doute, et il reniera son maître. Toutes ces figures disent que Dieu vient toujours réconforter ceux qui œuvrent pour lui. Le Christ prend toujours la main de ceux qui crient : “Seigneur, sauve-moi !” Souvent, à l’image de Pierre, nous sommes présomptueux comme le coq qui s’imagine faire lever le soleil. Mais quand nous regardons Jésus avec confiance, nous traversons les eaux tumultueuses du monde. L’histoire continue de ces ouragans, ces tremblements de terre, ces barques qui chavirent au sens propre ou au figuré : “Mon père est décédé d’un cancer. Je ne peux plus croire après ça. – Je suis souvent tourmentée à cause de la santé déficiente d’un proche. L’Evangile d’aujourd’hui me fait du bien en m’invitant à la confiance malgré tout” : “Confiance ! C’est moi ! N’ayez pas peur !”

Comme si être en manque de vie permettait l’expérience de Dieu. Ils étaient en manque de vin les invités à la noce de Cana, et Jésus change l’eau en vin. Elle était en manque de nourriture, cette foule près du Lac de Tibériade et Jésus multiplie les pains. Ils étaient en manque de santé, tous ces malades sur les routes de Palestine, et Jésus les guérit. Elle était en manque de sens à sa vie, cette femme de Samarie, et Jésus lui propose l’eau vive.

J’ai lu dans la revue Signes : “Les disciples prennent Jésus pour un fantôme. Et il leur fait peur ! N’est-ce pas justement le risque que Dieu a pris en se faisant homme : être pris pour un autre, pour son contraire ou pour n’importe qui !” Soyons clair : si Jésus nous fait peur, c’est que ce n’est pas lui. Lui ne peut dire que : “Confiance ! N’ayez pas peur !” Même si… qui dit confiance ne dit pas certitude. L’image de Pierre est réaliste. Lui, le solide pour annoncer le Christ, n’est pas plus fort que les autres pour croire lui-même. Il est plus facile de désigner Jésus aux autres que de le reconnaître “dans la brise légère” (1ère lecture) de sa propre existence. On a toujours été plus fort pour croire au Dieu tout puissant que pour croire au Dieu dont l’amour est tout-puissant. On a souvent préféré croire au Dieu des armées plutôt qu’au Dieu désarmé.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, au lieu de se tailler un franc succès avec le miracle qu’il vient de faire, Jésus invite à passer sur l’autre rive. “Avec Jésus, dit Hyacinthe Vulliez, c’est toujours l’imprévu. Qui est-il donc ? Jésus, homme et Dieu, est toujours sur les deux rives à la fois. Quand on le dit homme certains pensent qu’on diminue sa divinité. Quand on affirme qu’il est Dieu d’autres s’imaginent qu’on réduit son humanité. Passer de l’humanité à la divinité de Jésus, puis de sa divinité à son humanité, comme on passe d’une rive à l’autre. C’est ce va-et-vient qui ancre la foi dans la vérité du Dieu de Jésus Christ.”

La foi n’est donc jamais possession tranquille. Elle est du côté de la brise légère. Comme dans ce moment vécu il y a longtemps parce qu’on avait prêté, pour l’été, une salle paroissiale à des étudiants musulmans dont le lieu de prière était indisponible. Un jour, j’avais eu la visite de trois Algériens : “Nous venons vous offrir nos condoléances au sujet de la mort du Père Claverie. Transmettez-les à votre communauté et à votre hiérarchie.” Il s’en est suivi un dialogue long et fraternel. J’ai transmis à ma communauté et à mon évêque. Le Seigneur était dans cette brise légère.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 18:20
Vtrail de Taizé : la  ransfiguration

Vtrail de Taizé : la ransfiguration

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9. 
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. 
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. 
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. 
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » 
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » 
Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. 
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » 
Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. 
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » 

Homélie

Beaucoup de gens disent : “je suis chrétien non pratiquant”. Si on s’étonne, ils disent : “Mais je crois en Dieu !” Ont-ils réalisé que ce Je crois en Dieu ne dit pas chrétien à lui seul ? Juifs, musulmans et d’autres croient en Dieu et ne sont pas chrétiens. Dans notre Credo où deux lignes suffisent à dire notre croyance en Dieu, notre foi chrétienne occupe seize lignes. C’est la foi au Christ qui fait le chrétien ; c’est Jésus, Dieu devenu homme, qui remplit notre Credo. Il était homme comme nous, avec de vraies mains et de vrais yeux qui savaient pleurer. Quelques temps avant sa mort épouvantable, il avait pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, et, sur la montagne, on avait vu transparaître, dans son corps, la lumière de sa divinité. La foi chrétienne, ce n’est pas seulement penser que Dieu existe, mais c’est oser affirmer que la gloire du Dieu unique est sur le visage d’un homme en chair et en os !

La transfiguration éclaire la question la plus importante pour nous : la vie a-t-elle un sens ? Beaucoup de réalités humaines ont un sens évident : l’amitié, l’amour, la culture, la justice et tant de valeurs reconnues. Mais il y a aussi beaucoup de non-sens : cet enfant qui souffre et qui va mourir, ces massacres de populations, cet ouragan et ces avalanches. Alors on se demande qui va l’emporter du sens ou du non-sens ? De la mort ou de la vie ? Notre foi chrétienne répond : l’être humain n’est pas fait pour finir dans un trou. L’homme est destiné à être transfiguré en Dieu. Dans son évangile, saint Matthieu ose utiliser le même mot pour nous dire : “Le visage de Jésus resplendit comme le soleil” (Mt 17, 2) et “Les justes resplendiront comme le soleil” (Mt 13, 43). Voilà la densité d’éternité que prend chacun de nos actes humains.

Je me rappelle des jeunes qui, à l’occasion d’une confirmation, disaient avoir vu une  transfigurée. Et ils ne parlaient pas de chirurgie esthétique. Ils parlaient d’une jeune en grande difficulté pour qui, d’un jour à l’autre, il y avait eu changement visible. Or, ses problèmes n’étaient pas réglés, mais elle avait reçu assez de force pour les affronter. Dieu continue de susciter des êtres radieux qui embellissent et transfigurent la vie. Car il a donné aux hommes mission de transfigurer le monde. Les chrétiens n’en ont pas le monopole, mais, au nom même de leur foi en l’amour que Dieu donne, ils doivent être capables de créer la lumière.

Qui n’a jamais entendu : “Ce jour-là, tu as été lumière pour moi.” ou bien : “Ta présence a ensoleillé notre dimanche.”  Ça veut dire qu’il y avait de la transfiguration dans l’air. La transfiguration, c’est comme une éclaircie. Ça ne supprime pas la nuit, mais ça l’éclaire. A Nantes une équipe accueille les familles qui viennent rendre visite à l’un des leurs en prison. Leur lieu d’accueil s’appelle… l’Eclaircie.

La transfiguration a eu lieu peu de temps avant la Passion. Dans un autre contexte elle aurait pu signifier puissance et éclat. Mais là, non ! Jésus est transfiguré… très peu de temps avant d’être défiguré ! Comme pour répondre par avance à l’ébranlement de la foi de ses amis : Pierre, Jacques et Jean seront tellement désemparés quand ils verront Jésus défiguré et mourant sur une croix dans le silence de Dieu ! Moment bref que la transfiguration. Ils sont toujours brefs ces moments-là, et il faudra bientôt redescendre dans le quotidien. Gérard Naslin le dit dans un raccourci saisissant : Jésus invite ses disciples à s’élever pour une ascension. Il faut prendre de la hauteur pour rencontrer Celui qui vient éclairer nos vies. Il leur demande de s’asseoir pour une contemplation, pour admirer,  pour entrer dans le mystère. Il les prie de redescendre pour résister à une tentation. Ils voudraient tellement que la lumière brille sans cesse, mais il leur faudra connaître les ténèbres du Vendredi Saint avant de connaître la lumière du matin de Pâques.” Jésus fait donc entrevoir sa résurrection à ses apôtres, les laissant deviner à quelle lumière conduit sa vie droite et sa fidélité à Dieu. Il mourra en croix, mais sa mort se changera en lumière. La mort n’a jamais le dernier mot sur ce qui est partagé par amour dans une vie.

Le récit de la Transfiguration montre que Jésus est l’homme qui prie. Quand on entre dans la prière, Dieu est là, et sa réponse immédiate est de laisser sur le visage de la personne qui prie le rayonnement de sa présence

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 06:57
Homélie du dimanche 16 juillet 2017

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,1-23. 
« Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac. 
Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. 
Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur est sorti pour semer. 
Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. 
D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde. 
Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. 
D’autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. 
D’autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. 
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » 
Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » 
Il leur répondit : « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n’est pas donné. 
Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. 
Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, qu’ils écoutent sans écouter et sans comprendre. 
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. 
Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, que leur cœur ne comprenne pas, et qu’ils ne se convertissent pas. Sinon, je les aurais guéris ! 
Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent ! 
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. 
Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. 
Quand l’homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : cet homme, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. 
Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est l’homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; 
mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt. 
Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est l’homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit. 
Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est l’homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. » 

Homélie

Voilà une parabole qui dérouterait les agriculteurs d’aujourd’hui. Eux ne sèment que dans de la bonne terre, et après l’avoir préparée. Au temps de Jésus, en Palestine, on semait d’abord, on labourait après. Le labourage recouvrait la graine qui germait ensuite comme elle pouvait. Là où il y avait un chemin qui avait servi à traverser le champ avant les semailles la terre était trop tassée et c’était bonne aubaine pour les oiseaux ; là où le sol était trop pierreux, ça se desséchait ; là où les épines repoussaient plus vite que le blé, la tige était étouffée. L’interprétation qui suit la parabole est sans doute une homélie tardive. C’est le genre allégorie qui consiste à faire correspondre chaque détail de la parabole à des réalités concrètes : les terrains où tombe la semence sont alors les attitudes des uns et des autres, face à la parole.

Mais la parabole du semeur n’est sans doute pas d’abord un discours moralisant sur les mauvais terrains, mais une invitation à l’espérance. On peut par exemple la considérer comme un appel à la largesse et à la persévérance : pour récolter beaucoup, il faut semer large, sans se limiter à l’enclos de bonne terre. A l’image de Dieu qui donne la vie avec surabondance Jésus a le geste large du semeur. L’évangile, il le sème tout terrain ! Car la Bonne Nouvelle est pour les foules et personne ne peut dire qu’elle ne va pas rencontrer, chez les uns et les autres, un petit coin de bonne terre, et germer à son heure. Les semeurs parcimonieux trahissent la largesse du Père, lui que rien ne décourage comme le déclare Isaïe : “Ainsi parle le Seigneur : la pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans avoir accompli sa mission.” Depuis vingt siècles, grâce à des semailles persévérantes, la semence a toujours rencontré de la bonne terre et a porté des fruits.

Eh bien ! Quand on a semé avec largesse et annoncé la Parole “à temps et à contre temps, avec patience, persévérance et souci d’enseigner” (2 Ti 4), on ne pleure pas parce que les trois quarts de ce qu’on avait investi s’est perdu, mais on se réjouit parce que le quart a trouvé une bonne terre où le rendement a dépassé les espérances. Cent pour un, trente pour un, c’était un rendement inouï pour l’antique agriculture de la Palestine. Les semeurs d’évangile qui connaissent le sentiment d’échec doivent se souvenir qu’ils ne sont pas au-dessus de leur maître. Fidèle à son Père plein d’amour, Jésus a continué de semer alors que son taux de rendement n’était pas très brillant.

En effet, quand Jésus racontait son histoire de semeur, les foules étaient encore nombreuses autour de lui. Mais il dérangeait tellement qu’on l’a vite rejeté, arrêté et mis à mort. Et un peu plus tard, quand Matthieu écrit son Évangile, les chrétiens aussi se demandent pourquoi ça n’avance pas plus vite, et pourquoi ils sont si peu nombreux. Et saint Paul les encourage à la patience avec l’image de l’enfantement : “Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore.” (Rm 8, 22)

Tout ça reste vrai encore aujourd’hui et Jésus continue de nous dire qu’il ne faut pas s’étonner : le Royaume est là, au milieu de vous, mais vous n’avez rien vu. Car il est commencé, mais discret, mais il ne cessera jamais de grandir, comme une petite graine. Romano Guardini a écrit que ce qui vient de Dieu n’est pas chose achevée mais commencement, et que le grain peut avoir des formes diverses : une phrase, un événement, une rencontre. Non pas des résultats achevés, mais des commencements pleins de vie et qui vont se développer. Notre problème, c’est qu’on est pressé. On espère tout le temps que sa Parole soit efficace vite. On cherche une moisson alors que c’est le temps de l’attente, de la croissance lente, le temps de la graine, le temps du jardinier patient.

Avez-vous remarqué : quand votre enfant va  chez la tante qui ne l’avait pas vu depuis longtemps : “Oh, comme il a grandi !” Vous, les parents, sauf si le pantalon était devenu trop court, vous n’aviez rien vu. Notre problème avec la Parole, c’est que nous sommes pressés du résultat, alors que la bonne attitude est celle du jardinier patient !

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 07:08
Homélie du dimanche 9 juillet 2017

Homélie du dimanche 9 juillet 2017

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11, 25-30. 
En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. 
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. 
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » 
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. 
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. 
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

Homélie

Jésus vient de nous le confirmer dans l’évangile, Dieu aurait des préférés : Père, dit-il, il y a des choses que tu as cachées aux sages et aux grosses têtes et que tu n’as racontées qu’aux tout petits. Lorsqu’il a dit ça, Jésus n’a pas dû se faire que des amis. Certains ont sûrement vite compris qu’ils ne figuraient pas dans sa liste. Et aujourd’hui où il faut tout le temps être le meilleur, le plus grand, le plus fort, pas évident non plus d’être parmi les préférés de ce Dieu surprenant. Il donne vraiment l’impression qu’il aime désarçonner ceux qui sont imbus d’eux-mêmes, et qu’il préfère révéler ses secrets aux petits. D’après Jésus, on n’approche pas le mystère du Royaume avec ses méninges, mais avec son cœur. Celui qui est plein de soi est privé de Dieu, mais le petit, celui qui se jette sans hésitation dans les bras de son père, sans se poser la question s’il en est digne ou non, celui qui laisse parler l’élan de son cœur, celui-là peut rencontrer Dieu.

“Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.” En une phrase, Jésus dit que la foi n’est pas au registre de ceux qui savent. Deux verbes sont face à face : cacher et révéler. Il ne s’agit pas de diplôme ou d’ignorance, mais d’une connaissance du cœur inaccessible “aux sages et aux savants” alors qu’elle se révèle “aux tout-petits”. Devant l’échec qu’il subit auprès des scribes et des docteurs de la Loi, et devant l’accueil que lui réservent seulement les petits et les pauvres, Jésus aurait pu se démoraliser. Non ! Il a une prière qui rejoint celle de Marie dans son Magnificat : “Il renverse les puissants de leurs trônes. Il élève les humbles.”

La prière de Jésus remet en cause ceux qui défigurent l’image de Dieu en imposant des catéchismes incompréhensibles et des exigences strictes qui barrent l’entrée du Royaume. L’évangile d’aujourd’hui est une sorte de Magnificat de Jésus. Il dit la joie de Dieu qui prend le parti de ceux que le monde néglige souvent, et méprise quelquefois. Grande leçon pour notre vie : invitation à prier à partir de nos soucis et à oser chercher le chemin de l’action de grâce au cœur même des situations difficiles que nous traversons. Car nous sommes forts de la promesse de Jésus : “Ce que vous faites au plus petit, c’est à moi que vous le faites.” (Mt 25, 40). Notre consentement à Dieu et notre communion à nos frères deviennent les sources de notre paix intérieure. Si nous sommes sûrs d’être aimés jusque dans notre pauvreté, la louange viendra habiter nos cœurs.

Aller vers Dieu n’est décidément pas une prise de tête pour intellectuels, c’est simplement risquer des gestes d’amour ! C’est pour ça que les vacances sont quelquefois un bon moment pour que des personnes renouent avec l’Église : c’est un temps de réflexion, une pratique sacramentelle, ou simplement un intérêt pour la beauté d’un lieu. Elles utilisent des lieux d’Église comme des espaces de silence, de détente, qui leur permettent de se ressourcer. 

“Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.” J’ai déjà cité récemment un livre de Colette Nys-Mazure, qui s’appelle Célébration du quotidien. Et cette fois j’ai cru y reconnaître les tout-petits dont parle Jésus, ceux qui ne sont pas blasés : “Il se peut que nous ne soyons vraiment nous-mêmes que dans l’émerveillement, l’éloge, la reconnaissance. Là s’exprime le meilleur de notre être.” L’auteur du livre appelle ça l’état de grâce. Et un peu plus loin, elle rappelle la signification du mot enthousiasme qui contient le mot Theos qui veut dire Dieu. Être enthousiaste signifierait donc  être habité par Dieu. Heureux les enthousiastes !

“Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.” Jésus appelle à lui, non pas d’abord pour un service ou une fonction, mais parce qu’il aime. Un peu avant, dans l’évangile de Matthieu, nous lisons : “Voyant les foules, Jésus fut pris de pitié pour elles, parce qu’elles étaient harassées et prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger” (Mt 9, 36). Jésus ne peut rester indifférent devant la souffrance et la misère humaine. C’est plus fort que lui, il faut qu’il console, qu’il relève, il faut qu’il guérisse, qu’il nourrisse, qu’il pardonne. “Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.” Il y a quelquefois des rencontres qui fatiguent et qui épuisent. On en sort énervé, agressif. Il y en a d’autres qui réconfortent et qui remettent d’aplomb. Que cette célébration qui nous rassemble soit un temps de repos qui remette debout, un temps qui nous ressuscite !

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 07:12
Homélie du dimanche 2 juillet 2017

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10,37-42. 
En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; 
celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. 
Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. 
Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. 
Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. 
Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

Homélie

Etre saisi par le Christ

A dire vrai, ces paroles de Jésus nous dérangent, même si le temps les a arrondies, polies.

' 'Qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ' '. Jésus ne nous dit pas de ne pas aimer notre prochain; ce serait nouveau ! Mais on est dans un contexte de persécution, aussi bien quand Jésus parle -puisqu'il en mourra-, que lorsque Matthieu écrit son évangile. Prendre le chemin de Jésus, c'était courir le risque d'être incompris de ses parents, de ses amis et de son entourage, et d'être même rejeté par eux.

Même en dehors d'un contexte de persécutions violentes, on sait bien que c'est en famille qu'il est souvent le plus difficile de témoigner de sa foi. Et parfois de véritables déchirures peuvent se produire dans le tissu familial.

L'attachement à Jésus est plus fondamental encore que les liens du sang.

Il établit des liens nouveaux ente disciples. L'Evangile devient une école de la fraternité. Et la source de cette fraternité nouvelle jaillit de la prière du Notre Père : Tous enfants du même Père, frères et sœurs les uns des autres.

C'est dans cette nouveauté de l'Evangile que les évêques du Rwanda ont pu écrire après l'horrible tragédie qui a décimé leur pays : ''Notre appartenance au Christ est-elle plus forte que notre appartenance ethnique ?''

Et nous qui depuis notre baptême portons le nom du Christ, qu'en est-il ? Avons-nous vraiment conscience de constituer une famille nouvelle composée de ceux qui font le choix de suivre Jésus : ''Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c'est lui mon frère, ma sœur, ma mère''.

Prendre sa croix ne doit pas être compris dans la résignation et le dolorisme. Il s'agit de prendre la croix du Christ comme on prend un chemin qui conduit à la vraie vie. Suivre le Christ dans sa rencontre avec les exclus, le suivre sur le chemin de la non-violence et du refus de la haine. Prendre sa croix, c'est porter une bonne nouvelle, car la croix du Christ est devenue l'arbre de vie. La mort a été vaincue, Christ est ressuscité. Il y a un chemin même à travers la mort.

Prendre sa croix, c'est la planter dans toutes les situations qui paraissent sans issue, c'est la planter dans tous les lieux où il n'y a plus d'espérance et de joie de vivre. Prendre sa croix, c'est prendre avec le Christ la décision de vivre. Ce que Dieu attend de nous, ce n'est pas la souffrance, c'est l'amour. Ce sont des choix de vie inspirés par l'amour. La croix du Chrétien, c'est la conséquence de sa fidélité au message d'amour du Christ.

Aimer le Christ nous apprend à aimer les autres. Aimer le Christ, c'est entendre sans cesse : ''Aimez-vous les uns les autres''.

''Quiconque donnera rien qu'un verre d'eau fraiche'', celui-là accomplit tout l'Evangile.

Le Christ ne nous appelle pas à l'héroïsme, mais à l'acte le plus simple, le plus facile, le plus naturel : donner un verre d'eau. Oui, toute la perfection chrétienne, tout le Royaume est contenu dans cet acte d'amour à la portée de tout homme, quel qu'il soit.

C'est dans les petites choses du quotidien (accueil, service, écoute, partage) que se joue la sincérité de notre témoignage. Gardons en mémoire cette parole de Saint Augustin : ''La mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure''.

Louis DURET

Prêtre du Diocèse de Chambéry

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 21:00
Homélie du dimanche 25 juin 2017

Evangile Mt 10, 26-33

Arrêtez d’avoir peur de ceux qui peuvent vous harceler. Car il n’y a rien de ce qu’on a cherché à dissimuler qui ne sera révélé au grand jour, et aucun secret ne sera finalement connu.

Ce que je vous ai dit en cachette, allez le dire au grand jour. Ce que vos oreilles ont entendus, proclamez-le du haut de vos balcons.

N’ayez pas peur de ceux qui peuvent faire mourir votre corps, mais sans être capables de faire mourir votre flamme intérieure. Prenez plutôt garde à ce qui peut faire en sorte qu’à la fois votre flamme intérieure et votre corps soient jetés à la poubelle.

Est-ce que deux moineaux ne valent pas plus qu’un sou? Pourtant aucun d’eux n’ira s’écraser au sol à l’insu de votre Père.

Et vous, même tous les cheveux que vous avez sur la tête ont été inventoriés. Arrêtez donc d’avoir peur. Vous êtes plus importants que les moineaux.

Quiconque saura affirmer devant les autres ce qui j'ai mis dans son coeur, moi aussi je saurai défendre ce qu'il est devenu devant mon Père dans les cieux.

Mais si jamais quelqu’un a eu peur devant les autres de ce que j'ai mis en lui, alors je ne pourrai que désavouer ce qui en est résulté devant mon Père dans les cieux.

 

Homélie

J’étais peureuse. » Voilà comment une vieille dame dans un centre d’hébergement, célibataire et sans enfant, résume une vie où elle a passé 48 ans comme vendeuse dans une librairie. Imaginons un instant ce qui se serait passé si elle avait osé exprimer ce qui la passionnait, ce qu’elle désirait, ce qui l’intéressait, les lubies qui lui passaient par la tête. Peut-être serait-elle devenue attachée de presse pour un ministre quelconque, ou directrice de la Bibliothèque Nationale du Canada, ou encore membre du Service canadien du renseignement et de sécurité. Et peut-être aurait-elle rencontré un homme qui l’aurait soutenue et avec lequel elle aurait eu des enfants. Cela, on ne le saura jamais. La peur peut malheureusement déterminer le cours d’une existence.

La peur semble jouer un rôle considérable dans notre société moderne. Le 11 septembre 2001 nous a fait basculer dans un monde où le mot « terrorisme » se retrouve sur toutes les lèvres. Ce qui est étranger, différent ou nouveau est devenu menaçant. Et voilà que les chrétiens se retrouvent dans un monde où ils sont soit minoritaires, soit marginaux en considérant leurs valeurs ou leurs préoccupations. Mais ce qui s’applique au chrétien, s’applique à tout être humain qui, dans la découverte de ce qu’il est vraiment, rencontre le sarcasme ou l’opposition. C’est dans ce contexte que je veux relire l’évangile de ce dimanche.

« Arrêtez d’avoir peur. » Voilà ce que répète Jésus. « Ce que vous êtes vraiment, finira par éclater au grand jour. Aussi bien l’exprimer tout de suite. » Puis il ajoute : « Votre véritable ennemi, ce n’est pas ceux et celles qui peuvent vous harceler et vous causer des torts physiques ou financiers, mais ce sont ceux et celles qui feront en sorte que vous ne deviendrez jamais ce que vous êtes vraiment, si bien que vous n’exprimerez jamais ce souffle ou cette flamme que Dieu a déposé en vous. »

Facile à dire tout cela. Mais comment trouver l’assurance nécessaire. C’est ici qu’il ajoute ce qui est l’assise de notre foi : « Si Dieu se préoccupe des petits moineaux que vous trouvez insignifiants, si Dieu est capable de s’intéresser au nombre de poils que vous avez sur la tête, combien plus est-il capable d’être à côté de vous à chaque seconde de votre vie. » Jésus a pu dire ces choses parce que lui-même s’arrêtait, ému, devant des oiseaux qui pépiaient autour d’une graine, parce que lui-même prenait le temps de détailler un visage, et qu’il pouvait comprendre à travers ses propres sentiments que Dieu s’intéresse à tout cela. Et si Dieu s’intéresse à tout cela, c’est sûr qu’il s’intéresse à ce que je suis, à ce que j’ai d’unique, à ce que je vis.

Que ferions-nous si nous n’avions peur de rien? Nous dirions peut-être avec amour et affection certaines vérités difficiles à exprimer à des gens qui sont cause de préoccupation. Nous oserions nous opposer à certaines initiatives que nous trouvons dommageables. Nous prendrions le risque d’une nouvelle carrière, plus près des habiletés et des désirs que nous portons. Nous ferions confiance à l’avenir et suivrions notre désir d’avoir un enfant. Nous accueillerions des gens qui appartiennent à un univers qui nous déroute. Que sais-je? La liste est infinie comme l’éventail des possibilités de notre être.

L’évangile de ce jour est un extrait du discours de Jésus où il explique ce qui attend le disciple. À moins de vivre dans certains coins du monde où on brûle encore des églises, le défi qui nous attend comme chrétien n’est pas la persécution religieuse. Le défi est de résister à toutes les idéologies et toutes les tendances qui refusent l’unicité de chaque être humain, qui veulent l’empêcher de cultiver librement ce qui a été semé au creux de son être, qui se moquent de sa peine devant la misère des autres, qui ridiculisent son désir d’infini et ses aspirations à trouver la source de son être.

La finale de l’évangile peut sembler dure : « Celui qui m’aura renié devant les hommes, à mon tour je le renierai devant mon Père dans les cieux. » En fait, l’idée pourrait être mieux rendue comme ceci : « Celui qui aura refusé par peur de devenir l’être qu’il est, je ne pourrai pas dire oui au personnage qui en est résulté. » Alors courage ! N’ayons pas peur de l’être que nous sommes, des désirs et des pensées qui nous habitent. C’est ça qui peut faire une différence dans notre monde, si vraiment nous avons la foi, si vraiment nous croyons que Dieu porte attention à ce que avons d’unique.

André GILBERT, Bibliste (Canada)

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 09:31
Homélie du dimanche 18 juin 2017

Fête du Corps et du Sang du Christ

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6,51-58.
En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »
Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.
Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Homélie

“Manger la chair” de Jésus, “boire son sang” ! Le réalisme de Saint Jean pourrait nous faire passer pour des anthropophages. En réalité l’expression chair et sang, dans la mentalité hébraïque, désigne l’homme concret. Et il est probable que Jean ait voulu insister sur l’humanité de Jésus parce que, dès la fin du premier siècle, beaucoup le considéraient déjà comme un être céleste désincarné. D’autres passages de l’Ecriture parlent de l’eucharistie : “Quand vous mangez ce pain et buvez à cette coupeVoici mon corps, voici mon sang …” La clé pour comprendre ce langage sacramentel, c’est le mot symbolique. Non pas au sens minimum qu’on lui donne quelquefois : “Oh ! Il a fait une offrande seulement symbolique,” c’est à dire pas grand chose. Non le symbole, en langage sacramentel, a le sens fort et dit une réalité plus grande que ce qu’on voit, bien plus profonde que les apparences.

Je me rappelle comment, un jour, avec des enfants, le beau stylo de François nous avait aidés à comprendre le mot symbole : car ce n’était pas un stylo, c’était un cadeau ; ce n’était pas de l’utile, c’était du gratuit ; ce n’était pas du fonctionnel, c’était du relationnel. En bref, il y avait quelqu’un derrière. Par chance, ce stylo écrivait. Mais combien de ces objets sont seulement du relationnel : tel merveilleux coupe-papier qui ne coupe rien du tout, telle superbe lampe de chevet qui n’éclaire rien, tel instrument de musique dont personne ne pourrait sortir une seule note : mais c’est peut-être le stradivarius de l’arrière grand-Père !

Le stylo de François était le stylo de la mémoire. Il y avait quelqu’un derrière. L’Eucharistie est le pain de la mémoire : “Faites cela en mémoire de moi”. Mémoire d’une vie brisée, d’une vie donnée. Il y a quelqu’un derrière. Un jour, notre évêque a dit : “Ceux qui s’ennuient à la messe, c’est parce qu’ils n’y apportent rien de leur vie. Finalement, ils ne sont pas tellement présents.” Le pain offert à la messe symbolise ce que nous appelons notre pain quotidien. Il nous faut apporter quelque chose de notre vie à chaque messe, sinon, il n’y a personne derrière le pain. Pour que Dieu transforme le pain en sa propre vie il faut qu’il y ait du pain. “Nous te présentons ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, il deviendra le pain de la vie.” À la communion, Dieu nous redonne ce pain, habité de la présence réelle du Christ. Et nous repartons avec une énergie divine pour continuer de vivre avec la force de l’Esprit de Jésus.

La messe, c’est la rencontre de deux présences réelles : la présence réelle du Christ, qui ne fait aucun doute, et notre présence réelle, qui, elle, est parfois moins sûre. Nous communions à la présence réelle du Christ pendant la messe pour devenir nous-mêmes une présence réelle du Christ après la messe. Saint Jean Chrysostome (4ème siècle) a quelques mots très forts pour dire la mission que l’eucharistie nous donne : “Tu veux honorer le Corps du Christ, ne le méprise pas lorsqu’il est nu.” J’aime beaucoup cette phrase qui dit bien de quelle manière l’Eucharistie est sacrée.

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 06:57
Homélie du dimanche 11 juin 2017, Fête de la Sainte Trinité

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3,16-18.
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Homélie

Une déclaration d’amour ne s’embrouille pas dans des phrases compliquées. “Je t’aime”: c’est simple, direct, et ça va à l’essentiel. C’est vrai : l’amour est à la fois simple et mystérieux, tellement il concerne chaque être en sa profonde intériorité ! Jésus, pour dire l’amour du Père, n’entame pas un grand discours abstrait. Il dit : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique !” De quoi ébranler l’intellectuel Nicodème avec qui il vient de parler du baptême. Dieu a tellement aimé le monde que sa Parole s’est faite homme en Jésus. Et Jésus a consacré toute sa vie, jusqu’à la croix, à proclamer cette Parole du Père. Mais le Père l’a ressuscité car Dieu ressuscite ce qui est donné par amour.

Quand Jésus parle de Dieu, ce n’est pas le Dieu au-dessus des nuages, ni l’architecte suprême, ni le gendarme embusqué, ni le vieillard-papa-gâteau qui laisse tout passer. Non ! Le Dieu de Jésus est PÈRE, qui invite chacun à grandir avec la patience qu’il faut. On le sait : ce qui fait le cœur de l’homme, c’est son désir d’aimer et d’être aimé ; ce qui le fait vivre, ce sont des relations d’amour, et rien n’est plus grand que cet amour qui bouleverse la vie et rend le monde plus beau. Pour les chrétiens, cet amour est, dans le cœur de l’homme, la signature de Dieu qui s’appelle l’Esprit Saint : la relation forte entre le Père et le Fils en plein cœur de notre cœur ! “Dieu Père a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique !” Et chacun est habité de la force de l’Esprit.

Dieu Père, Fils et Esprit, c’est la Trinité. Si notre foi s’attache au Père seul, nous risquons un vague déisme. Si nous nous adressons au Fils seul, nous risquons un humanitarisme qui manque d’élan. Et si nous regardons l’Esprit seul, nous risquons un illuminisme inconsistant, où Dieu peut se confondre avec les agitations de notre cœur.

“Jamais Dieu sans trois” titrait joliment un article qui disait : “Puisque le mystère de Dieu n’est pas un point d’interrogation (question sans réponse), mais un point d’exclamation (merveille à découvrir), la liturgie a prévu nous faire vivre cet émerveillement entre deux fêtes, celle de la Pentecôte, comme si l’Esprit était la porte d’entrée pour dire Dieu, et celle du Corps et du Sang du Seigneur, parce que l’Eucharistie restera toujours la Présence du Christ au milieu de nous.”

La Trinité, Dieu qui se donne à rencontrer au cœur de la relation entre les humains. Dès l’Ancienne Alliance, Dieu s’est révélé comme « le Dieu tendre et miséricordieux, plein d’amour et de fidélité » (1ère lecture). Et saint Jean a cette phrase chaleureuse : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ». Fameuse nouvelle. En fait c’est LA Bonne Nouvelle. Jésus aurait pu séparer l’ivraie du bon grain ou accabler ceux qui avaient quitté le droit chemin. Non ! Il s’est juste un peu moqué de ceux qui s’enfermaient dans la suffisance de l’argent et du pouvoir et qui ne voyaient pas l’essentiel qui est la Relation d’amour. Lui, il allait manger avec les pécheurs, i1 libérait les corps crispés et les esprits dérangés, il invitait à aller de l’avant et à inventer l’amour. Et c’était subversif de dépasser les barrières traditionnelles de la société. Il se réclamait toujours de son Père pour réveiller les cœurs et bousculer le désordre établi. Et il disait envoyer bientôt l’Esprit qui continuerait à mettre le feu au cœur des relations entre les humains ! Jésus parlait de Dieu comme nous parlons d’Amour. Dieu, l’imprononçable de l’ancien Testament, il lui a choisi les noms humains qui viennent de l’expérience la plus forte que puisse donner notre terre : le nom Père, puis le nom Fils, et le nom Esprit qui est la relation entre le Père et le Fils.

Je pense aux gens qui viennent, nombreux et souvent de loin, à l’église pour une raison “relationnelle”. Ils viennent à un baptême, une première eucharistie ou un mariage. L’un des leurs est concerné au plus profond de lui-même, l’un des leurs “met en jeu quelque chose de fondamental pour son existence”, comme disait Mgr Rouet, évêque de Poitiers. Tertullien, au 3° siècle, avait appelé ça le sacrement du frère. Eh bien ! La Trinité nous dit que ces relations humaines riches conduisent à Dieu, comme Jésus a su nous y conduire, comme son Esprit continue de nous y conduire à travers les frères. Le relationnel humain fort qui remplit les églises à certains moments, la Trinité nous dit qu’il est aussi le cœur de Dieu lui-même.

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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